lundi 31 mai 2010

UN FEU DE FOLIE

Nous étions tous les deux un peu réservés, marquant un empressement limité à rejoindre le grand loft du 15ème arrondissement où se déroulait la soirée. Habitués des concerts privés de Gérard et coutumiers de l’ambiance bon enfant du domaine musical de Pétignac, nous avions peur l’une de trouver une ambiance conventionnelle un peu compassée et formelle, l’autre d’entendre une pianiste exaltée au jeu trop exagéré. Nous n’avions guère partagé nos inquiétudes pour éviter chacun d’accroitre le malaise de l’autre, mais nous avions tendance à traîner un peu les pieds en y allant.
L’affaire est un peu alambiquée et mérite quelques mots d’explication. L’an dernier, pour ses 59, Alter s’est vu offrir par ses amis, complices bienveillants de mes entourloupettes coutumières, un stage de piano dont ce blog s’est largement fait l’écho en son temps. Il s’agissait de lui permettre de remobiliser son énergie sur le difficile art du piano, d’être remotivé par une pratique un peu moins solitaire, en un mot de se frotter à d’autres et de côtoyer un nouveau style d’enseignement. Il avait apprécié l’approche de Catherine Schneider, et le stage était hyper sympa, la possibilité d’utiliser une collection de pianos de qualité dans chaque coin du domaine musical de Pétignac n’étant pas étranger au plaisir qu’il y ressentit. Pourtant, il n’avait pas envie d’y retourner cette année, étant finalement resté sur sa faim en matière de cours particuliers, n’en ayant eu que 2 heures en une semaine de stage, et s’était parfois senti un peu décalé par rapport aux jeunes stagiaires en voie de conservatoire. Il fallait donc cette année trouver une autre façon de l’enthousiasmer et une équipée estivale sur l’île d’Ouessant a réussi, moyennant de nombreux ingrédients (dont un des plus convaincants est le Festival Musiciennes à Ouessant... vous imaginez le bonheur d'Alter au milieu d'une foule de jeunes et jolies interprètes !!) qu’il sera toujours temps de vous dévoiler plus tard, à obtenir son aval. L’organisatrice du stage, Lydia Jardon, pianiste de talent et pédagogue convaincue, ayant émis, quand je l’ai inscrit, le souhait de le rencontrer avant l’été, nous avons profité d’une opportunité nous permettant de l’entendre et à Alter de lui révéler un peu son niveau.

Lydia Jardon participe à la demande de Jean Claude Casadessus au Lille Piano(s) Festival dans quelques jours et doit y interpréter la version pour piano de l’Oiseau de Feu de Stravinsky, transcrite par le compositeur lui-même, mais tellement complexe que peu d’interprète s’y sont frottés jusque là. Ils pensaient qu’il s’agissait d’une première mais il semble qu’il existe un enregistrement de l’œuvre, peu connue au demeurant. Le challenge est hallucinant : la partition, proprement surréaliste, prétend reproduire la couleur de l’orchestre. Autant dire que les notes se chevauchent et se mêlent à l’envi, l’ensemble se révélant, pour qui s’y frotte, un exploit technique un peu insensé. Lydia, qui mène depuis 5 mois une vie de recluse, confrontée aux portées caracolantes de ce ballet tournoyant, l’a avec humour rebaptisé « l’Oiseau de Fou ». Et pourtant, à force de ténacité et grâce à une virtuosité irréprochable, elle a emporté le morceau : pour nous, les cuivres ont retenti, les violons ont vibré et les vents se sont épanouis. Il s’agissait pour elle, après ces mois de travail forcené, de faire comme une générale, auprès d’un public d’amis, mais d’un public tout de même. D’où cette soirée, un peu éprouvante pour elle car elle recevait et jouait ensuite, nous ayant dans son enthousiasme, préparé un buffet pour l’après-concert, sympathique mais épuisant pour elle qui aurait mérité de s’effondrer dans un bon bain chaud, plutôt que de jouer les maîtresses de maison.
Nous avons tous les deux éprouvé pour Lydia une attirance musicale inattendue, n’étant pas, a priori, porté sur l’expressionnisme slave… mais en fait, si elle joue des auteurs slaves (et autres d’ailleurs) méconnus (ce qui lui a valu, elle en est fière car le mot est beau, l’Ordre du Mérite), elle puise sa chaleur et sa passion dans des racines beaucoup plus latines. D’origine castillane, elle est un mélange de feu et d’ombre, d’inquiétude et d’exaltation, qui rendent les « mots » de Stravinsky tout à fait universels. Si vous avez envie de découvrir son interprétation, elle se produit mardi soir, demain donc, à l’amphithéâtre de l’Ecole Nationale Supérieure, rue d’Ulm (45 Rue d'Ulm 75005 Paris, 01 44 32 30 6) ou le 12 juin au Festival de Lille. Si vous allez vous faire dédicacer un disque, n’hésitez pas à lui dire que vous avez eu connaissance du concert par l’intermédiaire d’un blog provincial !!! Du fin fond de la Charente profonde et maritime...

Quant à l’ambiance de la soirée, que je craignais ampoulée, elle fut chaleureuse, détendue et beaucoup plus simple que je ne le redoutais. On y fit des rencontres chaleureuses (Alizée, si elle passe par là reconnaitra le petit clin d'oeil !), on parla musique, théâtre et cinéma, on admira le loft généreusement aménagé dans une ancienne imprimerie par un architecte inspiré, on dégusta un petit côte de Bourg tout à fait propre à faire prendre la sauce, et nous rentrâmes vers minuit étonnés et ravis de ce moment inattendu. Le lendemain, Lydia a encore trouvé la force de recevoir Alter pour une leçon qui a laissé ce dernier sur le flan, mais totalement sous le charme des découvertes qui l’attendent pour le mois d’août. Histoire à suivre !

samedi 29 mai 2010

NENETTE

Au début cela devait être un documentaire d'une quinzaine de minutes, puis, le temps et le filmage aidant, c'est devenu un film. Un plan presque fixe sur cette vieille femelle orang-outan du Jardin des Plantes, pontué des commentaires faussement naïfs de quelques uns des 600 000 visiteurs annuels qui défilent devant sa cage. Un immobilisme décalé qui nous envoie à notre propre curiosité que rien ne vient éclairer. Volontairement, Philibert refuse de nous donner les clés, juste quelques indications sommaires sur le comportement des singes pongo de Bornée, mais rien d'anecdotique, aucun concession à nos interrogations banales. On comprend que les ourang-outans ne sont pas expressifs, qu'ils ne sont guère bavards en captivité et qu'ils sont assez difficiles à cerner.
Certains voudront voir dans ce film étrange, où il ne se passe rien, où l'on ne voit rien d'autre que Nénette à longueur de pellicule, une fable philisophique amère, renvoyant les hommes à leurs propres rodomontades et à leurs inévitables limites. Je ne pense pas qu'il faille intellectualiser à l'extrême le propos. Philibert n'est pas pédant, et c'est tant mieux.

Mais alors, me direz-vous, ni documentaire, ni fable morale... comment peut-on rester une heure dix devant un singe sans s'ennuyer ? Je n'en sais rien, c'est le talent du réalisateur d'"Etre et avoir" d'être sobre face à un sujet ingrat, et pourtant de nous accrocher. Je n'étais, a priori, pas particulièrement portée sur les cages du Jardin des Plantes, et encore moins sur les touristes qui défilent devant. J'avoue que j'ai marché, que j'ai passé une heure agréable, parce que c'est sobre, bien mené, bien illustré, intelligent en un mot. Voilà, vous êtes prévenus ! C'est du Nicolas Philibert, à l'état pur !

vendredi 28 mai 2010

MOTS ROSES


Pendant que certains (ou certaines... suivez mon regard vers cette malheureuse Aloïs, dans la capitale avec un grand K !!) s'emberlificotent les heures dans les embouteillages pour cause de grève tous azimuts, les michelais ont décidé de "sortir en ville", c'est à dire d'aller à Royan... Chic, cesse de rire au 3ème rang, tu sais maintenant que Royan c'est le village d'à côté, mais bon tu n'es pas censé me dénoncer ! Il s'agissait d'aller découvrir un certain Marc Antoine Goulard, chez FPL : nous nous sommes présentés 3 fois devant sa porte, avons carillonné en vain, FPL n'était pas dans sa galerie. Qu'à cela ne tienne... Alter avait envie de goûter une glace aux orties. C'est sympa comme idée, il l'a accompagné de fraise et s'en est fort bien porté. Mais j'ai eu quant à moi l'idée saugrenue d'y ajouter un sorbet à l'anis, proprement immangeable, et qui a fini dans la corbeille la plus proche.
Ensuite nous avons tenté du lèche vitrine, mais j'avais mal aux pieds dans mes escarpins, les fringues étaient épouvantables et le libraire aussi aimable qu'une porte de prison. Quand, pour finir, nous avons avisé le "livre du jour", ouvert sur la pelouse et couvert, par la grâce d'un édile bien intentionné, d'aphorismes foireux, j'avoue que j'ai craqué. Alter prétend que je soufflais autant qu'un phoque qui vient de passer une demie-heure sous l'eau ! Y a des jours comme ça où on ferait nettement mieux de rester à lire dans un transat. Il parait qu'un sénateur, dont Alter m'a interdit de dire qu'il est, lui aussi, foireux, sous peine de poursuites implacables, veut faire passer un projet de loi obligeant les blogueurs à signer de leur nom et adresse leurs articles ! En clair... Ben voyons, mon adresse aux futurs cambrioleurs afin qu'ils sachent où trouver les bustes de Mandarine et Koka, mon nom pour permettre aux édiles royannais de savoir qui ose critiquer leur livre de pensées spirituelles... Je ne vais quand même pas signer un billet aussi nul... Ce soir l'ambiance est à la morosité !

mercredi 26 mai 2010

PARCE QUE...

Si certaines personnes présentes sur ces photos volontairement lointaines ne veulent pas figurer dans mon blog, qu'elles n'hésitent pas à m'en faire part !!!

Adolescente, j'avais une perception extrêmement romantique de l'amitié. Il faut dire que, plus jeune de 2 ans par rapport à mes condisciples (l'effet conjugué d'une classe "sautée" et d'une naissance en décembre), éternelle forte en thème et fille très obéissante, donc un peu craintive, je n'avais pas beaucoup d'amies et j'étais la proie toute trouvée pour devenir le faire-valoir de quelques gamines peu généreuses qui m'accaparaient pour obtenir de moi une aide scolaire contre des semblants de camaraderie. J'en étais donc arrivée à être d'une timidité extrême et d'une gaucherie permanente.
Lorsque j'ai rencontré ma "première amie", j'avais 13 ans, des espoirs fous, des idéaux pas du tout de mon âge et des aspirations exaltées qui conviennent à cette période de la vie. Elle avait les mêmes, et nous nous sommes découvert une amitié folle, presqu'amoureuse tant nos sensibilités se croisaient et se retrouvaient à chaque pas. Eloignées géographiquement, nous nous voyions une fois l'an pour d'infinis conciliabules, des confidences alanguies et ces retrouvailles éthérées ressemblaient fort à une passion. Le reste du temps, nous échangions des courriers quotidiens, voire plus, de longues lettres aux épanchements exacerbés, qui finirent par inquiéter nos parents. Puis, l'âge et les amours venant, nous cessâmes peu à peu cette correspondance et nous avons finalement perdu le fil de cette relation qui avait tout d'un ersatz de l'amour.

J'en ai gardé longtemps une nostalgie telle qu'il me semblait que l'amitié entre adultes n'est qu'un leurre, une mascarade de convention sociale déguisée des atours de la tendresse et de l'affection. Je croyais qu'un ami ne s'invente pas et que, le temps passant, on devient de plus en plus inapte à retrouver ces élans du coeur. J'ai épousé Alter, connu grâce à une amie qui ressemblait à s'y méprendre à ces camarades de classe qui n'étaient que des façades pour paraître sociable, à 20 ans et notre couple a comblé assez vite ces désillusions. Quelques 10 ans plus tard, j'ai développé une autre amitié épistolaire, peut-être moins enfiévrée mais intellectuellement très forte, avec un des lecteurs épisodiques de ce blog, qui se reconnaîtra au passage.

Et ma conception de l'amitié, rare, précieuse, impossible ou presque, n'avait guère évolué. Quelques connaissances, des amis de forme, des relations de travail plus complices que d'autres, mais toujours cette référence humaniste indélébile : « Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu’accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s’entretiennent. En l’amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : “parce que c’était lui ; parce que c’était moi.” (Michel de Montaigne, Essais, Livre I, XXVIII, « De l’amitié »)
Une fulgurance, un idéal plein d'imaginaire, l'alchimie d'une rencontre improbable magnifée par la magie des mots. Car pour moi, l'amitié passait par ces épanchements qu'on ne peut, ni ne sait partager avec nul autre que l'élu(e). Et puis...

Et puis la vie m'a fait découvrir, paradoxalement car en vieillissant on est censé devenir plus exigeant, plus "difficile", ces rencontres humaines tellement riches, croisées au hasard d'un moment de partage. Parfois basées sur des goûts communs, je pense à Monique et Olivier croisés dans un Festival et qui, venus à la maison, ont passé avec nous une soirée telle qu'on aurait cru se connaitre depuis 20 ans, parfois dues à une volonté réciproque de donner avant de recevoir, je pense à Madeleine et Pascal avec lesquels on a l'impression d'être frères et soeurs, tant le dialogue est évident, parfois renaissance d'un lien depuis longtemps oublié, je pense à Catherine ma seule amie d'enfance, pas vraiment amicale quand nous avions 10 ans, ce sont de "vraies" amitiés, presque des retrouvailles avec des gens avec lesquels on se sent simplement en confiance. C'est ainsi que j'ai rencontré Alice, et c'est l'amour des livres qui nous a rapprochées. Au point de se sentir proches, alors qu'aucune ne cherchait particulièrement l'autre. Elle m'avait invitée cet après-midi à une petite fête dont je ne peux expliquer la raison au risque d'être indiscrète, mais en la quittant j'ai ressenti ce bien-être qui rapproche les êtres au-delà du simple contact social.
Et avec mes lecteurs parfois je ressens, à travers certains commentaires, une proximité étonnante qui me laisse éberluée, moi la rêveuse d'amitié avec des majuscules à toutes les lettres ! C'est encore l'ensorcellement des mots qui agit, j'en suis consciente, ces mots qui construisent un réel pour notre âme, ces mots qui magnifient le quotidien en éclats de bonheur, simplement parce qu'il faut se donner la peine de les dire, de les formuler. Et dire c'est déjà vivre.

mardi 25 mai 2010

ET CHEZ VOUS, COMMENT CA SE PASSE ??

Ici, les taches ménagères sont soigneusement et équitablement réparties... Aidée pour le ménage et pour le repassage, j'avoue que ce luxe est pour moi une nécessité vitale tant je suis peu douée pour ce genre d'activité, qui me laisse suante, grognon, épuisée et mécontente de moi chaque fois que je m'y adonne.
Pour le reste, à moi la cuisine et les courses, Alter assurant sans rechigner les poubelles et la vaisselle. Il prétend même être le seul à être capable de laver quelques assiettes, talent que finalement je lui concède très volontiers, acceptant bonne joueuse d'assurer l'essuyage, tâche ingrate s'il en est. Il affirme haut et fort que je suis totalement incapable de charger un lave-vaisselle... Il a raison, forcément : j'entasse dans la machine les ustensiles au jugé, alors qu'il gère le contenu de l'instrument avec une rigueur logistique telle qu'on y rentre des quantités hallucinantes de vaisselle. Mais gare à qui se mêle de venir troubler son organisation professionnelle : tout objet rajouté par mes soins est impitoyablement sorti, et remis à l'endroit exact où il aurait dû être !! Et voilà qu'aujourd'hui, pressé de partir travailler, il a accepté, moyennant la promesse de n'y rien critiquer, que j'assure ce travail hautement qualifié. J'avoue m'être appliquée et avoir beaucoup réfléchi aux divers jets et forces susceptibles de s'exercer sur les marmites et autres verreries. Et j'ai obtenu un satisfecit qui m'a semblé devoir faire à lui seul l'objet d'un article circonstancié, car j'imagine d'ici votre admiration, votre émerveillement, voire la légère pointe de jalousie qui va vous saisir à la lecture de ce billet d'une haute importance " Bravo Pimpi, je n'aurais pas mieux fait !"

lundi 24 mai 2010

SAFRANIERS


La tendance est à la redécouverte des cultures locales, délocalisées et rationalisées pour les rentabiliser... Je m'explique : la truffe par exemple, est traditionnellement périgourdine, ou piémontaise. Les chinois s'y sont mis, avec un talent extrêmement limité : je ne sais si vous avez goûté leur production. Alléchée par le prix très attractif de ce genre de produit, j'en ai tâté un jour : j'avoue que non seulement cela n'a aucun rapport avec le tuber melanosporum, mais en plus, c'est carrément mauvais, cela a un goût d'éther qui sied mal à ce genre de met. J'avoue avoir fait cette expérience il y a déjà longtemps et n'avoir eu cure de la renouveler. Certains prétendent que les truffes chinoises, tuber indicum, ont fait des progrès et qu'il suffirait d'y ajouter quelques gouttes de parfum de melanosporum pour duper le plus fin des gastronomes. Autant se livrer à ce petit jeu avec des trompettes de la mort, qui, au moins, n'ont pas de relent pharmaceutique. Par contre les truffes charentaises, dont la "culture" a été relancée il y a une dizaine d'année, sont vraiment excellentes, parfumées, régulières et d'un goût constant. Les chênes plantés de-ci de là, avec les conseils avisés des chercheurs de l'INRA, ont maintenant atteint une belle maturité et leurs excroissances noires n'ont rien à envier à celles des chênes du Quercy ou de Provence.

Mais je m'égare... Certaines de ces nouvelles cultures, installées sous nos climats depuis peu, ont des vertus humanitaires louables : je pense au développement des productions de spiruline, dans le sud de la France, qui constituent un apport estimable dans le cadre de la lutte contre la malnutrition. D'autres, comme le safran, ont un objectif exclusivement commercial et nous offrent en production locale, à des prix malheureusement aussi élevés que les productions indigènes, des parfums exotiques "made in France". On cultive des crocus sativus en Charente Maritime, et les pistils de ce précieux bulbe se trouvent aisément sur la plupart de nos marchés de producteurs locaux. Par contre, je ne savais pas que les lotois s'étaient aussi mis de la partie, et à nettement plus grande échelle que les charentais si j'en crois l'annuaire du safran ! C'est ainsi que j'ai trouvé à Gourdon des précieux stigmates. Produits par Chantal et Pierre Lepont, à Caniac du Causse, ils sont forcément meilleurs que ceux de Ducros, mais dores et déjà nettement plus chers que ceux des safraniers de Poitou Charentes. Sur le même rayon, un produit innovant, qui a attiré mon attention et que j'ai décidé de tester pour vous (bon prétexte pour me livrer à la gourmandise !!)...
Louis Roque, installé à Souillac depuis 1905, a une distillerie traditionnelle qui produit de la prune et des eaux de vie classiques, auxquelles il a ajouté, au fil des ans, tous ces apéritifs à la pèche ou aux noix qui se vendent nettement mieux de nos jours, plus attirés que nous sommes par les vins parfumés à boire frais en début de repas que par les digestifs, fortement démodés. Dans une politique de diversification horizontale bien comprise, Louis Roque a créé divers produits dérivés, intitulés "douceurs", de la confiture à l'eau de vie aux cannelés à l'eau de prune en passant par le "sirop de safran du Quercy".

On l'utilise au départ comme parfum de kir, et c'est ainsi que nous l'avons goûté hier en rentrant, histoire de fêter la victoire de La Rochelle dignement. Cela donne un kir original, mais il ne faut pas s'attendre à détecter vraiment le parfum du safran dans cette préparation qui ne comprend que 0.5% d'infusion de crocus sativus, sans doute trop peu pour en rendre les effluves perceptibles. D'après l'étiquette, on peut aussi s'en servir pour adoucir un magret de canard, un carré d'agneau, des lanières de porc ou de poulet. On peut l'utiliser pour parfumer un turbot ou une truite, pour accompagner un Rocamadour ou un fromage de brebis. Et bien sûr, en napper des crêpes, des gauffres, du pain perdu ou une glace à la vanille. Toutes choses que nous n'avons pas encore testées mais qui ne peuvent être contraire au "bon goût" !

dimanche 23 mai 2010

UN DIMANCHE A LA CAMPAGNE

Je sens que je vais me faire huer... rugby, encore rugby !!! Et là, je ne vous offre même pas un sujet pour briller dans les dîner en ville ! Pro D2... Cela n'intéresse personne. Mais bon, au rsique de lasser votre patience, j'assume : c'était la finale, La Rochelle contre Lyon. Il faut savoir que le PRO D2 est l'antichambre de l'élite et le vainqueur de la saison "monte" la saison suivante dans le saint des saints du rugby, autant dire le TOP 14... J'en entends qui râlent "c'est quoi tous ces noms barbares avec ces chiffres et ces cigles "... Le Top 14 n'est autre que le championnant de France de rugby à 15. Depuis que le rugby est devenu professionnel, le nombre de clubs admis en championnat a diminué : autrefois au nombre de 24, ils sont passés à 16, et maintenant à 14. Chaque année les deux derniers sont relégués en Pro D2 et remplacés par l'équipe classée première de Pro D2 à l'issue de la saison régulière et par le vainqueur des barrages de Pro D2.

La Rochelle, l'équipe de PRO D2 en jaune et noir dont on parle avec fierté en Charente Maritime, essaye depuis 3 ans de gagner cette fameuse finale : voilà qui est chose faite et vous pardonnerez à la charentaise sa fierté du soir ! Le match avait lieu cet après-midi à Brive et nous étions juste à côté... très envie d'y aller mais nous n'avions pas de place et pas trop de temps, Alter ayant héroïquement décidé de travailler le lundi de Pentecôte... allez savoir ce qui lui a pris, il se le demande encore lui-même, et l'a fort regretté ! Nous avons donc suivi le match en rentrant du Périgord, on ne pouvait pas faire moins, et hurlé de joie avec les journalistes de France Bleu La Rochelle à l'issue d'un combat serré contre Lyon, match gagné et TOP 14 assuré...

Je rappelle que France Bleu est la SEULE station que capte mon auto-radio, je crois que je vais devoir changer de voiture si je veux retrouver des sujets de billet normaux ! En attendant d'avoir les moyens de m'offrir un nouveau véhicule, je réclame votre indulgence, et vous offre ces quelques fleurs pour me faire pardonner ! Vive La Rochelle !!

samedi 22 mai 2010

ENFANCE ENFUIE

Ce matin au courrier, une invitation en bonne et due forme nous attendait au courrier... Anne Curry nous convie à la visite privée de son expostion de sculptures "in the Gardens and Barn of Newlan End" à Arkesden dans l'Essex... Excusez du peu, mais pas de doute, je flambe !! D'autant que Madame Curry est une véritable personnalité de la bonne société britannique, son mari fut, il y a une bonne quinzaine d'années, ministre du gouvernement de l'époque...
... C'était l'année de mes 40 ans... autant vous dire que c'est de l'histoire ancienne ! J'avais trouvé le cadeau idéal, un peu fou mais ô combien désirable : un buste en bronze, à cire perdue, de chacune de mes filles, réalisé par cette dame dont maman avait admiré quelques oeuvres récentes dans une exposition bordelaise. Anne Curry, contactée, avait accepté de venir passer une dizaine de jours à la maison pour réaliser les bustes en terre cuite de Mandarine et de Koka. Il faut dire que Madame Curry est d'origine charentaise, et qu'elle a fait ses études à Bordeaux. Installée en Angleterre avec son ministre de mari, elle était relativement contente de revenir dans sa région d'origine, et cela représentait pour elle une sorte de pélerinage. Elle avait grandi dans une propriété prestigieuse des environs de Cognac, le logis de Brillac, lieu qu'elle voulut absolument aller revoir malgré nos mises en garde. Vendu par la famille, transformé en CHRS c'est à dire en centre d'hébergement et de réinsertion pour hommes en difficultés de vie, le lieu a misé sur une exploitation de serres et une activité d'hoticulture pour aider ses pensionnaires dans leur difficile chemin vers la resociabilisation.
Anne Curry avait conservé le souvenir d'une maison familiale, remplie de jeux et d'odeurs confitures, de cris d'enfants et de tendresse de grands-mères aimantes. Elle a retrouvé un lieu utile, le grand jardin transformé en pépinière, les hangars de stockage et des bâtiments assez mal entretenus, car les ressources de ce genre de lieu sont surtout consacrées à l'encadrement et au suivi des pensionnaires. Elle est revenue complètement démoralisée de sa promenade, ayant sans doute défintivement rompu avec sa jeunesse, prête à affronter sans regard en arrière sa carrière de sculpteur officiel !
Car sa spécialité est, et reste, le portrait. Vous verrez sur son site qu'elle est très appréciée pour cela par les anglais huppés qui goûtent particulièrement son talent classique. Les filles posaient pour elle avec beaucoup de sagesse mais je n'ai retrouvé qu'une photo de Koka prise lors de la dernière séance, impossible de mettre la main sur les autres.



Elle est repartie avec deux terres cuites précieusement enrobées de chiffons humides et elle a fait couler les deux bustes par son bronzier, particulièrement doué pour les patines brunes, bustes qui constituent un souvenir émouvant de l'enfance enfuie.

Anne Curry réalise toujours des portraits mais, ainsi que le carton de l'invitation l'illustre, elle s'est un peu évadée vers des motifs floraux, puisés dans la nature. Elle taille et façonne, dans de gros blocs de polystyrène, des graines, des gousses, des feuilles et des boutons de fleurs, puis les coule dans le bronze, réalisant de grosses pièces destinées à orner des jardins. Autant dire que la soirée d'Arkesden sera fort agréable et abominablement chic, mais, vous l'avez compris, nous n'en serons pas !!!! Mais il m'arrive parfois d'avoir de nouveau envie de lui passer une commande, Mandarine et Koka 15 ans plus tard, ce serait une bonne idée n'est-ce pas...

jeudi 20 mai 2010

BESTIAIRE ROMAN


Durant notre week-end bordelais, nous avions programmé de profiter de la nuit des musées, mais au pied du mur, notre naturel sauvage a repris le dessus. A la perspective d'affronter des salles noires de monde, au motif que l'entrée est gratuite (elle l'est d'ailleurs toujours !!) et que la télé a parlé de l'événement, alors que d'ordinaire les musées bordelais sont d'un calme parfait, nous nous sommes carrément dégonflés. L'un de nous a proposé une toile et l'autre a acquiescé avec empressement.

Bordeaux possède un ensemble art et essai Utopia, installé dans l'ancienne église Saint Simon, place Camille Julian. Les salles ont un charme spécial avec leur air de couvent restauré et requinqué à la sauce militante et anar anticléricale (comme dirait Lulu !!). Toujours est-il que, pour une bordelaise, la place Camille Julian c'est une évidence... quoique... avant de partir Alter a voulu vérifier sur le plan et nous avons cru voir qu'elle se situait au bout de la rue des Trois Conils qui croise la rue Sainte Catherine.

Nous voilà donc partis d'un bon pas vers la rue des Trois Conils, Alter ayant décidé que conil et goupil, même combat, il chantonnait allègrement sur ce thème animalier. Je lui avais appris la veille que le goupil a changé de nom après la publication du roman de Renart, et a peu à peu perdu son nom d'origine au profit de celui du héros de l'oeuvre en question, le "t" se changeant en "d" par la suite. Je ne sais pourquoi cela le réjouissait particulièrement, mais il était hilare.
Arrivés aux 3/4 de la rue Sainte Catherine, qui mesure tout de même 1km3 de long, j'ai émis l'hypothèse que nous avions raté la rue des lapins... Petite discussion animée, et retour à la case départ. Au Grand Théatre, n'ayant rien croisé, nous repartons en sens inverse, cette fois-ci jusqu'au bout, place de la Victoire. Toujours rien... l'heure tournait... nous remontons, penauds, pensant abandonner le cinéma. En désespoir de cause (et parce qu'il me semblait que c'était par là), nous décidons de prendre la rue du Loup... à défaut de goupil, n'est-ce pas, cela faisait un prédateur convenable du Conil... Quand soudain, sur la gauche, nous voyons la rue du Serpolet... et là, je dois bien l'avouer, mon homme qui n'a pas le moindre sens de l'orientation et réussit à me perdre même dans ma ville natale, a eu un coup de génie : "Mais c'est évident, les conils mangent du serpolet"... et là, miracle, l'Utopia s'est ouvert devant nous sans autre forme de procès ! Il était de temps de nous effondrer dans nos fauteuils, nous avions parcouru presque 5kms au pas de charge !!

Quant au film, me direz-vous ? C'était The Ghost Writer... le dernier Polanski est un thriller à la mise en scène irréprochable et qui nous embarque dans un suspense parfaitement réglé, avec photos compromettantes, piste révélée par le GPS d'une voiture de location, poursuite sur un ferry, refuge dans un motel miteux. Il y a un sacré métier dans cette construction qui raille les politiciens et leurs administrations, et dénonce l'amoralité de ces milieux incertains où l'opportunisme permet de faire feu de tout bois. L'ambiance est délicieusement inquiétante, sans être terrifiante, l'atmosphère est lourde, l'inquiétude sourd par tous les pores de cette histoire, perdue d'avance par un looser sympathique mais naïf. C'est superbement filmé, intelligent comme un polar de John le Carré et en sortant, on met quelques instants à se détendre, en regardant les gens qu'on croise d'un air suspicieux ! La maison dans laquelle de nombreuses scènes sont filmées, est proprement stupéfiante, une architecture audacieuse ouverte sur l'Océan, qui déroule ses colères et ses grisailles comme d'immenses tableaux abstraits dans toutes les pièces.

mercredi 19 mai 2010

CA SENT LES VACANCES...



Oh, il ne faut pas rêver, mais la fin de l'année qui approche, mes étudiants passant leurs examens à partir du 1er juin, va voir en fait un changement d'activités... plus de copies, plus de cours à préparer, mais des examens, des corrections, des jurys, des réunions et un gros travail de préparation de l'année suivante. Mais j'avoue que c'est la saison où il fait bon être prof ! Enfin... après tant de week-ends passés à bosser comme une perdue, avoir enfin le temps de profiter des samedis et des dimanches, sortir un peu le nez de ce fichu ordi, bref, une période plus douce qui s'annonce.


Et puis, quand "vos" jeunes vous offrent à l'occasion du dernier cours un aussi beau bouquet, que voulez-vous, cela vous fait oublier illico toutes les contrariétés et tous les soucis... Nous avons passé 3 ans ensemble, et je les ai vu aujourd'hui pour la dernière fois. Avec les fleurs une petite carte pleine de gentillesse, qui m'a vraiment émue... Je vais les "lacher" dans la vie active, je leur souhaite à tous une vraie réussite professionnelle, et je suis certaine qu'ils auront du boulot, voire même qu'ils réussiront leur vie ! Je ne perdrai pas contact avec eux, internet est irremplaçable pour cela : entre les mails et autres réseaux sociaux, on sait ce qu'ils deviennent, on a des nouvelles et on peut même encore parfois mettre son grain de sel, en les poussant à reprendre une formation, à passer un nouveau diplôme ou à présenter une VAE... On voit des couples se former, on accueille les bébés... bref, certains jours, c'est génial d'être prof !

lundi 17 mai 2010

LE VERDICT...

Samedi, nous sommes en place à l'heure, afin de ne pas nous faire de nouveau refouler ! L'ambiance est un peu électrique, et les formations ne jouent pas aussi bien que lors des concerts carte blanche de la Cour Mably. Les musiciens sont tendus et même s'ils se donnent à fond, la pression de cette dernière étape est telle que Raphaël se vautre sur la fin du quatuor opus 127 de Beethoven, que Zemlinsky n'est pas au mieux de sa forme sur Mozart et que tous sont un peu stressés sur leurs archets. Les concerts se succèdent, au total quatre quatuors, huit morceaux, rien de lassant, bien au contraire. Le jury est placide, même si parfois on les voit s'agiter devant leurs partitions ou gratter furieusement sur leurs carnets. Le public est idéal, parfaitement silencieux, attentif et bienveillant, mais les applaudissements sont dosés, on sent qu'il a ses préférés. Vers 16h30, tout est terminé, une petite conférence est annoncée pour occuper les spectateurs pendant que les jurys vont délibérer.
Tout cela est bel et bon, mais Alter a besoin de changer d'air : il va regarder le match Toulon Clermont, demie finale du Top 14 pour déterminer qui affrontera Perpignan au stade de France le 29 mai. Il fait beau écouter du Beethoven à longueur de journée, mais le rugby tout de même, c'est autre chose ! Je le laisse apprécier en connaisseur pendant que je vais remplir mes devoirs familiaux, petit aller retour au cimetière Saint Bruno, il faut bien que je me livre au balayage du granit noir, et que j'y dépose quelques fleurs.

A 18 heures, je suis sous le péristyle du Grand Théâtre, les jeunes instrumentismes sont là, fébriles, l'air faussement incousciant mais un peu inquiets. Les commentaires vont bon train "Si on ne donne que le deuxième prix à untel, c'est que le jury est pourri..." "Moi j'ai préféré X... et vous ?". Puis on nous admet dans les foyers, l'ambiance est décontractée, très bon enfant. Quelques discours, et les jurys annoncent le palmarès : Zemlinsky a le prix des praticiens, Raphaël devra se contenter de la deuxième place. Les premiers crient de joie, on sent les seconds un peu amers, et très déçus. Ils étaient vraiment venus pour gagner. Le prix de la presse est attribué à l'unanimité au quatuor Zaïde, les jeunes filles sourient modestement, un peu timides et tellement talentueuses. D'autres prix sont attribués de ci, de là, et tout le monde se donne rendez-vous au lendemain pour le concert de clôture. La cérémonie a duré un petit quart d'heure. Alter ne m'ayant pas rejointe, je retourne à l'appartement où je le trouve dans les affres : les deux équipes jouent les prolongations, et jusqu'à la dernière minute Toulon s'acharne, mais ne gagne pas. Ce sera Clermont le finaliste !! Pourvu qu'ils gagnent enfin, les clermontois ayant la spécialité de perdre la finale !!! Depuis des années... Verdict le 29 mai...

dimanche 16 mai 2010

TOUJOURS LES MEMES PARTITIONS....


...Mais des impressions étonnamment différentes à chaque fois... C'est surtout cela un concours !
Vendredi, l'émission de France Musique vient de se terminer sur une note cocasse : le quatuor Galatea, invité à jouer un morceau, n'est pas là, les suisses sont en retard !! Un certain cafouillage dans les coulisses, le quatuor précédent ne peut intervenir au pied levé, ils n'ont pas apporté de partition... On finit par passer l'enregistrement d'un morceau joué par les lauréats du dernier concours !
Le temps de quelques courses, d'un moment de détente dans notre somptueux appartement, un autre concert nous attend cours Mably. Zemlinsky nous interprète les morceaux de la finale : après le Mozart, nous nous regardons, consternés. Agités et nerveux, leur emphase ne convient pas du tout à Mozart. Par contre, leur interprétation du quatuor 127 de Beethoven l'emporte sans conteste sur Raphaël que nous avions aimé hier. Ils jouent avec un fondu, une complicité et une implication dans la partition vraiment convaincants. Nous verrons demain lors de la finale si cette différence se maintient, s'ils restent inspirés devant l'aréopage des membres du jury.

Le soir, un peu frustrés par le raté du matin, nous décidons d'aller au concert du Chateau Lafite Rothschild, bien que la perspective m'ait au départ assez peu attirée. J'avais peur d'une manifestation un peu convenue, cocktail et invitations de prestige à l'appui. Nous covoiturons des spectateurs n'ayant pas trouvé de place dans le bus, et partons à l'assaut du Médoc, la fleur au fusil. Un concert, avec le quintette de Schubert en prime, cela ne se rate pas, déclar Alter.



Nous avons le temps en arrivant de découvrir un peu les jardins du chateau, le bâtiment n'ayant quant à lui qu'assez peu de charme. A l'entrée, une heureuse surprise nous attend : on nous offre un petit verre de Lafite Rothschild, ce vin mythique classé dès 1815 comme possédant le plus d'élégance et de délicatesse, et la sève les plus fines des 3 premiers grands crus classés de Médoc. Il s'agit d'un 1995, d'une grande pureté de goût, les tanins sont parfaitement fondus et l'attaque est franche. Malheureusement, le vin est un peu froid, à température de cave et il n'a pas été décanté. On a donc un peu l'impression qu'il est "serré du gousset", et il faut le bloire vite durant le trajet qui nous mène à travers cuves et tonneaux jusqu'à la salle de manipulation et de lavage des barriques où se tient le concert. Il est dommage qu'on ne nous l'ait pas offert durant le temps d'attente qui fut long à l'entrée des caves, nous aurions eu le temps de l'ouvrir dans nos verres au lieu de l'avaler comme une vulgaire piquette...


Le concert se déroule au milieu des futailles, l'air est grisant, une odeur du boiJustifiers frais domine, avec un relent adouci de vin racé. Dans une salle en rotonde aux accents de crypte mussolinienne, on a installé au centre des chaises en bois doré à coussin rouge qui détonnent dans ce lieu technique.


Partout des chandeliers égrennent une lumière discrète. Nous sommes à l'endroit où se fait, une fois par mois, le lavage des barriques, vaste zone où les sièges s'entassent, serrés et rigides. On a rajouté de ci, de là, quelques chaises entre les tonneaux, pour les spectateurs qui arriveront juste avant le début du concert, après le cocktail maison. L'accoustique est, malgré le chapeau de ciment qui nous surplombe, assez correcte pour un ensemble à cordes et le concert est, effectivement, un grand moment : Alain Meunier, président du concours, est venu enrichir le quatuor Thymos pour interpréter le sublime quintette D956 de Schubert. La magie opère.

samedi 15 mai 2010

CONTRARIES MAIS HEUREUX

Lors de leur inscription au concours, les jeunes ensembles s'engagent à offrir chacun une prestation lors de concerts qui émaillent les soirées de cette semaine de musique. Cela se déroule cours Mably, dans le cadre merveilleux de la salle capitulaire, qui abrite pour l'occasion l'exposition d'un peintre colombien aux accents abstraits un peu trop gratuits à mon goût.
Cela nous a permis d'entendre de nouveau le quatuor Galatea, nettement plus inspirés dans le quatuor 131 de Beethoven, et surtout le quatuor Raphaël, la coqueluche des couloirs qui nous a vraiment soufflés par son engagement, se propulsant sans garde-fou dans la partition, avec une fougue et une ardeur vraiment stimulantes.
Vendredi matin, nous arrivons au Grand Théâtre pour les épreuves de la matinée... il est 10 heures pile et nous nous faisons refouler, le cerbère de garde devant les escaliers refusant même de nous faire rentrer pendant les applaudissements entre les deux séries de candidats. Il nous égrène une série de raisons dont on retient que c'est la présence de France Musique à 13h45 qui nous vaudrait cette rigueur soudaine et peu hospitalière. Une fois avalée la contrariété inévitable qu'une telle attitude ne manque de provoquer dans toute la petite foule de spectateurs éjectés, nous modifions notre programme de la journée en conséquence : on ne va pas se laisser abattre alors que le soleil brille et que l'air est, enfin, doux !!
Direction un copieux petit déjeuner sur la terrasse acceuillante de notre chambre d'hôte, puis quelques pas dans la ville qui est très calme pour cause de week-end prolongé. Le miroir d'eau et les autres bords de Garonne nous attirent irrésistiblement.
Plus tard, nous retournons à l'école du vin, pour une dégustation accompagnée de fromages et de charcuteries. En dessert, une petite collection de chocolats Cadiot Badie s'accomode parfaitement d'un Sauternes ferme et aux arômes de citron confit, un accord parfait qui ne démérite jamais. Il est temps de rejoindre le Grand Théâtre pour l'enregistrement de l'émission de Lionel Esperazza qui sera diffusée en différé le soir à 18h. Alain Meunier, président du concours de Bordeaux en est l'invité d'honneur. Nos jeunes quatuors défilent au micro et interprètent quelques unes de pièces déjà entendues. Zaide rejoue avec beaucoup plus de moelleux la pièce de Schubert. Raphael, par contre, interprète Beethoven de façon moins fougueuse qu'hier, nettement moins convaincants. C'est étrange de constater à si peu de temps d'intervalle combien l'ambiance, le stress, les aléas divers influencent le rendu d'une pièce musicale, même par les même artistes. En sortant, nous trouvons affiché les "résultats" de la deuxième épreuve, et la liste des finalistes que nous entendrons demain durant toute la journée, dans un Mozart obligé et un quutuor de Beethoven. Les 4 candidats que nous avons vus étaient sans doute les meilleurs puisque ce sont eux qui figurent sur cette liste !

vendredi 14 mai 2010

CONCOURS


Finalement la chambre d'hôte (le patio de l'Intendance qui est un pied-à terre idéal quand nous venons à Bordeaux) a internet et cela me permet d'expliquer le but de notre escapade : le concours international de quatuors à cordes de Bordeaux. Créé en 1976, il se déroulait alors à Evian et, pour des raisons qui m'échappent mais qui nous valent d'en bénéficier maintenant, il a été transféré à Bordeaux en 1999. Il a lieu tous les 3 ans et, les années sans concours, Bordeaux organise pour compenser, un Festival de quatuors à cordes dont nous avons apprécié la qualité l'an dernier.Le Concours s'adresse aux ensembles de toutes nationalités dont les membres sont nés après le 1er mai 1970, la moyenne d'âge des quatre participants ne devant pas dépasser trente-trois ans (33 ans) au 1er mai 2010. Il me semble qu'autrefois l'âge cumulé des 4 instrumentistes ne devait pas dépasser 120 ans, ou 100 ans, je ne sais pas trop. En tout cas, les participants sont jeunes mais il y a tout de même de sacrés écarts entre les formations, j'en parlerai plus tard.

Cette VIème édition du Concours International de Quatuor à Cordes de Bordeaux se dispute déjà depuis le 10 mai. Lors de la première épreuve, il y avait 9 quatuors en lice, et depuis jeudi, jous ne notre arrivée, il n'en reste que 7. C'est en ce moment la deuxième épreuve, et seuls 4 ensembles disputeront la finale.
Chaque édition, une oeuvre est présentée en création mondiale lors du concours. Cette année Alain Meunier et Bernard Lummeaux, co-directeurs de « Quatuors à Bordeaux », ont passé commande à Gilbert Amy. Sa composition, intitulée Quatuor à Cordes n° 3 est interprétée uniquement par les Quatuors qui ont triomphé de la première épreuve. C'est bien sûr une musique assez difficile pour qui n'a pas l'habitude de ce genre de composition, et il faut bien avouer que cet après-midi, certains nous l'ont rendue plus audible que d'autres !

On assiste gratuitement aux éliminatoires et à la finale. Les oeuvres étant imposées, on entend plusieurs fois les mêmes morceaux. Et c'est très étonnant, particulièrement pour la musique contemporaine, ce que l'interprétation peut changer l'impression !!

Nous avons entendu durant la première demie-journée le quatuor Zaide : 4 très jeunes filles, manifestement de véritables virtuoses, qui jouent avec un talent certain mais une certaine sécheresse : leur interprétation est parfois inspirée mais souvent trop en force, déployant parfois une énergie excessive, et elles manquent encore de "liant", cette complicité qui se tisse avec l'habitude de jouer ensemble et l'expérience.

Après elles, le quatuor Zemlinsky, constitué depuis 1994, offrait une maturité et un professionnalisme étonnants. Tout en rondeurs, ils avaient l'aisance d'une carrière déjà longue. Le plaisir évident qu'ils mettent à jouer ensemble, l'homogénéité parfaite des 4 protagonistes donnent à ce quatuor une lecture beaucoup plus forte des oeuvres au concours. C'est dans l'oeuvre contemporaine qu'ils ont largement fait la différence, jouant de manière moins théorique, avec plus de sensibilité jsuqu'à nous le faire vraiment apprécier. Ils se démarquent totalement me semble-t-il, du reste des participants, mais leur nationalité, ce sont des tchèques, alors qu'un quatuor compatriote fait partie du jury, risque finalement de les desservir ! Le jury sera forcément plus sévère à leur endroit afin de ne pas être suspecté de favoritisme !


Les jeunes suisses du quatuor Galatea jouaient avec conviction, une réelle aisance, mais je ne sais pourquoi, je me suis ennuyée... j'ai même piqué un petit roupillon durant le 2ème mouvement du Schumann, ce qui est vexant mais aussi inquiétant : je ne dois jamais durant les concerts et malgré une certaine perfection formelle, cela m'a semblé de mauvais aloi !!

jeudi 13 mai 2010

BEIGNETS DE "FLEURS D'ACACIA"


C'est la saison, et cela ne durera que quelques jours, d'autant que la pluie alourdit les grappes de fleurs de robinier, les abime et les rend vite impropres à la préparation... Il fait tellement mauvais ces jours-ci que je n'avais même pas remarqué que les arbres avaient fleuri. C'est en rentrant du Périgord où ils étaient superbes, que je me suis précipitée, sécateur à la main, pour la cueillette des fleurs et pour préparer ensuite la petite gourmandise, totalement déraisonnable en termes de diététique mais tellement parfumée qu'il faut bien y céder un fois l'an.
La recette ne mérite même pas d'être expliquée tant la confection en est simple, ancestrale et évidente... d'autant que j'ai déjà développé le sujet il y a un an, à l'occasion de l'achat de notre première friteuse (il faut un début à tout n'est-ce pas ! cela fait vaguement "jeunes mariés")... Par contre j'ai découvert cette année que ce que nous appelons improprement acacia est en réalité le robinier, et que le nom d'acacia est à réserver aux mimosas et autres tamarins.

Le nom du genre a été donné par Carl von Linné qui a dédié l'espère à Jean Robin, 1550-1629, botaniste du roi de France Henri IV, qui introduisit cet arbre en France. Le premier individu, planté place Dauphine à Paris en 1601, a disparu depuis longtemps, mais des rejets ont donné naissance à deux arbres qui existent encore aujourd'hui à Paris : l'un au square René-Viviani attenant à l'église Saint-Julien-le-Pauvre (planté en 1601), l'autre au Jardin des plantes (planté en 1636)... Il ne reste plus à nos parisiennes que la tache de les repérer !
Sa croissance rapide, sa capacité de multiplication végétative importante sa production abondante de graines toxiques, sa capacité à fixer l'azote atmosphérique et la toxicité de son bois et de ses feuilles en font une espèce généralement considérée comme très envahissante, empêchant la croissance des autres plantes. Les arbres deviennent grands et hauts, et le ramassage des fleurs est parfois acrobatique ! Au retour du travail, en tailleur et escarpins, j'avais pour cette opération une allure peu appropriée, et les promeneurs qui flânaient m'ont prise pour une originale... Ils se sont bien moqués de moi quand, relâchant une branche que j'avais privée de ses effloraisons, j'ai pris une douche monumentale !
Je vous rassure, j'ai partagé ce plat un peu trop copieux avec Madeleine, qui m'a enseigné l'art du beignet de fleurs d'acacia... Juste retour des choses !

PS Absente pour le week-end de l'Ascension, je ne sais pas si ma chambre d'hôtes me permettra de me connecter... au cas où cela ne serait pas possible, je vous dis "à lundi " !! 

mardi 11 mai 2010

CONSUMERISME ET VERSATILITE

On évolue... pour le bon vin, cela s'appelle se bonifier, pour les enfants cela s'appelle mûrir, pour les fromages c'est l'affinage... Un bon petit plat, c'est du mijotage... et nous ? cela dépend du point de vue... On hésite entre radotage et sagesse... ente gâtisme et philisophie... entre mâturité et sénescence... Mais pas de doute, on progresse à la force de l'expérience et des avatars de la vie. Le billet sur la vaisselle ayant connu une certaine fortune, j'ai remarqué qu'Ikéa déclenchait les passions... alors comme, malgré mes dénégations vertueuses, j'aime bien les réactions, fussent-elles contraires, je remets cela...

J'avais, il y a presque 3 ans, écrit un article sur le sujet : IKEA SPIRIT. Remorquée dans ces lieux de débauche consumériste par un ami célibataire qui avait, je crois, besoin de mon soutien moral pour ses choix, j'avais traîné les pieds et terminé mon article en craignant, malgré toutes mes réticences, d'y retourner sous peu. J'ai, depuis, perdu de vue l'ami en question, qui a dû juger que je vieillissais mal (pour illustrer de façon plus précise mon entrée en matière !). Et je ne suis pas retournée chez Ikea. Après avoir longuement fait des listes de meubles de cuisine pour y ranger la fameuse vaisselle de belle-maman, comme quand j'étais petite je faisais les listes d'achats présumés sur le catalogue de Manufrance (la Manu comme on disait... il faut dire que maman était stéphanoise et avait avec la Manu un rapport presqu'affectif !), j'ai demandé à mon ébéniste préféré de remettre en état "l'armoire du grand-père". Et oui, malgré ma méfiance attavique pour tout ce qui est "perpétuation obligée des souvenirs familiaux", je suis attachée à l'armoire du grand-père, et grand bien m'en a pris car le résultat est sans doute nettement plus réussi que l'ikeamania.

Non, je ne me fais pas plus angélique que je ne suis, j'ai commis le forfait Ikea plus souvent qu'à mon tour : de la cuisine de votre studio, les filles, à l'aménagement du cabinet de votre papa (c'était tout de même moins cher que les meubles "professionnels", source inépuisable d'enrichissement sans cause des fabricants de matériel dentaire) en passant par l'inévitable rayonnage hyper commode et super déglingué, qu'un jour vous serez sans doute ravies de remonter dans quelque arrière cuisine malgré son label peu affriolant, j'ai acheté suédois moi aussi. Que celui qui n'a jamais péché me lance la première pierre. Pourtant j'avais de solides réserves et une sérieuse aversion pour la marque jaune et bleue. J'ai pesté depuis, avec la mauvaise foi des consommateurs appâtés, contre le manque de solidité des meubles achetés, qui m'en ont pourtant donné largement pour mon argent.


Mais je ne pense pas être prête à récidiver : Ikea correpond à certains besoins précis, il ne faut pas diabioliser le phénomène. Pas plus qu'il ne faut le porter aux nues. Il faut, comme en toutes choses, raison garder et rester réaliste. Dans certaines circonstances, on est ravi de trouver la marque suédoise pour des équipements "rapides" dont on sait qu'ils auront une durée de vie limitée et qu'on sera ravi, quand il faudra changer, de ne pas les avoir surpayés. Ikea rend de grands services aux jeunes, ne serait-ce qu'en leur économisant les frais de transports des vieilleries usagées que leurs parents ne manquent pas de leur proposer, avec la fierté absolue qui s'attache à l'armoire du grand-père !!! Ikea (ou d'autres d'ailleurs !) permet de changer, de jeter sans remords, de se laisser aller à ses fantaisies ou de se meubler de façon moderne quand on a des moyens limités. Cela correspond, qu'on le veuille ou non, à une tendance irréversible de notre monde contemporain, qui aime changer et qui démode tout à la vitesse de l'éclair. Mais le phénomène n'a rien de nouveau, regarder comment le Louis XVI a démodé le Louix XV, en jouant de la droite là où les parents avaient aimé la rocaille. Et le Charles X, qui a mis à l'honneur les bois clairs et la légèreté des formes, après la pesanteur acajou des meubles Empire. Nos enfant ne seront ni les premiers ni les derniers à jeter les buffets de grand-mère, pour la plus grande joie des brocanteurs et collectionneurs en tous genre. Cela va simplement un peu plus vite qu'autrefois, et ainsi, ils nous ont déjà ressorti le design des années 60, revu et corrigé à la sauce contemporaine, que ce soit en ameublement ou dans le domaine vestimentaire ! Certains hôtels branchés meublent leurs couloirs et leurs chambres de reliques récupérées à prix d'or et dont nos parents s'étaient débarrassés avec bonheur dans les années 80, après les avoir adorées une vingtaine d'années auparvant.


Ainsi va la mode, et Ikea n'y changera rien. On est versatile, on réagit contre les excès d'une époque par les exagérations d'une autre. On aime actuellement un style dépouillé qui se rebiffe contre le post modernisme de la fin du XXème siècle. Tout va plus vite pour assurer au monde des affaires une source constante de flux financiers engendrés par nos achats compulsifs. Pourtant, les alternances de baroque-classissisme sont une constante des arts décoratifs et une boucle logique de la sensibilité humaine. Il me semble simplement que les possibles sont plus vastes qu'autrefois, et que les rigidités sociales sont remplacées par d'autres rigidités dont on peut, peut-être, se libérer plus facilement et qu'on est plus à même, car mieux informés, plus cultivés, plus ouverts, de se forger hardiment ses propres convictions. A condition d'échapper au diktat des médias, ce qui demande une forte dose de... maturité ?? d'âge ?? de sagesse ! Ben voyons !!!!

lundi 10 mai 2010

GOUDA DE MAI

Retour morose du Périgord où nous avons essuyé un temps détestable et une belle-mère redoutable et dont nous revenons un peu vaseux. En passant devant le marchand ambulant qui aligne charcuteries alléchantes, pain d'épice plein de figues ou de noix, fromages appétissants, Alter déclare qu'il faut du pain... je proteste mollement, sachant que nous cèderons aux sollicitations de cet étal affriolant... Il insiste, il faut se remonter le moral ! Soit... une douce violence, cela fait du bien de temps à autre.

Je vous épargne la liste peu raisonnable de nos péchés de gourmandise... Mais n'oubliez pas, c'est la saison et il est bon à faire frémir vos papilles... Un petit parfum de primevère (paraît que j'ai trop d'imagination, d'ailleurs personne ne sait exactement quel goût ont les primevères !!), de prés tout juste fleuris, fruité, léger... C'est vrai que le Gouda de Mai, même si c'est un argument commercial de plus qui m'a encore piégée dans ses rais, a une saveur toute particulière : fabriqué à partir des laits de printemps puisque son temps d'affinage est de 4 à 6 semaines, il permet de retrouver l'arôme des près qui offre toujours un fromage bien plus goûteux que celui produit par des vaches à l'étable. J'ai croisé en cherchant des informations sur ce fromage de saison pas mal de recettes sur internet, de la lotte au Gouda de Mai au soufflé du même nom, mais je crois que j'ai simplement envie de le savourer tel quel, avec un bon petit verre de vin ! Léger, le vin !!

dimanche 9 mai 2010

ENTRE FILLES

Vendredi, nos hommes sont partis à la nuit noire exercer leurs talents de chasseurs-cueilleurs-pêcheurs... Cela les fait toujours fantasmer de s'imaginer dans la peau de valeureux aventuriers, braconniers à leur heure, pirates au grand coeur. C'était la sortie organisée par Marc avec Captain OJ, dont j'ai déjà parlé plus haut, et, mal couverts, peu aguerris mais plein de coeur à l'ouvrage, ils ont embarqué sur le petit chalutier, persuadés que le soir ils nous rapporteraient des prises exceptionnelles. Tant et si bien qu'Alter avait passé une nuit presque blanche dans l'angoisse de ne pas entendre le réveil, ses songes entrecoupés de rêves mirifiques le projetant dès l'aube sur le pont. C'était compter sans le mal de mer qui l'a terrassé durant toute la matinée, voyant du coup s'envoler tous ses rêves de navigation au long cours... et Dieu sait si ces rêves étaient alléchants. Il a passé quelques heures saumâtres, à rêver de terre ferme, et à se maudire d'avoir adopté une tenue de marin fort attrayante mais quelque peu glaciale. Après quoi, revigoré par un somme réparateur, il a ferré deux congres qui ont fait hurler Captain OJ de fureur, ces sales bestioles étant interdites de séjour sur le bateau, capables semble-t-il d'arracher le doigt ou le mollet des apprentis marins. Les congres sont restés dans leur élément naturel, au grand soulagement de tous. Et Alter s'est rabattu sur les écrans et radars en tous genres qui équipent le bateau, ravi de contempler les sphères de bars autour desquels nos prédateurs rôdaient. Marc et Rémi en ont capturé chacun un, superbe, celui de Rémi pesant près de 6 kilos, il se demandait bien comment son épouse allait gérer cela au retour !
Et pendant ce temps-là, les nanas se sont offert un petit repas sympa au restaurant de la plage de Suzac et ont passé l'après-midi à papoter, acheter quelques fringues et prendre le thé, comme de vraies épouses attendant le retour triomphant de leurs guerriers héroïques.

samedi 8 mai 2010

HERBES SAGES

La soupe de fanes de radis... tout le monde connait, et quand la botte est tout fraiche, on n'a pas envie de jeter cette poignée de pousses vertes et croquantes, dont on sait qu'elle fournit une base parfaite pour un potage aux saveurs toujours nouvelles. On y ajoute ce qu'on a sous la main, en termes d'herbes, quelques pommes de terre pour lui donner du liant, et, selon ses principes diététiques, du petit Billy, du chèvre frais, de la crème fraiche, voire simplement une grosse noisette de beurre, pour lui donner du caractère. J'avais, et c'est pour cela que j'en parle, de la roquette, et un branche de céleri du jardin, surtout du vert. Et bien croyez-moi, la roquette fait merveille dans l'histoire et le céleri, à condition qu'il soit vert et de n'en point trop mettre, ajoute un petit parfum de bon aloi à la mixture !
Il fallait bien "user" la vaisselle des belles-mères, avant de lui faire subir le sort terrifiant que les publicitiares lui réservent !! Je vous présente donc le résultat de cette recette sans façon dans un petit bol plat qui date du temps de votre grand-mère les filles : ce n'est pas très tendance, mais cela ne nuit en rien au goût de ce velouté, que je vous recommande vivement : c'est léger, acidulé, ça excite les papilles et en plus, c'est une recette adaptable, selon le contenu de votre bac à herbes !

Remarque : le Petit Billy, le chèvre frais ou autre, ce sont des suggestions de mes fidèles lectrices, lors d'autres veloutés suggérés il y a quelques temps... et j'écoute ce qu'on me dit, ce sont d'excellentes idées.
Autre remarque : ce sont les ultimes potages de la saison, et la température les rend vraiment appréciables... bientôt nous nous vautrerons dans les salades et autres émincés de légumes crus, mais pour le moment, un bon bol de soupe chaude, un feu de cheminée en arrière-plan, c'est encore d'actualité.

vendredi 7 mai 2010

LA VAISSELLE DES BELLES-MERES

Vous n'avez pas pu la rater... si vous prenez comme moi votre douche au son des infos ! La soirée était géniale, l'amie a un goût parfait, et madame énonce toutes ses qualités d'un air extatique, quand soudain monsieur lache d'un air désabusé "mais t'as vu sa vaiselle"... et là, l'enthousiasme retombe, comme un soufflé épuisé. Le jingle se conclut sur le conseil de changer de vaisselle. Dans un autre on apprend que les assiettes de la maison ont 15 ans et qu'il est temps de les virer, même si monsieur affirme qu'il est prêt à garder madame. Dans le troisième, c'est un enfant qui a la parole, il décline chaleureusement les qualités culinaires de sa maman, mais à la perspective de déguster le festin de maman dans les assiettes de mamie, je ne vous dis pas l'ambiance. Changez de vaisselle, il le faut, sous peine d'être has been.
Cette campagne m'a rappelé une de mes conversations récentes (vous savez qu'on passe beaucoup de temps au téléphone toutes les deux, et il faut trouver des sujets). Elle s'indignait contre le fils de son compagnon, récemment décédé. Une vague histoire d'héritage, bien que le fils en question soit fils unique et que la succession n'ait posé aucun problème d'aucune sorte, il a tout eu. Mais...
"X voulait que sa maison revienne à son petit fils, mais le fils n'a pas respecté sa volonté"
"Ah ?" (sous-entendu mais le petit-fils finira par l'avoir cette maison)
"Vous vous rendez compte, il a loué la maison..."
"Mmmm (pas facile l'intonation au téléphone ! Sous-entendu il avait envie de toucher un revenu supplémentaire)
"Et il l'a louée meublée ! Je suis sûre que X doit se retourner dans sa tombe de voir des gens dans ses meubles."
Là, on en était à des choses graves, il me fallait répondre...
"Peut-être que les locataires seront soigneux... et puis le fils n'avait pas vraiment besoin de ces meubles"
Temps de réflexion... Grognement de ne pas être approuvée et soudain, argument massue :
"Il a tout laissé, même la vaisselle, il avait des services magnifiques X... enfin... des services. Avec sa femme, ils avaient acheté de la belle vaisselle, c'est malheureux de laisser cela à des étrangers".
Pas facile du temps où belle-maman vivait dans les murs, dans la vaisselle de la précédente madame X d'apprécier ses services qu'elle trouvait fort moches, mais a posteriori, le crime est inexpiable. Peu de temps après nous sommes allés la voir et elle m'a montré une pile de cartons dans une grange :
"Tout cela, ça vient de Gourdon, je ne l'ai pas trié, mais il y a beaucoup de vaisselle, cela pourra servir aux filles quand elles s'intalleront".
Je n'ai pas osé lui expliquer que les filles, elles sont déjà installées, qu'elles ont acheté de la vaisselle chez Ikea, parce qu'elles avaient envie de trucs neufs, gais, mode, qu'elles en changent quand elles changent de logement, que de la vaisselle y en a déjà des tonnes à la maison, que j'ai accumulée de différentes générations précédentes, et que je rêve de m'offrir de nouvelles formes, couleurs, styles... chose que je ne fais pas par manque de place. Pas facile le problème de la transmission, mais une chose est certaine, si l'on en croit les pubs radio, la vaisselle de mémé, c'est ringard !
Faut dire que la pub dont je vous ai parlé, elle ne fait pas dans la finesse : à la fin, le gamin, dégouté, dit à sa mère "La vaisselle de mamie qui est morte ?". Et là, moi j'ai trouvé qu'ils exagéraient un peu, le gamin, à sa voix, a 10 ans maximum, la mamie, elle, ne peut guère avoir dépassé la soixantaine. Alors je veux bien qu'à cet âge-là on soit si vieux qu'on soit déjà mort, mais quelle remise en cause existencielle le matin au réveil quand vous en êtes au brossage de dents !

mercredi 5 mai 2010

PANCRACE ET SES COPAINS



Je ne sais pas le temps qu'il fait chez vous, mais ici c'est la Bérézina... petits matins glaciaux, journées venteuses, soirées plus que fraîches, une humidité ambiante pénétrante, bref rien de bien printanier.
Le bon sens populaire préconisait autrefois d'attendre que ce soient écoulées les fêtes dites des "saints de glace", pour réaliser les plantations suceptibles de geler. C'est ainsi que, si j'avais été raisonnable, j'aurais attendu le 14, voire le 15 mai avant de mettre mes plants de tomates en terre. C'est en effet les 11, 12 et 13 mai qu'on célébrait autrefois saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais (parfois dénommé Gervais dans certains dictons). J'avoue qu'il m'a fallu aller rechercher leurs noms car, si belle-maman me les cite toujours sans faillir, il m'en manque toujours un ou deux pour faire le compte, qui n'est pourtant pas bien gros ! Certains ajoutent à la liste saint Boniface, fêté le 14 mai, on n'est jamais assez prudent !!
L'Eglise, dans sa grande sagesse et dans sa hantise de perpétuer les superstitions, celle-ci étant particulièrement vivace, a changé les allocataires des dates en question : le 11 mai on fête les Estelle, le 12 Achille et le 13 Rolande. Mais elle n'a pas pu éradiquer le refroidissement presque systématique de cette période, attribuable à des phénomènes météorologiques connus et très limpides. Je cite :
"Certains expliquent le dicton par un phénomène astronomique coïncidant à cette période des 12 ou du 13 mai de chaque année, l'orbite de la Terre est amenée à traverser un disque de poussières extrêmement diffus dans le système solaire, formé aussi bien par des particules piégées que par des résidus provenant de la formation des planètes à l'aube de leur existence. Pendant quelques heures, la poussière fait très légèrement obstacle aux rayonnements solaires. La diminution de leur intensité est inobservable sans instruments de mesure extrêmement sensibles, mais suffisante pour influencer les délicats mécanismes de la météorologie de notre globe. La Terre traverse à nouveau ce disque de poussière six mois plus tard, le 11 novembre.
Cependant, la coïncidence n'est troublante que si l'on ne connaît pas la météorologie. Elle est, en fait, seulement anecdotique car le phénomène astronomique est mondial, alors que le dicton est très local. Le mois de mai correspond, dans les latitudes moyennes de l'hémisphère nord, à la fin de la rapide circulation de systèmes météorologiques d'hiver. Le passage de fronts froids, amenant de l'air du nord, se produit donc encore de temps à autre. Quand le ciel se dégage ensuite sous un anticyclone, la perte de chaleur est encore importante, surtout la nuit. Il est donc normal d'avoir des périodes froides à cette époque même si la tendance des températures est à la hausse."
On parle aussi pour cette période de lune rousse : la vox pupoli voulait que les bourgeons abimés, "roussis" du printemps soient à mettre au compte de la lune qui suit la période pascale : l'explication est plus simple et ces dégâts ne sont pas dûs à la lune, mais bien aux petites gelées matinales du mois de mai.

Mais je ne suis pas raisonnable, et surtout j'ai envie d'avoir des tomates tôt dans la saison, tant il est vrai qu'il est frustrant au début de l'été de devoir acheter ses légumes alors que votre jardin dort encore. Et fin août, quand tout le monde a en trop, que les prix s'effondrent et que l'indigestion menace, il est un peu tard pour voir enfin mûrir les fruits qu'on attendait depuis si longtemps. J'espère que ces froidures matinales ne les auront pas trop handicapées et que, passé le 15 mai, elles me récompenseront de mon audace en démarrant à plein régime. Pour le moment, tout est un peu en dormance. Même si mes fraisiers improbables sont déjà pleins de petits fruits.

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