jeudi 30 septembre 2010

BRAME DU CERF

Il semble que l'attraction soit à la mode, et il est des lieux où cela s'est transformé en sortie organisée juteuse, les prix pratiqués dans les forêts proches de la capitale ou en week-end tout compris étant grassouillets. On y visite souvent le cerf dans des chasses et les animaux qu'on y voit sont repérés à l'avance, les propriétaires des lieux connaissant strictement leurs habitudes. On en donne aux gens pour leur argent et l'observation est quasi formalisée.
Dans la forêt de la Coubre, on est parti avec quelques amis de Madeleine accompagnés d'un guide naturaliste de l'association "les sorties de la renarde". Manu n'est pas accompagnateur de métier, même s'il a déjà travaillé dans le tourisme : il fait cela en plus de son boulot, pour promouvoir une approche intelligente de la nature et des richesses qu'elle recèle. Sorties pédagogiques, balades champignons, promenades d'observation : les sorties de la renarde n'a rien d'une agence de voyage et pas de chichis autour de la promenade. Tous vêtus de sombre, pourvus de vêtements non bruyants, bien couverts car malgré un temps superbe, nous savons que la soirée sera fraiche après la tombée de la nuit, nous partons en devisant joyeusement dans la forêt de la Coubre. Nous essayons de repérer les traces de sangliers, de chevreuil ou de biche, nous cherchons les pins à l'écorce entaillée par les cerfs en rût. Nous apprenons ainsi que depuis la tempête les cervidés se sont multipliés ici car le nombre de clairière a augmenté, leur fournissant des lieux de ressemblement parfaits. Nous sommes prévenus, ici les bêtes sont sauvages, en totale liberté et il est possible que nous ne voyions rien. On entendra, c'est sûr, car la saison des amours est en pleine effervescence, mais pour l'obeservation, ce sera une question de chance. Notre guide lui-même n'a vu que 2 ou 3 fois des cerfs !


Plus loin, il nous recommande de marcher avec précaution et en évitant de faire craquer branches et brindilles. Nous approchons du trou d'eau dans lequel les animaux viennent boire. Une mare un peu glauque alimentée par une source discrète, et autour, des dunes de sable totalement labourées par les différents troupeaux. C'est impressionnant, on dirait un marché aux bestiaux après le départ des maquignons !
Nous nous asseyons un peu au-dessus, pour observer les lieux et, qui sait, voir quelque bête venir se désaltérer. Le silence est presque complet, de très rares oiseaux, pas d'agitation autour de nous. Il fait encore bien jour et sans doute est-ce trop tôt pour avoir la chance d'observer quoi que ce soit. Nous reprenons notre chemin et, soudain, halte : au loin, sur une sente dégagée, une biche vient brouter les buissons. Elle entre et sort du bois sans crainte, elle se régale, elle ne nous a pas vus. L'horizon commence à s'enflammer, et les bruits s'intensifient. On entend un premier brâme, puis plusieurs, lointains, qui se répondent, se provoquent, s'étirent paresseusement dans l'air du soir.

A pas de loup, nous nous approchons d'une clairière... deux ou trois biches sont là, que l'on voit d'ébattre sans retenue, et manifestement un cerf est avec elle, mais nous ne ferons que l'entendre. Un cri de mauvaise humeur car nous nous sommes faits repérés, et les animaux quittent le lieu vers le point d'eau. Nous nous asseyons sagement en espérant les revoir mais, bien sûr, notre présence les indispose. On entendra le cerf tourner autour de la clairière en manifestant son mécontement par un brame de présence, rauque, presqu'un un aboiement. Au loin, d'autres brâmes, sur tous les tons, mélancolique, de défi, de poursuite. Pas de combat, l'ambiance est paisible ce soir-là dans la forêt de la Coubre.
Après avoir observé le creux de sable dans lequel se vautrent les cervidés excités, nous reprenons une large piste forestière de cailloux blancs. C'est commode pour marcher dans la nuit et rejoindre, sous un ciel somptueux tout irisé de contellations, notre voiture. Il commence à faire un peu frais, Madeleine a prévu quelques gateaux au chocolat ou aux pommes pour les ventres affamés qui crient dans la nuit presque aussi fort que les cerfs. Une sympathique sortie, sans prétention et qui mérite d'être refaite en plus petit groupe pour avoir plus de chance d'observer les animaux sans les effaroucher.
Si vous voulez entendre les différents modes d'expression du cerf, n'hésitez pas à cliquer c'est modeste mais instructif. Cela compensera un peu mes photos très floues et fort imprécises, car je n'avais pas osé prendre l'appareil photo dont l'élégant bruit indique à qui veut l'entendre que c'est un reflex, mais qui aurait troublé le silence de la forêt.
Quant aux images que nous n'avons pas vues, en voici un exemplaire qui a justement été tourné dans la forêt de la Coubre par quelqu'un d'équipé !

mardi 28 septembre 2010

SANS PAROLES

Non, ce n'était pas une virée touristique, mais j'en ai profité pour parcourir cette bastide qui s'enorgueillit d'être ou d'avoir été royale, qui se réclame des Templiers et aligne halle, grotte, point de vue, rues charmantes et mille autres ressources qui en rendent la visite délicieuse. Cela nous donnera un billet moins "intime" que le précédent, n'est-ce pas Roberto !! Mais tellement plus banal, car irez-vous à Domme ? Alors que tous, nous nous sommes confrontés à ce terrifiant mais superbe challenge : s'aimer, surmonter les obstacles, courir l'un vers l'autre, choisir de rester ensemble alors que des tentations vous prenaient l'imagination, construire, renoncer, s'épauler, ou au contraire savoir recommencer avant qu'il ne soit trop tard, panser ses blessures, réinventer ce que la vie n'avait pas su vous offrir la première fois, dépasser le sentiment d'échec, et toujours, et encore être deux !

Non, cela ne vaut pas la vue depuis le balcon naturel d'Aloïs à Loubressac mais c'est pas mal non plus ! A contempler aux différentes heures du jour, avec l'ombre mouvante des nuages qui follatrent !! 

Un joli village, très touristique mais en restant le nez en l'air, on évite les boutiques et le petit train, que dis-je "les" petits trains remplis de visiteurs un peu passifs : car il y a en deux, celui de mairie et un concurrent, qui ajoute au tour de la ville, un repas au restaurant, confit et pommes à la graisse d'oie compris !!!

De-ci de-là, des accents presque méditérannéens, et, dans certains jardins, des cyprès !

Et même, je ne pouvais pas rater cela, une rue Pontcarral... Pontcarral, vous savez, le héros d'Albéric Cahuet, ce colonel d'Empire dont toute bonne famille périgourdine se réclame peu ou prou : normal, l'auteur, quand il écrivit son roman, se rendit chez les uns et chez les autres, et créa ce personnage un peu mythique dans lequel tous croient reconnaitre "leur" ancêtre.

lundi 27 septembre 2010

CENSURE A CARSAC


Carsac-Aillac : une petite église romane de justes proportions, habillée de pierres jaunes, comme souvent en dans la vallée de la Dordogne. Revoûtée d'ogives au XVIème siècle, elle ne mérite même pas une notice dans le Zodiaque du Périgord roman. Pourtant, le clocher repose sur une élégante coupole à pendentifs. Et les chapiteaux de l'abside, joliment voûtée en cul de four, sont intéressants, quoique archaïques. Chaque fois que nous passons devant cette petite église romane, (que les merveilles d'internet vous permettent de visiter à distance : cliquez et n'hésitez pas à "lever le nez"), nous célébrons d'un baiser le jour où nous y avons uni nos destinées... Ben oui, j'avais 21 ans, Alter à peine plus et nous ne savions pas trop ce qu'épousailles signifiait !

Néanmoins, usage du temps, enthousiasme de la jeunesse ou exaltation des rêves, nous avons décidé ici, un jour de mars 1976 de passer notre vie ensemble ! Sans mesurer, fort heureusement, la portée de cet engagement. Une portée dont les jeunes d'aujourd'hui ont parfois peur, mais s'ils savaient ce qu'il peut-être doux d'avoir surmonté les écueils à deux et d'affronter ensemble tant d'autres années qui nous restent, si Dieu veut, à parcourir ! On n'y réfléchissait guère à l'époque et les alternatives, sauf pour les plus modernes d'entre nous qui risquaient l'union libre (c'est ainsi qu'on appelait de notre temps le concubinage ou autre pacs !), étaient peu nombreuses. On était déjà fort égoïste mais sans doute moins inquiets de s'engager, de renoncer à certaines libertés, voire d'endurer quelques contraintes. Cela semblait normal et la défense tous azimuts de l'ego ne passait pas par le refus des cadres. Oh je sais, c'est pourtant bien notre génération qui a promu les idéaux actuels, tout de bons sentiments et de refus des entraves, vécues comme des oppressions alors qu'elles sont parfois l'occasion de se dépasser. C'est nous qui avons jeté par dessus les moulins les supposées hypocrisies sociales et réclamé à grands cris le droit à la liberté, à l'épanouissement personnel et au bonheur individuel. Pour autant, nous avons, en la matière, commis quelques erreurs et quelques imprudences dont vous êtes, il faut bien l'admettre, les victimes induites. Disposer de tous les choix, de tous les possibles et refuser de se contraindre n'engendre pas toujours la sérénité... la preuve, le mariage est encore un peu à la mode, même s'il s'agit dans un premier temps, de faire une super fête. Etonnamment formalisée : je suis hallucinée par le côté prévisible de ces fêtes qui font, parfois, oublier l'enjeu : passer sa vie ensemble, pour le meilleur et en gérant au mieux le pire !!

Toujours est-il, qu'émerveillés par l'exploit que représente actuellement un couple qui dure, en un temps où l'on n'hésite pas à déclarer dans les "dîners en ville" : "nous sommes un couple recomposé, comme tout le monde autour de la table", nous célébrons à chaque passage ce moment d'inconscience qui finalement était un sacrément "bon plan". Vous aimiez, les filles, réclamer ce moment traditionnel quand nous allions voir votre grand-mère, et de l'arrière de la voiture vous chantiez en choeur et avec un enthousiasme jamais pris en défaut : "un baiser, un baiser". Hier, vous n'étiez pas là, mais nous avons carrément garé la voiture au pied du presbytère (à vendre !! et si nous l'achetions pour contempler à loisir ce lieu mémorable !) et avons tenté pour vous la fonction retardateur : vous verrez que votre maman a encore des progrès à faire avec la technique car sur le premier essai, je n'avais pas compris que 2 secondes ne suffisaient pas pour courir vers l'homme de ma vie ! Pourtant, j'y mettais du coeur...

PS j'ai mis une photo de l'église prise sur le site communes de France, car en ce moment la façade occidentale, assez abîmée, est en restauration et les échaffaudages qu'on admire ne sont pas très esthétiques !!

samedi 25 septembre 2010

LA MEMOIRE DU NOM

Tau peint de la main de saint François sur les murs de l'ermitage de Fonte Colombo où il écrivit la Règle pour ses frères (Vallée de Rieti)

Il m'a pris, ces jours derniers, une sorte de fureur mémorialiste. Je cherchais désespérément le nom d'un vieux franciscain, cotoyé durant de nombreuses années à Cognac et dont l'identité m'échappait de façon énervante. La paroisse Saint Antoine abritait en ce temps-là une minuscule communauté franciscaine, 3 pères au total, des hommes de foi terriblement humains, chaleureux, bienveillants et généreux. Leur supérieur, le Père Henri, nous réservait une amitié vraiment affectueuse, et nous avions souvent l'occasion de rencontrer ce vieux père, dont le souvenir m'est revenu en voyant "Des hommes et des dieux". C'est en fait le personnage du Père Amédée, pétillant de confiance, plein de vie malgré son grand âge, qui a réveillé mon souvenir.

Et me voilà à me creuser les méninges pour retrouver son nom. Arsène ? Félicien ?? Séraphin peut-être... je tourne, je cherche, je me constitue des listes mentales de prénoms démodés... je sollicite même la mémoire légendaire de Mandarine, qui se rappelle de tout, tout le temps ! Soudain... le trait de génie "Père Honoré"... j'envoie un sms triomphal à Mandarine qui n'y comprend goutte, se précipite sur son calendrier pour voir si elle a oublié la fête des Pères ou l'anniversaire de son papa. Elle se demande bien ce que veut dire ce message laconique et en quoi elle doit honorer son père. Explication donnée, Mandarine m'assure qu'il ne s'appelait pas ainsi, mon franciscain sans bure. Car à Saint Antoine les bons pères avaient jeté leurs robes brunes aux orties depuis que le père Henri, ayant prêté la sienne pour une fête où quelqu'un voulait se déguiser en moine, n'avait jamais pu la récupérer, l'emprunteur se l'étant faite voler dans le coffre de sa voiture !
Bref, je me secouais les méninges en tous sens, car, pour moi, avoir oublié le nom de cet homme, si dévoué, si effacé et pourtant débordant de chaleur humaine, c'était le faire mourir une deuxième fois. J'y voyais une sorte de trahison. J'en faisais une affaire de principe, le nom c'est un peu de nous, et la mémoire ne doit pas flancher : les vivants doivent, c'est le moins, garder le souvenir de ceux qui les ont précédés. Cette infidélité de mes neurones me remplissait de honte et je n'arrivais pas à me pardonner cet oubli. Je me sentais coupable de ne savoir nommer cet homme de bonté, le rayant ainsi encore plus farouchement de la surface du globe ! Alter, voyant ma contrariété, a finit par me prendre en pitié, et finalement c'est lui qui a retrouvé ce qui me mettait si fort martel en tête : il s'appelait Père Fortunat mon bon franciscain.

Avouez que ce n'était pas facile à retrouver, sauf à se faire un post-it mental, avec Bourvil, ou plus sérieusement avec Venance Fortunat, troubadour de la région de Ravenne. C'est en hommage à ce compositeur poète qu'un ensemble vocal français ayant beaucoup contribué à faire redécouvrir la musique médévale et dont la réputation n'est plus à faire, s'est appelé Venance Fortunat dans les années 80. Rimant sur tout, rimant sur rien, mais toujours attablé aux meilleures tables, notre troubadour avait une maladie des yeux qui disparu miraculeusement après des prières à Saint Martin. Pas ingrat, il décida d'aller en pèlerinage au tombeau du saint évêque. Après maints détours, tachant de vivre de son art sans trop de succès, il arriva à Poitiers. Et là, zoup, il se convertit. Ordonné prêtre, il continua à rimer, mais pour écrire des hymnes et des chants religieux d'une grande poésie. Il devint aumônier du monastère de sainte Radegonde et finit sa vie comme évêque de Poitiers. Hum... Radegonde, vous en pensez quoi vous ? Voilà un prénom facile à retenir, non ?

jeudi 23 septembre 2010

TOURISME INDUSTRIEL

Ouah !!! Je vous vois d'ici faire la grimace... Non, non, ne niez pas, je suis certaine que l'appariement de ces deux mots vous hérisse par avance le poil. Et pourtant... c'est un des mérites de la Journée du Patrimoine que de nous faire découvrir des sites inattendus, voire improbables. Plus que l'accès gratuit aux monuments qui est sans doute une bonne idée pour ceux que le prix d'entrée dans un musée ou dans un château rebute, ou qui ne peuvent se l'offrir en temps normal, mais qui engendre une foule parfois excessive dans ces endroits d'ordinaire fort calmes qu'il vaut mieux visiter hors manifestation, quitte à y laisser son obole ! 
Nous étions cette année encore, en train de courir de concert en concert à la Roche Posay durant le week-end du patrimoine et n'avons pas eu beaucoup le loisir d'en profiter. Mais le stakanovisme est toujours de mauvais aloi et une petite escapade nous a fait envie, ne serait-ce que pour s'offrir un bon déjeuner à Saint Savin. Sur le chemin, nous sommes passés près d'une distillerie de betterave, et, est-ce le réflexe des "charentais" que le mot distillerie émoustille, ou la simple curiosité pour une visite somme tout inhabituelle, nous avons décidé d'y faire halte. Le lieu était sympathique, accueillant mais, a priori, pas particulièrement affriolant. Et pourtant cette visite fut extrêment passionnante.

Les propriétaires du lieu, des parisiens un peu fous comme ils savent l'être parfois, ont racheté en 2000 cette usine promise à la démolition. Un coup de foudre pour un bâtiment industriel, voilà qui n'est pas banal. Quand ils se sont lancés dans l'aventure, la distillerie de Saint Pierre de Maillé était fermée depuis près de 30 ans. Devenue propriété d'un ferrailleur, elle avait perdu petit à petit toutes ses machines vendues au prix du bel en bon acier au poids. La dernière machine venait d'être emportée en éventrant le toit des bâtiments... tout simplement parce qu'elle ne passait pas par la porte, les murs ayant été construits autour ! Mais qu'importaient ces dégradations puisque de toutes façons le tout devait être rasé et transformé en lotissement.
C'était compter sans nos vaillants chevaliers des temps modernes qui décidèrent de racheter les ruines et d'y élire domicile. Ils restaurèrent les bâtiments, en faisant un lieu d'accueil pourvu de chambres d'hôtes, salles à louer pour mariages et autres fêtes, dortoirs, gite etc... La visite des lieux en 360° vaut vraiment le clic !! Vous y verrez en particulier comment la salle au toit défoncé est devenu un charmant patio, comment l'atelier a été transformé en séjour confortable, comment les hangars se prêtent aux grandes tablées, comment la maison du contremaitre, pourtant si laide, accueille maintenant de gentilles chambres d'hôtes... Ils organisent en outre des concerts (comme ces concerts mongols) et autres expositions, souvent autour du thème de la feraille, tordue ou rectifiée, pliée, enroulée, enfin bref sous toutes ses formes ! Il s'agit, c'est logique, de s'inscrire dans la mémoire du lieu et si les oeuvres d'art en question peuvent paraître un peu trop "contemporaines", elles ont au moins le mérite d'être à leur aise au milieu des vestiges de cette usine.

Et le week-end dernier, ils ouvraient leur demeure aux visiteurs pour leur présenter, le temps d'une balade contée, l'histoire de l'usine et son fonctionnement. Comment les betteraves et les topinambours arrivaient par tombereaux duement pesés et dont le taux en sucre était mesuré soigneusement. Comment les racines étaient ensuite stockées, puis nettoyées, et enfin poussées par un puissant jet d'eau vers les chaudières. Comment ensuite, de vis sans fin en filtrations diverses, on aboutissait au produit final, l'alcool presque pur. Mais ce qui faisait l'intérêt de la visite est que les nouveaux propriétaires ont pris la peine, en arrivant, de rendre visite à de nombreuses personnes ayant travaillé dans les années de guerre et d'après guerre dans et pour cette usine, et de recueillir leurs témoignages. Agriculteurs producteurs de raves, ouvriers, contremaitre et même l'ancienne comptable de l'entreprise, tous ont raconté leurs souvernirs, leur fierté d'avoir appartenu à cet ensemble industriel et leur regret qu'il ait dû fermer.
L'aventure a commencé en 1940 quand le hobereau local, dont j'ai oublié le nom, ayant quelques fonds à placer et un juteux marché en vue, a décidé d'édifier la distillerie. Il a confié le travail aux entrepreneurs locaux, ce qui nous vaut aujourd'hui un bâtiment mastoc mais solide, tout de pierres contruit, et qui ne ressemble guère aux bâtiments de briques de la période. Le marché justifiant cette intiative était celui de la fourniture d'alcool à la RATP, qui n'avait d'autres ressources pour faire fonctionner ses autobus que l'alcool agricole. Immédiatement fut créée une coopérative des producteurs locaux (et lointains) de raves, et la noria des tombereaux de racines pouvait commencer. Au meilleur de sa production, l'usine faisait travailler sur place environ 25 ouvriers, mais induisait alentours la survie d'environ 1200 personnes, entre les emplois agricoles et toute l'activité économique qu'elle engendrait. Sitôt la guerre terminée, la RATP revint à des carburants plus classiques et le marché se transforma en alcool pour la pharmacie, le simple et sans doute moins rentable alcool à 90. Rapidement l'activité déclina et l'usine finit par fermer ses portes en 1972, au grand dam des agriculteurs locaux qui perdaient ainsi un débouché pour leurs cultures de betteraves.
La visite s'est révélée d'autant plus passionnante qu'un ancien ouvrier agricole ayant participé à la récolte des betteraves dans sa jeunesse, est arrivé durant notre parcours et a ponctué les commentaires de souvenirs personnels très précis. Pour finir, la propriétaire des lieux, pour couper son discours didactique passionnant, était accompagnée d'un conteur haut en couleur qui nous a régalés d'histoires extraordinaires et supposées locales. Du paysan qui découvre un trésor et s'arrange pour que sa femme ne soit pas crue quand elle le raconte aux voisins, aux deux vieux qui manquent de périr brûlés pour manger leur dernier broyé du Poitou, les thèmes étaient universels mais admirablement adaptés et racontés avec une verve et une facilité qui rendaient les récits délicieux.
Une idée géniale que cette visite d'un lieu que nous aurions à peine regardé en passant devant, tant une cheminée d'usine n'attire guère d'ordinaire l'admiration ! Mais nous en sommes repartis enrichis d'une tranche de vie locale, vraie et forte, car cette distillerie qui fit vivre la région pendant une trentaine d'années participe à la mémoire locale et mérite d'être (re)découverte.

mercredi 22 septembre 2010

POUR EN FINIR AVEC MONSIEUR HAYDN

Ne vous y trompez pas, les Vacances de Monsieur Haydn est un festival très "classique" même si ma présentation insiste sur les détails un peu atypiques ou sur la musique contemporaine. On y entend des artistes talentueux et consacrés, qui interprètent des oeuvres reconnues et incontestables. Mais on y découvre aussi de jeunes talents, comme Raphaël Sévère (entendu déjà l'an dernier et qui a depuis eu droit aux honneurs des victoires de la musique), ou comme Sélim Mazari, un jeune pianiste de 18 ans, totalement craquant, un nom que vous feriez bien de retenir car à mon avis vous en entendrez reparler sous peu !
Mais ce que je n'arrive pas à comprendre c'est la raison pour laquelle ce festival, qui permettait aux jeunes interprètes de trouver une vitrine pour se produire en formations de chambre, de s'affronter au public en lui offrant ces fameuses pièces du Off, et qui a le souci constant d'interpréter des compositeurs contemporains, participant ainsi au développement de la musique et à sa diffusion auprès du public, a dû abandonner son Off et menace de disparaitre. Sa vocation pédagogique, son caractère décontracté et bon enfant, le prix particulièrement doux de ses places, la formule originale du "comvoulvoul", les concerts gratuits, tout cela contribue à sortir la musique classique des circuits convenus et permet à qui veut s'en donner la peine d'y accéder en toute simplicité. Pas d'or ni de paillette, pas de caméras qui peopolise, pas de diva qui crise, pas de prix inabordable, et pourtant une qualité jamais prise en défaut. Et cela n'intéresse personne ?? enfin pas parmi les pourvoyeurs de fonds, les distributeurs de subvention qui préfèrent financer des opérations prestigieuses ou grandiloquentes. Il a fallu se battre cette année encore pour faire vivre ce festival, et Jérôme Pernoo a eu toutes les peines du monde à obtenir l'aide publique indispensable pour que ce genre d'événement ait lieu (que ceux qui l'ont aidé et qui lui ont permis de survivre soient ici remerciés). Et encore a-t-il dû renoncer à son Off, trop coûteux parait-il ! Alors là, moi je craque, comment ??? trop coûteuse cette espèce d'université de rentrée pour de jeunes artistes, des étudiants qui s'escriment dans les conversatoires, et qui là, peuvent jouer, se produire et régaler le public de concerts gratuits ????

La salle était tapissée de bannières vantant la démocratie participative... mais qui participe à quoi ? Une salle pleine à craquer pour le concert final, un public enthousiaste qui réclame à grands bis que l'oeuvre de Ducros soit rejouée, des artistes qui ont bossé comme des fous pour nous faire partager leur émotion, leur amour de Fauré, Schubert, Haydn et tant d'autres, ce n'est pas participatif ça ?? N'est-ce pas suffisant pour convaincre les politiques et autres instances qui prétendent vouloir promouvoir la culture que la foule silencieuse a aussi envie de qualité ?

PS non, je ne connais pas Jérôme Pernoo, non je ne connais aucun des organisateurs du Festival. Je suis une spectatrice lambda, perdue dans la foule, et je tiens à marquer ma "participation", puisqu'il faut honorer la banière Poitou Charentes ! Et je me prends à rêver que je serai entendue !

mardi 21 septembre 2010

MONSIEUR HAYDN : LA MUSIQUE CONTEMPORAINE (III)


Je ne sais quel effet vous fait la musique contemporaine mais j'avoue que, faute de formation, d'information ou plus simplement de bases me permettant d'apprécier les dissonnances et autres constructions musicales savantes qui parfois s'offrent à nous lors des concerts, je ne suis pas une fervente de ce genre de moment. Je prends mon mal en patience, je tente vainement de connecter mes oreillettes sur ces sons déroutants et, inévitablement, je m'ennuie et attends impatiemment la fin en guettant la partition pour vous si on atteint la dernière page. 
Pourtant à la Roche Posay, il faut adopter une attitude positive à l'égard de la composition moderne. Car, ainsi que je le disais dans un précédent billet, au programme de chaque concert, est inscrite une oeuvre contemporaine. Cela fait tout bizarre de noter que le compositeur est né en 1960, 1974, voire d'apprendre comme lors d'une des surprises, qu'il a 16 ans ! Le public, acquis aux interprètes, fait toujours bon accueil à ces pièces dont certaines, il faut bien l'avouer sont ingrates. Dans le sens où, pour le profane, elles sont difficiles : pas de mélodie, ryhtme haché, construction musicale sans doute très savante mais peu accessible au commun des mortels. Pourtant les applaudissements fusent avec entrain, crainte de paraître idiot si l'on avoue s'être ennuyé ? Ou simplement libération après la tension qui accompagne nécessairement ce genre d'écoute ?
Une anecdote montre que la bonne volonté du public est plus de surface que l'expression d'un réel plaisir : samedi soir, au Casino, un trio allait interpréter une oeuvre de Félix Ibarrondo. Jérôme Pernoo, désireux de la présenter, prononce quelques mots, s'emmêle un peu dans ses explications et conclut "cette oeuvre montre ce qu'on écrivait à une certaine époque, la fin des années 60". Qu'ont entendu les gens ? En ce qui me concerne, pas grand chose de plus ce que disait la phrase, neutre et sans doute sans arrière pensée. Alter prétend que cela pouvait être perçu comme un peu réservé, voire critique à l'égard d'une certaine mode des dissonances tous azimuts, et que le public s'est laché. En effet, durant toute l'interprétation, ces gens d'ordinaire si sages, si policés, ont ri, discuté, critiqué, grincé des dents et marqué, car ils s'y croyaient autorisés par la réserve supposée de la présentation, leur ennui. Il régnait dans la salle de concert un brouhaha inhabituel et assez étrange !

Malgré ces réserves, La Roche Posay ne malmène pas trop ses spectateurs et j'ai choisi de vous présenter deux découvertes qui m'ont réconciliée avec la musique contemporaine. D'abord Stéphane Delplace qui nous a interprété ses "Chronogénèses", pièces pour piano inspirées par les variations Goldberg. Monsieur Delplace a pris la peine de nous expliquer la génèse de sa partition : lisant une partition de Bach antérieure à la version définitive d'une des variations, il y découvrit un rythme étonnant, supprimé ensuite par le compositeur, sans doute parce qu'il fut alors perçu comme trop audacieux. Serge Stéphane Delplace est parti de ce rythme pour écrire à son tour des variations, savantes, et, quoique modernes, fort compréhensibles pour des oreilles non prévenues. Alter s'amusait beaucoup qu'on puisse ainsi écrire du Bach quand on a la tête de Debussy (moi je le trouve mieux que Debussy, Monsieur Delplace !!), mais il a bien dû avouer que le récital était passionnant ! La présentation par l'auteur n'était pas étrangère à l'intérêt suscité par sa partition. Et en bis, son "irrévérence" qui brodait sur l'air de la Panthère Rose a entraîné l'adhésion de tous ! Au point que les pianistes amateurs du festival cherchaient partout ses partitions "irrévérencieuses" après le concert !

L'autre découverte, saluée par l'enthousiasme sincère du public qui a exigé (et obtenu) un bis : les Heures Claires de Jérôme Ducros, un quatuor pour mezzo soprano, piano, clarinette et violoncelle. Il faut dire qu'avec des tels "instruments" et du talent, on a tous les atouts pour plaire ! La mélodie de Ducros, très "mélodie française" de la fin du XIXème ou du début du XXème (en plus nerveux), a un caractère mélodieux, charmeur, délicieusement grave et reprend avec brio la tradition très particulière du chant poétique qui marrie harmonieusement un texte sensible et une musique expressive. Il y est question de lumière, de soir qui tombe et de clairs matins, la ligne mélodique est évocatrice et les sonorités propres à émouvoir le plus blasé des auditeurs ! Jérôme Ducros a 36 ans, c'est un pianiste accompagnateur de premier plan, dont la souplesse, le caractère et le talent sont bien affirmés, mais ses compositions valent qu'on s'y arrête... qui sait, si au détour d'un programme vous lisez son nom, ne faites pas la grimace, vous verrez, vous serez très agréablement surpris !

Sur la proposition d'Oxygène, j'ai cherché un enregistrement (improbable) des Heures Claires, mais sans succès, je pense que c'était plus ou moins une création... Par contre j'ai trouvé cela dont je vous propose l'audition : Philipe Jaroussky, accompagné par ... Jérôme Ducros qui chante Flamenco Sombrero de... Cécile Chaminade (et oui !!!) et L'heure exquise de Reynaldo Hahn !

lundi 20 septembre 2010

MONSIEUR HAYDN : ESPRIT VACANCES (II)


Un festival de musique classique, il faut dire pour ceux qui n'y vont pas, n'osent pas ou croient que c'est sérieux, savant et donc, inévitablement barbant, que c'est une alchimie, différente à chaque fois. Comme Musiciennes à Ouessant était marqué au sceau de la personnalité de Lydia Jardon, "Les Vacances de Monsieur Haydn" est façonné par son créateur, animateur et surtout directeur artistique, Jérôme Pernoo. Une énergie sans faille, une générosité tous azimuts, une simplicité fabuleuse, Jérôme est partout, et les Vacances, c'est lui. Lui, et tous les autres ! Car il règne dans ce rassemblement de musiciens venus passer une semaine "ensemble" dans la petite ville d'eaux de la Roche Posay, une complicité, une connivence, une allégresse qui font chaud au coeur. Et durant les trois derniers jours de la semaine ils nous "accueillent", nous les spectateurs, nous les "amateurs"* pour nous faire partager leur passion.
L'esprit Vacances, c'est un mélange inusité du bonheur de jouer ensemble, et pour les auditeurs, d'écouter. Quelques règles de base qui ont été posées par Pernoo et qui font un peu la marque de fabrique du lieu. Des concerts bâtis tous un peu sur le schéma suivant : des oeuvres classiques ou inconnues, à chaque concert une pièce contemporaine, à chaque concert un Haydn. Jérôme Pernoo qui veut sortir le classique de son ghetto d'initiés, propose, histoire de faire hurler les puristes, un mouvement par ci, un mouvement par là. Une seule oeuvre est exécutée en entier, en général la dernière du concert. Enfin, et c'est le petit côté frondeur de notre artiste, il note partout qu'on a le droit d'applaudir entre les mouvements, ce qui fait un peu frémir certains interpètes mais le public pratique avec gourmandise et laisse jaillir son enthousiasme sans contrainte, histoire ainsi de dire "halte aux terrorismes des loges de spécialistes !".
L'esprit Vacances c'est une proximité naturelle, absolument pas factice ni affectée, avec les artistes. On les croise, on leur parle, on mange pas loin d'eux, ils ne se prennent pas au sérieux, ils vivent simplement leur musique au quotidien.

Le programme s'égrenne sur un week-end, trois jours d'une intensité et d'une richesse inouïes. Entre les concerts principaux, 2 par jour, les "comvoulvoul"... d'autres concerts en fait, mais dont le système de vente de billets repose sur la participation librement choisie et consentie. On glisse un ou vingt euros dans une boîte en forme de tirelire, et on entre, simplement. Enfin, d'habitude, en même temps que le Festival se déroule un Off qui permet aux étudiants de conservatoire de s'essayer au dur métier des armes : le direct, le public, le trac... vachement formateur pour eux, et l'occasion pour le public de découvrir de nouveaux "futurs talents". Cette année, à cause des restrictions dont je reparlerai, pas de Off, au grand dam de Jérôme Pernoo qui considère cette gratuité, ce foisement de pièces éparpillées dans la ville, comme fondamental : c'est l'esprit de SON festival. Je développerai ces problèmes de financement dans un autre billet, mais cette année, pour "consoler" le public de n'avoir point ces découvertes aux trois coins de la Roche, Jérôme Pernoo nous a offert des "surprises", toutes plus délicieuses les unes que les autres, mais qui ont soumis ses artistes à une plus forte pression encore, car c'était les interprètes principaux qui galopaient d'une salle à l'autre. On a eu, en particulier, un concert des 2 Jérôme, Pernoo au violoncelle, Ducros au piano, qui fut une véritable merveille. Le programme, qui voulait réserver la surprise annonçait ceci " De prime abord, B et P semblent faire un curieux mariage. Comment le premier, figure emblématique du romantisme allemand (vous reconnaitrez Brahms) et le deuxième, moderne et sud-américain (nous découvrirons qu'il s'agit de Piazzola) pourraient-ils faire bon ménage ? Cela peut paraître impossible, mais en y regardant de plus près on découvre en P un compositeur savant, on redécouvre en B un compositeur populaire". L'argument, énoncé par J.Pernoo en début de concert, pouvait paraître spécieux, voire un peu tiré par les cheveux, mais je vous assure que, joué par nos deux compères, cela paraissait évident et lumineux. Ils ont commencé par un mouvement de Brahms, d'un romantisme à décoiffer, enchainé sur une danse hongroise et terminé par le Grand Tango de Piazzola,  Exaltant, d'une sensualité étonnnante, une jouissance des sons absolue comme on en croise rarement dans les salles obscures. Un triomphe pour nos deux compères.

Un autre moment fort drôle, dans ces surprises, s'intitulait Castragnette ou Farinelli à La Roche Pasay. Marc Frisch, habitué du Festival, y jouait avec un humour distancié le rôle du célèbre castrat qui vécu, à la Cour d'Espagne dans l'intimité de Ferdinand VI, de son épouse disgraciée, Maria Barbara du Portugal et de Domenico Scarlatti. La reine, grand amateur de musique, employa durant plus de 20 ans le célèbre compositeur italien et Marc Frisch nous a présenté, joué, commenté, de nombreux extraits de sonates en les mettant en scène. Un grand moment !
L'esprit Vacances enfin, c'est la chance inhabituelle d'entendre des sextuors, septuors et autres octuors, toutes formations qu'on croise rarement dans les salles de concert car c'est difficile à monter et ruineux à réunir. Ici, on ajoute les talents des uns et des autres, on bosse (forcément beaucoup ! et sans doute dans la bonne humeur, il n'est qu'à voir les regards et clins d'oeils complices que les exécutants échangent pendant l'interprétation) et on a des formations somptueuses et rares. Pour notre plus grand plaisir. Car c'est aussi cela Les Vacances, le plaisir de jouer ensemble de tous ces artistes de renom, et, induit, notre plaisir d'auditeur, conquis, enthousiaste et heureux.
Pour finir, le clin d'oeil Vacances, ce sont les abominables contrepèteries qui émaillent les programmes de chaque concert : nos joyeux interprètes y mettent tout leur coeur et nous pondent, pour chaque récital, quelques perles atroces, dans le plus pur genre de la contrepèterie trouffionne ! Et je ne suis pas peu fière de vous annoncer que Michelaise et Alter, totalement nuls il y a peu encore, sont passés maîtres dans l'art de comprendre ces jeux de mots louffoques : lors du dernier concert, pas moins de 9 phrases inversées que nous avons toutes remises dans l'ordre, en pouffant comme des gosses. Mais je vous épargne la transcription de ces perles sulfureuses : c'est génial dans l'ambiance, comme les fruits dévorés sur l'arbre ! Cela n'a plus aucune saveur sorti de son contexte !
à suivre...


* L'amateur est le livre somme écrit par Pernoo et dont je vous livre l'argument selon Amazon " Violoncelliste, Arsène vit de ses concerts, mais ne peut s'empêcher de consacrer une partie de son temps à l'enseignement : tous les mois, à Châtellerault, dans une étonnante propriété en bord de Vienne, il réunit une dizaine d'élèves d'âges et de niveaux extrêmement variés, certains même pratiquant un autre instrument que le violoncelle. Davantage qu'à l'étude particulière propre à chaque instrument, c'est au sens même de la musique qu'Arsène tâche d'intéresser ceux qu'il appelle ses apprentis, usant d'expériences très diverses, parfois déroutantes, pour y parvenir. Prenant souvent appui sur les techniques théâtrales, puisant chez Stanislavski mais aussi chez Diderot, il dévoile l'importance du monde intérieur chez le musicien, et refuse de dissocier technique et musique, considérant l'art d'interpréter comme un tout. Dans ce cadre idyllique et propice à l'épanouissement personnel, l'apprentissage n'est pas circonscrit aux leçons proprement dites, mais se prolonge et se développe bien au-delà, à la faveur des nombreuses discussions qui animent les repas, les promenades, ou les rencontres impromptues dans le grand jardin. Si l'inlassable exigence d'Arsène trouve toujours un écho, y compris chez les plus jeunes, c'est qu'elle est servie par un perpétuel enthousiasme, parfois débridé, toujours communicatif. En se disant professeur amateur, il réhabilite le sens premier de ce mot à ce point dévoyé qu'on en a oublié la racine, amare : aimer. Très largement inspiré d'expériences personnelles de Jérôme Pernoo, cet ouvrage les rassemble et les organise de telle sorte qu'il puisse être aussi bien lu comme un roman que consulté comme un guide." En fait L'Amateur se lit en suivant les oeuvres traitées sur le site de Jérôme Pernoo "Web Label", un site étonnant dont je vous recommande chaudement la visite, avec ou sans le bouquin ! Prenez votre mal en patience, ça bouchonne pas mal ces jours-ci ! Normal, tous les festivaliers s'y sont donné rendez-vous...

samedi 18 septembre 2010

SILENCE

Des hommes et des dieux. Pas facile de parler de ce film rare et précieux, dont l’écoute et la vision relèvent plus de la contemplation que du spectacle. A la beauté purement cinématographique des images, des photos, au plaisir du jeu très juste des acteurs s’ajoute un ressenti qui reste du domaine de l’indicible, un peu intime, un peu secret. Xavier Beauvoir va à contre-courant des standards actuels, comme son film se déroule dans un rythme qui n’a rien à voir ave celui de nos vies pressées, stressées, surtout préoccupées de rentabilité et d’efficacité. Et c’est ce décalage qui provoque l’émotion. Car il nous met en face de nous-mêmes, quelques précieux instants, et nous fournit l’occasion d’une pause, paisible, sereine, douce malgré le tragique du propos.
Vous avez forcément, car le film a été très relayé par les médias lors de sa sortie mercredi dernier, eu connaissance de l’argument. "Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région et la question du départ devient de plus en plus pressante pour les moines". Nous avons tous plus ou moins vécu ce drame en direct il y a une quinzaine d’années de cela et été frappé de stupeur lors de cet enlèvement. Xavier Beauvois en fait une ode à la liberté et à l’humanité, une incitation à la paix entre les peuples et à la fraternité. Les frondeurs systématiques s’insurgent contre le succès « populaire » du film, crient au scandale devant le sacrifice consenti (pas si facilement que ça d’ailleurs) par les moines, ressortent les vieilles badernes de l’anticléricalisme qui se révèle ici plus de l’anti-humanité. Il ne faut pas être sectaire, ni dans un sens ni dans l’autre, et l’homme a le droit d’avoir des aspirations spirituelles sans que chacun se récrie au nom d’une laïcité qui n’est belle que lorsqu’elle est tolérante. Comme le sont ces moines.

Le scenario est d’une simplicité totale, et s’il prend à certains de reprocher au film une réel esthétisme, j’avoue que la beauté des images m’a vraiment enthousiasmée. Les acteurs sont tous étonnants de naturel et de conviction : le fait que Beauvois les ait traînés avant le tournage pour faire une retraite dans un monastère les a sans doute imprégnés de l’atmosphère particulière des offices et autres aspects pratiques de la vie monastique. Lonsdale est d’une justesse tirée au cordeau et il impulse à la communauté une vraisemblance parfaite. Une mention particulière pour l’acteur qui joue Amédée, craquant de jeunesse dans le regard. Par contre Lambert Wilson ne m’a pas convaincue, il en fait un peu trop selon moi, il chante avec trop d’application, décide avec trop de pathos. Mais bon, c’est une critique très mineure, parce qu’il faut bien ne pas avoir l’air béate ! Autant, si l’on en croit Lorenzo, la Palme d’Or est contestable, autant ce prix du Jury semble mérité et on se réjouit de voir une salle comble, sous le charme, venir voir un tel film.

vendredi 17 septembre 2010

LES VACANCES DE MONSIEUR HAYDN PREMIERE


C'est l'an dernier que nous avons découvert, avec délectation, ce petit festival sympa qui se déroule à la Roche Posay, sous la houlette de Jérôme Pernoo, et qui, comme tout bon petit festival qui se respecte par ces temps de disette culturelle et de restrictions drastiques de la manne subventionnelle, est menacé chaque année de disparition. Des bonnes âmes, dont les amis que nous y avons retrouvés, se battent pour que puissent encore s'exprimer la verve et le talent d'artistes qui y croient très fort et nous font vivre de merveilleux moments. Que tous ceux-là, cherchant à droite à gauche des subsides de plus en plus rares, des aides de plus en plus introuvables, des financements de plus en plus problématiques, soient remerciés de leur pugnacité qui permettent à ces délicieux "petits festivals" dont nos blogs se font l'écho avec gourmandise, de survivre contre la marée d'une logique économique dont je suis, malheureux prof de management que je suis, l'un des tristes propagandistes.
Je raconterai nos impressions dès mon retour mais je laisse dores et déjà, pour présenter le Festival, la parole à Jérôme Pernoo, dans l'édito de son site :

¡ Hola !
C’est décidé, cette année Monsieur Haydn passe ses vacances en Espagne. C’est l’occasion, sous le soleil rutilant de Madrid, de voir enfin son ami Boccherini. Ils auront forcément beaucoup de sujets de conversation : la musique de chambre, le service à la cour, la paëlla et… le quatuor à cordes dont ils peuvent tous les deux revendiquer la paternité !  
Quant aux quintettes à deux violoncelles, ils auraient certainement intéressé notre Joseph : imaginez ce fameux quatuor dont Haydn et Mozart tenaient les parties de second violon et d’alto, accueillant en son sein le Maître du violoncelle Luigi Boccherini… Une vraie auberge espagnole ! Curieux agencement que ces deux violons flanqués de trois instruments graves, dont Boccherini est le seul à s’être autant servi. Schubert, bien sûr, et Glazounov s’y sont frottés, mais aussi, et nous allons le découvrir lors de ce week-end, Stéphane Delplace.
Si, en son temps, Monsieur Haydn put connaître la musique de Scarlatti, Brunetti ou encore quelques cantiques d’Alphonse X de Castille, il va enfin découvrir certains trésors de Granados, Albeniz et De Falla. Mais vous non plus, heureux aficionados de la musique de chambre ne serez pas en manque de découvertes car nous vous proposons un bouquet de musique écrite tout récemment : Jose Luis Turina, Lazkano, Ibarrondo et Palomo, tous espagnols, rejoignent les compositeurs « habitués » du festival comme Ducros ou Connesson."

jeudi 16 septembre 2010

EXPLORATEUR

On croise décidément des gens bizarres dans nos campagnes. Photographié pour vous au marché dimanche dernier, cet explorateur d'un genre un peu particulier, venu s'encanailler dans nos contrées. Il avait revêtu une tenue manquant particulièrement de discrétion mais forcément adaptée au terrain (selon lui), et coiffé un casque colonial que l'ardeur du soleil imposait sans nul doute. Et pour pouvoir oberver l'autochtone sans se faire repèrer, il s'était muni d'un panier afin d'avoir l'air, lui aussi, de faire ses courses. Mais votre Michelaise, armée de son malheureux téléphone et un peu trop timorée pour oser prendre le cliché de face, était cependant là, et vous offre, en exclusivité le scoop du jour !

mercredi 15 septembre 2010

CHAMPAGNE !!

Enfin ! ça se fête... Oui, j'ai retrouvé une connexion internet, privée depuis le 1er août, cela me fait tout drôle !! Mais c'est surtout la reprise du cinéma qui m'inspire ce soir le titre de cet article !
Après deux mois de purgatoire, notre cinéma de Saint Georges de Didonne dont la salle a été baptisée "Jacques Villeret" en hommage à l'acteur décédé qui vint y faire une virée peu de temps avant à sa mort, nous a enfin offert un film convenable. Cette salle se pique d'être la seule salle "art et essai" en pays royanais et, de fait, nous profitons grâce à elle d'une programmation correcte qui nous permet, à raison d'un ou deux par semaine, de voir des films décents, voire de qualité.
Mais l'été, l'argument culturel tombe en quenouille et, plus d'art et essai qui tienne, la programmation devient affligeante. L'argument avancé est, ou était, que les entrées de l'été, nombreuses, car le public des vacanciers apprécie les nanars alignés à l'affiche, financeraient le déficit des mois d'hiver, car souvent la salle diffuse pour un public restreint. Il semble que l'argutie ait fait long feu, j'ai entendu dire que les entrées hivernales dépassent maintenant celles de l'été, ce qui n'empêche pas les gestionnaires de la salle de nous infliger des navets ensoleillés. Vous me direz, et vous aurez parfaitement raison, il ne sert à rien de se plaindre, il faut aller au conseil d'administration et protester hautement contre cet état de fait. Réclamer le droit à la quatité dans la continuité et, surtout, aussi, pour les touristes qui ne deviennent pas nécessairement débiles au motif qu'ils débarquent sur nos côtes.
En attendant d'agir, ce que nous repoussons lors de chaque assemblée générale, ayant toujours quelque chose de plus urgent à faire, nous subissons la dure loi de la touristite aigue, loi selon laquelle les capacités intellectuelles des individus seraient inversement proportionnelles à la température extérieure.
En attendant, la "saison" a repris et nous avons vu hier un film qui, après une telle dèche, nous a emballés. Tournée est le dernier opus de Mathieu Amalric : c'est une oeuvre émouvante et désespérée, même si le ton est léger et l'ambiance un peu déjantée. On a dit que les références aux plus grands, Casavetes, Rozier, Monteiro, tissent le propos comme une toile un peu érudite que seuls les cinéphiles peuvent saisir. C'est sans doute vrai, il y a un ton, un rythme, des images savantes, des cadrages subtils qui tiennent forcément à la culture cinématographique d'Amalric. Mais pour autant, pas besoin d'être féru du 7ème art et éminent cinéphile pour apprécier le propos.
La touche est indépendante, généreuse et le metteur en scène, en laissant les stripteaseuses de la troupe New Burlesque libres de leurs ébats et de leurs improvisations, les filme avec tendresse et humanité. Le thème qui pourrait être glauque et kitch, est simplement humain, très humain. Le côté introspectif de l'histoire, les élans de bonheur partagé, les rabrouements dont le héros est sans cesse victime, tout cela jalonne l'histoire de cette improbable tournée d'une nostalgie étonnante et prenante.
On en peut en aucun cas s'assimiler à ces personnages hautes en couleurs, plantureuses, impudiques et provocatrices, mais pourtant leur vitalité explosive, leurs coups de cafard, leur volonté d'être émancipées, tout cela en fait nos soeurs en humanité. Et Amalric, trahi, insulté, irrécupérable et pourtant attachant, raté et pourtant progressant avec opiniatreté, est le trait d'union parfait entre elles, et c'est lui qui fait prendre la sauce.
Le dispositif original du tournage est sans doute pour beaucoup dans la réussite de ce film " On a eu l’intuition que pour préserver l’énergie immédiate, vitale des shows, il fallait mettre en place une vraie tournée. Que la caméra ne suffirait pas aux filles, qu’il leur fallait des salles pleines. Qu’on dormirait dans les hôtels où on tournerait… Du Havre à Rochefort, en passant par Nantes, on a offert un spectacle gratuit aux gens qui signaient une décharge. On n’aurait jamais pu se payer tous ces figurants !" Amalric lui-même, qui n'avait retenu du tournage que la joie débordante de sa troupe et l'ambiance un peu folle des scènes, dit avoir été surpris par le côté grave, un peu triste même du produit monté : "ça m'a semblé terriblement tendu et désespéré alors que je n'avais que le souvenir de la joie du tournage, de l'énergie des filles, de leur force vitale (...). J'avais effacé de ma mémoire le désespoir du personnage que j'interprète, l'image de quelqu'un qui peut exploser en vol à tout instant". C'est à la lecture en 2007, d'un article de Libération qui relate les frasques de ces amazones d'un nouveau genre, que le projet, a véritablement trouvé son sujet.

L'intrigue est assez simple : un ex-producteur de télévision grillé à Paris, revient des Etats-Unis avec une troupe d'effeuilleuses américaines pour une tournée française qui doit les mener du Havre à Toulon, en passant par la Charente-Maritime. Les filles se nomment Mimi de Meaux, Dirty Martini, Roky Roulette, Kitten on the Keys, et font partie de ce mouvement du New Burlesque qui revisite depuis une dizaine d'années avec fantaisie et sensualité la vieille tradition du music-hall américain, elle-même influencée par les revues françaises de la fin du XIXème siècle. C'est la réinterprétation d’un genre profondément enraciné dans la tradition du music-hall anglais et américain qui, en partant du strip-tease, y réintroduit théâtre, chorégraphie,  un peu de glamour, un zeste d'humour,  de la satire et un sens réjouissant de l’excès. Mais ne vous y trompez pas, vous ne vous rincerez pas l'oeil, pas de scène équivoque, pas de vision affriolante. C'est sain, gai, un brin désespéré, mais jamais salace. Par contre, vous apercevrez La Rochelle, le théâtre de Rochefort, vous aurez une vague impression de ce à quoi peut ressembler l'île d'Aix !

lundi 13 septembre 2010

BON SENS SANS DERAISON

Ces jours derniers, les journalistes en vaine s'extasiaient qui mieux mieux sur le phénomène "grandes marées"... Et d'y aller de leurs explications techniques et/ou simplistes, et que je te parle de "haute surveillance" et que je t'incite à la prudence, et que je m'esbaubis sur l'équinoxe et ses conséquences lunaire. Quand trois braves dames se sont fait pièger par une remontée intempestive de l'eau et quelques courants traîtres, les commentaires se sont déchainés. Quand un quatrième quidam a été retrouvé noyé, suite à une imprudence quelconque, les titres ont pris des allures épiques : "Gare aux forts coefficients et aux marées mortelles", "Quatre personnes victimes des grandes marées". Et de rappeler Xynthia, et de mettre en garde les insouciants. Et puis, une information chasse l'autre, on est passé à d'autres titres sensationnels, en attendant les prochaines nouvelles lunes.


C'est une chose étonnante que de voir ainsi des phénomènes qu'on pratique localement avec bon sens et sans déraison tranformés en titres nationaux, comme si les citadins avaient besoin qu'on les alerte sur ce qui se passe sur nos côtes. Il y a tant d'événements graves qui se passent de par le monde qu'il me semble toujours étrange de voir les journalistes "perdrent notre temps", ces petites minutes de nouvelles qui s'égrènent à toute allure lors des flash d'information, à raconter des fadaises.
Oui, on regarde les phases de la lune, oui on sort les balances et autres "embrasseaux" (sorte d'immenses épuisettes qui permettent de ratisser le fond de la mer deux heures avant "le bas d'eau" pour y ramasser quelques crevettes), oui, on va gratter les rochers mis à nu par les forts coefficients pour en ramener quelques coquillages qui ont surtout le goût de l'aventure, mais de là à en faire un sujet d'inquiétude national... est-ce bien judicieux ? Comme si notre civilisation était en mal d'émotions fortes. Les étoiles filantes du mois d'août sont l'objet de mille développements, les feux de la Saint Jean sont devenus un phénomène obligé pour le moindre village qui se respecte, et on colore les rues des gens des villes de l'écho de nos traditions modestes, ancestrales et pour autant bien banales. Il y a toujours eu des imprudents qui méconnaissaient dans les Landes le danger des baïnes, il y a toujours eu des inconscients qui se laissaient surprendre par la marée remontante, on n'en faisait pas tout un plat.
Et comme il est bon pour les parisiens d'avoir des repères provinciaux, Koka et son ami sont venus manier l'embrasseau, ont dégusté les petites bestioles frétillantes toutes fraiches grillées dans un bain d'huile d'olive et parfumées de piment d'Espelette. Ils sont repartis munis de jolis coups de soleil pour démontrer à leurs collègues que, sur l'Atlantique ce week-end, le temps était estival !

vendredi 10 septembre 2010

258... ET MOI ET MOI ET MOI ??

Toujours en attente de connexion !! j'utilise les archives !!
Billet qui dormait dans mes archives (il date du 5 août 2010), et qui devrait maintenant s'intituler "395... ET MOI, ET MOI, ET MOI ??"... Tant et si bien d'ailleurs que j'ai maintenant 52 inscrits, certains ont disparu et d'autres sont arrivés. Je salue d'ailleurs les nouveaux au passage et les remercie d'être parmi nous. Bienvenue aussi aux lecteurs "sans blogs"( Roberto, Siu) que je ne peux pas suspecter d'être là pour obtenir, en contre-partie, une inscription supplémentaire sur leur propre publication !! Je publie donc ce billet en écho à celui d'Oxygène, même s'il est un peu "démodé". Depuis que je l'avais écrit, il y a un mois environ, le nombre d'inscrits sur le site de "Caramel à la fleur de sel" est passé à 375, ce qui me bluffe totalement... Autant dire que c'est une véritable explosion, et je suis encore plus impressionnée. Pas de doute, les blogs culinaires ont de l'avenir. Qu'on se le dise !

Un billet pour saluer ma 50ème lectrice, Caramel à la fleur de sel. Sans doute d'un naturel méfiant, je me demande bien qui est cette lectrice, son blog (de recettes) est en italien, mais la traduction française (vous savez quand on clique sur le bouton "traduire" dans la barre en haut) en est étonnamment correcte. Or Google est plutôt maladroit en général dans cet exercice. Ce qui pourrait faire penser que la langue d'écriture est le français et que ce que je lis en italien serait l'oeuvre du traducteur Google. Mais surtout, ce qui m'étonne grandement, c'est le nombre d'inscrits chez ce délicieux bonbon sucré-salé : pas moins de 258 (395 un mois après !!) ! Oups... comment cela est-il possible ? Certes, les blogs de recettes de cuisine sont très populaires, et celles de Caramel à la fleur de sel ont l'air délicieuses. Avez-vous remarqué combien les idées, en matière culinaire, fleurissent sur la toile : on y trouve vraiment des trésors d'inspiration, d'innovation, des photos à couper le souffle et les grands chefs doivent y puiser sans cesse de nouvelles créations. En la matière, celui de Sacha est une pure merveille que nous sommes nombreux à apprécier. Des photos d'un goût parfait, des présentations de grande classe, des idées toujours nouvelles, j'avoue que je le lis pour le plaisir. Et qu'il me fait vraiment rêver d'avoir un bataillon de gourmands armés de fourchettes brandies en l'air, prêts à déguster toutes ces merveilles que je leur concocterais à mon tour. Cela satisferait enfin mon côté mère nourricière ! Mais pour en revenir à Caramel à la Fleur de sel, pourquoi cette inscription ?

Comme la précédente, celle de Gugi Franck (qui a disparu depuis je crois), elle n'a été accompagnée d'aucun de ces commentaires qui, plus que les inscriptions, fondent les amitiés virtuelles. On se lit parce qu'on partage quelques goûts, quelques convictions, on trouve sympathique l'approche d'un problème ou d'un événement, on réagit PUIS on s'inscrit. On se suit, et parfois on sympathise, pour de vrai ou pour de loin. C'est ainsi que s'est présentée ma 51ème inscription, celle de Julie 70, qui a réagi à la proposition des "premières fois"en proposant un témoignage que vous avez lu dans un précédent bulletin.
Mais il en est des blogs comme de tant de superficialités sociales et certains glanent, volètent, survolent et surtout picorent... L'idée est de s'inscrire chez les uns pour que les uns, voire les autres, viennent à leur tour chez vous. Roberto, qui n'a pas de blog (!!), appelle cela, si j'ai bien saisi, "Passe-moi la rhubarbe". Pourquoi pas ? On est dans un monde de paraître et de clinquant et ce qui compte, ce sont les clics, les visites dument comptabilisées par les compteurs de tout poil qui vous font ou vous défont une cote, un classement et un top 10. Alors, on échange les clics comme on se saluerait dans une galerie marchande, à la va-vite, l'essentiel étant que le boulier ait fonctionné. Wikio quand tu nous tiens !
Certains y trouvent un intérêt sonnant et trébuchant puisque ces blogs se monnayent... j'avoue ne pas trop savoir comment, ayant toujours refusé de cliquer sur "monétisation" (je l'orthographie tel qu'il figure sur Blospot, avec un seul m, pour bien marquer son origine anglaise j'imagine), à cause du mot barbare mais aussi de peur que ce soit comme les microbes, contagieux et galopant. On vous offre des produits à essayer dont vous faites le panégérique sur votre blog, on vous paie pour tester, pour apprécier, pour encenser car, lu sur un blog, ça fait plus "vrai". Quoique... sans forcément devenir parano, on finit par ne plus trop y croire. M'enfin, la toile "buzze" à plein tube et cela fait rêver dans les chaumières.

Mais, si vous essayez de lire sérieusement, comme on lirait un courrier ou quelqu'article intéressant, tous les blogs auxquels vous êtes "abonnés", vous savez comme moi que cela prend sacrément du temps : lire, regarder, agrandir les photos, réagir autrement que par un "salut coucou c'est moi", parfois revenir un peu plus tard pour prendre connaissance des réponses à votre commentaire, quel boulot mes amis ! Merci de m'avoir choisie parmi ceux auxquels vous consacrez ces instants, merci aussi d'être aussi souvent "vraiment" présents par vos commentaires, drôles, impliqués, convaincus, sincères ! Certains sont en sommeil, en vacances et quoi de plus naturel. On a tous envie parfois de prendre du recul et il est bon de le faire, difficile parfois de revenir ensuite, mais le petit bout de chemin parcouru ensemble laissera des pétales de souvenirs qui auront égayé notre quotidien !
Quant à la course à l'audience, elle semble facile à concocter : les photos marchent fort bien, elles requièrent peu de commentaire et font du chiffre sans coup férir. Les recettes font fortune et les billets d'humeur réagissant aux événements du jour marchent très convenablement. Les "travaux de dames", les ouvrages d'artisanat, les activités "nature" ont beaucoup de succès. Les films ou les concerts sont beaucoup moins suivis, et s'il fallait marcher à l'audimat, il est tout un tas de billets qu'on éviterait soigneusement : la dure loi de l'"altinet" ne vous rate pas ! De plus, il faut pratiquer le consensus à outrance, sous peine de déchainements rapides et dévastateurs. Il n'est jusqu'à Roger qui se soit fait attaquer parce qu'il aurait publié trop d'étoiles de David ! Roger qui pratique un land art magique, que je vous recommande, comme je vous recommande ses mots et ses poèmes. Un site à visiter absolument !
Mon propos reste tout simplement de m'ébattre dans le royaume de mots, de m'ébrouer sans complexe entre quelques regards bienveillants, et toutes ces préoccupations me paraissent futiles. Il suffit de laisser aller son coeur ! Et chacun de vos commentaires est une pépite inattendue mais tellement appréciée !

PS je n'ai pas vraiment 52 lecteurs, une petite trentaine tout au plus, mais cela me comble déjà de joie. Certains sont venus, puis repartis, certains, comme Roberto, annoncent la couleur, "surtout pas d'habitude", d'autres enfin sont devenus des amis. Ils se reconnaitront et ils savent que leurs commentaires me sont toujours précieux. Alter, grand lecteur de Bon Sens et Déraison, n'en rate pas un !!!! Et fait souvent un tour par leurs blogs pour prendre de leurs nouvelles. Quant à ceux qui se sont inscrits pour m'amener vers eux, j'avoue que cela n'a pas toujours fonctionné. Même si, en ce qui concerne Caramel à la Fleur de Sel, j'ai été ravie de lire son blog en italien, et ai même envisagé de puiser dans sa liste quelques blogs transalpins pour entrenir ma pratique de la langue, un peu délaissé depuis quelques années. C'est là, qu'avisant la présence de ses 258 abonnés, j'ai jeté l'éponge. Trop compliqué pour moi !

mardi 7 septembre 2010

THEOCRATIE

Mon premier amoureux, j’avais environ deux ans, s’appelait Théo. Nos parents étaient tellement amis que chacun d’entre nous fut conçu à la suite de l’anniversaire de mariage de l’autre couple, ce qui créa dès notre âge le plus tendre des liens incontournables et une inclination réciproque qui ne devait malheureusement pas avoir de suite ! La vie nous a séparés avant même que j’ai pris conscience de cette première amourette, mais mes parents aimaient à raconter combien je me laissais martyriser avec béatitude par l’affreux Théo, plus âgé que moi de quelques mois. Il me volait mes poupées, me cassait mes jouets et me fit même un jour subir un shampoing à la grenadine dont ma mère gardait un cuisant souvenir, car elle eut beaucoup de mal à récupérer ma tignasse après un tel traitement. Théo était si terrible que les adultes l’avaient surnommé Zazou, ce qui marque bien l’époque à laquelle il sévissait (ceci au cas où j’aurais voulu tricher sur mon âge !).

Mais pourquoi Michelaise nous raconte-t-elle maintenant ses amours enfantines ? Que lui prend-il donc ce soir ? C’est, et il va falloir vous y faire, le fruit des pensées oiseuses qui m’agitent lors de ma route de retour : l’esprit un peu vague, trente kilomètres au soleil déclinant, au milieu des champs désertés par les melons, ciel moutonnant et estuaire miroitant. Il faut bien prendre son mal en patience sur les routes encombrées de têtes grises en vadrouille : ben oui, après les aoûtiens, on a les papis-mamies de septembre, nettement plus calmes, fort civilisés mais pas pressés du tout… un peu provocateurs tout de même tous ces retraités qui baguenaudent et qui approuvent haut et fort la réforme qui agite les médias aujourd’hui... Bref le temps de mâchouiller quelques idées saugrenues.

C’est ainsi que, tentant de digérer la nouvelle du jour, un ami de mon âge qui m’a annoncé ce matin qu’il vient d’être grand-père d’un petit Théo (oups !! je me sens cernée !!), je m’interrogeais sur l’intégralité de ce prénom donné au nouveau né. Théodore, Théodule, Théophile… Va savoir, peut-être Théo tout court, mais au fait… Que signifient donc tous ces Théo… Dieu que j’adore, que j’adule, que j’aime ??? Il y a, c’est certain du divin dans l’appellation, et je me demandais si les parents en avaient eu conscience… cela me rappelait le Théo, dictionnaire des faits religieux, qui s’ajoute dans toute bonne bibliothèque à celui des synonymes , des citations, des noms propres ou des hommes célèbres. Quand, tout à coup, je me demandais si par hasard ce ne serait Théophraste !!

Comme disait Léon Bloy, « Ils étaient quatre et je les ai trop connus. Si cela ne vous fait absolument rien, nous les nommerons Théodore, Théodule, Théophile et Théophraste. Ils n'étaient pas frères, mais vivaient ensemble et ne se quittaient pas une minute. On ne pouvait en apercevoir un sans qu'aussitôt les trois autres apparussent ». Je vous renvoie au lien ci-dessus pour connaitre l’histoire de ces quatre-là, qui est fort savoureuse, et j’en reviens à mes moutons. Théophraste, mais oui, c’est sûr… comme Renaudot, l’inspirateur respecté de notre feuille de chou familiale du temps du Petit ReNaudon… Notre patron en somme… Et celui de mon blog par voie de conséquence. Cela valait bien un billet, non ??? Longue vie, Théo !
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