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jeudi 30 avril 2009

RITORNO A PATRIA

Pas vraiment de quoi en faire tout un blog, ce retour !!! Une longue journée, un changement d'horaire, un avion très en retard, trois correspondances, des galopades pour attraper les correspondances... Nous avons tué le temps en continuant la lecture de "La concession du téléphone" de Camilleri, excellente antidote à la mauvaise humeur, fous rires garantis !
Au passage, un coup de chapeau à Air France : une de nos escales n'a pas duré plus d'un quart d'heure, et pourtant, nos bagages ont suivi, on se demande encore comment ils ont fait ! Nous, nous avons carrément piqué un sprint entre les deux avions, et étions tellement persuadés que les valises n'étaient pas à Bordeaux que nous avons failli ne pas les attendre !
Alors, pour finir par un clin d'oeil ce voyage en Sicile, une petite affiche photographiée dans des toilettes, à Piazza Armerina... je reconnais que c'est d'un goût moyen, mais bon, c'est une citation !
Ensuite, une petite illustration du "créneau sicilien" : la comparaison des deux photos permet de mesurer l'adapatabilité de Michel à cette technique courante qui consiste à ne jamais faire une marche arrière pour entrer dans une place de stationnement. D'où des voitures presque toujours en épis, quel que soit le mode de stationnement. Sur la photo du haut, notre petite Ypsilon (fléchée) est sagement garée à la française, et vous constatez d'ailleurs que c'est la seule. Sur la photo du bas, pas de doute Michel a fait des progrès : toutes les voitures sont bien droites, (elles devaient avoir la place de redresser) et lui, et bien, il est garé à la sicilienne !
Pour finir, un petit jeu :
Michel prétendant, à juste titre? que ma fascination pour les chutes de reins des statues admirées méritait un montage, je vous offre en prime de trouver l'intrus. J'aurais pu, en ne présentant que des dos, glisser une statue de femme, et vous auriez eu un mal fou à l'identifier, tant les fesses de ces messieurs sont cambrées et le creux de leur reins est marqué. Non, je me suis contentée de cacher un buste d'homme romain parmi les grecs... à vous de le trouver !

mercredi 29 avril 2009

ARCHEOLOGIE ANTIQUE ET INDUSTRIELLE


Piazza Armerina de jour est aussi belle, sinon plus, que de nuit. Très riche de nombreux monuments de toutes époques, particulièrement baroques (on parle de 120 églises dont toutes, bien sûr, n’ont pas survécu), elle a été suffisamment pauvre depuis l’après-guerre pour n’être pas gâchée par des bâtisses intempestives et cette pauvreté est en train de faire sa richesse. En effet, tout est en restauration, restructuration et réorganisation pour donner à ces édifices des fonctions diverses, qui en justifient l’entretien et les mettent en valeur.
Nous avons donc consacré à Piazza Armerina une très longue matinée, un peu amputée par l’épisode loufoque de l’achat de timbres. Déjeuner sympa sur la piazza Garibaldi, bruschette, Nero d’Avola, et notre première (et dernière) granita… aux amandes. Un peu étourdis par les vapeurs du Nero, nous avons fini par nous résoudre à aller voir « le » site touristique du lieu, la très célèbre villa impériale Casale, une villa romaine du IVème siècle après JC, pas la meilleure époque car l’art y devient terriblement décadent, mais célèbre pour ses mosaïques. Malgré notre réticence, il faut avouer que le lieu vaut, comme le dit le guide, à défaut du voyage au moins largement le détour : en effet, enseveli vers le XIIème siècle par un glissement de terrain, elle conserve de très hauts pans de murs qui en rendent la structure parfaitement lisible. La mise en valeur, sans doute insupportable l’été car les ruines sont protégées par des constructions entièrement transparentes qui reconstituent fidèlement les proportions des bâtiments, est vraiment du meilleur effet du point de vue de l’intelligibilité de l’organisation spatiale. Or pour des ruines c’est primordial. De plus, la profusion des mosaïques, même de qualité artistique très limitée, fait de cette villa un des sites archéologiques les plus frappants d’Italie.

Pour finir la journée, et après une cassate sicilienne (là aussi la première, il était temps, mais il a fait si froid durant notre séjour que nous n’avons guère sacrifié au rite des gelati), nous avons opté pour un site industriel. La vallée de Floristella abrite un parc minier installé sur les lieux même de l’activité qui a fait sa prospérité jusqu’en 1984. Jusqu’à cette époque en effet, la Sicile produisait les 4/5 du soufre mondial et c’est en grande partie à Florestilla que se déroulait son extraction. Les lieux, exploités de façon industrielle depuis le XVIIIème siècle, sont impressionnants. On a conservé et maintenu en état les puits d’extraction, les fours, les baraquements, enfin tous les équipements nécessaires à cette activité. C’est immense et totalement désert : en ces lieux où une intense activité de labeur s’est déroulée pendant des siècles, règne un silence total. Partout les traces de cette vitalité disparue témoignent de la souffrance, de la pénibilité et de la dureté de ce que fut la vie de ceux qui y travaillaient. Les mines, durement touchées par la concurrence du soufre américains, ont fermé il y a 25 ans, et on a aménagé ce lieu de pédagogie et de mémoire où poussent les herbes folles, malheureusement non terminé et visitable seulement sur rendez-vous.
Il était temps de faire les bagages, de retour à notre villa Clémentina nous avons bu un « lemoncello » (là encore, sauvés par le gong, c’est aussi une spécialité sicilienne très prisée et très parfumée), en discutant avec Rita et son mari. Ils nous ont fait visiter leur maison, nous avons parlé des enfants, Guiseppe, Giorgio et Clementina, nous avons même parcouru le nouveau jardin potager. Le terrain de foot (aux dimensions règlementaires !) étant devenu inutile après le départ des enfants, le propriétaire des lieux a décidé d’en faire un « orto »… tomates, aubergines, courgettes, herbes en tous genres, et, sous un tunnel, une plantation de pleurotes ! Ils ont tenu à tout prix à nous en offrir une grande barquette que nous dégusterons à Meschers (si cela passe la douane!).

50 MINUTES

Non, ce n’est pas le temps que nous y avons passé qui justifie cet article. Après tout, aller à la poste à Meschers relève, surtout en plein été, d’un tour de force encore plus long. Simplement ce matin, nous voulions, cartes postales obligent, des timbres. Encore que !!! Cartes postales, c’est un bien grand mot. Étant donné que nous n’avons pas vu de site particulièrement notoires, nous ne nous étions guère préoccupé de cette tradition touristique à laquelle il faut bien sacrifier pour entretenir l’amitié. La fin du voyage arrivant, nous pensions en prendre hier à Enna. Le balcon de la Sicile, tout de même, avec son château et sa vue grandiose, cela devait mériter quelques photos susceptibles de faire rêver les amis. Las, à Enna, la seule chose que j’aie trouvée c’étaient des cartoline en noir et blanc, d’une bonne cinquantaine d’années, tellement couvertes de poussière que j’en avais les mains noires en les examinant. J’étais prête à les épousseter avant de les écrire, trouvant que cela avait au moins le mérite de l’originalité, mais elles étaient, de surcroît toutes aussi laides les unes que les autres, et le municipio construit sous Musssolini n’avait, même en noir et blanc, strictement aucun intérêt. Bref, de cartes, nous n’avions point, mais prudents, nous avons décidé d’acheter les timbres. Le tabac consulté me rappela qu’en Italie les buralistes ne s’encombrent pas de ce type de marchandises, et me conseilla d’aller à la poste, proche d’environ 500m. Pas de problème. Dans l’immense bureau de poste, 6 ou 7 guichets actifs, une bonne cinquantaine de personnes qui attendaient en se faisant des bises ou en papotant, assis, debout, dans un joyeux désordre organisé. Très organisé même puisqu’en observant mieux, il nous apparut que tous avaient des numéros d’ordre. Des panneaux lumineux indiquaient, en sonnant chaque fois, les numéros disponibles selon les guichets. L’appareil qui distribuait le précieux sésame, comportait un nombre impressionnant de boutons, indiquant toutes les opérations susceptibles d’être réalisées dans cette agence postale. Retraits d’argent, mandats, dépôts, placements, retraits de lettres recommandées ou non, expéditions de paquets… tout sauf « francobolli ». Renseignements pris auprès d’un natif, ce dernier nous répondit « n’importe quel guichet fera l’affaire ». Bon… essayons le C. Le numéro délivré, le 103, nous fera attendre que 14 personnes passent devant nous. Car le panneau affiche C89. On prend son mal en patience, on regarde mieux, et finalement, en observant attentivement, il semble que certains guichets, dont le C, ne font que des opérations bancaires. Qu’à cela ne tienne, on va essayer le bouton qui envoie vers l’expédition de colis. Qui peut le plus, peut le moins et, logiquement, si on peut y déposer des paquets, on doit y trouver des timbres. C’est un guichet double, intitulé P, et les deux employés se mélangent gentiment les pinceaux dans l’utilisation du système lumineux. Heureusement les clients veillent et rétablissent d’eux-mêmes l’ordre de passage, en proclamant à haute voix le numéro du suivant.
Notre tour arrive assez vite, mais c’est là que les choses se gâtent. L’employé fort aimable, tous les siciliens sont absolument adorables, serviables et gentils, nous annonce que les timbres valent 60 centimes pièce mais… qu’il n’en a pas. Pardon? non non, pas de timbres. Mais alors où en trouver ? Sincèrement désolé, il dit qu’il va voir, et revient en nous demandant si les "cartoline … acqua ???" Pardon ? Traumatisés par l’histoire de nos cartes du Maroc arrivées à destination 5 mois après, timbre décollé et manifestement après un séjour dans l’eau, nous avons tous les deux compris «… acqua ». Une cliente serviable essaie de nous traduite en anglais, quand tout d’un coup c’est l’illumination. Il veut savoir si on les « ha qua », si nous les avons là, avec nous, pour les oblitérer. Ben non, mon bon monsieur, les cartoline on ne les a pas encore trouvées (et croyez-moi, on aura beaucoup de mal à en dégoter une, et une seule, correcte ! d’ailleurs tout le monde aura la même). Donc il retourne dans ses arrières et revient, nous disant d’attendre, les timbres arrivent. Bon, on se pousse, laissant la place aux autres clients, nullement impatientés d’ailleurs. Le temps passe, des gens rentrent et sortent mais de timbres, point. Nous prenons l’air indifférent de ceux qui savent que tout va aller bien, pas du tout inquiets ou impatients. Dans la file, une jeune sicilienne s’agite, et, son tour arrivant, s’inquiète auprès de l’employé de savoir s’il nous fait attendre pour rien. Il la rassure, ça se prépare… et elle nous adresse un signe encourageant. Soudain le chef, manifestement gradé, costard cravate et l’air important, arrive, d'un pas ostensiblement nonchalant, porteur de deux planches de timbres gigantesques et superbes : un collier de Bulgari, pas moins, orne les vignettes. Il les remet à un des deux guichetiers, qui semble éberlué. Demande à l’autre le prix des timbres, s’emmêlent les doigts dans une tentative de nous en couper 20, et finit par appeler son collègue à l’aide. De toute évidence, il n’a guère l’habitude de débiter de tels papiers !

mardi 28 avril 2009

BALCON DE LA SICILE

Ayant vu les vulcanelli de Macalube un peu vite hier, car nous sommes arrivés au moment de la fermerture, nous y avons fait un nouveau détour ce matin, pour mieux apprécier les lieux.

Cela nous a permis de visiter aussi la réserve naturelle et de découvrir une flore méditerranéenne de prés salés tout à fait singulière. Une orange de Ribera (il y en avait d’énormes vendues avec fleurs et feuilles juste en bas de notre B and B d’Agrigente) dégustée au bord du petit lac du parc avait un goût de paradis.

Une ballade dans la montagne nous a permis de parcourir des paysages somptueux, de déjeuner au pied d’un piton rocheux creusé de grottes aménagées, et de rejoindre Enna, surnommée la balcon de la Sicile. De fait, la ville située à 1000m d’altitude offre un panorama inoubliable du pays, allant jusqu’à l’Etna qu’on voit encore couvert de neige.

La ville d’Enna possède de beaux restes baroques, malheureusement assez peu mis en valeur, et un peu massacrés par l’érection d’une préfecture mussolinienne dans les années 30. Le dictateur, impressionné par la situation dominante de la ville, décida d’en faire une préfecture malgré son petit nombre d’habitants, et les édiles entreprirent de construire un monument à la grandeur de l’événement, au mépris de l’intégrité architecturale des lieux.

Quelques travaux de remise en valeur ont été entrepris pour le Duomo, mais le reste est en mauvais état, sale, difficile d’accès malgré l’intérêt incontestable de la ville.

Nous avons ensuite rejoint notre nouveau gîte situé à Piazza Armerina, celui où nous finirons le séjour. Situé dans une superbe maison 18ème, entourée d’un parc très luxuriant, nous y disposons qu’une chambre indépendante sur le jardin et la piscine, avec une petite terrasse privée qui en fait tout le charme. Après un excellent dîner dans une tratorria inventive de la ville, nous avons parcouru Piazza Armerina de nuit, et c’est indéniablement la ville la plus riche en restes baroques non massacrés, que nous ayons vue du séjour. Espérons que la visite au jour ne nous réservera pas trop de déceptions !

lundi 27 avril 2009

VIGATA

« Montalbano s’assit sur le sable sec… il restait songeur, fumant une cigarette après l’autre, contemplant les variations de teintes du soleil, au fur et à mesure qu’il illuminait, s’élevant à partir des plus basses, les marches de l’escalier des turcs. »
La plupart des sites touristiques que nous avons visités en Sicile étaient mal fléchés, quasi introuvables et tous nous ont donné l’impression de faire des découvertes alors que nous étions dans des lieux hyper connus. C’était particulièrement le cas ce matin pour accéder à la scala dei turchi, une magnifique falaise de marne blanc, tombant à pic sur la mer houleuse. L’accès se fait par un chemin imprécis, qui est en fait l’ancien accès très accidenté à un chantier d’immeuble, heureusement abandonné, mais qui gâche assez irrémédiablement la magie du lieu en dressant au ras de la plage ses piliers inachevés et ses poutrelles grisailles. Le vent y soufflait en rafales puissantes, arrachant de minuscules morceaux de roche, et on avait l’impression d’être aussi érodés que les pierres ! J’ai eu mal aux yeux toute la journée à cause des grains de sable qui nous ont assaillis lors de notre escalade. Assis sur un encorbellement, un peu abrités du vent, nous avons lu quelques pages de « La concession du téléphone » de Camilleri. N’ayant pas de Montalbano sous la main, nous avons adoré cette histoire kafkaïenne d’un malheureux habitant de Vigata qui a, en 1891, l’hallucinante idée de vouloir installer le téléphone. En butte à la méfiance des politiques italiens contre tout ce qui leur semble mettre en péril le rattachement de la Sicile au continent et l’Unité de l’Italie, à l’hyprocrisie sociale de ces milieux clos, à l’obscurantisme bureaucratique le malheureux engage un combat titanesque dont il est peu probable qu’il sorte vainqueur. D’autant que Camilleri se fait un malin plaisir à multiplier les malentendus, rendant l’histoire ubuesque. Le lieu est spectaculaire et le vent a fini par dégager quelques rayons de soleil qui nous ont rendu cette halte littéraire particulièrement agréable.
Le site se trouvant à côté de Porto Empedocle, dont le panneau d’entrée porte en sous-titre « Vigàta » et qui a rebaptisé sa rue principale « Corso Montalbano », nous ne pouvions pas faire moins que de suivre les panneaux « commissariat » pour rendre hommage au célèbre héros de Camilleri. Nous avons ensuite déjeuné dans une tavola calda sur la plage. On voit sur la photo que la plage de Porto Empedocle, comme tant de sites en Sicile, a été purement et simplement massacrée par des cheminées d’usine qui descendent à même le sable. Quant à notre repas, c’était sans doute une bien piètre imitation des repas de gourmet que Montalbano « se mange », voire « se baffre » tout au long des romans de Camilleri. Les aubergistes avaient l’air surpris de recevoir de la visite, et j’ai eu le sentiment de poser une requête incongrue lorsque j’ai demandé s’il était possible de manger. On nous a proposé quelques plats de pâtes, en insistant sur le fait que c’était tout ce qu’on pouvait nous proposer. Nous avons déclaré que c’était largement suffisant et avons choisi au plus simple pour ne pas trop déranger ! Lorsque j’ai demandé au patron s’il avait par hasard un morceau provolone, il a pris un air harassé pour me dire qu’il avait un peu de parmesan ou d’emmental (sic) mais de fromage de brebis, point. Nous n’avons pas insisté et nous nous sommes éclipsés discrètement !

Nous avons ensuite visité Eraclea Minoe, un site grec implanté dans un cadre extraordinaire. On y voit assez peu de restes monumentaux, ils ont été terriblement érodés et sont fragilisés par l’air du large. Mais l’emplacement au dessus d’une immense plage de sable blanc, sauvage, déserte, battue par les vents, est saisissant. La visite vaut aussi pour les habitations grecques fort bien conservées qui ont été découvertes sur le plateau.
Le temps était très moyen, plutôt couvert, mais nous avons tout de même décidé de pousser jusqu’à Caltabellota, un village dressé sur un éperon rocheux à 900m d’altitude. Ayant décidément des déboires avoir les villages perchés, nous avons pu admirer son étagement contre la montagne lors de la grimpée, mais à peine étions nous arrivés au sommet que tout fut envahi par une brume humide et pénétrante. Le temps de se garer, et l’ermitage, le château, enfin tout ce que nous devions parcourir avait subitement disparu dans un épais nuage qui nous trempait jusqu’aux os. Quant à la vue sublime sur la mer promise par les guides, autant dire qu’elle ne dépassait pas le bout de nos chaussures ! Ayant déjà vécu cette aventure à Erice, nous avons préféré quitter Caltabellota avant de ne plus pouvoir retrouver notre voiture.
Revenant vers Agrigente, on traverse les immenses plantations d’orangers de Ribera, la ville sicilienne spécialisée dans la culture des agrumes. J’avais vu à l’aller un étal d’oranges énormes et fort appétissantes sur le bord d’une des impressionnantes propriétés agricoles qui jalonnent la route. Malheureusement au retour, plus personne. Michel, voulant me faire plaisir et pour me consoler de n’avoir pas rencontré Montalbano, m’offrir des oranges, s’est dirigé vers Ribera, gros bourg agricole assez ingrat. Nous l’avons parcouru en tous sens, et n’avons pas vu l’ombre d’une orange ! Pas même un de ces pourtant immanquables magasins de « Frutta e verdura » qui émaillent les rue italiennes. Le ciel triste et gris, les nuages de Caltabellota, la tristesse de n’avoir pas vu Montalbano en « pirsonne », les yeux brulés par le sable du matin, les oranges introuvables, l’humeur devenait un peu maussade en cette fin d’après-midi ! Soudain le ciel s’est dégagé, et nous avons eu un coucher de soleil sublime, d’autant plus appréciable que nous étions sur un site étonnant : les Macalube.

Il s’agit de terres argileuses, sous lesquelles une couche de méthane réchauffée par la nappe phréatique et par quelques courants volcaniques crée une sorte d’ébullition permanente du sol. De petits cratères surgissent ça et là, se gonflent de bulles qui, lentement crèvent et envoient des coulées d’argile liquide qui se solidifie en gras pavés sur les flancs de ces reliefs éphémères et aléatoires. Cette zone qui change sans cesse d’allure, est située dans un cadre très vert, et les reflets orangés du soleil tombant dans la mer faisaient à ces masses sombres et visqueuses, une toile de fond grandiose.
Pour finir la journée dignement, et avant de quitter la région (en fait, c’est une spécialité de Trapani, mais Agrigente n’en est pas si éloigné que cela) nous avons dégusté un cuscus de poisson d’une qualité largement supérieure à celle de notre premier essai. Un vrai régal, que Montalbano aurait, pour le coup, d’autant plus apprécié qu’il n’a pas l’air de connaître ce plat, car pour lui Trapani, c’est le bout du monde ! Surtout en matière culinaire !

dimanche 26 avril 2009

MERCI LIVIA !


Après un petit déjeuner proprement délicieux sur la terrasse de notre chambre d’hôte dont la réputation est due en grande partie à la vue splendide qui y règne, nous partons visiter le musée archéologique d’Agrigente.
Outre tout le matériel votif trouvé dans les différents temples, il renferme une collection de vases attiques, à figures noires et rouges, particulièrement riche et variée. Une mise en scène grandiose permet d’admirer un télamon trouvé sur le site du temple de Zeus. La pièce la plus impressionnante du musée, à part l’éphèbe d’Agrigente (mais en matière d’éphèbe nous sommes un peu blasés et le satyre de Mazzara reste insurmontable), est le cratère de Gela, d’une finesse d’exécution très particulière.
L’enceinte du musée abrite une série particulièrement belle de sculptures d’un artiste yankee, qui marie l’hyper réalisme américain à un classicisme épuré, mariage d’inspiration grecque et de renaissance italienne : Greg Wyatt. Nous avons longuement apprécié sa suite des quatre éléments, inspirée d’Empedocle. Ce dernier place à l’origine de toutes choses l’eau, l’air, la terre et le feu, qui, régulés par les deux forces contraires de l’amour et de la discorde, auraient permis la création du cosmos. Wyatt illustre cette philosophie en s’inspirant du Bernin, et en élaborant des compositions très rugueuses et un peu tourmentée, évocatrices de ces combats indistincts.
L’artiste, qui a séjourné à Agrigente, y est revenu pour l’inauguration de ses statues, qui alternent avec des oliviers centenaires, et a offert à la ville une Bethsabée comparable aux plus beaux antiques.
Après une petite halte arrancini et vin blanc, dégustés sous les palmiers du musée, nous décidons d’aller affronter la foule de la vallée des Temples. En sortant de ce lieu d’un calme parfait, nous lisons un panneau qui, citations à l’appui, nous invite à aller découvrir les jardins de Kolymbetra. Et la première citation est… un extrait de Camilleri dans « La patience de l'araignée » de 2004. Livia vient juste de rentrer de promenade et Montalbano lui téléphone. «Tu sais, j’ai découvert un endroit merveilleux. Il s’appelle Kolymbetra. Imagine, au début c’était une « vasque » gigantesque, creusée par les prisonniers carthaginois » « Où est-ce ? » « Près d’ici, aux temples. Aujourd’hui c’est une sorte d’immense jardin d’Eden, depuis peu ouvert au public ».
Comment résister à cette invitation de Livia ? Kolymbretra est accessible par la vaste esplanade située devant les temples de Castor et Pollux. Le ciel est voilé, pourtant il fait lourd sur cette étendue aride de terre, de pierres et d’oliviers. Un petit chemin descend dans une sorte de « vasque » naturelle, d’une luxuriance inattendue et qui doit constituer l’été un havre de fraicheur inestimable.

Ce lieu idyllique, creusé par les prisonniers carthaginois pour servir de vivier à poissons pour le peuple d’Agrigente, s’est transformé avec le temps en une vallée fertile et ombragée, ponctuée d’une végétation hallucinante. Après avoir été cultivée pendant près de 25 siècles, le lieu était resté à l’abandon pour cause de manque d’eau. Une fondation italienne pour l’environnement, le FAI, l’a rénovée, replantée et depuis peu, on peut s’y promener dans un vaste verger de figuiers, citronniers, amandiers, orangers, mandariniers, auxquels s’ajoutent de nombreuses espèces de maquis méditerranéen. Des oliviers, sans doute millénaires, ponctuent la promenade et offrent une véritable collection de troncs sculpturaux. Cette vallée, appelée modestement « jardin », odoriférante et colorée, est un véritable paradis. Au bout, on découvre les ruines abandonnées du temple de Vulcain, sans doute le moins visité des temples d’Agrigente.

Il est temps d’aller voir cette fameuse vallée des temples, et de sacrifier au rituel touristique. La foule est dense à l’entrée, mais peu à peu les allées se vident, et nous pouvons tout à loisir et presque en solitaires, parcourir cette immense étendue des ruines monumentales. Les temples se succèdent, ça et là surgissent des nécropoles paléochrétiennes, au loin la mer. En plissant un peu les yeux, on peut imaginer que les horribles immeubles de la ville sont en fait les habitations de l’acropole antique. Nous dégustons un lait d’amande sous les oliviers, alors que le soleil, obstinément absent toute la journée, nous fait la surprise d’illuminer discrètement les colonnes antiques sur le site déserté.

samedi 25 avril 2009

UTOPIE OU MEGALOMANIE ?


En réglant ce matin notre chambre d’hôte, un dépliant attire mon attention : la fondation Orestiadi abrite dans le baglio Stefano de Gibellina la collection d’art contemporain la plus importante de Sicile. Cette fondation, basée aussi en Tunisie, se propose par ailleurs, par l’exposition de pièces artistiques allant du néolithique à nos jours, d’offrir une approche transversale de la Culture Méditerranéenne.
En route vers Gibellina Nuova. Le 15 janvier 1968 un tremblement de terre détruit la région, et particulièrement la ville de Gibellina, le fait le plus frappant étant l’effondrement de l’église qui accueillait une noce dont plus de la moitié des invités furent ensevelis sous les pierres. Tous les environs sont dévastés et dès 1970 on décide de construire une ville nouvelle à une vingtaine de kilomètres de la catastrophe. C’est Gibellina Nuova, dédiée à la mémoire des disparus et à l’art : de nombreux artistes participent à sa construction, puis plus tard à son ornementation. Partout des œuvres d’art moderne, plus ou moins heureuses, mais toujours monumentales. En ce jour de fête nationale, nous trouvons la ville déserte, un peu fantomatique, d’immenses avenues s’ouvrant en éventail sur des places qu’on dirait abandonnées, des rues piétonnes vides et des églises irréelles. C’est comme une utopie qui aurait tourné court, et cette ambiance spectrale laisse une impression étrange. Une ville inattendue, où chaque rue déploie de nouvelles surprises, un peu surdimensionnées, comme le sont les avenues trop larges et les places inoccupées. ­­­­­­­­

Nous trouvons assez difficilement le musée … consacré à l’art contemporain, et aux « trames méditerranéennes ». La halle aux grains offre, avec une mise en scène parfaite, une exposition de belles pièces contemporaines mêlées à quelques pièces tunisiennes anciennes, et à certains décors de théâtre somptueux ayant servi lors d’une mise en scène des Orestiades. La mise en place des œuvres est soigneusement sténographiée : derrière le rideau noir d’entrée, s’ouvre une porte de bois tunisienne, qui permet le passage vers la vaste salle plongée dans la pénombre dont vont surgir petit à petit, au fur et à mesure que notre œil s’habitue, des peintures, des installations, des compositions diverses mais toutes de qualité. Hallucinant un tel musée, et d’une telle qualité, dans une si petite ville, à peine 5000 âmes. Dans un autre bâtiment, un musée plus classique égrène des salles dont la vocation est de mettre en parallèle des œuvres populaires, tapis, céramiques, bijoux, vêtements de fête, du pourtour de la méditerranée. Le projet est de faire comprendre, à travers les âges, la « trame » de ces civilisations qui puisent leurs motifs et leurs sources d’inspiration dans un langage commun, de la Lybie à l’Espagne, du Maroc au Portugal, de la Sicile à la Tunisie en passant par l’Iran et le Yemen. Les motifs décoratifs se retrouvent, se reprennent, les couleurs sont les mêmes, les formes sont jumelles. On sent un métissage intense de modèles réinterprétés, et le bouillon de culture commun est bien mis en valeur par ces vitrines éclectiques. 

Après une orgie d’arrancini (et oui, encore !) dans le jardin botanique de la ville, nous partons vers Salemi, ville aussi durement touchée par le tremblement de terre, ce qui lui vaut d’avoir évité les constructions verrues des années 70 qui défigurent tout le reste des centres siciliens, et lui donne, restaurations intelligentes aidant, une allure délicieusement bien conservée. La ville est pavoisée de drapeaux colorés : on attend pour une conférence le vice président du Parlement du Tibet en exil, et la visite s’organise calmement. La cathédrale détruite n’a pas été refaite et elle s’offre à ciel ouvert en une étonnante place devant le château médiéval, consolidé et parfaitement restructuré. Plus loin, l’ancien collège des Jésuites annonce à grand renfort d’affiches une exposition consacrée à… l’adoration des bergers de Caravage. Dans une ville de 7000 habitants ! Francesco nous expliquera que le maire du lieu est très attaché à la culture et tient à créer l’événement dans son territoire. Il le suspecte d’être plus intéressé par les retombées en termes d’image personnelle que ces initiatives lui valent que par l’art proprement dit ! Impossible pourtant de rater cet événement, nous attendons donc l’heure d’ouverture en parcourant les ruelles pentues de la ville ancienne, ponctuées d’églises baroques et d’élégantes façades. Le Caravage, prêté par le musée de Messine nous retient longuement, perdus dans la contemplation toujours émerveillée des jeux de lumière émergente et de la savante composition qui sont les caractères habituels du peintre. C’est, bien sûr, une œuvre de la fin de sa vie, inquiète et humble, mais remarquable.
Nous quittons Salemi avant l’arrivée du tibétain, car l’ambiance s’affole un peu, ente officiels (dont le maire « people ») et spectateurs ceints d’écharpes jaunes ou safran et allons « visiter » Gibellina Vecchia, la ville détruite ayant été arasée et recouverte d’un manteau de ciment blanc qui en conserve la structure et les rues fortement inclinées. Cela donne une impression de mémorial très émouvant, mais pas sinistre du tout. Les herbes folles qui poussent entre les blocs des silhouettes de maisons suggérées sont comme autant d’hommages furtifs et improvisés à ces centaines de morts lors de la catastrophe. Ce qui prévaut, c’est encore un sentiment d’improbable, d’inattendu, et de profondément marquant.
Pour rejoindre la route d’Agrigente, nous traversons d’autres villages martyres, des pans de murs abattus, des ferrailles arrachées, des rues abandonnées, partout les ruines des habitations détruites se dressent comme autant de souvenirs inquiétants, aucune vie n’y ayant plus place. De nouvelles villes se sont développées plus loin, pas avec le même art urbanistique que Gibellina, mais toujours tournant le dos à ces moments d’horreur.
Notre nouvelle chambre d’hôte située au centre d’Agrigente est, encore, une maison de famille entièrement et très confortablement rénovée. Notre hôte Francesco nous accueille avec beaucoup d’égards, nous installe dans un véritable appartement, nous fait visiter la fierté de la maison, les terrasses du petit déjeuner d’où l’on bénéficie d’une vue éblouissante sur Agrigente et sur la vallée des Temples. Il nous raconte la généalogie de sa famille, son arrière-grand-mère qui s’est retrouvée seule à la tête de cet immense immeuble qu’elle ne pouvait plus entretenir et qu’elle a loué à un aubergiste. Plus tard, l’aubergiste a racheté le rez de chaussée et le 1er étage. Heureusement la mère de Francesco avait conservé le second et surtout le troisième, là où se déploient les terrasses qui font le charme du lieu. Francesco a courageusement réparé, aménagé, décoré ce qui lui restait et en a fait la plus belle chambre d’hôte de Sicile, saluée par tous ses visiteurs comme un lieu d’exception. Notre suite est spacieuse et sobre, on a déjà envie d’y passer plusieurs jours pour découvrir Agrigento et sa région. En attendant, c’est un des avantages des chambres d’hôte, Francesco nous conseille un petit restaurant totalement invisible au fond d’une cour dans une venelle sombre. Et l’on y déguste quelques plats siciliens fort bien cuisinés.

vendredi 24 avril 2009

IRRIGATIONS


« Moi, j’ai connu les cartes géographiques avec des blancs ! Tu réalises !! ». Michel, s’empiffrant de peccorino au poivre accompagné du traditionnel pain noir de Castelvetrano tout en buvant un Altavilla della Corte, s’émerveille de la progression hallucinante des moyens de communication. Il rajoute, imperturbable « le vin n’a pas beaucoup changé, lui ! ». C’est la halte déjeuner, dans une forêt d’eucalyptus au-dessus d’un petit lac artificiel, sur une aire de pique-nique où s’alignent les barbecues des dimanches siciliens en famille. Pour l’heure, et malgré l’approche de la fête nationale du 25 avril, nous sommes encore seuls dans ce lieu enchanteur.


Ce matin nous avons consciencieusement visité Castelvetrano, ses trois places imbriquées bordées de palais et d’églises, sa fontaine, et le monument au philosophe local qui rend hommage aux vertus multiples du penseur. Comme rendent hommage à tout un tas de gens célèbres les plaques de marbres disséminées sur chaque pan de mur disponible. Le plus valeureux, et le plus notable de ces célébrités étant bien sûr Garibaldi, le héros parfait s’il en est. Nous avons admiré aussi notre troisième éphèbe, trouvé à Selinunte, artistiquement beaucoup moins élégant que les deux autres, mais de très belle facture. Cette malheureuse statue, découverte au début du siècle, a subi des avatars multiples, confisquée par Palerme, restaurée longuement, volée, de nouveau restaurée, et ce n’est que depuis moins de 10 ans que Castelvetrano a pu lui offrir un musée digne de son intérêt.



Après avoir acheté quelques vivres, dont le fameux pain noir, nous avons réussi à découvrir, avec un peu de sens de l’orientation et beaucoup de chance, le baglio Trinità qui enserre en son sein une superbe église anglo-normande, petit chef d’œuvre de régularité et de sobriété, reconstruite pour servir de nécropole familiale aux Sapori, qui en autorisent la visite. Un petit monument début XXème, en marbre blanc, appelle la compassion du passant : un jeune garçon couronne de fleurs une colonne funéraire et l’inscription proclame « Mamma, mamma mia, rispondi a Stefanino tuo ! ». L’endroit offre un charme tranquille, l’église étant posée comme une pierre précieuse sur une prairie fleurie.
Plus tard, nous avons fait une petite virée dans la vallée du Belice. Partout des vignes et des champs d’oliviers irrigués, parfaitement entretenus, prospères… et à l’horizon, pas le moindre tracteur, pas le plus modeste paysan. L’organisation spatiale en gros bourgs, très éloignés les uns des autres, donne une impression de désert, et pourtant toute cette nature domestiquée est cultivée, choyée, l’homme s’y devine mais ne se voit pas.


Nous sommes allés jusqu’à Sciacca, une ville thermale et portuaire qui s’étage sans grand charme au-dessus de la mer. La vue est splendide, le noyau urbain ancien réduit à quelques ruelles, où les immeubles modernes, comme ailleurs, s’élèvent avec impertinence entre les églises XVème et les palais XVIIème.


Au retour, nous avons fait halte dans la réserve naturelle « Foce del fiume Belice » dont notre hôtesse, Cintia, nous avait dit grand bien. Quelques dunes littorales de faible hauteur, une végétation de plantes de sable, une vague pinède, rien qui puisse impressionner les spécialistes de la dune et des forêts de pins que nous sommes. La réserve est minuscule, encadrée d’établissements pompeusement intitulés beach quelque chose (genre paradise ou autre) qui gâchent irrémédiablement le paysage, l’endroit est bien aménagé mais nous a un peu déçus.
Après un petit apéro sur la terrasse de notre gite, et le coucher de soleil sur la mer et les oliveraies, nous sommes retournés dans notre restaurant Lu Disiù, Le Désir… une table de roi qui nous fait regretter de quitter Castelvetrano ! Ce soir, des gnocchis dans une épaisse soupe d’herbes, quelques fèves à la menthe, du filet de porc dans une sauce à l’orange savoureuse, une petite granita de fraises fraiches, c’était un vrai festin !

jeudi 23 avril 2009

EPHEBES

Ça y est ! Michel est au rythme sicilien. Ce matin il a allègrement franchi une ligne blanche en décrétant que, de toute façon les doubles lignes ne l’impressionnaient pas. Il affronte sans problème les sens interdits et autres stationnements prohibés et notre séjour se présente dès lors sous les meilleurs augures. D’autant que le soleil est enfin revenu.
Première étape, le port de Mazara del Vallo, dont le guide ne fait pas grand éloge et qui est, pourtant, un des lieux les plus intéressants que nous ayons visités. Tout y a été restauré récemment et avec goût, faisant presque oublier les verrues immobilières qui ont poussé là comme dans toute la Sicile, au milieu d’une place baroque, entre deux constructions Renaissance ou à tous les coins de rue. La place baroque, qui borde la cathédrale, a des allures hispaniques. Partout des églises, qui conjuguent le tuf local et les murs crépis d’ocre.



Dans le palais épiscopal, le musée diocésain abrite une collection magnifique d’objets de culte, tous mieux restaurés les uns que les autres. Le musée sert en effet de base de travail pour la section restauration d’objets d’origine organique, bois, tissus etc de l’Université de Palerme. Les étudiants sont carrément installés dans le musée, travaillant sur une charrette sicilienne, sur des aubes richement brodées d’or ou sur des reliquaires.

Mais le fleuron de Mazara, c’est son Satyre grec en bronze, découvert il y a une dizaine d’années seulement lors d’une campagne de pêche dans le canal de Sicile. Cette statue d’une qualité exceptionnelle et d’un style très raffiné (on parle même de Praxitèle) représente un éphèbe dansant, en équilibre instable sur la jambe droite, perdue, tandis que la gauche s’élève avec grâce du sol. Ses cheveux tourbillonnent, suggérant un mouvement tournant, de danse et d’ébriété mêlées. Après 5 années de restauration, qui ont même permis de retrouver des traces importantes de la patine originelle de l’œuvre, le satyre est revenu à Mazara qui lui a consacré une église restructurée pour l’occasion, afin de lui offrir le digne écrin qui lui convient. L’œuvre est vraiment d’une grâce, d’une élégance, voire d’un érotisme très suggestifs.
Le port canal s’étend à l’intérieur de la ville, et est en activité intense. Nous avons dégusté un petit vin local ambré et doux, mangé quelques arrancini et des pâtisseries à la ricotta, avant de nous diriger vers les salines de la région de Marsala.

Dans une lagune peu profonde, exploitée depuis les phéniciens, le quadrillage régulier des bassins à sel est ponctué de moulins hollandais qui étaient en service il y a peu encore. Aujourd’hui l’extraction continue, mais les moulins ne sont plus là que pour le décor. Une barque à fond plat nous a menés jusqu’à l’île de Moscia, vaste champ de fouilles archéologiques ayant appartenu à Witheker, un riche négociant anglais qui « découvrit » et popularisa le Marsala. Après avoir racheté l’intégralité de l’île, il passa une grande partie de sa vie à fouiller et, de fait, trouva d’importants matériels funéraires, voire d’usage courant. A sa mort, il créa une fondation qui permet de visiter les lieux agréablement, et de profiter d’un musée particulièrement riche.




Les fouilles continuèrent et, il y a 10 ans on découvrit un exceptionnel marbre grec du Vème siècle, représentant sans doute un aurige. Deuxième forte émotion artistique de la journée : l’homme vêtu de ce qu’on appelle un « tissu humide », très léger et à petits plis régulier, exhibe avec assurance une anatomie aussi parfaite que celle du satyre de ce matin ! Une longue promenade dans l’île, couverte d’une végétation luxuriante, nous a permis de parcourir les sites de fouille, et d’admirer le petit port phénicien exceptionnellement bien conservé.





Le seul bémol étant que j’ai servi de festin aux inévitables moustiques de la lagune ! Le retour au soleil déclinant sur la lagune miroitante fut notre dernier plaisir de la journée. Enfin, presque ! Une délicieuse cena, dans un de ces restaurants écologiques que prisent particulièrement les italiens « chics », nous a offert une palette de couleurs et de saveurs délicates.



Michel a voulu que je mette des photos de Pimpi, pour prouver qu'elle fait le Petit Re partout, même sur les sites grecs...

mercredi 22 avril 2009

TRAVAUX D'HERCULE


Guiseppe nous a soignés mieux qu’il ne l’aurait fait pour des cousins proches : il a pris les clés de notre voiture pour aller faire réparer un faux contact, nous a offert du vin, du fromage, nous a indiqué toutes les bonnes adresses à ne pas manquer, a réservé pour nous la chambre suivante, m’a procuré et offert un adaptateur pour ma prise d’ordinateur, s’est inquiété de tous nos désirs et les a exaucés avant même que nous les ayons exprimés. Nous avons dîné ensemble, visité ses travaux, discuté longuement et amicalement de leur vie, de leurs projets et les avons quittés à regret. Après de multiples promesses de revenir, de s’envoyer des mails et beaucoup d’embrassades, nous quittons le gite des Ruffino où nous avons passé un séjour terriblement chaleureux, pour notre prochaine étape : une maison d’hôte près de Castelvetrano. Tenue par des italiens de la péninsule, venus s’installer « au vert » dans une somptueuse demeure, elle se présente comme un hôtel de grand luxe avec, ici encore, un accueil très cordial. Le cadre est paisible, la maison étant située entre des champs d’oliviers, et l’aménagement un peu pompeux reste de bon goût. Tout est prévu pour un confort extrême, le parc offre de nombreux coins de repos autour d’une piscine malheureusement pas très envisageable avec la météo qui continue à nous tourmenter. L’ambiance est moins personnalisée qu’à Balestrate mais on s’y sent quand même très bien accueillis.
Malgré un temps couvert et menaçant, nous consacrons notre après-midi à la visite du site grec de Selinunte, un nombre important de temples dans des états divers, une acropole bien conservée et un environnement magnifique, le site étant tout à fait au bord de la mer. Après avoir exploré les différents champs de ruines, nous décidons d’aller à quelques kilomètres visiter les carrières, à fleur de colline, d’où furent extraites, il y a 2500 ans, les pierres qui ont permis la construction de tous ces bâtiments.



L’endroit, difficile à trouver ce qui nous vaut de multiples détours dans des champs d’oliviers à perte de vue, est, à la tombée de la nuit, terriblement suggestif. Exploitée pendant 150 à peine, la carrière a été abandonnée assez brusquement après la déplorable défaite de Selinunte, massacrée par l’armée des carthaginois. Tout est resté en l’état et on croise des blocs de pierre, équarris il y a 2500 ans, en attente d’être transportés sur les chantiers de la ville, des colonnes à peine dégagées de la roche, certaines en cours de dégagement, debout, ou roulées pour être emportées. Ces blocs monumentaux rendent encore plus impressionnant le travail surhumain accompli pour réaliser les matériaux nécessaires pour ces constructions gigantesques. C’est émouvant et très évocateur.

Nous dînons assez simplement dans une des rares trattorias ouvertes à Castelvetrano qui est plus un gros bourg agricole qu’une ville touristique.

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