J'étais bien tranquille
dans le Gers, aux environs de Lectoure en train de me balader avec Enitram, quand je me suis laissée aller à cliquer à droite ! En général j'évite, car une fois sur deux je tombe sur un blog sympa, que je rajoute à ma liste, et me voilà partie pour un tour de plus ! Car je ne sais pas comment vous faites, vous, pour concilier photos, montages, écriture, lecture et commentaires, le tout régulièrement, en plus des zefs (oui, oui, y a plein de jeunes mamans dans les blogueuses), du travail, de la vie de famille, des "apprêts féminins" (ben oui, faut rester séduisante ! c'est pas parce qu'on blogue qu'il faut avoir la mèche triste et la savate plate !) et des nécessaires distractions sans lesquelles nos blogs ne seraient que des histoires vides... mais moi, parfois je m'essouffle.
Donc j'avise dans cette fichue colonne de droite, que je zappe en général pour résister à la tentation, un titre qui m'aguiche :
"Georges Sand et moi" ... et l'article du jour
"Je te dis comment je blogue". Et bien sûr le propos, comment, depuis quand, les hauts, les bas de l'exercice bloguistique, m'intéresse. Addiction, servage, réflexion, bref, nous passons tous un peu par les mêmes phases. Comme c'est souvent le cas, l'article répondait à un tag collectif, et je remonte à la source
"le QG de la Mère Joie" qui a lancé, avec succès,
le débat... pas moins de 76 commentaires à l'instant où j'écris. Faut dire qu'on est tous un peu surpris par l'emprise qu'exerce sur nos vies ce nouveau moyen de communication et/ou d'expression et que, tous derrière nos claviers, on s'interroge.

J'avais déjà partagé dans un ancien billet,
mes réflexions sur le thème, encore toute émerveillée à l'époque de l'affûtage du regard et des pensées qu'entraîne le choix d'un tel exercice, pour peu qu'on le prenne au sérieux. J'ai depuis déploré la course aux lecteurs, et la contrainte qu'on finit par s'imposer pour "garder" son audience. Je ne sais si c'est sincère, mais j'ai toujours prétendu préférer quelques rares lecteurs, mais solides et presqu'amicaux, à la recherche forcenée d'une renommée qui finit par devenir pesante. Il y a forcément un peu de duplicité dans cette affirmation, car je serais sans doute flattée d'avoir des dizaines de commentaires, mais j'ai appris que c'est un piège et qu'on finit par écrire pour plaire, ce qui modifie la plume ! Donc, sagesse ou simple bon sens aidant, je suis, en terme d'audimat, une billetiste heureuse...
Heureuse ? Voire... j'avais dans un coin de mes messages, non encore posté pour ne pas choquer qui de droit, car finalement il se fait l'écho auprès de mes lectrices officielles d'une récrimination que rien ne m'autorise à avoir en tant que maman, un billet intitulé "DOUTES" que j'attendais des jours pires pour publier, ou oublier au détour d'une liste nouvelle !

Car il y a "comment je blogue", puis "pourquoi je blogue", et bien vite "qui me lit" et cet espoir de commentaires qui nous laissent tous un peu exsangues. J'ai,
comme Mère Joie, un Légionnaire, qui n'a pas toujours la primeur de mes articles (parfois il accumule du retard), mais qui ne commente jamais par écrit, et en lieu et place du "Hum Hum", me gratifie chaque fois d'un "il est bien ton article", qui ne souffre aucune rallonge, mais qui est fort convaincu. A toute demande d'appréciation plus circonstanciée, il ajoute seulement "mais ils sont TOUS très bien, tes articles". De là à conclure qu'il m'accorde une indulgence de bon aloi, due à la force de l'habitude, ou que, suite à quelqu'effet amoureux tenace, il trouve toute initiative de ma part excellente, quelle qu'en soit la tournure, il n'est qu'un pas, vite franchi quand je m'interroge avec un minimum de lucidité !
Et quitte à m'être aujourd'hui, laissée porter par le flot des mots qui soupèsent et ne savent pas trancher, je publie ci-après ce fameux "DOUTES" qui dormait dans mes archives, au risque de quelque retour de bâton filial !
Parfois je me demande s'il est opportun de continuer ce blog dédié à "mes filles"... Le lisent-elles ? De l'une, jamais le moindre commentaire, de l'autre parfois un signe rapide... Je me sens vraiment décalée avec tous ces mots jetés au vent. Car s'il sagit de se livrer à quelqu'introspection de bon aloi, la bonne vieille technique du journal intime devrait suffrire : quelques mots jetés sur de vieux carnets qu'on brûlera plus tard, histoire de ne pas laisser de scories derrière soi.
Avec la naïveté technique qui caractérise ma génération, j'ai cru que les mails, puis les sms, puis les blogs pouvaient maintenir le lien, quand les circonstances de la vie d'adulte dirigent vers ailleurs les centres d'intérêts de ces petits bouts de vie qui ont été toute votre préoccupation pendant tant d'années. Je me disais, le téléphone c'est génial... que nenni, ça dérange ! Peut-être les sms... bof, ils ont bien vite perdu de leur attrait malgré leur grande discrétion et leur vertu immédiate. Alors les mails, c'est discret et cela maintient un correspondance.
Ah la vertu des correspondances d'autrefois, on s'assoit, on lisse sa belle feuille choisie avec soin, on affute sa plume pour l'occasion, on prend la dernière lettre reçue et on répond. On narre, on brode, on enjolive de mots la grisaille d'un quotidien qu'on veut encore partager. Parfois on ose même se laisser aller à quelques réflexions d'ordre plus général, on commente l'actualité, on brocarde certains travers de nos contemporains... que sais-je... J'ai, t'en souvient-il Fred, tant aimé pratiqué la correspondance à l'ancienne. A part toi, j'ai d'ailleurs rarement trouvé chaussure à mon pied en la matière, car l'écrit se lasse quand il reste à sens unique. Et bien qu'habituée à envoyer 5 lettres pour en recevoir une, j'ai peu à peu abandonné la plume et ses atours désuets au profit de cette correspondance des temps modernes, le blog.
Car c'est un peu ainsi que j'ai interprété le blog : un billet quotidien pour parler du ciel ou de l'âme, du dernier film vu ou de quelque irritation sociétale, d'une idée de recette ou d'un bouquin génial... Mais comme l'était la correspondance si elle restait trop longtemps sans réponse, ce type d'écrit finit par confiner à l'exercice de style, s'il ne provoque chez ceux à qui il s'adresse aucune réaction sensible.
J'ai découvert la joie d'être lue par d'autres, et certains parmi vous, fidèles et assidus, m'ont encouragée à continuer : les commentaires étonnants, pleins d'à propos, parfois très approfondis que j'ai reçus, m'ont vraiment remplie de joie. Mais ce blog a une dédicace et sans ses deux lectrices attitrées, il n'a plus lieu d'être. Il n'est plus qu'un prétexte, une supercherie et il me faut alors changer de lieu, changer de nom pour retrouver un anonymat total, ce qu'il n'est pas actuellement. Ce ne sont plus mes lecteurs anonymes qui sont en équilibre entre indiscrétion et fidélité. Comme je n'ai plus qu'eux, je finis par ne m'adresser qu'à eux. Et par me faire plaisir en me rédigeant des billets dont je sais que certains toucheront des cordes sensibles. Je change de registre, je ne suis plus désintéressée, je deviens presque aguicheuse. Il s'agit de faire "du chiffre" et non de se livrer à un modeste exercice rédactionnel pour partager le quotidien.
Oui, je sais, quand on est l'enfant, actuellement, on n'est plus tenu de rien. De mon temps, pardon de la référence, on n'avait que des devoirs, que nos récriminations de 68huitards ont jetés aux orties. Il est communément admis, mais l'affaire est récente et basée sur d'anciens réflexes, que les enfants peuvent mèner leur vie et qu'on continue à se cotoyer sur la base d'une habitude que rien ne peut entacher. Voire... on peut jouer sur cette corde, certes, mais le temps, toujours lui, fait oeuvre d'érosion. Le temps éloigne, le temps grignote, le temps nous éparpille et nous reconstruit ailleurs. J'ai voulu par ce blog cimenter cet ailleurs d'un peu de présence et de proximité fictive. Pour qu'il reste entre nous quelques repères communs dans une vie qui, comme le sont les vies actuelles, est lourde d'activités complexes et tellement multiples. Car c'est infiniment difficile de maintenir un lien, quel qu'il soit, sans complicité, sans références communes. Ou alors ce qu'on maintient a des allures d'obligation sociale ou familiale, cela même que nous avons rejeté comme étant hypocrite. Faut-il en conclure que les rigueurs sociales avaient du bon ? J'en doute... mais suis découragée de m'agiter ainsi. Serais-je encore en train de me livrer à un de ces stakhanovismes qui ont jalonné tous mes parcours ? L'âge m'a rendue méfiante et l'expérience si souvent piégée...
PS cet article devrait, s'il est lu, provoquer une juste réaction de Koka car la première photo qui l'illustre est un "détournement" de propriété artistique !! C'est en effet elle qui en est l'auteur, et sous peine de poursuites, je tiens à lui en rendre le mérite !