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mardi 29 avril 2008

PAPILLON

Déjà fini le week-end et déjà en vue le suivant, faut vite égrener le Petit Re !!! Ah ce mois de mai, le cauchemar des employeurs et la joie des salariés. Les jours s'envolent en tous sens comme des papillons agités. D'ici à l'été, le temps va défiler comme un fou et nous aurons du mal à suivre.

Deux mots vite fait des films vus.
Désolée de te décevoir Marie, mais nous n'avons pas partagé ton enthousiasme. Belles images, petite héroïne craquante, mais on s'est un peu ennuyé, les autres gosses jouent trop mal. Quant au sujet, on l'a déjà vu traiter tellement mieux. Certes le film dénonce les ravages de la guerre en Afghanistan, pose le problème des enfants imprégnés de violence dès leur plus jeune âge, violence sociale, morale et politique. L'idée aussi de cette fillette qui veut aller à l'école aurait pu être une bonne accroche, mais objectivement ça finit par tourner à la critique du système éducatif car les motivations de la gamine se noient dans l'anecdote. Au total, c'est répétitif, un peu lent, un peu pauvre et parfois maniéré. Quant aux chamailleries des gamins, elles deviennent vite lassantes. Bon c'est un premier film et c'est sans doute pour cela que le traitement cinématographique est minimaliste. Plein de bonnes intentions et sympathique.

Moi j'ai beaucoup ri, Michel n'a pas raffolé. Mais bon globalement c'était sympa. Les gags sont assez basiques mais quand on est un bon public, comme moi, ça passe bien. Et puis j'ai aimé l'idée du noir et blanc, ça habille d'une certaine élégance un film somme toute assez banal. Sauf peut-être à posséder toutes les références cinématographiques dont il est truffé, mais là je ne suis pas assez cinéphile pour avoir tout compris. Ceci dit c'est vrai que ça manquait un peu de rythme, mais c'est drôle et Baer est parfait dans le rôle du looser. Si c'était prétentieux, je ne l'ai pas vu car je manque de références, mais j'ai pressenti et apprécié les clins d'œil aux film noir, films de gangster et autres chefs d'œuvres du cinéma muet.

Et cette histoire de papillon ? Tout simple ! Maryse venue déjeuner dimanche impromptu avec Didier m'a offert une espèce étonnante de lavande, une lavande papillon. Moins parfumée que la lavande classique mais pourvu de fleurs superbes, toutes empanachées de longs pétales qui dansent dans le vent... et du vent, je vous jure, il y en a en ce moment...

mercredi 23 avril 2008

A +

Maman, qui était vous le savez experte toutes catégories en aphorismes et dictons divers, me prônait avec régularité "il ne faut jamais remettre au lendemain ce qu'on peut faire le jour même". Facile à dire, comme tous les dictons, mais avouons-le, quand il s'agit d'une corvée, d'un travail, d'une contrainte, nous sommes tous pareils, on repousse... plus tard !!! Jusque là, rien que de très normal, on se trouve 50 autres occupations bien plus passionnantes à faire, et la corvée attend. Jusqu'à ce qu'il devienne urgentissime de s'y mettre, et si elle n'en est pas moins pénible à faire, on arrive au moins à passer ce cap. Souvent en s'étant joyeusement gâché la vie à subir les remords de ce pensum en arrière-plan. Mais bon, nous sommes tous logés à la même enseigne, et si parfois nous tentons de surmonter ce genre de travers, c'est toujours un peu un exploit d'y parvenir.

Là où je me sens plus désorientée, c'est en face de ceux, et ils sont plus nombreux qu'on ne pense, qui remettent à plus tard les plaisirs, les moments agréables, les petites noisettes croquantes de la vie. Les uns parce qu'ils sont perfectionnistes et qu'ils veulent saliver, se préparer, faire durer le plaisir de l'attente... ils sont même capables de le faire durer jusqu'à la disparition totale du désir et l'oubli de ce dont ils rêvaient. D'autres font plutôt dans l'auto-censure, genre judéo-chrétien souffrant, retardant le moment de s'accorder ce qu'ils auraient plaisir à faire parce qu'ils estiment n'y avoir pas encore droit, ou pas vraiment droit. Cela peut aussi procéder d'une tendance à l'épicurisme, vous savez cette philosophie qui "professe que pour éviter la souffrance il faut éviter les sources de plaisir qui ne sont ni naturelles ni nécessaires".
Souvent c'est aussi parce que le plaisir en question demande un effort, et que l'on ne peut arriver à se résoudre à franchir ce pas, quel que soit l'Eden promis.
Et moi, avec ma relation bancale au temps, ça me panique cette façon de renâcler devant le plaisir. Le bonheur c'est comme une belle photo, quand la lumière est là, quand le poudroiement du soleil éclate, il faut les saisir vite, sinon c'est trop tard. La peur que le "à plussssss" se transforme en "à plus (du tout)", moi ça me tenaille inexorablement ! Il y en a tant de trop tard dans la vie, de moments ratés qu'on ne peut plus rattraper, de rides qui se sont installées et que rien ne peut plus gommer, d'absences qui s'imposent et qu'on ne peut plus jamais refuser... Oui je sais, ce rapport panique au temps donne un sentiment d'urgence qui s'accorde mal avec la sagesse ou ce qui nous en tient lieu. Mais, comme ceux qui vous disent à plus tard et oublient de revenir vous voir resteront d'éternels enfants persuadés que rien ne peut les priver de leurs rêves, moi je suis une égarée du temps, et les minutes à vivre me semblent devoir être croquées sans retenue, sous peine d'éternels regrets. Marrant, d'ailleurs, je ne pratique pas vraiment le regret, simplement la terreur de risquer d'en avoir. J'anticipe, et finalement tout se passe très bien la vie chasse la vie, et elle offre toujours de nouvelles échappées. Pas de quoi paniquer, n'est-ce pas ? A + donc !!

mardi 22 avril 2008

IVRESSE

JULIA de ZONCA
Bon, Tilda Swinton est, c'est vrai, extraordinaire. Elle balance ses grandes jambes perchées sur d'improbables talons, sa solitude, son mal de vivre, sa nymphomanie et sa peur de vieillir avec un talent inimitable. La caméra de Zonca est talentueuse, belle réalisation, lumière et cadrage magnifiques. Mais...
Mais d'abord, ce n'est pas Gloria de John Cassavetes, ne vous y laissez pas piéger. C'est un long, trop long road movie, qui traîne à en devenir insipide. Le début, entre scène de congédiement et séances de désintoxication en passant par un enlèvement laborieux, a du mal à démarrer et si on se réveille un peu à l'arrivée au Mexique, les personnages restent pour autant toujours aussi creux, sans véritable ressort psychologique, et à aucun moment l'émotion ne vient vous étreindre. L'enfant, c'est sans doute volontaire, n'est pas attachant, mais qu'il est mal dirigé, et qu'il joue de façon affectée. Comme il a une présence importante, cela finit par devenir gênant. Quant au reste, une femme ivre, une perdante paumée qui tangue en permanence, avec une monotonie qui la soule elle-même, cela finit, quel que soit le talent de l'actrice, par être ennuyeux. Les personnages secondaires sont insipides, et certains, comme la mère de Tom, surjouent. La mafia mexicaine est complètement caricaturée, les dialogues un peu verbeux, s'enlisent... Au total, cela reste un film correct, mais 2h20 c'est beaucoup trop long pour une fin téléphonée, une sorte de rédemption esquissée sans trop y croire ! Pas vraiment convaincant !

dimanche 20 avril 2008

EXISTE TANT CIEL

Le ciel, ça va merci, il est variable et plutôt ensoleillé... Ce n'est pas lui qui pose problème. C'est l'âme qui est en jachère, et avec elle, tous ces brimborions de désespoir qu'on charrie à longueur de vie, sans jamais parvenir à les trier vraiment. Parfois, cela se catapulte et ça ressemble à un ciel d'orage. On sent les années qui passent, le temps qui se défile et le paysage est lagunaire. Il y a tant et tant de choses auxquelles on a cru dur comme fer et qui, soudain, se dérobent. Et si on avait fait fausse route ? A voir foulées aux pieds toutes ces valeurs sur lesquelles on a basé ses convictions, celles justement auxquelles on s'est raccroché pour avancer vaille que vaille, à voir ceux que l'on aime prendre uniquement le contre-pied de ce à quoi on toujours cru, ça chamboule et ça barbouille. On se sent très seul tout d'un coup et à crouler sous les points d'interrogation, on a la tête qui tourne, des envies de fuite et comme la rage au cœur.
Bref, LA crise existentielle... celle de la cinquantaine qui va virer à celle de la soixantaine si l'on n'y prête gare. Et il faut réagir, pas vrai ? Ne pas se laisser envahir par la morosité... d'autant qu'il faut bien l'admettre, les crises existentielles, ça ne sert pas à grand chose, sauf à s'engueuler soi-même (et à souler les autres, accessoirement).
Alors on a le choix entre s'abrutir au rythme des modes et des tendances égotistes qui font notre quotidien et pratiquer la fuite en avant, ou sombrer dans la misanthropie. Au risque, non négligeable, de devenir une "barbonne" de mauvais aloi.

vendredi 18 avril 2008

CONTRE COURANT


Vous allez me trouver bien ringarde... mais non ! le courant n'est pas passé. Mais pas du tout ... Ce soir, Michel allait à une réunion syndicale, j’ai donc décidé d’aller écouter un concert à Saint Georges, en me disant « il ne faut pas périr idiot, allons et voyons ». San Severino, vous connaissez sans doute les filles. Moi pas, mais j’avais lu qu’il était d’origine napolitaine, ancien « voleur de poules » (entre voleurs de poules on devrait s’apprécier, n'est-ce pas ?) et fervent admirateur de Django Reinhard. A priori donc, pourquoi ne pas essayer de profiter de cette soirée en célibataire pour sortir de mon trou et découvrir le vaste monde ?
Et bien, je n'ai pas été déçue du déplacement. Ce vibrion à qui un récent succès semble avoir gonflé les chevilles, ne m'a pas plu du tout. Il est caustique, provocateur et abrasif. Moi je n’aime pas ce ton, je suis totalement hors mode si j’en crois les critiques multiples lues sur internet, il plait, mais il m’a déplu. Je déteste cette façon de flatter les foules dans le sens de leur poil le plus gris, j’ai trouvé qu’il se la pétait et que tout cet étalage de borborygmes satisfaits était facile. Je n’aime pas l’aigreur, l’ironie destructrice, j’avoue que je suis démodée, voire totalement obsolète, mais je m'octroie le droit d'être hors normes. Certes sa musique swingue bien, les textes sont mordants, bien rythmés, il a en particulier un accordéoniste virtuose plein de talent... mais je ne peux pas me refaire, je suis partie à la 6ème chanson, j’en avais marre. Pardon aux admirateurs multiples de ce trublion sans doute plus bruyant que méchant, mais je ne participe pas au concert de louanges, et encore moins à l’enthousiasme qui accompagne cet artiste. J'ai surtout trouvé qu'il se prenait terriblement au sérieux et qu'il exagérait à loisir une excitation factice et mal à propos. Il confond provocation et talent. Je crains que son succès ne lui ait monté à la tête. La salle était comble, malgré un prix de place élevé.
En première partie, on a entendu un petit groupe local qui jouait manouche, violon, deux guitares et contrebasse. Moi, qui suis définitivement simplette et naïve, j’ai aimé. A l’entracte je me suis penchée vers mon amie Claire, rencontrée par hasard au concert, pour lui demander ce qu’elle en avait pensé. Elle a fait une moue décourageante et m’a dit « bof c’était de la musique de plage ». Au temps pour moi, je n’ai sans doute rien compris à tout ça, et j'ai des goûts surannés, mais que voulez-vous, il est trop tard pour m’en remettre !

jeudi 17 avril 2008

MEMOIRE VIVE

Dernier jour à Venise, le ciel est magnifique, il est temps d’en profiter pour emmagasiner encore quelques sensations, quelques images, pour fixer encore un peu Venise dans notre mémoire. Nous décidons une grande promenade en vaporetto jusqu’à Tre Archi, le pont le plus haut de Venise qui déploie ses trois arches avec une débauche de marches à escalader.
On visite une exposition sympathique d’artistes amateurs sur un thème imposé, celui de la mémoire justement. Invités à broder à partir d’une photo en noir et blanc d’un grand-père assis sur un banc auprès duquel se tient sa petite fille, certains font preuve d’imagination, d’originalité, voire de sensibilité. Ce n’est pas toujours très réussi, mais l’ensemble est plaisant. Ensuite, flânerie improvisée en tentant de découvrir des lieux inconnus ou jamais visités pour cause de « restauro » ou de « chuisura ».


Et on en trouve toujours, comme cette église San Giobbe (Jupiter traduit Michel enthousiaste et martial, ce pauvre Job se trouvant soudain catapulté en haut de l’Olympe), ou cette petite place San Giacomo Dell’Orio qui nous accueille pour un déjeuner typiquement vénitien.

Michel peut enfin goûter les sardines alla saur, dont il se promet illico de nous faire une préparation au retour, ce qui lui donnera en outre le plaisir d’aller voir l’accorte poissonnière du marché de Meschers. Que ne ferait-on pour mériter un joli sourire de cette charmante brunette qui fait courir tous les michelais de sexe masculin, réduits ensuite à cuisiner soles et limandes pour justifier leur engouement subit pour le poisson !

Après cette dernière halte délicieuse à tous les sens du terme, il ne nous reste qu’à regagner l’appartement, rassembler nos bagages et gagner l’aéroport par une ultime balade sur la lagune.

Là une mauvaise surprise nous attend, notre avion a des problèmes techniques et le commandant menace de ne pas décoller. Que faire ? Rester cool, tout ira bien en fait, malgré un énorme retard l’avion finit par décoller, la correspondance à Lyon nous a attendu. Notre arrivée essoufflés dans le Lyon Bordeaux où 150 personnes nous attendent patiemment est saluée par des rires et quelques plaisanteries aimables sur ces touristes qui arrivent de Venise et, n’ayant pu s’en détacher, sont bien en retard ! Michel, soulagé, s’affale sur mes verroteries et je me dis que je vais vous offrir des cadeaux en miettes ! Seule notre valise restera en rade et nous sera livrée le lendemain avec promptitude par Air France. Histoire de s’extasier encore sur la logistique impressionnante des compagnies d’aviation qui gèrent sans coup férir des millions de bagages qui arrivent presque toujours à bon port.

mercredi 16 avril 2008

BARBARESQUES

Temps magnifique ce matin, le soleil illumine enfin Venise et le palazzo Grassi où nous allons visiter « Rome et les Barbares ».

Après un capuccino onctueux dégusté dans l’inoubliable cafétéria du palais qui surplombe le grand canal, nous parcourons en riant les variations d’un poète à l’inspiration « allaisienne », sur le thème de la barbarie.

Les différents étages du palais abritent une passionnante exposition consacrée aux rapports économiques, politiques et religieux du monde romain avec les pays avoisinants d’abord envahis puis menaçants. Une trentaine de salles égrènent d’abord les victoires de Rome puis ses revers successifs, les incursions aux noms légendaires de plus en plus nombreuses, les invasions, les massacres et l’acculturation réciproque sur un millénaire. Réciproque car les barbares ne sont pas forcément sauvages et ils développent des techniques efficaces, voire raffinées.


On assiste aussi à la naissance du christianisme, à son combat pour s’imposer par rapport à l’arianisme et enfin à son triomphe, mêlé de pragmatisme et de mélanges divers. Ce sont finalement les fondements de la culture européenne qui sont évoqués là, au travers d’un parcours muséographique et didactique de première qualité, agrémenté d’œuvres splendides, parfaitement exposées et soigneusement juxtaposées. L’exposition a emprunté des pièces dans tous les musées d’Europe, trésors déterrés de tombes nobles, monuments, livres, statues, bijoux, ivoires, monnaies… et elle est ponctuée avec humour de tableaux XIXème, issus de cette mode picturale nostalgique des temps mérovingiens, propre à flatter les orgueils nationalistes de pays en veine de racines. Le parcours est long mais passionnant et nous l’avons accompli dans coup férir.

Au bout de 5 heures de cet épuisant périple, la salle blanche sur fond de Grand Canal de la cafétéria, était bienvenue ! Michel était enchanté car les tagliatelle étaient à peine cuites, et les vongole délicieuses.

Notre après-midi fut consacrée à rechercher les rayons de soleil sur les palais, à entrer dans les églises ouvertes pour admirer au passage quelques Bellini ou des Tiepolo et à visiter la Schuola degli Armeni. Michel avait en effet lu un livre de Michel Serre consacré aux toiles de Carpaccio, et j’avoue avoir un peu douché son enthousiasme en renâclant sur les interprétations philosophico-oiseuses de ce néophyte en histoire de l’art !

Sur la riva delgli schiavoni, Michel s’extasiait sur « le Barbare de service » devant la statue équestre de Victor Emmanuel, digne selon lui, sur fond de ciel ombrageux, d’un tableau Tintoresque. Un peu plus tard, on a vu s’intensifier des hordes de touristes épuisés suivant sans trop de conviction leurs guides harassés qui brandissaient des drapeaux multicolores pour tenter de rallier tout ce beau monde dans les bateaux destinés à les ramener à bon port. C’était l’heure où Venise se vide de ses Barbares envahisseurs, et s’il faut faire fraterniser italiens et espagnols pour y parvenir, qu’importe, le tout c’est de remplir les navettes.

La dernière intervention barbaresque de la journée, hormis l'inévitable barbarie faciste placardée sur chaque lieu de mémoire, nous attendait quelques ponts plus loin. Nous avons vu tous les vendeurs à la sauvette ramasser leurs étals, entasser leurs lunettes dans de grands sacs, empoigner leurs ceintures faussement Gucci et leurs sacs mensongèrement Dior et commencer à se replier doucement vers les jardins de la Biennale. Ils hésitaient, s’interrogeaient les uns les autres, riaient, hésitaient… mais le mouvement allait s’amplifiant. Soudain, quatre carabiniers flambant rutilants ont surgi, se sont dirigés fermement vers un isolé qui n’avait rien replié, et s’emparant des sacs et autres valises qui s’étalaient devant lui, l’ont emmené sans autre forme de procès, ignorant superbement ses concurrents évanouis comme une nuée de moineaux. De l’autre bout du quai, nous avons vu une troupe rieuse dévaler le pont près duquel nous regardions les forces de l’ordre repartir nonchalamment en agitant leurs trophées. Puis, voyant que les carabiniers s’éloignaient en sens inverse, reprendre doucement le chemin de leurs places respectives pour redéployer leurs petits étalages.

Quand la nuit est tombée, la fraîcheur légendaire de Venise nous a brutalement saisis et un repli stratégique sur l’appartement s’imposait, comme s’imposait un apéro réparateur. Mais soulée au Malvoisie, vin liquoreux de Sicile qui ne titre pas moins de 16 degrés et qu’il fallait finir puisque nous partons demain, je me suis révélée incapable de rejoindre même le plus proche resto, car, comble d’ironie, c’était ce soir jour de fermeture de celui que tu nous indiqué, Marie… on n’est vraiment pas doués, et demain à midi c’est encore fermé ! Bref, on testera ton adresse une autre fois ! Comme cela, nous serons bien obligés de revenir !

mardi 15 avril 2008

SENSUALITE VENITIENNE

Ce matin il pleuvait des cordes quand je suis allée chercher le Corriere della Sera pour les résultats des élections, et la place Saint Marc était vide et triste. Les italiens ont bien participé, la Ligue du Nord a doublé son score par rapport aux précédentes élections, et la presse de droite est dithyrambique sur la victoire du Cavaliere. C’est le retour en force de l’émince septuagénaire, qui entre deux diatribes exagérées, va pouvoir s’atteler au dossier brûlant d’Alitalia, aux ordures de Naples et à la dioxine de la mozarella. Je trouve d’ailleurs que son logo faisait penser à une étiquette de mozarella ! Deux chambres abominablement berlusconniennes attendent les italiens pour les 5 ans à venir, et le phénomène Veltroni est déjà enterré, d’autant que le principal intéressé a annoncé avoir envie de passer à autre chose. Quant aux italiens, ils sont comme nous, ils ont les hommes politiques qu’ils méritent, et si l’on en juge par l’abattage indécent de leur élu de cœur, ils ne sont pas plus difficiles que nous.

La victoire de Berlusconi sur TF1

Pluie, donc exposition, et quitte à être venus à Venise à cause de cela, nous avons décidé d’aller visiter l’exposition de l’Académie « L’ultimo Tiziano et la sensualità della pittura ». Même si la Danae, Venus qui aveugle Amour ou l'assassinat de Lucrèce par Tancréde développent un étonnant érotisme torride, cette sensualité est surtout celle de sens exacerbés par les ans qui se sont accumulés sur les mains de l'artiste.

Marie, tu as déjà vu cette exposition et tu l’as, comme nous, trouvé passionnante, voire émouvante. Ces toiles vibrantes de couleur des dernières années du grand maître vénitien sont, rapprochées les unes des autres, un témoignage impressionnant de la fin de la carrière de l’artiste.

La fin de la vie du Titien et la sensualité de la peinture

On y lit un pinceau ardent, nerveux, énervé parfois quand la matière colorée lui résiste, manié avec un talent devenu naturel, et le rapprochement de certains sujets identiques montre bien comme le peintre, n’ayant plus à faire ses preuves, entendait que la toile traduise au plus près ses propres conceptions. Peintes entre 65 et 90 ans, elles ne s’embarrassent pas de fioritures ni de tentatives de séduction inutiles, même si on y sent une certaine inquiétude. Elles sont belles ces toiles, un peu ingrates d’accès parfois, mais bouleversantes souvent, comme la dernière, cette piéta testament, qui, construite dans la moitié gauche de la toile en diagonale vers le ciel, se présente comme une humble ascension vers la vie éternelle.


Nous avons revu aussi les grandes toiles de l’Académie, celles devant lesquelles nous vous avons fait passer des heures qui ont dû parfois vous paraître bien longues, à décompter les couleurs, décortiquer les compositions et trier les saints, en vous racontant leurs légendes plus ou moins dorées. Nous n’avions pas à l’époque de BD pour vous raconter Carpaccio, et c’est bien dommage car cela facilité même la vie des adultes une telle présentation !


Un bon repos à l’appartement, car les musées restent toujours harassants, avant de reprendre notre bâton vers San Polo et Santa Croce. Des quartiers que nous connaissons moins, ayant toujours habité loin de leurs « calle ». Petit détour par le Ponte delle Tette, aux abords duquel les prostituées vénitiennes tentaient vainement d’attirer vénitiens un peu trop portés sur la sodomie en exposant, sur recommandation du Sénat, leurs seins aux balcons alentour. La promenade se termine dignement par les Frari, qui dans le cadre d’un hommage à Tiziano s’imposait, même si nous admirons là des œuvres de jeunesse du peintre, ce sont des moments uniques d’émotion artistique.

lundi 14 avril 2008

DOPO IL PONTE

Ce matin, le soleil nous invite aux îles, direction Torcello. Avant l’embarquement, il me prend le besoin d’un stylo et d’un carnet pour profiter de la traversée afin d’écrire quelques idées pour le Petit Re… Je demande où trouver un tabac à un vendeur de souvenirs, il me répond tout sourire « Dopo il ponte »… Réplique universelle ici, voilà 4 fois qu’on me fait ce type de réponse, à chaque demande de renseignement. Vous pouvez l’utiliser vous-même sans crainte de tromper quiconque lorsqu’on vous demande une direction. Vous tendez une vague main vers un horizon approximatif et répondez sans sourciller « dopo il ponte », et tout est dit.

A Torcello, la magie agit toujours, c’est en ce qui me concerne mon refuge préféré à Venise. Il suffit de s’enfoncer dans les marécages derrière Santa Maria Assunta, ou de monter en haut du campanile pour avoir l’impression soudain que la ville oubliée palpite et qu’on se sente absorbé par une grandeur passée qui a disparu.

Après avoir pirouetté et virevolté sur les marbres arrondis du pavement cosmatesque qui se déploie comme un grand jeu d’enfant, on se sent soudain écrasé devant l’immense arc de mosaïques qui promet aux pécheurs les tourments d’un enfer proportionné aux fautes commises.

On sait que si on passe sous cette voute où jouent mille couleurs menaçantes, on devra affronter un monde difficile et grossier. Et pourtant dehors la lumière éclate, joue sur les pierres sages, s’enfonce dans les roseaux, ricoche sur les flaques d’eau stagnantes et c’est comme si tout redevenait vivant de ce qui fut une ville prospère et maintenant oubliée. Torcello est pour moi la plus belle évasion vénitienne, celle du triomphe du temps sur le désespoir, celle d’une nature enfin retrouvée, sauvage et lagunaire. Bien sûr la file obligée de touristes bavards pour joindre l’église depuis l’embarcadère a quelque chose de fâcheux, mais nous avons eu la chance en arrivant tôt un lundi d’y échapper, et de parcourir l’île en toute quiétude. Et par un drôle de miracle cette quiétude s’est poursuivie tout au long de la splendide matinée que nous y avons passée, avant de décider d’y déjeuner tardivement dans le jardin tranquille de la villa 600. Après une friture de poissons toute en légèreté, arrosée d’un petit blanc du Frioul bien sympathique, moment de détente sur cette terrasse ensoleillée et sereine, avant de repartir vers la civilisation agitée et factice.

Retour vers Burano où la traversée obligée des magasins à touristes et à dentelles chinoises est de nouveau un vrai pensum. Burano, nous l’avons connue moins affectée, Michel pense que c’est l’effet de la peinture acrylique qui lui donne un air trop brillant, mal adapté à l’ambiance en demi-teintes de la lagune. Les dentelles de pacotille et les masques figés s’étalent sur avec insolence sur le chemin balisé, et nous avons foncé vers l’embarcadère qui fait face à l’île aux cyprès pour tenter d’y trouver une barque à destination du couvent franciscain. Les natifs interrogés nous dirent que plus personne n’assurait le trajet depuis longtemps et qu’il fallait prendre un taxi, mais de taxi, point.

Nous avons donc déambulé dans les ruelles multicolores de l’île avant de reprendre le vaporetto vers Murano. Dans le genre Perrette, ou plus moderne « les toilettes du pape », Michel s’est construit un plan juteux pour la retraite : venir s’installer à Burano, non, à Mazzorbo juste à côté après réflexion ! C’est plus calme et il y a des jardins partout. Et avec une petite barque se faire « des tunes » en assurant le transport des touristes en mal d’originalité, vers San Francesco. Il se voyait tout à fait en petit vieux « trentolant », manœuvrant vaille que vaille son esquif chargés de curieux vers l’île où il attendrait ses troupes en discutant d’éternité avec un moine franciscain (ce besoin d’éternité c’est un effet retard de la grande mosaïque de Torcello !!). Il a été décidé que je resterais à la maison pour préparer la pasta, puis, plus tard comme je protestais que même en la faisant « a mano » la tâche risquait de me laisser beaucoup de loisirs, que nous assurerions le transport à tour de rôle. Il assure qu’il aura plus de succès que moi grâce à sa barbe et à son air sérieux, et surtout à ses tarifs : 60 euros l’aller et le retour gratuit. Ben voyons, déjà de la concurrence déloyale !

A Murano, nous avons accompli le tour du parfait touriste : désireux de trouver quelques cadeaux pour le retour, nous avons en effet consciencieusement visité de nombreuses boutiques, et fait la moue sur des monceaux de verroteries criardes. La ville a orné les places d’immenses sculptures de verre : l’eau, le feu et autres éléments qui alignent leurs teintes éclatantes le long des quais déserts. Nous avons revu avec plaisir les églises de l’île, surtout San Damiano, son pavement cosmatesque et son abside d’une élégance presque excessive, tant elle est « décorative », inoubliable en tout cas.

Comme est inoubliable le strudel de la petite boulangerie située au bout du quai qui lui fait face et dont Michel se souvenait parfaitement. Chance, malgré l’heure tardive il restait quelques unes de ces délicieuses pâtisseries gorgées de fruits secs et de pommes, dont la saveur est la digne concurrente des gâteaux juifs de Rome !

Retour tardif sur la lagune, où après un détour intempestif par la Guidecca, après avoir confondu deux arrêts, nous avons opté pour une soirée pasta à la maison.

dimanche 13 avril 2008

IL FAUT VIDER VENISE

Vous en souvenez-vous ? Faire des courses à Venise tient de l’exploit technique car entre les magasins de fringues de luxe, les restaurants et les boutiques de souvenirs, il n’y a pas de place pour de vulgaires commerces alimentaires ; sans doute beaucoup moins rentables. Nous sommes donc partis de bon matin vers San Bazilio, tout au bout des Zatterre car les supermarchés sont rares et celui-ci était le plus proche de chez nous. Ouvert le dimanche toute la journée, nous avons pu y faire provision de délices typiquement locaux, à base de morue ou d’oignons, quelques petits vins sympas et divers produits frais simples à préparer. Pas question de se mettre en cuisine, mais nous avions envie de profiter de notre terrasse !




La balade jusqu’à San Bazilio était fort agréable malgré un ciel gris et un petit courant d’air glacial, lui aussi typique de la ville. Au retour, un coup de vent de bonne augure (j’ai prétendu que c’était le changement de marée ce qui a bien fait rire Michel, pourtant elles comptent ici aussi les marées pour le temps) a dégagé le ciel et nous avons pu inaugurer notre terrasse. Les arancini étaient tout à fait nuls, secs et surtout sans le cœur moelleux de mozarella et piselli fondus qui fait tout leur charme… Mais quelle idée aussi d’acheter une spécialité romaine hors de son contexte ! Nous savons pourtant bien que les italiens ignorent superbement ce qui de mange de l’autre côté de leur pré, et ne jurent que par leur gastronomie strictement locale. Scupions, encornets, sardines à Venise, oui, mais le reste surtout pas !



Le temps s’étant nettement amélioré, nous avons donc décidé une promenade aléatoire où chacun à tour de rôle choisissait la direction dès qu’un croisement se présentait à nous. La tentative a vite avorté lamentablement, car nous retombions invariablement sur les hordes de touristes dominicaux étagés en accordéon sur le parcours San Marco Stazione. L’opportunité se présentant et ayant appris de nos multiples séjours en Italie qu’il faut toujours prendre ce qui se présente comme monuments ouverts et surtout pas vouloir aller en voir un, nous visitons au passage le théâtre de la Fenice, détruit par le feu en 96, et rouvert depuis en 2003, après avoir été, selon l’immuable principe vénitien, reconstruit strictement à l’identique. Autant dire qu’il est toujours aussi moche que lorsque, tous minots et vaguement impressionnés par la réputation des lieux, nous nous y étions offert un enlèvement au sérail, dont nous n’avions pas vu grand-chose à cause de l’inconfort des lieux. J’avoue avoir été atterrée en entendant l’audio-guide égrener les sommes colossales qui ont été investies dans cette reconstruction, et en imaginant 350 ouvriers et artisans s’activant avec talent et compétence pour réaliser un décor aussi laid. Il faut bien admettre qu’une reconstruction à l’identique d’un vilain 1830 ne peut pas engendrer de miracle. S’y ajoute l’inconfort d’une salle mal conçue puisqu’au parterre on n’a aucune chance de pouvoir profiter du spectacle (juste celle de se montrer !) tant les sièges sont disposés à plat les uns derrière les autres… et dans les loges, seule une chaise sur 4 permet de voir la scène, ce qui limite fortement l’intérêt des 3 autres.
Après cette visite obligée, et un mouvement d’humeur provoqué par les résultats désolants de notre jeu stupide qui nous ramenait en rond dans la foule, nous avons décidé un repli stratégique et indispensable vers Cannareggio. Santa Maria dei miracoli toujours aussi merveilleuse en équilibre sur son petit canal, puis l’hôpital San Marco et son Colleone filouté par les vénitiens : nous décidons de prendre un café sous le flanc viril de son cheval enfin restauré ! La grande halle dominicaine de Zanipolo crépitait de vie et d’applaudissements quand nous en avons franchi le portail de briques. Nous avons profité d’un sympathique concert : un orchestre de jeunes jouait avec entrain des musiques de film, donnant à cette austère basilique un air plus accueillant.

Après des tours et des détours par les fondamente nuove, la stupéfiante église des Gesuiti couverte de brocards de marbre vert et blanc qui y composent un joyeuse allégorie baroque.
Et parce que le lieu nous est cher, nous avons terminé la journée sur le campo du Ghetto Novo par un spritz aux couleurs de soleil couchant. Cet astucieux mélange de prosecco et de campari nous mit dans un état de sérénité suffisant pour supporter le retour.
Dimanche soir, les vaporetti de la ligne 1 en direction de la gare se succèdent toutes les 2 minutes. Chargés de touristes fatigués, ils s’enfoncent lourdement dans l’eau intense de la lagune : comme chaque soir, on évacue la ville et le dimanche on doit tripler la ligne 1 pour faire face au flux accru. Le pendule vénitien fonctionne toujours avec régularité, quelque soit l’état du ciel, et il nous faut bien admettre que même dans notre sens, à rebours de la gare, il y a aussi un flux intense, qui lui va vers le Lido, autre lieu de ralliement des groupes en vadrouille. Près de nous les inévitables français qui après s’être offusqués du prix de la course pour parcourir le grand canal (s’ils n’avaient pas acheté leur ticket à l’unité cela les aurait moins choqués !), discutaient ferme du lieu où ils allaient manger une pizza au moins cher, au lieu de se projeter dans la magie de l’instant. Cela nous a donné envie de rentrer dans notre petit appartement pour un dîner tranquille !

samedi 12 avril 2008

EMBOUTEILLAGES POUR BERLUSCONI ET VELTRONI

Samedi soir, à notre arrivée après un long périple sur la bâche ondulante et sombre de la lagune, il tombait un crachin visqueux et glacial sur la place Saint Marc. La jeune étudiante qui nous attendait pour nous conduire à notre appartement, m’avait annoncé comme signe distinctif afin de la reconnaître des capelli rossi, et je cherchais obstinément un petit chapeau rouge, preuve s’il en est que nous n’étions pas venus depuis longtemps en Italie ! Elle nous repéra la première, et secouant en riant son épaisse tignasse cuivrée, sans doute fière de se distinguer du blond vénitien qui n’est plus qu’un lointain souvenir littéraire tout juste bon à alimenter les rubriques du dictionnaire amoureux des couleurs de Venise, nous conduisit d’un pas alerte jusqu’à notre logement. Après avoir habité plusieurs fois, vous vous en souvenez sans doute, à la Guidecca, et même à Dorsoduro, nous avions en effet choisi le quartier Saint Marc et nous nous en sommes félicités, ayant la chance d’y avoir trouvé un appartement calme, lumineux et spacieux, donnant de surcroit sur un petit canal, toutes caractéristiques assez rares dans cette zone de Venise.

Elle n’était pas vénitienne notre jeune hôtesse, mais de Rimini, où elle comptait rendre dès le lendemain pour y accomplir son devoir électoral, comme des millions de concitoyens. Elle nous raconta que ces élections avaient provoqué sur l’ensemble du pays des vagues intenses de déplacements anarchiques, bloquant les autoroutes, obstruant les péages et engorgeant les carrefours. Pragmatique, elle eut la gentillesse de se réjouir de notre arrivée tardive qui allait lui permettre de partir le lendemain matin vers Rimini, dans une ambiance qu’elle espérait plus calme.

L’appartement complètement neuf, retructuré avec soin, était meublé avec goût et sobriété. D’un confort parfait, il avait en plus l’avantage d’offrir une délicieuse terrasse plein sud, en n’étant situé qu’au 2ème étage. Le seul bruit que nous ayons eu à subir au long du séjour fut le chant des gondoliers des groupes de japonais qui passaient en groupes serrés de 6 ou 7 gondoles sous nos fenêtres, accordéon et chanteur donnant de bon cœur l’aubade nécessaire à tout bon nippon de passage en Europe.

Installation, dîner, puis une nuit délicieuse dans un vaste lit de 2 mètres de large… impressionnée par les douleurs dorsales de Marie après son propre séjour vénitien qui m'avaient permis de tester sur elle mes talents de masseuse, j’étais un peu inquiète sur la qualité de la literie, mais là ce fut parfait !!! Un lit aussi grand que celui dans lequel nous avons regardé tous les 4, alignés comme dans une vaste boîte d’anchois, le sinistre France Galles dans le Médoc, un certain 15 mars !!

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