mercredi 30 juin 2010

BLOGS INFOS

Lu un article dans le CDF* dont je suis certaine que vous apprécierez les infos... Je n'ai guère coutume de vous offrir du propos "tout écrit" mais pour une fois !! Et puis, qui lit le CDF* ???
126 millions de blogs et moi, et moi et moi
Elles sont toquées de modes, de littéature, de cuisine. Ils sont fous de nature, de psorts ou incollables sur l'histoire de leur région. Idéalistes, militants, technophiles pointus, spécialistes en tous genres. Ce sont des gens comme vous et moi, mais ils ont ce petit quelque chose en plus : leur blog.
... Leur plateforme histotique, Skyblog.com, récemment rebaptisée Skyrock.com, revendique 30 millions de blogs, où l'on s'amuse allègrement à massacrer la langue de Molière (coeurs sensibles s'abstenir). Il s'en crée plus de 20 000 par jour. Bien entendu tous ces blogs ne sont pas actifs.
Grâce à cette formidable machine à maplifier l'information qu'est le buzz, quelques membres de cette communauté deviendront des tops blogueurs. Partis de rien, ils reçoivent mensuellement des centaines de milliers de visites, ce qui fait d'eux des leaders d'opinion... Encouragés par le succès, certains pourront même espérer vivre de cette activité mais... iles restent rares en france.
... La légitimité des blogueurs est fondée sur le contrat moral qui les lie à leurs lecteurs, lequel tient en deux mots : sincérité et authenticité, auxquels s'ajoute une troisième, la passion et son corollaire, l'expertise. Le bogueur s'engage donc à être sincère, c'est sa seule promesse.
J'aime bien l'idée du petit quelque chose en plus, j'aime moins celle de voir, comme d'habitude les femmes cantonnées à la cuisine et à la couture... je suis surprise par le nombre de blogs évoqué en titre, cela me semble se limiter à la France et cela ferait 2 blogs par personnes, bébés et centenaires compris ! Mais bon, j'en ai moi-même 3... et, comme le souligne l'article plus loin, il y a de plus en plus de blogs d'entreprise (1/3 des blogs existants) qui font du marketing plus que de la bloguerie. Je suis totalement héberluée à l'idée de centaines de milliers de visites mensuelles, mais quand il est question de chiffres, passés mes dix doigts et mes 40 visites par jour, je suis vite dépassée... Cela me fait pareil pour les euros ! Surtout quand ils s'alignent en millions, voire en milliards. Passée une certaine échelle, vous avez remarqué qu'on ne sait plus compter ! Et cette échelle est variable selon les individus, leurs moyens, leurs références personnelles, leur environnement en un mot.
Quant au contrat moral évoqué par l'auteur de l'article, je me demande s'il s'agit là d'un fervent optimiste, d'un doux rêveur ou d'un théoricien ? Si l'on doit juger de l'authenticité d'un blog à son naturel, et donc, pourquoi pas, au nombre de fautes d'orthographes qui l'émaillent, pas de doute, il a tout compris ! De nombreux blogs sont sincères... Et de fait, plaisanterie à part, quand on veut se documenter sur une pratique quelconque, on trouve vraiment des sites captivants, de passionnés qui mettent généreusement leurs trucs, leurs idées, leur savoir à la portée de tous. Bricolage, art, culture, voyages, artisanat, vous trouvez des conseils à gogo, des trucs pratiques inédits, une vraie mine pour qui sait chercher. Il faut simplement savoir déchiffrer un moteur de recherche pour ne pas se perdre dans les méandres de la toile. Et là, nous sommes tous responsables de nos visites et du sérieux de notre recherche d'information. A ce propos, je pense à une réflexion entendue souvent chez des utilisateurs d'internet se plaignant d'être envahis de sites pornos, de publicités malséantes et d'accroches indécentes. Incriminant naïvement "internet", "l'internet" insondable et énogmatique, ses arcanes mystérieux et ses secrets inaccessibles au commun des mortels. Je pratique internet depuis plus de 10 ans maintenant, et je puis vous assurer que je n'ai jamais eu ce type d'attaque surprise... Il n'y a pas de mystère, Internet vous propose ce que vous cherchez, qu'il déduit des sites que vous visitez !!
Quant aux succès des blogs, je tenais à vous annoncer la nouvelle du jour (qui n'a rien de bien neuf je l'avoue !!) : qu'hommage soit rendu à notre amie Aloïs, dont le blog, Autour du Puits, figure en 2033ème position sur Wikio (c'est GF de Italians do it better qui m'a fait découvrir ce portail)... je n'ai sans doute pas examiné toute la liste des blogs que je suis (et je m'excuse par avance auprès de ceux que j'aurais négligés), mais j'ai été impressionnée !!! Bravo Aloïs, d'autant que je sais que tu ne fais pas de la course au chiffre et que ce classement n'est que le fruit de la qualité de tes billets, de tes photos et de... ta sincérité !!! Et oui...

* CDF = le Chirugien Dentiste de France ! Oups, c'est un journal professionnel !!!

mardi 29 juin 2010

SPEED...

Non pas moi... encore que... il faut bien avouer que, toute convaincue que je sois qu'un blog se doit d'être tenu au jour le jour, depuis une semaine j'ai explosé mon emploi du temps, au point de n'avoir pas une minute pour mes élucubrations quotidiennes. Et encore moins le temps de passer chez vous pour les petits signes qui entretiennent l'amitié. Et cela va encore durer jusqu'à lundi prochain, car la malignité des choses fait que tout s'accumule et se chevauche sans pitié pour la petite michelaise !! Mais promis, je reviens bientôt sur la toile, j'ai tant de choses à vous raconter !!!

Non ... ceux qui sont speeds, ce sont ceux qui nous gouvernent. Et là, je suis ravie de ne pas avoir non plus le temps d'écouter la radio car les rares rumeurs post-bleus, bleus à l'âme et bleus horizon, ressemblent à s'y méprendre à un très mauvais "cloche-merle" : "on" y parle d'ethnicisation (oups ?) de l'affaire, d'états généraux du football, de sommes astronomiques, d'indécence, de dysfonctionnements, de "petits merdeux", de big-bang du football français... le drame étant qu'ici le "on" désigne nos ministres et ceux qui nous gouvernent.
Et voilà que, je n'y coupe pas même si j'étais en train de chercher comment on peut s'abonnner au stade rochelais l'an prochain pour aller soutenir l'équipe de rugby de La Rochelle qui, ça c'est important quand même, est montée en TOP 14, je tombe sur une nouvelle qui me scotche à mon fauteuil : l'ancien sélectionneur français et le président démissionnaire de la FFF doivent être auditionnés demain par l'Assemblée Nationale. Voilà donc à quoi servent nos députés ! Excusez du peu, j'ignorais totalement cela lorsque je suis benoitement allée porter dans l'urne mon dernier bulletin de vote. Pourtant j'ai fait du droit et j'ai, sur les bancs de la fac, écouté religieusement un prof en toge nous énumérer doctement les missions et attributions de nos représentants au Parlement, chambre basse pour être plus précis. J’y ai appris qu’un député représente sa circonscription mais également la Nation toute entière. Qu’il participe au travail législatif et au travail de contrôle. Qu’il appartient à des commissions permanentes chargées de l’examen des textes. Qu’il dépose des propositions de loi, propose des amendements, saisit le Conseil Constitutionnel, interroge le Gouvernement, examine son action en commission, signe des motions de censure… Enfin bref rien que des trucs vachement sérieux qui me semblaient être l’expression de la démocratie, grosso modo mon avis de citoyen transmis par ceux que j’avais élu, ou que d’autres avaient choisi.
Et voilà qu’il auditionne des responsables sportifs à la suite d’un « désastre » tel, qu’on croirait une défaite militaire, une affaire d’état de la plus haute importance, là où il n'y a sans doute qu'une histoire de gros sous qui n’a pas eu la rentabilité espérée. Car les plus ridicules dans cette aventure sont ceux qui ont sponsorisé à grand renfort de publicité induite, notre équipe franchouillarde, allant même jusqu'à promettre le remboursement de leur téléviseur à ceux qui avaient jugé nécessaire d'investir dans un nouvel écran pour applaudir leur victoire. On a perdu, ok, on a sans doute mal joué, est-ce bien grave docteur ? Ces nouvelles arènes des temps modernes que sont les stades sont-elles les nouveaux terrains militaires sur lesquels il est devenu primordial de défendre des couleurs qu'on ignore le reste du temps ? J'ai dû zapper un épisode entre la Guerre de 100 ans et Stars Wars. Ce "panem et circenses" version new look, azuré et en forme d'ecchymose, prend des allures de défaite de civilisation !

vendredi 25 juin 2010

VACHES (EN)FIN !!

Bordeaux donc, à son tour, s’amuse et nous amuse, car c’est bien d’une distraction qu’il s’agit là, et rentable pour ceux qui nous l’offrent. J’avoue personnellement que je préfèrerais que les données soient claires et l’argument artistico-caritatif me fait l’effet d’une dissimulation d’intentions stupide. Pris pour ce que cela vaut, une vaste entreprise lucrative et une manifestation du genre « panem et circencem », je n’ai rien contre ! Et suis tout à fait ravie de vous montrer les petits montages que m’a inspiré la parade bordelaise. Même si les textes que je vous livre (ENFIN !) sont, finalement, des slogans commerciaux (inutile de faire de la publicité supplémentaire aux annonceurs, ils en ont assez comme cela, et gratuitement !). Je n’ai pu m’empêcher de corriger les fôtes !!!


Une cave : VIC la vache hâlée : Cow devant ! Voici une Very Important Cow qui sait ce qu’elle veut. Pour recevoir mes autres amis VIC, un peu de shopping sur mon (sic) Vespa ! Tétines au vent, je ne reconnais plus personne, j’appuie sur le starter et je quitte la terre (NDLR : là, il faut des références pour comprendre). Direction le paradis des caves à vin. Je suis une vache folle, délurée, sûre de ses goûts en matière de vins fins. Zou, me voilà arrivée devant ma cave préférée.




Un centre de remise en forme : Vacchus, le beau vin. Voici une vache qui sait prendre soin d’elle. Avant de partir en soirée, rien de tel qu’un bon bain. Macérer dans un peu de vin, c’est bon pour le teint. Tous ces pépins et ces tanins, ça raffermit les tétines (NDLR : beurk, on y va quand on a le sein flasque ?). Huuuummmm je vais faire des envieuses, toutes mes copines bordelaises vont me demander, quel est mon secret de beauté (re NDLR : très typique des motivations très « province », un peu désuet tout de même !!). Allez, maintenant, je me tais et profite de ma cure de jouvence, made in grands crus millesimés.




C’est à Fabrice Normand, figure bien connue de l’événementiel de prestige dans le bordelais (NDLR : ben oui, vous ne vous en seriez pas douté ! Moi non plus d’ailleurs) que le R… G… Hôtel a confié le soin de « customiser » sa cow (re NLDR : Oups !!). Il n’a pas cherché l’inspiration au bout du monde, il s’est contenté d’en faire une « Diva », tout simplement. Juste sortie de l’Opéra, déjà allongée, prête à se reposer dans une des suites du palace, elle joue la carte du glamour sans complexe. Couverte de 2700 feuilles d’or et habillée de 11600 cristaux signés Swarovski, de formes et de couleurs différentes, la Diva, telle une Castafiore à l’issue de la représentation de Faust rit de se voir si belle (re re NDLR : là, je ne sais pas si vous suivez encore !)… dans les yeux des bordelais. Alanguie sur un tapis noir, devant la façade de l’hôtel, retenue par une chaine dorée, la Diva, à l’élégance digne d’un palace (bis !!) fera un clin d’œil complice aux lieux emblématiques de son environnement. La nouvelle star du Triangle d’Or (NDLR, utile pour une fois, c’est ainsi qu’on nomme le triangle formé à Bordeaux par le cours de l’Intendance, le cours Clémenceau et les allées de Tourny) est née…




Txumina, ma belle, montera sur la tête, costume de soie de corinthe brodé d'or et d'argent, très élégante et classique à la fois, ses triomphes sont très fréquents surtout dans les villes du grand sud" meuh

jeudi 24 juin 2010

VACHES 3

SUITE ...
Pour vous reposer des vaches ! La fontaine des Girondins,

achetée à 30€ le kilo en 1942 par la Commission de récupération des métaux non ferreux, démontée, et fort heureusement retrouvée intacte à Angers en 1945. Il a fallu attendre 1982 pour que les chars de la République et de la Concorde retrouvent leur place autour des chevaux marins !


J’ai creusé un peu et fini par trouver l’annonce d’un des artistes impliqués dans l’histoire. Si on feuillette internet de-ci, de-là, on s’aperçoit que les artistes devaient trouver eux-mêmes leurs sponsors, et certains ont eu du mal. Voilà ce que dit l'un d'eux sur son site pour attirer le "chaland" :

Bonjour,
Je me permets de vous proposer d'adopter une de mes vaches de la Cow Parade. Elle sera grandeur nature...Vous pouvez me demander aussi de réaliser une commande spéciale, en relation avec le message que vous souhaitez faire passer. (La vache n’est pas un support publicitaire et ne peut en aucun cas avoir le logo dans sa décoration. En revanche, le logo peut être mis sur la plaque du socle).
Entreprise, Collectivité, Association, Particulier, Commerçant … devenez « propriétaire » d’une ou plusieurs vaches.

Le prix de propriété d’une vache est de 7 800 € HT.
Pour ce prix, que vous pourrez défiscaliser, vous bénéficierez des avantages suivants:

Une vache (debout, broutant ou assise)
Le marquage de votre nom ou votre logo sur le socle de la vache.
L'exposition de votre vache du 7 juin au 14 septembre à l’emplacement choisi de commun accord avec l’organisateur.
La mention de votre nom dans le catalogue officiel, le site internet et le "Plan de Bordeaux and Cow » qui sera diffusé gratuitement pendant la Cow Parade.
Le droit d'utiliser l'image de votre vache, dans l'ensemble de ses supports internes et externes, sans limitation de durée.
La possibilité d'organiser des opérations de relations publiques et de promotion liées à la Cow Parade, sous réserve de l'accord de SV&CO.
L’invitation pour 4 personnes au vernissage le 3 juin.
N’hésitez pas à me contacter pour que nous nous rencontrions.
Le coût de l'artiste est à la charge exclusive du Propriétaire.
Bien évidemment vous pouvez intégralement défiscaliser ce coût.

A la fin de la Cow Parade, la vache sera vendue aux enchères au profit de la Banque Alimentaire de Bordeaux et de Gironde. Le propriétaire récupérera 25 % du montant de la vente et un reçu fiscal de 66 % des 50 % versés à l’association.
Ne soyez pas vache, adoptez en une.

Voilà qui est clair et net, tout le monde doit y trouver son compte, et l’organisateur, qui ne prend guère de risque, se rémunère sur les frais et touche aussi sa commission. Je vous fais visiter les prés bordelais dès demain !!! En attendant voilà le moineau du Régent, la Brasserie où l'on déguste de si bons steacks tartares ! Et pas des steaks Marylin !!
A SUIVRE...

mercredi 23 juin 2010

LIVRES A PONTAILLAC

D'après une amie, cela fait plusieurs années que le projet était en gestation : faire un salon du livre régional à Pontaillac. Pontaillac, son air de plage Belle Epoque, ses carrelets alignés comme à la parade, ses villas anciennes qui marquent la falaise comme autant de témoins d'une époque révolue. La première édition de ce salon a eu lieu cette année, modeste mais sympathique. C'est un premier pas. Trois tivolis, des auteurs régionaux vendant des oeuvres en patois charentais, leur premier roman ou des plaquettes historiques sur les principaux sites anciens de la région. Parmi les exposants, j'en ai rencontré quelques uns dont j'ai d'ailleurs déjà parlé dans ce blog : d'abord l'inspaérable paire de complices, Pierre Dumousseau et Olivier Fouché, auteurs des aventures en cartouche de Jules et Christo et du père Mille-Goules.

Je ne suis pas, loin s'en faut, n'étant pas "née native", une nostalgique du patois saintongeais, sorte de relique de la langue d'Oïl, une espèce de vieux français prononcé comme il y a 7 ou 8 siècles. Mais j'avoue que sa découverte m'a parfois étonnée, pétrie d'autres sonorités comme je le suis. Bien que cerné de près par la langue d'Oc qui l'entoure de toutes parts, faisant de lui une sorte de presqu'île seulement rattachée à sa terre d'origine par le patois poitevin, le saintongeais ne s'est pas altéré. Mis à part quelques rares mots empruntés aux régions proches, Bordelais, Limousin, Périgord, il conserve tous ses particularismes, particulièrement de prononciation mais aussi éthymologiques et grammaticaux. En particulier cet emploi d'un pronom neutre, "o" ou "ou", comme en Berry ou en Poitou. Mais, d'après un spécialiste, de façon mieux réglée que dans ces deux régions : ò devant une consonne "ò fait fret" pour "il fait froid", ò-l' devant une voyelle "ò-l' est b'vrai" pour "c'est bien vrai" souvent réduit à -l' dans la vitesse de la conversation. En complément d'objet direct ou indirect, le ou lui, cela devient ou : "J'ou f'rai pas" pour "je ne le ferai pas", précédé de z'quand le mot précédent ne s'élide pas ou que ce pronom est le premier de la phrase. "I z'ou f'ront" (ils le feront) "Z'ou f'ra-tu" (le feras-tu ?). Quand le pronom neutre interrogatif et sujet, on lui donne, quoique sujet, la forme "ou"; pour ne pas le confondre avec le COD ou COI on le fait précéder de "t" : "Fradra-t-ou ?" (fraudra-t-il ?). On suppose que ce pronom abstrait vient du latin "hoc", certains regrettant que la langue française n'ait pas su s'approprier ce neutre, si bien codé !*
Bien d'autres particularités émaillent ce patois : rien qu'en ce qui concerne les pronomns personnels on a un grammaire très savante, et complexe. Chaque personne ayant ses particularités : par exemple pour "elle" on dit "all'" : "all' vient" (elle vient) mais en interrogation les saintongeais retrouvent le "elle" : "Vindra-t-elle ?" (viendra-t-elle ?". Le plus marquant étant l'emploi de "je" pour "nous". A ne pas confondre avec le "nous" de majesté ! On le trouve d'ailleurs dans tous les parler paysans français, et bien sûr chez Martine dans Molière, reprise sévèrement par Bélise :
MARTINE
Mon Dieu ! je n'avons pas étugué comme vous,
Et je parlons tout droit comme on parle cheux nous.
...
BÉLISE
Ton esprit, je l'avoue, est bien matériel.
Je n'est qu'un singulier, avons est pluriel.
Veux-tu toute ta vie offenser la grammaire ?
Et pourtant ce langage était bien celui des "étugués" de la cour de François 1er, si l'on en croit Henri Estienne "Ce sont les mieux parlants qui prononcent ainsi, j'allons, je venons, je soupons". Et si l'on y réfléchit bien "je sommes" ou "j'avions" n'est pas plus un barbarisme que "il se bat", "ils se battent" l 'article indique la personne, la terminaison le nombre.
Mais rassurez-vous, dans la trilogie écrite publiée par nos auteurs au Croît Vif, "La Dame Blanche de Talmont", "La Vestale du Fâ" et "Le secret du Vieux Carrelet" (dont j'ai déjà parlé), seul le père Mille-Goules parle en saintongeais, les autres dialogues sont parfaitement compréhensibles pour les non initiés. J'ai fait à ce stand une vraie razia de BD, Olivier Fouché ornant chaque page de garde de superbes dessins pleine page, très léchés, pleins d'humour, qui en font des cadeaux fort prisés.
C'est d'une autre caractéristique étonnante du parler local que parle Fanny Brucker dans son deuxième roman, la manie qu'ont les saintongeais de dire "il" pour s'adresser à vous. Quand François, mon coiffeur, au début de notre installation en Charente-Maritime, me disait "elle doit est bien contente, elle a fini ses travaux", je me retournais et devant le salon toujours désert, j'essayais de comprendre qui avait bien pu faire des travaux, et me remémorant soudain les affres que je venais de traverser entre peintres et maçons, parpaings et poutrelles, je réalisais que c'était de moi qu'il parlait ainsi. Comme dit Fanny "En Charente, pas de vous, pas de tu, pas de you, c'est elle"... et elle avance une explication psycho-sociale "c'est un truc de complexés qui ne savent pas s'ils doivent utiliser le vous ou le tu"... A mon avis, le complexe est plus grave, je pense que c'est une difficulté d'appréhender l'autre directement, quand il vous fait face, une sorte de manque de confiance en soi, d'humilité permamente qui rend le dialogue suréaliste pour ceux qui ne sont pas au parfum !! Fanny Brucker, dont j'avais présenté le premier roman, Far Ouest, ne fait pas du tout dans le régionalisme, même si ses livres se passent ostensiblement et fermement dans la région. Ce deuxième roman, "J'aimerais tant te retrouver", toujours publié chez Lattès, ce qui faisait de l'auteure la "vedette" du salon, est plus abouti que le premier au niveau de l'intrigue, fort agréablement ficelée au demeurant. L'écriture est agile, légère mais travaillée (cela se sent un peu trop parfois, mais ce serait plutôt à son crédit), les destins croisés de ses trois héros s'emmêlent tout doucement au fil des pages. Cela peut être critiqué, car on l'a déjà fait, certains bons esprits pourront y voir une "recette" qui a fait ses preuves, mais la chute, habile, donne à ce roman une originalité interessante. Et puis, que voulez-vous, se promener dans un livre avec, en fond, des lieux parfaitement connus, décrits avec précision et souplesse pour raviver votre propre livre d'images, c'est toujours agréable.
Ma dernière rencontre a été celle de Nicole Bertin, la journaliste de Ouest France qui "sévit" sur Blogger, et dont le blog figure dans une de mes fameuses colonnes de droite !! Elle présentait un livre de photos de Venise, et m'a fièrement annoncé qu'elle allait fêter son 100 000ème visiteur. En fait, elle publie sur le net les articles qu'elle écrit pour son journal, appréciant en particulier de pouvoir les illustrer de façon moins frustrantes que par des clichés remaniés, mal recadrés et aux teintes approximatives tels qu'ils apparaissent sur papier. Près d'elle, un américain qui écrit en français et est aussi éditeur, Pierre Durand Peyrolles, m'a parlé avec émotion de son Dakota natal, de sa petite ville de Mitchell, 15 000 habitants, une université et le "célèbre" Corn Palace, sorte de palais des congrès, aux parois tapissées de la ressource locale le maïs, décliné dans toutes les teintes et refait chaque année. Cela m'a donné envie de relire les aventures de Koko et Yom Yom, les chats du séduisant journaliste millionnaire et détective, Jim Qwilleran, affectueusement baptisé "Quiou" de Lilian Jackson Braun. Cette trentaine de romans policiers facétieux valent pour leur description d'un état mythique, le canton de Moose, "situé à 600 kms au nord de partout", prétexte à une description, sans doute idéalisée mais véritablement sociologique de la vie provinciale américaine. C'est cette propension à décrire avec force détails, réalistes, vivants ou anecdotiques, la vie des vénitiens (Donna Leon) des chinois de Shangaï (Qiu Xialong) ou des islandais de Reyjavik (Arnaldur Indridason)... qui fait de moi une lectrice assidue des séries policières de 10/18. J'ai ainsi dégusté dernièrement "Les courants fourbes du lac Taï" de Qiu Xialong, en en retirant la délicieuse impression d'avoir passé quelques jours agréables au bord de ce lac de rêve, malheureusement pourri par les déchets toxiques des usines environnantes, situé à Wuxi, aux alentours de Shangaï. Petit voyage en Chine, paisible et bon marché !

* j'ai utilisé pour étaler ainsi un savoir dont je n'avais pas la plus petite parcelle, la bibliographie détaillée de Lexilogos,  et en particulier Patois de la Saintonge, curiosités éthymologiques et grammaticales" de Boucherie, un livre de 1863 que, par la magie d'internet, Google nous offre, comme tant d'autres, entièrement scanné, rendant les visites aux bibliothèques savantes superflues !

lundi 21 juin 2010

ENTRE DEUX VACHES... ON AVANCE MASQUE !!

Maïté AMIELL a fait un doctorat de sciences économiques à l’université de Bordeaux, rien qui la prédisposât aux rêves et à l'éphémère. En 1981, elle avait 34 ans, elle dût s’arrêter de travailler pour se reposer à l’occasion de la naissance d’un enfant. C’est alors que la magie entre dans sa vie. Venise, découverte quelques années auparavant, Venise, triomphe des sens et douceur vénéneuse d’un canal au crépuscule, Venise et son Carnaval vont envahir son imaginaire et n’en plus ressortir. Elle invente, nourrie de ses lectures et d’une solide culture lyrique, des personnages auxquels elle donne visage. Une recherche passionnée sur les matières et les formes donne des ailes à son inspiration, et elle renoue avec le temps des fêtes galantes et des nuits de carnaval sur la lagune. Depuis, elle crée une galerie de portraits, la Divine Comédie, composée de masques à manche, faces à main et loups voluptueux, giclées de pierreries et larmes de paillettes sur fond de lamées anciens, de soieries à la Fortuny, agrémentée d’envolées de voilettes et de plumes vaporeuses.

Chaque masque est une figure unique, un personnage d’opéra, un être mythologique ou légendaire : il se pare de tous ses éclats et de toutes ses chimères pour une soirée. Maïté crée des parures mais aussi des souvenirs en devenir, le masque restera comme le souffle évanescent de la folie d’un soir et racontera longtemps encore ses illusions entrevues. Elle a participé à de nombreuses expositions et Bourg sur Gironde nous a permis de découvrir ses créations, légères, fantasques, drôles et tendres. Je suis certaine que vous imaginerez des légendes pour certains de ceux que j’ai photographiés pour vous (il vous faudra sans doute cliquer sur l'image pour mieux voir les détails).

dimanche 20 juin 2010

JEANNE D'ARC AU BUCHER

Mon article est urgent, car même s'il n'a que peu de chances d'être lu et de convaincre quelques personnes d'aller voir le spectacle, il est important de parler de Jeanne d'Arc au Bûcher de Claudel, interprété par la troupe du Théâtre en Pièce de Chartres. Il s'agit d'une tournée organisée sur le Chemin de Saint Jacques de Compostelle entre Nottonville et Saint Palais en Pyrénées Atlantiques. Des haltes prestigieuses sur ce chemin mythique bordé d'églises superbes, Vendôme, Tours, Sainte Maure de Touraine, Melle, Pons, Blaye, l'abbaye de Saint Ferme en Bazadais, et hier soir, Aulnay de Saintonge. Une des plus belles églises bénédictines de Saintonge, un chef d'oeuvre d'équilibre et de foi lumineuse.
Arrivés en avance à Saint Pierre d'Aulnay, pas un chat. Rien, pas âme qui vive dans ces lieux pourtant habités par l'esprit. Nous serions-nous trompés de jour ? Y aurait-il une deuxième église Saint Pierre... Nous voilà partis, tournant dans le village un peu désert, quand soudain j'avise un monsieur bien habillé... Pas très au courant de la typologie des lieux, il me dit aller à la noce qui se tient à la salle des fêtes mais me conseille vivement d'aller voir au bistrot. Et, miracle, au bistrot on est courant : le lieu a été changé car la fameuse noce a eu besoin de l'église (on hallucine, le curé n'était pas au courant quand il a accepté de prêter son église au TEP ??) et on a installé la pièce à Saint Mandé... Pardon ? Oui, Saint Mandé, un hameau à 5 kms. Déjà que Claudel ne fait pas recette, Claudel avec un changement de lieu impromptu et même pas fléché par la municipalité d'Aulnay, heureusement que le bistrot était au courant !

La pièce de Claudel fut écrite sur la commande d'Ida Rubinstein et de Darius Milhaud en 1934. L'auteur pas inspiré, commença par refuser puis, "tout à coup, choc irrécuable, celui de la conception ! La vision de 2 mains, ensemble garottées, qui font le signe de la croix. La pièce était faite; je n'avais plus qu'à l'écrire. Ce fut l'affaire de quelques jours." Sans doute pas l'une des pièces les plus connues de Claudel, difficile à monter car s'y mêlent choeurs et personnages multiples, mais très jouable comme nous l'a présenté le TNP, avec accessoires et bande son.

Jeanne d’Arc sent les flammes du bûcher la frôler avant de la dévorer. Elle, la petite fille de Domrémy, la pucelle d’Orléans, la combattante. Qu’a-t-elle fait de mal pour mériter le bûcher ? Elle se le demande alors que l’Evêque Cauchon vient de la condamner à mort. La pièce n’est ni historique, ni chronologique. Elle raconte, par flashes, la fragilité de la vie, la barbarie des hommes, l’absurdité des destins que fomente l’injustice. Claudel place l'action au sommet de la vie de Jeanne, sur le bûcher d'Orléans. "Ainsi les mourrants, dit-on, voient à la dernière heure se déployer tous les événements de leur vie, à qui sa conclusion imminente confère un sens définitif".

Mélanie Pichot joue sur les contradictions de l’être humain. Elle passe de l’ombre à la lumière. Ses silences sont encore plus brûlants que ses paroles. L’expressivité de son visage, de ses gestes, de ses postures est étonnante. Pierre-Yves Desmonceaux est son partenaire, il joue Frère Dominique, un prêtre sans-abri qui recueille les confidences de Jeanne com¬posées d’incompréhension et de peur. Au moment du procès, il devient Président du jury. Il passe de l’humanité à l’inhumanité avec bonheur. Le pianiste François Cornu fait de la musique d’Olivier Messiaen un troisième personnage qui dialogue avec les deux autres. La troupe a choisi Messiaen au lieu d'Honneger qui, pourtant a monté la pièce avec Claudel, mais ce choix est parfait et leur a permis de supprimer toutes les ritournelles un peu répétitives du texte originel. Texte qui, par ailleurs, est parfaitement respecté, dit et interprété, dans le respect de la langue et de la forme. Seul petit problème à Saint Mandé, d'autant plus excusable que le changement de salle en dernière minute a dû perturber la troupe, il y avait un peu de réverbération dans l'église et certaines phrases étaient difficiles à entendre. La mise en scène sublime le texte de Claudel en jouant avec les ombres et les couleurs rendant le spectacle très visuel. Aussi torrides que les feux de l’enfer, les notes d’Olivier Messiaen sont autant de questions cognant dans l’esprit à vif de la condamnée. Au total, un spectacle de très grande qualité, beaucoup plus facile d'accès que le nom de Claudel ne le laisserait craindre à des non spécialistes, court et vraiment beau. Or... Nous étions environ 25 personnes à Saint Mandé. C'est pour cela qu'il y a urgence, et que j'espère que ces lignes seront lues, donnant envie à certains, à Pons, à Blaye, à Melle, à Saint Vincent de Paul, à Tauriac, au Vieux Lugo, à Arancou ou à Saint Palais, d'aller voir Jeanne d'Arc au Bucher. Une entrée à 12 euros, une heure de bonheur, un spectacle beaucoup plus moderne qu'on ne l'imagine grâce au talent de la troupe du Théâtre en Pièce.

Et, au sortir de ce beau moment de théâtre, du vrai, avec une pièce en bonne et due forme, nous sommes allés sans rancune saluer l'église d'Aulnay, miroitante sous la lune.

samedi 19 juin 2010

VACHES 2

SUITE...

Larry’s Cow pour un magasin en ligne de services culturels

J’ai fini par trouver un site belge consacré au sujet en 2003, quand la parade fit escale à Bruxelles. Et mes soupçons ont été confirmés : tout est flou et opaque, mais l’affaire est forcément juteuse.


"Art, fun and charity" une grande exposition (art) accessible à tous (fun) pour la bonne cause (charity) fonctionne comme suit. Un "mécène" achète une vache pour la maudite somme de 4250 Euros. Il la fait décorer par un "artiste" (ministre de la région wallonne, enfants de journalistes...). La vache est exposée dans la rue pendant 3 mois vissée à un socle de pierre. A l'issue de cette exposition, elle est vendue aux enchères. 33% des bénéfices de la vente vont à des fondations d'aides à l'enfance. Les autres 67 % retournent dans la poche des différents investisseurs (mécènes, cow-parade, art on cows) »

Le journal Sud-Ouest qui annonce l’ouverture de la manifestation parle d’une quotité de 50% reversée à la Banque Alimentaire. Même à raison de 25% seulement pour l'organisateur, et comme ce dernier avance fièrement qu'il a versé 20 millions de dollars à des organismes caritatifs ( admettons que ce soit 50%), cela signifie qu'il en a lui-même touché 10 millions, auxquels s'ajoutent les frais divers qu'il s'est forcément fait rémunérer en amont, avant le calcul du bénéfice réparti entre les différents protagonistes. Plus, bien sûr, les produits induits, modèles réduits, casquettes et tapis de souris !! En 10 ans, ce n'est pas si mal !!
A la page « parade médiatique » le blogueur belge expose en détail tout ce qui me semblait induit dans ce grand attrape "couillon" qui est livré à notre admiration, à défaut de notre méditation. Le côté consensuel extrême, gentil et sympa, les effets médiatiques, les implications commerciales et le faire-valoir juteux pour les cow-propriétaires. Il y confirme que le côté artistique, le seul vraiment mis en cause par la presse, est très théorique :

« Dans l'abondante lecture que nous avons avalé pour vous, seul un petit encart de l'hebdo "Zone 02" s'interrogeait sur la dimension prétendument artistique du projet, comparant la vache-à-peindre-pour-artiste à un croquis-à-colorier-pour-enfant. Quant aux critiques, elles ont été présentées dès le début comme marginales et émanant de quelques intellectuels sans doute trop sérieux pour être sensibles à la fraîcheur de cette initiative qui montre que l'on a de l'humour en Belgique »

Marylin Cow : pour un célèbre fabricant de fast food, à base de cow !!

Il développe aussi toutes les actions de vandalisme, déprédation, détérioration, saccage, vol qu’ont eu à subir les ruminants bruxellois. C’est assez drôle, des gens fort sérieux se sont penchés sur le sujet, et ont savamment détecté deux sortes de vandalisme : le vandalisme « normal », dû à l’usure d’usage. Les admirateurs étant tout, sauf respectueux de l’Art en question, on va jusqu’à avancer des explications sociologiques pas très logiques, « les freins sociaux sont moins solides; ce vandalisme serait le fait de gens peu habitués à être en présence d’œuvres d’art. En somme, des gens "peu cultivés", qui ne vont pas au musée et qui donc, une fois confrontés à une œuvre d'art contemporain en rue, ne peuvent pas reconnaître ce qui est beau… ». Et puis le vandalisme organisé, de la suppression volontaire des plaques de tous les mécènes jusqu’à l’enlèvement pur et simple, en passant par le lacérage au cutter, cela donne lieu à toutes sortes d’interprétations mais au demeurant cela semble inévitable.

Et puis surtout, il se pose les vraies questions sur l’intérêt financier de l’affaire « Et la voilà (une organisatrice), s'apitoyant sur le sort de cette vache qui ne pourra plus être mise en vente au profit d'œuvres caritatives, omettant cependant de rappeler aux lecteurs que sa société empoche 22% de cette vente, que le sponsor (récupérant ainsi au moins une partie de sa mise) et le concepteur suisse du projet prélèvent chacun une commission semblable (25% et 25%), ou encore que ladite vente aux enchères est avant tout conçue comme un "return" pour les patrons (publication d'un catalogue, présence des vaches pendant cinq jours sur la Grand Place, nouvelle campagne de presse, etc.) »

A SUIVRE ...

vendredi 18 juin 2010

CHOCOLAT SANS LAIT...

Petite virée en forme de corvée dans le Lot... On en profite au passage pour une halte bienfaisante à Terrasson La Villedieu, au restaurant l'Imaginaire dont j'ai déjà parlé en termes très louangeux dans ce blog.
A Terrasson, la Vézère a encore un aspect impressionnant, bien que nous passions près d'une semaine après que des trombes d'eau aient submergé les départements du Lot et de la Dordogne. La rivière coule presque au ras des arches des ponts, et lorsque nous nous penchons vers les flots agités, la teinte de l'eau est carrément chocolat... mais au sens "décoration", un chocolat amer, foncé, brut et inquiétant. Je n'avais jamais vus des eaux de cette teinte, épaisse et sombre.


L'Imaginaire, tenu par le chef Eric Samson, est très accueillant, son cadre confortable installé dans l'ancien hôpital de pélerins de la ville, est chaleureux en cette fraiche soirée de juin.


La table est toujours aussi imaginative et, outre d'excellents mets dont le plus impressionnant fut sans doute le soufflé aux fruits de la passion servi en dessert, nous avons la chance d'y goûter un végétal étonnant dont j'avais entendu parlé dans le supplément gastronomique de la revue Sud Ouest, et projeté, une idée oubliée trop vite, d'en commander quelques plants. Il s'agit de la Mertensia maritima, l'huitre végétale, qui poussait naturellement sur le littoral Atlantique jusqu'au début du siècle dernier, puis disparue à cause de la gourmandise des bordelais, oubliée et retrouvée grâce à Hugues le Cieux. Cette petite feuille bleutée offre une indéniable saveur d'huitre. J'avoue qu'à la lecture de l'article, je me suis précipitée sur le net, j'ai trouvé le site du Jardin des Senteurs à Biganos et, comme la saison n'était pas encore à la plantation, j'ai aussitôt oublié d'en commander quelques plants. Surtout, je pensais que le journaliste faisait son travail de sensationnaliste et exagérait l'intérêt de cette plante. Mais dès que j'ai croqué cette petite feuille vivace qui accompagnait le foie gras, j'ai su que c'était elle. Sa saveur iodée, son parfum maritime est absolument authentique. Alter, qui n'en avait jamais entendu parler, a tout de suite identifié son goût particulier. C'est totalement bluffant et d'une réelle originalité : peut-être n'est-il pas trop tard pour en planter quelques godets, la saison a été tellement froide jusqu'à présent !!!
Et puis, comme il n'est pas raisonnable de ne recommander que des tables déjà (re)connues et étoilées, je vous ai fait un petit montage du délicieux déjeuner pris sur le "tour de ville" à Gourdon, dans une pizzeria à la vaste terrasse ombragée, où l'on déjeune, pour 10 euros, d'un potage comme seuls ces établisssements familiaux savent encore en servir, d'une platée de tagliatelles au saumon délicieusement parfumée, et d'une fraise melba aux saveurs authentiques... Le tout joliment présenté ! C'est chez Pizz'Ali Dolce Vita, boulevard Galliot de Genouilhac.

jeudi 17 juin 2010

VACHES 1

En agrandissant la photo, vous pouvez essayer de trouver l'activité des sponsors... solutions en bas de l'article

La grande parade des vaches… Vous en avez forcément entendu parler, ne serait-ce que parce qu’elle a déjà eu lieu en 2006 à Paris. Elle existe depuis 1999 et se propage de ville en ville, à travers le monde entier. Un truc vachement commercial, pas de doute, mais qui se pare des atours de la charité (pardon, le mot est démodé, mais j’adore les mots démodés). La Cow Parade se dit, excusez du peu, manifestation internationale d’art contemporain de rue. Le concept est simple : des vaches, en résine blanche et de taille réelle sont achetées par des entreprises, des associations ou des collectivités. Ces dernières les confient à leur tour à des artistes, et une fois transformées, décorées, sculptées, accessoirisées, les vaches sont exposées dans les rues d’une ville, enfin de 100 villes car le concept, lucratif sans aucun doute, a déjà fait le tour du monde. À la fin de l’exposition, les vaches seront mises aux enchères et une partie du prix payé par les heureux acheteurs de ces compositions sera reversé à une association caritative. Bordeaux & Cow 2010 a choisi d’attribuer cette somme à la Banque Alimentaire de Bordeaux et de Gironde. Car Bordeaux, après tant d’autres, accueille cette manifestation tendance depuis le 7 juin et exposera les ruminants décorés jusqu’au 14 septembre.

On commence par faire la fine bouche, malgré le texte accrocheur : « Vous êtes le cent millionième admirateur de ces vaches hors du commun qui ont été exposées dans plus de 60 grandes villes et qui ont permis de récolter 20 millions de dollars pour le financement de projets caritatifs ». Que voulez-vous, moi quand on me classe 100 000 001ème, ça me déprime, c’est comme quand on m’annonce qu’il y a 20 000 000 de personnes qui regardent le même film que moi, ça me met de bourdon. Admirateur, le mot surprend, car honnêtement on n’admire pas, on rit, on cherche les calembours, on scrute les détails, on plaisante mais cela ne va jamais plus loin. Ensuite, comme on a la manie de ne pas être au courant des grandes tendances chez les Alter-Michelaise, on doute : comment, ces vaches flambant neuves auraient déjà subi le chevauchage de millions de personnes et seraient aussi rutilantes ? Non, elles n’ont pas été exposées dans 60 villes du monde, mais d’autres ont été conçues, photographiées, vendues ailleurs. Celles-ci sont faites par des artistes locaux pour des mécènes régionaux et seront vendues pour une cause indigène. Bon, déjà on y voit plus clair. Car le cartouche continue « Chaque vache est unique et résulte de la rencontre avec un cow-propriétaire. Merci aux partenaires pour leur soutien, aux propriétaires pour leur enthousiasme et aux artistes pour leur créativité ». Bon, c’est vrai, elles sont drôles et gaies ces bestioles et il ne faut pas être bégueule ! On finit par céder aux sollicitations que ces bêtes multicolores font naître : photos, sous tous les angles, en attendant parfois 10 minutes que le défilé des cavaliers soit terminé. Car la grande joie des touristes, dont la quantité sans cesse accrue à Bordeaux ne cesse de nous surprendre, est de se faire photographier à cheval sur les animaux. Je me demande à quoi elles ressembleront au moment de la mise en vente.


Mais justement, parlons-en de cette mise en vente et tachons d’y voir un peu plus clair. Car tout cela semble tellement opaque : qu’est-ce ? De l’art ? Du marketing pour assurer la pub des mécènes ? Du caritatif ? Je suis allée à l’Office de Tourisme pour avoir une brochure explicative, mais pas un mot de plus que sur les cartouches. J’ai donc pas mal cherché sur le net, mais je suis surtout tombée sur des liens commerciaux, car cela procure pas mal de fric toute cette histoire, vente de produits induits, collections de petites vaches, casquettes, tee-shirts etc etc. Cela se monnaye sur Ebay en fonction de l’ancienneté, de la rareté ou des modes. Et puis, cela procure aux organisateurs des espèces suffisamment sonnantes et trébuchantes pour que le concept, comme on dit joliment dès qu’il s’agit de gagner de l’argent à la pelle, ait fait florès. Plus de 60 villes avant Bordeaux nous dit-on, allez voir sur le site officiel, vous serez impressionnés. Il y a même un site qui nous offre une contrepèterie trompeuse de low coast, trompeuse car les prix n’y ont rien de cassés, le lost-cow city !
A SUIVRE...

Solution de la photo :
1. VCUB : la vache de la Communauté Urbaine de Bordeaux
2. Le comité des vins de Bordeaux
3. La femme du Torero : pour France Aquitaine
4. Marine : la vache du FC Girondins de Bordeaux
5. Cow contruction : pour un entrepreneur de travaux de construction
6. Mademoiselle Marguerite de Tourny : sponsorisée par les restaurants huppés des Allées de Tourny
7. Vache AC/DC je ne sais plus trop pour qui
8. Cow-lait-œufs : La Banque alimentaire de Bordeaux et de la Gironde
9. La ronde des quartiers de Bordeaux

mercredi 16 juin 2010

LA NUIT DE DON JUAN

Autour du thème de l’éternel séducteur, impudent et cynique, "La nuit de Don Juan", spectacle phare d'Artissimo, offrait un pot pourri particulièrement réussi d’airs d’opéra, de pièces pour piano, de danses et de textes poétiques ou lyriques, entrecoupés de jongleries et de feux d’artifices. Cinq intervenants conjuguaient leur talents pour notre plus grand plaisir : au piano, bien sûr, François René Duchâble, pour les réminiscences de Don Juan de Liszt, une partition proprement démente, Albeniz, Granados, Ravel et autres.

A la voix, Alain Carré, au timbre toujours aussi velouté, au phrasé impeccable et à la présence tonitruante, expert en l’art de manier la séduction, même si son empâtement est de mauvais aloi. Le jongleur d’Eyrignac nous a captivés par ses manipulations expertes et féeriques. Un soprano colorature, Françoise Perraud, au timbre un peu métallique mais fort agile, a chanté trois airs de Don Juan et des poèmes lyriques de Turina, propres à faire frémir de désir le plus blasé des galants. Enfin une danseuse sensuelle et nerveuse, Ana Yerno, a dansé « à cru », je veux dire sans musique, flamencos et sévillanes. Passionnée et charnelle, elle a « enlevé » la Danse du Feu de De Falla, accompagnée magistralement par Duchâble comme un point d’orgue en feu d’artifice à ce spectacle complet et irréprochable.

Pyrotechnie et éclairages étaient réglés avec précision et beaucoup plus d’à propos qu’à Eyrignac, apportant au spectacle cette petite pointe de folie qui en faisait une vraie réussite. Une petite dégustation de Côtes de Bourg (qu’on appelle maintenant des Blaye Côtes de Bordeaux) jeunes et encore un peu tanniques, mais prometteurs, concluait le spectacle et même si j’écris ces lignes encore sous l’emprise de leurs vapeurs parfumées, je vous assure que mon jugement est clair et le festival Artissimo dont nous avons étrenné la première mouture, mérite amplement nos félicitations. Le cadre de la Citadelle est enchanteur, le silence parfait, la programmation intéressante et on espère qu’un deuxième essai verra le jour en 2011… Un festival à recommander pour les amateurs de découvertes, de musique de qualité et de bon vin. Une vulgarisation au sens noble, qui rend la "grande" musique accessible et permet de dépasser le risque de l'ennui, dû souvent à la méconnaissance ou plus simplement, à la partition !

mardi 15 juin 2010

AUTOUR D'ARTISSIMO

Le Festival Artissimo, créé par une association regroupant des viticulteurs et des musiciens professionnels, se propose comme objectif de développer et promouvoir le canton de Bourg sur Gironde, à travers l'Art, la musique, vous l'avez compris, mais aussi tous les demaines de la création artisitique.
Donc pendant ces 3 jours, Bourg était "village d'art". Nous avons, bien sûr, parcouru les expositions. Les artisans, les artistes, l'école Carnets de Bord, mais pas vraiment de coup de foudre. Ce qui nous a fait penser que FPL, notre "fameux" (en tout cas, vous commencez à le connaître !) galériste avait soit du feeling, soit des goûts qui finalement correspondent aux nôtres, même si ceux-ci sont encore en gestation, car chez lui, nous avons, à chaque fois, un coup de foudre ! Et, de retour à Royan, nous avons visité la fameuse exposition qu'il a organisée au Palais des Congrès, et là, encore... mais ce sera l'objet d'un prochain billet !

Toujours dans l'esprit d'une musique accessible au plus grand nombre, et parce qu'il aime bien cette ambiance bon enfant, et sait ne pas être pédant, Duchâble s'est livré à son exercice favori : faire du vélo. Faut dire qu'il a la ligne l'animal, on sent le sportif. Il n'était pas sur le "célèbre" tripianoteur de Gérard, un crapaud Erard de 1949, tout de même, mais sur un simple engin constitué d'un clavier électrique Yamaha et d'un vélo à trois roues. Artissimo n'a d'ailleurs pas usurpé le nom de tripianoteur, parlant de pianocipède ! Et François René, en maillot de la coupe du monde de rugby 2007 (il ne peut pas être mauvais cet homme !), s'en est au donné à coeur joie au milieu des légumes, des odeurs de charcuterie et des cris du marché. Pour la plus grande joie du public à qui il a fait chanter une chanson de Piaf, après Chopin ou Schubert.

lundi 14 juin 2010

PIANOS EN DUEL

La citadelle de Bourg, un cadre de rêve pour un nouveau festival de qualité : Artissimo

Les fourches caudines de l’étrange lucarne sont incontournables mais il est toujours surprenant pour le non-pratiquant d’en constater les effets. Un nouveau festival s’est créé cette année à Bourg sur Gironde, plus connue jusqu’à présent hors de nos frontières régionales pour le breuvage qui s’élabore aux alentours que pour ses aspirations culturelles. Artissimo a pour ambition de réparer cette injustice et se propose de décliner tous les arts, de la peinture à l’artisanat, en passant par, noblesse oblige, la musique. Nous avons donc choisi de venir y écouter François René Duchâble, nos références restent classiques, qui, depuis qu’il a jeté son piano dans le lac d’Annecy s’est reconverti dans les spectacles multivalents construits autour du piano : on y parle, on y joue, on y jongle, on y égrène des feux d’artifice pour la plus grande joie d’un public mélangé de mélomanes et de curieux. Nous l’avions déjà entendu deux fois, accompagné de son complice Alain Carré, aux Jardins d’Eyrignac, dans le cadre du Festival du Périgord Noir. Et si l’an dernier nous nous sommes juré de n’y point retourner, c’était pour une raison technique qui, à cause d’un micro mal réglé, avait mis la soprano dans une situation indigne.

Le Castel de Camillac, accueil parfait, vue magnifique et cadre enchanteur ! A recommander...

Quitte à venir écouter les compères en soirée, et ayant fait halte dans une chambre d’hôte vraiment délicieuse, le Castel de Camillac, nous avons pris l’autre concert du jour, un duel de pianiste opposant François René et un certain Zygel. Et oui, je vous l’ai déjà dit, nous n’avons pas la télé, donc un improvisateur pourquoi pas ? Et voilà qu’il parait que ce monsieur, au demeurant fort doué, est une vedette médiatique, qui sévit sur les ondes non seulement radiophoniques, mais aussi, sous forme d’une émission de vulgarisation de bonne audience, télévisuelles. D’où deux concerts, pris d’assaut en milieu d’après-midi, par des foules acquises aux démonstrations, au demeurant fort habiles, du duo en question. La magie de l’étrange lucarne, c’est de vous remplir à craquer une salle de concert, dans un lieu improbable, au motif que le héros est « passé à la télé ». M’enfin, on ne va pas cracher dans la soupe, et ce brouet là était, sans conteste, fort bon ! Il s’agissait plus d’un dialogue que d’un duel et le rendu musical était d’excellente qualité.

D’autant plus passionnant que les artistes jouaient sur une collection de pianos anciens, une bonne partie venant d’ailleurs de chez Gérard, le domaine musical de Pétignac étant de toutes les fêtes du clavier. Un Erard de 1828, modifié par le facteur lui-même en 1849 pour en stabiliser le son, le Erard de Pétignac, très velouté et délicieux à jouer (dixit Alter), un Schantz étonnant qui  possède 5 pédales dont la fameuse pédale turque, qui a permis à Zygel de nous offrir une improvisation presqu’orchestrale. Au programme, une rhapsodie de Liszt, interrompue par le trublion de service, un début de partition inachevée de Mozart complétée par ses soins, les 3 dernières lignes écrites par Wagner, développées et enjolivées à souhait, et quelques études de Chopin, rendues délicieusement dissonantes par des incursions jazzy pleines d'humour.

Pas de doute le duo s’entend bien et leur numéro est parfaitement au point, pour la plus grande joie des badauds et au service de la musique en toute honnêteté intellectuelle. Duchâble ne se commet pas avec un gougnafier, fut-il une vedette des ondes, et le résultat était vraiment réjouissant. 

dimanche 13 juin 2010

HAENDEL ET LOUIS

Je ne sais ce qu’en aurait pensé JMV, grand spécialiste de Haendel devant l’Eternel, mais mon voisin de corbeille ne cessait de pester. Accompagné de sa vieille maman qui faisait chorus, ne supportant pas quant à elle qu’on ait osé une mise en scène sur un oratorio, il gémissait aux interventions de Jephta, rugissait aux approximations de chœurs, et vouait la jolie soprano aux feux de l’enfer, refusant de l’applaudir et lui enjoignant « Va mourir » lorsqu’elle vint saluer. Il faut dire que le thème rebattu du valeureux chef de guerre qui, pour s’attirer les faveurs de Dieu, fait le serment de lui sacrifier la première personne qu’il rencontrera, prêtait à ce genre d'invective. La victime désignée n’étant bien sûr autre que la fille du héros ce qui déclenche le débat cornélien de ce dernier entre sentiments paternels et soumission à la promesse faite à Dieu. L'intervention divine pour arrêter in extremis le meurtre expiatoire étant la fin annoncée de ce terrible dilemme. Autant dire que ce sans doute spécialiste et par conséquent difficile monsieur, au demeurant sans doute le plus volumineux de la salle, était fort mécontent de sa soirée.

N’ayant, fort heureusement, ni les préventions ni la science musicale de mon voisin, j’ai passé une soirée bien plus agréable que lui ! D’abord, et toujours, la joie de retrouver le monument de Louis, « une mise en abyme d’esprit baroque dans un écrin classique » dixit Alter toujours en verve quand il s’agit du Grand Théâtre de Bordeaux. Ensuite, allez savoir pourquoi alors que j’ai fait mes réservations terriblement tard, la meilleure place que nous ayons jamais eue dans cet endroit sublime, mais d’un inconfort toujours douloureux pour le spectateur. Je rappelle à tout hasard que, le public bordelais fustigé par Alter pour n’avoir pas su, à l’époque de la construction, reconnaitre le talent de l’architecte Victor Louis, même pas invité à l’inauguration du bâtiment à la suite d'une vulgaire cabale politique, n’est pas non plus grand amateur de musique baroque, même si les concerts qu’on y entend sont parfois de grande qualité. Toujours est-il que Haendel y fait moins recette que Franz Lehar, ce dont j’aurais mauvaise grâce de me plaindre, vu les places obtenues en réservation tardive !!!

Notre opéra était coproduit par le GTB et l'Opéra National du Rhin, et il semble, d'après les critiques que notre version ait été d'une moins bonne qualité que celle de Strasbourg. J'ai l'impression que là-bas, Jane Glover a pu obtenir des Choeurs et de l'Orchestre ce qu'elle avait en tête. Son approche ample et musclée de la musique baroque était propre à servir dignement Haendel. Mais si à Bordeaux elle en a perdu sa baguette, qui soudain a volé entre les violoncellistes, c'est sans doute qu'il lui fallait une énergie considérable pour dépasser l'impréparation de ses troupes. Le rôle titre était bien décevant, même si son registre s'est assoupli dans le deuxième partie du spectacle.

Mais pourtant, j’avoue en toute humilité, et tant pis si des puristes passant par là y trouvent à redire, que j’ai aimé, avec les réserves d’usage, ce Jephta. Certes c’était la première, et il y avait, au détour de quelques scènes, de nombreux ajustements à faire : Jane Glover, avait parfois du mal à dompter tout son monde et sa direction énergique et spirituelle, s’est heurtée plus d’une fois aux imprécisions des chœurs ou des solistes. Certes les voix étaient, toutes, « petites », mais certaines, dont celle du contre-ténor, étaient vraiment « jolies » et l’élégance est parfois préférable à la puissance. Bien sûr, les solistes n’étaient pas toujours très à l’aise, mais certaines scènes, dont le quatuor vocal de la 2ème partie, ont été particulièrement réussies.
Surtout, j’ai beaucoup aimé la mise en scène de Jonathan Duverger et Jean-Marie Villégier, même si quelques lourdeurs, en particulier dans l’expression un peu simplette du sentiment religieux, sont venues entacher l’ensemble. J’ai vraiment apprécié cette ambiance de tableaux hollandais du XVIIème siècle, les choristes figés au balcon comme les notables néerlandais du Syndic des drapiers de Rembrandt, les scènes intimistes éclairées comme des De La Tour, les ballets discrets dont les thèmes venaient illustrer le texte, intervention divine, pommier, fleuve, papillon ou rocher, alors que le décor se constituait d’un simple jubé d’acajou immuable aux sobres allures d’église méthodiste.

Plus tard, nous avons délicieusement terminé la soirée au Café de l'Opéra (anciennement Café Louis), avec un petit menu plein d’invention, une mousse au chorizo épicée avec précision, un espadon accompagné du fenouil le plus parfumé que j’aie rarement mangé, et une panna cotta aux fruits rouges tout à fait à la hauteur. Nous avons vu mon atrabilaire et ventripotant voisin partir, cheveux au vent, au bras de sa maman, continuant ses diatribes assassines, tandis que nous sablions un petit Entre Deux Mers gouleyant à leur santé !!!

samedi 12 juin 2010

UNIVERSEL *

Au courrier, une nouvelle invitation de FPL, le galériste de Royan qui accepte de nous prendre au sérieux dans nos errances "artistiques". Faut dire que nous sommes des "clients" atypiques, pas du tout férus de cocktails d'inauguration, imbibés d'art ancien jusuqu'à la moelle et totalement inaptes à comprendre le pourquoi du comment de la cote des oeuvres contemporaines... d'où une nécessaire indécision, des coups de coeur non suivis d'effets, en termes d'acquisition sonnante et trébuchante, et pourtant, vraiment désireux de progresser. Donc, quand FPL nous signale un accrochage, on fonce ! Pour voir, pour se "faire les dents" !! Et puis, j'ai toujours une promesse de cadeau pour mes 55 ans, que je vais faire tenir jusqu'aux 56 !!! J'aime bien les promesses et les possibles non encore épuisés !
La nouvelle exposition commencera le 18 juin, ce qui nous a fait prendre conscience que la précédente va bientôt se terminer. Bon, on y avait mis de la bonne volonté mais à chaque fois, on s'était heurté à porte close, et Alter disait "Bof, de toute façon c'est pas grave, à travers les vitres, ça n'a pas l'air terrible !"

Accueillis par "notre" FPL rigolard, qui nous déclare ex abrupto "la dernière fois que vous êtes passés, j'étais en train de préparer l'exposition Keip", nous en avons pris pour notre grade : d'abord, on avait à notre disposition une autre expo, au Palais des Congrès à Royan, et faute de regarder autour de nous, on a failli la rater... la visite est programmée pour dimanche prochain ! Et puis, surtout, un blog, c'est public !!! Et oui... vous le savez, sans doute, comme moi, mais là, cela devient palpable... Car bien sûr "Monsieur" FPL (qui bien évidemment a un nom, un vrai !!!) à qui je demandai "Mais comment savez-vous que nous sommes passés ?", m'a carrément mise au parfum "Votre blog..." Ben voyons, il suffisait d'y penser ! Merci Franck Pierre de me lire !

Accueil chaleureux donc, et découverte de Marc-Antoine Goulard. Et, contrairement à ce que prévoyait Alter, un vrai coup de coeur. Marc-Antoine n'était pas, à proprement parler un enfant déshérité : il est né à Neuilly en 1964 et les bonnes fées se sont penchées sur son berceau en lui donnant un talent artistique reconnu dès l'enfance. Il jouait de la flûte traversière, et si bien, qu'il fut récompensé très jeune par le premier prix du Conservatoire de Paris. Carrière professionnelle en vue et en principe, sur des rails. Et voilà qu'il décida d'aller apprendre le saxo aux States et la composition jazz à Boston. Rien de bien révolutionnaire jusque là, on a vu d'autres flûtistes classiques se destiner au jazz, et avec talent ! Là où l'affaire se complique est que notre jeune instrumentiste (il avait 20 ans) découvrit un peu par hasard la peinture et en conçut un tel bonheur qu'il décida de tout abandonner pour s'adonner exclusivement à cet art plastique, totalement inédit pour lui. Comment se forma-t-il ? L'histoire ne le dit pas, mais on peut supposer que les fées sus-mentionnées avaient été généreuses avec lui et avaient aussi saupoudré son berceau de poudres et de terres colorées. En tout cas c'est ainsi qu'il travaille : il peint à l'huile et fait fabriquer ses mélanges à l'ancienne, broyés et mêlés de pigment en quantité raisonnable, par une entreprise hollandaise spécialisée dans la composition des couleurs à la demande.

Et ensuite, il pose de larges aplats, qu'il laisse sécher un temps plus ou moins long selon les pigments (le rouge est plus exigeant) dans une gamme assez simple : bleu, jaunes ou plutôt terre, et rouge. Ses toiles adoptent ensuite une de ces teintes en dominante; les rouges sont ainsi plus rares car le temps de séchage entre deux couches demande une infinie patience et il lui fait au total près de 2 ans pour réaliser une composition rouge. Son trait est abstrait, mais évocateur. Il suggère à travers ses toiles des paysages, des horizons, des reflets. Certaines font penser aux Nymphéas, d'autres évoquent les brumes de Turner, mais toutes sont personnelles et si la critique dit qu'il a du De Stael en lui, son style est paisible et serein. Sa technique, toute en transparences et en vibrations discrètes, mérite d'être "lue" de loin, pour les reminiscences qu'elle provoque, et de près, pour les détails qui ont fait notre joie. Faut dire qu'à force de biberonner aux maîtres anciens du panneau classique, nous avons acquis un goût immodéré pour les glacis qui font chatoyer la réalité. Ici, pas de réel, mais un imaginaire ouvert qui, du coup, devient nôtre, simplement par la magie de ces compositions. Toutes ne nous plaisaient pas forcément, mais celles qui déclinent les bleus océan, un peu délavés, ou les terres pâles et parfois dorées, nous ont bien accrochés.

D'autres artistes nous attendent chez FPL, et nous en sommes aux balbutiements, avec le besoin d'être rassurés, sans que cela ne nous paralyse. Pas facile l'art contemporain, mais qui sait ??

* Le titre fait allusion au talent de Goulard qui, de la musique à la peinture en passant par la sculpture peut être qualifié d'universel... mais aussi, à sa dernière série de toiles, que vous retrouverez sur son site "Univers Céleste"

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