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dimanche 28 février 2010

COMPTONS

Article dédié à Koka, comme il se doit

Vous souvient-il, je vous parle d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, qu'autrefois, quand nous parlions d'un événement ancien vécu quelques années auparavant, nous disions de l'année son nombre raccourci : on avait vécu ou non 68, le premier choc pétrolier datait de 73 et la chute du Mur de 89. L'affaire était entendue et même la tempête restera de 99, aussi longtemps que nos souvenirs seront capables de retenir ces dates fétiches.
Puis, brusquement, il y eut les souvenirs de l'an 2000. Et, quoiqu'on fasse, sans même y réfléchir, les dates précédées de zéros ont du mal à s'abréger. On n'a pas retenu le tsunami de 04 mais bien de 2004, AZF ne date pas de 01 et le tremblement de terre d'Haïti restera lié à l'année 2009.

... Mais... et je viens de le découvrir à l'instant, nous avons franchi il y a peu une étape et nous allons de nouveau pouvoir écourter nos repères. Dans quelques années, même les moins de 20 ans parleront de la crise pétrolière de 15, de la Guerre de X de 17 et peut-être même du terrible hiver de 10 ! Nous voilà repartis à plein dans un nouveau siècle, il a fallu près de 10 ans et la disparition de zéros importuns pour s'en apercevoir ! L'hiver de 10, quant à lui, va bientôt se terminer, croyez-en mes informations averties, un mois ou deux, pas plus, et le printemps sera là !!!
PS si vous avec compris comment fonctionne cette façon ubuesque de faire des multiplications, faites-moi signe, je crois que je préfère mes tables de 8 !!

samedi 27 février 2010

VEILLE D'ARMES


On attend la tempête !!! "On" nous a mis en vigilance rouge, le préfet nous enjoint de ne pas quitter nos foyers ce soir... La barbe, nous devions aller au concert à Saintes pour écouter les jeunes espoirs de Piano en Saintonge, et nous voilà claquemurés dans nos murs, encombrés des tables, chaises, pots de fleurs et autres ustensiles qui d'ordinaire s'alignent sur le balcon. Le rayon bougies du supermarché local a été dévalisé et on s'attend à passer les prochains jours dans l'inconfort d'une maison où, pour notre plus grand malheur, tout est électrique : du chauffage à la cuisinière en passant par l'ouverture des volets, l'ordinateur pour travailler et la bouilloire pour se faire un thé, cela nous promet de longues heures fort ennuyeuses... On inventera des comptines et on trouvera des occupations inédites !!! La broderie, le crochet ou le piano à 4 mains... ou plus, si affinités !!
Pour les terriens, sachez qu'à 4 heures du matin une marée de coefficient 102 devrait aggraver les choses, et que les routes de bord de mer sont absolument interdites à la circulation cette nuit. Bon, promis on n'ira pas voir les vagues au Pont du Diable et on restera bien sages sous la couette... Et puis, on ne va pas se plaindre, les vraiment fortes marées c'est pour mardi, 116 ! Donc tout va bien se passer la mer ne montera pas jusqu'à notre balcon...
Je plaisante un peu mais nous sommes tous tellement marqués par la tempête de 99 que ce genre de moment paraît long, et on tourne un peu en rond l'oeil sur le bulletin météo et la tête dans les nuages. A demain, si la fée électricité m'en laisse la possibilité... Surtout, vous me pardonnerez mon absence sur vos blogs ce soir, mais je consacre les dernières heures qui me restent avant le black-out à utiliser mon ordi à des fins studieuses...

vendredi 26 février 2010

GIRO, GIRO, TONDO....


Sans commentaire ! Et oui Chic, elles ont osé...
Comptine italienne :
Giro giro tondo,
casca il mondo,
casca la terra;
tutti giù per terra.

mercredi 24 février 2010

欢迎


Non, je le précise tout de suite pour mes lecteurs qui pourraient s'y tromper, je ne suis pas grand-mère... Mais j'ai quand même envie de saluer l'arrivée du petit Joseph.
Il est né à Taipei (Taiwan) hier, 23 février à 8 h00 du matin. Il pèse 3 kilos et déborde déjà d'énergie ! Son nom chinois est EnXi ( 恩玺)ce qui se traduit en français par : Sceau de Gratitude. Cela se prononce comment ? Comme "Hennessy", la marque de Cognac. La maman est en pleine forme et le papa, vous l'imaginez sans peine les filles, heureux et empli d'une immense fierté. La suite d'un long et étrange parcours qui fait de lui un homme comblé par la vie.

PS 欢迎 signifie Bienvenu !

mardi 23 février 2010

ESPOIRS...

Pour répondre à l'impatience d'Idées Heureuses qui, la pauvre, se morfond dans l'espoir d'une saison meilleure... Certes tout cela est encore bien timide, les boules du mimosa sont encore bien closes, même si Madeleine me fleurit depuis deux mois déjà !! Je ne sais comment est exposé le sien, mais ici en plein vent, il souffre... Les crocus en sont à leur deuxième floraison (la première a eu lieu il y a deux ou trois mois !!), et pas mal de fleurs ont été massacrées par les gelées récentes... Quant aux jonquilles, elles en sont à peine à extirper quelques feuilles de leur bulbe gelé, mais c'est sûr, Martine, on tient le bon bout ! Et vivent les saisons...
J'aimerais que les savants me disent pourquoi les premières fleurs qui s'épanouissent dans la saison sont jaunes ? C'est du moins l'impression que j'ai chaque année. Les mimosas, les forsythias, les jonquilles, les primevères quand elles sont naturelles, les pissenlits... Il me semble que la nature anticipe le soleil dont elle a tant besoin pour s'embellir !! En tout cas j'ai un vase noir qui est fait tout exprès pour elles et qui attend avec impatience ses premières tulipes... jaunes bien sûr ! Les flammées, les Rembrandt ou couleur porcelaine viendront après !

lundi 22 février 2010

INVICTUS


La dernière fois, avec Bright Star, Alter était sorti enchanté et moi un peu raleuse, à cause du caractère par trop romantique de l'opus... Avec Invictus, la donne était inverse, je suis sortie ravie, planant sur un petit nuage soap, absolument prête à reconnaître que le film est plus eastwoodien que nature, mais totalement conquise par cet excès de bons sentiments.
Je reconnais que les scènes rugbystiques sont, au choix, trop longues (pour ceux qui ne sont pas fans de ballon ovale), ou manifestement pas professionnelles malgré l'entrainement intensif des acteurs (pour ceux qui ont l'habitude d'être au coeur des mêlées internationales par la voie des caméras surpuissantes dont les terrains sont actuellement équipés).
J'admets bien volontiers que les bruitages sont d'assez mauvais goût, surtout durant la finale et que l'approche de Clint est désarmante de naïveté en la matière.
Pas de lézard, c'est du vrai soap : avec une réalisation efficace, voire emphatique (la séquence où François Pienaar et ses joueurs visitent l’ancienne prison de Mandela, à Robben Island, atteint des sommets de kitsch), nappée d’une musique sirupeuse qui met le paquet pour susciter des frissons d’émotion, on obtient une sorte de grosse machine irrésistible, et parfaitement attendue.
Mais j'ai ADORE. Na... tant pis pour les puristes, esprits chagrins et autres empêcheurs d'adorer Eastwood en rond, j'ai frétillé de joie pendant 2 heures. J'assume ! Pas sûre pour autant que vous aimerez aussi, à peu près certaine que vous trouverez ça trop long, mais nul n'est obligé de s'imposer le pensum pas vrai, même s'il est d'usage d'aller voir "le dernier" Eastwood.

Si tel était le cas, ce serait cependant dommage de rater Invictus, le poème de WE Henley qui a inspiré le titre du film, poème dont je vous livre la traduction littéraire, extraite j'en suis désolée pour les puristes (je n'ai rien trouvé sur Encyclopedia Universalis !!), de Wikipédia qui vous offre, outre l'original en anglais, deux autres traductions littérales plus proches du texte initial.

Dans la nuit qui m'environne
Dans les ténèbres qui m'enserrent
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je ne peux pas me rebeller,
Meurtri par les tribulations
Je suis débout, bien que blessé.

En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme,
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

Le poème, écrit par Henley sur son lit d'hôpital alors que, atteint de tuberculose des os, il venait d'être amputé d'une jambe à 25 ans, est l'expression puissante d'un stoïcisme qui impose d'être fidèle à vos convictions malgré les épreuves qu'il faut surmonter avec courage et détermination. On dit que ce serait le poème préféré de Nelson Mandela.

dimanche 21 février 2010

PESSOA, DERNIERE

S'il fallait que quelqu'un eut le dernier mot sur l'histoire Pessoa, c'est bien elle qui pouvait le mieux le faire !! Après m'avoir signalé l'éditeur José Corti dont le nouveau directeur Bertand Fillaudeau a élargi le catalogue avec, en particulier sa collection "Ibériques" qui fait la part belle à notre portugais, elle n'a fait ni une ni deux, elle est allée voir son ami et m'a expédié, séance tenante, le petit cadeau que voici ...
Grâce soit rendu à l'internet qui permet la naissance de tels liens amicaux, tout en complicité d'autant plus sincère qu'elle ne peut être feinte (quoi de plus révélateur l'avons-nous souvent dit, qu'un blog... de nos photos de bébé au sourire de nos enfants, en passant par nos coups de gueule et nos coups de coeur, on s'y découvre lentement mais sûrement, avec la naïveté qui sied à un anonymat qui n'est que de surface), d'autant plus précieuse qu'elle est gratuite et sans obligation en retour ! Marque-page Delacroix, carte amicale, livre rare... comment marquer de façon plus efficace une connivence parfaite ?

J'ai aimé le choix du livre, édition bilingue qui permet de retrouver à côté de la traduction française, l'original portugais dont les mots chantent et riment. J'ai aimé la qualité du papier (je ne suis pas assez savante pour l'identifier, un chiffon peut-être ?) et d'avoir à couper les pages avec un stylet, au fur et à mesure que la lecture progresse. J'ai aimé le titre qui, à lui seul, est un programme d'avenir : "Message"... Pessoa avait initialement appelé son recueil Portugal mais a finalement opté pour Mensagem, à la portée plus universelle. Et, d’après un manuscrit retrouvé du poète, le mot Mensagem cache "Mens agitat molem." (c’est l’esprit qui fait mouvoir la matière). Message exalte la gloire et les hauts faits du peuple portugais.


Ce poème d'inspiration ésotérique et prophétique frémit d'un souffle épique, qui non seulement glorifie le destin d'un peuple particulier, mais aussi celui d'une Patrie universelle, où tous les hommes pourraient se reconnaître pour peu qu'ils acceptent d'ouvrir leur être au souffle de l'Esprit. "Ecoutez" dans son livre premier cette belle approche de son pays :
L'Europe ici s'étend, sur ses coudes posée :
D'Orient en Occident, elle s'étend, regarde,
Et une chevelure romantique
Recouvre ses yeux grecs, emplis de souvenirs.

Son coude gauche est reculé ;
Le droit en angle disposé.
L'un marque l'Italie sur laquelle il se pose ;
L'autre dit l'Angleterres qur qui, plus éloignée,
Il supporte la main, où s'appuie le visage.

Elle regarde, regard de sphynx, fatal,
L'Occident, futur de son passé.

Ce visage au regard, voilà le Portugal.
Avouez que l'image est parfaite, le propos évident (l'Occident, futur de son passé) et que vous avez souri, comme moi, à l'idée de ces deux coudes, l'Italie et l'Angleterre... Et de ce visage ouvert vers le large, posé sur la main de l'Europe !

samedi 20 février 2010

TEMPS DE LEGENDE


Certains jours, il suffit d'appuyer sur le clic (du téléphone s'entend, sans regarder ce qui s'affiche, de toute façon le soleil était tellement vif qu'on n'y voyait goutte) et c'est magique... Promenade du vendredi après-midi avec Madeleine et Nico... c'est une tradition que les frimas de ces dernières semaines avaient mise en sommeil et que dont nous avons retrouvé, intacts, le rythme et le plaisir.

C'était à Saint Palais, la plage du Plantin, le pont du Diable et le puits de l'Auture : le site a évidemment ses légendes que Madeleine, qui a grandi dans ces parages, s'est fait un plaisir de me raocnter. Une histoire à la Roméo et Juliette: Deux jeunes gens amoureux, issus de familles rivales, s'y seraient jetés, préférant la mort à la séparation. On dit également que lors d'une battue aux loups, le Seigneur de Didonne et de Royan avait encerclé les bêtes puis les avaient poussées dans la fosse. (texte trouvé sur Royan agglomération)



vendredi 19 février 2010

LES VRAIS PARISIENS


Il en est des "vrais" parisiens comme des espèces rares : beaucoup de ceux qui prétendent l'être sont de fraiche installation (une génération tout au plus) et, à part JMV qui, depuis son toit, me semble n'avoir aucune accointance provinciale marquée, nombreux sont les parisiens de coeur et d'adoption, ce qui leur donne, et c'est heureux, le zèle inimitable des néophytes, et l'oeil vierge des découvreurs (suivez mon regard : elle n'a pas sa pareille pour nous faire découvrir Paris). Réclamez votre titre si vous pensez y avoir droit, les commentaires sont là pour cela !!!

Alter et Koka en vadrouille dans les rues de Paris, ne cessaient de s'asticoter pour savoir lequel des deux était plus parisien que l'autre !! Alter avait, en la matière, un avantage de poids : il est né à Paris, juste à côté du Jardin des Plantes (mais non, je n'ai rien dit de désobligeant !!!)... Rapatrié fort jeune dans son Lot familial, il a gardé l'habitude d'y aller souvent car sa grand-mère y travaillait, et logeait dans le XVème (rectification !!), rue de la Croix Nivert. Quand il s'est agi de faire ses études, Toulouse a semblé manquer de prestige à ses parents, et la présence de Ninisse dans la capitale a sans doute joué pour le choix de l'inscription. Etudiant à Paris dans les années 68, cela valait son pesant de cacahuètes et ses souvenirs du boulevard Saint Michel sont d'authentiques tranches d'Histoire, même s'il fut en l'espèce un bien sage manifestant.
Koka, quant à elle, y fut propulsée par des parents désireux de bien faire mais forcément un peu inconscients, dès l'âge de 15 ans et demi. Logée chez des bonnes soeurs, cela rassurait les géniteurs inquiets qui découvrirent ultérieurement que les jeunes filles de bonne famille de ce bercail "bien sous tous rapports" étaient loin d'être des anges, elle était censée être sous la protection de sa grande soeur Mandarine. Nous apprîmes plus tard que les deux soeurs se croisèrent à peine quelques rares fois dans les escaliers tortueux de leur foyer, Koka n'ayant qu'une envie moyenne d'être sous la tutelle de sa soeur. Et depuis ce temps-là, Koka est une vraie parisienne, qui aime et apprécie sa ville avec l'ardeur et le pragmatisme qui la caractérisent : elle en pratique les petits bonheurs avec entêtement et profite sans barguigner de ce que la ville apporte de conforts et d'inconforts, de possibles et de ratés.

Quant à la bataille dont je parlais plus haut, elle trouvait son origine dans la difficulté de se repérer qui est la mienne, provinciale jusqu'au bout des ongles, et, en conséquence plus coutumière des lignes de métro et des plans de quartier que d'une localisation efficace dans l'espace. Je m'explique : pour moi, Paris, ce sont des arrêts de métro au sortir desquels on se débrouille mais aucune capacité de relier ces lieux entre eux. Je n'ai aucune vision globale de la ville et ai un mal fou à me situer géographiquement parlant, comme je le fais "dans la vraie vie". Je sais, Paris, il faut y marcher, y flâner, la parcourir le nez au vent et se l'approprier peu à peu. Mais, vous en conviendrez, à coup de séjours de 3 à 5 jours on court toujours au plus pressé et il faut faire utile. Quand la liste des expositions à visiter, spectacles à voir et lieux à apprécier est toujours systématiquement trop longue pour être réalisée, l'urgence l'emporte sur l'agréable.
Mes deux amours avaient donc décidé de me prendre en main, de me faire zigzaguer au plus efficace, et se chamaillaient comme des chiffonniers pour savoir si nous devions tourner à droite ou à gauche, jeu qui avait l'air de les enchanter.

jeudi 18 février 2010

ENTREZ DANS LA RONDE


Cette fois-ci c'est Chic qui a lancé le jeu, en disant qu'on n'était pas cap... Sachant bien sûr qu'on sauterait sur l'occasion !!! immédiatement relayé par Odile, ils ont donc lancé la ronde des bébés... Comme ça, dit Chic, si on se croise un jour par hasard dans la rue, on pourra mieux se reconnaitre...
J'ai donc joué le vrai bébé, 5 mois dit la photo car autrefois les photos parlaient, on inscrivait la date au dos et souvent l'événement immortalisé... Bien commode pour les générations futures comme méthode car rien ne ressemble plus à un bébé qu'un autre bébé (sauf Chic bien sûr)... et je ne sais si j'aurais été capable de m'identifier sans cette mention crayonnée...


Mais je ne résiste pas au plaisir de rajouter mes photos fétiches, plus vraiment bébé, une quinzaine de mois semble-t-il, mais déjà fort droite dans mes bottes, en "marcel" sur une chaise, et habillée en petit mec. A l'époque c'était peu courant et maman avait plutôt tendance à me déguiser en petite fille modèle, ce qui m'a sans doute laissé cette attirance particulière pour la dissipation !!
Et comme le dit Odile, et vous, vous étiez comment quand vous étiez bébé ???

mercredi 17 février 2010

ORS BAROQUES

Avant d’aller salle Pleyel pour entendre ce que JMV nomme le concert du siècle, petit brunch sous les ors de Jacquemart André, à l’ombre des tapisseries XVIIIème et sous les nuages de Tiepolo. Toujours aussi somptueux, même si les croissants étaient un peu fermes et le pain carrément froid. Impeccable pour être à pied d’œuvre à 13h.

Du concert, JMV a déjà tout dit, et il m’est difficile, après son analyse circonstanciée et fort documentée du spectacle ( et ), de reprendre les mêmes détails. Inutile de revenir sur Cecilia qui reste la diva incontestée de cette distribution brillante, et qui a même ému Christie aux larmes, même si Nathalie Stutzmann affublée ici d'un rôle peu porteur (je cite JMV : Cornelia qui, pendant deux actes et demi, ne cesse de pleurnicher et de s’apitoyer sur son sort") y tient sa partie avec l'élégance, la gravité et la délicatesse qui la caractérisent. Le registre de contralto est, traditionnellement, moins brillant et moins séduisant que celui de mezzo, mais la personnalité de cette interprète, discrète et pas diva pour deux ronds, est très attachante. La chaleur incomparable de son timbre en fait une artiste qu'on retrouve toujours avec un immense plaisir.



Je reconnais volontiers qu’Andreas Scholl n’avait pas la stature pour interpréter César, sa voix fluide et élégante convenant sans problème pour les airs amoureux, mais n’ayant pas vraiment de crédibilité dans les airs de bravoure. Seule différence notable lors de la représentation du dimanche, la coqueluche du moment, le contre-ténor Jaroussky, était remplacé(e)* par Anna Bonitatibus, une mezzo très agile, au registre musclé et très chaleureux, et je pense, malgré l’enthousiasme absolu de JMV pour le jeune falsettiste, que nous n’avons pas nécessairement perdu au change. Elle a reçu un accueil enthousiaste du public, qui a bravé pour elle, et bruyamment, les interdits d'applaudir. Je ne sais, si j'en crois les assertions de mon maître en références sur le tempérament de la diva (je veux citer JMV), si c'est cela qui a justifié le malaise perceptible de Cecilia. Elle était présente, attentive, mais crispée sur son étole et avait l'air un peu "chiffonnée". Alter prétend que ce sont imaginations de ma part, mais elle m'a semblé assez contractée.

Un détail m'a contrariée : la diction de certains chanteurs était assez confuse et la clarté du texte s'en ressentait. Non que l'intrigue soit passionnante et le livret fort littéraire, mais ce brouet à l'articulation improbable m'a ramenée à des temps où l'on ne savait dire, en entendant un opéra s'il était en italien ou en anglais... Ce pauvre Haendel qui ambitionnait d'imposer aux londoniens encore sous le coup du traumatisme de la mort de Purcell, l'opéra italien, en aurait frémi. Sans doute la "regina" n'avait-elle pas dit son mot sur "les professeurs de chant qui devaient former ses coéquipiers à la pratique de l’italien" ... comme elle le fit, selon JMV en 95 et 96 à Houston...

Par contre, notre admiration pour William Christie n’a pas pris une ride. Et pourtant nous le connaissons depuis ses débuts : les Arts Florissants fêtent leurs 30 ans et le joueur de théorbe, Brian Feehan est toujours le même, quelques cheveux en moins ! Le Grand Bill est le chef baroque le plus respectueux des voix, le plus amoureux de ses chanteurs, le plus attentif et le plus attentionné que je connaisse, mais j'en connais finalement assez peu ! En chair et en os (je veux dire en live)... Non content de diriger avec une sensibilité jamais prise en défaut, et d’interpréter avec beaucoup de caractère, il accompagne les voix avec un respect, une vigilance et un souci de mettre chacun en valeur qui sont d’une rare intensité. Sans doute est-ce cette liberté qu’il laisse aux interprètes qui contrarie JMV, mais en ce qui me concerne, c’est ce qui fait le charme de ses directions, toutes à l’écoute des solistes, valorisant chacun sans souci du prestige. Et tant pis si ses cors sont parfois approximatifs... cela doit nous rappeler les débuts des baroqueux, où il semblait impossible d’aligner trois notes justes, les instruments ayant bon dos pour justifier tous les dérapages. Ce temps est fort heureusement révolu, mais on garde pour les cors une indulgence coupable !

Nous avons bien ri à l’idée que Haendel n’a sans doute jamais connu public aussi silencieux et aussi concentré dans aucune de ses représentations. Guilio Cesare a été créé pour le King's Theater qui avait été monté par un groupe d’actionnaires mélomanes de l’aristocratie anglaise. Peu empressés à financer réellement cette opération, le capital n’était toujours pas libéré 10 ans plus tard, les membres de cette entreprise y disposaient à l’année de salons et de loges pour assister aux spectacles, recevoir, se montrer et pérorer. C’est le premier opéra "privé"qui ait existé à Londres. Haendel en était le directeur musical et y entretenait une programmation, payée à prix d’or, digne du concert de Pleyel : castrats célèbres, soprani recherchées, chanteurs exceptionnels coûtant des prix faramineux, mises en scène brillantes et somptueuses, tout était bon pour attirer et plaire au public. Guilio Cesare, qui a toujours joui d’un succès constant auprès des spectateurs, lui servait pour sauver les meubles et renflouer les caisses dès qu’un autre opéra faisait un four ! Cela n’a pas sauvé l’entreprise, qui l’a en partie ruiné et qui, outre un AVC en scène qui le laissera momentanément à moitié paralysé, lui a surtout apporté de nombreux soucis Ce qui est savoureux est qu’il n’a sans doute jamais rêvé d’un public aussi respectueux, aussi prêt à s’enflammer et aussi sage… Car même interdits d’applaudissements, les rangs vibraient avec une ardeur très inconditionnelle, et le triomphe final n’admettait aucune réticence ! Sans doute est-ce ce consensus un peu convenu qui nous a laissé un peu sur notre faim ! JMV insiste sur la différence des publics entre le mardi et le vendredi soir, on imagine volontiers que le public du dimanche après-midi, dont nous sommes souvent malheureusement, a des particularités encore plus marquées, traditionalisme et a priori, qui en font un convive pas toujours perspicace. J'aime les publics ayant du caractère qui savent acclamer à bon escient et manier l'applaudimètre avec parfois une certaine cruauté !!

* faut-il accorder avec la coqueluche ou avec le contre-ténor ??? avec la coqueluche, je crois, mais j'ai eu peur, ce faisant, de heurter votre sens des voix !!

mardi 16 février 2010

CHAMPAGNE !!!


On a gagné, et avec la manière !! faut dire que cela a été un peu compliqué cette histoire : il a fallu commencer par se peindre les ongles en bleu et rouge (le blanc étant resté à Meschers, car pour dire la vérité je n’avais pas prévu cet épisode !) et prévoir un équipement anti froid digne d’une expédition polaire : pas moins de 4 épaisseurs pour moi, couronnées par un blouson en fourrure, des gants, des bonnets, des chaussettes dans le sac à main (et oui, qui du coup pesait encore plus lourd !), bref de quoi affronter les courants d’air mauvais du Stade de France.

Nous avons donc commencé la journée par la séance maquillage des ongles, puis, histoire de faire un peu sérieux, nous sommes allés visiter l’exposition au musée Delacroix. L’atelier du maître, refait à neuf il y a peu, ressemble à s’y méprendre à l’atelier Shaffer au musée de la vie romantique. Koka s'est empressée d'en faire un loft imaginaire, qui, à peu de frais, lui semblait très confortable ! Les dessins, aquarelles et esquisses du maître regroupés par la collectionneuse américaine Karen B.Cohen, constituent un ensemble très cohérent et fort intéressant. Les carnets de croquis, particulièrement émouvants, avec notes techniques diverses, les copies de grands maîtres, les dessins préparatoires pour des oeuvres connues, tout cela forme un parcours complet de la carrière du maître qui trouve, en ces lieux, un écho vraiment attachant. Nous avons joué au jeu des "si je devais en choisir une, ce serait celle-ci" en triant consciencieusement parmi les oeuvres proposées celle qui semblait à chacun devoir être subtilisée à la barbe des gardiens !!

Au sortir de cette exposition, halte à Saint Germain des Près pour régler mes dettes. Depuis des années, je promets cierge sur cierge à Sainte Rita, patronne des causes désespérées et soutien de tout bon étudiant qui se respecte, et, faute de statue de la sainte, bien peu populaire dans nos campagnes, je n'avais jamais tenu mes engagements. Koka en a terminé avec les examens, les angoisses et les incertitudes sont loin, mais moi, il fallait bien que j’en profite pour m’acquitter de mes promesses !!

Après une tentative pour aller visiter l’exposition sur les vanités au musée Maillol, où une queue interminable et malgracieuse (c'est fou ce que le froid peut rendre agressif) s’étendait devant la porte, nous avons préféré mettre à profit le temps qui nous restait avant le match pour se réchauffer un peu. Nous avons découvert le bar à soupes et quenelles Giraudet au 5 rue Princesse, qui offre des formules délicieuses et fort abordables, des soupes originales (la tibétaine, lentilles corail et aubergines, celle aux carottes et lait de coco, la classique potimaron…) des quenelles parfaitement soufflées et quelques desserts agréables, dans un cadre sympathique, qui doit être abominablement étroit à midi, mais était parfait à 15h !!

Il était ensuite temps d’affronter le stade de France. Après une Marseillaise d’autant plus énergique que nous avions besoin d’y croire très fort, nous avons assisté atterrés à un début de match d’une lenteur, d’un immobilisme et d’un manque de punch sans doute attribuables à la température particulièrement basse. Il ne se passait rien et on commençait sérieusement à se demander pourquoi on était venus se geler dans ces gradins inconfortables... quand les français se sont réveillés et nous ont offert un festival : drops, essais, transformations, au total une victoire incontestable et finalement un bien joli spectacle. Soirée paisible et pétillante, il fallait arroser la victoire et fêter la Saint Valentin, ce que nous avons fait avec ardeur et bulles à profusion ! La bouteille de champagne n'a pas fait un pli !

lundi 15 février 2010

MERCI FREDERIC !!!


Ne cherchez pas, le commentaire de Frédéric n'est pas dans la liste des remarques qui émaillent l'article précédent.. non que j'aie effectué une censure. En principe je publie tout, sauf s'il arrivait quelques remarques malséantes et grossières, chose qui ne s'est jamais produite et j'en suis ravie car c'est la preuve que les blogs ne sont si dangereux que certains effarouchés pourraient le craindre. Le commentaire de Frédéric m'a été transmis en direct par mail et si je l'en remercie vivement, je ne tiens pas à en faire état ! Il fait un peu trop "groupie"...

Un autre Frédéric aurait pu figurer dans la liste déjà fort longue des observations sous l'article, car ce dernier, ami de longue date dont le blog figure à part dans les "blogs de ceux que j'aime", cultivé en diable, averti en termes de littérature et d'un jugement sûr, vit de surcroît à Lisboa et son avis sur Pessoa aurait forcément été éclairé ! Mais il en va des blogs comme de l'amitié, leur lecture n'a rien d'obligatoire et Frédéric a mille occupations qui l'éloignent parfois de ma prose...
Voyons donc plus à propos le détail de cette polémique. Un article dont le sujet n'était pas, mes lecteurs habituels l'ont compris, une leçon sur Pessoa (si tel était le cas, je n'aurais pas beaucoup de lecteurs et j'écrirais ailleurs que sur un blog) mais bien le bonheur d'un livre lu à haute voix entre époux, la légèreté sereine des vers choisis (une fois n'est pas coutume, je cite rarement des textes) à partager avec vous, quitte à vous donner envie de lire vous aussi le Gardeur de troupeaux, le petit clin d'oeil à Koka et à Mandarine avec cette photo, avec laquelle Chic a la gentillesse de jouer au jeu des ressemblances... Marrant le jeu des ressemblances, moi je suis nulle pour y jouer mais Chic est perspicace car, malgré la barbe, on dit souvent cela de la p'tite !
Donc, comme à l'ordinaire, un billet sans prétention, d'autant que peu de gens connaissent profondément Pessoa... comme dit Martine, les Idées Heureuses, "je lis d'autres choses que vous ne connaissez peut-être pas, chacun ses trucs et puis la culture c'est aussi celle que l'on se fabrique au contact des uns et des autres"... Nous n'avons, Alter et moi, découvert Pessoa qu'il y a peu lors du Festival d'Avignon 2008, et je ne me sens pas vraiment complexée de l'avouer. On ne peut pas tout connaitre en ces temps de culture internationalisée qui rendent l'accès à l'érudition plus facile mais ô combien permanente et foisonnante. Même Aloïs, une référence en matière de culture, nous dit avoir découvert Pessoa grâce au "frère du plus proche collaborateur du gentilhomme"...

Sachant, ou prévoyant que Pessoa n'était pas sur toutes les tables de chevet, je me devais de situer un peu l'auteur pour éviter d'avoir l'air de "la ramener" en sous-entendant que, bien entendu, vous connaissiez tous cet auteur! Or, Mona en conviendra avec moi, situer Pessoa en quelques mots, sans tomber dans l'article pédant, cela relève un peu du tour de force. J'ai donc choisi une citation de Wikipédia, qui, vu de mon modeste niveau, ne me semblait pas contenir d'énormités sur le sujet, tout en expliquant assez clairement le phénomène littéraire que représente cet auteur. J'ai rajouté (en fin d'article pour ne pas en alourdir la lecture) le lien vers le site de l'association française des amis de Pessoa (qui ne peut être que la bonne référence ??), la liste de ses livres sur Bibliomonde et un article assez sérieux d'Inës Oséki dans la République des lettres, Pessoa, sa vie, son œuvre. Cela permettait à ceux que Pessao aurait attiré d'aller plus loin, de lien en lien à travers des sites, a priori sérieux.
Oui Aloïs, je me justifie, mais c'est sans humeur, simplement pour rappeler que ce blog, qui n'est pas privé, mais qui s'adresse, outre ses deux lectrices privilégiées et dédicataires, à quelques lecteurs que j'essaie d'amuser sans les lasser, n'est ni un blog de spécialiste, ni un lieu de polémique. Même s'il apparait que le sujet de celle impulsée par Mona est la valeur de Wikipédia. Il est de bon ton de décrier Wikipédia, mais citer l'Encyclopedia Universalis aurait été à mon sens discourtois : car, que je sache, tout le monde n'y est pas abonné et pour être correcte j'aurais dû faire un copié collé de l'article que Robert BRECHON, agrégé des lettres, ancien directeur de l'Institut français de Lisbonne, lui consacre. Cela aurait été carrément trop, au regard de mon propos, somme toute modeste !!
Oui, Mona, les références de Wikipédia sont souvent truffées d'erreurs, et il vous appartenait, s'il y en avait dans les quelques lignes reproduites en informations informelles dans mon billet, de les détecter et de les rectifier, pour notre plus grande satisfaction ! Nous, qui ne sommes pas spécialistes, aurions apprécié vos lumières !! Je dis cela très sincèrement, les commentaires sont là pour cela, et chacun ici, dans cette petite blogosphère sans prétention, est ravi d'apprendre et de découvrir... Comme le souligne Odile, "Personne n'a jamais dit qu'un de nos "articles" (ou messages, ou billets) devait faire la synthèse d'un sujet, tel une Encyclopedia Universalis repensée chaque matin... Il nous donne des idées ; à nous, grandes personnes que nous sommes, de creuser plus loin le sujet, si le coeur nous en dit".

Do, je partage par ailleurs ton approche de Wikipédia, même s'il est bien porté de le décrier "Je n'ai pas la prétention d'être une intello, toutefois je trouve Wikipédia très pratique et pas si nul que certains(es) le prétendent"... Il est évident qu'on reste toujours prudent sur la source, et , comme dit Odile, "Wikipédia après tout est une encyclopédie en construction, dont les articles sont souvent écrits par des passionnés du sujet, et donne d'ailleurs des liens pour aller plus loin".
Quant à manquer d'humour, cela je suis désolée, c'est un trait qui me caractérise : j'ai beaucoup d'humour quand il s'agit de railler les autres, ce que j'évite de faire par courtoisie, amitié ou simple gentillesse (une vertu qui n'est pas très prisée par les temps qui courent), mais je suis comme beaucoup je deviens terriblement obtuse quand je fais moi-même l'objet d'une mise en coupe peu amène ! Et, sauf à relever d'énormes erreurs ou incongruités inadmissibles, ne se justifie guère dans le cours d'un blog tel que j'ai décris Bon Sens et Déraison.
Merci Mona d'avoir tout de même pris la peine d'écrire un second post, loin de moi l'idée de vous agresser, mais comme l'a souligné Aloïs, il s'agissait, et s'agit encore, de "justifier" ce recours intempestif à l'encyclopédie libre dont nous connaissons tous les limites mais aussi l'intérêt, au-delà des purismes qu'il est toujours de bon aloi d'affirmer.
Pour autant, cet article n'est pas une volonté de polémique, car "pour alimenter ce blog avec autant d'assiduité, en conjuguant vie familiale et professionnelle" (merci Do !) je n'ai pas pour autant prétention d'entretenir des débats inutiles. Ce blog, bien que familial car il m'est plus facile d'avoir des interlocutrices supposées, mes filles, reste ouvert, public et, sans afféterie. On y joue, on y rit, on y découvre, on y partage, on s'y fait des clins d'oeil, on y redresse les erreurs mais de façon constructive. Je n'ai nulle envie d'aligner une liste de lecteurs "bénis oui oui" qui s'ébaubissent à la moindre saillie. Certains passent, commentent, rebondissent, j'adore les commentaires longs, qui montrent que surtout le sujet choisi, souvent ténu mais parfois grave, les a touchés. Je suis souvent ravie de constater que la somme des commentaires au billet va beaucoup plus loin que les quelques idées générales évoquées au passage (Colibri et d'autres sont parfois d'excellents relais en la matière). Je ne sais comment vous pratiquez, vous les lecteurs ? Je lis vos billets, quand j'aime je glisse mon grain de sel, parfois je m'épanche parce que le sujet me touche, ou que je sens que son auteur a besoin qu'on soit là. Quand cela ne m'intéresse pas, je passe, quand je n'ai pas le temps, j'essaie quand même de laisser un petit signe, et sauf cas rare, je ne joue pas les redresseuses de torts. Sans pour autant tomber dans la démagogie et le clientélisme.


Comme tout bon article se doit d'être conclu, je laisse le mot de la fin à Astheval : "Jusqu'à présent "Pessoa" était pour moi uniquement un enrênement pour faire travailler les chevaux... lol... Très efficace pour muscler son cheval !" Merci Astheval de cette info qui mérite le détour et me permettra de briller dans les dîners en ville !!! Plus sûrement qu'en parlant de notre portugais protéiforme !

PS Alter qui, comme vous le savez a le sens de la mesure, m'a déclaré sans esprit de controverse que le commentaire de Mona ne valait pas la peine de monter sur mes grands chevaux (mais il comprendra en lisant ma conclusion que la chevauchée s'imposait !!) et le blog de Mona, particulièrement son rapport au temps, est tout à fait dans le sens de mes affinités... Je partage sans réticence son approche d'Océan, mais son dernier post sur Pessoa vous en apprendra plus !

samedi 13 février 2010

PERSONNE...


Les bulles de savon que cet enfant
s'amuse à tirer d'un chalumeau
sont dans leur translucidité toute une philosophie.
Claires, inutiles et transitoires comme la Nature,
amies de yeux comme les choses,
elles sont ce qu'elles sont,
avec une précision rondelette et aérienne,
et nul, pas même l'enfant qui les abandonne,
ne prétend qu'elles sont plus qu'elles ne paraissent.

Certaines se voient à peine dans l'air lumineux.
Elles sont comme la brise qui passe et qui touche à peine les fleurs
et dont savons qu'elle passe, simplement
parce que quelque chose en nous s'allège
et accepte tout plus nettement.

Poème XXV du Gardeur de troupeaux d'Alberto Caeiro

Certaines d'entre vous, nombreuses, ont plusieurs blogs, et j'en ai moi-même entamé trois... "Fan de Loup", l'histoire de la folle aventure d'éducation à la maison de nos 2 filles... "l'instruction est obligatoire, pas l'école" !! blog perdu dans les mailles de la toile que je suis moi-même incapable de retrouver, et finalement resté à l'état d'ébauche... "Le Petit ReNaudon, l'authentique", qui ambitionnait de publier notre journal à 8 mains du temps où nous faisions un vrai tirage papier, envoyé fidèlement à une vingtaine de lecteurs, et dont je voulais vous offrir les filles, un remake internet ! Le lien, végète sur le côté droit de "Bon sens et déraison", le seul que je parvienne à tenir de façon satisfaisante et régulière. Un jour sans doute, je relancerai tout cela !! Surtout Fan de Loup, histoire vécue, écrite aussi, et qui mérite d'être contée.
Et voilà qu'une autre idée m'est venue l'autre jour, alors qu'Alter rentrait tout fier de Royan avec un petit cadeau pour moi, un Lévi-Strauss réclamé il y a peu sur ce blog, et un autre cadeau pour nous car à partager tant c'est beau : "Le Gardeur de troupeaux" d'Alberto Caeiro... J'ai tout de suite eu envie de publier un poème par jour, accompagné d'une photo judicieusement choisie et d'une réaction personnelle, brève. L'idée est belle, mais cela se ferait au détriment de mon boulot (et déjà que les fonctionnaires sont mal aimés, mal évalués et réputés tire au flan, vous imaginez le travail !!), au détriment aussi de "Bon sens et déraison" que je tiens à entretenir vivant pour vous, les filles ! Cela pourrait être aussi pour plus tard, sauf qu'entre temps j'aurai d'autres idées !! Et c'est tant mieux...
Fernando Pessoa, son nom en portugais signifie personne, une personne, nous l'avons découvert en 2008, au Festival d'Avignon : le coup de foudre ! La pièce était savante, difficile à suivre, mais admirable et captivante, et à peine sortis, nous nous sommes précipités sur les infos existantes pour mieux comprendre ce phénomène littéraire absolu et incroyable qu'est Pessoa. Difficile de faire bref sur cet écrivain portugais dont je vous offre simplement une description rapide, puisée sur Wikipédia :
Prolifique et protéiforme, Pessoa est un auteur majeur de la littérature de langue portugaise et de la littérature mondiale (il est traduit dans un grand nombre de langues, des langues européennes au chinois). Il crée une œuvre poétique multiple et complexe sous différents hétéronymes en sus de son propre nom : Alberto Caeiro, qui incarne la nature et la sagesse païenne ; Ricardo Reis, l'épicurisme à la manière d'Horace ; Alvaro de Campos, le « modernisme » et la désillusion ; et Bernardo Soares, auteur du Livre de l'intranquillité, considéré par lui comme son semi-hétéronyme, plus proche de l'auteur orthonyme. Il signe aussi quelques textes en prose sous son propre nom, comme Le Banquier anarchiste. L'hétéronymie deviendra sa façon d'être. De multiples autres hétéronymes auront des fonctions diverses, de l'astrologie à l'auteur de rébus. Il reste que les grands hétéronymes littéraires auront une telle force, seront à l'origine d'une si unique création littéraire que l'auteur leur trouvera même à chacun une biographie justifiant leurs différences. Fernando Pessoa deviendra "le cas Pessoa" pour grand nombre d'intellectuels, de critiques, de littérateurs, de simples lecteurs.
Concernant Le Gardeur de troupeaux, Pessoa raconte qu'un jour de mars 1814 il s'approcha d'une commode haute et, prenant un papier " je me mis à écrire, débout, comme je le fais toutes les fois que je le puis. Et j'écrivis trente et quelques poésies, en une espèce d'extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et jamais je ne pourrai en connaître de semblable... Et ce qui suivit fut l'apparition en moi de quelqu'un à qui je ne tardai pas à donner le nom d'Alberto Caeiro... mon maître". Le plus étonnant pour l'auteur est que, libéré de sa propre inexistence en tant que Caeiro, il prit ensuite un autre papier où il écrivit d'affilée également, une suite de poèmes La Pluie Oblique, sous le nom de Pessoa.
Le Gardeur de troupeaux est un homme qui vit aux champs, un sage sensuel, détaché de la vanité du monde, et dont le regard oscille sans cesse entre stupeur et émerveillement. Un délice à déguster seul ou à deux, car cela se prête merveilleusement à la lecture à haute voix, et dont je vous offre un poème choisi... C'est parce que ce choix a été très difficile que je rêvais un blog Caeiro !! Le choix s'est fait en hommage à Koka, sur une photo prise par Mandarine... C'est frustrant de ne vous en offrir qu'un, mais je suis certaine que vous aurez envie de le découvrir en entier !!


Quelques liens pour mieux apprécier cet auteur :
L'article de Bibliomonde sur Pessoa avec tous les ouvrages de lui référencés sur Bibliomonde, liste à droite
Pessoa, sa vie, son œuvre par Inês Oseki, dans la République des lettres

vendredi 12 février 2010

SAC A MAIN

Cette fois, le responsable c'est Gérard... qui a lancé l'idée l'autre jour dans un commentaire, idée qui a déjà maintes fois ricoché... Normal que ça l'ait titillé, Gérard, la curiosité, légitime, de savoir ce que cachent nos sacs à main. Cela fascine toujours les hommes, qui n'osent y mettre le nez de peur d'être taxés d'indiscrétion, de savoir ce que renferment ces bagages que nous trainons partout comme si notre vie en dépendait, peut-être en dépend-elle vraiment d'ailleurs, et qui, lorsqu'on leur demande de nous le porter quelques instants ne peuvent éviter de nous dire "Mais qu'est-ce que tu peux bien traîner là-dedans pour que ce soit aussi lourd ?"
Alors, en écho à Koka qui se demandait jusqu'où on pouvait aller dans le dévoilement et l'impudeur, et ayant constaté que, même sans tricher, un intérieur de sac n'était pas nécessairement d'une indécence extrême, je réponds au défi de Gérard, et comme d'hab, surtout sans obligation et sans contrainte aucune, qui m'aime me suive... Je sais qu'on peut m'aimer sans avoir envie de me suivre dans mes délires. "Tu es bien dissipée, Pimpi point net, tu veux toujours jouer " va encore clamer Alter !!

Donc, première photo, l'objet du billet, plein, normal, fermé, pudique !! Poids avoué : 3,3 kg...

Puis, pour vous montrer que je n'ai pas triché (j'ai juste jeté 3 tickets de caisse fripés) le contenu du susdit sac, jeté ex abrupto par terre...

Analyse du contenu en cases soigneusement rangées, faut s'y retrouver !!

La case "money" : le carnet de chèque en cours n'est pas dans le joli protège chéquier prévu à cet égard, deux vieux carnets subsistent malgré leur inutilité apparente, ils ont servi à prendre des notes vite fait. Les billets ne sont pas rangés et le porte monnaie, pour une fois, est fermé. Tout va bien !
La case "utiles" (???) : un petit sac à provisions qui se déplie en cas de besoin, un nécessaire à tournevis miniature pour l'ordi et les lunettes, un étui à cigarette rempli de cartes USB en forme de cartes bancaires, pas moins de 3, j'ai égaré la 4ème, momentanément, une autre clé USB, un mètre de charpentier, des minis crayons de couleur et de quoi netttoyer mes lunettes, (et celles d'Alter)!
La case "prof" : crayons, stylos, marqueurs, débiles ou indélébiles, colle, scotch, une vraie cata dont la moitié ne marche pas très bien, mais dont je ne saurais me passer... rangés (??) dans la poche centrale du sac.
La case "intime", ben oui, y en a une... cold cream, antalgique, petit pilulier rond, chewing gums, spray mentholé pour l'haleine, brosse à dent, une savonnette récupérée dans un hôtel et dont je ne me servirai jamais, et surtout, surtout, deux bas de rechange, car il n'y a rien de plus laid qu'un bas filé !!
Et enfin, à part, la case "indispensables", dont je ne me séparerais sous aucun prétexte et qui me suivent même quand le sac reste à la maison : le moleskine, les clés de voitures (pas perdues puisqu'elles sont là !), le Cybershot (qui une fois sur deux est en charge au lieu d'être à sa place, d'où les photos téléphone), la précieuse petite boîte avec toutes les cartes possibles, dont la Bleue et la Vitale, et... le téléphone portable sans lequel je ne peux plus tenir de blog !!!
Voilà, j'ai tout remis... sauf le mètre, car faut bien avouer que je ne m'en sers pas très souvent ! Encore que... je sens que je vais pester sous peu de l'avoir enlevé ! Mais mon sac ne pèse plus que 3,1 kg !!

jeudi 11 février 2010

HISTOIRES VUES

Je crois avoir été très désagréable le week-end dernier, tant j'ai râlé contre les deux films vus. Vous avez sans doute compris que nous n'avons guère le choix des armes, même si le Relais de la Côte de Beauté nous offre une programmation dite "arts et essais". Deux films par semaine, c'est à prendre ou à laisser, et quand la saison touristique arrive, et croyez-moi, elle arrive vite, plus rien de rien. Déjà là, on aborde les petites vacances, les films visibles se raréfient, mais en juin, c'est fini !

La Dame de Trèfle : Alter n'avait guère envie d'y aller, mais j'ai insisté, curieuse et désireuse de changer d'air. Pour le changement d'air, pas de problème : la peinture lugubre, sur un rythme poussif et vaguement angoissant, d'une immense pauvreté mentale : le monde des bistrots et des jeunes sans avenir, des petites embrouilles et des dérapages. Un environnement sordide, des personnages paumés, une ambiance sinistre... Le tout parsemé de dialogues plats et de considérations vides. Les personnages sont des caricatures, tristement plausibles. Un film improbable, pourtant bien joué mais qui, se voulant art et essai, traite d'un milieu glauque et calamiteux qui ne sait retenir son public. Encore qu'on ait vu réussi dans le genre, mais là, c'est trop lent. 30 minutes de trop ça c'est évident... quelques bonnes idées sans doute, mais qui ne parviennent pas à émouvoir. Une fin bâclée, tirée par les cheveux et finalement une grande impression d'ambition ratée. L'attachement excessif entre le frère et la soeur, leur quête désespérée d'identité, ce mélange confus de noirceur et d'enfance auraient pu aboutir, mais la sauce n'a pas pris.
Le film de Jane Campion, Bright Star, c'est moi qui trainais les guêtres pour aller le voir. Alter m'a accusée d'y aller avec un a priori négatif et de n'avoir pas su, ou voulu, l'apprécier. Oui, c'est superbement filmé, oui malgré les 2 heures que dure le film et la fragilité de l'intrigue, on ne s'ennuie pas. Le montage est précis, au millimètre et, bien que ce soit "un film en costumes", cela ne vire jamais à la caricature. Pourtant Dieu sait que les froufrous y sont lourds !! Le rythme, lent, est parfait, totalement adapté au propos, et chaque scène s'incruste dans la précédente avec évidence. Le propos est d'une délicatesse absolue, et j'avoue que tous les personnages sont cernés avec précision et vraisemblance.
Mais j'ai trouvé que c'était trop démonstratif... et simplement, je n'ai pas adhéré à cet excès de romantisme. J'ai trouvé que Jane Campion prenait de toute évidence des libertés avec la mentalité anglaise du début du XIXème, pour un rendu "moderne" des comportements qui m'a semblé un peu démago. J'ai imaginé les kilomètres de tissus et de broderies qu'il a fallu déployer pour ces reconstitutions au lieu de pleurer sur le sort de ce pauvre poète et de sa muse abandonnée. Le caractère très formel de l'œuvre gomme, selon moi, toute force émotionnelle au propos. Alter a beaucoup aimé, et m'a largement chapitrée pour que je manifeste un peu plus d'enthousiasme. Et a fini par revendiquer son romantisme quand je lui ai lancé, provocatrice "Mais enfin tu imagines un film sur Lamartine ??"...

mercredi 10 février 2010

CELA S'APPELLE LA TRACABILITE


Week-end prévu à Paris pour aller écouter Guilio Cesare, le Grand Bill, Nathalie Stutzmann, Andreas Scholl et, bien sûr, LA Bartoli. Billets achetés à grands frais sur Réducnet, pas réducs du tout, mais pour la Saint Valentin, foskifo, imprimables dans l'instant, bref le grand confort. Mais quitte à être à Paris le 14 février, autant en profiter pour aller voir France Irlande le 13, car on peut très bien être amateur d'art lyrique sans pour autant bouder le ballon ovale. Comment acheter des billets pour le tournoi alors qu'ils sont déjà épuisés depuis des lustres ? Certes, on pourrait demander à Koka, qui a plus d'un atout dans sa manche, mais on n'aime pas demander, et puis, avouons-le, on n'y a pas pensé !!
Le réflexe, c'est Ebay... mais les achats immédiats sont hors de prix, et les enchères, faut y être à l'heure dite. Je me suis encore fait piquer un parfum hier, très exactement de la dernière seconde. Quand on s'en fiche un peu et qu'on pourra recommencer plus tard, c'est sans importance, mais quand on veut vraiment quelque chose, c'est aléatoire. Je cherche, et je trouve... Seatwave... vente de billets en tous genres. J'y trouve mon bonheur, abordable en plus, et commence la longue attente. Habituée à la réactivité immédiate des vendeurs d'Ebay, je commence à scruter la boîte dès le surlendemain de l'achat. Une semaine plus tard, j'envoie un mail inquiet à Seatwave qui me répond par un salmigondis informe, selon lequel les vendeurs n'ont parfois que leurs billets quelques jours avant l'événement et qu'il faut patienter. Il y a 15 jours, je récidive, même brouet rassurant. Pas rassurée du tout, je constate que le prix des billets a bien été débité, et mercredi dernier, mail assassin,à Seatwave qui, pour garantir la sécurité des échanges, prélève au passage une commission confortable. Pas de lézard, ils sont sérieux ces gens-là, dès le lendemain une charmante et dévouée employée m'appelle, me rassure, me dit qu'elle a contacté le vendeur et lui a enjoint d'envoyer les billets au plus vite ! Il commence à être temps, pour faire bon poids j'ai prétendu partir pour Paris le 10 février.
Et recommence l'angoisse... je saute sur chaque voiture qui s'arrête devant la maison, rassurez-vous en cette saison, elles sont très rares, je me précipite à chaque coup de sonnette pour accueillir fort inélégamment mes visiteurs par un "ah, ce n'est que vous", guettant le moindre bruit de voiture qui pourrait être un fourgon UPS. Mais UPS fait bien les choses, et pour les clients anxieux, les inquiets et stressés dont je suis, il existe un suivi sur internet qui vous permet de savoir, d'heure en heure, où est votre envoi !
Histoire d'en rire, je vous livre ci-dessous les affres du cheminement de nos entrées au Stade Saint Denis :
Fliqués, nous le sommes, c'est Aloïs qui le disait déplorant qu'un air téléchargé pour écoute personnelle sur Deezer soit aussitôt en ligne sur son blog, mais c'est vrai que le phénomène s'aggrave d'heure en heure. Elle a beau jeu la traçabilité, on ne peut plus faire un pas sans être repérés, on ne peut plus consulter un site sans devenir un client potentiel, traqué, suivi, sollicité. J'avais il y a peu, envie de profiter des soldes pour acheter des draps, je suis, depuis, assaillie d'offres en tous genres sur tous les sites visités, en particulier sur Hotmail. Et je ne vous dis pas les indiscrétions que cela vous fait, ces petites arrangements avec l'éthique informatique ! Alter, désireux de m'offrir quelques fanfreluches La Perla, a consulté le site de cette boutique... et depuis mes écrans regorgent de tenues affriolantes portées par des nanas magnifiques ! Déprimante cette ambiance... Votre portable est sur écoute, vos goûts sont analysés et vos désirs anticipés, votre ADN jeté sur la place publique, et l'OMS apprécie l'évolution des épidémies avec plus de succès en suivant les tendances des consultations internet qu'en analysant les rapports des ministères de la Santé. Mais bon, faut pas être bégueule n'est-ce pas, et cela peut-être pratique parfois !
Enfin, la morale de l'histoire c'est que, passant par Saetwave, nos billets viennent d'Angleterre, et pas de doute, samedi, faudra crier très fort pour se faire entendre car nous allons être dans les rangs irlandais !! Et je vous assure, au moment de la Marseillaise, c'est dur... après aussi d'ailleurs. Espérons qu'ils seront fair play les supporters du trèfle irlandais... pourquoi un trèfle ?Patrick, le saint-patron irlandais qui a évangélisé l'île au Ve siècle, se serait servi d'un trèfle pour expliquer aux païens la sainte Trinité : le père, le fils, le Saint-Esprit.

mardi 9 février 2010

MYSTERE INFINI



Echo nostalgique, réveillé par Chic qui, ces jours-ci, a posé une colle sur son site, le hasard lui ayant, dit-il, joué un drôle de tour, il nous appartient de trouver de quel tour il s'agit. L'affaire est mâtinée de Normandie, de reflets bleutés et semble avoir un lien avéré avec Gustave Courbet, peintre que Chic affectionne pour lui ressembler quelque peu. Je suis, du coup, devenue une spécialiste de Courbet, via internet, et souhaite fermement à Chic de ne pas se parer dans les années à venir de l'embonpoint qui fut celui du peintre sur la fin de sa vie. Un trublion Courbet, qui fut condamné à 6 mois de prison pour avoir participé à la démolition de la colonne Vendôme et dont nombre de toiles firent, à sa plus grande satisfaction, grand tapage. Il aimait s'attaquer aux conventions et renverser les hiérarchies établies.
Mais l'histoire que je veux vous raconter les filles, n'est pas celle d'un scandale. C'est un vague souvenir qui a trait à la passion qu'avaient mes parents de courir les salles de ventes et d'en ramener toutes sortes de choses qui, depuis, ont encombré nos armoires et m'ont rendue vaguement allergique à tout ce qui a trait à la brocante.

L'histoire remonte au début des années 60, je n'étais pas bien grande et je n'ai pas participé en direct. Ils étaient allés passer leur dimanche à une "belle vente" à Libourne, ainsi qu'on nomme encore les ventes qui présentent non du tout venant, mais un matériel trié, quelques beaux meubles, quelques toiles aux sigantures alléchantes et divers objets de qualité. Ils en avaient rapporté une incroyable et sinistre peinture, d'une dimension plus que respectable et difficilement logeable dans un appartement : mais ils venaient d'acheter une maison à retaper où papa passerait de nombreux dimanches entre la truelle et le marteau. Pour l'heure, ils débarquaient devant mes yeux ébahis, une composition vériste, du plus bel effet, composée sur plus d'un mètre cinquante de haut, en format figure, d'un calvaire dans la grisaille, au pied duquel une veuve éplorée, si l'on en jugeait par sa mise sombre, priait. Il faut vous dire que papa, d'origine italienne et de tempérament musclé, avait une sensibilité affirmée pour la chose religieuse qui le faisait s'émouvoir comme un enfant devant une scène de ce genre. Lui, si mâle, si viril, si invulnérable, avait la larme à l'oeil devant cette saynète encombrante et nous avons donc installé cette toile avec tout le respect dû à l'artiste inconnu dont j'ai oublié le nom. La toile a disparu lors d'un des nombreux nettoyages par le vide qui a suivi, leur passion pour l'achat les contraignant à faire place nette par moment.
Mais, ce dont je me souviens, et qui reste pour moi inexpliqué, est que lors de cette même vente, se serait vendu un tableau de Courbet, La Rencontre ou Bonjour Monsieur Courbet. L'enchère était d'un bon prix, très éloigné de celui sacrifié pour acheter la veuve en prière, mais aurait pu, avec un gros effort, être dans leurs cordes. Et ils regrettèrent longtemps d'avoir manqué de réactivité, d'audace et de s'être montrés économes et raisonnables. Mais pour moi, Bonjour Monsieur Courbet était définitivement inscrit en mémoire, comme un tableau mythique. J'en découvris plus tard la teneur, et j'avoue aimer cette toile que la fiche d'André Houllier décrit parfaitement.
Mais qu'en était-il vraiment de cette légende familiale ? Avec Internet, facile de vérifier. La Rencontre, commandée et payée par Alfred Bruyas en 1854, fut exposée par lui, décriée par la critique, et Bruyas, blessé, préféra soustraire le tableau aux yeux du public, jusqu'à sa donation au musée Fabre de Montpellier en 1868. Il ne saurait donc être question que la toile entrevue par mes parents en vente publique dans les années 60, soit celle-là. Dès le vivant de l'artiste, obligé de produire plus pour payer son amende colossale et ayant donc une production inégale, le marché s'est enrichi d'oeuvres attribuées à Courbet, dont il est difficile d'apprécier l'originalité. Sans doute était-ce une de ces copies qui fut vendue à Libourne, et le mythe familial est devenu sans objet. D'autant plus que, les deux seuls protagonistes de l'histoire sont décédés et qu'il m'est devenu impossible de les interroger sur les circonstances exactes de l'histoire, sans doute réinterprétée par mon imagination enfantine et dont je finis par ne plus savoir les détails exacts.

C'est aussi cela voir partir ses proches, c'est perdre une mémoire, renoncer définitivement à éclaircir des chroniques confuses, perdre tout repère dans le passé en sachant que, jamais plus, on ne saura la clé du mystère.

lundi 8 février 2010

STRACCIATELLA


En italien stracciare signifie déchirer. Stracciatella voudrait donc, globalement, désigner une petite déchirure, un petit morceau déchiqueté.
Tout le monde connait, peu ou prou, car le terme a été repris par des fabricants de yaourts ou des industriels de la crème glacée, la glace du même nom, à base blanche et piquetée de minuscules copeaux de chocolat râpé.





Moins connu, le fromage homonyme, rembourrage de la Burrata. La "Burrata" est une préparation fromagère typique de la province de Bari, elle se présente comme un petit "sac" de pâte filée douce qui renferme une dose généreuse de "Stracciatella", mélange délicat de crème fraîche et de mozzarella effilochée à la main, en fils minces.
A l'origine elle était produite dans les territoires d'Andria et de Martina Franca, elle est toujours vendue enveloppée dans des petites enveloppes caractéristiques de fibre végétale. Vous allez sourire, on trouve décidément de tout sur internet : on peut même en acheter par 2kgs sur... Ebay !! Oui oui..

.
Mais la mienne, que vous connaissez les filles (mais en avez-vous conservé la recette, tellement simple que c'en est un plaisir) est un potage dans lequel flottent des nuages légers d'oeuf battu et de parmesan. Elle est parfois dite "alla Romana", mais est aussi populaire dans les Marches et en Emilie Romagne.
On la prépare en battant des oeufs (un oeuf pour 2 personnes) auquel on ajoute du parmesan râpé, du sel (peu car le parmesan y pourvoit), du poivre, et en ce qui me concerne de la semoule, grain moyen (4 cuillères à soupe environ pour 2 bols de soupe). Certains mettent de petites pâtes à la place de la semoule, mais c'est bien plus commode d'employer du grain de couscous précuit : la cuisson en est facilitée.
On prépare à côté un bon bouillon. Selon ses convictions et le temps dont on dispose, il pourra être issu d'un pot au feu, provenant de la cuisson d'une récente poule au pot, ou en tablettes, on en trouve de bien meilleures qu'autrefois.
Au moment de servir, on ajoute le mélange précédent au bouillon bouillant. En faisant tourbillonner le mélange d'oeuf battu dans le liquide, on produit les stracciatelle ("petits lambeaux") d'oeuf cuisinés dans le liquide, qui se trouve clarifié par le processus. C'est rapide, impossible à rater, et délicieux. On peut assaisonner selon les goûts d'un peu de muscade râpée et ou de ciboulette hâchée.

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