Il semble que l'attraction soit à la mode, et il est des lieux où cela s'est transformé en sortie organisée juteuse, les prix pratiqués dans les forêts proches de la capitale ou en week-end tout compris étant grassouillets. On y visite souvent le cerf dans des chasses et les animaux qu'on y voit sont repérés à l'avance, les propriétaires des lieux connaissant strictement leurs habitudes. On en donne aux gens pour leur argent et l'observation est quasi formalisée.
Dans la forêt de la Coubre, on est parti avec quelques amis de Madeleine accompagnés d'un guide naturaliste de l'association "les sorties de la renarde". Manu n'est pas accompagnateur de métier, même s'il a déjà travaillé dans le tourisme : il fait cela en plus de son boulot, pour promouvoir une approche intelligente de la nature et des richesses qu'elle recèle. Sorties pédagogiques, balades champignons, promenades d'observation : les sorties de la renarde n'a rien d'une agence de voyage et pas de chichis autour de la promenade. Tous vêtus de sombre, pourvus de vêtements non bruyants, bien couverts car malgré un temps superbe, nous savons que la soirée sera fraiche après la tombée de la nuit, nous partons en devisant joyeusement dans la forêt de la Coubre. Nous essayons de repérer les traces de sangliers, de chevreuil ou de biche, nous cherchons les pins à l'écorce entaillée par les cerfs en rût. Nous apprenons ainsi que depuis la tempête les cervidés se sont multipliés ici car le nombre de clairière a augmenté, leur fournissant des lieux de ressemblement parfaits. Nous sommes prévenus, ici les bêtes sont sauvages, en totale liberté et il est possible que nous ne voyions rien. On entendra, c'est sûr, car la saison des amours est en pleine effervescence, mais pour l'obeservation, ce sera une question de chance. Notre guide lui-même n'a vu que 2 ou 3 fois des cerfs !
Plus loin, il nous recommande de marcher avec précaution et en évitant de faire craquer branches et brindilles. Nous approchons du trou d'eau dans lequel les animaux viennent boire. Une mare un peu glauque alimentée par une source discrète, et autour, des dunes de sable totalement labourées par les différents troupeaux. C'est impressionnant, on dirait un marché aux bestiaux après le départ des maquignons !
Nous nous asseyons un peu au-dessus, pour observer les lieux et, qui sait, voir quelque bête venir se désaltérer. Le silence est presque complet, de très rares oiseaux, pas d'agitation autour de nous. Il fait encore bien jour et sans doute est-ce trop tôt pour avoir la chance d'observer quoi que ce soit. Nous reprenons notre chemin et, soudain, halte : au loin, sur une sente dégagée, une biche vient brouter les buissons. Elle entre et sort du bois sans crainte, elle se régale, elle ne nous a pas vus. L'horizon commence à s'enflammer, et les bruits s'intensifient. On entend un premier brâme, puis plusieurs, lointains, qui se répondent, se provoquent, s'étirent paresseusement dans l'air du soir.
A pas de loup, nous nous approchons d'une clairière... deux ou trois biches sont là, que l'on voit d'ébattre sans retenue, et manifestement un cerf est avec elle, mais nous ne ferons que l'entendre. Un cri de mauvaise humeur car nous nous sommes faits repérés, et les animaux quittent le lieu vers le point d'eau. Nous nous asseyons sagement en espérant les revoir mais, bien sûr, notre présence les indispose. On entendra le cerf tourner autour de la clairière en manifestant son mécontement par un brame de présence, rauque, presqu'un un aboiement. Au loin, d'autres brâmes, sur tous les tons, mélancolique, de défi, de poursuite. Pas de combat, l'ambiance est paisible ce soir-là dans la forêt de la Coubre.
Après avoir observé le creux de sable dans lequel se vautrent les cervidés excités, nous reprenons une large piste forestière de cailloux blancs. C'est commode pour marcher dans la nuit et rejoindre, sous un ciel somptueux tout irisé de contellations, notre voiture. Il commence à faire un peu frais, Madeleine a prévu quelques gateaux au chocolat ou aux pommes pour les ventres affamés qui crient dans la nuit presque aussi fort que les cerfs. Une sympathique sortie, sans prétention et qui mérite d'être refaite en plus petit groupe pour avoir plus de chance d'observer les animaux sans les effaroucher.
Si vous voulez entendre les différents modes d'expression du cerf, n'hésitez pas à cliquer c'est modeste mais instructif. Cela compensera un peu mes photos très floues et fort imprécises, car je n'avais pas osé prendre l'appareil photo dont l'élégant bruit indique à qui veut l'entendre que c'est un reflex, mais qui aurait troublé le silence de la forêt.
Quant aux images que nous n'avons pas vues, en voici un exemplaire qui a justement été tourné dans la forêt de la Coubre par quelqu'un d'équipé !









































