lundi 31 août 2009

MARYSE A MESCHERS

Clin d'oeil à l'autre Maryse, celle de Guîtres, hier nous avions Maryse et Didier. Inutile d'épiloguer sur l'importance de ces moments d'amitié que la vie nous réserve... Sauf à vous montrer, les filles, notre couple vedette sur leurs destriers !
Et à noter, pour le bonheur de tous, la phrase apportée en offrande par Maryse, qui l'a trouvée sur un banc de l'église de Talmont où, parait-il, de petites bandes de papier parsemaient l'église... Elle a flashé sur celle-ci, et me l'a précieusement ramenée, entourant une médaille commémorative de Sainte Radegonde, conçue par la maison Arthus Bertrand. On mesure la sincérité des amis que l'on a à des gestes comme celui-ci, venant tout simplement du coeur.

La certitude d'avoir été, un jour, une fois aimé, c'est l'envol définitif du coeur dans la lumière"
Christian Bobin

dimanche 30 août 2009

samedi 29 août 2009

ENFIN ROYAN

Itinéraire pour les pilotes qui peuvent être forcés par le mauvais temps d'entrer sans pilote dans la rivière de Bordeaux
Où l'on peut voir, Koka, que Meschers (Méché) offrait une succession impressionnante de moulins !!

Virée de fin de saison à Royan, où nous n'avions guère mis les pieds depuis 2 mois... quelques expositions vivent leurs derniers jours et il était urgent d'aller les visiter.

Celle organisée par le musée exposait des gravures de Royan de 1600 à 1900, et, grâce à un intéressant film qui retraçait l'histoire et les péripéties de la ville, autrefois place forte protestante de grande ampleur, puis pauvre bourgade déshéritée car elle fut rasée et interdite de port par Louis XIII, et enfin ville balnéaire prospère, voire courrue dès le milieu du XIXème. La simple visite des gravures aurait été ingrate sans ce film, qui donnait vie à ces scènes, et permettait de mieux comprendre l'évolution des lieux. L'invention des bains de mer et le parti que sut en tirer Royan, montre une ville florissante, très à la mode d'abord chez les bordelais qui y venaient en bateau à aubes par la Gironde, au risque de se rompre le cou en débarquant car ces navires ne pouvaient accoster, puis dans les milieux artistiques, littéraires et mondains de la capitale. Sur la période dite de la Belle Epoque, l'accrochage qui se voulait consacré à la gravure, tourne court, car cette dernière est détrônée par la photographie et les témoignages gravés sont très rares.

L'autre exposition, présentée dans les voutes du port, était consacrée à un peintre contemporain, un certain Noël Pasquier. Le titre en paraissait prometteur : "Vents et Marées - Goudrons et Sables". Mais dominait une sensation désagréable de barbouillage complaisant, accompagné du traditionnel verbiage de bon (?) aloi, destiné à faire pompeux : autant dire que je n'ai pas apprécié les variations de ce monsieur.

vendredi 28 août 2009

MARYSE DE GUITRES

Dernier petit déjeuner au clos de Bruyols, somptueux comme chaque matin... tous les jours notre hôtesse nous faisait une table différente, nous gâtait de gâteaux maisons, de fruits et d'attentions diverses... vous remarquerez sur nos sets de table, nos initiales en perles de verre !

Il nous fallait avant de quitter Coursac, aller élucider le mystère du monument à Obélix. En effet, Michel avait repéré à l'entrée du village une sorte de stèle blanchâtre, aux allures de décoration pour parc Astérix, et nous nous demandions bien ce que célébrait ce monument. C'est un très respectable hommage aux combattants d'Afrique du Nord de Dordogne. Ce mémorial aux 229 jeunes hommes qui ont perdu la vie en service commandé est un monolithe de calcaire oolithique taillé, Périgord oblige, en forme de silex. Malheureusement on a éprouvé le besoin de l'enduire d'une couche de peinture blafarde, du plus piteux effet : on dirait un moulage résine de Disneyland ! Tout autour 10 blocs de granit représentent les 10 années de guerre et portent les noms de soldats tués durant les hostilités. Une colonne brisée, au symbolisme évident, gît au pied du monolithe. La plateforme qui supporte l'ensemble est rompue comme par un éclair, couvert d'un sable ocré qui évoque l'Afrique du Nord, signe de la déchirure causée par ces guerres. Tout autour s'élèvent des cyprès, un gingko et une vigne, végétaux allégoriques aux accents aisément compréhensibles.
Pour regagner notre estuaire et aller retrouver notre petite famille, dont le retour vers des contrées moins alanguies et une rentrée des classes autant redoutée qu'attendue, nous avons pris le chemin des écoliers. Depuis Périgueux, nous prenons en général l'autoroute vers Bordeaux, puis, coupant la pointe du triangle, nous rejoignons celle de Paris en passant par Coutras. Et nous passons toujours à côté sans nous arrêter. Il fut donc décidé de trainer en route pour visiter un peu ces contrées vers lesquelles nous n'irions pas exprès !

Coutras, c'est la bataille du même nom dont Michel m'a expliqué les arcanes lors de notre pique-nique au bord de la Dronne. C'était aussi la foire aux aulx annuelle, qui nous a valu de repartir avec une voiture fleurant l'échalote grise, l'ail violet et l'oignon rouge, c'est la superbe fontaine renaissance qui se dresse encore fièrement sur la place centrale, seul vestige d'un chateau somptueux, ce sont de multiples maisons bourgeoises un peu décalées dans cette ambiance campagnarde. C'était aussi, pendant le susdit pique-nique, le spectacle hallucinant d'un gamin de forain, jetant dans la rivière tous les détritus, et ils étaient nombreux, qui s'étalaient à portée de sa main... Tri sélectif inversé selon Michel !


A une petite lieue de là, se dresse l'abbatiale de Guîtres. Le détour se justifiait, même si l'abbatiale a subi au cours d'une histoire bien mouvementée, de multiples restaurations, toutes de qualité et respectueuses de la structure initiale.

L'endroit le plus remarquable est la charpente de l'édifice, refaite à neuf avec les bois d'époque par un militaire rochelais qui a réussi là, sans doute, l'œuvre de sa carrière. Cette carène de bateau inversée est immense, 57 mètres de long, d'une majesté incontestable et il y règne une atmosphère saisissante. Tout dans l'église a fait l'objet de remises en état scrupuleuses, du déambulatoire du chœur qui, neuf, semble presqu'authentique, à la girouette de la façade qui tournoie fièrement autour de son axe. Il n'est jusqu'à la place devant le sanctuaire, dite des tilleuls, qui n'ait été l'objet des soins attentifs des amoureux de l'abbatiale.

Mais la curiosité du lieu reste incontestablement "le jardin de Maryse". Petit havre de paix perché sur les toits face à l'Isle, le lieu est plein de charme. Toute une végétation complexe s'y déploie dans les quelques mètres carrés qui lui sont alloués, on y croise tortues, chats et lapins, et l'ensemble est fourni en eau grâce à la déviation d'une source de l'abbatiale qui alimente en surabondance un bassin rafraichissant. Le jardin est délicieux, et Maryse est passionnante ! Elle est vive, alerte, elle a le verbe facile et le contact aisé, c'est la mémoire du lieu et elle partage volontiers ses enthousiasmes, ses révoltes et ses opinions. Joviale, elle nous a régalés d'anecdotes sur sa ville, dont elle regrette le dépérissement social, l'appauvrissement et la lente agonie. Nous avons, sur ses conseils, découvert la cave du lieu, l'y avons retrouvée pour d'autres péripéties et, serions nous restés une heure ou deux de plus, nous aurions connu tout le village ! Il me semble juste de rendre hommage à cette personnalité pleine de vie, qui a le cœur sur la main et le verbe chaud, et nous a faits nous attarder à Guîtres au-delà du minimum syndical du touriste moyen !

mercredi 26 août 2009

LE COQ AU COT


Il faisait hier matin un temps détestable sur notre bout de Périgord, et nous n'avions qu'une envie modérée d'aller battre la campagne pour y débusquer d'autres églises ou châteaux. Périgueux semblait une alternative convenable, mais, cela marche à tous les coups, le mardi est jour de fermeture des musées. Il ne nous restait plus qu'à errer dans la vieille ville, à déguster quelque salade riche en magret, foie gras et autre cou farci, et à aller visiter le Musée Atelier du trompe-l'oeil et du décor peint.
Une découverte absolument passionnante que je ne peux guère vous faire partager en photos, toute prise de vue étant sévèrement interdite pour cause de droits d'auteurs. En effet toutes les œuvres du musée sont d'artistes contemporains et de ce fait, protégées. Visite guidée fort intéressante, autour d'une collection de peintures qui change tous les 6 mois environ. On y admire des trompe-l'œil d'intérieur, recréant un paysage pour animer un lieu clos ou austère, des trompe-l'œil de chevalet, parfois pleins d'humour, des imitations de marbres, lapis lazzuli, bois, marqueteries plus vraies que nature... et, bien sûr Koka, de nombreuses anamorphoses. Dont la guide, qui devait tout de même être bien informée, fait remonter l'existence aux grottes de Lascaux... Il est peu probable que notre ancêtre paléolithique ait conceptualisé la déformation qu'il a fait subir à sa vache rouge, et les archéologues semblent penser que cette affirmation tient plus du mythe et d'un heureux hasard, que d'une véritable volonté. Par contre, en matière de trompe-l'oeil, le procédé est courant et a la faveur des artistes !

Uniquement des réalisations de très grand talent et un concept de musée particulièrement bien mis en scène. On peut y apprendre aussi l'art de la feinte en peinture, puisque des stages y sont régulièrement organisés. Il est enfin possible d'acheter certaines des œuvres exposées, qui sont là comme dans une galerie.

Un délicieux moment pour nous faire oublier la pluie, avant une soirée exquise dans notre hâvre de paix, sauna et lecture, le soleil étant enfin revenu. Puis dîner à l'Essentiel à Périgueux.

Au pied de la cathédrale Saint Front, une table étoilée dans un minuscule établissement, des saveurs délicates, une fraicheur parfaite, un service efficace et attentif, et pour accompagner ce moment réussi, un Cahors 2002(dont le cépage était du Cot à 100%) au sommet de sa rondeur. Tellement parfait que je me suis fendue d'un superbe cocorico en regagnant notre voiture, autant par ébriété que pour protester contre les atroces lanternons de la cathédrale de Périgueux, en maudissant le terrible Abadie, auteur de ces protubérances malséantes !

Les photos illustrant cet article proviennent du site du musée, sauf une que j'avais prise avant qu'on me signale l'interdiction et qui rend plus la mise en scène de l'entrée que des oeuvres proprement dites, c'est pourquoi je me permets de la publier.

mardi 25 août 2009

EN DILIGENCE

Vous connaissez les filles, notre goût pour le tourisme lent... Ainsi, nous avons décidé de mettre à profit ce petit séjour en Baroquie, pour découvrir les alentours immédiats, très immédiats de notre chambre d'hôte. L'an prochain, nous changerons de chambre d'hôte, et écumerons une autre région, pas très lointaine !
Aujourd'hui donc, ce fut un rayon de 15km maximum autour de Coursac. Que voulez-vous, il n'y avait que des merveilles : des châteaux à chaque virage, des églises fortifiées impressionnantes, des ruelles plein de charme... un moulin sur la Dronne, une fête au village... Tout est prétexte pour musarder ! Michel, alors que nous hoquetions à 15 à l'heure sur un chemin blanc emprunté pour ne rien rater, m'a décrété avec le sérieux que vous lui connaissez : "Nous sommes en diligence, tagada, tagada..."

Et les deux moments forts de la journée, l'abbaye de Chancelade, hantée par le souvenir de celui qui l'a rendue à la vie au XVIIème siècle, un certain Alain de Solminihiac, et le prieuré de Merlande. A Chancelade on admire aussi un Christ aux outrages qui fut attribué autrefois à Georges de la Tour et qu'on donne aujoud'hui plus vraisemblablement à Van Honthorst. Il est toujours merveilleusement surprenant de croiser de tels chefs d'oeuvres dans un coin reculé !

Quant à Solminihac c'était une personnalité intéressante, qui consacra sa vie à la renaissance de Chancelade avant de se trouver "condamné" par Louis XIII à devenir évêque de Cahors. Peu désireux d'assumer une telle charge et d'abandonner son abbaye, il refusa la première charge que lui offrit le roi, s'attirant l'ire royale, fermement exprimée par Richelieu qui, lors de la deuxième nomination, lui fit savoir qu'il était impossible de refuser.

Dieu que la France est belle et riche, que toutes ces haltes sont passionnantes, et qu'on a envie de s'y attarder. Pourtant le roman périgourdin paraît bien pauvre après celui tout en délicatesse de l'Angoumois. Ici des églises sans collatéraux, à chevets souvent plats, sans ornementation ni sculptures excessives. De robustes bâtiments rectangulaires ou en croix latine, aux allures de forteresse obligée : nous sommes, je vous le rappelle, à la frontière "entre le léopard et la fleur de lys", autant dire que les temps y furent troublés, tant à la fin du Moyen Age qu'au moment des Guerres de Religion.

Plus de 600 églises romanes subistent sur l'ancien diocaise de Périgeux, il semble qu'il y en eut plus de 1000 ! Elles sont modestes, mais belles avec leurs coupoles en file, leurs chevets plats et leur portail sans parure.

lundi 24 août 2009

BAROQUE EN LIBERTE

Nous étions déjà venus à Sinfonia en Périgord il y a fort longtemps, mais nous en avions oublié la saveur. Ici tout est décontracté, convivial, amical même et, ce qui ne gâche rien, de qualité. Le directeur musical du Festival ,David Théodorides, qui présentait avec à propos chaque spectacle, dit de la musique baroque que "c'est une insurrection permanente, une insoumission qui replace la pensée et l'homme au coeur de toute préoccupation". Autant vous dire que Musiques Baroques en liberté, dont nous avions choisi de suivre le premier week-end, est un programme de délices savamment dosés.
Après nous être installés dans notre chambre d'hôte, le clos de Bruyols, une délicieuse demeure où nous avons été accueillis de façon particulièrement attentive et où nous attendait une chambre superbe, nous avons foncé au concert d'ouverture du Festival au Château des Izards à Coulouniex.

C'était la première prestation publique d'un ensemble composé de solistes de musique baroque désireux de jouer ensemble. Une claveciniste, une violoncelliste, un flûtiste et une soprano ont créé Les Zéphirs, dont la vocation est de chanter et de jouer la musique française des XVII et XVIIIèmes siècles français. Autant dire un répertoire mal connu, mais savoureux et sortant des sentiers battus. Qui ne se refuse pas parfois un certain humour, qu'on en juge :
"Si vos amants brisent leurs chaînes,
Beautés n'implorez que Bacchus,
Courez, courez moyer vos peines
Dans les flots charmants de son jus"
Extrait d'une cantate d'un certain Montéclair, qui fit une excellente introduction au cocktail qui suivit !
Après ce concert, une escale gourmande nous attendait à Périgueux : sous les tilleuls de la maison diocésaine, un traiteur nous a régalés d'un buffet simple mais très convivial. Tout ce petit monde se connaissait peu ou prou, la plupart des convives étant des habitués du Festival ,qui se retrouvent chaque année au gré des programmations nouvelles. Il régnait donc une joyeuse ambiance.

Le concert du soir se déroulait à l'église de la Cité de Périgueux. Un progamme triomphal, mais fort ennuyeux : le Te Deum d'un certain Richter et un Magnificat de Karl Philippe Emmanuel Bach, la seconde œuvre étant tout de même de meilleure qualité musicale. Pourtant, l'acoustique désastreuse de l'église, le côté pompeux des pièces jouées, une interprétation que j'ai personnellement trouvée assez ringarde (on n'admet plus de ne pas comprendre les paroles de solistes ou de chœurs, surtout en latin et pour des textes aussi simples) n'ont pas emporté notre enthousiasme. C'était vraiment très moyen. Par contre la soirée s'est terminée fort joyeusement, car nous avons rencontré Gérard et Fabienne, qui nous ont entraînés au cocktail (encore un !!) offert par la Région qui était tout simplement somptueux !

Dimanche matin, suite de nos itinéraires baroques. A midi, le château de Bourdeilles, lieu déjà magique en soi, accueillait un récital de clavecin en tous points parfait.

Au programme Scarlatti et ses "exercices" (ouf Fred, enfin du Scaralatti joué "comme il faut") interprété par un artiste d'exception : Kenneth Weiss. Il jouait chaque pièce comme une miniature, ciselée, pleine de couleur, d'émotion, de présence. Un moment vraiment enthousiasmant !

La suite de notre périple se déroulait à Brantôme, où nous attendait encore une halte gourmande, avec les mêmes convives que la veille, et une chair encore plus savoureuse. Le Fil du Temps offrait en outre un cadre enchanteur, dominant le superbe site de Brantôme.

Notre dernier concert était dédié aux cantates comique françaises du XVIIIème siècle. Interprétées par l'ensemble Café Zimmermann et l'inénarrable contre-ténor Dominique Visse, ce fut un moment plein d'humour et de charme, vivement ovationné par un public conquis. Nous avons connu les débuts de Visse vraiment gamin à Saintes, il y a un nombre d'années impressionnant... vous imaginez notre coup de vieux quand nous l'avons vu !! Il a toujours autant de talents lyriques et de comédien, et il nous a passionnés avec les mésaventures d'une veuve, la Matrone d'Ephèse, qui se console bien vite du départ de son époux dans les bras d'un beau militaire chargé de garder le cimetière et qui finit par lui déclarer : "Prenez-moi pour votre époux, mon trognon, ma reine, je suis gen-gen-gen, je suis ti-ti-ti, je suis gentil". Quant à la pièce de Pierre de la Garde dans laquelle un compositeur fait répéter à son orchestre la sonate qu'il vient d'écrire, c'était proprement désopilant et dans ce registre, Visse est irremplaçable.

Après de telles agapes, notre soirée s'est achevée tout en douceur : notre hôtesse nous avait préparé ce qu'on appelait aux temps de la musique baroque une "collation", mélange de saveurs raffinées qui, prise face au soleil couchant après un bon bain, a conclu très dignement ce superbe week-end !

samedi 22 août 2009

JEUDIS ROMANS


Ce Festival d'un type un peu particulier puisqu'il dure environ 4 mois, en traçant une sorte de ruban musical entre une trentaine d'églises romanes du Pays Royannais, continue à enchanter nos jeudis. Jeudi dernier, c'était au tour de Meschers d'accueillir une jeune pianiste talentueuse : Emmanuelle Swiercz. Elle nous offrit des pièces de Chopin, dans lequel le public se retrouva mais qui n'était manifestement pas sa tasse de thé, Liszt qu'elle m'a vraiment fait apprécier alors que je suis loin d'en être fanatique, Ravel et Chostakowitch dans lesquels elle était nettement plus à l'aise, voire très d'une grande inspiration.

Cette semaine nous étions à Mortagne sur Gironde, vous savez le seul endroit de France où le code de la route accorde la priorité aux canards ! Le trio Estampe constitué de trois jolies minettes fraîchement issues du Conservatoire National Supérieur de Musique, nous a réservé une soirée de choix. Non contentes d'avoir du talent, elles avaient le bon goût de présenter chacun des morceaux joués, en détaillant chaque mouvement et en donnant la grille de lecture, enfin d'écoute de la musique.




Elles ont beaucoup de caractère et le choix de leur répertoire prouve qu'elles n'ont pas froid aux yeux. Après un classique trio de Hadn, interprété de façon très sensible, elles nous ont joué sans coup férir le trio en la mineur de Ravel, difficile pièce qui se termine par un final quasiment concertant dans lequel Claudine Simon, la pianiste, a pu montrer toute sa virtuosité. Après l'entracte elles nous ont rendu très accessible une pièce grave et très émouvante de Chostakovitch. Le trio n°2 en mi mineur, écrit en 1944, narre les plaines glaciales de Russie et surtout rend hommage aux victimes des horreurs de la persécution nazie. Ces toutes jeunes filles jouaient cette musique tragique avec une sensibilité et une passion étonnantes. Leurs bis étaient plein d'esprit : une pièce d'Astor Piazzola et un morceau printanier de Lili Boulanger montrent qu'elles ne font aucune démagogie, offrent au public des morceaux choisis avec soin et tous ayant une couleur propre à entraîner une écoute ravie. Mais plus que tout, leur connivence, la façon très concentrée qu'elles ont d'échanger des regards et des sourires en cours d'exécution montrent un réel bonheur à jouer ensemble, dont nous étions les premiers bénéficiaires. Elles sont jeunes mais promises à une carrière pleine d'avenir. J'avoue les avoir regardées en me disant que, leurs parents, quand ils viennent les entendre en concert, doivent être légitimement un peu bluffés et fiers de ces petites nanas là ! Le public les a ovationnées.
Je cite le passage de leur programme qui justifie le choix de leur nom "Si l'estampe procède de l'impression d'images très fines, ciselées, c'est selon un état d'esprit analogue que (notre) ensemble s'est proposé de transmettre l'empreinte des oeuvres pour trio avec piano, d'en restituer la trace, ce qui en constitue la mémoire". Et, de fait, leur jeu expressif et sans affectation, nous ouvre un répertoire très porté sur la couleur, la lumière et l'imaginaire de la musique. Un vrai bonheur !

PS leur jeunesse ou leur modestie fait qu'elles n'ont pas encore de site, j'ai mis en lien la seule référence qui les cite vraiment, mais dois préciser que la violoncelliste n'est plus la sœur de la violoniste, mais Caroline Boita. Re PS ayant oublié mon appareil photo et mon téléphone, je me permets d'insérer dans l'article une photo prise sur le net, avec le lien de provenance.

vendredi 21 août 2009

VIVE LE PAPIER !!

Je viens de dévorer (oui oui Oxygène on a besoin aussi de ce sens là avec la lecture !) "La rivière et son secret" de Zhu Xiao Mei... je suis incapable de retrouver laquelle d'entre vous en recommandait la lecture, mais j'ai adoré ce livre qui va bien au-delà de la simple biographie banale. Ayant la chance (moi aussi !) d'aller bientôt l'écouter en concert, j'avais envie de mieux la connaître avant, et cet ouvrage sensible m'a vraiment passionnée. C'est une biographie certes, mais aussi une conception de la musique, de la vie, de l'homme, qui m'ont vraiment plu. C'est aussi une tranche d'histoire encore mal connue : la Révolution Culturelle en Chine et ses dégâts collatéraux, dont on ne dit pas assez l'horreur. Même si j'en avais pas mal appris, mais en demis-teintes, grâce aux excellents romans de Qiu Xialong.
Il me fallait bien commencer par montrer patte blanche, en vous narrant le dernier livre lu, et non des moindres, pour répondre à vos commentaires sur l'e-book... car nous sommes tous pris dans cette nasse technologique qui évolue à vitesse grand V, et nos réactions sont à fleur de peau !
  • Pour les livres de voyage, et même si la perspective d'un guide particulier semble attrayante, Emilie a raison : la voix sucrée ou stéréotypée nous intimant de tourner à droite, serait vite exaspérante ! Comme TomTom, pourtant bien commode qui nous serine "Faites demi-oit dès que possible" !! L'accès à Internet par contre n'est pas le problème, car ça marche avec mais aussi sans, puisqu'on stocke les livres dans la mémoire...
  • Pour le plaisir du papier, il semble justement que les éditeurs, pour parer le danger du numérique, aient réellement fait de gros efforts en qualité de papier ces derniers temps, histoire de flatter dans le sens du poil notre sens tactile et notre odorat ! Tant mieux !!!
  • Pour les livres d'art, la vidéo insiste là-dessus, le papier est irremplaçable, question de format, de couleurs et de manipulation ! Et, vous avez vu le nombre de "gros" livres que renferme ma bibliothèque, je serai longtemps encore une adepte forcenée du livre d'art.
  • Pour la technologie, j'ai commencé quant à moi il y a une trentaine d'année à me confronter avec elle. En 1976 nous mourrions d'envie Michel et moi de nous offrir une calculatrice avec +,-,x,: et surtout, suprême luxe racine carrée, mais elle coûtait 1000 francs (soit 150 euros) et nous n'avions guère les moyens d'une telle folie. C'est en 1980 qu'on m'a chargée d'assurer mon premier cours d'informatique. Je me suis précipitée à la librairie scientifique de la faculté de Bordeaux et j'ai acheté tous, oui je vous jure TOUS les livres sur le sujet. Je commençais mon cours bravement par la définition de la "chose" : "diffusion automaTIQUE de l'INFOrmation, toute fière d'avoir trouvé cela ! L'année d'après j'ai acheté un truc génial qui avait 1 kilo octet de mémoire. Vous ne rêvez pas, 1024 caractères ! et je bidouillais des programmes en Basic, if, then, else, que je devais effacer pour en créer d'autres, au gré de mon inspiration.
Les filles, vous vous rappelez ensuite avoir travaillé sur des ordinateurs dans lesquels il fallait d'abord charger le système d'exploitation avec une disquette 5 pouces, avant de pouvoir charger le logiciel qui restait en mémoire vive et devait être changé au gré des programmes qu'on désirait exécuter. Un inspecteur, hyper moderne, nous offrit à peu de temps de là une formation au Minitel. J'avoue m'être précipitée à La Poste qui devait encore s'appeler France Télécom, pour me procurer au plus vite cette boîte magique. Qui a fait mes délices pendant longtemps ! Parallèlement on voyait apparaitre Windows, la magie du système d'exploitation se lançant automatiquement et des logiciels d'application stockés dans la machine, accessibles d'un seul clic. Nouveau ça le clic ! Un inspecteur bien intentionné, nous menaça alors des foudres de sa vindicte car nous voulions dépenser les deniers publics pour acheter des disques durs ! Qui, selon lui, n'avaient aucun avenir et n'étaient qu'une fantaisie de profs en goguette.
J'ai commencé à être formée à Internet il y a une petite vingtaine d'années. Je vous jure que le jour où un fada de l'informatique nous a réunis pour nous expliquer ce nouveau moyen de communication, se perdant dans les méandres d'explications techniques et nous promettant de pouvoir bientôt dialoguer avec des inuits (oui oui, je n'invente pas), nous étions tous morts de rire ! D'autant que le pauvre malheureux s'est pris les pieds dans la toile d'araignée qu'il venait de nous décrire avec enthousiasme, et n'a jamais pu établir la moindre liaison avec qui que ce soit, pas même le Pentagone ! Nous étions très dubitatifs, et lui avons fait un chahut comme seuls des profs sont capables de le faire. Nous sommes sortis de cette formation absolument convaincus que cette fantaisie n'avait d'avenir qu'auprès des informaticiens, tous dingos comme chacun le sait. Peu de temps après je surfais sur les rares sites français, persuadée que tout cela resterait vraiment confidentiel car la toile était plutôt anglophone !
Vous imaginez que depuis, j'ai appris à me méfier des railleries sur les avancées technologiques !!
Donc c'est sûr, vive le papier, mais on aura d'autres utilisations de l'e-book... on nous promet déjà pour demain d'avoir à diffuser nos cours par internet pour cause de pendémie ! Et il nous arrivera aussi d'emporter nos livres sous cette forme. Et qui sait, d'y prendre goût. En tout cas, moi, j'ai AUSSI très envie d'avoir un e-book bientôt. Juste le temps que cela s'améliore un peu et que je puisse les lire sans fatigue avec mes yeux de mamie !!!!

Quant à l'amour du papier, et puisque je viens de recevoir mes trois derniers livres, qu'il me soit permis de vous retracer notre itinéraire photo. Fanas de photos, dans notre jeunesse nous avions un petit labo et tirions nos négatifs en noir et blanc, sous la traditionnelle lampe rouge, jouant sur les contrastes et cherchant le papier le mieux adapté. Quand le numérique est apparu, j'ai cédé la première. Michel restait fidèle à l'argentique et ne voulait entendre parler de rien d'autre. C'est en 2000 que ses amis lui ont offert un super appareil qui offrait, je crois 3 millions de pixels, le tirage papier étant possible sans trop de grain. Pourtant, nous n'avons jamais fait de tirage papier, tant nous étions heureux de ne plus être encombrés de photos diverses. Certes la consultation sur ordi nous semblait un peu frustrante, mais nous avons apprécié à fond le remaniement des photos avec Photoshop, recadrage, redressage, noir et blanc, contrastes, luminosité. Bref, un gros stock de photos numériques depuis bientôt 10 ans, avec la crainte, toujours, de les perdre. Des sauvegardes en tous genres pour se rassurer, mais plus jamais d'argentique. Jusqu'au 1er janvier 2008 : ce jour-là, mon ami Fred nous a montré ses livres photos. Et depuis je suis devenue une adepte forcenée de Cewe, via le logiciel Pixiphot (on peut choisir à son gré son fournisseur). Je tire un livre photo pour chaque événement marquant de notre vie et commence à avoir une bonne cinquantaine de centimètres en linéaire de bibliothèque pris par ces bouquins d'un nouveau genre. Vous voyez qu'on en revient toujours au papier !!

Mais fondamentalement, tu as raison Idées Heureuses, et toi aussi Gwen, il est temps de passer à table... et je vous offre ma version de la tarte d'Autour du puits, tomates, moutardes et mozzarella, un délice que je vous recommande chaudement. J'ai d'abord consciencieusement suivi sa recette de tomates confites, pour ne rien trahir. Ma mozzarella est nettement plus grillée que la sienne, mais je vous jure, il y en a une énorme, pas moins de 250g, tout simplement de vache. N'ayant pas de salade verte, j'avais prévu une petite entrée, histoire de vous laisser quand même une mini recette à mon tour (toujours pour cuisinière pressée)

Soupe de melon au jambon d'Aoste :

Un melon entier passé au blender suffit pour 2 personnes. Si on prépare la soupe à la dernière minute, on ajoute deux ou trois glaçons pour qu'elle soit très fraîche, sinon on mettra la soupe au frigo et il vaut mieux alors ne pas y ajouter de glace, qui risque de fondre en eau. L'assaisonnement, mixé en même temps que le melon, est, à doser selon vos goûts : piment d'espelette, gingembre moulu et quelques feuilles de menthe fraîche. On peut, si on le désire, ajouter un trait d'huile de tournesol, ou d'une huile à goût neutre, pour le liant. Bref on mixe tout cela assez longtemps de façon à bien l'aérer, on met au frigo en attendant le repas, et on sert avec du jambon d'Aoste ou d'ailleurs ! C'est délicieux avec un bon melon, mais ça "rattrape" élégamment un melon passable !

jeudi 20 août 2009

POSSIBLE !

Je suis sûre que je vais m'attirer les foudres de certain(e)s. Le groupe Editis a réalisé un petit film qui nous propose de faire un voyage dans l'univers numérique probable des années futures. C'est bien sûr une fiction qui propose une réflexion sur l'avenir et de développement de l'e-book. Et voilà, j'en entends déjà qui crient au scandale, à l'impossible, à l'anathème. Jamais on ne vous privera de nos bons livres papier au profit d'écrans improbables et d'écrits en boîtes. Je suis une vraie amoureuse des livres, de leur odeur, de leur texture et ma bibliothèque est là pour vous prouver que je ne suis pas prête à y renoncer : toute une pièce construite exprès pour l'accueillir. Alors qu'il y en avait déjà deux autres dans le séjour et dans mon bureau. Mais...
J'avoue que lorsque je pars en voyage et qu'il me faut traîner des valises pesantes, quasiment sans vêtements mais remplies d'une bonne vingtaine de bouquins (10 pour moi, 10 pour Michel, on a toujours peur de manquer !), lorsque je fais du tourisme avec des guides malcommodes, lorsque je cherche désespérement la phrase adorée la veille sans arriver à la situer, lorsque j'ai besoin d'un livre TOUT DE SUITE et qu'à Royan on m'annonce une semaine d'attente, alors oui, j'aimerais bien avoir un e-book !
Alors regardez cette petite science-fiction. Elle dure, c'est vrai, presque 10 minutes, mais vous ferez un joli voyage à Bruges par la même occasion. Et le deuxième éditeur français ne peut pas être suspecté de vouloir saborder l'édition papier !! N'oubliez pas de cliquer sur la flèche pour démarrer la vidéo.


Et j'attends vos réactions...

mercredi 19 août 2009

ELOGE DE LA PUDEUR

Susceptible de plusieurs acceptions, la pudeur évoque illico la discrétion en matière sexuelle ou corporelle, mais il n'est pas dans mon propos aujourd'hui de disserter sur la recrudescence de ce sentiment qui rend l'exhibition moins tendance et le refus de se dévoiler plus fréquent que dans les années 80. Cette étrange contrainte, qui épargne tous les autres êtres sexués de la planète, constitue pour notre espèce une condition de la vie en société. Elle affecte toutes les fonctions humaines d'obéissance au corps et de soumission aux lois de la nature. Les enfants la découvrent souvent de leur propre gré et, paradoxalement, les vieillards s'en défont avec une provocation qui, parfois, nous laisse pantois.
Pas question non plus d'argumenter pour ou contre le voile, pâle réplication de la pudeur victorienne, qui enjuponnait le bas des tables car il était indécent de montrer ses pieds, ou de la tartufferie, qui n'a de cesse d'exiger d'autrui ce qu'elle est incapable de maîtriser chez elle. Savoir si l'excès de dissimulation a une fonction de protection en tuant le désir ou au contraire d'éveil du fantasme en laissant la porte ouverte au rêve, pourrait faire l'objet à soi seul d'un article. Une anecdote me revient, citée l'autre jour sur France Inter par une auteure dont je ne parviens pas à me souvenir le nom (peut-être Chloe Delaume) : ses parents étaient fanas de naturisme et lui imposaient tous les étés de longues vacances dans des camps de nudistes. Elle disait y avoir nourri des fantasmes particulièrement érotiques pour les surfers, seuls résidents autorisés à porter des combinaisons, en l'occurence moulantes et suggestives, et qui lui semblaient ainsi bien plus attirants que les anatomies bigarées et protéiformes dont elle devait subir l'étalage à longueur de jour.

L'idée de ce billet m'est venue en ressentant une exaspération grandissante devant la parade envahissante de mes contemporains en nombre largement surnuméraire au coeur de mon petit village. Pourquoi ce sentiment de rejet, cette envie de fuite et de protection devant tant de chairs dévoilées, de verbe débridé, de manque total de retenue. Les uns exposent sans complexes leurs anatomies rougies par le soleil, encrassées par la chaleur et aux effluves peu alléchantes. Les autres s'interpèlent avec décontraction, étalant des moeurs familiales brutes de décoffrage, où les enfants sont traités sans bienveillance, les épouses houspillées sans délicatesse, les époux asticotés avec dureté. On assiste atterré à des discours d'ordinaire intimes, les problèmes de budget, les avis en tous genres et les querelles familiales s'affichent en temps réel. Des conversations du ressort du domestique sont détaillées sur la place publique sans aucune discrétion. On se fait invectiver, le lien social s'émousse, la politesse s'étiole et le savoir-vivre part en quenouille.
Je peux vous paraître dédaigneuse en décrivant des comportements "populaires" et mon discours serait simplement méprisant. Il se trouve tout simplement que j'habite un village "abordable" et que sa clientèle estivale est modeste. J'ai les mêmes agacements, voire pire, quand je côtoie, en des lieux plus huppés, des foules de m'as-tu-vu au fric facile, à l'arrogance débridée et au plumage exagérément ostentatoire. Leurs exhibitions faites pour éblouir, leurs péroraisons destinées à montrer leur richesse, leur volonté de briller selon des critères variables selon les latitudes, toute cette esbroufe de mauvais aloi m'irrite encore plus que le sans-gêne du camping "les flots bleus" en vadrouille.

Mais d'où vient cet abandon de la pudeur, qui trace des limites entre l'intime et le public. Pourquoi soudain faire ses courses vous propulse-t-il dans une télé-réalité indigne de la moindre caméra ? Je me dis qu'il doit en être ainsi dans toutes les grandes villes, mais que je sache les citadins ne sont pas plus exibitionistes que les ruraux, et la réserve des parisiens dans le métro n'a d'égale que leur laisser-aller en province ! Je me dis alors que c'est le phénomène vacances qui dilue le sentiment de quant-à-soi et que le sentiment d'être anonyme décontracte les gens au point qu'ils ne se sentent plus tenus par aucune barrière.
Je pense surtout que l'hypersexualisation de la société, le non-respect de la vie privée, le surdévoilement que favorisent internet, les médias et la politique en général, favorisent ce débraillé, voire y incitent, au nom d'une liberté mal conçue. La protection de l'intime est sacrifiée au nom du bien commun : cartes à puces révélatrices de tant de détails sur chacun d'entre nous, internet divulguant sans limites nos pratiques au prétexte d'un meilleur service et surtout pour mieux nous cerner en tant que consommateur, tests génétiques se pratiquant sans état d'âme au nom de vérités nécessaires... On nous montre les blessures des catastrophes en direct, les égarements des politiques sont filmés et "you-tubisés" dans l'heure qui suit leur avènement, les bombes explosent dans notre salon, les émotions de uns et des autres sont filmées sous l'angle le plus révélateur. Tout nous est distillé avec un grand souci de réalisme, sans égard pour le respect de la vie privée des individus, connus ou anonymes, que l'événement implique.
Bref, pour faciliter l'accès à l'information, il ne faut plus de barrière au caché car le bien-être de tous dépendrait de la transparence de chacun. Mais alors comment l'individu arrive-t-il à se situer dans cet imbroglio d'étalage du caché et du secret ? Les frontières sont devenues très floues, et le viol de la vie privée entraine le renoncement à la pudeur. Comment s'étonner alors que la retenue s'efface au profit d'une désinvolture sociale, qui finit par engendrer des tensions et grignote la liberté de chacun au profit d'une confusion susceptible de déboucher sur de plus grands désordres.

Les photos qui illustrent l'article sont des reproductions de détails d'oeuvres de Christiane Millan peintre à Guzargues, venue exposer au salon d'Art Contemporain de Royan cette année

mardi 18 août 2009

LA MADRE DI COSTANTINO

Et le 15 août c'était la Sainte Marie

Anne, croisée il y a peu sur le blog de Béatrice De, s'inquiétait, comme Moun avant elle, de la dédicace "A mes filles" qui annonce ce blog. Mon blog est bavard, pardon messieurs les taciturnes, et j'avoue avoir du mal à écrire en l'air. Donc j'aime bien avoir ces interlocutrices privilégiées. D'autant qu'au téléphone j'ai un mal infini à me raconter ! Comment d'ailleurs voudriez-vous "parler" de pareilles fadaises ! Alors ainsi je me livre à mon sport favori, le verbe, en toute quiétude, avec en prime une espèce de bonne conscience puisque je distrais encore un peu mes minettes ! Pour autant, Anne, Moun et les autres, ce blog n'a rien d'intime, j'y dose soigneusement mes rares clins d'œil personnels, et n'y livre rien qui puisse être indécent ou trop révélateur.
Cette entrée en matière (ah le plan intro, développement, conclusion, quand tu nous tiens !!) pour "excuser" le sujet du jour, forcément personnel car, regardez vos calendriers, nous sommes le 18 août. Et le 18 août, c'est la Sainte Hélène ! Vous ayant exposé hier mon travers entêté à la célébration tous azimuts, et n'étant pas obsédée par les retombées honteuses de la Saint Barthélémy, il me faut être cohérente et dédier ce billet à Koka ! Cette malheureuse Koka qui s'est entendu répéter toute sa petite enfance que sa sainte patronne était la mère de Constantin, et qu'à ce titre elle avait une part remarquable au développement de la civilisation occidentale et dans la diffusion des valeurs qui sont les nôtres aujourd'hui ! Pauvre enfant ! Faut-il être bête quand on est parents et qu'on veut à tout crin donner à ses rejetons un panier de départ bien rempli ! On en fait trop, c'est clair, et on maitrise mal son enthousiasme !! Mais Koka qui est toujours pleine de bon sens et, parfois, d'indulgence, (en tout cas en ce qui nous concerne) nous a depuis longtemps pardonné ces errements d'apprentis parents et elle ne rougira pas en se voyant ce matin désignée comme sujet du jour !
Bonne fête donc ma fille, et comme je ne peux t'offrir aujourd'hui de feu d'artifice au fond du jardin, n'ayant en l'espèce plus de jardin pour le faire et puisque la plage qui nous permet de tels débordements appartient en ce moment aux estivants, je charge monsieur Internet de ce petit spectacle traditionnel !


lundi 17 août 2009

CINQ CENT UN

Merci à tous et toutes de vos commentaires... et pardon d'avoir malmené vos méninges sur un truc introuvable, vous êtes très patients d'avoir joué le jeu !
DONC mon précédent billet était le 500ème depuis la création de ce blog, et comme j'ai la manie des fêtes et des anniversaires... C'est un travers qui m'a été inculqué fort jeune par ma mère, à une époque où il n'était pas encore dans les mœurs de fêter à tout crin le moindre événement, la moindre commémoration, la femme, la nature, la musique, la science, internet (rien que pour la première page de Google si vous tapez "fête de" !!) avec une régularité qui confine parfois à la maniaquerie. En ce temps-là, les anniversaires d'enfants ne donnaient pas lieu à des fêtes nécessitant l'intervention d'un traiteur, de 3 amuseurs et d'un monceau de ballons et de cadeaux. Au mieux, les parents modernes faisaient un gâteau sur lequel ils plantaient quelques bougies, offraient un jouet longtemps et secrètement désiré par l'enfant (on ne se serait pas permis de le réclamer sous peine d'en être privé définitivement), et il ne serait pas venu à l'idée d'aucune maman sensée de faire une "réception" d'enfants pour l'occasion. Elles sont devenues inévitables au point que tout enfant qui en serait privé serait une sorte de paria. En ce temps-là on ne fêtait pas les voisins, sa secrétaire ou les grands-mères, mais on ne coupait ni aux fêtes carillonnées ou votives, ni aux fêtes nationales, tant le lien social était puissant. Ces repères incontournables donnaient lieu à de nombreux jours fériés qui, d'ailleurs, nous sont restés, sans plus trop savoir à quoi ils correspondent. On les utilise pour prendre des loisirs, se distraire (genre feu d'artifice du 15 août), faire des ponts et aller se détendre. Pour autant, on a créé des foultitudes d'autres micro-événements qui maintiennent une forme de sociabilité nationale, voire internationale et qui se multiplient au gré des inventions marketing : Saint Valentin, Halloween, Thanksgiving... mêlant opportunément des traditions délocalisées à des comportements de générosité obligée qui entraînent une sur-consommation de bon aloi lors de ces dates fatidiques. Qui oserait, au risque d'une légitime scène de ménage, oublier de fêter par un présent la Saint Valentin à son later ego du moment, alors qu'il y a une trentaine d'années mes parents passaient en la matière pour de joyeux originaux en trinquant au son de "Your are My Valentin(e) !".
C'est une façon de lutter contre l'individualisme forcené qui caractérise notre société d'égotisme préconisé. On se rassemble, on se retrouve dans ces moments balisés qui créent des repères rassurants dans une vie agitée, et souvent trop compliquée à l'échelle de l'individu. Ces fêtes, parmi lesquelles on peut choisir un peu en fonction de ses goûts ou de ses affinités celles qu'on célèbrera, jalonnent de moments de rêve plus ou moins artificiel notre quotidien médiocre. Ce sont aussi d'excellents vecteurs de consommation, qui engendrent des actes d'achats un peu automatiques, et se révèlent de puissants moteurs d'économie.

Mais je m'égare et mon propos était de vous expliquer les "Cinq Sens". Bref, et malgré les réticences que je viens d'émettre, j'ai encore la manie des fêtes, plus individuelles qu'obligées, et je voulais célébrer dignement ma 500ème parution bloguistique. Le récit banal de l'excellent concert du soir, la narration circonstanciée de l'arrivée des enfants ou de leurs concours de billes sur la plage, l'étalage ému de ma superbe bague en pissenlit, la recette des dernières sustentations familiales plus tournées vers la frite et le poulet rôti que vers les inventions gastronomiques (avec 4 enfants sommés, à bon droit et avec un parfait bon sens, de manger ce qu'ils ont dans leur assiette, il vaut mieux éviter les fantaisies, sous peine de transformer leur repas en calvaire), tout cela fournissait, certes, un matériau journalistique de circonstance en période de marronniers, mais pas de quoi saluer honorablement ce numéro 500.
J'ai donc partagé mes soucis "professionnels" avec Koka, qui, toujours pragmatique, m'a dit :
- "500, ça te fait penser à quoi"...
- "Aux cinq sens?" ai-je avancé timidement.
Koka n'est pas quelqu'un qui perd du temps et se répand en considérations oiseuses et inutiles, propres à satisfaire un sens trop marqué de la perfection.
- "Bien, dit-elle, tu fais un article sur les cinq sens"
- "???"
- "Tu te débrouilles, tu mets des photos, des poèmes, des citations..."
- "... !!! Bien ma chérie, je fais ça ce week-end, tu le trouveras au retour de Bretagne, et ainsi tu ne vendras pas la mèche trop tôt !"
Poèmes, non ! Pas question de faire concurrence à Koka et d'ailleurs entre les devoirs de vacances et les fritures, vous n'avez pas trop l'esprit à la gaudriole parnassienne. Allons pour les citations, et encore, certain(e)s l'ont remarqué, à part le proverbe turc (!!) j'ai fait dans la facilité, j'ai pris ce qu'Evène me proposait sans finasser ! Quant aux photos, mes petits montages ont essayé de serrer au plus près des notions finalement plus conceptuelles que techniques !

Et voilà, le tour était joué, vous avez participé avec beaucoup de gentillesse, en vous demandant vraiment ce qui m'arrivait de recourir aux truismes préfabriqués, sans m'en tenir rigueur (faudrait quand même pas que je vous fasse cela tous les jours !), et Koka m'a donné son satisfecit. Le 500 est paru, vive le 501 ! On va pouvoir refaire dans le marronnier de l'été !!

vendredi 14 août 2009

CINQ SENS

Nos cinq sens imparfaits, donnés par la nature,
De nos biens, de nos maux sont la seule mesure
Voltaire

Le toucher est le plus démystificateur de tous les sens, à la différence de la vue, qui est la plus magique
Roland Barthes Mythologies
L'homme est intelligent parce qu'il a une main
Anaxagore

L'âme est l'organe du bonheur, comme l'oeil est celui de la lumière
Père Bruckberger
J'entends bien que je pourrais devenir sourd, je sens bien que je pourrais perdre l'odorat, mais je ne me vois pas devenir aveugle
Gabriel de Lautrec

Limites de notre ouïe : on n'entend que les questions auxquelles on est en mesure de trouver une réponse
Friedrich Nietszche
La nature, qui ne nous a donné qu'un seul organe pour la parole, nous en donné deux pour l'ouïe, afin de nous apprendre qu'il faut plus écouter que parler
Proverbe turc

Sans la participation de l'odorat, il n'est point de dégustation complète
Anthelme Brillat Savarin
Physiologie du goût
Voir c'est croire, mais sentir, c'est sûr
Marquis de Sade

Ce que l'on voit est toujours décevant, il faut croire à ce que l'on mange
James Thurber

Des cinq sens que possède l'homme, le plus précieux est le sens commun
Alphonse Karr

Justement !!! C'est à votre bon sens que je fais appel... Non la devinette n'est pas "mettez un sens sur chaque montage", faut dire que ce serait par trop facile. Il s'agit de trouver ce qui m'a pris à célébrer ainsi les CINQ SENS... car c'est bien d'une célébration qu'il s'agit... va savoir laquelle ? J'avoue que la devinette est ardue et la solution pas évidente à trouver... Mais qui sait ?
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