lundi 31 janvier 2011

L'ITALIENNE A BORDEAUX


Pour avoir quelque chance d'avoir des places pour Atys, la mythique version de l'opéra de Lully dirigée par William Christie en juin prochain à Bordeaux, il nous fallait absolument prendre un abonnement dès le mois de juillet dernier. C'est ainsi que nous avons renoué avec le GTB et vendredi soir assité à l'Italienne à Alger de Rossini dans une coproduction Teatro Real de Madrid, Houston Grand Opera, Maggio Musicale Fiorentino et Opéra National de Bordeaux, une vraie collaboration internationnale !
Composé en 27 jours par Rossini à la demande de son impressario pour relancer une saison musicale pas très brillante, ce dramma giocoso s'incrit dans la lignée des turqueries fort prisées dès le XVIIIème siècle par le public d'opéra. Ecrit par un jeune homme de 21 ans, plein de fougue et d'ambition, l'opéra remporta un succès triomphal à Venise, puis dans toute l’Italie. Stendhal expliquera cet engouement par la «folie organisée et complète» que seule la musique de théâtre, sous la plume géniale de Rossini, peut atteindre, et qui est le gage du divertissement le plus pur. L'opera buffa quant à lui, trouve ses origines dans les intermezzi comiques qui, au XVIIIème sicèle, entrecoupaient les opera seria. Ces courtes pièces, souvent écrites en dialecte, et empruntant leurs personnages à la commedia dell’arte ou à la vie quotidienne, étaient fort appréciées du public pour leur style léger et populaire et pour leur caractère humoristique.

En fait c’est de l’époque des croisades que date la fascination pour l’Orient. C’est tout l'espace méditerranéen, à la fois ottoman, musulman, juif et chrétien qui a suscité dans l'imaginaire occidental une curiosité jamais démenties. Les termes qui le désignent témoignent de la dimension symbolique qui lui est attachée : le Levant, c'est ce lieu sacré où se lève le soleil, où la naissance du jour a vu briller l'aube des civilisations.
Depuis les "turqueries" de la cour de Versailles jusqu’aux Orientales de Hugo en passant par les Lettres persanes (1721) de Montesquieu, l'Orient a passionné la bourgeoisie européenne et inspiré artistes et écrivains. Une partie du mythe repose sur une certaine vision de la femme, véritable métaphore de la terre d’Orient, matrice du monde, terre des origines. Un rêve de luxe et de volupté mêlés qui inspire aux artistes des œuvres où la femme orientale – odalisque, au harem ou au bain turc – occupe une place de choix. Mais Rossini, dans son opéra, nous propose la figure d’une femme émancipée au pays de la soumission féminine, une affranchie dont la liberté de discours semble presque féministe ! Prétexte orientalisant, conte féérique sans enjeu politique, tenant du carnaval et du bal masqué, cette italienne reste une farce, mais peut-être moins superficielle qu’il n’y paraît. Ainsi, entre comique et sentimental, Rossini nous honore d’une grande proclamation nationaliste dans la scène de la révolte des esclaves. « Patria, dovere, onore » n’est sans doute pas étranger à l’idée alors en gestation (nous sommes en 1813) de la naissance d’une nation italienne.


Paolo Olmi est un rossinien de talent : vif, précis, ennjoué et surtout très efficace, il mène tout son monde avec la juste de dose de rigueur et d'entrain qui sied au compositeur. La mise en scène était inventive et fort drôle. Pas d'un comique gras et décalé, non, un cocasse très respectueux du livret. Joan Font est imaginatif, mais ne se contente pas de se faire plaisir, il sert Rossini au plus près. Et croyez-moi, avec une turquerie, dont un texte bêbête par excellence, il faut être fin pour faire rire tout en restant classique dans l'esprit. Pari réussi : c'était fou, épicé, enlevé, coloré, mais de bon goût. Les voix quant à elles, étaient homogènes, pas de véritable diva mais des chanteurs qui jouaient de bon coeur, s'accordaient avec aisance, et qui, sous la baguette de Olmi, faisaient merveille dans cette partition, forcément, jubilatoire. Une excellente soirée dont nous sommes ressortis, l'âme en fête, l'oreille réjouie et l'esprit léger.

Alter avait envie, pour changer des ors de la brasserie du théâtre, d'aller dîner ailleurs : notre hôte nous a recommandé la Brasserie Bordelaise rue Saint Rémi, fort prisée des autochtones. Certes l'entrecôte bazadaise y est succulente et de qualité, mais je déteste quant à moi ce genre d'endroit, où les frites sont recuites, la carte militante en classiques viandus et cochonailles, et où le chef assure en maniant le grill sans imagination. Bruyante, agitée, surpeuplée de gens sirotant des verres de vins en riant fort, conversations trois tons au dessus-de la moyenne, ponctuées de rires épais à des plaisanteries qu'on devine lourdes, service expéditif tant la presse est grande, convives toussant grassement et sans retenue, bref, je vais me faire lyncher, mais je n'aime pas cet environnement. J'aime manger au calme, dans un cadre apaisant et entourée de gens discrets. J'aime les plats légers qui réjouissent l'oeil avant d'attaquer la papille, et qui invitent à la dégustation plutôt qu'à l'ingestion !

samedi 29 janvier 2011

SYMBOLES DE MELANCOLIE

Si le critère de réussite de visite d'une exposition se mesure à la tranquillité de sa fréquentation, pas de doute que "Le monde de Lucas Cranch" au BOZAR de Bruxelles fut un échec total. Il faut dire que lorsque nous l'avons parcourue, c'était le dernier jour de cette manifestation prestigieuse, et tous les clubs du 3ème âge de Belgique et de Navarre semblaient s'y être donné rendez-vous. D'où un parcours laborieux au ras des toiles, toujours coincés entre deux groupes agités, dont le guide exposait à voix forte les détails supposés pittoresques de chaque peinture.

Cette exposition replace l’oeuvre de cette personnalité de la Renaissance allemande dans le contexte social, culturel et artistique de son époque. Peintre de cour, il a aussi fréquenté de grandes autorités comme Martin Luther, et son atout majeur, celui qui fait une grande partie de sa notoriété, a été de libérer la nudité, en particulier féminine, en usant d'une réelle sensualité qui est de bon aloi aujourd'hui. J'avoue que Cranach m'ennuie un peu et que ses exercices de style pour commanditaires éclairés me paraissent assez froide. Je sais, mon appréciation n'est pas culturellement correcte en ces temps où il est de bon ton de s'être mobilisé pour permettre au Louvre d'acheter une de ses oeuvres, mais il serait hypocrite de me prétendre enthousiasmée par cette peinture raffinée certes, mais finalement très conventionnelle.
On découvre aussi, au détour des salles, les liens étroits qui unissaient Cranach à ses contemporains d’Allemagne, d’Italie et des Pays-Bas, tels Dürer ou Metsys. J'avoue, quant à moi, avoir une prédilection particulière pour ce dernier, dont la virtuosité me transporte toujours . Cette exposition complétait fort agréablement le voyage à travers une période passionnante de l’histoire de l'art européenne que les trois expositions, France 1500, de Van Eyck à Dürer et Cranach nous ont permis de faire.

Je vous propose en matière de parcours de cette dernière étape, la vision confrontée entre la Mélancolie de Dürer, gravure nerveuse et foisonnante de 1514, et la réponse qu'en fit Cranach quelques années plus tard, interprétant le sujet avec l'élégance un peu affectée qui le caractérise.

Depuis la période classique "La Mélancolie" est considérée comme un état dépressif de l'esprit qui enlève à l'artiste tout enthousiasme pour son travail. De nombreux astrologues de la Renaissance pensaient que sa guérison pouvait être favorisée par l'action d'un carré magique, comme celui de Jupiter qui apparaît dans le coin supérieur droit de la gravure de DÜRER. Le carré est magique parce que l'addition des nombres de chaque ligne, chaque colonne et chaque diagonale donne le même résultat, ici 34. Le 3 symbolise la vie finie et limitée du monde physique; et le 4 figure le royaume infini de l'esprit et du cosmos. Leur produit est 12, (le numéro de la carte de tarot qui correspond au pendu), qui à son tour symbolise l'union de la vie physique et de la vie spirituelle.

L'inventaire des éléments présents dans la gravure égrène nombre d’objets et d’ornements, dont certains sont limpides alors que pour d’autres, le sens reste encore incertain.

• L’ange assis, figure principale de la composition et tenant sur ses genoux un livre, alors qu’il tient un compas à la main, est en général admis au féminin. On y voit la figure de la mélancolie elle-même, ou/et de la géométrie. Une bourse et des clés pendent de sa ceinture.

• Le putto assis près de lui, sur une roue de meunier semble endormi : son support symbolise à n’en pas douter, la roue de la fortune.

• Derrière eux, le coin d'une construction mal définie (maison, piédestal) présente, accrochés sur ses murs de nombreux instruments. Un sablier, bien évidemment figuration de l'écoulement du temps renforce la posture d'attente qui semble baigner le monde angélique du premier plan. Toutefois il est représenté au moment où les deux bulbes sont également remplis, suggérant ainsi un certain équilibre statique comme celui de la balance à sa gauche ou la cloche à droite. Ce sablier est surmonté d'un cadran solaire, dont le gnomon ne projette nulle ombre, tandis que celle du sablier est bien marquée sur le mur.

• Sur le sol, d’autres outils, un creuset sur le feu, une sphère, un lévrier et un polyèdre. La signification de ces objets est encore débattue, même si l’on ne doute pas qu’ils soient liés à l’hermétisme chrétien. De nombreuses confréries ramifiées en sociétés secrètes fleurissaient dans les années 1500 et il n’est pas invraisemblable que Dürer ait appartenu à l’une d’elles.


La date 1514 qui apparaît à côte du monogramme de Dürer, figure aussi dans le carré magique. Elle n'est probablement pas anodine et fournit peut-être l'une des clefs de lecture de l'œuvre, renforçant l’interprétation apocalyptique de la Melencolia. Nous aurions ainsi un monde divin et angélique en posture d'attente, avant que la clochette au-dessus du carré magique ne retentisse, ou que le sablier ne soit totalement épuisé… ce qui ne se produira qu'à la fin des temps, c'est-à-dire au moment limite et intemporel représenté par la quadrature du cercle.


Avec cette peinture datée de 1532 Cranach reprend en écho le même thème, selon une mise en page qui peut sembler, à première vue, assez proche. Les éléments symboliques en sont cependant assez différents et la lecture est moins ésotérique.


On retrouve le lévrier, mais les symboles sont ici clairement malfaisants.Lucas Cranach nous entraine dans le monde du péché et de la luxure. L’ange ailée, que l’on peut ici strictement qualifier de dame, est habillée de rouge et son regard ambigüe semble une invite séductrice et tentatrice. Elle est occupée à tailler une branche d’un geste mécanique et un peu amorphe qui serait une façon nonchalante de tuer le temps. Pas de sablier ni d’instruments savants, pas plus de carré magique non plus. Par contre, des perdrix symboles de la tentation, voire de l’adultère, et surtout, en haut à gauche un sabbat de sorcières et de diables viennent ici contredire l’impression de sérénité de la toile.



La nuée agitée de danses démoniaques représente sans nul doute les puissances diaboliques qui, selon Luther sont responsables de toute « la tristesse, les épidémies et la mélancolie ». Ainsi, même le jeu des enfants devient suspect, toute action inutile ou tournée seulement vers la recherche du plaisir, pour meubler l'oisiveté, se révèle une source de damnation possible. Remarquez simplement pour finir la visite, le petit personnage armé d'une lance élégamment posé sur le couvercle de la précieuse coupe à gaudrons qui repose sur la table basse. J'ai beau ne pas être une inconditionnelle de Cranach, il me faut bien admettre que la délicatesse de son trait est remarquable.

jeudi 27 janvier 2011

VERLAINE EN ECHO


Il est un lieu secret (??!!) où nous aimons, le soir, quand le soleil commence à décliner sur l'estuaire, aller lire des poèmes. En ce moment, ce sont les poèmes saturniens et les scènes galantes de Verlaine. Bien que l'ambiance ne soit pas toujours joyeuse, je vous en ai choisi un qui nous a bien fait rire !

Premier poème publié par Verlaine, alors âgé de 19 ans, c'est l'un des rares poèmes satiriques des Poèmes saturniens. Verlaine y invente un bourgeois caricaturé sous les traits d'un personnage à la Molière, et, de sa lyre mélancolique, nous décrit la condition sociale douloureuse du poète.

Monsieur Prudhomme

Il est grave : il est maire et père de famille.

Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux

Dans un rêve sans fin flottent insoucieux,

Et le printemps en fleur sur ses pantoufles brille.


Que lui fait l'astre d'or, que lui fait la charmille

Où l'oiseau chante à l'ombre, et que lui font les cieux,

Et les prés verts et les gazons silencieux ?

Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille.


Avec monsieur Machin, un jeune homme cossu,

Il est juste-milieu, botaniste et pansu.

Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,



Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a

Plus en horreur que son éternel coryza,

Et le printemps en fleur brille sur ses pantoufles.

Avant de rentrer, j'ai tracé à la pointe du makhila cette fort modeste dédicace à Roger du Chemin des Grands Jardins...

mercredi 26 janvier 2011

DE VAN EYCK A DURER

Cliquez, cliquez sur les photos, c'est le moment où jamais !
Le Groeningemuseum de Bruges accueille jusqu'au 30 janvier une exposition intitulée "De Van Eyck à Dürer", qui a en partie motivé notre déplacement et qui, à elle seule, valait le voyage. Consacrée aux primitifs flamands et d'Europe Centrale de 1450 à 1550, elle s'attache à mettre en lumière les réseaux assez denses de relation qui existaient en ce début de pré Renaissance entre le nord et le nord-est. Nous avons déjà vu plusieurs expositions dédiée aux liens existants entre l'Europe du Sud et particulièrement l'Italie et la Flandre (à Venise en et à Bruges en 2002), le sujet est d'autant plus classique qu'on connait parfaitement les liens commerciaux entre ces deux pays, liens doublés de relations diplomatiques et dynastiques particulièrement intenses. Mais les liens entre les anciens Pays-Bas et les pays d'Europe Centrale, quoique reconnus, ont été moins approfondis, ce qui rendait cette exposition d'autant plus passionnante. Le talent de Van Eyck, l'extraordinaire qualité de sa facture, l'éblouissant rendu de ses compositions, sont pour beaucoup dans la diffusion de l'influence de la peinture flamande sur les pays situés plus au Nord. Tous les puissants désiraient posséder une de ses oeuvres, et chacun de ses "confrères" avait plus ou moins pour ambition sinon de l'imiter mais au moins d'atteindre un degré de perfection égal au sien. Son approche résolument novatrice des paysages, des intérieurs, de la mise en scène, se double d'une qualité technique proprement ébouriffante. Le rendu des matiériaux, du plus précieux au plus humble, la qualité d'observation de phénomènes optiques complexes, la restitution de la lumière et des ombres, font encore aujourd'hui de ses panneaux des chefs d'oeuvre incontestés. Que de jeunes peintres aient voulu comprendre sa technique, appliquer ses "recettes", s'inspirer de ses réalisations, n'a donc rien de surprenant. Que des puissants aient demandé à leurs peintres locaux de tenter de se rapprocher de l'esprit des composition du maître, non plus. D'autant que les uns et les autres, peintres et commanditaires, étaient beaucoup plus mobiles qu'on ne l'imagine et que les oeuvres elles-mêmes étaient souvent transportées sur de longues distances.
Il faudrait des pages et des pages pour vous raconter en détails les merveilles de cette exposition, mais, vous en serez d'accord, l'exercice serait fastidieux et la lecture ennuyeuse pour qui n'a pas eu la chance de cotoyer au plus près ces oeuvres savamment rapprochées les unes de autres, afin de mettre en lumière les influences réciproques. Koka et moi avons donc décidé de vous offrir une petite visite inusitée de cette manifestation, au travers de détails à lire et regarder comme un livre d'images. 

Commençons par le plus simple, quelques détails de fleurs, qui nous ont obligées à réviser nos classiques, tant en botanique qu'en symbolique. Le lys, synonyme de pureté est présent sur toutes les annonciations, mais que signifient l'ancolie, l'oeillet ou l'iris ? La forme de la première évoquant une colombe, cette fleur symbolise le Saint Esprit. L'oeillet quant à lui matérialise l'engagement et la fidélité conjugale, comme le petit chien qu'on croise parfois sur les tableaux représentant des couples. Il figure aussi l'amour pur et sacré que Dieu ne cesse de porter aux hommes.  L'iris, s'il est bleu évoque la Vierge et le surnaturel, l'éternité divine, l'immortalité humaine; c'est un emblème divin, païen comme chrétien, laïque comme religieux ; le symbole royal par excellence du bleu, évoque donc la royauté du Christ. Cependant que sa forme, qui ressemble à une lance, annonce les futures douleurs de Marie au cours de la Passion. S'il est blanc, il équivaut au lys (dont il est d'ailleurs la forme stylisée) : symbole marial, évocation de la pureté, donc de l'Immaculée Conception.

Les oiseaux présents sur de nombreux panneaux ont aussi leur signification : la colombe personnifie le Saint-Esprit, le perroquet à défaut d'être déjà un papagallo (pape français... ainsi que l'utilisera Le Greco en jouant de façon ambigue sur ce jeu de mot), il peut se voir attribuer l'éloquence ou une certaine forme d'intelligence réthorique. Le chardonneret de son côté, avec sa tâche rouge est le signe de la mort violente du Christ et de son destin tragique. Il est présent sur de nombreux scènes de l'enfance, jouant ainsi un rôle prémonitoire.

Il y en a souvent sur les représentations, fort en vogue aux XV et XVIèmes siècles, de Saint Luc portraiturant la Vierge... et nous ne pouvions faire moins, Lulu, que de t'en offrir quelques unes : ces sorcières sont prétexte à montrer l'envers de la scène, voire une fenêtre, et des personnages extérieurs à la composition, souvent le peintre lui-même.

C'est en partant du chef d'oeuvre absolu de l'exposition, la Vierge au Chanoine Van der Paele Van Eyck, que Koka et moins avons décidé de traquer pour vous les lunettes dans les autres peintures.

Finalement, notre moisson s'est révélée plutôt riche, assortie du jeu qui consistait à envoyer l'autre tenter de débusquer la paire découverte dans une salle donnée ! Ne vous y trompez pas, les lunettes ne sont nullement un accessoire moderne, puisqu'on en a découvert sur le site de Ninive, au nord de la Mésopotamie, qui auraient environ 4000ans. Quant à nos ancêtres, ils en portaient volontiers et ce, dès le Moyen-Age. Témoin Sandro di Popozo, qui déclare dans un traité de 1299 "Je suis si altéré par l'âge que sans ces lentilles, appelées lunettes, je ne serais plus capable de lire ou d'écrire".

Prises au jeu des détails, nous avons savouré particulièrement ceux qui émaillent cette scène de Saint Luc en train de réaliser le portrait de Marie, peinte par Derick Baegert vers 1480. Chaque centimètre carré du panneau est une vraie miniature, et intriguées par l'ange qui "follâtre à côté" (dixit Koka), nous avons finalement compris qu'il est en train de broyer les couleurs pour le peintre, alors qu'autour de lui s'étalent des instruments techniques (pots, pinceaux etc...)

Comme il n'est pas de bon billet sans quelque jeu pour les lecteurs, nous vous proposons pour finir de trouver l'intrus dans les particularités de cette Nativité de Martin Schongauer de 1469... C'est trop facile, je sais, mais vous aurez participé !!

Michelaise et Koka 

mardi 25 janvier 2011

BEURK !

Le prétexte de ce billet , il en faut un n'est-ce pas, est cette délicieuse gauffre, délicatement saupoudrée de sucre glace, gentiment flanquée d'une boule de glace vanille et dégustée tiède, arrosée d'advocaat *

 

L'usage récurrent, dans les échos gastronomiques, dans les avis supposés éclairés et autres informations circulant sur les produits, les restaurants ou les mets, est, quand on veut en faire compliment, de les qualifier de "goûteux". Et chaque fois que j'entends ce mot utilisé de façon compulsive par les chroniqueur de tous poils, je tique ! Cette manie d'user à l'envi de mots qui sont censés faire classe, en ajoutant au passage une dimension "branchée" au vocabulaire choisi, me hérisse le poil à contre-sens. Non content de m'évoquer à chaque fois le malheureux Pierre le Goutteux, le fils de Cosme de Médicis qui essuya la conspiration Pitti, le vocable me laisse désorientée. Dire d'un mets qu'il est goûteux veut simplement signifer qu'il a du goût ... mais quel goût ?? Un goût de rance, un goût amer, un goût de "revenez-y", un goût de miel, un goût de "trop peu" ???
Certes les cellules sensorielles spécialisées dans la gustation, au nombre d'environ 4000, permettent de percevoir et d'apprécier les 4 saveurs fondamentales : le salé, le sucré, l'amer et l'acide. Auxquelles on a rajouté récemment l'unami, le calcium et le piquant, rendant ainsi la cartographie des saveurs plus complexe et plus riche. Justement... Pour dire d'un aliment qu'il est bon, il existe une telle variété de vocables que l'usage immodéré de goûteux me semble plus que réducteur : simplificateur et pédant ! Appétissant, savoureux, succulent, alléchant, excitant les papilles, ensorcelant, délectable, suave, délicieux, délicat, exquis, que l'on peut tempérer en parlant de sympathique, amusant, agréable, engageant, plaisant, aimable, intéressant, exotique, je suis certaine que vous en trouverez bien d'autres qui, chacun, sera plus explicite que ce malheureux goûteux qui ne renseigne guère sur les qualités des saveurs évoquées. Et qui laisse à l'auditeur un vague "goût de fer dans la bouche" !!

* L'advocaat, d'origine néerlandaise, est une liqueur onctueuse composée de sucre, de jaunes d'oeufs et d'alcool. On peut y ajouter du miel, de la vanille ou de la crème fraiche. Il en existe de nombreuses marques, surtout en Hollande, mais on peut aussi la fabriquer soi-même. Je vous en propose une recette simple :
- 16 jaunes d'oeufs
- 1 grande boîte de lait concentré
- 400 gr. de sucre
- 1/3 de litre d'alcool non modifié à 90°, alcool de vin bien sûr si l'on en a à sa disposition, de celui qu'on utlise souvent pour faire les fruits à l'alcool
On mélange les jaunes d'oeufs avec le sucre au fouet jusqu'à l'obtention d'un liquide lisse. On ajoute le lait, puis l'alcool. Après mise en bouteille, il vaut mieux laisser reposer le tout environ un mois avant de le consommer. Et là, ce n'est pas beurk, mais miam !!

A LA DEMANDE GENERALE


Que ce soit bien entendu, je ne l'ai pas testée, elle m'a simplement été recommandée par notre hôte bruxellois. Allez faire un tour sur leur site, la visite virtuelle est déjà un plaisir. Cette maison semble, en effet, fort accueillante. La situation ne semble pas absolument centrale mais Bruges n'est pas une mégapôle et je pense que tout est accessible à pieds. Le premier qui y va nous donne son sentiment sur l'accueil !

dimanche 23 janvier 2011

LA VILLE DONT MEME LES POUBELLES SONT PROPRES

Quelques images en mise en bouche : autant commencer le récit de notre petit week-end en vous peignant sans détour la grisaille du Nord ! Une monochromie hivernale sans doute moins séduisante que les teintes chatoyantes dont Bruges sait parfois se parer, mais pas sans charme. Bruges la paisible, un peu endormie quand les touristes l'ont abandonnée, alignée en sages ruelles par lesquelles il fait bon se perdre...


Bruges déserte, qu'on parcourt en faisant sonner des rires déplacés dans cette ambiance d'un calme distingué, qui semble se jouer de nos regards curieux.

Bruges aux angles droits, aux proportions raisonnables, aux harmonies savamment distillées, qui, sous un aspect de symétrie parfaite, cache ses faiblesses et ses fragilités  ...

Bruges aux reflets légendaires, qui joue de ses canaux avec une modestie qui sied à son caractère réservé de fille du Nord à qui l'on n'en conte guère...

Bruges et ses petits grains de folie, soigneusement cachés, qui ne se révèlent qu'à la tombée du jour, comme d'inavouables extravagances dans cette ville si pondérée...

Bruges, en un mot, la ville qui devrait servir d'emblème à Bon Sens et Déraison, une ville trop bienséante pour être aussi sage qu'elle le prétend, trop ostensiblement vertueuse pour ne pas cacher quelque sombre secret inavouable !! Bruges qui fait rêver...

vendredi 21 janvier 2011

ATTERRISSAGE EN BEAUTE

France 1500, l'expo qui va se terminer au Grand Palais, faisait partie d'une trilogie qui évoque le foisonnement artistique que connut l'Europe en ce début de 16ème siècle. On parle d'Age d'Or. Deux autres expos en effet l'accompagnent : l'une à Bruxelles, "Le monde de Lucas Cranach" et l'autre à Bruges "De Van Eyck à Dürer". Pourquoi, Ryanair aidant (il faut dire que les billets d'avions aller et retour pour deux personnes pour un prix à peine supérieur au coût d'une traversée de l'estuaire, cela ne se refuse pas), ne pas en profiter pour faire d'une pierre trois coups : voir ces expositions consacrées à une époque fascinante, inviter notre Koka qui est très parisianno-bretonne et qu'on ne voit pas souvent, et enfin, visiter "Ensor démasqué". Oui, je sais, Ensor, je fais la grimace parce que ça me heurte, mais bon, tout de même, je vais y sacrifier !! Et cela promet d'être passionnant.
Donc plus qu'à dégoter LA chambre d'hôte idéale, et je crois que celle- que nous occupons ce soir est parfaite ! A recommander (Bruxelles est une destination plausible pour vous aussi, n'est-ce pas ??)

Chez Dominique, à deux pas de la Grand Place, accueil souriant et sympathique, vous assurera un pied à terre confortable en plein centre de la capitale belge !! Discrets et chaleureux, les hôtes sont disponibles et prêts à vous rendre service. Le décor est de bon gout, l'appartement est vaste et lumineux, quant aux chambres, elles sont parfaites. Et, à mon avis cerise sur le gâteau, y pas la télé dans les chambres ! Première soirée belge avec, en ligne de mire quelques moules frites, Alter serait déçu sans cela, et pour clôturer le voyage, le projet d'un petit dîner au restaurant éthiopien qui, pour nous, reste d'un exotisme rare ! Mais, dès l'arrivée, une virée à la Bécasse, pour une krieg traditionnelle, accompagnée de quelques charcuteries, et nous voici déjà dans le bain. "Nous sommes sur les pas de Rimbaud" a décrété Alter, souriant avec délice dès le 2eme bock ! 

jeudi 20 janvier 2011

MANQUE D'INSPIRATION

Le mois de janvier est un mois terrible. Non content de compter 31 jours en plein coeur de l'hiver, de nous aligner intempéries et fatigues post réveillon, c'est le mois durant lequel il faut payer les assurances. Bref, pas le mois le plus fécond en inspiration pour les blogs. On pare au plus pressé et les réflexions volent au ras des nuages. Toujours est-il que, alors que nous allions faire une petite promenade pour profiter de la douceur et flamber un peu avec mon makhila, Alter a pris son appareil photo. L'estuaire en long, en large, en matin, en soirée, l'été, l'automne, bref l'estuaire à toutes les sauces, on ne s'en lasse pas. Quand il a voulu descendre le long de la falaise aux carrelets, j'ai décrété que, finalement, étant donné le marasme ambiant, cela me ferait un article.
- Mais tu en as déjà fait plein sur les carrelets
- ?? Ben non, je ne crois pas j'en tant ai parlé que ça mais, tu as raison, faut pas radoter ...

Je viens de vérifier en tapant "carrelet" dans la zone de recherche qui me permet, selon les cas, de retrouver une recette, l'adresse d'un bon resto, la date d'un événement. Car ainsi qu'elle le soulignait justement dans un dernier billet, les blogs sont devenus notre mémoire. Ils remplacent étrangement mais efficacement les carnets d'autrefois, même si, on conserve l'habitude de ces petits livres où l'on notait tout. J'ai tendance à penser, me posant la question du sort que je ferai subir à mes journaux intimes quand je sentirai la camarde se rapprocher de trop près, que les blogs laisseront à nos enfants moins de blessures exposées à contre-temps. Les correspondances, les vraies, ont quasi disparu de l'univers quotidien, ces longues lettres pleines de confidences et d'état d'âme que l'on n'ose lire après le décès des intéressés, ayant peur de violer leur intimité. Les jouraux intimes sont devenus une curiosité, et s'il m'arrive de relire ceux que j'écrivis, et ils sont nombreux, au cours de ma vie, j'en suis toujours bouleversée. Ils avaient propension à être rédigés par temps d'orage et l'on y cherchait un exutoire cathartique aux peines du moment. Relus à distance, ils donnent une impression de mlaheur et de désespoir, faussée par le peu de pages consacrées aux moments heureux. Quand tout va bien, on a tendance à agir, vivre, courir, et alors pas le temps d'écrire. Le journal est un confident des heures noires, un moyen aussi d'exprimer ce qui ne va pas, façon banale mais efficace de le dédramatiser. On est beaucoup plus réservé dans un blog, même s'il arrive qu'on s'y découvre, on se sait lu et l'abandon n'est pas possible. Voire on y fait bonne figure aux jours de découragement, et finalement cela fait autant de bien que d'épancher ses infortunes sur un petit cahier soigneusement rangé dans un tiroir.

Bref, il est assez peu mention de carrelet dans les 915 articles qui précèdent. L'occurence n'est présente que dans 5 articles, dont un qui traite de bande dessinée, l'autre de la pêche à la crevette à pied, le troisième d'aménagements de la côte. J'explique là à quel genre de pêche on s'y livre, armé d'un grand filet qui descend quelques fois l'an, les jours de grande marée, car il faut être bien à l'affût pour avoir vu un carrelet en service. Leurs propriétaires les entretiennent, y viennent passer parfois un moment entre hommes ou avec des copains pour y boire l'apéro, mais ce n'est pas d'un usage courant ! Donc cette petite série de photos ne vous semblera pas forcément une redite.

Ces petites cabanes qui permettent une pêche épisodique, obligatoirement non lucrative et pas forcément très efficace, sauf quand il s'agit d'y piéger une sirène bien sûr, ont beaucoup de succès auprès des estivants. C'est pittoresque et chacun rêve d'en acheter un car on se dit que cela doit être bon marché.

Il faut savoir que l'on est propriétaire de l'installation mais pas de son emplacement. Pour construire, le propiétaire doit obtenir au préalable une autorisation d’occupation temporaire du terrain. Il paiera ainsi une redevance de l'ordre de 250€ par an pour maintenir son droit. Une fois cette autorisation expirée, il peut la renouveler. Dans le cas contraire il devra remettre les lieux en état. S’il ne démonte pas la cabane, elle reviendra alors à l’Etat. Ensuite, pour pouvoir pêcher il faut solliciter une licence auprès du service gestionnaire de la pêche, licence annuelle qui tombe si l'on ne la paie plus, et qui ne l'autorise qui recueillir des quantités propres à sa consommation personnelle. Il faut savoir qu'en outre, il est interdit de louer ou de sous-louer les intallations.

Après la tempête de 99, il semble qu'il ne restait qu'une soixantaine de carrelets debout, dont les deux tiers étaient fortement endommagés. Cela a donné lieu à tout un artisanat de reconstruction assez florissant qui a permis de rajeunir des cabanes parfois vétustes, et de redonner à l'estuaire une allure pimpante. Les reconstructions se sont faites selon des règles strictes : il concenait d'utiliser des matériaux nobles comme le bois (les pieux métalliques étaient déconseillés), d'éviter les constructions de dimensions disproportionnées (pas plus de 20m² pour la plateforme, 10m² pour le cabanon et 1 mètre de large pour la passerelle). Les couleurs devaient rester discrète, pour une bonne intégration dans le paysage : couleur sombre pour les pieux ou la passerelle, gris clair pour les garde-corps et la cabane abri. Seule concession un peu économique pour ces baraques qui autrefois étaient toutes de guingois et faites de bric et de broc, un toit en onduline était admis. Du coup, l'ensemble est devenu nettement plus harmonieux, presque prestigieux. Même si la tempête Xynthia en a abimé pas mal, les dégâts ont été moindre qu'en 99 et c'est sûr que ces petites cabanes, au coucher du soleil, quand le soleil ricoche sur les falaises, ont une allure franchement princière ! On en loue pour une la durée d'une marée, soit environ 6 heures, au tarif fort attractif de 40€ à Vitrezay, où l'on peut d'ailleurs s'être exercé à la pêche auparavant, en compagnie d'un accompagnateur, pour la modique somme de 7€ par personne. Et comme l'ajoute le site de Pauillac (en face !) qui propose le même service, le temps où l'on ne pêche pas peut être occupé par des pique-niques ou simplement le repos en pleine nature. Pourtant les locations sont rares car s'y ajoutent les problèmes de responsabilité qui, l'endroit étant par définition dangereux, pour des enfants ou des adultes ayant abusé de pineau, sont très lourds. Les demandes, pour un mariage, pour une fête, pour une simple soirée entre amis, sont très nombreuses, les loueurs téméraires très rares.

Et s'il vous prend l'envie de devenir propriétaire de ces quelques mètres carrés fragiles au-dessus de l'eau ? On en trouve parfois à vendre mais comme il en reste à peine 5 ou 600, les affaires sont rares. Les prix demandés ont d'autant plus grimpé que beaucoup sont tout neufs et qu'il a fallu compter de 15 à 20 000 euros pour les retaper. Donc un carrelet se vend entre 20 000 et 30 000 euros, selon sa taille, son état, son emplacement. Il faut ajouter à cela les frais d'entretien, c'est exposé un carrelet, ainsi que les droits divers d'occupation et de pêche dont j'ai parlé ci-dessus, et qui eux, sont annuels. Quant à l'assurance en cas de tempête, je me demande bien quelle compagnie vous l'assure de façon efficace ? Mais ces cabanes font rêver et s'il vous prend l'envie de vous offrir un balcon sur l'estuaire, n'oubliez pas que les plus belles prises qu'on y fait sont de charmantes sirènes qui en font fantasmer plus d'un !

mardi 18 janvier 2011

LIBRE !!!


Connaissez-vous un sort plus injuste que celui du mot "gentil" ? Qualifier quelqu'un de gentil, c'est immédiatement le taxer d'être faible, voire un peu bébête. La qualité échoie souvent à ceux qui n'ont pas d'autres aptitudes à faire valoir. On admet qu'en principe ils savent pas dire non, sont incapables de s'affirmer, sont un peu naïfs ou franchement inconsistants. Bref, c'est une qualité par défaut, du genre "... oui mais, il est gentil !".
Et pourtant ... non content d'avoir exigé de nos enfants la gentillesse quand ils étaient petits, pour nous faire plaisir, pour se montrer obéissants, pour se sociabiliser tout doucement sans accroc et sans révolte, nous sommes d'accord pour dire qu'être gentil c'est, au moins, ne pas être méchant. Et quoi de pire, chez un adulte, que la méchanceté ? Cette propension à casser les autres, à chercher pour diverses raisons de saisfaction personnelle, d'orgueil, de jalousie, d'envie... que sais-je, à les déprécier. Cette faculté que certains ont de pouvoir, de vouloir, sciemment, de façon parfois perverse et réfléchie, faire mal. Piquer, nuire, blesser... La méchanceté est un défaut qu'on ose à peine accoler à quelqu'un, même s'il est patent qu'il est malveillant, tant ses effets sont révoltants et ses conséquences graves. C'est comme de dire de quelqu'un qu'il n'est pas intelligent, on n'ose pas, on a peur d'accuser à tort, car l'accusation est lourde de sens.
Donc être gentil, on l'admet, est une aptitude dépréciée, désuète et peu tendance. Attention, la gentillesse, ce n'est pas la passivité, une indifférence qui se nourrirait de bonnes intentions pour ne pas avoir d'ennuis. C'est passer à l'action, une action généreuse, altruiste, même si elle est de peu d'importance. C'est sortir de son petit confort frileux pour faire passer l'autre devant, fut-ce un instant. Et dès lors, c'est drôlement bénéfique d'être gentil. Nous avons tout à gagner à être bons pour ceux qui nous entourent, car on distribue alors, tout simplement, du bonheur. Et d'une façon ou d'une autre, cela rejaillit sur nous. Avez-vous fait l'expérience d'offrir des sourires, des mots aimables, un peu de temps, une attention à ceux que vous croisez ? Non seulement vous récoltez en retour le bien-être de l'autre, mais en plus, vous vous sentez bien d'avoir été généreux. Prendre le temps de l'autre, l'écouter, lui faire un compliment inusité,  voire, pourquoi pas, lui "passer de la pommade", cela veut dire aussi, et avant, le regarder, le faire exister. Il ne peut que vous en être reconnaissant. C'est comme un cercle vertueux qui produit en synergie bien plus qu'il ne nous coûte.
Vous en avez forcément fait l'expérience quand vous faites un cadeau : c'est plus agréable de choisir un présent pour quelqu'un à qui l'on veut faire plaisir que de s'offrir quelque chose. Et si certains esprits chagrins vous disent que ce n'est que de l'hypocrisie, ces esprits-là n'ont rien compris aux rapports humains. On ne donne pas pour recevoir, on donne parce qu'on en a envie. Et c'est cela la clé de la gentillesse : c'est un choix, une liberté que l'on exerce sciemment, pleinement.

Mais que se passe-t-il quand celui vers lequel vous faisiez des efforts finit par exiger ce qu'il croit soudain lui être dû ?? Quand belle-maman vous réclame plus de coups de téléphone ? Quand votre vieille voisine récrimine contre la brièveté de vos visites ? Quand vos ami(e)s vous critiquent de n'en faire jamais assez ? Quand votre amoureux exige toujours plus alors que vous donniez sans compter ? Vous fuyez... enfin, moi, en tout cas, je fuis.
Donner ? oui ! Avec générosité ? Encore plus ! Sans attendre de retour (enfin au moins pas à la même aune... car un minimum de reconnaissance est requis) ? Pas de problème ! Mais dès lors que mes attentions deviennent des devoirs, et que ma bonne volonté se transforme en pensum, je me sens piégée, flouée, bernée ! Car ce qui fait la grandeur de cette qualité si décriée qu'est la gentillesse, c'est qu'on l'exerce de son plein gré, parce qu'on le désire. C'est parfois naturel, c'est parfois un effort, mais dans tous les cas, c'est un choix dont on retire la satisfaction d'avoir exercé à bon escient sa liberté.
Or par les temps qui courent, avec la propension que l'on a à tout vouloir standardiser, à faire de chaque comportement un processus qui requiert une fiche pour bien le normaliser, puis à en assurer la traçabilité, on décourage, me semble-t-il, ce qu'on appelait autrefois du joli nom "d'hommes de bonne volonté". Il est en de la gentillesse comme de certains ornements que l'on croit superflus : elle est le sel de la vie et une des plus belles expressions de notre liberté.

Comme l'oiseau, là-haut !!

lundi 17 janvier 2011

JE SUIS...

L'idée vient d'Alba, à qui je vous renvoie pour comprendre cette photo !!
Agrémentée d'une petite crèche, modeste, mais bien classique... car ELLE aime les crèches aussi, même si la saison est aux rangements !!

Et puis, la photo a été prise sur l'île de Ré, ce que ne devrait pas LA laisser insensible.
Non, ELLE n'abandonnera pas mais ELLE a peut-être envie de prendre un peu de recul, ou de "poser", non "pauser" ! Oups !! Vivent les blogs et la liberté de bloguer !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...