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jeudi 31 janvier 2008

MAIS NON LE PETIT CHAT VA BIEN !!!


Le temps d'une semaine, je me suis trouvé un nouveau job : nounou pour chat. Madeleine et Pascal sont partis dans les Pyrénées pour leur petite semaine de vacances annuelle. Oui, ils sont réalistes et aiment à ne pas abuser des bonnes choses.
Le tourisme, la bouteille à l'encre... Nous y succombons tous, avec plus ou moins de talent, mais toujours avec la volonté de vivre quelque chose d'unique. Et pourtant... munis d'un guide dument sélectionné, nous partons à l'assaut d'horizons plus ou moins lointains, plus ou moins originaux, et vogue la galère. Le seul problème est que nous avons tous le même guide, peu ou prou les uns recopiant allègrement les autres, et que finalement nous nous retrouvons en rang serrés en train de grimper le même escalier de 720 marches vers la même vue inoubliable, et que notre émotion se trouve quelque peu altérée par l'ambiance foire du trône de l'aventure.
Certains recherchent des destinations exotiques, mais il faut bien avouer que les chars à bœufs de la Digue, chargés à craquer d'italiens gesticulants, gâchent un peu le paysage. Et pour admirer les rochers nus posés sur le sable blanc de Anse Source d'argent, il faut se lever de très bon matin, afin de quitter les lieux avant l'arrivée des chars en question. Toutes les merveilles du monde, proches ou lointaines sont répertoriées, étoilées, nous les avons tous admirées sur de splendides dépliants qui omettaient simplement d'y figurer aussi la foule qui se presse pour venir les admirer. Alors que faire ? Il y a aussi les vacances originales, du genre on traverse le désert en 4x4 pour être loin de ces foules hurlantes et fleurant bon la frite. Ou on choisit la méharée, ou encore on part en brise glace, en cargo, en croisière, en roulotte, sous des yourtes mongoles au plus profond des gorges du Tarn, accompagné de spécialistes ou d'amuseurs, ou seul avec un sac à dos... On veut à tout prix se sentir explorateur, on cherche l'exceptionnel, le rare, l'insolite. Et on le trouve, c'est sûr, il suffit pour s'en convaincre de voguer sur le net à la recherche d'idées nouvelles et inaccoutumées.
Mais il y a dans cette quête quelque chose de factice qui finit par me faire mettre en doute ce culte forcené. Chez certains, la nécessité de partir, de "faire" une destination ou l'autre, finit par virer à la manie. Certes, habitant un lieu superbe, dans un cadre calme et enchanteur, dont je n'ai nul besoin de m'évader, j'ai beau jeu de railler les tenants de l'échappée belle. C'est vrai que lorsque j'habitais Pau dans une barre d'immeubles supposée offrir la vue sur la chaine des Pyrénées et alignant surtout les antennes télés de l'immeuble qui lui faisait face, j'avais, moi aussi, envie de fuir et d'aller gouter les joies d'une campagne préservée ou de plages sauvages. N'ayant jamais eu comme horizon quotidien l'illustrissime, et ô combien répandu "métro, boulot, dodo", mon regard railleur est totalement déplacé, j'en conviens. Pourtant, je ne cesse de m'interroger sur le côté apparemment incontournable de cette recherche éperdue du bonheur en plaquettes glacées. D'autant que j'en suis moi aussi victime, j'aimerais savoir pourquoi on a tous cette impression farouche qu'il "faut" absolument partir à la découverte du vaste monde.
J'imagine que c'est un développement logique de l'idéal XVIIIème du Grand Tour, qui a permis dès le début du XIXème l'ouverture de nouvelles routes vers l'Italie et le développement du tourisme. Mais alors, on découvrait des mondes ignorés en franchissant les Alpes, et on s'instruisait au contact d'autres peuples dont on apprenait les moeurs, l'histoire et l'art. Aller en Chine ou en Namibie n'a plus pour nous d'effet de surprise, les livres, les films, les reportages nous ont déjà tout appris et au mieux, on n'est pas trop déçu par la réalité, déjà vue et revue sur de multiples supports d'information. Plus rien n'a de secret pour nous, et, en plus, nous sommes devenus blasés et exigeants. Pourtant, nous continuons à rêver de partir. Alors parfois, il me prend le snobisme de prétendre que tout cela est factice, et de déclarer d'un ton vaguement pédant que "le tourisme c'est démodé". J'ai tort, je sais, et cette nouvelle activité économique qui fait vivre, survivre et revivre tant de régions de par le monde (dont la nôtre bien sûr qui sans lui n'aurait pas beaucoup de ressources) n'est pas prêt de disparaitre. Mais j'éprouve un certain agacement que je ne sais pas toujours maitriser devant le côté obsessionnel de certains voyageurs, dont je fais partie !
Mais j'en reviens à mon propos initial : nounou pour chat. Partant pour quelques jours, Madeleine et Pascal ont abandonné la grosse Manon. Une superbe greffière (??? ben pourquoi pas !) grasse et isabelle, au pelage épais et aux manières allanguies. La maison est équipée d'une chatière et Manon entre et sort à volonté. Mais elle a quand même un peu besoin de compagnie, et je vais, par ci par là, passer un moment avec elle, pour vérifier si elle a encore de l'eau, si elle ne s'est pas battue avec la chatte du voisin et si le moral est bon. Elle me réserve un accueil ronronnant et enthousiaste, qui me sonne envie d'aller la voir sans cesse !

lundi 28 janvier 2008

OSSO BUCCO

Finalement, il en est de l'Osso Bucco comme de nombreuses recettes familiales, chacun a LA sienne... Je lisais à l'instant dans les commentaires à ces articles (ici) sur les râpes (et ici), qu'Enitram y mettait du parmesan. Et j'avoue avoir pensé "Qu'est-ce que c'est que cette hérésie ?". Voilà, dès qu'il est question de cuisine, comme dans beaucoup d'autres domaines malheureusement, on frise vite l'intégrisme. DU CALME Michelaise, si Enitram a envie de mettre du parmesan dans SON osso bucco, c'est son droit !! Et puis Enitram a droit à toutes les indulgences, elle a décidé d'aller voir un match de rugby... le fonds est bon, admettez-le !!!!! (tu ne m'en voudras pas de te mettre "en boîte" Martine j'espère !!)

Alors la mienne, de recette ? Car, vous l'avez deviné, à midi, vivent les râpes d'Aloïs (en tout cas c'est ce que pense Alter qui adooooooore l'Osso Bucco... je vous disais bien qu'il y avait de la "religion" dans l'air !), il y en aura aussi sur notre table.
Pas une recette de famille car ma grand-mère, bien qu'italienne, m'a "légué" peu de recettes de son pays (ils étaient totalement intégrés mes grands-parents, très "identité nationale" avant l'heure !) mais beaucoup plus de recettes provençales, leur région d'adoption. Et puis, pour "s'être" immigrés dans leur jeune âge, ils ne venaient pas de régions riches, vous vous en doutez, mais bien de la région de Naples, où on ne pratiquait guère l'Osso Bucco au début du XXème !
Donc MA recette, celle qui rend Alter fou de gourmandise, et lui met les papilles en émoi. Simple comme d'hab : on fait blondir quelques oignons hachés dans de l'huile d'olive (pas encore celle du jardin sniff...), on fait ensuite revenir dans la poêle les tranches de jarret choisies pour leur joli os bien rempli de moelle (après tout cette moelle c'est le coeur de la recette) et préalablement légèrement farinées. Il ne reste qu'à assaisonner, à recouvrir de tomates en dés et à couvrir le temps d'une cuisson qui laisse la viande tendre et fondante.

Mais là où se "fait" vraiment l'Osso Bucco, c'est avec la gremolata, et c'est là que je deviens intégriste (quelle cata) : pas de vrai Os en Bouche sans gremolata. N'ayant pas encore en ma possession la splendide râpe qu'elle nous préconise, je "fais" avec le hachoir ! J'adore l'odeur d'ail et de citron mêlés qui se dégage durant l'opération, et qui me donne l'impression d'être un "vrai" chef !
Le citron dont vous voyez les zestes n'est pas très beau, mais il provient de "mon" citronnier, qui, au passage, a pris un coup de gel drastique et est bon pour recommencer sa vie, taillé à mort en attendant les beaux jours. Pour l'ail, il paraît que pour éviter d'empester l'atmosphère et de souffler une haleine lourde dans les naseaux de ses voisins durant tout la journée, il faut enlever le germe. Alors, j'enlève le germe... quant à vous dire si c'est efficace, il faudrait le demander à mes voisins ! Et enfin, dernier ingrédient de la gremolata, le persil. Ici frisé, mais peu importe finalement.
Enfin, pardon de me prendre tellement au sérieux avec mes maximes définitives aujourd'hui, pas d'Osso Bucco qui se respecte sans risotto. Oui, je sais, pour le régime c'est moyen moyen, mais la diététicienne d'Alter lui ayant recommandé les sucres lents à midi, alors, allons pour le risotto. Vous savez toutes (et tous ??? oups Messieurs, on ne vous en voudra pas, et on vous en préparera un bien volontiers, si vous êtes déficients) le faire... Simplement aujourd'hui j'ai décidé de l'assaisonner aux truffes... désolée je n'ai pas de truffe blanche du Piémont, mais de belles truffes charentaises qui sont, croyez-m'en, très parfumées et que je me contente de surgeler dès l'achat. Elles se conservent parfaitement et on peut en râper quelques lamelles sans complexe avec un éplucheur sur le risotto en fin de cuisson, et remettre le reste de la truffe, encore gelée, au congélateur. Si on n'a pas finalement décidé que, foin d'avarice, toute la truffe y passerait ! C'est là qu'on peut rajouter, Enitram, une bonne dose de parmesan qui n'aura pour inconvénient que de priver Alter de sa part de fromage en fin de repas, mais qui donnera à l'ensemble cette petite sécheresse délicieuse qui agrémente fort bien le riz cuit de cette façon.
Et, n'oubliez pas, quand vous mangez votre veau, petite tartine fine recouverte de la moelle de la viande, légèrement salée, et après, pour le fun, l'os presque vide dans la bouche !! On récupère alors avec la langue, quelques reliefs oubliés de moelle qui sont, bien sûr, les meilleurs !! C'est sensuel de manger un Osso Bucco...

LE PETIT CHAT EST MORT

ARNOLPHE
La promenade est belle.
AGNES
Fort belle.
ARNOLPHE
Le beau jour !
AGNES
Fort beau.
ARNOLPHE
Quelle nouvelle ?
AGNES
Le petit chat est mort.
ARNOLPHE
C'est dommage ; mais quoi !
Nous sommes tous mortels, et chacun est pour soi.

Que voilà un dialogue bien troussé, et que voilà bien parlé pour ne rien dire... Autant dire, l'ancêtre du Petit ReNaudon, à l'Ecole des Mamans... Mais il faut bien que je fasse signe à mes filles moi ! Alors, quand le week-end était juste splendide, que nos seules sorties ont été pédestres pour visiter nos plages à marée basse (avec toutes leurs grottes, leurs jardins zen et leurs sources inattendues), et que ma seule nouveauté est le dernier film de Ken Loach, il faut bien trouver quelque part une idée fraiche pour faire vivre ces pages !

Je sacrifie d'abord au rituel ciné, Ken Loach donc, un film assez terrifiant dont on ressort secoué, perturbé. Pas trop dogmatique ? m'a demandé Marie... Si, bien sûr, mais de façon plus subtile que d'autres fois. L'histoire de la victime qui devient bourreau, ça fait mouche, surtout quand on a trouvé une actrice aussi talentueuse et convaincante que Kirston Wareing... Vous ne la connaissez pas ? C'est normal, c'est son premier vrai rôle, et elle explose. Elle est proprement inquiétante tant elle est crédible dans ce personnage cynique et profondément égocentrique qui, blessé par le système, oublie morale et principes, pour devenir à son tour chacal. Un film noir et réaliste, qui ne caricature pas et pourtant met en lumière méchamment toutes les insupportables conséquences collatérales de notre boulimie de consommation. Que nous supportons un peu trop bien ! ça fait du bien d'ouvrir les yeux, même le temps d'un film, même si cela reste très virtuel comme prise de conscience. Et Ken Loach remplit son rôle avec constance et précision : il nous dérange et nous file au passage une bonne gifle ! Le personnage ambigu d'Angie nous évite de sombrer dans un manichéisme simpliste, et cela rend le propos du réalisateur encore plus crédible. On se prend à souhaiter que cela se termine mal pour elle, tant elle est individualiste et inconsciente. On aurait besoin d'une morale que, bien sûr, Loach ne nous offre pas, car il n'y a pas de fin et c'est très bien ainsi.

Mais, me direz-vous c'était quoi cette entrée en matière selon Molière ? En fait c'est un truc tout bête : Gérard Fauvin, vous savez notre fournisseur de piano, doit venir faire un accord et Michel le relance et l'attend avec impatience, tant son piano est faux. L'autre soir, j'ai donc décidé de l'appeler. Il était, comme il se doit, en train de se débattre avec des problèmes improbables et insurmontables (ça c'est Gérard, et c'est comme ça qu'on l'adore !), des histoires de clés oubliées dans un camion, lui-même laissé pour la nuit chez un garagiste, le tout alors qu'il devait partir à la folle journée de Nantes, sa maison étant grande ouverte, tous les Steinway à l'air libre, sa femme quant à elle était partie voir une marraine mourrante à l'autre bout de la France. Bref, rien que de très banal, mais le plus marrant c'est que, pour une raison que j'ignore, Gérard a décidé de m'appeler Agnès, et que, de coup de fil en coup de fil je n'ose pas le détromper, le nom est ainsi en train de me rester. Finalement, moi ça me plait bien de m'appeler Agnès, c'est un joli prénom, ça change, et en plus, ça me fournit l'objet d'un article dans le Petit Re. Va pour Agnès donc, dorénavant ce sera mon deuxième prénom, et le premier pour Gérard... Ce sera toujours mieux que celui, atroce, dont m'ont afflublée mes parents, et auquel, fort heureusement j'ai échappé de justesse grâce à mon frère comme prénom principal. Ah, mais non, je ne le dirai pas à ceux d'entre vous qui l'ignorent, il est trop moche ! Maintenant c'est Nicole Agnès... Merci Gérard.

vendredi 25 janvier 2008

LE SUBLIME MATHEMATIQUE

"On appelle sublime ce qui absolument grand, et en comparaison de quoi tout le reste est petit. Il suit de là que le sublime n'est pas dans la nature, mais dans les idées. Le sublime est ce dont la seule conception atteste dans l'âme la présence d'une faculté qui surpasse toute mesure des sens."
Comment déterminer qu'une chose est grande, petite ou moyenne ? L'estimation des grandeurs par des nombres est mathématique, celle par la simple intuition est estéthique, nous répond Kant. On peut, ou on est censé pouvoir, évaluer objectivement une grandeur mathématique dès lors qu'on est susceptible de concevoir sa valeur en la comparant à d'autres connues. Il y aurait donc une certaine universalité à cette notion de grandeur, quoique Kant admette qu'en général notre capacité d'estimation se révèle plus empirique qu'universelle. Kant oppose à ce sublime mathématique, le sublime dynamique qui se mesure par la simple intuition et qui est de nature esthétique, produisant une émotion que le sublime mathématique est incapable de faire naître.

Bon, alors restons au ras des pâquerettes, et surtout ne perdons pas notre sang-froid. Avez-vous remarqué que chaque matin, les informations nous apportent un lot de quantités d'euros variables, parfaitement mesurables, et à propos desquelles les commentateurs entendent, justement, provoquer chez nous une émotion, soit d'admiration soit, le plus souvent, d'effroi.

Prenons ces derniers jours : à l'issue du procès d'indemnisation à la suite du naufrage de l'Erika, les "pollueurs" ainsi qu'on aime à les nommer, ont été condamnés à verser 192 millions d'euros, alors que les victimes réclamaient un milliard. Bon, vous, 192 millions d'euros ça vous semblait pas si mal, mais, vrai, comparé à un milliard (oups, vite un calcul, à peine un cinquième) ça fait rapia !!!

Le lendemain matin, oublié l'Erika, il n'est plus question que du plan banlieue, pardon "espoir banlieue"... Aïe, c'est quoi ce changement de nom ??? Un intrépide, qui se mêle de mesurer autre chose que les euros, souligne au passage que remplacer "plan" par "espoir", cela revient à revoir les ambitions à la baisse... Laissons à ce trublion la responsabilité de ses remarques désobligeantes (!!) et tenons-nous en aux chiffres... puisque Kant nous affirme que nous sommes aptes à les comprendre par la mesure. Est-il sublime (car grand, donc respectable en nos temps où tout se mesure en monnaie sonnante et trébuchante) ce projet d'aide aux banlieues ? S'il n'y avait pas eu l'histoire de l'Erika la veille, moi il me semble qu'un milliard d'euros cela m'aurait impréssionnée. Ma jauge élevée étant de l'ordre du mutiple de 1000 euros, en gros, un milliard, ouf, c'est pas mal... Mais tous comptes bien comptés, finalement, comparé à l'indemnisation suite aux dégats du pétrolier, ça fait un peu radin un petit milliard de rien du tout... Enfin, c'est preuve de bonne volonté, mais sans doute, comme à l'ordinaire ne se donne-t-on pas les moyens de sa politique... discours redondant, d'ailleurs : moi vous savez je suis fonctionnaire, et on dit toujours cela dans la fonction publique, où nous n'avons aucune idée des l'ampleur de nos budgets mais où on nous refuse toujours quelques dizaines d'euros pour des dépenses indispensables. Samedi dernier j'étais au salon Passerelle à La Rochelle, vous savez ces salons où les établissements présentent aux futurs bacheliers leurs formations. Partout des stands attrayants, les boîtes de formation privée ont les moyens, affiches, musique, comptoirs décorés, vidéos, animations diverses. Au fond, une double rangée de petites cases austères, les lycées d'enseignement plublic, beaucoup plus sobres, une ou deux affiches de travers, une table et quelques profs de bonne volonté, chargés d'expliquer aux parents inquiets tous les bienfaits de quelque BTS prometteur. Et au fond du fond, le dernier stand, celui du lycée de Pons, où nous avions pour tout brouet des affiches de papier collées avec force bulles disgracieuses sur des cartons qui alignaient notre offre pourtant importante, puisque qu'en plus des BTS en question nous offrons même, entièrement gratuitement, deux licences. La honte ! La seule consolation c'est qu'on le remarquait, notre stand, tant il était minable ! Et tout cela parce qu'il avait été déclaré qu'on n'avait pas les moyens de faire mieux. Il ne me restait plus qu'à expliquer aux parents compréhensifs qu'il ne fallait pas se fier aux apparences... En ces temps de communication médiatique outrancière et tapageuse, léger comme argument !! Mais j'ajoutais pour faire bon poids qu'on restait soucieux de ne pas gaspiller les fonds publics dans d'inutiles fioritures, et que l'important n'était pas dans les affiches ! Ouf !

Mais je m'égare... Mon sujet était me mesurer aux euros ! Un milliard pour le plan banlieue, donc, correct ou trop peu ? Et voilà que ce matin il n'y en a que pour le trader de la Société Générale qui a détourné 5 milliards d'euros... Ou 7 selon les sources.... Allez savoir. Et nous voilà confrontés à un autre ordre de grandeur qui rend dérisoire le milliard de Fadela. Si vous ajoutez à cela les problèmes liés aux subprimes, entre la banque HSBC qui a annoncé lundi avoir consititué une provision de 9 milliards d'euros pour couvrir ses pertes, somme négligeable au regard des 600 milliards de crédits immobiliers avec subprime accordés aux Etats Unis en 2006, vous êtes noyé dans les échelles de valeur... Tous ces milliards, ça soule. Et moi, je vous avoue bien humblement que passé un million d'euros, une maison très luxueuse valant peu ou prou cette somme là, je ne sais plus où j'en suis. J'essaie de rapporter les infos les unes aux autres, pour savoir si, comme on me l'indique, je dois m'indigner, m'inquiéter ou m'esbaubir. Mais cela reste totalement virtuel. Encore que, si l'on m'ajoute que la Bourse s'effondre, et le lendemain se relève, je suis censée réagir. Mais quand il apparait que les spécialistes eux-mêmes barbotent dans le flou monétaire, et que les milliards du trader ont disparu dans la nature par un effet de passe passe informatique, je suis abasourdie. Je décroche.

Et pourtant, c'est le sort de ces milliards évaporés, détournés, accordés, ou dispensés qui régit notre quotidien. Indirectement certes, mais comme les 100 dolars du baril de pétrole, ils nous gouvernent. L'air du temps est tel que nous avons du mal à échapper aux conséquences de variations mathématiques globales dont nous avons un mal infini à mesurer les effets, faute d'en comprendre la portée réelle. Nous sommes donc réduits à suivre le sens du vent médiatique et à nous extasier quand on nous annonce que c'est superbe, et à déplorer de concert ce qu'on nous présente comme dérisoire. Le sublime mathématique de Kant se déforme au gré des commentaires journalistiques, et nous citons des sommes énormes sans même nous rappeler s'il s'agit de millions ou de milliards. Faites l'expérience, demandez autour de vous à combien s'élève le plan de Madame Amara... ou le montant des fonds détournés par Kerviel à la Société Générale, détournés ou volatilisés...

Alors, pour en revenir à Kant et à son distingo entre appréhension et compréhension, il nous propose pour comprendre son propos l'exemple des pyramides dont "il ne faut ni trop s'arrpocher ni trop s'éloigner... pour éprouver toute l'émotion que cause leur grandeur". Alors restons dans un juste milieu et délaissons le sublime mathématique pour nous consacrer à ressentir le sublime dynamique, dont l'expression et la source sont en nous. Et (l'exemple est de Kant) le ciel étoilé sera sublime, non à cause de la complexité du système innombrable d'astres qui le compose, mais en tant que voûte céleste, que notre âme, notre corps, nos sens éprouveront dans toute sa plénitude à un moment qui pour nous prendra la marque du bonheur. Et surtout pas parce qu'un journaliste labelisé "vu à la télé", nous aura enjoints de nous extasier sur sa multitude et son importance réelle ou supposé. Allez savoir combien il y a de milliards d'étoiles au firmanent !!!!

PS vous connaissez, j'imagine, le site de google qui a numérisé de nombreux ouvrages... On y a trouve "La critique du jugement" de Kant in extenso et tout ce qu'on veut ou presque, moins encombrant que les livres. Voir la photo du précédent article...

mardi 22 janvier 2008

UN BAISER...


Le temps passe vite, et si l'on n'y prend pas garde, le blog reste en jachère. Il faut vous dire que ma vie n'a rien eu de bien palpitant depuis la reprise, mon activité essentielle, un peu obsessionnelle, ayant été de monter des cartons de livres, il y en avait plus de 40, et de les déballer. Ensuite de classer les livres par ordre logique, puis alphabétique, le tout au prix de maux de dos et de crampes variées. Les livres sont rangés, la bibliothèque est superbe, et surtout cela m'a permis de découvrir ou de redécouvrir des trésors, c'est incroyable ce qu'il y a à lire ou à relire dans cette maison.
J'en suis donc réduite à vous partager, en tout et pour tout, si l'on excepte les agapes du restaurant d'application, les films du week-end.

Charmant marivaudage de et avec Emmanuel Mouret, un marseillais atypique qui joue les anti-machos avec une voix très travaillée qui laisse parfois échapper des accents colorés. Un film léger et sympathique, drôle et tendre, non exempt de certaines longueurs et de quelques maladresses. La musique tisse autour de cette histoire légère une mélodie très adaptée. Le film est jalonné de peintures, de gravures, de reproductions de tableaux amenés fort à propos et pimentant le propos avec adresse. Ce n'est pas le chef d'oeuvre du siècle, c'est un peu trop "dit" parfois, un peu "sur-écrit", mais c'est délicieusement décalé, totalement hors des modes et volontairement désuet. Où il apparait qu'un baiser échangé n'est jamais anodin, fut-ce "un tout petit baiser sans conséquence"... car justement !! un baiser ce n'est jamais sans conséquence. C'est pourquoi, je propose à ceux qui verront le film, car honnêtement il est très visible, de changer la fin. Après le baiser langoureux enfin échangé, sur serment réciproque de ne jamais tenter quoi que ce soit pour se revoir, je propose que chacun des deux personnages nous offre à sa manière une petite tricherie : lui pourrait lui prendre la main, et délicatement baiser l'intérieur de son poignet. Ensuite, comme dans le film, il sort, avec un temps d'arrêt sur le pas de la porte, une ultime hésitation. Après un gros plan sur son départ, Emilie s'appuie au mur... et soudain éteint la chambre, puis court vers la fenêtre, qui donne sur le parking de l'hôtel. Elle écarte doucement le rideau, et plonge dans la nuit. Elle le voit monter dans son estafette brinquebalante, et son regard glisse sur le côté du véhicule : son nom, "restaurateur de tableaux à Nantes" s'étale sur la carrosserie en caractères bien lisibles. Fondu au noir, sur une petite ritournelle ironique. Qui peut croire vraiment qu'un baiser, surtout désiré aussi longtemps, peut être et rester anodin ???? Alors que Mouret les fait sagement respecter leur engagement, j'imagine qu'ainsi il aurait introduit un doute, une faille dans la défense studieuse d'Emilie... Que fera-t-elle de ce nom ? Allez savoir !
Bien supérieur, et incroyablement talentueux, le 2ème film du week-end :

Un premier film incroyable de justesse et d'une sensibilité remarquable. Tout est abouti dans cette histoire sans importance, celle d'une fanfare égyptienne égarée dans le désert israélien à la suite d'une maladresse administrative et d'une incompréhension linguistique. Pas une seconde de trop, pas un plan inutile, tout est parfait et étonnamment émouvant. Tout est dans les "non-dit" puisque justement les personnages ont un vocabulaire pauvre, limité à quelques mots d'anglais maladroit. Et tout est limpide, les regards sont justes, et les émotions vibrent à fleur de peau. Peu à peu, les personnages se dévoilent, désarmés par la nuit et l'ambiance hors du temps de cette bourgade perdue au bout d'une route qui semble sans lien avec le réel. Des êtres pudiques et blessés, mais simples, qui petit à petit s'apprivoisent, le temps d'une improbable rencontre. La tonalité générale est beige, couleur de sable et de pauvreté, et la tache de cette fanfare bleu-ciel dans cet horizon fermé, ouvre une perspective humaine inattendue mais d'une réelle richesse. Un vrai petit bijou ce film, à voir de toute urgence !


mercredi 9 janvier 2008

POUPEES SUITE

Et voilà, j'ai les adresses des concepteurs de poupées personnalisées !
Et n'hésitez pas à me contater si vous voulez passer commande !

mardi 8 janvier 2008

POUPEES

C'était notre cadeau de Noël, de la part de Françoise et Patrick... La poupée Michel et la poupée Nicole !

La poupée Michel arbore une superbe cravate et une barbe dans les normes, permettant une identification immédiate ! Au dos de la boite, on trouve son portrait sous la forme conjuguée d'un mode d'emploi et de conseils d'utilisation (si vous voulez tout savoir, il vaut mieux cliquer sur la photo pour l'agrandir un peu). Pas de doute, les concepteurs ont été bine renseignés. De la musique au stent en passant par le café, tout y est. Précision sur le côté de la boite "ton jouet mettra du tems à se décider (cette fonction n'est pas tout à fait au point). Mais une fois qu'il aura pris sa décision... elle sera prise pour de bon ! Alors, amuse-toi bien avec la poupée Michel"


La poupée Nicole est reconnaissable à son cercle, inévitable, à sa broche portée en ceinture et surtout à sa coupe au carré. Le portrait est, lui aussi, fidèle, à une exception près... Une erreur syntaxique a voulu qu'on la trouve rancunière alors que Michel, l'informateur en matière de défaut, avait proposé susceptible. Il a confirmé, et la susceptibilité, et l'absence totale de propension à la rancune de la poupée Nicole. Sur le côté de la boite on apprend que "A savoir ! Cette poupée aime se réchauffer avec un petit Irish Coffee (celui de Gilles en particulier)"

Mais où trouve-t-on ces petites merveilles personnalisées, et si drôles. Et bien c'est Julie, la fille de Françoise qui les fabrique, enfin qui les coud et qui les orne. Et son ami Noe réalise les boites. Je n'ai pas réussi à trouver l'adresse de leur site pour vous permettre d'en commander, cela fait un cadeau absolument adorable ! Mais je compte sur "mes fidèles lectrices" (Emilie !!! Françoise ???) pour me l'envoyer le plus vite possible afin que vous puissiez, vous aussi, offrir des poupées personnalisées à vos proches ! Une bonne façon de leur dire pourquoi vous les aimez et pourquoi, parfois, ils vous agacent si fort ! C'est ça l'amour !

lundi 7 janvier 2008

PREMIER ET DERNIER FILM

Le cinéma de Saint Georges de Didonne se pique, à juste titre, d'une certaine qualité de programmation, et dans le cadre de cette prétention, inivte régulièrement des metteurs en scène à présenter leurs films. C'est ainsi que vendredi dernier nous avons eu l'occasion de voir un film plus que sympathique, première réalisation d'un jeune cinéaste belge, Romuald Beugnon.

Vous êtes de la police ? est assez résolument inclassable. C'est un documentaire sur les maisons de retraite, qui porte sur ces établissements si difficile à peindre, un regard tendre et réaliste, non exempt d'humour, et qui parfois prend aux tripes. C'est un vrai polar dont l'intrigue un peu farfelu se dénoue de façon inattendue, ou pour le moins originale. C'est aussi une comédie, et on rit franchement, porté par le jeu d'acteurs consacrés et qui collent bien aux rôles. Jean Claude Brialy, dont ce fut le dernier rôle, en gentleman vermeil, très crédible. Jean Pierre Cassel, décédé lui aussi peu après la fin du tournage, fait une performance d'acteur, toujours en fauteuil roulant, et prenant le profil cassé du pauvre flic mis en maison de retraite avec un talent évident. Micheline Presle est moins convaincante, et joue parfois un peu à côté. Les seconds rôles sont quant à eux très réussi : Philippe Nahon, à contre emploi d'après le réalisateur, interprète à la perfection un vieux rockeur kleptomane, et Yolande Moreau, que nous avions découverte dans "Quand la mer monte" incarne avec justesse une infirmière un peu trop impliquée dans sa mission.

Mais ce qui était le plus intéressant était de participer au débat qui a suivi, le jeune réalisateur faisant partager avec enthousiasme ses convictions et ses émotions au public. Même si ce film n'est pas le chef d'œuvre du siècle, il y a quelques maladresses évidentes, il faut absolument aller le voir s'il passe vers chez vous : vous aiderez à lancer un vrai talent, qui a eu lamalchance de voir son film sortir le 19 décembre, autant dire une date épouvantable pour vendre de la maison de retraite !!

Deuxième film du week-end : La nuit nous appartient
Encore la maffia russe, mais cette fois-ci à la sauce américano-bons-sentiments à fond. Linéaire, manichéen, un peu téléphoné, cela reste tout de même une excellente prestation : la guerre entre flics et truands, le bon fils et le mauvais fils, le triomphe du bien et la bonne parole sont au rendez-vous. La violence est présente mais supportable et la morale est sauve, on finit même sur un prêche très édifiant, et une double déclaration d'amour fraternelle qui vous arrecherait des larmes si vous aviez le mouchoir facile. En fait c'est une splendide leçon de mise en scène, d'une efficacité redoutable. Et la scène de poursuite sous une pluie diluvienne est un morceau d'anthologie, destiné à rester en mémoire.

dimanche 6 janvier 2008

EPIPHANIE

Le jour de l'Epiphanie à Meschers, on brûle les sapins sur la plage. Qu'il pleuve ou qu'il vente, la tradition est respectée. Et c'est vrai qu'aujourd'hui le temps était loin d'être au beau fixe. Du coup, le feu était tout maigre, car le vent assez fort attisait les flammes et les sapins disparaissaient en quelques secondes. Du coup, tout le monde se pressait autour de la galette et du vin chaud qu'on servait à pleines louches. Patrick, le trouvant particulièrement à son goût, a demandé la recette : de quoi séduire les plus réticents : une bouteille de rhum pour 6 litres de vin rouge, des citrons, des oranges, pas mal de canelle et des gousses de vanille. Du coup l'ambiance était chaude malgré les bourrasques. Madeleine et ses multiples soeurs étaient au rendez vous et la photo de groupe est au diapason.

Pas du tout fanatiques de la galette des rois, nous avons quand même profité de la présence de Françoise et Fanfan, de Marc et Patrick pour sacrifier au rituel en ouvrant la énième bouteille de champagne de la semaine, une vraie gabegie de bulles. Et puis au moins c'était le VRAI jour, car on va renouveler le cérémonial durant tout le mois de janvier, sans qu'il n'ait d'autre sens qu'une simple coutume sociale. C'est Françoise, la plus jeune, qui est allée complaisamment sous la table, et Patrick a tiré la fève. Une journée grise qui s'est métamorphosée en petite fête, simplement par la magie de l'amitié.

mercredi 2 janvier 2008

LISBOA JOUR 5

Dernier matin, consacré en partie aux bagages et achats de retour. Puis direction le musée d'art ancien pour une visite qu'il aurait mieux valu faire avant la fondation Gulbenkian. Certes ce musée renferme quelques merveilles, mais cela reste un musée, c'est à dire par moments un ramassis peu alléchant d'œuvres mineures mais supposées importante pour retracer l'évolution chronologique et artistique du pays. C'est ainsi qu'il a fallu nous tartiner de longues files de saints 17ème, d'ennuyeuses séries de peintures religieuses maladroites et autres objets de culte sans grand intérêt.
Les pièces les plus marquantes sont une magistrale tentation de Saint Antoine par Jérôme Bosch, le polyptique de l’Adoration de Saint Vincent, peint par Nuno Gonçalves entre 1460 et 1470 et des paravents japonais qui venaient à point pour illustrer l' expositions vue à Bruxelles, à la gloire des portugais explorateurs.

Le musée étant à côté de l'ambassade de France, nous avons déjeuné avec Fred avant de partir, et avons sacrifié au rituel baccala... Bonne certes, mais quelque peu roborative. Comme toute la cuisine portugaise au demeurant, agréable, naturelle et simple mais toujours un peu lourde.
Il ne nous restait plus qu'à regagner Bordeaux, en un temps record cette fois-ci, et à défaire nos valises.

mardi 1 janvier 2008

LISBOA JOUR 4

En ce petit matin nouveau, il régnait parmi nous trois une douce impression de recommencement et d'attente. C'est étrange ce que l'on peut être impressionnable, il suffit d'un numéro théorique de jour, et voilà qu'on a l'âme en vadrouille.
Vadrouille ? Où aller ? Le ciel vers l'ouest était sombre, agité même, et notre projet de journée à Sintra semblait bien compromis. J'avais très envie de parcourir le nouveau pont du 25 avril, mais la perspective de 18km aller et autant retour juste pour rouler sur l'eau, c'était bien déraisonnable.
Nous avons donc décidé une virée vers Setubal, le ciel paraissant plus clément dans cette direction.



Le port, ses barques de pêches enchevêtrées, les mouettes affolées par les reliefs de fêtes aux coins de rues. Puis plus loin, dans la montagne, de magnifiques échappées sur la pointe, malheureusement bien mutilée de Sétubal (on pouvait de faire une idée de ce que l'industrialisation peut pourrir un paysage, à bas les méthaniers !).

En fin d'après-midi, mes hommes criaient famine, nous sommes redescendus sur une plage tranquille, promenade en ramassant des cailloux et des coquillages, et enfin déjeuner très tardif sur une terrasse surplombant un morceau d'estuaire. Ah la magie des estuaires, on ne s'en lasse pas décidément. Même si mes deux mecs étaient finalement plus attirés par le somptueux riz aux fruits de mers qu'ils ont englouti comme s'ils n'avaient pas mangé depuis trois jours, le vinho verde aidant, l'ambiance s'est faite à la confidence et à la somnolence.


Il ne nous restait plus qu'à faire retour vers notre point d'attache, par le fameux pont du 25 avril, long, long mais assez peu spectaculaire à la nuit noire. Nous avions commencé l'année tout en douceur, courant tous les 3 comme des enfants à la recherche d'images contrastées et typiques, chacun armé de son appareil photo et de son œil, curieux et attentif à la moindre variation de reflet. C'est bien la photo quand tout le monde participe !!

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