mercredi 30 juillet 2008

PAYS BASQUE

Notre premier objectif était le monastère bénédictin d'Urt, pour revoir ces lieux où nous somme venus souvent avec vous en camping car et pour y acheter un conséquent formage de brebis qui, partagé en part égales, ferait un excellent cadeau collectif de retour !

J'ai ensuite voulu montrer à Lénou le cimetière juif de Labastide Clairence, et lui ai raconté l'histoire de Marie France, l'amie de coeur qui m'a fauché (oui je sais je n'en voulais pas, mais tout de même !) mon amoureux breton à 18 ans (et qui a divorcé depuis, une basque et un breton ça ne pouvait pas marcher !), de son frère Jean Pierre, grand adolescent énamouré qui ne rêvait que de me voler des baisers maladroits quand je venais en vacances chez eux, et de leur vilain papa autoritaire qui prétendait faire régner sur sa famille une terreur militaire dont il ne pouvait faire usage dans sa vie professionnelle, étant un tout petit sous officier frustré. Nous avons même trouvé une tombe à leur nom, et une dame qui nous a dit qu'Albert, le méchant papa, est toujours vivant et que celui qui reposait là était son frère !Visite ensuite d'Hasparen, où je fis à cette même époque la découverte conjuguée des fêtes basques, de la pelote et de mes talents de boulangère. Ensuite nous sommes allées vers Itxassou, mais après les agapes de la veille, nous avons renoncé au repas chez Saint Pierre (où Madeleine et Pascal vont régulièrement s'empiffrer de truites et autres gateries basques quand ils vont marcher dans le Pays Basque) pour un pique-nique frugal face à la Rhune !

Après Espelette, nous avons passé un long moment à visiter Ainhoa, puis Ascain. Partout des rues à arcades, des maisons à colombage rouge ou vert, des frontons, des églises à galerie fleurant bon la cire, des stèles discoïdales aux allures païennes, et des marchands de souvenirs à profusion. Mais dans l'ensemble une ambiance bon enfant et un tourisme discret.
Il était temps de nous rendre chez Patricia : la perspective d'affronter la foule se rendant par centaines de milliers aux fêtes de Bayonne nous inquiétait un peu, mais finalement les embouteillages étaient supportables.
Soirée amicale et de retrouvailles, histoires de nanas quinquas et souvenirs égrenés en riant !

mardi 29 juillet 2008

COURANT D'HUCHET

Depuis l'Entre-deux-Mers, direction les Landes. Arrivées vers 13 heures sur le lac de Léon, nous avons déjeuné dans sur une terrasse face à la plage. Devant la cabane des bateliers hermétiquement close, la foule s'accumulait, et je me disais que cela allait être une sacrée foire d'empoigne à l'ouverture. Que nenni ! Le système est bien rodé et après un appel des inscrits, auxquels on attribue par 6 un batelier, chaque groupe part tranquillement vers l'embarcadère, ses coussins sous le bras. Le règlement de la course se fait au retour, et cela permet un étalement parfait de cette opération !
En fait les bateliers sont organisés en GIE, beaucoup travaillent aussi à l'usine de Vielle Saint Girons qui transforme les dérivés du pin en colophane et essence de térébenthine. Le nôtre avait fait sa journée, commencée dès 6h, avant d'entamer la balade ! Sa galupe s'appelait Manech, comme lui, du surnom qu'un basque lui avait donné un jour au début de sa carrière. Manech signifie en basque mouton à tête noire et notre bâtelier en a carrément oublié son prénom !
Sagement installés sur la barque, bien équilibrée par les soins de notre guide, départ par le lac, couvert de nénuphars jaunes. Les blancs faisant les délices des canards, il n'en reste presque plus. Puis le marais, avec ses fougères arborifères, les hibiscus, les hortensias, les buddléias, les arums, les cyprès chauves de Californie et leurs racines en monticules... Au-delà la rivière, de plus en plus étroite et aux branches enchevêtrées, qui soudain s'éclaircit, se dégage et débouche sur la dune. Le courant d'Huchet est un des nombreux courants landais qui relient les lacs à l'Océan. Ici, comme ailleurs, la dune est fixée par des oyats, des liserons, des panicauts de mer et des euphorbes de littoral. Nous avons escaladé le sable pieds nus, menaçant de nous écorcher aux épines de ces maigres végétaux, pourtant fort agressifs. En revenant, super razzia de mures, et vogue la galupe pour un retour plus sportif pour notre batelier puisqu'il s'agissait de remonter le courant.


J'avais réservé pour la nuit une chambre à Hossegor, dans l'hôtel où officie Monsieur Béraud, l'ancien cuisinier de la Gourmandière. Notre balcon donnait sur le lac, et nous avons dégusté notre cocktail face au soleil couchant en reluquant les rugbymen à l'entrainement sur la plage. Le repas, fin, inventif, parfait, fut à la hauteur de nos attentes et nous avons bavardé avec Monsieur Béraud, toujours aussi timide mais talentueux !

lundi 28 juillet 2008

ENTRE-DEUX-MERS

Il venait de tomber un orage spectaculaire sur l'autoroute lorsque j'ai rejoint Hélène à Libourne. Mais le temps avait l'air de vouloir se mettre au beau, et nous avons décidé de tenter un détour par Saint Emilion, avant d'aller visiter la Sauve. Bien nous en prit, car la ville était relativement calme et nous avons parcouru ses ruelles en tous sens avec bonheur.
Une halte déjeuner au pied du campanile nous permit de déguster une délicieuse salade au foie gras, magret, lardons arrosée, comme il se doit, d'un cru local de bonne tenue ! Il fallait bien se consoler de n'avoir pas pu s'offrir dans une cave une dégustation de Chateau Ausone... Prête à toutes les folies, j'entrais bravement et demandant le prix d'un verre, j'ai carrément battu en retraite : 50 euros ! Ouf... Notre deuxième étape fut pour l'abbaye ruinée de la Sauve Majeure. L'endroit est majestueux, et la somptuosité des chapiteaux compense largement les pans de murs ruinés par les multiples vicissitudes des temps et des hommes. Outre de nombreux chapiteaux d'une virtuosité éblouissante, nous y avons découvert des pierres de consécration : lors de l'élévation d'une église, il était d'usage d'en parsemer les murs de la nef de pierres la consacrant aux 12 apôtres. Le plus souvent elles sont modestes et les apôtres sont représentés par de simples croix, mais ici chaque pierre est une sculpture précise qui met en scène de façon détaillée l'apôtre qu'elle représente. Et l'ensemble est presque complet.

L'église de Blasimon, enchâssée dans sa jachère multicolore piquetée d'immenses tournesols, était fermée lorsque nous y sommes arrivées. Mais nous avons pu admirer l'élégant portail aux voussures ornées de vertus et de vices, à la manière de Moissac. Le ciel commençait à s'assombrir très sérieusement, et nous avons continué notre route vers Sauveterre de Guyenne, dont la visite fut quelque peu compromise par une averse impromptu.

Nous avons donc décidé de nous rendre sans plus tarder chez Catherine, où nous avons passé une soirée amicale et fort sympathique : Sauternes et Champ Perret 2000 (son meilleur !) mirent une chaude ambiance, et Hélène a participé avec une bonne volonté sans faille aux élucubrations nostalgiques de deux vieilles amies en goguette.

dimanche 27 juillet 2008

JE PELOTE, TU PELOTES, ILS PELOTENT !!

Après une belle-fille japonaise, qui leur a valu de vivre un mariage traditionnel nippon et ses fastes codifiés, et un ex-futur gendre finlandais grâce auquel ils ont pu se rouler dans la neige après un merveilleux sauna partagé dans le plus simple appareil, Madeleine et Pascal ont, histoire de faire simple, un futur gendre basque qui se profile à l'horizon ! Outre le fait qu'ils adoraient aller en Pays Basque avant cette nouvelle donne, cela leur a permis de découvrir le cidre basque (hips), les fêtes basques (beurk) et autres plaisirs en rouge et vert. Mais, grave lacune, ils n'avaient jamais vu une partie de pelote !!!
C'est chose faite : après un joyeux apéro sur la terrasse, nous sommes allés voir la partie qui opposait Royan à Salies de Béarn. Bon, d'accord, Royan a perdu, mais les béarnais ont faussé le jeu : la partie se joue normalement en 45, or à 43 partout,i ls ont demandé, et obtenu (c'est quoi exactement ces mœurs ?) qu'elle soit prolongée en 50 points. Du coup, les royanais qui menaient, ont perdu le moral et vlan, ont été battu par 48 à 50. Cela nous a valu une partie haletante, qui a duré largement plus de 2 heures. D'ailleurs, sur la fin, les juges eux-mêmes ne suivaient même plus ! Ils s'emmêlaient les pinceaux avec les points, à moins, les basques seraient-ils arsouilles, qu'ils n'aient abusé de la bière ! Sachant que notre juge local ne chante les points qu'en cas d'égalité, nous avons eu notre comptant d'égalisations et il fallait réclamer les points car lui aussi se désintéressait totalement du score durant la dernière demie-heure ! Au total, une atmosphère bon enfant, un public raisonnable et connaisseur, et une ambiance très sportive ! On cirait un coup "allez les bleus" un coup "allez les rouges", et toutes les jolies actions étaient saluées avec le même enthousiasme, quelle que soit leur origine.

Aujourd'hui, après notre traditionnelle balade du matin, avec halte obligée au-dessus de la plage naturiste, au motif fort décent de boire un jus de tomate (ben qu'allez-vous imaginer ?) nous avons tenté une sortie vers Saint Georges au plus chaud de l'après-midi : Michel prétend n'avoir jamais vu autant de voitures, et se demande s'il était jamais sorti sur la côte un dimanche d'été depuis que nous sommes là ! Il s 'agissait d'aller voir
un road-movie belge sur un thème qui m'est cher, celui des "fleurs sur la tombe"... ou comment il ne faut pas attendre que les gens que l'on aime aient disparu pour leur dire qu'on les aime. L'idée est bonne, d'autant qu'elle ne tombe pas dans la guimauve : le héros, qui s'attache à un petit dealer minable venu le cambrioler, parce qu'il ne s'est pas pardonné de n'avoir été là pour sauver son jeune frère décédé d'une over-dose, n'arrive à rien et à la fin le gamin, toujours aussi paumé, le plaque dès qu'il a 3 sous pour se payer une barrette de drogue. Autant dire qu'il faut dédramatiser les regrets qu'on a tous quand un proche s'en va, persuadés que nous sommes que si on avait su être plus présent, ou plus attentif, ou plus aimant, on aurait changé le monde, évité les catatrosphes et dévié le cours du destin. S'y ajoute un drame banal de l'éducation trop rigide pratiquée par un père excessivement autoritaire, ce thème mineur étant d'ailleurs traité tout en finesse et en filigranne. Mais la forme est un peu balbutiante, certaines scènes sont tellement décalées qu'elles deviennent absurdes, voire gênantes de naïveté, et le film manque de souffle. On a l'impression d'une succession un peu décousue de moments improbables, ce qui est bien le principe du road-movie, mais ici, cela fait artificiel. Au final, la Belgique en scope aux couleurs du Far West, parcourue par ces deux mecs en Bucik, amochés par la vie et qui n'aboutiront nulle part, c'est pas mal, mais cela donne un peu l'impression d'être un brouillon, améliorable !

vendredi 25 juillet 2008

PAS NIAISEUX

C'était hier soir "le" cinésite de l'été sur la plage des Nonnes... Petite affluence pour cause de temps mitigé, quelques gouttes de pluie, et aussi, malgré son titre accrocheur, un film pas forcément très "facile". J'ai revu avec un immense plaisir
avec ses sous-titrages (pour "traduire" le québécois !), et surtout son histoire toute en délicatesse. De la difficulté d'être enfant et de celle d'être parent. L'immense complexité des sentiments filiaux, la rudesse de la fratrie, les embrouillaminis des ambitions d'un père pour son fils, le malaise de celui-ci car il se persuade qu'il le déçoit, le lien fusionnel avec la mère, le difficile apprentissage de l'échelle des valeurs... L'ensemble est traité avec un humour léger, qui n'en fait pas trop. La bande son est parfaitement ajustée et plutôt jubilatoire. C'est émouvant c'est être guimauve, c'est très bien joué et fort méticuleusement monté. Marie, tu l'as vu trois fois, comme je comprends : moi qui ne suis pas une fana des redites, je l'ai redécouvert avec un réel bonheur. Rien que pour les toasts au fer à repasser, cela valait la soirée !!!!

jeudi 24 juillet 2008

OUPS !!! GALLINARO...

Marie, tu t'en souviens ? Gallinaro, province de Frosinone, dans le Latium... J'avoue n'y être jamais allée, mais quand tu es revenue de ton année romaine tu m'as ramené ce porte-clés d'un kitch absolu que je garde bien précieusement et que je montrais hier à Madeleine...Pliée de rire Madeleine, elle en était presque jalouse ! Sûr que tu as pensé à moi à Gallinaro, quand tu m'as acheté cet incroyable ustensile touristico-religieux !
Et voilà, qu'entre deux chapitres de mes cours de l'an prochain, j'ai décidé de compléter un peu l'arbre généalogique qui t'a tant surprise Marie... pas mon genre dis-tu... Oui et non.
Pas mon genre dans le style recherche d'ancêtres prestigieux pour faire mousser l'écorce de l'arbre. Faut dire qu'en matière d'ancêtres prestigieux, Simone votre grand-mère, a déjà fait beaucoup et que ceux que je rajoute n'apportent pas grand chose à son ambition. La pauvre ! Pas de problème, je saisirai en son temps le travail qu'elle a fait, et cela rendra votre ascendance très marrante, bien contrastée, un peu mélangée (vive l'immigration) et Républicaine. Na... et tant pis pour ceux que ça chagrine !
Mais mon genre quand même, car vous connaissez mon rapport haletant au temps et cette longue liste de noms qui aboutissent à nos petites personnes, ça me fascine. Je manque cruellement d'infos et pourtant j'en suis à 380 personnes, juste pour mon côté. Tous ces noms, tous ces hommes et femmes qui ont vécu, vibré, aimé, pleuré comme vous et moi, qui ont rêvé et peiné, sont tombés amoureux, ont tous cru que c'était eux qui inventaient l'amour (je parle de cela car bien sûr, un arbre généalogique ce sont des mariages et des enfants) comme nous en sommes à notre tour persuadés, cela m'impressionne. Et je crois que c'est, d'une manière modeste, un discret mais indispensable hommage à leur rendre que de reconstruire leur lignée. Comme je crois qu'un jour cela vous amusera de lire ces noms.
Bref, j'ai aujourd'hui fait un effort colossal, je me suis plongée dans les papiers souvenirs que j'évite comme la peste, pour chercher les dates de naissance et de mort de mes parents (ben oui, je les avais soigneusement oubliés) et de leurs propres parents. Car c'est ça aussi un arbre généalogique, accepter l'inéluctable, mettre des débuts et des fins, des dates, des repères. Bon, ça fait du bien parfois de borner le temps. Certaines branches sont bien développées, grâce à Tonton André qui m'a donné des indices précis, et à Raymond aussi. Mais sur certains malheureux je n'ai aucun détail. C'est quand même pitoyable de ne pas savoir d'où ils viennent, et rien que ces manques justifient que quelqu'un prenne la peine de noter les rares informations qu'on possède sur eux. Ainsi, parmi ces abandonnés de la mémoire, il y a Joseph Gallinaro, mon grand-père. Fils unique, j'ignore tout de ses parents, et plus encore de son ascendance ! Alors à tout hasard, j'ai tenté une recherche google, sait-on jamais, un coup de bol !! Pas de chance pour Joseph, mais par contre, je suis tombée sur l'info suivante : Guiseppina Norcia, la femme qui a vu l'enfant Jésus (??!!) à Gallinaro, est décédée il y a quelques jours ! Elle n'était pas bien vieille, 68 ans seulement, et ses visions de petite fille en 1947 ont fait, comme tu l'as constaté avec effarement lors de ton passage dans le village, la fortune des vendeurs de bondieuseries !

PS j'ai mis des clés sur la photo pour faire plus vrai !!!!
re PS ça s'appelle "les marroniers de l'été"... On me pardonnera, je vis cloitrée ou presque entre estuaire et ciel, je ne sors qu'aux heures creuses et pour quelques courses indispensables, n'ayant aucune envie de courir les routes ou de me confronter aux envahisseurs. Je travaille, après tout cela me permettra d'aller me promener en septembre ! Ou je tente de mettre de l'ordre dans les tonnes de choses inutiles que j'ai ramenées de Pérignac l'an dernier. Alors, côté inspiration, c'est assez pauvre !
dernier PS : pour ceux qui ne lisent pas l'italien : "Je suis allé(e) à Gallinaro, j'ai pensé à toi et je t'ai rapporté de souvenir"

mercredi 23 juillet 2008

QUARTIERS D'ETE

Nico interdit de plage, chemins côtiers ressemblant à l'A1 un soir de retour de week-end, bref, nos balades sur les bords des falaises sont compromises. Alors, nous explorons les bois de Saint Georges, et le plus étrange c'est qu'ils sont déserts. Alors qu'à quelques centaines de mètres à vol d'oiseau des foules agitées se pressent et s'entassent sur quelques grains de sable brûlant (mais que peut-on bien trouver d'agréable à cramer ainsi des heures durant, sans autre perspective que les cris des gamins des voisins, l'odeur écœurante des huiles solaires et parfois un ballon qui échoue sur votre journal ?), les sentiers de la forêt de Suzac scintillent de calme et de silence. Il y fait frais même au plus chaud de la journée et il est d'autant plus agréable de s'y perdre ! Nico y trouve sa dose d'énergie car les interdits l'accablent et il devient neurasthénique à voir tant de gens prendre "son" allée du Clair de Lune, alors que lui se fait rappeler à l'ordre dès qu'il essaie subrepticement d'y engager le museau !

Michel et son makhila "Nere Bideko Laguna" (mon compagnon de route) vous savez, celui qu'on lui avait offert pour ses 50 ans... Avec son chapeau, il a un look génial, carrément décalé en ces temps estivaus, j'aaaaadore !!

mardi 22 juillet 2008

DANSE

Enfin, nous l'avons vu... il passait un soir, pas une fois de plus, au cinéma de la Côte d'Argent... mais c'est connu, l'été ici ce sont les nanards de service qui font recette, et les films classés Art et Essai sont relégués en fin de soirée, et distillés au compte-goutte. En plus, on les a déjà tous vus, mais bon, cessons de geindre nous avons quand même eu
Valse avec Bachir
Nous qui ne restons jamais au générique (une manie de fuite de foule !) nous sommes restés scotchés dans nos fauteuils jusqu'aux ultimes images. C'est un film qui appelle le silence et le respect. Tout est profond et parfait. L'idée du cinéma d'animation d'abord, explicitée par une remarque d'un ami du metteur en scène dont il vient sollciter les souvenirs et qui, lorsque celui-ci lui demande l'autorisation de le dessiner, répond "Tout ce que tu veux, du moment que tu ne me filmes pas". Ensuite, le graphisme, genre bande dessinée animée : des images hyper réalistes et qui pourtant font la part belle à l'esthétique et à l'onirisme. Le rythme des images, qui désoriente un peu au début par son côté saccadé et lent, est celui de la mémoire au travail, laborieux et vaguement répétitif, comme les arcanes du cerveau quand il tente de saisir ou d'oublier. Le ton est totalement juste, celui de l'amitié, de l'interview confiante, avec des retours arrière et des confidences surgies du fond de l'oubli (par exemple quand le réalisateur apprend que son ami était amoureux de la même fille que lui) : c'est à la fois familier, rassurant et poignant. La mise en scène est impeccable, les effets sonores dans affèterie, parfaitement adaptés aux sentiments, aux circonstances et aux états d'âme. Pas d'amplification excessive, mais une dramatisation discrète et à bon escient. La musique, enfin, est judicieusement adaptée, au service des perceptions et des sensations.
Mais le plus important c'est la justesse et la pudeur du propos. Dieu sait pourtant que le sujet pouvait être difficile et traité de façon partisane ou manichéenne. Tout est évoqué : le traumatisme de la guerre, l'absurdité des situations, l'incompréhension ravageuse de certaines réactions, la peur, l'espoir, tant de thèmes sont abordés, évoqués, ressentis avec une subtilité jamais prise en défaut. Il n'est jusqu'à l'agression des images d'archives finales que, nous aussi aurions préféré ne pas revoir, qui ne soit adroitement amené. Belle et forte anamnèse, qui nous implique et nous rappelle combien le devoir de mémoire est fort, quand même on a besoin, et c'est nécessaire pour survivre, d'oublier certaines horreurs. C'est, au sens classique et d'étymologique du terme, une véritable "restauration" du souvenir qui s'effectue sous nos yeux, et à laquelle nous participons car, nous aussi nous avons devoir de ne pas occulter ce qui blesse nos sensibilités au motif que nous ne sommes pas responsables. Un moment de silence est donc nécessaire quand l'image s'éteint pour repartir vers un demain différent.

J'ai longuement hésité dans le choix de l'image pour illustrer cet article. J'avais bien sûr envie de mettre celle, diffusée et immensément émouvante, de la femme rêvée et idéalisée, qui permet de fuir les horreurs de la guerre en offrant en refuge l'intensité sensuelle de sa féminité. Mais j'ai résisté (presque !!) et choisi celle de l'aéroport, scène qui traduit avec tellement de pertinence l'égarement de ces vies basculées, dévastées par l'absurdité de la guerre qui détruit ce qui hier était le simple bonheur quotidien. Tellement mieux que le spectacle complaisant, "Le jour où Nina Simone a cessé de chanter" qui tente de parler de ce sujet grave et qui nous menace tous avec une telle maladresse, ce que je lui ai mal pardonné.

jeudi 17 juillet 2008

IMAGES DE FESTIVAL

Et maintenant la parole est à Michel !!

Et la préférée... un savant et inattendu mélange du baiser de Doisneau, de la fresque du théâtre des Doms et le portait caché de Pimpinette !!! à trouver pour les intimes...


mercredi 16 juillet 2008

IMPRESSIONS DE FESTIVAL

J'aimerais, parfois, partager avec d'autres Mes enthousiasmes sur les spectacles qui correspondent à l'idée que je me fais du théâtre... Pas une conception forcément rigide ou classique, comme il peut sembler au choix de nos pièces (n'est-ce pas Emilie ??!!!)... mais l'idée que c'est du SPECTACLE et que nous, public, avons droit à certains égards. Je DÉTESTE qu'on me serve un brouet démago, que le metteur en scène soucieux de se faire plaisir, ou de flatter le public dans le sens de ses attentes les plus basses se laisse aller à de soi-disant inventions qui ne sont, par rapport au texte, que des contre-sens complaisants. J'aime rire ou pleurer mais pas à l'inverse du propos de l'auteur, j'aime être surprise mais à bon escient, j'aime surtout que la mise en scène soit inventive mais HUMBLE, et ne tourne pas en dérision ce qui est grave, ou ne transforme pas en pensum ce qui est gai.


J'aimerais à ce sujet que mon blog soit lu et permette à quelques uns d'aimer quelques spectacles mal relayés par les "on-dit" des files d'attente,"on-dit" toujours bien décevants et un peu trop dans le sens de la norme parisiano-bienveillante qui remplit outrageusement certaines salles alors que d'autres, méritantes, courageuses et talentueuses restent désespérément vides. J'aimerais contrer ces tendances unijambistes qui font boiter le festival et assure la fortune bien injuste de quelques troupes qui ont su trouver le ton qui flatte, alors que d'autres restent inconnues malgré leurs mérites. Mais il ne faut pas rêver, les impacts médiatiques de mon blog sont proches de zéro et mes enthousiasmes resteront confidentiels. Pour une fois je regrette de ne m'être jamais préoccupée de mon référencement !

mardi 15 juillet 2008

DES LARMES AU RIRE

Nous avions l'intention en ce dernier jour d'aller voir Raymond et Ginette à Marseille, mais ils n'étaient pas chez eux et nous avons donc décidé de nous offrir un jour de théâtre supplémentaire. D'autant qu'il y avait deux pièces que nous voulions voir absolument, et qui furent, c'est l'ironie de ce genre d'activité, les 2 plus mauvaises du séjour. Enfin à notre goût...
Après avoir couru les hôtels dès potron-minet (à 7 heures j'attendais la patronne terrifiante du Kyriad pour tenter de réserver des chambres que j'ai fini par obtenir de haute lutte à 10h, en usant d'arguments divers pour la convaincre de me les louer), nous sommes allés voir
"Enfermée dans un asile par sa famille, une libanaise trop délurée y égrène entre rires et larmes l'impossibilité d'être une femme libre." Fabienne Pascaud - Télérama
"L'actrice libanaise livre un récit d'une impiété impitoyable." Brigitte Salino - Le Monde
"Darina Al Joundi capte le public dès le début du spectacle." Clare Shine - Financial Times
"Cette figure du théâtre et du cinéma se livre avec une intensité rare." C. Makereel - Le Soir (Belgique)
"Avec la complicité de l'écrivain Mohamed Kacimi et du metteur en scène Alain Timar, Darina Al Joundi porte à la scène une vie de révolte et de combat pour la liberté. La sienne." B. Bouvet – La Croix
"Un récit bouleversant." M-J Sirach – L'Humanit é

La rumeur dans les files nous avait chaudement, chaleureusement, et de multiples fois recommandé cette pièce, que nous avons détestée. Un texte pauvre, une mise en scène indigente, et une femme peu convaincante en tant qu'actrice (et pourtant c'es t de sa vie qu'il s'agit) , cela faisait déjà beaucoup pour justifier notre manque d'enthousiasme. Si l'on ajoute à cela l'enthousiasme rigolard du public, sur un sujet dramatique, et les complaisances inadmissibles de l'auteur pour caresser l'auditoire dans le sens de son mauvais poil, celui du rire gras et du fantasme malséant, c'était carrément la mauvaise humeur. La petite tirade sur les différentes sortes de "bites" a été le sommet de la démagogie de bas étage qui exaspère, quand le thème, comme ici, est grave, et doit bouleverser. La guerre du Liban, la dest ruction du bonheur et des idéaux qu'elle a gravée au cœur de ceux qui ont grandi avec elle comme seul horizon, l'hallucinante capacité de survie de l'homme (ici une femme, et cela a son poids de larmes et de douleurs) au cœur du pire et de l'insupportable, tout cela mérite plus de respect que cette misérable mise en scène complaisante. Cela marche, tant mieux car le message passe quand même, mais c'est vraiment dommage que ce soit a minima du point du vue théâtral, ça écorne l'humain.
Puis, nous sommes allés déguster l'un des deux Horovitz de l'année :

A BOUT DE COUPLE déroule trois rencontres, à différents âges de la vie, d’un homme et d’une femme. Chacune de ces rencontres donne à vivre, dans un mélange d’humour et d’émotion, leurs espoirs et leurs blessures. Tour à tour tendres, drôles, pathétiques, ils se font vieux, égarés, médiocres, acrobates, aimants. Leur vie ? Un réservoir d’illusions ! Des univers semés d’embûches propres à aplatir chacune de nos certitudes! C’est toute la force de la mise en scène de Patrice Vion. C’est toute la vigueur de l’écriture d’Horovitz.
Trois petites pièces interprétées avec rigueur et souffle par deux comédiens qui se révèlent, en outre, d'excellents acrobates. Justes et sensibles, ils nous ont dit avoir reçu, lors d'une visite qu'il fit en Avignon (il y revient cette année, et va voir ses pièces, ce qui est symp athique et courageux) l'entière approbation de l'auteur pour leur mise en scène de la troisième pièce. Il s'agit d'un couple d'acrobates qui se déchirent et se séparent et se retrouvent. Elle est souvent jouée simplement sur le ton du dialogue, ou au contraire le spectacle est concentré sur les acrobaties. Ici, ils mêlent parfaitement les deux et cela donne tout son relief à cette situation cocasse des acrobates en pleine scène de ménage qui doivent sourire et composer avec le public, sourire quand tout s'effondre. Caustiques, comme sait l'être Horovitz, sans concession mais sans caricature, ces pièces sont l'exacte et douloureuse révélation des entêtemen ts absurdes qui mèneraient nos couples à la dérive, si nous n'y prenions garde .

C'est en fin d'après-midi, après un joli déjeuner sous les platanes du Petit Louvre et l'achat de sandales pour Hélène (ah les soldes !) que nous sommes allés voir
Dans L’Anniversaire, on voit confrontés deux univers antinomiques : d’une part des personnages apparemment banals qui vivent tant bien que mal dans une sorte de cocon grisâtre, faux refuge contre le monde extérieur ; et d’autre part, des inconnus apparemment dangereux, exécuteurs de quelque mafia toute puissante ou plutôt, agents impitoyables sous des dehors débonnaires d’un mystérieux pouvoir totalitaire digne de Big Brother et qui font irruption dans ce sanctuaire pour s’emparer d’une victime terrorisée et, étrangement, presque consentante. Le rire prend souvent le pas sur l’angoisse et le tragique sur le burlesque. C’est dans cette ambiguïté qu’Harold Pinter aime à plonger ses personnages.
Nous étions désolés de rater cette pièce pour cause de relâche le 14 juillet et vraiment contents de pouvoir la voir grâce à cette rallonge improvisée de notre séjour. Là encore, foule et salle comble. Hélène et moi avons détesté, absolument et sans circonstance atténuante, l'interprétation du propos de Pinter par le metteur en scène. Transformer en théâtre burlesque, voire ridicule, une pièce d'angoisse existentielle, cela nous a semblé mal à propos. Hélène est partie au moment du viol, moi je l'ai suivie au moment (encore une de ces complaisances coupables qui émoustillent le public à bon compte, choquer pour choquer et non pour servir un texte) de l'enc... bref y pas d'autre mot... Avant nous avons, encore, subi les rires gras et à contre sens des éclairagistes qui se gondolaient littérelement et bruyamment aux exploits décalés d'une pouffiasse rose qui jouait à contre jeu un texte naïf. Michel, qui déteste partir, est resté. Pour voir la fin, pour comprendre le propos du metteur en scène. Il n'était pas vraiment convaincu, mais il a vu. Il a eu raison. Hélène aussi a eu raison de partir, c'est bon de pouvoir dire non, quand on n'est pas d'accord. Quant à moi, je suis sortie en me disant que j'aimerais bien, un jour pas trop lointain, revoir cette pièce mise en scène avec intelligence et l'apprécier, car ainsi c'était du massacre démago.
Pour finir la soirée et le Festival, nous sommes allés voir
Les amoureux de Goldoni se déchirent et se réconcilient, puis se déchirent et se réconcilient de nouveau avant de se déchirer et de se… c’est redondant. Redondant, mais très excitant. Cette mécanique touche, au delà même de l’histoire vive, émouvante et terriblement drôle de ces deux amoureux magnifiques d’humanité, quelque chose de plus profond encore, qui doit se rattacher à un ordre du monde bien plus vaste, en nous et hors de nous. Nous avons voulu jouer cette folie de la comédie italienne comme un enfant qui marche dans la vie.
Voir une comédie légère, et rire pour rire, c'est bon... le jeu surjoué de l'oncle c'était gai et enlevé... les exagérations du texte de Gooldoni, les redondances et répétitions de gags, les situations cocasses et les démesures du propos, tout cela était joyeux, bien enlevé, bien troussé et parfaitement adapté à l'heure tardive et à notre désir de nous distraire. Parfait point d'orgue de notre séjour.

lundi 14 juillet 2008

ALLONS Z'ENFANTS...

Ben oui ! On est vaguement en dehors du temps quand on stakanovise en Avignon... Programme main droite, plan main gauche, toujours à la recherche d'un stylo pour noter, biffer, barrer, ne pas oublier le téléphone portable pour les prises de rendez-vous (à éteindre sous peine de honte totale s'il devait sonner durant les spectacles) ni la carte du off très chèrement acquise à l'arrivée ! Et vogue la galère... On mange à n'importe quelle heure, parfois on ne mange pas, on court dans tous les sens pour trouver d'improbables salles aux noms étranges ( ) et finalement quand on entend l'hymne national au détour d'un petit déjeuner, tilt !!! Mais c'est vrai qu'on est le 14 juillet aujourd'hui ! Pas marrant d'être président de la République, car là pas moyen d'y échapper, au "Allons Z'Enfants"... Bref, nous, les petits veinards qui n'avons comme contrainte du jour qu'à essayer de faire coller les heures et les déplacements pour concocter un programme tout confort, nous avons commencé la journée par
"Ah! Ne pas laisser un moment de répit à l'imagination." Voilà l'action ultime de l'homme à la fleur à la bouche qui initie un paisible client de café à déguster la vie, comme on déguste un abricot. Une rencontre entre deux hommes sans visage joué par un seul comédien. "Je vois chez Pirandello une immense naïveté, la naïveté même de l'acteur, toujours prêt à se laisser piper, modeler par le personnage." G. Pitoëf

Un petit Pirandello, avec une mise en scène économique, puisqu'un seul acteur jouait les deux rôles. Il se donnait la réplique en parlant à son reflet enregistré en vidéo, confortablement installé sous une redingote rouge à la même table que lui. A mi-spectacle, l'importance des rôles s'inversait et notre acteur changeait de chapeau pour prendre l'autre rôle. Il s'en tirait honorablement, même si, à chaque réplique nous tremblions de voir son "auto-comparse" parler avant qu'il n'ait terminé sa tirade. Ce système nuisait un peu à la fluidité du texte, et imposait un rythme assez peu naturel.
Après une longue conversation sympa avec la programmatrice d'un festival en banlieue parisienne désireuse de connaitre des spectacles susceptibles d'être vus et achetés pour sa manifestation, et un dopage au guarana pris sous les platanes de Présence Pasteur, un spectacle grandiose :
Fernando Pessoa, prisonnier de sa solitude, se retrouve face à ses amis et autres complices imaginaires. Des doubles de lui-même s’invitent mystérieusement à lui, par intervalle, dans son corps et son esprit. Des personnages créés de toutes pièces, aux extrêmes les uns des autres, et aux visions contradictoires sur la capacité à être et à aimer. Tous prennent chair et parole sur scène, tour à tour, en un seul et même corps. « Au regard de sa performance, O. Poujol pourrait sans conteste être l’un des hétéronymes de F. Pessoa. Sa mise en scène et son interprétation sont des plus fascinantes.» L a Presse de la Manche
C'est une étonnnante mise en scène qui décrit la douleur d'une personnalité multiple et déchirée entre ses égos contradictoires, l'écrivain portugais Fernando Pessoa.
Peu ou mal connu en France, il est dans son pays voué à une gloire récente, qui trouve matière à éblouissement dans le cas d'école extraordinaire que représente cet auteurIl écrivait en anglais ou en portugais, mais n'a quasiment rien signé de son nom, sauf quelques articles, et a très peu publié de son vivant. A sa mort, on découvrit plus de 27 000 manuscrits, écrits sous des noms et dans des styles littéraires d'une variété sans borne. On en compte environ 72 !
« Pendant trente ans, de son adolescence à sa mort, il ne quitte pas sa ville de Lisbonne, où il mène l'existence obscure d'un employé de bureau. Mais le 8 mars 1914, le poète de vingt-cinq ans, introverti, idéaliste, anxieux, voit surgir en lui son double antithétique, le maître "païen" Alberto Caeiro, suivi de deux disciples : Ricardo Reis, stoïcien épicurien, et Álvaro de Campos, qui se dit "sensationniste". Un modeste gratte-papier, Bernardo Soares, dans une prose somptueuse, tient le journal de son "intranquillité", tandis que Fernando Pessoa lui-même explore toutes sortes d'autres voies, de l'érotisme à l'ésotérisme, du lyrique critique au nationalisme mystique. Pessoa, incompris de son vivant, entassait ses manuscrits dans une malle où l'on n'a pas cessé de puiser, depuis sa mort en 1935, les fragments d'une œuvre informe, inachevée, mais d'une incomparable beauté. » (Christian Bourgois). Il est à lui seul une génération de 5 poètes de génie, d'écrivains engagés, de romanciers divers, bref un vrai casse-tête littéraire et humain.
En portugais "pessoa" signifie personne, et on mesure les tourments et complexité d'âme de cet homme triste et solitaire, jamais reconnu de son vivant, totalement introverti et voué à une ambigüité de plus en plus complexe, vivant entre ses doubles et multiples jusqu'à un épuisement intellectuel total. L'acteur qui a monté ce spectacle a puisé dans cette œuvre multiforme de nombreux extraits qu'il a reliés par quelques fils rouges (amour, folie, écriture ...) et a ensuite conçu une mise en scène superbe, jouant sur les miroirs et rep roduisant le trouble de cette personnalité douloureuse. Une totale réussite, qui, s'il n'était question d'un vrai écrivain, serait gratuite et assommante, mais qui, ici, traduit avec brio et talent la souffrance de cet homme déchiqueté. Un grand moment du festival.


Après quelques emplettes avec Hélène, déjeuner à l'ex bar de l'OM. Depuis le début du séjour Michel réclamait à cor et à cri une petite virée pour y revoir "la jolie petite anglaise" qui tenait la nouvelle "Caf Thiers" (mais pour nous c'est toujours le bar de l'OM) depuis l'an dernier. Or, en lieu et place de la charmante Valérie, voilà que nous sommes servis par un sympatique demi d'ouverture hyper baraqué ! Michel était au désespoir, et le rugbyman nous a confirmé que Valérie avait quitté les lieux, et le patron ! Pour tenter de consoler Michel, j'ai engagé avec ce jeune homme une conversation sur les mérites incomparables du poste de demi d'ouverture, et Michel et lui se sont entendus comme larrons en foire pour parle r de ballon ovale, de Toulouse et autres fariboles qui ont réussi à lui faire oublier les yeux verts de la jolie anglaise !
Nous sommes ensuite allés faire un petit tour dans le Nautilus, et ravie de la nécessité d'accompagner Hélène et Michel, je me suis offert deux petits tours dans ce bus déglingué où une jeune actrice jouait derrière un voile de tulle des petits textes courts et savoureux.

Une camionnette charmante, désuète qui intrigue les passants… Au menu: 10 monologues, 10 auteurs! Choisissez-en un, au hasard ou par affinité et glissez vous à 2 dans le ventre du Nautilus, théâtre miniature, pour 10 min en toute confidence. Le temps se dilate, se comprime, se densifie au gré des auteurs, des écritures, des univers, des respirations… A picorer sans modération!
Les 2 jeunes filles qui assuraient ce spectacle d'un concept original se relayaient, une à l'accueil qui présente le menu des pièces possibles, et l'autre jouant dans le camion. Elles ont en fait repris le camion et les pièces à un acteur qui avait créé cela pour le théâtre du Rond Point. Elles ont adapté les textes au féminin et changé le nom du spectacle... Initialement, et cela correspond bien à l'impression que l'on a quand on se glisse dans cet habitacle sombre, cela s'appelait "Peep Show"... mais déjà qu'elles ont des problèmes quand elles présentent leur Nautilus dans certaines banlieues, deux filles dans un camion avec un titre pareil c'était carrément risqué ! Le concept est vraiment génial, mais il faudrait, pour l'améliorer un peu, trouver un nom moins enfantin car les pièces sont plutôt dits que drôles, faire un "vrai" menu avec entrées (pièces faciles), plats (pièces à penser) desserts (pièces drôles)... et surtout repeindre le camion et lui donner un rôle à jouer dans l'histoire ! Il faudrait le taguer ou le couvrir de fresques plus attrayantes. Mais ces suggestions d'amélioration n'enlèvent rien au spectacle et c'est vraiment sympa d'aller voir, pour soi tout seul, 10 minutes de théâtre intime !
Après une tentative ratée de sieste, la fatigue commence à se faire sentir, mais ce n'est simple de s'endormir sur commande, nous avons récidivé belges...
C'est l'histoire d'un jeune homme qui s'invente un voyage. Un voyage où les rencontres sont nombreuses, faites de coups bas et quelques fois d'heureuses surprises. Un voyage pour se rassurer sur lui-même, et sur le monde qui n'est pas parfait…
Même pas peur ! Et pourtant le jeune "héros"- rien dans les mains, rien dans les poches - se fait une épopée digne d'un Indiana Jones oriental et franchement drôle à la quête de son passage au monde adulte.
Un texte qui pose des questions sur l’autorité parentale, politique, religieuse et y oppose une autre manière de voir dans un va et vient pétaradant entre le réel et l’imaginaire.
Encore une performance d'acteur qu'on nous avait recommandée, et qui est vraiment enlevée. Mais c'est plutôt un spectacle pour ado, un peu conte, un peu pantomime... Un acteur vif argent, un rythme sans faille.
Pour finir la soirée, après une traversée de la ville au pas de charge, à contre-courant des familles qui allaient vers le feu d'artifice, un superbe moment de théâtre avec :
Douze jurés sont réunis pour décider du sort d’un adolescent accusé du meurtre de son père.Simple formalité au vu des preuves accablantes, pensent-ils.Et pourtant…
Chacun d’entre nous peut s’identifier à ces douze hommes, les Thélémites ont une fois de plus réussi leur coup. Verdict : coupables de talent.La Gazette.
Notre époque, n’a jamais autant ressemblé à cette petite salle de délibération où s’affrontent ces hommes.Merci donc à cette cie de nous rappeler qu’on gagnerait tous à écouter nos doutes.Salvateur.Midi Libre.
Remarquable création ces 12 hommes en colère.La victoire de l’homme qui doute.
J'avais été, comme tous ceux qui l'ont vu à l'époque, terriblement frappée par ce film de Sydney Lumet, et par l'interprétation d'Henry Fonda, le juré intègre qui, touche après touche, doute après doute parvient à renverser la tendance simplificatrice et réductrice de la majorité. Dans la pièce d'Avignon, (attention celle de l'Adresse, l'autre a l'air nettement moins bonne d'après Pierrette qui l'a vue) le personnage du juré solitaire est moins charismatique que celle du film, où Fonda tient le débat d'un bout à l'autre. Mais du coup le spectacle est plus équilibré, plus révélateur des mouvements d'âme et de cœur d'un groupe. Le microcosme qui reproduit dans une salle close tous ces échantillons caricaturaux de personnalités est parfaitement rendu et le jeu des 12 acteurs est parfait. Une prouesse, car quand la pièce commence on ne peut s'empêcher de se dire "forcément il y en a qui va être mauvais", ben non, ils sont tous justes, naturels, typés sans excès et humains. Une belle réalisation qui compte parmi les meilleurs moments de notre Festival.
Nous avons rejoint Hélène qui avait vu le Phèdre que nous avons aimé l'an dernier, pour une soirée tapas et vin rouge dans un bistrot animé. Mais la ville était finalement bien calme à cette heure tardive, pour un 14 juillet.


dimanche 13 juillet 2008

TOUJOURS LES BELGES !

Au fond du Collège de la Salle, après avoir parcouru l'étroite piste de course en ville, 4 bandes jaunes qui nous guident sans humour vers une toute petite salle pour une pièce très courue... Presqu'une émeute à l'entrée !
Devenu amnésique au cours d'une guerre, Gaston vit depuis 15 ans dans un hôpital psychiatrique. Sans identité, il n'a pas pu toucher sa pension de mutilé qui le met à la tête d'une véritable petite fortune. L'appât du gain pousse plusieurs familles à prétendre qu'il s'agit d'un des leurs disparu au combat...
Écrit en 1936, ce chef-d'œuvre d'Anouilh est toujours actuel.

Et pourtant, elle est interprétée par une troupe d'ados amateurs... Certains excellents, avec une vraie étoffe d'acteurs, mais forcément un ou deux sont totalement nuls. Mais CE N'EST ABSOLUMENT PAS GRAVE... et il faut aller voir ce voyageur là ! D'abord parce que c'est un Anouilh... et que cela reste une valeur sûre. Ensuite parce que le spectacle réserve une délicieuse surprise en la personne du merveilleux petit Louis-Aubry LONGERAY qui joue avec un naturel, une gouaille, une fraicheur étonnante l'oncle anglais de l'amnésique. Un gosse promis à une brillante carrière !
Au café des Carmes, nous sommes démarchés par le metteur en scène du Facteur de Néruda... catastrophé devant notre manque d'entrain pour sa pièce qui, dit-il, a fait un tabac l'an dernier. Nous lui reprochons une certaine naïveté qu'il attribue à un texte un peu déstructuré... et surtout des imprécisions de mise en scène, il incrimine la nouvelle salle à laquelle sa troupe et sa mise en scène ne sont pas encore habituées. On le sent contrarié par notre manque d'enthousiasme et on le quitte en se disant certains que tout cela va finir par se caler et que d'ici quelques jours ce sera parfait !
Ces magnifiques pièces jouées en costumes romantiques dans une atmosphère de confidences de boudoir, sont écrites à la manière d'un roman. Les personnages vivent sur scène les nuances subtiles et cruelles d'une aventure sentimentale réelle. Ce grand poète de l'amour nous offre ici, encore une fois, l'occasion de sourire devant l'inconstance des sentiments humains.Intrigues féminines, soupirs et conspirations font de cette pièce un bijou sentimental ravissant.


Trois vrais acteurs, hyper talentueux, un rythme endiablé, deux piécettes délicieusement modernes de Musset, une jolie mise en scène, bref une vraie réussite. Et pourtant moins de 15 personnes dans la salle... que le festival est injuste et que les modes sont cruelles. Cette troupe belge (ben oui ! encore) est très professionnelle, cisèle le texte au millimètre et nous livre là du vrai théâtre, joyeux et lucide. Il faudrait pourvoir leur faire de la pub, mais dans les queues le bouche à oreille n'apprécie pas les auteurs classiques, ce n'est pas de bon ton ! Dommage, on leur souhaite plus de reconnaissance.
Retour au théâtre des Doms pour un déjeuner agréable avec nos jeunes, et ensuite un spectacle coup de poing :

Bash, latterday plays

Labute Neil

Trois histoires inspirées de faits divers, écrites par le dramaturge nord-américain Neil LaBute, révèlent l'autre côté de l'image glacée du rêve américain ! Bash - qui veut dire en argot, "cogner, frapper, défoncer" - raconte sans complaisance les chemins de la violence au cœur des hommes et des femmes. Il montre, sans dénoncer, des combats entre le bien et le mal.

Il révèle, sans militantisme, l'impact sourd de certaines croyances.

Un grand moment de théâtre, une pièce contemporaine qui a réconcilié (ouf, il était temps) Michel avec la création actuelle. Un triptyque de faits divers qui nous confrontent à des meurtres de la folie ordinaire. Ce qui choque, ce qui bouleverse, au-delà de la violence de ces crimes, c'est leur proximité, leur banalité presque, le tout sous des relents d'une religiosité suffisante, qui permet de s'auto-justifier. Pas un procès en règle de l'intolérance, ou de l'obscurantisme, non, du quotidien, du presque normal, avec soudain, sans crier gare, quelque part quelque chose qui dérape. On ne comprend même pas quoi, ces trois histoires n'ont rien de glauque, leurs protagonistes sont socialement aisés, civilisés, pas marginaux pour deux sous. Ils nous ressemblent presque, et tout d'un coup tout a basculé dans leur tête. Danger, normalité ! La mise en scène est parfaite, les acteurs superbes et le thème prenant. C'est bouleversant. Un très grand moment du festival 2008.
Et comme décidément nous étions dans une journée belge, nous sommes allés voir :
Hymne à la vie - témoignée, dansée, chantée, filmée - pour conjurer un morceau de continent déchiré depuis cinquante ans. Du théâtre-documentaire qui remue les tragédies avec une générosité et un souffle revigorants.
Encore un magnifique spectacle. Tant du point de vue de sa créativité, de son utilisation efficace de toutes les techniques modernes de communication dans un état d'esprit vraiment et réellement théâtral, que du point de vue du contenu. C'est émouvant, riche et multiple, le sentiment d'avoir tout un peuple qui témoigne est fort et prenant. C'est drôle parfois, rythmé bien sûr et absolument bouleversant aussi. Cet hommage réaliste et pragmatique au peuple du Congo est tout simplement magnifique.
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