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dimanche 31 octobre 2010

CONSPIRATION

Un soir d'octobre, il est à peine plus de 19 heures, mais sur Venise la nuit tombe bien plus tôt que sur l'Océan Atlantique : il fait déjà nuit noire. Nous rentrons d'une de ces merveilleuses journées ensoleillées sur les îles telles que nous aimons les reproduire à l'identique chaque fois que nous venons dans la Serenissime : une longue matinée à Torcello, entre ciel et eau... en se demandant pourquoi nous avons une telle passion pour les marécages, comme si ceux de chez nous ne suffisaient pas à notre bonheur. Déjeuner au "Trône d'Attila", qui, malgré son nom épouvantablement touristique et sa réputation pas forcément très prestigieuse, a fait quelques progrès et offre, en sus d'un cadre fort agréable, une table devenue honorable. Puis un détour par Burano, où nous avons, pour la ixième fois, raté la barque pour San Francesco.


Ensuite une petite virée vespérale sur le cimetière de San Michele, fin octobre il est d'une gaité multicolore qui vous fait chaud au coeur. Après une halte à Murano, errance nostalgique parmi les usines désaffectées, nous accostons aux fondamente nuove et rentrons chez nous à pied.

Au détour d'une ruelle, campiello dei Felzi, à la chiche lueur de quelque réverbère agonisant, comme seuls savent l'être les lanternes vénitiennes, un attroupement. Nous avons l'impression de tomber sur une conspiration renaissance, une assemblée de coupeurs de gorge qui se seraient réunis là pour ourdir quelque sombre complot. Sur une barge, deux hommes s'agitent, et gravement énoncent des noms. Les intéressés se détachent du groupe, doucement s'avancent, se penchent vers l'embarcation et reçoivent des poches. Trois chacun. Puis ils donnent leur contribution en bon argent sonnant et trébuchant, et s'éloignent en silence, en trainant un caddy bien rempli.
"Et 3,50 qui font 20"
Quelques bribes nous permettent de savoir qu'il y a là, pour 16 euros 50, dans ces énormes poches équitablement réparties entre chacun des conspirateurs, des blettes, grasses et copieuses, des pommes de terre, des artichauts, de la salade et sans doute d'autres fruits et légumes que la décence ne nous permet pas de détailler plus avant... Bref, le panier du maraicher, que nos vénitiens viennent acheter pour la semaine et qu'on leur distribue, leurs poches toutes prêtes étant sagement alignées sur le pont du bateau. Mes photos sont d'une qualité déplorable, car je n'ai pas osé actionner le flash afin de ne pas encourir les regards forcément désapprobateurs de cette troupe qui, peut-être, n'était pacifique qu'en apparence !!!

samedi 30 octobre 2010

LA PASTA E PRONTA !

Mais qu’a donc Michelaise ? Elle est à Venise, elle ne peut pas nous le cacher puisqu’elle nous l’a révélé hier… et tout ce qu’elle trouve à faire, c’est de nous montrer un évier. Serait-elle tombée sur la tête avec ses histoires de ne pas vouloir s’étaler sur un sujet trop évident ? Mais avez-vous bien observé cet évier, lecteurs ? Allez, allez, regardez bien… Vous avez tous compris que mes origines italiennes, et l’amour immodéré qu’Alter affiche pour le pays de mes ancêtres fait de nous des mangeurs de pasta plus volontiers que des mangeurs de patates. J’ai toujours été impressionnée par les gens qui achètent à l’entrée de l’hiver un sac de 100kgs de pommes de terre, me demandant bien ce qu’ils peuvent en faire, alors que l’achat de 50 litres d’huile d’olive pour tenir l’année ne me surprend nullement. Bref, à la maison comme en voyage, surtout en location, pasta au moins une fois par jour. Al dente, évidemment. Bref, Alter, habitué des locations, me voit m’affairer en cuisine et, inquiet, car la mésaventure nous est arrivée souvent (en France en tout cas) gronde :
 « Y a-t-il une passoire au moins ? »
« Alter !!! Nous sommes en Italie, je te rappelle !! Regarde donc l’évier »
Bluffé Alter, moi aussi d’ailleurs : je n’avais jamais vu cela, mais avouez que c’est hyper commode : évier avec passoire intégrée. Ouf, l’inventivité transalpine n’a pas de limite, et l’honneur de mes ancêtres est sauf.
Accessoirement, nos fenêtres donnent sur le Grand Canal, certes nous ne sommes pas dans un palais mais dans l’entresol d’un modeste bâtiment (un palazzo 19ème, dont j'avoue ne pas avoir trouvé le nom entre Barbarigo et Gussoni, et tant d'autres tellement plus prestigieux) situé juste en face de San Stae, au coin d’un petit canal. Mais le matin, en ouvrant l’œil, apercevoir la Ca Pesaro, surveiller le va et vient des vaporetti et observer les péniches atelier qui déchargent sur le petit ponton qui est devant chez nous matériaux de construction ou caisses diverses, cela ne nous était encore jamais arrivé. Une impression très particulière de vivre vraiment Venise. Ce n’est pas le quartier le plus commode ni forcément le plus agréable de la ville, mais nous nous accommodons volontiers de la foule de la via Nuova (vous savez ce fameux axe San Marco-Stazione) pour le plaisir de cet emplacement unique et privilégié. A chaque séjour ici, nous avons investi un nouveau quartier, et si notre préféré reste sans nul doute Dorsoduro, ces changements ont le mérite de nous permettre de mieux connaitre toute la ville.

vendredi 29 octobre 2010

EAUX

J’avais dores et déjà annoncé à Alter que je ne ferais pas d’article sur Venise, et que je m’abstiendrais d’encombrer le net avec des photos 100 fois rebattues : il y a tant et tant de blogs sur la Serenissime, tant et tant de photos toutes plus belles les unes que les autres, tant et tant de déclarations d’amour toutes plus vibrantes les unes que les autres, que la redite me semblait inutile.
Mais je ne peux y résister, et finalement peut-être est-ce cela le secret de notre attirance impérieuse pour cette ville ! On ne peut pas s’empêcher d’y revenir, et on y éprouve toujours la même émotion.
C’est tellement personnel aussi Venise qu’il peut sembler indécent ou superfétatoire d’en parler. Mais tant pis, je cède à la tentation : quelques photos choisies pour vous en ce jour de fortes marées, qui nous a valu des tours et des détours pour cause de ligne de vaporetto momentanément fermée… Une journée humide et venteuse, mais où la lumière était tellement merveilleuse qu’on ne peut qu’avoir envie de la montrer… un peu !




samedi 23 octobre 2010

LA ROUGE

Voilà que pour illustrer le dernier qualificatif attribué traditionnellement à Bologne, nous avons eu une petite manifestation sur la Piazza Maggiore. Les artisans et autres acteurs de la culture vive de la cité, s'étaient enroulés dans une toile d'araignée constitué de ficelles rouges, pour symboliser le réseau indissoluble qu'ils constituent. Ils se définissaient comme une toile hétérogène de personnes, groupes, associations et petites entreprises qui produisent et promeuvent la culture à Bologne. Fils du tissu culturel de la cité, inventant jour après jour sa spécificité et sa richesse. Voulant "remettre la culture au centre de la politique", grâce à une confrontation permanente entre les acteurs et les décideurs, ils réclamaient de nouveaux droits, que leur travail soit facilité et non contrarié, ils proclamaient vouloir "produire et faire fructifier librement la culture". C'était un peu de la tradition frondeuse qui s'exprimait là, Bologne la Rouge, briques et coeur politique confondus.

La Rossa, ce sont toutes ces images aux teintes vives, comme le souffle ardent qui anime ses citoyens.  Je laisse la parole à la couleur, pour ne pas vous abreuver de mots et de remarques pédantes, car visiter Bologne c'est mettre son nez dans le sens du vent, et saisir les nuances de sa lumière sous les arcades.




Pour en finir avec Bologne, je vous présente ces superbes lions romans qui encadrent la porte du la cathédrale Saint Pierre. En marbre rouge, comme il se doit. Alter avise celui de droite et déclare péremptoire : "Tiens, il joue au rugby... pas besoin d'arbitrage vidéo... quel jeu !! ça c'est un essai...  il le tient bien son ballon, parfaitement aplati ." Qui a dit que Bologne était une ville intellectuelle ????

LA "BOULOTTE"

Voilà bien un sujet que devrait vous reposer de nos errances muséographiques. Bologne, réputée pour sa gastronomie, Bologne capitale de la sustentation de qualité, Bologna "la grassa" nous a ouvert les portes de ses secrets culinaires. Comme le dit Siu dans son précédent commentaire, "à Bologne on mange bien même au restaurant de la gare, ça se passe aussi bien meme tournant littéralement le coin de la rue".
Pour autant notre hôte, Agostino, nous réserve chaque soir une table dans un petit restau sympa dont il nous dit grand bien. Nous suivons ses conseils sans barguigner et n'avons pas à nous en plaindre. Hier soir cependant, nous avons commis une petite hérésie en allant manger florentin dans un restaurant qui offrait une soirée dégustation de produits toscans, choisis avec soin et expliqués par le sommelier, producteur d'un vin de dénomination "Carmignano". Il Poggiolo est une entreprise qui propose un choix de différents vins d'assemblages, à base de Sangiovese, marié à d'autres cépages dont le cabernet sauvignon, introduit nous dit-on, dans la région grâce à Catherine de Médicis. C'était dans le cadre d'un salon de producteurs agricoles, qui exposaient pendant 3 jours leurs produits typiques. Nous avons ainsi fait un vrai festin toscan, de la dégustation d'huile d'olive pressée de la veille, verte et goûteuse, aux crostini de fegato, en passant par les salsice ai fagioli, les raviole di patate, et un porc engraissé aux glands de la région de Sienne qui devait ressembler au porc dont nous parlait GF il y a peu !! Pour finir ce repas déjà fort copieux, nous avons eu droit aux traditionnels biscotti aux amandes, trempés dans le vino santo fort spirituel de la fattoria ! Une petite trahison à la cuisine romagnole qui valait le détour !

 Et puis, nous avons pris nos marques pour les en-cas, gelati et autres cafés. Nous voulions à tout prix manger des piadine. Après avoir essuyé auprès d'Agostino  (notre hôte) un revers ("Ce n'est pas à Bologne qu'il faut manger des piadine" nous a-t-il déclaré sans admettre la moindre réticence), nous avons tenté le Zanarini. Je pense que c'est là que GF a pris son premier café italien, juste en face de la statue de Galvani.  Et dire que "les télégraphistes du monde entier", reconnaissants de l'invention de la pile, lui ont offert  pour le 150ème anniversaire de cette nouveauté une couronne de bronze ornée de rameaux du meilleur effet ! Faut dire que la galvanisation a changé la face du monde industriel !


Mais la surprise est venue du bar san Domenico, sur la place du même nom où l'on mange certes de bonnes "piadine" (mais là encore, le barman nous a dit qu'il valait mieux préférer celles de la côte adriatique, c'est fou ce que les italiens sont "chauvins" en matière culinaire) mais surtout d'excellent pizze-panini caldi, qui nous ont convaincus d'y prendre nos marques et de revenir chaque jour. D'autant qu'on y déguste une collection de cafés extraordinaires, à l'amaretto, au rhum, au chocolat, à la mousse de lait la plus épaisse que j'ai rarement vue, avec des morceaux de noisettes, de croquants pralinés, de grains de café grillé, bref une merveille.  On y s'y imprègne, en sirotant ces petits noirs d'un genre un peu particulier, une véritable déclaration d'amour au café, "notre emblème, notre raison de vivre, indéfectiblement lié à notre culture et à nos idéaux...". Alors matin, midi et soir, nous essayons de nouvelles spécialités de façon à faire le tour de la liste et à mieux comprendre l'âme transalpine.

 Un autre endroit dont nous avons envie d'épuiser les merveilles avant de quitter Bologne, c'est la Cremeria Funivia, Piazza Cavour. Elle a ouvert il y a quelques mois seulement, et offre une sélection de glaces à faire pâlir de dépit les plus grands glaciers, et Dieu sait que la bataille fait rage à ce sujet (voir les commentaires !!). Je ne suis pas la première à en parler, mais l'endroit est récent et ce qu'on y déguste des produits d'une qualité particulièrement remarquable. La consistance des glaces est parfaite, maintenues à température idéale dans des récipients fermés, elles sont brassées sans fin : la glace file sous la cuillère quand on vous la sert. Quant aux parfums, délicats, étonnants, détonnants, croquants, tendres, aromatiques, bref c'est un festival. Pas surprenant qu'Alter nous impose un détour par la piazza Cavour deux fois par jour. Je lui ai annoncé qu'il allait avoir une Pimpinette capitonnée au retour de Bologne, mais il reste insensible à mes supplications, au reste vite oubliées! Je l'accompagne volontiers dans la découverte de New York New York, Tortino Funivia, Amarenata, Contessa, San Luca et autres merveilles aux noms prometteurs. On s'installe sur les bancs de la piazza Cavour, face à la fontaine chantonnante, et  cuillère à la main, on commente les nouvelles saveurs avec autant d'ardeur que les tableaux dans les musées, autant vous dire qu'on a du vocabulaire !!

Pas de doute, la gastronomie, dans la capitale d'Emilie Romagne, "la grassa", est vraiment culturelle ! Les tortellini au bouillon, les cappelletti, la sauce de viande (il ragù), les lasagne, les ravioli, le bollito misto, l’erbazzone, le pisarei e faso, … sont les plats les plus célèbres. Mais, il y en a tant d’autres. Les produits régionaux sont connus dans le monde entier, mais les meilleurs ne se trouvent que sur place. Parmi eux, le Parmiggiano Reggiano, le jambon de Parme, la mortadella de Bologne, le culatello de Bussetto, le zampone de Modène, la pancetta de Piacenza, l’épaule de San Secondo, le vinaigre balsamique, le fameux cotecchino, préparé avec 1/3 de couenne et 2/3 de viande... Je compte sur Siù pour me reprendre si je dis quelque bêtise. 
En attendant, nous allons dîner ! "Tratorria Trebbi, ciccio e pasticcio," tout un programme (ventre, bedaine et "pasticcio", vous voyez à peu près ce que cela signifie, genre pâté en croûte... ma grand-mère utilisait ce mot  sans le traduire pour parler de quelque chose de bon et de compliqué !!). Une adresse simple, vraiment bolonaise, 40 via Solferino, où l'on mange sans chiquet de la vraie cuisine locale. Buon appetito !

vendredi 22 octobre 2010

LA SAVANTE

Bologne, première ville universitaire d'Europe, a construit au XVIème siècle un palais afin de réunir en un lieu unique les différentes écoles disséminées depuis le XIème siècle dans divers quartiers de la ville. Le projet visait aussi, dans ces années de Contre Réforme, à exercer un plus grand contrôle sur l'enseignement dispensé. Le palais de l'Archiginnasio fut donc le siège de l'université de la ville jusqu'en 1803. On y admire, le long des murs, des galeries, des voûtes et des escaliers, un riche décor héraldique consacré aux différents professeurs et étudiants célèbres s'étant illustrés en ces murs. La tradition de faire dessiner son propre écu, réservé aux recteurs, conseillers, professeurs et étudiants jouant un rôle de représentation au sein des organismes de l'université, disparut en 1796 avec l'arrivée des troupes révolutionnaires.

Nous avons admiré de nombreux incunables, la politique d'achat de la bibliothèque municipale ayant été particulièrement active à la fin du XIXème et au début du XXème siècle. Mais l'endroit le plus remarquable reste le théâtre anatomique : bien que considérablement détruit durant la dernière guerre mondiale, il a été restauré grâce aux morceaux précieusement récupérés après la catastrophe, et se présente comme un amphithéâtre, tout de bois revêtu, ceint des statues des plus célèbres médecins de l'histoire, et dominé par une chaire portée par deux écorchés de bois, impressionnants de réalisme. Au centre, la table de dissection de marbre blanc rappelle qu'à Bologne on disséqua des cadavres dès 1315, exercice de la plus haute importance pour l'évolution de la médecine. Cette salle, qui permettait de présenter de tels exercices en public selon un rituel très codifié, est bien sûr nettement postérieure à cette époque.

La ville grouille d'étudiants et les rues sont bordées d'immenses librairies qui justifient à elles seules le surnom de Dotta de la ville. J'y ai même visité une importante librairie pour enfants, d'une richesse vraiment exceptionnelle. Normal, dans la ville qui devient à l'occasion de sa foire du livre de jeunesse, la capitale de la littérature enfantine ! La bibliothèque bruissait de monde, et au coeur de la Piazza Maggiore on pénètre dans un immense bâtiment, l'URBAN CENTER. A la fois médiathèque, librairie, bibliothèque de consultationet de prêt, c'est une sorte d'agora intellectuelle fréquentée par des gens de tous âges. On y vient lire les journaux, emprunter livres, films, disques, consulter internet, travailler, discuter, bref un centre de vie de l'esprit d'une étonnante vitalité. L'accès est totalement libre, l'aménagement confortable, comme une grande place couverte sur laquelle donnent deux étages de galeries offrant toutes sortes de services. Tous les documents sont en libre accès et il y règne un grand calme, malgré la foule.

Plus loin, le couvent de San Giovani in Monte, ancienne prison désaffectée, a été racheté par l'université pour y installer la faculté d'histoire médiévale et celle d'archéologie. Les étudiants vaquent dans le superbe cloître  du Terribilia (1543/48), franchissent des portails aux linteaux sompteux, se rendent dans leurs salles de cours par des escaliers d'une élégance et d'un raffinement extrêmes, ce "terrible" Morandi maniant avec une virtuosité peu commune l'art de la pierre et des coupoles.

Bologne multiplie ainsi les lieux de culture, et a ouvert récemment un musée de la musique installé dans le palais Sanguinetti. Donné à la ville par la signora Sanguinetti en 1986, cet édifice a été admirablement restauré et accueille, outre le musée, une bibliothèque spécialisée,  un espace événements, des ateliers pédagogiques et des points multimédias. Là encore, les visiteurs, utilisateurs, badauds sont nombreux et le lieu n'a rien de statique ou de schlérosé. Visite prévue pour bientôt, entre deux gelati et trois panini... Bologne mérite son titre de ville abritant le plus fort pourcentage de diplômés du pays.

mercredi 20 octobre 2010

LA DOTTA, LA GRASSA, LA ROSSA...

Un voyage nettement plus calme que celui d'Aloïs : il faut dire, vous allez rire, que nous avons choisi notre destination en fonction du vol. Mais non, ne vous moquez pas. Regardez un peu où se trouve Meschers sur une carte de France. Loin de tout moyen de communication rapide, les aéroports les plus proches sont Bordeaux ou Nantes. Et de là, vous avez deux, voire trois escales pour joindre n'importe quel endroit supposé idyllique. Plus des kilomètres jusqu'à votre point d'arrivée. Bref, on a beau faire, rarement moins d'une longue journée. Or, je n'aime pas les aéroports, je l'ai déjà dit !
Et voilà que nous trouvons un vol direct, oui, oui, j'ai bien dit direct, de Bordeaux à Bologne. Qui disparait le 29 octobre... Vite, il fallait profiter de l'aubaine et pour une fois que, 5h après notre départ, de porte à porte, nous sommes à pied d'oeuvre, allons pour Bologne ! D'abord cela fait une éternité que nous n'y sommes pas venus, au moins 20 ans... Et puis de là, on peut prendre le train pour une foule d'endroits délicieux, Mantova, Parma, et pourqoi pas, Venise.

Mais pour commencer, atterrissage en douceur dans cette capitale italienne de la gastronomie, mais aussi haut lieu de la pensée puisqu'elle abrita la première université du monde occidental. Cela m'a toujours fascinée ce rayonnement culturel de Bologne, qui date du début du Moyen Age. Nous avons choisi une chambre d'hôtes centrale, fort accueillante et quelque peu luxueuse qui nous permettra de parcourir la ville à pieds sans souci. L'Antica Residenza d'Azeglio est située à deux pas de la piazza maggiore et toute la ville est à notre portée sans effort. L'accueil y est particulièrement chaleureux et vraiment convivial. Si vous ajoutez à cela que les chambres sont spacieuses et confortables, vous en conclurez que c'est l'adresse idéale pour venir passer quelques jours à Bologne.

Notre éternel besoin de faire du sur-place quand nous sommes en vacances y trouvera son compte ! Histoire de mieux s'imprégner des lieux, de se les approprier par la familiarité qu'engendre l'impression d'habiter ici ! Fut-ce pour quelques jours. Saluer les commerçants, avoir ses habitudes au bistrot du coin, papoter avec les voisins, avoir de le sentiment de mieux connaitre un quartier, marcher d'un pas vif sans chercher son chemin, être "chez eux" tout en étant un peu "chez soi", voilà comment nous aimons voyager. Tant pis pour l'exhausitivité des visites, nous reviendrons ! Nous revenons toujours en Italie, depuis tant et tant d'années. On n'épuise pas Bologne, pas plus qu'on épuise Venise... On ne "fait" pas une destination, on tente de la vivre. Même si cela reste une fiction, le fait de prendre son temps, le refus obstiné de rechercher la "rentabilité touristique", le désir de trainer, d'improviser, de s'adapter aux circonstances, même contrariantes (in restauro, chiuso per ferie...), de profiter de l'instant sans plan, sans programme, voilà ce qui rend nos escapades inoubliables. Tant pis si parfois cela semble tourner à la pose. Et que nous quittons un lieu sans avoir visité le quart de ses richesses, pour être allés rêvasser sur les marches d'une quelconque église ou lambiner à quelque terrasse de café. Nous reviendrons disais-je, si Dieu nous prête vie... et Sarko la retraite !

mardi 19 octobre 2010

SAUVEE PAR LE GONG !

C'est un peu gribouillé mais il y a tellement de mentions personnelles sur ce chèque !

Ouf, il était temps !!! Alter commençait à me menacer de me priver de cadeau d'anniversaire et invoquait des dates de péremption, de prescription, que sais-je... mais il avait l'air terrible. Et j'avais presque peur.
L'an dernier, ce malheureux Alter s'est trouvé confronté, comme chaque année d'ailleurs, au douloureux problème de mon cadeau d'anniversaire. Il vous le dirait lui-même mieux que moi, elle est pénible Michelaise. Jamais envie de rien, se plaint (chochotte) d'avoir déjà trop d'objets, de choses, de bidules, bref, une vraie catastrophe. Doublée d'une panique incontrôlable dès qu'on lui met un cadeau dans les mains. Bref, pas facile la nana. Il a contourné le problème en m'offrant un chèque, c'est à dire une année entière pour choisir le cadeau qui me conviendrait.
En fait, c'était cela le cadeau, le droit de courir les galeries d'art pour choisir, visiter, comprendre, en étant une acheteuse potentielle, pas une visiteuse curieuse. Donc, cela vous a valu, mes pauvres lecteurs, une série d'articles perplexes, admiratifs, étonnés, bref un peu sur tous les tons, car Michelaise tentait de s'y reconnaitre dans le landerneau pas très accueillant du monde dit "de l'art". Si l'on en croit Roger dans son dernier commentaire, mes réticences, méfiances et autres suspicions n'étaient pas vaines, et je suis restée prudente, malgré quelques coups de foudre. Inquiète des prix pratiqués, pas vraiment prête à agir sur un coup de tête, avec un arrière goût de gestion raisonnable du patrimoine. Naïve mais en recherche ! Cela m'a permis de faire rugir Aloïs, mais jamais de la convaincre du charme de l'art contemporain.
Bref, nous en étions là, et la date fatidique de l'anniversaire suivant se rapprochait à grands pas, avec les avertissements dont je vous parlais, quand, un matin au petit déjeuner Alter m'a annoncé l'air triomphant :
"J'ai trouvé ton cadeau d'anniversaire"
Moue dubitative et désarroi à l'horizon ... Quoi, on allait arrêter le jeu ?
"Il y a une vente de dessins de Marquet, en fait ses héritiers liquident les fonds de tiroir, des esquisses, des croquis, quelques rares peintures et aquarelles. En tout plus de 1000 pièces qui vont être vendues aux enchères"
Il faut dire que Marquet, peut-être parce qu'il est bordelais, peut-être parce qu'il était discret, peut-être simplement parce que sa touche me plait, est un peintre que j'affectionne depuis longtemps. Nous avions adoré l'exposition Marquet Matisse Correspondances, et découvert avec plaisir le talent de dessinateur de ce peintre connu surtout pour ses marines (exposition au Musée de la Marine à Paris en 2008).
"Ah oui, une vente aux enchères... alors je vais à Paris ? Ou j'envoie Koka enchérir ?"
Parce que les ventes aux enchères, cela me connait, il ne faut surtout pas donner d'ordre aux commissaires priseurs, sous peine de payer un max et, le plus souvent de ne pas avoir le lot car les hommes de l'art utlisent le plus souvent votre ordre comme enchère de départ. Bref, je commençais à penser que j'étais sauvée et que l'idée initiale pourrait reprendre ses droits. J'envisageais même, puis-je l'avouer, d'obtenir un sursis à exécution et une prolongation de la durée de validité du chèque !
"Mais non, la vente sera en live sur internet". Vous auriez vu Alter, toujours malheureux d'être obligé d'en recourir à mes services pour tout problème informatique, triomphant devant mon air ahuri.
"Oui, sur internet, on s'inscrit et on peut enchérir en direct".
"En direct, tu es sûr ?"
"Pas de problème"
"Mais comment ça marche ?"
Là, mon tendre et cher a un peu hésité, il n'en savait trop rien, mais ne voulant pas perdre son avantage, il a foncé :
"Viens, on va voir ça".

Et on a vu : le catalogue de la vente en ligne, d'autant plus commode que ce sont des dessins et que cela se prête fort bien à la reproduction. Les conditions de la vente, très claires, et des modalités d'inscription rassurantes. Donc, nous avons fait les démarches nécessaires, il faut tout de même assurer au commissaire priseur que les enchères ne sont pas fantaisistes, et avons attendu le début de la vente avec impatience.
Et là, je vous assure que c'est étonnant pour moi qui ai trainé mes fonds de culotte pendant des années dans les salles de ventes, on est dans la salle, le commissaire priseur, son "crieur" (dans les salles chics on ne doit pas l'appeler ainsi), ses assistants qui courent en tous sens. Et on a un bouton qui permet d'enchérir, et, magie, on entend une voix qui relai votre enchère ! Incroyable ! Certes, j'ai raté 2 ou 3 enchères car la jeune femme qui était sur internet n'était pas toujours assez réactive. Mais il faut dire que les commissaires menaient le train tambour battant, 1000 lots à vendre en 2 jours, cela devait aller très vite.
Cela m'a fait tout drôle de pratiquer à nouveau ce sport particulier qu'est l'achat en vente publique. J'ai retrouvé tous mes réflexes, maîtrise de soi pour ne pas surpayer, réactivité quand l'affaire est là, bref, un vrai bonheur. J'ai retrouvé aussi inchangé le style batteleur, parfois à la limite de la correction, du commissaire qui chauffe sa salle, qui invective les acheteurs pour leur faire perdre contenance, pour les pousser à acheter. Un vrai métier de marchand de tapis parfois. Tous n'ont pas ce style mais l'un d'entre eux était ainsi.

Comment l'histoire s'est-elle terminée ? J'ai réussi à décrocher quelques esquisses ravissantes, à des prix très doux, car j'ai essayé d'être juste réactive, et j'ai passé une journée délicieuse, encore un bain de jouvence. Avec une pensée émue pour maman qui a, elle aussi, passé tant d'heures dans ces salles inconfortables, bruyantes, à l'odeur de poussière et de fripes, pour dégoter "la bonne affaire". Il faut avouer que, chez soi, dans son fauteuil, bien à l'abri de l'excitation factice de la salle, donc en gardant tout son sang-froid, Drouot Live est tout de même plus agréable.
Et puis, au moins, Aloïs est rassurée, je n'ai pas craqué pour de l'art contemporain, fut-il d'abstraction lyrique donc déjà bien classique, mais pour de l'art moderne, un talent reconnu, même s'il n'est pas un très grand, c'est un artiste qui a fait ses preuves. Et pas celles d'une quelconque spéculation forcément sauvage.

lundi 18 octobre 2010

JONCHEE ET VIN BOURRU

Un week-end un peu agité... Concentration  de spectacles qui, d'ailleurs, ne nous ont pas empêché de profiter du soleil automnal, afin de faire de longue balades sur nos plages enfin désertées.
Mais je ne vais pas vous infliger le compte-rendu exhaustif de ces représentations. Deux concerts, dont je parlerai peut-être dans un autre billet.

Lettre d'une inconnue de Zweig, vu il y a quelques années à Avignon où, allez savoir pourquoi je n'avais pas saisi grand chose aux états d'âme de cette amoureuse ardente et doloriste. Sans doute un problème d'adaptation du texte, puisqu'il s'agit d'une nouvelle... ou du jeu de l'actrice. En revanche, le jeu de Marie Hélène Lélièvre et la mise en scène de Dominique Courait étaient parfaitement limpides et j'ai aimé le rendu de cette histoire d'amour insensée et désespérée, qui semble trouver sa justification justement dans le désespoir. Une sorte de jusqu'auboutisme de la passion qui était bien mis en mouvement, sans statisme, ce qui, étant donné la forme, lecture d'une lettre, est assez fort ! Un nom à retenir donc, la Compagnie des 1001 vagues.

Et pour finir le week-end "le dernier Woody Allen". Je crois bien que, la dernière fois que je suis allée voir "le dernier Woody Allen", je me suis juré de ne plus me laisser piéger. Et bien évidemment, nous sommes allés voir le dernier dernier ! "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu" est une petite oeuvre légère, même s'il sagit de nous convaincre que ceux qui tentent de maîtriser leur vie échouent, alors que ceux qui croient en la réincarnation, sont heureux. C'est assez inconsistant, les personnages ne sont pas très attachants, on rit peu, le montage n'a rien de spectaculaire, bref une oeuvrette sans grand souffle. Si l'on en croit le réalisateur il n'avait pas d'autre ambition que de nous distraire un peu."Nos personnages tournent en rond à la recherche du sens de la vie. Ils rencontrent le succès, l’amour, se heurtent les uns aux autres, se font des bleus, commettent des erreurs, le tout dans un perpétuel chaos. D’ici une centaine d’années, ils auront disparu de la surface le Terre, comme nous tous, et d’autres êtres les auront remplacés", explique-t-il, en poursuivant : "Et tout ce qui paraissait si important, toutes ces ambitions, ces aspirations, ces plagiats, ces adultères aura sombré dans l’insignifiance. Et bien plus tard, le soleil s’éteindra dans le ciel, notre astre mourra, et bien plus tard encore, tout l’univers disparaitra dans le néant. Et même si nous trouvions le secret de l’éternité, celle-ci serait encore finie car rien n’est infini. Ce n’est que bruit et fureur, qui ne signifie rien". Dont acte, vous pouvez aller le voir en sachant ce qui vous attend.
Mais l'important du week-end, à part le soleil et le bonheur de se détendre, c'était la jonchée au Cognac que nous avons dégustée à la Brasserie du Coq d'Or, à Cognac. Cela faisait une éternité que nous n'avions pas mangé cette spécialité locale que, j'en suis certaine, vous ne connaissez pas.

Le pays d'origine : l'Aunis (à ne pas confondre avec la Saintonge où se situe Meschers !). Il semble qu'on trouve trace de cette préparation dès le Moyen Age. Quant au contenu rien de bien spectaculaire : c'était une simple façon d'utiliser le lait caillé en un temps où il n'existait pas de réfrigération. Le lait frais et aromatisé à l'eau de laurier, est caillé. Puis on l'étale, pour lui faire rendre eau, sur des feuilles de joncs tissées. On roule le tout et on laisse égoutter au frais... les joncs lui donnent ce petit goût amer qui en fait toute la particularité ! Plus on laisse égoutter longtemps, plus le goût est prononcé ! Pour servir la jonchée, on déroule les joncs, on la dépose sur une assiette et on la recouvre d'une crème parfumée à l'eau de laurier au parfum amandé... certains apprécient d'y ajouter un peu de sucre...

La finesse de la texture, la subtilité du goût en font un dessert subtil, qui laisse rarement indifférent. La jonchée que nous avons choisie était accompagnée, en lieu et place de l'eau de laurier traditionnelle, par un petit verre de Cognac qui se marie fort bien avec le velouté de ce met, ferme à l'extérieur, moelleux à l'interieur.

Autre petit plaisir culinaire du week-end, moins "exotique" mais parfaitement de saison : le vin bourru. Pétillant, sucré, peu alcoolisé (11° seulement, mais comme cela se boit comme de la limonade, il faut se méfier !), ce moût de raisin tout frais pressé est vendu en bouteilles ouvertes, ce qui rend son transport assez sportif. On le boit en apéritif ou en vin de dessert, et il accompagne parfaitement les premières châtaignes, un peu bourratives, de l'automne. Une jolie façon de rentrer dans l'hiver.

dimanche 17 octobre 2010

CONTAINERS

L'objectif est, comme souvent, un peu pompeux "Tisser des liens particuliers entre les artistes et les habitants du territoire... Créer l'événement, en guidant la population vers de nouveaux lieux de présentation artistique, vers l'art contemporain"... Oui, oui, Aloïs, nos édiles pensent à toi !!

Et il faut bien admettre que le projet est insolite : on a mis à disposition d'artistes d'univers variés des containers de transport maritime, qui seront implantés dans différentes communes du pays royannais. Pour l'heure c'est Carole Marchais, sculpteur, qui s'est vue confier les caisses brutes de Talmont pour y exposer ses installations. Je vous épargne le jargon culturellement correct du dépliant qui accompagne l'exposition pour reconnaître que ses saynètes rendant compte de sa perception des 5 communes environnantes sont charmantes. Elle travaille avec des matériaux en tous genres, naturels ou manufacturés : ajoncs, varech, filets de pêche, rape de vigne... Plutôt du land art que de la sculpture, mais malheureusement du land art statique et institutionnalisé. Un peu pauvre. Alors qu'il me semble, si j'en crois Roger dont je ne saurais trop vous recommander le blog, Le Chemin des Grands Jardins, que le vrai land art est une quête, un sentier initatique et désintéressé, ce qui fait sa richesse. Il explique particulièrement bien cela dans son dernier billet (celui du 15/10/201) qu'il conclut en disant que quand l'inspiration est piégée, il a le sentiment d'avoir enfin trouvé "le mot juste, la phrase à inscrire dans le paysage, sans paroles, avec respect".


Alors à défaut de s'esbaudir sur Container, nous avons arpenté Talmont avec l'impression toujours renouvelée d'une découverte inattendue, puis nous avons emprunté la balade qui rejoint le port de Meschers, zigzagant sur les digues dévastées par Xynthia, serpentant par ces pistes qui surplombent les marécages étincelants sous le soleil de fin de journée.






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