vendredi 31 décembre 2010

AU GUI L'AN NEUF

Ce matin Alter a pris sa serpe d'or, revêtu son habit de druide (et surtout ses bottes Aigle !) et, la barbe conquérante, est parti nous cueillir le gui du Nouvel An... celui en dessous duquel, accompagnés de quelques amis de bonne volonté, on s'embrassera ce soir pour se souhaiter une bonne nouvelle année, et surtout se dire qu'on sera heureux de la passer ensemble... La coutume remonterait aux origines sacrées de cette plante, caractère attribuable à ses vertus médicinales. Le gui des celtes était un talisman qui chassait les mauvais esprits, purifiait les âmes, guérissait les corps, neutralisait les poisons, assurait la fécondité des troupeaux, permettait même de voir les fantômes et de les faire parler. Notre gui ne provient malheureusement pas de chênes, il semble que ce soit le plus rare et donc, le plus prisé, mais de beaux peupliers abattus il y a peu, ce qui a permis à mon druide de le ramasser sans risquer de se rompre le cou.

On ne se souhaite plus "que le blé lève", comme le disait, parait-il, les Celtes : O Ghel an heu... mais la métaphore du grain qui lève reste, de la Gaule à la Chrétienté, en passant par Voltaire, d'une vivante actualité. "Je sème un grain qui pourra un jour produire une moisson. Attendons tout du temps et de l'esprit de raison... qui commence à répandre partout sa lumière", nous dit-il à propos son Traité de la Tolérance, "requête que l’humanité présente très humblement au pouvoir et à la prudence". Je nous souhaite d'être, en cet an 2011, et en tous ceux qui suivront, la bonne terre dont parle Saint Luc, celle où le grain tombé "produit en abondance". Qu'à travers nos écrits, nos pensées, nos reflexions, parfois légères, parfois graves, un ferment d'humanité chaleureuse et bienveillante éclaire, fut-ce modestement, la toile ! Que l'année 2011 soit belle pour vos blogs... et aussi pour vous, et tous les vôtres bien sûr !


jeudi 30 décembre 2010

CANARDS...

Vous lachez une michelaise quelque part en France et que remarque-t-elle ? Les canards, qui barbotent, qui clapotent, et flottent, et s'aspergent et font trempette ! Et voilà qu'elle se croit sur son estuaire ! rassurée en quelque sorte !

Elle mitraille et se dit "mais non, finalement, c'est plutôt Venise... que d'eau sacrebleu, on se croirait sur la lagune"... Encore que... les teintes sont un peu saumâtre, l'eau vaguement verdâtre et le pavé bien gris. Mais, bon, ce sont les yeux de la foi qui comptent en de telles circonstances !

Mais, à dire le vrai, et comme elle passe près d'un pont, deux ponts, pleins de ponts en fait, Michelaise affute son oeil, le bon, et cherche un "type avec un appareil photo", prête à foncer sur le premier qui passe, pour lui crier triomphante : "Chic !!??"... pauvre Michelaise, toujours très imaginative, mais elle ne croise que des papis emmitouflés armés de misérables numériques qui ressemblent à des jouets d'enfants. Elle imaginait Chic jeune et doté d'un appareil photo digne de poser dans une revue pour professionnel ! D'ailleurs, ce qu'elle ne sait pas notre Michelaise, c'est que Chic est au Mont Saint Michel en train de se mirer dans les flaques !!

Alors pour elle, elle se fend de quelques détails à identifier précisément (trop facile j'imagine, mais faut bien jouer un peu) et, de guerre lasse, finit par embrasser tout le paysage, trempé d'eau, glacial, sans trace d'un rayon de lumière pour vous offrir "sa" vision parisienne hivernale, somme toute assez commune ! Mais elle a participé !



mercredi 29 décembre 2010

C KI KON FETE ??





elle est donc la rumeur Ki enfle ce mat1 ?



n ne sait pas encore ? C la fête o chalet




oka sera la reine en ce jour argent1





mour, tendresse et joie n'y manqueront jamais !




Oui, j'ai triché... mais Koka appréciera forcément ce mélange un peu Kitch entre alexandrins de mirliton et sms de prof, c'est à dire vaguement forcé !! Le tout assaisonné de très anachroniques lettres gothiques. Ma toute belle a 24 ans aujourd'hui et j'imagine que ses amis vont lui faire une fête à la hauteur de l'événement... Je ne sais si elle lira ces mots ce matin mais, quelque soit le moment, ils lui diront toute la tendresse de ses parents émus. Comme ce petit serre-tête qui, j'espère, lui sera livré à temps !

PS pour les nuls (et c'est un vrai mérite de l'être par les temps qui courent) dans un sms, "1" remplace le son "un" ou "in", au choix !!!
Re PS j'ai emprunté ces lettrines gothiques au superbe blog de Julien Chazal
Dernier PS : petit cadeau glané en fraude pour toi hier après-midi au musée Jacquemard André(n'importe quoi, tu as raison Roberto : je dormais à moitié quand j'ai ajouté cette photo à l'article déjà préparé depuis plusieurs jours pour l'anniversaire de Koka, retour d'une soirée bien arrosée avec Autour du Puits, bref, je n'étais vraiment pas claire !!) Cognacq Jay... on me pardonnera ce larçin, tout exprès pour offrir à ma Koka en ce jour anniversaire : une peinture dont le titre est, tout simplement, "le marchand d'orvietan"...

Si ce métier vous intrigue, n'hésitez pas à aller voir comment Koka a "ramassé ce mot" d'orvietan, aux saveurs ombiennes (Orvieto) !!

lundi 27 décembre 2010

LE NAPOLITAIN REBELLE


Il avait tout pour être une légende : orphelin de père et de mère dès son plus jeune âge, italien, talentueux, voire virtuose, mort à 38 ans… on fabrique des héros à moins que cela !!
Oui mais voilà : la domination un peu tyrannique de l’engouement, qui ne se dément pas, pour l’impressionnisme, l’a relégué trop longtemps au rang des curiosités artistiques.  Quelle injustice… il n’est qu’à voir, ainsi qu’elle le remarquait dans son article, l’affluence qui se presse en face pour aller visiter Monet*, et l’on comprend qu’il en est des arts comme des modes : les engouements rendent la réputation des uns définitive, et confine les autres à la portion congrue. Pour le grand bonheur du visiteur qui peut, tout à loisir, profiter de cette exposition captivante « De Nittis, la modernité élégante». Bien que faisant depuis une vingtaine d’années l’objet d’une réévaluation critique, ce contemporain de Giovanni Boldini et des Macchiaioli, ami de Caillebotte, Degas et Manet, reste un peintre encore relativement confidentiel, y compris en Italie. Pourtant, au-delà de la question de son appartenance à l’impressionnisme, qui me semble bien secondaire, il est l’une des personnalités majeures de l’art italien du XIXe siècle.
Le musée de Barletta, la ville natale du peintre, a dû être vidé pour la circonstance, et l’on admire ainsi des œuvres qui couvrent toute sa carrière. De ses débuts de presque autodidacte à ses dernières toiles, d’autant plus émouvantes qu’elles furent peintes alors qu’il était encore bien jeune. Arrivé à Paris à 22 ans pour un court séjour d’une semaine, il y passe le reste de sa vie et prive ainsi l’école italienne du XIXème d’un de ses plus beaux fleurons. Cette exposition, fort complète et idéalement présentée par thèmes, l’Ofanto, le Vésuve, les rives de la Seine, les bords de la Tamise, les salons de l'aristocratie parisienne, les courses et quelques scènes intimes et tellement émouvantes.
La visite, qui est un vrai moment de bonheur tant il y règne lumière et diversité, permet d’appréhender la variété d’une production trop souvent cantonnée à la seule description de la vie mondaine. J’avoue que c’est ainsi que je connaissais De Nittis…  comme un charmeur mondain dont les toiles pleines d’élégance pouvaient, pour un œil non informé, sembler convenues. En faisant la part belle au paysage, notamment dans la phase initiale de l’artiste, l’exposition révèle un De Nittis inattendu, interprète inspiré d’une nature dont il ne cessa de célébrer, avec une maestria saisissante, la mouvante beauté.
Issu d’une famille de riches propriétaires terriens, le jeune Giuseppe De Nittis montre une prédisposition précoce pour la peinture, mais son tempérament indépendant et frondeur l’entraîne bien vite hors des voies obligées. En 1863, il est  prématurément renvoyé de l’Académie des beaux-arts de Naples, dont il refuse l’enseignement conventionnel, et met à profit sa liberté retrouvée pour peindre d’après nature.
« Chaque matin, raconte l’artiste dans ses Carnets, je sortais de chez moi pour aller chercher mes amis peintres Rossano et Marco de Gregorio, beaucoup plus âgés que moi. […].Quelle belle période ! Il y avait tant de liberté ! Et la mer, le vaste ciel et les horizons infinis ! Au loin, les îles d’Ischia et Procida ; Sorrente et Castelmare nimbées dans une brume rosée qui, petit à petit, était dissoute par le soleil. […] Certaines fois, heureux, je restais sous des averses imprévues. Car, croyez-moi, l’atmosphère, moi, je la connais bien, je l’ai peinte tant de fois. Je connais toutes les couleurs, tous les secrets de l’air et du ciel dans leur essence intime ».
Son souci de simplification formelle, parfois à la limite de l’abstraction, n’est pas du goût de son agent qui le presse d’animer ses vues du Vésuve de quelques scènes anecdotiques qui les rendront plus faciles à vendre. Il le fait avec un sens du détail et de la composition qui sont, aussi,  d’une indéniable habilité et pourtant, ce faisant, ne déchoie nullement. Il passera sa vie à alterner ainsi scènes de la vie mondaine au charme enveloppant et feutré, scènes de rues détaillées ou enlevées, portraits fort attachants d’une réelle finesse psychologique, chantiers aux échafaudages géométriques, paysages à la Turner... Il manie le pastel avec une facilité déconcertante, et en tire tous les effets propres à ce médium, qui lui permet de donner à ses portraits une lumière et une douceur incomparables.
On pourrait penser, à l’énoncé des ces talents variés, qu’il n’était qu’un suiveur, ou qu’un imitateur : que non ! Toutes ses toiles ont du caractère, il y déploie un sens de la lumière, de la couleur, de la composition chaque fois renouvelés. Il a le sens de la mise en scène, un cadrage parfait, œil inventif et touche délicate. J’ai été frappée par la musicalité de ses compositions : dans toutes, on perçoit la rumeur du champ de courses, les chuchotis d’un salon, les cris de la rue, les clapotis de l’eau, le bruit feutré des conversations… De Nittis est un peintre à (re)découvrir de toute urgence !

*Nous avons, tyrannie impressionniste et force du marketing obligent, visité Monet nous aussi… mais il me semble inutile d’y consacrer un billet : exposition intéressante certes, incontournable dit-on, mais que j’avoue très humblement avoir été enchantée de l’avoir visitée avant de Nittis… ce dernier est tellement virtuose que mon appréciation de notre héros national aurait pu en pâtir ! Oui, je sais, ce que je dis là n’est pas culturellement correct, mais je n’en ai cure !

samedi 25 décembre 2010

NOUS SOMMES TOUS DE QUELQUE PART


Déjeuner à Cognac entre nanas… calmes, les nanas, pas le genre excitées qui piaillent en parlant « épingles » comme dirait Alter… l’histoire des « épingles » date du temps où je rédigeais ma thèse sur les contrats de mariage dans la région d’Orthez au 18ème siècle. L’inventaire des dots donnait lieu à des nombreux étonnements : on y trouvait souvent des marmites « pour faire pot et feu commun », des linceuls, de très rares hardes et, symboles suprême de richesse et de futilité dans cette région besogneuse et calviniste, des épingles.
 Au départ, nous ne nous connaissions pas, la marraine de Mandarine, une amie de Mandarine, l’amie de l’amie etc… mais, petit à petit, le Côte de Blaye aidant, ces dames se découvrirent des amis communs, des anciens profs dont elles cherchaient le sobriquet et les manies en riant aux éclats, et à la fin du repas, elles papotaient comme si elles s’étaient toujours connues. Et moi, qui réponds toujours à la question « tu sais, Untel ! », non, je ne le connais pas, faute de retenir les noms, faute surtout d’avoir un territoire marqué par mes souvenirs d’enfance, je me sentais étrangère à leur complicité. Elles babillaient sur leurs villages d’origine, parlaient de personnes décédées qu’elles avaient bien connues, évoquaient des fêtes anciennes, des coutumes  partagées, bref tout une vie qui, bien qu’elles ne se soient jamais vues avant, en faisait des semblables. 
Je déclarais en riant, larguée par une réminiscence quelconque qui ne m’évoquait rien « pas de doute, on nous avait prévenus quand nous sommes arrivés, en Charente on reste des « rapportés » même 30 ans plus tard ! ». La marraine de Mandarine approuva et affirma sans rire qu’elle-même se sentait encore étrangère dans son village d’adoption.  Elle habite Segonzac depuis 20 ans alors qu’elle a grandi à Pérignac de Pons, disons une vingtaine de kilomètres maximum, incapacité de s’intéresser aux familles dont les faits et gestes lui sont quotidiens et les péripéties connues, dans une intrication qu’elle ne peut ignorer.  Elle est, et reste de Pérignac et n’accroche pas aux aventures de ceux qu’elle côtoie comme elle s’intéresse à ceux de son ancien village, au milieu desquels elle a grandi et garde ses références personnelles. Vendre la maison que sa maman y habite encore lui semble une impossibilité affective et, quoiqu’elle n’en ait pas grand-chose à faire, elle semble bien décidée à conserver, envers et contre toute utilité, ce lien avec son enfance.
Grandie dans une banlieue de Bordeaux, dans une maison de hasard, vendue à mon entrée dans l’âge adulte, je n’ai aucun de ces repères qui émaillent la personnalité et l'"éthymologie" de tant de gens : ceux qui sont « de Loubressac » comme ceux « de Gourdon » vous racontent leurs souvenirs d’enfance comme des faits palpables, presque encore vivants à travers leur évocation. Les noms des lieux et des gens leur provoquent une résonance immédiate, alors que vous les regardez d’un œil glauque en essayant de situer sur une carte mentale ce à quoi ils font allusion. Cela vous demande un effort de reconstitution alors que pour eux, on sent que l’écho est naturel. Peut-être le fantasme de mon billet précédent est-il finalement lié à cette absence de racines : fille bordelaise d’un marseillais né de parents italiens et d’une stéphanoise ancrée dans son terroir, qui avaient tous deux fuit leur région d'origine pour planter leur tente et leur famille ailleurs, après avoir failli naitre en Normandie ou en Alsace, je ne me sens de « nulle part »…

jeudi 23 décembre 2010

FANTASMES

J'ai un fantasme. Alter a l'habitude de mes fantasmes, vous un peu moins... Mais non ! Ne vous frottez pas les mains en disant "ça y est, elle se dévoile enfin Michelaise, il fallait bien que ça se termine ainsi, elle va nous raconter ses galipettes". Rassurez-vous, les divagations de Michelaise sont très "correctes".
Hier, nous étions au cinéma pour écouter la retransmission de Don Carlo en direct du Metropolitan Opera de New York. Une mise en scène assez ringarde, mais Alagna dans toute sa splendeur, Farlanetto excellent, Marina Poplavskaya parfaite et un petit chef dont j'ai oublié le nom, plein d'audace et d'énergie. Au passage, je vous recommande ces projections qu'on trouve actuellement dans pas mal de villes de France. Si vous aimez l'opéra, les fauteuils sont plus douillets que dans les élégants théâtres à l'italienne et autres salles huppées où les places coutent des prix hallucinants, inversement proportionnels au confort. Si vous n'êtes pas mélomanes, c'est une façon agréable de découvrir l'univers de l'opéra. Certes, le son n'est pas toujours parfait, je pense qu'il faut être parfaitement placé au centre de la salle pour bénéficier de l'effet dolby. Le filmage, un peu trop en gros plan, peut gêner : les chanteurs en plein effort vocal ne sont pas très beaux à voir et l'opéra, c'est fait pour être vu de loin. Mais honnêtement, cela fait une soirée lyrique bon marché tout à fait convenable. Surtout si, comme à Saintes, on vous offre le champagne et des boudoirs à l'entracte. Au total plus de 5h de spectacle pour 20€, avouez que c'est à la portée de toutes les bourses. Les entractes sont un peu longs, alors après le champagne, on discute avec sa voisine. La mienne m'a avoué habiter la porte à côté et ce, depuis 8 ans. C'était la première fois qu'elle venait à une séance de live-opéra, et elle quitte Saintes lundi !! Un coup de tête, elle veut recommencer une nouvelle vie et part s'installer sur le Bassin d'Arcachon. A midi, je racontais cette conversation à Alter, entre la poire et le fromage. J'avais le Pessac Léognan triste.

- Moi aussi, tu sais (que oui, il sait, je lui en parle sans cesse) je rêve de tout larguer, de disparaître sans laisser d'adresse, de faire le vide, le grand vide...
- ;-(
- Tout, sauf toi. Toi, je te garde. Sûr !
- Dangereuse quand même cette manie de grande lessive de printemps, un jour je vais partir à la déchèterie moi aussi !
- Le vide pour tout recommencer. Non... pas pour tout recommencer, pour ne plus être alourdie par les scories et les résidus de la vie
- La petite maison dans la prairie quoi !
- Ah non !!! sûrement pas, je déteste la petite maison dans la prairie, les petits rideaux avec des coeurs, des dentelles partout et un rocking-chair avec une mamie qui se balance, un chat sur les genoux. Non c'est pas ça, plutôt une cellule de moine, et surtout pas de passé. Partir sans dire où je pars, aller me cacher ailleurs.
- Moi j'aime bien la petite maison dans la prairie. Avec un chien ! Et puis enfin le temps... le temps de lire tous les livres accumulés, le temps d'écouter tous les disques en souffrance, de regarder quelques bons films, prendre le temps du quotidien, simplement.
- J'avoue que, comme ça, ça me plait bien aussi la petite maison dans la prairie. Peut-être as-tu raison finalement, mon fantasme ne veut rien dire. Ce n'est pas un rêve d'aventure, ni une volonté de conquérir le monde. Pas non plus l'utopie de faire mieux, de tout reprendre à zéro, d'entamer une nouvelle vie. C'est la saturation, trop de sollicitations, trop de possibles et l'impression de se disperser, de ne plus savourer l'essentiel.
- Effet d'époque
- L'horreur à l'état brut, quand tu vas dans les zones commerciales, une accumulation de tentations qui, du coup, n'en sont même plus. Trop d'informations, trop d'invites, et au bout, inéluctablement, le risque de la frustration.
- Effet d'époque !!
- Besoin d'apprécier l'instant simplement, de retrouver le goût du vrai. Mais ne me regarde pas comme ça, je ne suis pas en train de virer à la babacool, ni à la mystique. Le fantasme de disparaitre au monde, juste. Partir sans laisser d'adresse.
- Je crois que c'est simplement un désir de liberté.
Et voilà, il a eu le mot de la fin Alter, il a raison : retrouver une liberté face à cette civilisation qui nous abreuve de trop de discours, de harangues, de normes, de récriminations, d'admonestations. Ne plus entendre raler, tempêter, ronchonner, récriminer, incriminer. Retrouver le sens de la responsabilité personnelle, d'une vie qui ne soit pas mise en coupe réglée par des raisonneurs sécuritaires ou par des alarmistes à la petite semaine. Car c'est cela aussi la liberté... S'émanciper des ergoteurs.

mardi 21 décembre 2010

A LA LOUCHE


Etais-je une petite fille capricieuse, ou maman me gâtait-elle trop ? Toujours est-il qu'il me semble n'avoir mangé qu'une fois à l'école primaire, et je conserve de ce jour-là un souvenir ahuri : on nous avait servi des pâtes (vous imaginez à la maison ! la culture italienne de la cuisson al dente de la pasta), extraites d'immenses gamelles d'une louche énergique par des cantinières tonitruantes. Maman, alertée par cette description stupéfiante n'a jamais remis son poussin dans pareil traquenard. Ce qui ne l'a pas empêchée, alors que je n'avais pas 10 ans, de m'envoyer en pension chez les soeurs, au motif qu'une jeune fille ne devait pas être en école mixte (oups !!) et que Bordeaux était loin (vous pensez, vous habitions la très proche banlieue, au maximum 10 kilomètres de l'école), mais ceci est une autre histoire.
Toujours est-il que j'en ai gardé une fascination pour le service "à la louche" et qu'il m'arrive souvent, au mépris des règles les plus élémentaires de savoir-vivre, de m'emparer de l'instrument pour asséner à mes convives discrètement stupéfaits, daube, ragout et légumes variés, trouvant que la simple "cuillère à bouche" (vi, vi, la cuillère à soupe quoi !!) n'est pas assez efficace pour ce travail de "mère nourricière".
Il me venait à ce propos une réflexion quant aux conséquences de ces moeurs primitives dont je revendique haut et fort la simplicité. Nous dégustions notre frichti avec Madeleine et Pascal, invités au débotté, pour partager notre déjeuner sans autre forme de procès, et le brouet, prévu pour deux, me semblait maigre, surtout servi à la louche. Je l'avais fort heureusement allongé de multiples entrées, amuse-bouches, ils avaient ouvert leur deux douzaines d'huîtres équitablement réparties entre nous 4, ajouté leurs quelques bulots et les bouteilles, elles, étaient normalement dimensionnées.
Je réalisais soudain que la façon dont on sert les plats, induit une consommation plus ou moins importante en quantité, sans que pour autant une sensation de faim se fasse sentir. Quand on présente ces plats traditionnels et mijotés, blanquette, rognons sauce madère, gardiane ou tripes, on emplit les assiettes, on mange avec entrain et on n'hésite pas, si l'on est gourmand, à se resservir. Les quantités avalées sont roboratives, mais on mange de bon appétit, la fourchette conquérante et la papille allumée.

Dans les restaurants un peu raffinés, au contraire, on vous sert à l'assiette, des quantités particulièrement mesurées, pas une bouchée de trop et si les légumes pèchent parfois par leur modicité, on déguste lentement, on savoure, on découpe avec précaution de tous petits morceaux pour faire durer le plaisir. Il m'arrive souvent de faire, moi aussi, des présentations à l'assiette, et, alors, les volumes ingurgités sont nettement plus modestes qu'en plat ou en saladier. Il faut dire que les quantités sont parfaitement dosées, et qu'on ne produit pas les fameux restes dont j'ai précédemment parlé. Restes dont le pire défaut est que, souvent, on ne veut pas "en faire", c'est à dire qu'on nettoie le contenant comme s'il n'y avait pas de lave-vaisselle !! Et pourtant, le service à l'assiette n'empêche nullement d'avoir l'impression de manger en quantité et on quitte la table aussi rassasié qu'après un bon fricot des familles.
Le secret des régimes ne serait-il finalement pas une mise en assiette bien étalée, afin de suggérer la modération et d'induire la lenteur dans la dégustation ??

PS les plats de la deuxième photo ont été dégustés à l'Aquarelle, à Breuillet, un restaurant au décor raffiné, accueil impeccable et cuisine contemporaine... relookée : la biche grand veneur n'y a aucune allure de civet recuit et le foie gras y est servi cru, donnant l'impression d'avoir été cuit à la vapeur grâce à une délicate macération dans du sel et du sucre. Le chariot de fromage, à quoi on évalue la quatité d'un restaurant, est parfaitement achalandé et bien affiné.

dimanche 19 décembre 2010

MIAOU....

Je ne suis pas devenue "chat", non mesdames (je dis mesdames car pas mal d'entre vous ont des matous que je connais bien par leurs blogs)... toujours "chien", même si mon vieux Nico me fait parfois des émotions, il est toujours là, fidèle au poste ! Nickolson, Mandarine a raison (voir la "une" de "Gala"), on dirait un canular... mais je vous promets, ce n'est pas moi qui l'ai appelé ainsi : il avait déjà été baptisé quand nous l'avons offert à nos minettes pour leur brevet des études (vous voyez, il n'est pas tout jeune !), et on ne change pas le nom d'un chien. Bref, je m'égare encore, car ce billet est destiné à vous inciter à aller voir, avec ou sans vos enfants ou petits enfants, le dernier dessin animé français qui égaie nos écrans depuis mercredi. Pour Jean Loup Felicioli et Alain Gagnol, dont c'est le premier long métrage, c'est aussi la suite logique d'une longue collaboration sur de nombreux courts métrages sur lesquels ils ont travaillé ensemble depuis 15 ans. Ils avaient aussi participé au tournage de "La prophétie des grenouilles", une autre merveille d'animation que vous avez peut-être vue en son temps.
"Une vie de chat" est un vrai délice : non content de nous offrir une charmante histoire, très morale, pleine de rebondissement, et fort accessible dès 6 ans, le film comble les adultes par ses clins d'oeil cinématographiques. Le méchant truand fait penser à Gabin ou à un héros de Scorsese, les 4 gangsters qui lui servent d'accolytes sont tout droit sortis de Reservoir Dogs, et la scène du zoo est sans doute un hommage à Mitchum (la Nuit du chasseur).  Une vie de chat puise également son inspiration dans le monde de la peinture, avec des styles tels que ceux de Picasso, Modigliani, Bonnard, Matisse, Vermeer ou encore David Hockney, avec quelques rappels des bandes dessinées d'Hergé.
Pour le plus grand bonheur de certains, le film se déroule en intégralité à Paris, et les héros passent de longues séquences à déambuler sur les toits de la capitale, nous en dévoilant ainsi les plus beaux points de vue. La cathédrale de Notre-Dame se révèle même un lieu stratégique de l'histoire. La typographie de la ville, pour le moins fantaisiste et irréaliste (on ne trouve pas de rue du Ha Ha près du musée du Louvre, mais celle-ci existe néanmoins à Valence), reste ainsi dans le registre du dessin animé. Le CRDP de Lyon propose même une explitation pédagogique du film, ce qui prouve s'il en était besoin, sa qualité. Allez, ne boudez pas la part d'enfance qui reste en vous et allez vite voir cette Vie de Chat !



samedi 18 décembre 2010

ARCOBALENO

Petite leçon d'italien ou de météorologie, ou plus simplement partage d'un de ces moments d'extase qui font que nous avons de moins en moins envie de courir le monde. On voit fort loin vers le Médoc depuis notre repère et les averses, au loin, ne nous atteignent pas toujours car elles remontent vers le nord-est. Par contre, on assiste à de vrais spectacles son et lumière, comme ce matin cet arc-en ciel qui venait vers nous à la vitesse du vent qui poussait les nuages. C'est amusant de voir voyager un arc-en-ciel...


L'arcobaleno è un fenomeno ottico e meteorologico che produce uno spettro (quasi) continuo di luce nel cielo quando la luce del Sole attraversa le gocce d'acqua rimaste in sospensione dopo un temporale, o presso una cascata o una fontana.
Visivamente è un arco multicolore, rosso sull'esterno e viola sulla parte interna; la sequenza completa è rosso, arancione, giallo, verde, azzurro, indaco e violetto.
Je suis sûre que vous avez tout compris !! C'est sympa de réviser les couleurs !


vendredi 17 décembre 2010

IRRESISTIBLE

Je ne peux résister au plaisir de vous montrer la "une", dans le plus pur style Gala, que Mandarine m'a offert mardi dernier.
Ce "NUMERO TRES SPECIAL - 14 DECEMBRE 2010 - diffusion gratuite dans tous les kiosques à journaux et toutes les boîtes aux lettres de France et de Navarre pour cause d'événement exceptionnel et de liesse populaire" est un clin d'oeil qui m'a émue aux larmes, carte d'anniversaire d'un genre tellement particulier, rappel aussi du journal familial que nous avons tenu pendant plus de 100 numéros avec nos filles pour équipe de rédaction. Certes la publication en est un peu exibitionniste, mais le résultat obtenu est tellement réaliste que je n'ai pu garder pour moi ce petit chef d'oeuvre de tendresse et d'ingéniosité. Mandarine a toujours eu une vocation accessoire et discrète pour le journalisme ... de terrain !!!!
Billet publié avec l'autorisation de l'auteure.

mercredi 15 décembre 2010

MAKHILA D'HONNEUR

Au départ, c'était un simple bâton de berger, conçu et utilisé pour conduire les troupeaux. Un bout ferré, bien solide, et sous le pommeau, une pique propre à réveiller les brebis égarées ou les vaches récalcitrantes, en leur chatouillant la couenne.
Mais le soin apporté à la réalisation de ces objets, la richesse de leur décoration, la beauté de l'ensemble en fait rapidement une canne de marche, voire même, comme c'est le cas aujourd'hui, un véritable objet d'art. L'aiguillon devient arme de défense, et l'ensemble se pare d'atours précieux. La mode développe l'artisanat du makhila et au XXème siècle, tous les basques en ont plus ou moins un, qu'ils conservent précieusement tout au long de leur vie. Ceux de bourgeois ou des notabilités sont équipés d'un pommeau d'argent, les autres sont en corne, ou en laiton  et quand on veut honorer la personne à qui il est offert, en maillechort. Car une des caractéristiques du makhila est qu'il doit être offert, on ne peut en aucun cas, dit la tradition se l'acheter soi-même. Et les plus belles pièces, fruit d'un cadeau collectif, sont dits des makhilas d'honneur.
Alter en avait reçu un de la part de ses amis pour ses 50 ans, et j'avoue que, chaque fois que je le lui empruntais, je rêvais moi aussi d'avoir "le mien". Or, un makhila ne s'achète pas sur le marché de Bayonne, ou c'est une vulgaire imitation. Il ne reste aujourd'hui qu'un véritable fabricant : la maison Ainciart Bergara, installée à Larressore, minuscule village du Pays Basque qui abrite cette entreprise familiale. Et Bergara ne réalise que des makhilas sur mesure, en fonction de la taille de la personne et surtout, avec une devise personnalisée.
Le makhila est fabriqué dans une branche de néflier sauvage, choisi avec soin, dans des endroits tenus secrets par les Bergara. Au printemps, quand la sève monte, ils repèrent les plus belles branches qui sont scarifiées à la main, à l'aide d'outils tranchants afin de donner au baton un décour de vagues en relief qui fera sa singularité. Les Bergara considèrent cette étape comme primodiale et mon ami Pascal, qui est ébéniste et rêvait d'un makhila, leur a rendu visite et était décidé à commander le sien. Mais, son amour du bois justifie la requête, il voulait choisir son néflier. Et là, ce fut un refus définitif. Il n'avait pas pensé que les bois sur pied sont repérés à l'avance et qu'il n'est pas question de divulguer les lieux de cueillette : car ce sont des taillis éparpillés dans le Pays Basque qui fournissent le fabricant. Un secret de fabrique donc !
Au début de l'hiver, on retourne en forêt pour la coupe et les branches sont mises à sécher. Le bois est durci au feu, longuement préparé, coloré, bref ce sera l'âme de la canne.

Plus tard, lorsqu'une pièce est commandée (Alter s'y est pris au mois d'avril pour être certain d'être livré à temps), on choisit un baton, on fabrique, en fonction de sa taille adaptée à chacun donc, une virolle de laiton ou d'argent, parfois de corne. Au bout de la virolle, un pommeau, qui permet la prise en main aisée de la canne. Comme vous le voyez sur la photo, le pommeau se dévisse et dévoile une arme redoutable, petite épée d'acier parfaitement affutée qui vous permet de vous promener en forêt sans trop d'appréhension si vous êtes une femme seule !
Le bout ferré de la canne est lui aussi orné d'une feuille d'argent décorée, et se termine par un trèfle solide qui assurera une meilleure prise au sol, surtout dans les montées ! C'est dans la partie basse qu'on trouve la signature d 'artisan et l'année de réalisation.
Mais surtout, chaque pièce est personnalisée, et la tradition veut qu'on y fasse graver une devise en basque, qui peut être parfaitement sur mesure. J'avoue que celle d'Alter comportait une des devises classiques de l'atelier :

NERE LAGUNA ETA LAGUNTZA
Mon camarade et mon aide
Il y en d'autres, qui toutes font référence aux vertus du bâton : Avec moi le chemin est court, Aide les vieux, embellit les jeunes, Pour la plaine ou la montagne, je suis bon partout, Dur à l’ennemi, doux au possesseur... Et de fait, tenir cette canne dans le creux de la main provoque une sensation délicieuse.
Mais Alter a voulu personnaliser la mienne, en y faisant inscrire une devise qui me soit propre. Il a mobilisé la garde et l'arrière-garde (les filles et leurs amoureux) et j'ai eu droit à une formule délicieuse qui me va droit au coeur :
ADITU METATZEKO LASTER EGIN GARRAITZ EKO

ce qui signifie ECOUTER POUR AIMER, SOURIRE POUR VAINCRE

Avouez que c'est une merveilleuse déclaration d'amour collective... s'"ils" me voient ainsi, c'est un vrai bonheur ! Voilà, je suis hyper heureuse de cette attention qui m'a permis de vous présenter cette canne basque mythique, et maintenant, mon bâton de marche (un vrai makhila d'honneur) voisine à côté de celui d'Alter, un peu usagé mais nettement plus grand !

lundi 13 décembre 2010

CANARDS SUR ESTUAIRE

Quelques impressions de ce petit port d'estuaire où je suis allée chercher les copies que j'ai passé le week-end à corriger. Ce déplacement a constitué ma sortie du week-end et j'avais emporté mon appareil photo !Petit port comme tant d'autres qui jalonnent cette longue embouchure qui mêle, sans les mélanger, les eaux de la Gironde et de la Dordogne jusqu'à la mer. Le Médoc et ses vins mythiques rive gauche, et le Blayais rive droite. Riche en vignobles lui aussi.

C'est sur la rive droite qu'on trouve ces abris côtiers en retrait des terres, à l'abri de courants, qui surgissent entre les marais, au pied des falaises de plus en plus marquées au fur et à mesure qu'on se rapproche de Meschers. Quand le port n'est qu'une halte nautique, on parle d'un estey.

Tous ont un peu la même configuration : le port proprement dit, à fleur de prairie, au pied de la falaise. Une écluse qui permet de retenir l'eau à marée basse. Et un chenal qui serpente à fleur de marais, pour permettre de faire passer les bateaux vers l'estuaire proprement dit à marée haute. Des ports où il faut sans cesse surveiller les heures de marée pour pouvoir y accéder. Pas question de se tromper sur l'heure du retour, on en est pour une attente de 12h à faire des ronds dans l'eau.

Des ports où l'on voit encore quelques rares pibaliers, ces bateaux aux larges filets qui se déploient de part et d'autres de la coque pour piéger, à la saison, les précieux alevins d'anguille qui reviennent de la mer des Sargasses. Equipés d'un filet à mailles très fines, le pibalou, ils permettent de ramener les civelles, destinées soit à la consommation (de moins en moins, et là encore, une tradition culinaire se meurt) soit au marché asiatique, qui les achète pour faire de l'élevage d'anguilles. Pour éviter l'épuisement de l'espèce, car en prélevant ces alevins on affaiblit bien sûr la reproduction, la pêche est strictement règlementée, et le braconnage sévèrement puni. Les pibaliers sont devenus rares car il est difficile de vivre de cette activité très saisonnière qui demande des investissements importants.

Mais ce petit port, tout en lumières et reflets d'eaux, calme et tranquille, a une parcicularité qui fait son attraction dans la région et qui amuse beaucoup les touristes (et nous aussi d'ailleurs) : il est assidument fréquenté par les canards, qu'on nourrit, qu'on admire et qu'on photographie. Tant et si bien que les édiles locaux ont décidé, par mesure spéciale, de leur accorder la priorité sur les voitures :

Les spécialistes de la région auront trouvé le nom de ce petit port délicieux et plein d'humour !

dimanche 12 décembre 2010

BECASSE ET TRADITION


Nous faisons en ce moment des travaux de rafraichissement de la cuisine et l'artisan local qui s'est chargé de ce travail est un mordu de chasse. Nous devisions l'autre jour autour d'un café, quand j'ai jugé bon de le faire parler de sa passion. Vous l'entendriez vous conter comment il lève le lièvre au gite, c'est comme une fable, il met dans son récit une telle conviction que c'en est presque délicat. Les ruses des trois protagonistes, le chien, l'homme et le lièvre, comment ce dernier, dès qu'il est levé, ordonne sa course, recoupe sa voie, revient en arrière. S'il est serré de trop près, il prend du champ en filant tout droit. Parfois, il court en zigzag, en essayant de mettre en défaut ses poursuivants, et il arrive même qu'après de multiples feintes, il revienne sur les chiens et se tapisse à couvert. Voire, il l'a vu une fois, à découvert, en désespoir de cause.
- Vous aimez le gibier, vous ?
- C'est à dire que je ne sais guère le cuisiner, n'ayant jamais eu de chasseur dans mon entourage.
- C'est dommage, je vous aurais bien donné un lièvre.
Blême à l'idée d'avoir à me coltiner avec le déshabillage de ce charmant animal, j'ai souri poliment, puis, soudain, une inspiration :
- Par contre, une bécasse, cela me ferait plaisir, c'est tellement bon... et rare !
- Ça tombe bien, j'en ai eu une samedi dernier, je vous l'apporte ce soir.
- Mais vous ?
- Oh, moi je n'aime pas le goût fort de la viande sauvage. Mais vous me direz si vous trouvez des plombs en la cuisinant.
- ???
- Oui, car ce n'est pas moi qui l'ai tuée, je n'ai pas tiré. C'est mon chien qui l'a levée tout seul, trois fois, avec des ruses de sioux, et elle a fini par se réfugier dans un buisson d'épineux dont elle n'a pu sortir. Elle s'est piégée toute seule, il n'a plus eu qu'à la "cueillir". Je me demande si elle n'était pas blessée pour s'être laissée prendre comme cela."


Le peintre parti, je me précipite sur mon téléphone, car je ne sais pas trop comment on cuisine la bestiole et j'appelle mon ami Marc, spécialiste du sujet. Son père était un chasseur de bécasse émérite, il faut l'être car l'oiseau est difficile à prendre et demande une patience hors norme et un réel talent, ainsi que des chiens qui tiennent bien l'arrêt, c'est pourquoi il sait parfaitement apprêter cet oiseau. Qui, vous le savez sans doute, ne se vide pas et que l'on fait cuire tel quel, l'intérieur étant ce qui donne toute la saveur au plat. Marc était en déplacement, il en profite pour passer tous ses coups de fil quand il conduit, et c'est donc au volant de sa voiture qu'il m'a communiqué la recette que voici.
"Tu la plumes demain (nous étions lundi, la bête avait été prise le samedi : de fait, d'après Alter qui s'est chargé du boulot, c'est beaucoup plus facile après quelques jours), et tu la prépareras samedi prochain. Tu coupes les pattes mais surtout tu laisses la tête. Bien sûr, tu ne la vides pas.
Dans une cocotte en fonte (aïe, je n'ai pas de cocotte en fonte qui aille sur l'induction ?!) tu fais chauffer un peu d'huile et tu mets la bécasse sur le ventre, puis sur chacune des ailes, et enfin sur le dos. Environ 5 minutes à chaque fois. Tu fais cuire à couvert mais en laissant le couvercle un peu soulevé. A la fin, quand tu l'auras mise sur le dos, tu verras l'abdomen qui éclate et l’intestin qui sort, c'est un tortillon blanc tout simple, pas du tout répugnant. A ce moment-là, donc après 20 à 25 minutes de cuisson selon la grosseur de l'oiseau, tu arrêtes le feu. Tu sors la bécasse, et avec une petite cuillère, tu la vides : l'intestin, le cœur, le foie et le gésier. Tu jettes le gésier et tu gardes précieusement tout le reste que tu mets au fond de ta cocotte, chaude, mais éteinte. Tu ouvres la bécasse en deux, et tu la poses, ouverture vers le fond, dans la cocotte quelques instants. Sans faire recuire. Tu mets un petit verre d'Armagnac, un coup de feu très bref pour le chauffer, et tu flambes.
Pendant la cuisson, tu auras préparé deux toasts de pain de campagne, assez épais, grillés, sur lesquels il est bon de tartiner un peu de beurre salé et de rajouter quelques moulins de noix muscade. Quand ton flambage est terminé, tu récupères dans le fond de la cocotte les abats, le jus et les sucs de cuisson, que tu verses sur les toats. Il ne reste plus qu'à rajouter les demies bécasses, encore un peu rosées à l'intérieur, et à servir. Tu vas voir, tu vas te régaler..."


Imaginez cette dernière phrase prononcée avec le savoureux accent toulousain de Marc, une gourmandise affûtée dans la voix, cela vous met par avance l'eau à la bouche. J'ai suivi en tous points, pour une fois, les instructions de Marc et je vous assure que c'est d'une simplicité étonnante, pour un résultat de roi. Je l'avais accompagnée de quelques morilles et d'une purée de céleri. Oui, je sais, le hic, c'est qu'il faut trouver une bécasse. Marc prétend qu'elles se vendent à prix d'or sous le manteau ! La nôtre n'avait même pas de blessure, elle était particulièrement grosse et savoureuse. Un vrai bonheur, rare et précieux. Je m'abstiens de vous ajouter une photo d'Alter post-prandium, il protesterait d'avoir été supris durant sa sieste digestive !

samedi 11 décembre 2010

MESSAGE


M essage

A érien

ébuleux

D oux, très doux,

A ffectueux

R omantique

I dyllique

N aturel

E t tellement banal :


BON ANNIVERSAIRE
MANDARINE



On aimerait toute sa vie pouvoir offrir à sa petite fille, chaque 11 décembre, une réunion de fées, une fête à l'envers ou une musée-partie... lui inventer des potions magiques, des jeux inédits et des feux d'artifice éclatants... lui offrir des riens qui feraient briller ses yeux et lui chanter des chansons bêtes mais entonnées avec tellement d'ardeur qu'elle aurait envie de les reprendre en coeur. Mais voilà, la petite fille a grandi, elle est loin, et ce sera ce bouquet improvisé qui lui dira, entre deux souffles, toute émotion bue, qu'on l'aime, tous les deux, très fort.

jeudi 9 décembre 2010

LA MIQUE a doublé GAROUSTE


Il s'agit encore de mots... Non, je vous rassure, l'opération adoption est close, la dernière marraine qui n'a pas eu droit au tableau récapitulatif étant arrivée un peu en retard, étant Oxygène avec le mot "quérir". Il s'agit maintenant d'un sport tout à fait différent que je pratique depuis peu, ayant découvert tout à fait par hasard que Blogger, notre hébergeur de blogs favoris, offre un service étonnant : des statistiques ! En fait, cela n'a rien d'un scoop car les plus anciennes remontent au mois de juin 2010, ce qui semble prouver que je ne suis guère attentive, mais depuis que j'ai eu la curiosité d'aller voir ce que cache cet onglet, je m'amuse follement.
D'abord cela m'a permis de voir quels sont les articles les plus lus, certes les anciens n'ont guère de chance d'en faire partie et je me dis parfois qu'il faudrait les republier ! Mais, ayant installé sur le fameux côté droit de ma page où l'on trouve à boire et à manger, un ... comment appelent-ils cela déjà ? ... un gadget, "messages les plus consultés", certains articles récents ont droit à une fréquentation hors norme ! C'est ainsi que "Vos premières fois... suite", avec l'histoire du vol de parapluie par Martine des Idées Heureuses, tient le haut du pavé ! Et cela fait boule de neige car, plus un article est placé haut dans cette liste, plus il a de chance d'être consulté. Celui-là, écrit par vous mes lecteurs, a un succès qui ne se dément pas ! Et j'en suis fière pour vous.


J'ai, par contre, constaté avec plaisir qu'un article bien banal mais dont je suis assez contente car il s'agit un peu de sauver une tradition en risque de perdition, remonte doucement l'échelle des élus et, après avoir talonné Garouste pendant de nombreuses semaines, vient de prendre la 3ème place. Certes cette place est incertaine et varie au gré des jours pluvieux !! Koka prétend, avec raison, que cette remontée est une question de saison et que cette brusque flambée s'explique par l'arrivée des grands froids qui donnent envie de pot au feu ou de petit salé. Il s'agit de la recette de la mique sarladaise, consultée tant par ceux qui zappent côté droit sur mon blog que par des gens qui ont cherché sur Google "mique sarladaise" et ont abouti sur cet article. L'ont-ils lu, je ne sais mais il est certain que, plusieurs fois par jour, des gens, de par le monde, tapent sur Google l'argument "mique sarladaise" et s'intéressent donc à ce plat traditonnel un peu désuet, vaguement roboratif, délicieux en "restes" du lendemain, mais ô combien sympathique. Je suis ravie de participer, même modestement, à sa survie dans notre belle gastronomie. Pour une fois que je donne une "vraie" recette ! Et en ce moment, des miques, j'en fais souvent et chaque fois je pense à ma lotoise préférée, qui va devoir s'y mettre incessamment. C'est une recette qui ne peut rester l'apanage des mamans ou des belles-mères, et comme il faut de l'énergie pour la pétrir, il est temps Aloïs, de te lancer. Car il faut de l'huile de coude pour la réussir !

Comment est-ce que je sais tout cela ? Il y a, dans ce fameux dossier "Statistiques" un onglet " Sources du trafic" qui vaut, à lui seul le détour. Vous y apprendrez d'où viennent vos lecteurs, via quel blog ou quelle adresse ils ont atterri chez vous (merci au passage à Aloïs d'Autour du Puits (encore ? il n'y en a que pour elle !) qui me fournit largement en curieux !), de quel site ils viennent, et surtout les mots-clés de recherche utilisés pour aboutir sur votre blog. Et là, c'est un inventaire à la Prévert. Ceux qui voulaient connaître la recette de cette boule de pâte périgourdine qu'on fait lever dans le bouillon avant de la déguster avec le petit salé, ont tapé simplement "mique sarladaise". Et, c'est là que c'est magique, vous pouvez savoir combien de personnes, depuis juin 2010, ont tapé cet argument. Ceux qui voulaient des renseignements sur Feriel Kadour, Cécile Chaminade, Antonio Ros Blasco ou Garouste ont fait de même. Il en est qui s'intéressent à l'Express Côtier ou plus classiquement à Venise. Mes critiques de cinéma n'ont pas un succès fou, mais il y en a tant que c'est naturel, Bon Sens et Déraison ne peut par rivaliser.

Tout cela reste classique mais déjà il est déjà plus surprenant de constater que pas mal de gens ont cherché "burn out dentiste", "sublime mathématique" ou "anagramme de prénoms". Que "gardarem lou larzac" soit toujours dans le peloton de tête des mots recherchés, cela n'étonnera personne : les sémillants protagonistes de l'action qui conduisit en 1981, après 10 ans de protestations contre l'extension d'un camp militaire, des brebis au pied de la Tour Eiffel sont encore de ce monde. Leur site est là pour le prouver, et leur slogan est encore le cri de ralliement de toute une génération, qui peuple assiduement la France depuis le Babyboum, transformé par la magie du temps qui passe en Papyboum. Ralliement virtuel, car les éleveurs de moutons que nous étions, au moins en rêve, dans les années 70, se sont depuis longtemps rangés des manivelles et ont réintégré, plutôt bon gré que mal gré, la société qu'ils condamnaient si fort en ces heures de jeunesse visionnaire.

On trouve, parmi mes visiteurs, des gens intéressés par le brame du cerf, par Louis Matabon (mais oui, ce bruiteur qui rendait la pièce du dimanche soir à la radio tellement prenante dans mon enfance), ou par le cuscus (entendez couscous) de poisson de Trapani. Il y en a vraiment pour tous les goûts. Mais qui eut cru que Paul Rome de Silmette serait l'objet de requêtes répétées (cité encore ici c'est la solution !!) ?
Cependant, certains arguments m'ont laissée perplexe : mais à quel article ont-ils pu renvoyer les chercheurs ? "veau aux olives de william christie", "en culture comme en cuisine, tout est affaire de mélange", "bonne lune pour couper le bois", "hachoir viande regina 401" ou "telecharger film maitresse de barbara schroeder" ou encore "le morbihan dans l'emission la ou je t'emmenerai le 20 novembre"... j'ai parlé de ça moi ? Mais quand ? Sous quelle forme ? "Pousse en claire" ou "maman est safranière", c'est comme "canard à l'orange classique", je comprends pourquoi cela a abouti sur mon blog. "Voir une fille qui baisse", avec 2 "s", cela me rassure, heureusement que les internautres ne sont pas doués en orthographe. Mais j'avoue que le pire moment de mon analyse a été quand j'ai trouvé dans les mots-clés "bonne grosse qu..."*, vous voyez, je n'ose même pas l'écrire ! Mais qu'ai-je pu bien raconter qui amène un internaute égrillard sur les pages châtiées (enfin... qui se disent telles, en tout cas) de Bon Sens et Déraison ? Aurais-je, un jour, dérapé dans le stupre et la débauche ? Pourvu que tout cela ne soit pas, finalement la faute de Lulu !!! Parce que côté bacchanales, on la connait notre sorcière, elle ne laisse jamais sa part au chat !

* en fait, si je tape ces mots en recherche sur mon blog, cela me renvoie à une dizaine de billets, car j'utilise forcément le mot bonne et le mot grosse parfois dans le même article. Et quand "Cuisine et dépendances", situé dans mes blogs favoris, s'avise à cuisiner de la lotte, sous une forme que je préfère ne pas citer, afin de la débiter ensuite en tronçons, l'affaire est conclue. Michelaise est piégée ! Quand on vous disait qu'internet est traître !!
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