samedi 31 janvier 2009

INDEMODABLE

Soirée opéra, pour une énième Tosca, œuvre phare, opéra mythique, celui-là même avec lequel sur un vilain tourne-disques et grâce à la version référence de Callas et Guiseppe di Stefano, j'ai découvert l'opéra dans mon enfance.
En situant son action à Rome en 1800, après la bataille de Marengo et l'effondrement de la république romaine, Giacomo Puccini atténue la mièvrerie d'une banale romance entre une cantatrice passionnée et jalouse avec un peintre rêveur et généreux. A l'ombre des églises et des palais, dans les dédales de la religion et de la politique, il donne une dimension universelle et intemporelle à son oeuvre, avec le sinistre personnage de Scarpia, chef de la police maniant avec zèle abus de pouvoir et torture. Il veut posséder plus qu'aimer, détruire plus que dominer, et les deux jeunes amants, artistes aveuglés d'absolu, deviennent ainsi ses plus belles proies.

La mise en scène d'Anthony Pilavachi, en situant l'action au sein d'une milice éternelle qui va de la France à l'Allemagne en passant par l'Espagne, l'Italie et même Guantanamo, appuie sur le côté "drame politique" de l'action. Scarpia y est campé en personnage petit, médiocre avec une apparence raffinée à l´extrême. Lui-même le dit, il utilise les personnes puis il les jette.

La croix du premier acte, qui symbolise l'église où se situe l'action, se transforme au second acte en une porte symbolique qui mène aux enfers, tous les personnages y devenant prisonniers du monde de Scarpia. Ce monde est symbolisé par l’agrandissement de la fresque « La chute des anges» de Signorelli à Orvieto. Mise à l’envers, les ailes des anges symbolisent les couteaux servant à torturer. Le boudoir d’amour de Scarpia utilisé pour séduire ses conquêtes devient ainsi un lieu cruel. Les parois qui s’ouvrent sur la salle de torture symbolisent l’incommunicabilité entre Tosca et Mario.
Jean Philippe Laffont interprète un Scarpia remarquable, le salaud absolu, il est répugnant.
Tosca, jouée par Catherine Naglestad, était belle, et chantait avec un talent et une sensibilité impressionnants. En plus elle jouait magnifiquement. Mais la découverte de la soirée a été le ténor Alfred Kim, certainement le plus étonnant Mario que nous ayons jamais entendu. Une voix superbe, juste, puissante, un soliste de tout premier plan. Enfin la direction de Kwamé Ryan était tout en finesse, d'une élégance et d'une précision pleines de nuances. Pour l'anecdote, comme Tosca fut le premier 33 tours classique que j'ai écouté en boucle dans mon enfance, le nouveau chef de l'ONBA, porte lui aussi un regard affectif particulier sur "Tosca", seul enregistrement lyrique disponible dans son enfance et qu'il écoutait sur une K7 offerte par sa mère quand il avait six ans.
Nous avons terminé la soirée sous les ors du "Café Louis", ancien brasserie du grand Théâtre rénovée il y a quelques années, où nous avons dégusté un excellent steak tartare sur fond de Pessac Léognan. C'est donc assez tard que nous avons rejoint notre charmante chambre d'hôte, joliment appelée "Une chambre en ville", bien située en centre ville, juste à côté de la place Gambetta.



Découvrez L'indémodable Tosca au Grand Théâtre de Bordeaux sur Culturebox !

lundi 26 janvier 2009

BONNE ANNEE

Pardon pardon... la nuit de la tempête j'ai dormi comme un bébé, je n'avais pas compris combien l'affaire était grave, et le Petit Re est passé à côté de l'actualité !! Ce n'est qu'hier en voyant tous les papis promener leur bourgeoise sur la côte à la recherche d'images exceptionnelles que j'ai compris l'importance de l'événement. Certes ici nous n'avons guère essuyé que les bords de la traînée dévastatrice, et à part quelques branches brisées, quelques arbres échoués sur les rochers et notre plage envahie de planches arrachées aux malheureux carrelets tout juste reconstruits, nous n'avons guère eu de dégâts. Hier le téléphone a fonctionné largement pour rassurer les uns et les autres, finalement bonne occasion pour se passer un petit coup de fil et se dire qu'on s'aime.
Pour rester dans l'actualité, c'est aujourd'hui l'anniversaire d'Emmanuel (il fête ses 34 ans), et aussi le jour du Nouvel An chinois... Je trouve qu'on en parle moins que les autres années, sans doute un signe de la dureté des temps (!!) et d'une méfiance instinctive face au dragon jaune dont nous avons tous un peu peur. Je vous recommande pour votre horoscope chinois le site de SuziWan, n'hésitez pas à aller explorer la cuisine sur les 5 sens, il est fait avec beaucoup de goût et est très imaginatif !

dimanche 25 janvier 2009

HEAVENS AND EARTH

Une vraie réussite le dernier film de Dupeyron "Aide-toi, le ciel t'aidera". Une vision émouvante, juste et sincère des banlieues, certes, mais aussi du 4ème âge, de la canicule de 2003, de l'amour, du désir, des liens familiaux.... Tous les thèmes abordés sont traités avec tact et délicatesse, mais aussi de façon lumineuse et très humaine. Des univers difficiles à aborder pourtant, les barres d'Ile de France, les petits dealers, la pauvreté, l'immigration, la vieillesse... Dupeyron le fait avec bienveillance, tendresse et ne sombre pas plus dans la larme facile que dans l'attendrissement paupériste. Il est servi par des acteurs superbes. L'héroïne, interprétée avec brio et talent par Felicite Wouassi, est parfaite : attachante, vibrante, vivante, elle est belle et irradie une humanité splendide. Même Claude Rich qui a fait sa spécialité ces derniers temps de vieux libidineux, trouve enfin ici le ton juste et se révèle émouvant lors de sa dernière nuit. La mise en scène est au cordeau, inventive, parfaitement rythmée. La musique est au diapason, les images sont belles, l'histoire est drôle et palpitante, à tous les sens du terme, à fleur de peau, avec sensualité et pudeur. Il n'est jusqu'au générique, avec ses petites boules de couleurs variées et son accompagnement de slam, qui ne soit réussi. En un mot, allez-y !

ECHOS DE SALON

Entendu au Salon Passerelle "Ma fille ? Elle évolue... l'an dernier elle voulait être urgentiste, un effet de la série "Urgences" à la télé... Moi je n'étais pas très chaude, mais les séries changent, les vocations aussi, je ne me suis pas trop inquiétée ! Maintenant elle veut entrer dans un institut de recherche criminelle"
Forte de mon info, et en matière de boutade, lors de la visite de notre IPR je cite l'anecdote et déclare mi-figue mi-raisin "Voilà ce qu'il nous faudrait, une série télé qui mette en scène une jeune et sexy expert comptable, histoire de faire la promotion de la profession." Et à ma grande stupéfaction la proviseure et l'inspecteur, de concert, me disent "Mais que croyez-vous qu'il en soit ? C'est ainsi que cela se passe, les séries sont programmées pour inciter les jeunes à suivre certaines voies professionnelles et sont utilisées comme outils de promotion d'images professionnelles, afin d'inciter les jeunes à les choisir"... Alors je suis allée vérifier cette hallucinante info. J'ai ainsi découvert que "41 % des jeunes sont influencés par les héros des séries télé dans le choix de leur orientation professionnelle" et sur les fiches métiers, les infos concernant les métiers incluent un jugement sur le réalisme de ces séries. Entre "Les bleus" qui font naître des vocations de jeunes policiers et "Expert" qui incite les jeunes à choisir la voie de la police scientifique, se glissent toutes les déclinaisons possibles au fil des saisons. J'avoue être restée stupéfaite d'entendre proclamer que, non seulement le fait est acquis, mais de plus il est utilisé par nos gouvernants pour susciter des modes, des engouements et des choix de carrière. Sans doute suis-je un peu bégueule, mais cette façon d'influencer, par le rêve mis en scène, idéalisé et "héroïsé", le choix des métiers, m'a paru inquiétante. Mais sans doute est-ce là un reste ringard de ma conception démodée de la liberté individuelle.

samedi 24 janvier 2009

TETE FROIDE


A l'heure où s'inversent les marées, le temps change. Vous savez cela, bien qu'ayant pris vos quartiers parisiens depuis longtemps, et aujourd'hui, pour vous rassurer sur le sort de vos pauvres parents victimes des zones rouges de Madame Météo, je puis vous assurer qu'il en a été comme toujours : vers le milieu de l'après-midi, le soleil a fait une d'autant plus franche apparition que, on peut le vérifier sur le blog d'Hélène, ce soir c'est la nouvelle lune et la marée est forte et efficace.
Nous avons donc rallié la plage de Saint Georges, et affronté le vent contraire avec entrain, histoire de s'aérer un peu. Au bout de la plage on rejoint une promenade bien agréable que vous connaissez bien et qui mène au phare de Saint Georges. Les vagues de la fin de la marée montante heurtaient le parapet avec force, créant de belles gerbes que nous évitions tant bien que mal. Un peu plus loin, vers le monument dédié au souvenir de l'opération Frankton ( vous savez ces 10 Marines débarqués sur des canoës camouflés au large de l'estuaire et qui ont rallié le port de la Lune en minant les navires allemands croisés au passage, afin de rejoindre ensuite la résistance charentaise), les vagues étaient encore plus hautes mais la falaise atteint une hauteur respectable. Cela ne m'a pas empêchée d'en recevoir une, particulièrement froide et de prendre la douche de l'année. Trempée des orteils au bout des cheveux.. si je m'en sors sans rhume ,c'est que je suis solide. Au retour, votre papa m'a séchée, étrillée, emmitouflée et a préparé un grog à voir 36 chandelles, qui me fait envisager l'avenir de façon très optimiste ! C'est dans cet état de bien-être un peu vague que je vous envoie des nouvelles du front, alors que la nuit tombe sur l'estuaire enfin apaisé. Mais soyons honnête, moi je suis carrément pompette ! Vive le grog... hips...

TEMPETE SUR LE PACIFIQUE

Que se passe-t-il ? Sont-ils tous venus se mettre à l'abri en prévision de la tempête, trompés par le titre du film... Barrage contre le Pacifique, pas contre l'Atlantique pourtant... Ou Duras a-t-elle tant d'admirateurs qu'elle remplisse la salle du cinéma souvent désert en hiver de Saint Georges ? Obligés de nous installer sur une méchante banquette pour éviter le premiier rang, nous attendons patiemment l'ouverture du film quand tout s'explique : ils sont là, ses anciens profs (de français dit-elle !), ses amis et ses proches pour la jeune actrice qui joue le rôle de Suzanne, la fille de l'héroïne : Astrid Bergès-Frisbey.

Née en 1986 à Barcelone d'un père catalan et d'une mère franco-américaine, elle est arrivée à Paris à l'âge de 5 ans. Puis elle est venue habiter avec sa mère aux Mathes, à Saint-Sulpice-de-Royan, puis enfin à Royan, où elle a grandi jusqu'à 17 ans. C'est au collège Henri-Dunant, à Royan, qu'elle a commencé à faire un peu de théâtre en jouant « Antigone ». Retournée à Paris pour passer un bac scientifique, elle voulait être osthéopathe, elle a perdu son papa, loupé son bac et passé l'année suivante à aller au cinéma. Inscrite au cours Simon, elle a passé des castings et eu la chance à 21 ans de participer au tournage d'un téléfilm qui sera prochainement diffusé sur France 2 "Elles et moi". Puis ce fut l'aventure cambodgienne avec Riti Pahn, et le vrai lancement de sa toute jeune carrière, car elle interprète dans ce film un rôle important, Suzanne, la fille de l'héroïne, une des facettes de la personnalité de Marguerite Duras. Revenue de 4 mois de tournage au moment des fêtes, elle a passé les fêtes de fin d'année à Royan, avec sa mère et ses soeurs. "J'aime revenir dans ce coin qui reste très familial pour moi. J'adore la côte sauvage, au-dessus de La Palmyre. Toute petite, je me rendais à cet endroit et me sentais minuscule face à la mer ! J'aime ce rapport privilégié à la nature."
Si je vous offre cette petite biographie d'une jeune fille au demeurant charmante, naturelle et spontanée, pas encore gâchée par le star système car un film tourné au Cambodge, avec Riti Pahn doit être plus proche d'une épopée en ONG que de la Star Academy, c'est parce que vous aurez du mal à trouver des renseignements sur elle pour le moment. J'imagine que sa carrière va évoluer rapidement car c'est indéniable elle a de la sensibilité et une certain talent naissant. C'était, à mon avis, la seule interprète potable du film. Non, pas par esprit de clocher, certes j'aurais été désolée qu'elle soit nulle, mais le film est tellement mal joué qu'elle tranche par sa fraicheur et sa finesse d'interprétation. Huppert est mauvaise comme elle sait l'être par moment, avec opiniâtreté. Son jeu linéaire, supposé adapté au personnage de Duras, est sans âme et confine à l'ennui, voire à l'exaspération. Le frère, dont je préfère oublier le nom, est un des plus piètres bellâtres que j'aie vus depuis longtemps. Les acteurs secondaires s'enlisent dans ce magma et au total le film est long, ennuyeux et vaguement raté. Pourtant, les reconstitutions appliquées et précises de Riti Pahn sont belles, elles évitent de sombrer dans l'esthétisme "agence de voyage" et s'il est quelque chose de réussi c'est bien l'approche de l'Indochine et la population qui participe au tournage est filmée avec un très grand respect et se voit accorder un rôle à part entière, le meilleur ! Tout le reste est laborieux, sonne faux, ça fait reconstitution, on ne reconnait rien du livre de Duras, et de cette ambiance très particulière qui vous saisit quand vous lisez ce roman. C'est revu et corrigé en une histoire une peu fade. Il faut aller voir l'Indochine pas surtout pas Duras. Et au passage saluer la prestation de notre jeune royannaise qui se sort très dignement de cette guimauve inattendue de la part de l'auteur de l'auteur de S21, la machine de mort khmère rouge, moment particulièrement émouvant de cinéma.

PS Des mystères et révélations d'internet : en cherchant sur la toile quelques renseignements sur Astrid Bergès Frisbey, j'ai, vous vous en doutez, trouvé assez peu d'occurrences. L'une d'elles pourtant, m'a révélé qu'elle avait signé une pétition... demandant, je cite, "Une loi pour stopper les ventes aux enchères infamantes de documents historiques sur l'esclavage et la traite négrière transatlantique"... Internet est indiscret, on ne pense jamais quand on appose sa signature qu'elle sera ainsi répertorié et affiché des années durant à l'appel de son nom par un quelconque curieux voulant mieux vous connaître. Ceci étant, elle est sympa notre petite étoile montante !

vendredi 23 janvier 2009

PANIQUE ET DIDACTIQUE

Tu as raison Hélène, faut réagir ! C'est quoi exactement ce long silence renaudonnesque, qui risque de faire imaginer à certains, mauvais esprits de toute évidence, que ma vie est plane, plate, terne et sans événement marquant susceptible d'être narré ??? Que nenni... tu as raison, la vie c'est comme la poésie, le relief c'est nous qui le lui donnons.
Donc pour ce soir, veillée d'armes avant la tempête, notre dernier soir avant que la falaise de Meschers ne s'enfonce dans les vagues inopportunes d'une mer qu'on nous promet déchaînée, il me faut faire un effort et relire la journée écoulée à l'aune de la légèreté. Et finalement il s'en passe des choses captivantes dans ma vie michelaise. D'abord on se coltine un déménagement d'enfer pour faire faces aux menaces terrifiantes et fort appropriées de Madame Météo : elle sait s'y prendre celle-là. Dans l'optique sécuritariste et ouverture de parapluie (!!), pour éviter qu'on ne l'accuse ensuite de n'avoir pas prévenu, elle lance son alerte rouge, orange et sombre tous azimuts, et pour faire bon poids elle brandit l'argument suprême, celui dont nous sortons jamais indemnes : il se prépare quelque chose qui va ressembler, voire être pire que la tempête de 99. Les grands mots sont lachés, et sur nos consciences amochées par le souvenir dévastateur de cet épisode météorolique hors norme, l'argument a un effet radical : on obtempère ! On range les chaises, table et brouettes, on rentre poteries et bassins à oiseaux, on remise soigneusement tout objet susceptible d'accrocher la bourrasque, et vogue la galère, on attend vaillamment que le vent souffle et que nos cheminées nous tombent sur la tête. J'en ai profité au dîner pour me gaver de succulentes bardes des tournedos, les miennes et celles de votre papa, foskifo, pour un dernier repas avant la cata annoncée, faut pas lésiner ! Au diable le cholestérol, pas vrai ! Le tout arrosé d'un bon petit Côtes de Bourg, celles qui pas loin, demain, ne seront plus qu'un souvenir sur les anciennes cartes de géographie d'un pays plongé dans l'affliction et la désolation, et la soirée s'annonce douce !
Puis, ayant réfléchi aux faits marquants de ma journée, toute entière consacrée au travail (oups ! enfin presqu'entière !), j'ai eu souvenance d'une sorte de flash qui m'a terrassée pendant la visite de notre inspecteur. Il nous a, avec un enthousiasme digne du jeune diplômé de Sciences Po qu'il est, expliqué comment la tendance actuelle est à la "didactique professionnelle". Soudain éveillée par cet assemblage séduisant et la perspective d'horizons nouveaux dans l'exercice, ô combien modernisable, de notre profession, j'ai pris quelques notes pour m'apercevoir que ce "nouveau" mode de penser qui semble très en cours au sein de l'Inspection Générale, recoupe quelque idées évidentes que je m'efforce de pratiquer depuis de nombreuses années dans ma démarche de formation des étudiants. Les méthodes inductives et autres fariboles pédago-café du commerce sont passées de mode ! Vive la didactique professionnelle ! Approche pragmatique de l'agir professionnel, elle identifie les fondements des savoirs mobilisés et propose une hiérarchisation mais surtout une appropriation de ces savoirs. Elle débouche sur une verbalisation des connaissances qui, tout en offrant une meilleure intelligence de la situation, permet de dépasser les rigidités de la forme traditionnelle formation-évaluation. Cependant, si vous vous plongez dans le lien inclus dans cet article, son verbiage un peu pédant vous fera douter de ce qui me semble devoir être la qualité première de cette didactique : le bon sens ! Enfin, si j'ai bien compris de quoi il retourne !!!

dimanche 18 janvier 2009

LE TEMPS SE RECHAUFFE !

Un week-end bien paisible, passé à corriger des copies et à faire quelques marches pour s'oxygéner un peu ! Côté maison, il a bien fallu se résoudre à ranger la crèche que vous aviez particulièrement réussie cette année. Même la nouvelle venue, la chinoise de Beijing, soupçonnée par Michel d'être là pour convertir nos braves provençaux au bouddhisme (qui, comme chacun le sait n'est pas une religion donc ne donne lieu à aucun prosélytisme) a dû rejoindre sa boîte capitonnée au fin fond de la cave, jusqu'à des temps meilleurs.
Côté cinéma, nous n'avons pas eu le courage d'affronter hier les souvenirs de plage d'Agnès Varda : j'avoue que la complaisance, la suavité, l'inépuisable auto-satisfaction avec laquelle les "gens célèbres" parlent d'eux-mêmes, racontent à n'en plus finir des anecdotes insignifiantes les mettant en scène m'hallucinent toujours lorsque j'écoute la radio. Ce petit monde factice de gens qui se mettent en scène les uns les autres, qui se citent comme autant d'importants incontournables dont la fréquentation, fut-elle fortuite, constitue à elle seule une carte de visite en béton me plonge dans un abime de perplexité : comment n'entendent-ils pas le ridicule de leurs auto-panégyriques, comment ne sentent-ils pas le grotesque de ces épanchements égocentriques qui n'ont de sens et d'intérêt que pour leur petit monde étriqué ? Je pense que Varda a la délicatesse et l'élégance de se livrer à cet exercice avec talent et légèreté, mais il est à craindre qu'elle ait surtout voulu par ce film se faire plaisir, et nous, spectateurs, avons plutôt envie qu'on ait au moins tenté de nous séduire et de nous convaincre.

Donc nous avons regardé California Dreamin' (merci Lénou !) : pas de risque d'auto-encensement, mieux une légende en devenir, ce film roumain : le réalisateur, dont c'était le premier long métrage, s'est tué dans un accident de la route durant le montage. Une oeuvre unique, réussie de surcroît, de quoi nous fabriquer un beau film culte ! De cet accident qui a mis fin prématurément au montage résulte une impression parfois étrange d'images inutiles et quelques longueurs, mais au total c'est une œuvre bien maitrisée, avec des acteurs vraiment remarquables. Une sorte de "visite de la fanfare" en pays roumain, le choc des cultures passant finalement au second plan de cette histoire drôle, émouvante, un peu énigmatique et dont les personnages sont tous très attachants. Deux histoires parallèles se superposent et se rejoignent donnant à l'intrigue un sens et une réalité qui devient tragique bien malgré elle. J'ai supporté vaille que vaille une caméra à l'épaule parfois inutilement agitée, grâce à une direction d'acteurs parfaite, même pour les seconds rôles. Le rythme est parfois un peu lent, certaines scènes sont trop longues, mais l'ensemble est vraiment à voir. On se réserve, le film ayant duré 2h30, de regarder plus tard les bonus, qui étant donné les circonstances du tournage, doivent être passionnants.
Et ce soir, un film que j'ai adoré, Frozen River : une superbe histoire de femmes qui font passer des immigrés clandestins dans une petite ville proche de la frontière avec le Canada. C'est là encore un premier film, et c'est une vraie réussite. Un excellent rythme, tendu mais pas crispé, un ton plein de personnalité, des scènes très émouvantes, l'actrice principale Melissa Leo joue avec une justesse surprenante. C'est prenant et très humain, tendre sans être larmoyant, cela ne donne jamais dans la facilité ou dans le misérabilisme. Un film à découvrir absolument et nous attendrons avec impatience le prochain film de Courtney Hunt. Un beau film américain, cela vaut le coup d'être salué non ?

dimanche 11 janvier 2009

THE THREE "S"

Comment occuper le week-end quand le ciné est en relâche ? Perturbant ça, pas de bonne toile en vue. Alors va pour les 3 S... mais non ! pas Sea, Sex and Sun... Encore que le Sun, il était là très fort, et bienvenu, croyez-moi après ces frimas. Génial pour déjeuner sur la terrasse ou pour se balader... au bord de la Sea... un peu Sale la Sea, plages Souillées de reliefs plastiques en tous genres à cause des fortes marées ou des espagnols... ou des deux. Mais Superbe quand même au Soleil couchant ! Quant au troisième S... Oups, là je me tais, sinon Michel va me gronder "Pimpinette, tu n'es pas sage".

Trois S disais-je... Soldes, Siesta et Sitrons. Ouille ! Soldes : c'est normal, l'info de la semaine, qui a fait la une de tous nos journaux mercredi, valait bien qu'on se propulse "en ville", et j'ai très vaillamment proposé mon aide à Michel pour cette corvée bi-annuelle que j'évite quant à moi le plus possible (mes armoires sont pleines et plus je vieillis, plus je déteste "faire les soldes") ! Grâce à vos infos (c'est Christophe qui nous a indiqué la boutique pour hommes pas loin de la poste grâce à laquelle nous avons enfin découvert à Royan une autre adresse que "Monsieur") il a fait quelques emplettes dont il était tellement satisfait qu'il m'a invitée à la Siesta pour me remercier de mon soutien. La Siesta, un petit resto sympa avec une vue splendide, dont Madeleine et Pascal nous disait le plus grand bien depuis longtemps et que nous n'avions toujours pas testé. Cadre superbe et assiette généreuse, que demander de plus ?


Et les Sitrons me direz-vous ? ça y est, Lénou, on les a fait les fameux citrons au Sel, d'où Sitrons... pour le titre, foskifo !! Cueillette des fruits sur notre malheureux citronnier qui souffre abominablement des conditions météo mais est couvert d'agrumes fort présentables. Nous avons choisi sur internet la recette de Zoulikha sur Supertoinette, et vogue la galère ! Dans un mois on te dira si c'est bon dans les tagines !

Et le jeu du jour ??? C'est la photo qui suit... que remarquez-vous d'étonnant sur ce bien vilain cadrage ?


samedi 10 janvier 2009

COMME A LA RADIO

Suite de la saison de théâtre, modeste mais intéressante, à Royan. Hier soir une suite de pièces courtes d'Harold Pinter : des comédiens casqués se succèdent à tour de rôle devant des micros volumineux, un présentateur, un ingénieur du son, et un bruiteur pour un spectacle intitulé "Comme à la radio". La compagnie du Diamant Noir rend un charmant hommage à Pinter, décédé l'an dernier, en jouant ce petit répertoire savoureux sur un ton juste et évocateur. Ces dialogues drôles et parfois absurdes, dont certains ont effectivement été écrits pour la BBC, disent la solitude et l'inquiétude de personnages banals et qui ont bien du mal à communiquer. La troupe interprète ces textes avec un réel talent, de belles voix, un bruitage très évocateur (ah ! la magie des pièces radiophoniques où tout est à inventer, sur le talent du bruiteur... je me souviens avec une réelle émotion des pièces du dimanche soir de mon enfance dont le générique psalmodiait toujours en terminant "Bruiteur : Louis Matabon", dont le talent relevait de tours de magicien) et le tout, avec une grande modestie... trop grande même, car ils ne savent pas se faire applaudir, trop pressés d'en finir, ils s'inclinent à peine, et on reste sur sa faim au moment de les remercier de ce bon moment passé en leur compagnie !

vendredi 9 janvier 2009

LES JOURS RALLONGENT

Suite de ma réflexion sur le discours de Dakar
A-t-il vraiment raison notre président lorsqu'il prône l'activisme comme seul sens de l'Histoire ? Si tel est le cas, tous doivent alors participer, et tous nous devons aller de l'avant, nous propulser, voire vibrionner pour "s'élancer vers l'avenir", "sortir de la répétition pour s'inventer un destin". Action, activisme, courage et volontarisme sont les maitres mots de ce système qui nous gouverne et qui nous est offert en exemple à suivre. Moi qui ai pratiqué l'agissement à outrance, voire le stakhanovisme, prête à m'investir corps et âme dans toutes les missions que je m'étais tracées, je puis vous dire cependant qu'un jour, il vous arrive de se décourager, puis de douter. C'est usant, difficile, consternant, démoralisant parfois d'avancer encore et encore, c'est un combat contre des éléments récalcitrants et injustes dont on sort rarement vainqueur car l'exigence est sans cesse plus grande, et les pièges nombreux. Tout vous résiste, on vous envie ou on vous contrecarre, on vous critique ou on vous raille, et vous continuez vaille que vaille, englué dans des justifications qui vous reviennent sur le nez en boomerang. Enfin, c'est souvent le jour où vous abandonnez, enfin pragmatique, que ce que vous tentiez de construire depuis des années que cela vous échoit. Et ce jour-là le sel vous en a passé, le goût en est perdu et vous avez l'air d'un imbécile à ne plus en vouloir ou à le trouver sans saveur. Des combats de cet accabit, on peut en mener sa vie durant, personnels, professionnels, affectifs, de conviction ou d'idéaux. Et puis on peut finir par s'assagir et lacher prise. Sagement, c'est le mieux... ou en cassant, cela arrive malheureusement aux plus ambitieux ou au plus acharnés.
Et pourtant, pourtant ! Les jours rallongent... Ô pas de beaucoup, quelques minutes seulement, mais la tendance est inversée, et quel bonheur ces instants inattendus de soleil qui s'offrent sans condition vous mettent soudain du beaume au coeur. Les jours rallongent... et les nuits raccourcissent ! Voilà tout d'un coup la lune qui se promène en plein midi. Il suffit de ce petit trait d'humour et d'optimisme foncièrement banal pour vous illuminer la vie et vous donner envie de repartir. Alors oui, " l'éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles" prennent tout d'un coup toute leur valeur, rassurante, dynamisante dans les moments de doute, apaisante dans les heures de découragement, et c'est à cause de ces quelques minutes supplémentaires qu'on se sent soudain capable de continuer, d'avancer encore, malgré les échecs et malgré les embuches. C'est dans les toutes petites choses, dont les bonheurs simples du quotidien qu'on trouve l'énergie qui propulse les navires au long cours, pas uniquement dans un volontarisme forcené qui un jour s'effondrera comme un soufflé pour faire place à une dépression que les teintes mal définies de notre civilisation exigeante et impitoyable creuse subrepticement sous les pas des conquérants. Il n'a pas forcément tout compris notre président si savant, menacé il me semble de Karoshi s'il ne prend pas le temps de suivre la course du soleil... et celle, facétieuse, de la lune !

jeudi 8 janvier 2009

FROID DE CANARD

Michel étant un peu malade (vous entendriez sa voix de rogomme, elle est la preuve spectaculaire de son gros coup de froid), nous avons renoncé à la virée prévue à Bordeaux pour rester auprès de la cheminée. Une petite promenade sur la plage au moment le plus ensoleillé a donc été notre principale sortie de la journée. Et là, nous avons été intrigués par l'escadrille de canards presque silencieux et particulièrement calmes, qui voguaient en rangs serrés au gré des vaguelettes.
Renseignements pris sur un site ornithologique, il apparait que le canard vit volontiers sur les lacs et étangs où il a ses habitudes une grande partie de l'année. L'étendue d'eau le protège en partie de ses prédateurs terrestres, dont les humains font partie. Lorsque la température devient très froide et que les étangs gèlent, le canard est obligé de se déplacer et rejoint les eaux vives, ruisseaux et rivières, moins sujets au gel. L'estuaire, salé de surcroît, est sans doute pour lui un refuge idéal en période difficile. Par ailleurs, en période de très basses températures, il a tendance à s'agiter beaucoup moins, voire à dormir dans les rares rayons de soleil, dans le souci d'économiser son énergie pour mieux supporter les restrictions. Que n'avons-vous la même sagesse, nous qui, qu'il tempête ou qu'il vente, avons toujours la même soif d'agitation et de consommation, soif que nos dirigeants flattent sans retenue, au motif que c'est d'elle que nous vient la prospérité économique. Au point que notre cher président de la République, dans son désormais célèbre discours à l'Université Cheickh Anta Diop de Dakar, s'apitoie sur l'absence de sens de l'Histoire des malheureux africains, tout juste bons selon lui, à vivre au rythme des saisons, ce qui, dans sa bouche semble le comble de la niaiserie.
"Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable ou tout semble être écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin..."
Les maladresses colonialistes de cet exorde à la jeunesse africaine, ont fait couler suffisamment d'encre, jusqu'à la publication du "Petit précis de remise à niveau sur l'histoire africaine à l'usage du président Sarkozy", pour que j'économise mes remarques acerbes sur l'étonnante bévue que constituent certains passages de ce texte (quid de la "plume" qui a écrit cela ?)... d'autant que de telles remarques sont malheureusement naturelles dans la bouche d'un citadin, volontariste et ambitieux, persuadé que son modèle est l'unique valable en terme d'humanité en marche. Que dis-je citadin ? Parisien... Pour mémoire ces quelques phrases glanées au hasard des terrasses de café durant nos courtes vacances à Paris "Les provinciaux, c'est incroyable, ils s'habillent en paysans, c'est normal c'est plus pratique pour vivre à la campagne"... Et en plus, c'est vrai !! "Oh là là, j'ai très envie de partir loin de Paris, une petite maison perdue (forcément !!) dans la neige, et un bon feu de cheminée "(ben voyons, y-a-t-il seulement l'éléctricité dans ces contrées lointaines ?) "Elle était drôlement mal à l'aise dans cette soirée parisienne, au milieu des diplomates (excusez du peu !) il faut dire qu'elle était manquait totalement de raffinement (dit par deux matrones aussi lourdingues l'une que l'autre ! moches de surcroit, et fagotées comme des manches, si si je vous assure)... Le paternalisme est-il donc un travers spécifiquement sarkozien ? J'en doute quand j'écoute parler dans les cafés de la capitale ! Voilà ce qui finit par arriver quand on prend les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages !



mardi 6 janvier 2009

SEVIGNE EN HIVER : lettre à ma fille

Claquemurée derrière les rideaux tirés et bien blottie au coin de la cheminée, il me faut vous mander ce soir "la chose la plus étonnante, la plus surprenante, la plus merveilleuse, la plus miraculeuse, la plus triomphante, la plus étourdissante, la plus inouïe, la plus singulière, la plus extraordinaire, la plus incroyable, la plus imprévue, la plus grande, la plus petite, la plus rare, la plus commune, la plus éclatante, la plus secrète jusqu'aujourd'hui, la plus brillante, la plus digne d'envie"... Que nenni, ma bonne, ce n'est point de mariage mondain qu'il s'agit, comme il était question dans mon épître à Madame de Grignan. Encore que, des mariages, mondains ou pas, nous en avons déjà 4 en vue pour l'année nouvelle ! Et Dieu sait ce que nous réserve l'avenir, tout va tellement vite en ce bas monde, ma chère ! Non, tout simplement, et vous aurez du mal à me croire, il neige... Vous m'avez bien entendue ma douce, en hiver ! Oui oui, l'événement vaut qu'on s'y arrête et qu'on s'esbaudisse tout à loisir sur cet effet incontestable du dérèglement des éléments. Et on nous abreuve de nouvelles alarmantes, d'aucuns se terrent dans leurs foyers par peur du givre, d'autres se donnent des airs de héros par le simple effet de leur audace, en affrontant hardimment la poudreuse et s'en tirent avec les honneurs. Notre référence à tous, celle vers qui l'on se tourne dès qu'on a un projet, le plus futile soit-il, je veux nommer "Reine Météo", se déchaîne : elle aligne les superlatifs, les mises en garde, et les admonestations tous azimuts. On y a même découvert récemment, à notre grand effroi, une toute nouvelle invention au service de nos angoisses sécuritaires, une nouvelle notion d'un intérêt suprême : à côté de la température réelle, fort basse comme il se doit à pareille époque, la température ressentie. Oh la jolie idée, qui nous permet de frémir plus encore à l'annonce fort alarmante des négatives de saison. Je vous livre, pour amusement, l'adresse du calculateur de température ressentie où, en conjuguant niveau du thermomètre et vitesse du vent, vous obtiendrez en moins de temps qu'il n'en faut pour enfiler une paire de moufles, la température ressentie ancienne et même nouvelle formule. Ne riez pas, c'est très savant, et la transformation se base sur une formule tout qu'il y a de plus mathématique ! Que tout cela est magique et fort à propos. Parfait pour nourrir nos conversations en ville, puisqu'il faut bien l'admettre, le sujet du temps reste et restera à jamais l'entrée en matière parfaite à toute communication humaine de bon aloi. Pour quelques jours nous voilà donc bien nantis, d'autant que fleurissent les essais sur le sujet : du "Y a plus de saison", chronique des grandes variations climatiques et phénomènes extrêmes à "Chronique des aléas climatiques" qui analyse la météo en France de 1900 à nos jours, tous nous démontrent que, c'est un fait acquis de toute éternité, le temps débloque et que c'est fort inquiétant. Adonques, nous voilà fort aise de pouvoir nous gausser des derniers avatars du moment, nous sommes le 6 janvier 2009, il neige et il gèle ! Emmitouflez-vous de bonnets et de dentelles ma belle, et courrez bien vite affronter les frimas, le nez dans les nuages et les mains dans votre manchon fourré. Plus tard, dans quelques mois, nous aurons l'occasion de nous alanguir sur une canicule alarmante en plein mois d'août et il sera trop tard alors pour sortir votre luge et vos mitaines !!

PS : jeu... la première photo d'un jardin sous la neige, où a-t-elle été prise ? Que vous évoque-t-elle ???

dimanche 4 janvier 2009

RESTRICTIONS BUDGETAIRES ???

Mais non !! Ce n'est pas Pascal qui s'est transformé en incendiaire, ni le neuf trois qui a débarqué à Meschers... Juste notre feu de sapins de Noël, petite fête michelaise traditionnelle, arrosée d'un vin chaud et d'une galette, fête paraît-il menacée par souci d'économies municipales... On rêve ! Comme si cela coûtait cher de brûler des sapins. Une des rares manifestations organisées pour les locaux, alors qu'on dépense des fortunes l'été à destination des touristes. Bref, cette année encore on a embrasé les connifères dans des joyeux claquements, histoire de réchauffer la plage durant quelques brefs instants ! Pourvu que ça dure, car les temps sont si durs ma brave dame !!

Et que faisait l'ami Marco la veille au soir, dans sa tenue black, très "Tou-lou-sain Tou-lou-sain" ? Après s'être bien régalé de la superbe (toujours superbe, il ne saurait en être autrement) victoire de son équipe fétiche contre les malheureux montpelliérains par 34 à 0 (tout un symbole ce 34, comme l'Hérault) ... il nous mitonnait un des plats délicieux dont il a le secret, et l'insatiable gourmandise !

samedi 3 janvier 2009

GOURMANDISE

C’est un peu la saturation aux expos, du coup nous nous offrons une virée aux Galeries La Fayette, pour y acheter mes incontournables cercles à cheveux, que tout le monde déteste, et dont je ne saurais me passer. Aux rayons de La Fayette Gourmet, Michel est pris d’une transe artistique, l’accumulation de mets exotiques, sophistiqués, originaux et raffinés le met dans un état proche de l’apoplexie... je dois user de toute ma diplomatie pour le convaincre que ce n’est pas le moment de faire un marché et que de toutes façons son portefeuille, fut-il énorme, n’y résisterait pas. Il court en tous sens, éberlué, émerveillé, complètement sous le charme et se demandant pourquoi diable nous avons passé tant de temps dans les expositions alors que de si belles choses s’offrent ici gratuitement à notre contemplation !
Déjeuner à côté du carreau du Temple, dans un petit italien sympathique et savoureux, avec Patrick et Sacha qui grandit beaucoup et va bientôt désorienter totalement son papa, qui le voit toujours en petit garçon. Passage difficile d'une époque à l'autre à laquelle les parents ne sont guère préparés et qui râpe parfois à contrepoil ! Le petit qui vous a appartenu durant ce temps d'enfance qu'il ne faisait que traverser, cette étonnante réserve de bonheur en marche et d'espoirs fous, se raidit soudain contre l'amour enthousiaste que vous lui dispensez et vous vous retrouvez sur une touche instable, ne sachant pas comment diriger la balle pour relancer le jeu.
C’est dans ce restaurant qu’une scène typiquement parisienne et totalement loufoque nous a tous plongés dans une hilarité profonde : un homme arrive en 4x4, se gare, sort de son véhicule une trottinette qu’il installe sur un scooter, coiffe sans coup férir un casque... et part sur le scooter, la trottinette coincée entre les jambes ! On croit rêver ! Après le déjeuner nous faisons une ultime balade avec Patrick dans le Marais, avant de prendre le chemin du retour, ravis de notre séjour parisien mais pas fâchés de retrouver notre calme provincial.

vendredi 2 janvier 2009

PORTRAITS


Ce n’est qu’en fin de matinée que nous avons émergé de notre trou, une grasse matinée s’imposant quelque peu après nos agapes de la veille ! Direction le musée Jacquemart André pour l’exposition de portraits de Van Dyck, formidable rassemblement d’œuvres bien choisies et mettant en lumière le talent exceptionnel de portraitiste de l’élève de Rubens. Une quarantaine de toiles et une vingtaine de dessins, bien choisis, retraçaient les différentes périodes de ce peintre mort à 41 ans et coqueluche de puissants de ce monde désireux de se faire immortaliser. Ce qu’il a fait avec maestria, leur offrant une postérité insoupçonnable.
Un des plaisirs de Jacquemart André étant son salon de thé qui permet de se livrer à la gourmandise sous les somptueuses fresques de Tiepolo, nous avons sacrifié sans remords à la tradition, même s’il fallait se contenter de banales pâtisseries et que les scones qui faisaient nos délices en ce lieu quand vous étiez petites ont depuis longtemps disparu.
Retour à l’appartement pour se reposer et dîner aux chandelles, sans même avoir le courage de ressortir pour aller visiter l’exposition Picasso au Grand Palais, exposition que décidément nous n’avons guère envie de voir, même si c’est le pensum incontournable de tout bon touriste qui se respecte !

jeudi 1 janvier 2009

ARTIFICE DE FEU

Journée Louvre : nous avions mis le réveil assez tôt pour y être à l’ouverture, et pourtant une file tortillonnée, toute de touristes et surtout d’italiens hyper excités, nous attendait : une demie heure pour entrer, plus une demie heure pour se procurer un billet. Nous avions chacun notre livre, ce qui a rendu l’attente supportable, mais ponctuée de questions existentielles : combien de visiteurs par an au Louvre, densité des étrangers au mètre carré, chiffre d’affaires du plus grand musée du monde ou encore combien de malheureux disposés en batterie pour nous enjoindre d’avancer, plus vite, moins vite, à droite, tout droit !
La récompense était l’exposition sur Mantegna, prise, pour être tranquilles, par la fin (les visiteurs se lassent et accélèrent à la fin), puis recommencée au début vers 13h, l’heure calme par excellence. Il nous fallut environ 4 heures pour en venir à bout tant elle était dense et intéressante. Intéressante, bien construite, toute en savantes références aux influences, évolutions, et autres mises en parallèle du maître et de ses disciples. De très belles toiles, des dessins émouvants comme ces copies de Mantegna par Rembrandt ou Rubens, des peintures d’une grande qualité, mais finalement un ensemble plus didactique qu’émouvant, Mantegna étant sans doute un peintre trop froid pour émouvoir. Ce n’est pas son but, et si son art est superbe, on reste de simples spectateurs émerveillés par sa virtuosité incroyable à mêler miniature et monumental.
Après un petit en-cas pris sous la pyramide, deuxième exposition consacrée celle-là aux bronzes français du XVI et XVIIèmes : de belles pièces mais sans le talent des sculpteurs italiens de la même époque, un ensemble un peu rigide, aux thèmes assommants, mythologie et exaltation du pouvoir royal, bref assez pour nous occuper jusqu’à la fermeture du musée, mais ravis d’en avoir terminé ! Comme le disait fort élégamment l'article du Figaro qui nous a incités à aller voir cette exposition "le spécialiste trouvera mille raisons de s'arrêter dans ce jeu de piste marathonien qui nous fait sillonner les cours Marly et Puget, la crypte Girardon et la salle Houdon. Quant au grand public il lui faut c'est vrai, un brin d'enthousiasme. Ne pas se laisser décourager par le sérieux du propos. Oublier les semelles de plomb."

C’est la saint Sylvestre, il nous fallait donc faire un peu la fête. Marché Picard pour ne pas se prendre la tête en cuisine… J’avoue ne pas avoir été très enthousiaste pour aller dîner au restaurant ainsi que Michel semblait en avoir envie, ce fut donc un excellent souper maison, avec nos huîtres et divers alcools destinés à nous faire enterrer 2008 en rose avant de passer à autre chose ! J’ai dégoté dans vos disques un merveilleux Didon et Enée jamais ouvert, qui a fait notre bonheur en attendant l’aube nouvelle. Non ! J’exagère, la fatigue aidant, nous avons eu du mal à tenir jusqu’au passage fatidique et pourtant bien théorique du milieu de la nuit ! Mais au passage je vous recommande cette version sublime de Monteverdi par William Christie !

Patrick nous ayant affirmé dur comme fer qu’il y avait un feu d’artifice à minuit à la Tour Eiffel, nous avons ensuite pris le chemin du Pont d’Iéna, dans un métro hyper bondé d’une foule se rendant comme nous vers le Champ de Mars. Nous avons pris position sur le pont, avons contemplé longuement les bateaux mouches qui faisaient halte au pied de la Tour, remplis de gens festoyant allègrement, les touristes s’accumulant sur le quai, y sablant le champagne et se photographiant sous toutes les coutures. Il faisait froid mais sec, et nous avons attendu patiemment 11h30, puis minuit… La Tour qui était illuminée en bleu à cause de la présidence de l’Union européenne a commencé par éteindre ses étoiles, dans un grondement désapprobateur de la foule. Puis elle a clignoté durant les 5 minutes syndicales qu’elle offre aux badauds chaque heure, et enfin a changé de couleur pour une illumination traditionnelle dans les tons de jaune. La présidence de l’UE avait pris fin, l’année 2009 venait de commencer dans un concert assourdissant de cornes de navires, de klaxons et de hurlements divers, mais de feu d’artifice point ! Les centaines de milliers de personnes présentes tout le long de la Seine ont encore attendu quelques minutes avant de s’écouler lentement le long des quais un peu dans tous les sens, désorientées par ce non-événement. Nous avons quant à nous pris le chemin des Champs Elysées, histoire de faire une immersion rapide et sans grand enthousiasme dans le bain humain qui en couvrait la chaussée à perte de vue et, un peu frigorifiés par l’attente et l’air de la nuit, sommes rentrés tranquillement chez nous pour une dernière coupe de champagne, à la santé de l’an nouveau cette fois-ci.
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