mardi 29 novembre 2011

L'ANGELICO : miniatures et détails (2)


Entre 1418 et 1423 donc, Guido da Fiesole devient Fra Giovanni. Plutôt que de me livrer à une étude trop détaillée de son oeuvre et du parcours de l'exposition, qui risquerait de tourner rapidement à la démonstration pédante, je vais me contenter de détailler quelques œuvres ou thèmes, pour le plaisir de me noyer encore une fois dans leurs savoureux détails (le "clicage" sur les photos de l'article vous permettre de mieux profiter de ces détails !)
Pour commencer, comme le fait l'exposition, une enluminure parmi d'autres car Fra Angelico a décoré de nombreux recueils. En effet, après s'être associé en 1417 avec un enlumineur bien connu, Battista di Bagio Sanguini, il a continué, sa vie durant, à pratiquer le genre. Et il le fait avec une minutie, un sens de l'anecdote et une rigueur morale qui sont de tout premier ordre.


Cliquez !!! vous aurez toutes les photos de l'article en diaporama, et, même si elles ne sont pas très nettes, Angelico dans les détails, c'est fait pour être vu en grand !

Cet antiphonaire, unanimement attribué à Fra Giovanni par la critique, contient des antiennes pour le propre du temps, du premier dimanche de Carême au Samedi Saint. La page ici ouverte présente une superbe enluminure sur la lettre I (In monte olive ti oravit ad Patrem) illustrant avec précision le texte puisqu'on distingue sans peine le Christ en prière au Jardin des Oliviers. Agenouillé et implorant, le Christ est secouru par un ange qui lui présente un calice, annonce du sacrifice à venir, tandis qu'en bas de l'image Pierre, Jacques et Jean, inconscients du drame qui se trame, se reposent ! Regardez Pierre qui dort comme un bébé ! 
Le bas de la page explicite la suite des événements puisqu'il représente la Cène au moment où Judas accomplit l'acte indiqué par les paroles du Christ :"Celui qui a plongé avec moi la main dans le plat est celui qui va me livrer". Remarquez que le visage de Judas a été abimé par des moines sans doute offusqués du sacrilège commis par ce dernier !


Enfin, dans la marge, peints avec la verve et la délicatesse qui caractérisent le peintre florentin, 4 petits médaillons rappellent les épisodes marquant de la Passion. Il faut les lire en partant du bas si l'on veut respecter l'ordre chronologique : le lavement des pieds, où malgré la petite taille de l'image, on remarque nettement l'ahurissement de Pierre devant le geste de Jésus, puis dans le même médaillon le baiser de Judas et, en bas à droite ce vilain coléreux de Pierre qui coupe l'oreille de Malchus. Au-dessus la scène du Christ devant Pilate montre sobrement comment ce dernier préfère se débarrasser du problème en remettant l'affaire aux mains des juifs, et enfin le dernier "tondo" montre une scène qui sera souvent reprise dans l'iconographie chrétienne, la dérision du Christ, parfois simplement nommée couronnement d'épines puisqu'il s'agit d'un épisode au cours duquel les bourreaux raillent Jésus sur sa prétendue royauté. Comme souvent chez Fra Angelico la scène n'est pas très violente et se teinte d'une douce mélancolie plus propre à la méditation qu'à l'exaspération.


On retrouve cette "écriture" aérienne et pleine de verve dans certains panneaux peints comme une des deux Thébaïdes exposées  à Jacquemard André. La tradition rapporte que les ermites du premier siècle de notre ère vivaient près de Thèbes en Egypte. C'est là que Saint Pacôme (292-346) fonda le premier monastère régit par les règles du monachisme et à sa suite de nombreux moines menèrent en ces lieux une vie de prière, isolée et industrieuse. Appartenant à une communauté dominicaine qui prônait le retour à la rigueur première, Fra Angelico peignit des Thébaïdes, comme un appel à une plus grande exigence morale. Ces peintures se veulent didactiques et requièrent une vision rapprochée pour en apprécier toute la teneur.
Ces scènes érémitiques n'ont pas pour cadre le désert mais le fertile delta du Nil que sillonnent des embarcations à voiles typiques de la région poussées par des vents fantaisistes. Autour, s'égrènent des histoires édifiantes, destinées à offrir des modèles exemplaires de sainteté contemplative à la vie des moines ou à un public dévot. Promenons-nous dans l'image !!

Un moine reçoit sa nourriture dans un panier hissé jusquà lui par une poulie, on voit un peu plus bas le personnage qui remplit le panier... Un vieil ermite chemine sur un âne tandis qu'un autre assis dans une charrette tirée par un lion bien pacifique, lit un livre rouge qu'on imagine édifiant ! Sur une dernière scène, pendant qu'un autre lion se repaît d'une gazelle égorgée, deux jeunes moines portent un vieux compagnon, toujours plongé dans la lecture !

La même scène se reproduit ici mais le vieillard bénit autour de lui. A droite, encore un moine en lecture dans une charrette mais tirée ici par une jeune recrue ! En bas à gauche le livre change de main et est confié à un visiteur barbu, en robe blanche sans doute venu chercher assistance sprirituelle. Sur la scène du bas à droite, un ermite chemine cette fois-ci juché sur un cerf, tandis qu'à gauche de la scène un quidam offre du pain à un personnage enfermé dans une cellule.

On retrouve ici la scène du panier, et sur la droite, on distingue un personnage grimpé dans un arbre. A terre, un autre semble le supplier de descendre.
Discussions, lectures, partout ces saints hommes semblent préoccupés de lire ou de parler. Ceux de la scène du bas à gauche semblent assistés par deux anges vêtus d'élégantes robes rouges. Près de ceux du bas passe un homme portant une jarre d'eau sur l'épaule : il faut bien que certains se préoccupent de l'intendance !!

Ici un moine accueille un passager sur son esquif à la voile repliée : ce dernier monte par une instable planche de bois et le moine lui tient fermement la main. A côté, alors qu'au premier plan on assiste à la rencontre fraternelle entre deux moines, l'un blanc, l'autre en brun, (on dirait presque un dominicain et un franciscain mais ce serait anachronique de le dire), un autre moine lave les pieds d'un vieillard. Sur le bord du Nil, un pèlerin s'apprête à entrer dans l'eau alors qu'au fond un cerf et une biche folâtrent. Enfin un vieil ermite en colère brandit son bâton avec de grands cris pour chasser le renard venu attaquer sa poule, bien mal en point ma foi !

On se demande si le jeune moine assis aux pieds de l'ancêtre n'est pas en train de préparer quelque nourriture dans un seau. A coté le pêcheur en équilibre instable est en train de faire une jolie prise dans son petit filet ! Plus bas, l'ermite assis à sa table et s'apprêtant à trancher du pain, est étroitement surveillé par le chien noir qui attend les miettes ! Quant à la dernière scène, elle est pour le moins surprenante, voire miraculeuse puisque le moine agenouillé est en train de traire... un cerf !!

Toutes ces scènes, et bien d'autres, entourent la scène principale de la Thébaïde, un peu décentrée sur la gauche du tableau et offerte à la méditation des spectateurs. Dans une ambiance pieuse et fraternelle, on est en train d'enterrer un de ces pieux ermites, dont on devine, à l'affliction et à la vénération dont il fait l'objet, qu'il fut un saint homme. Une auréole fait penser qu'il s'agit peut-être de Saint Pacôme.

A suivre

dimanche 27 novembre 2011

CHABADAMAYOU : Bertand Chamayou, l'intégrale des Années de Pèlerinage

L'ami Gérard, dont vous finissez par connaitre les facéties et les talents, a acquis il y a peu un nouveau Steinway de concert (la gestionnaire que je suis s'arrache les cheveux en pensant à son BFR* mais l'amie se réjouit de son trop évident bonheur), dont son blog se faisait l'écho il y a tout juste un mois. Un instrument somptueux dont il parle l'oeil enflammé et le verbe inspiré !! Si elle n'était avec lui d'une indulgence coupable, que dis-je, amoureuse, son épouse pourrait presque en prendre ombrage. Toujours est-il, que c'est "armé" de ce nouvel instrument que Gérard est parti passer la semaine à Bordeaux pour le tout nouveau (c'est le deuxième) festival "Esprit du Piano"
Que le piano ait de l'esprit, quand on le pratique avec des amis tels que ceux du domaine musical de Pétignac, cela est une évidence ! Pour l'occasion, Gérard s'était équipé de pied en cap en "accordeur chic et choc", plus de nus-pieds mais des chaussures de ville, pas de pantalon baba-cool, mais un super costard italien, très bien coupé, et, bien sûr, ses légendaires gilets, qu'il change, tel une diva, trois fois par jour. Nous, ses amis, de le voir si gandin et si distingué, nous en étions tout émus !!
Car avec Pétignac le piano est avant tout une affaire d'amitié. Des amitiés anciennes, avérées, fidèles et pourtant toujours renouvelées. Car Gérard est d'une grande générosité et il adore "mettre" ses amis ensemble, toujours certain que la mayonnaise prendra. Et, de fait, on se retrouve autour de lui, et on sympathise tellement qu'il peut partir accorder ses pianos sans inquiétude, il nous retrouve tous, attablés et riant à son retour, copains comme toujours et ne s'étant pas même aperçus de son absence. Autant dire que le week-end que nous venons de passer à Bordeaux a été, de ce point de vue là, un grand moment.

A Bordeaux, les appariteurs, pas forcément musclés mais consciencieux et nombreux, traquent l'appareil photo depuis le poulailler pour mieux repérer les contrevenants et, fut-ce Gérard lui-même, les admonester en bonne et due forme ! J'ai donc dû me contenter de la photo Naïve, n'ayant pas eu envie de bombarder Bertrand après le concert, alors qu'il avait besoin de se détendre et d'être en confiance !

Mais le plus important était les concerts, et là, nous avons vécu un événement rare, sublime et incomparable que certains d'entre vous auront peut-être, qui sait, l'occasion de revivre bientôt car "il" va se produire au théâtre des Champs Elysées dès demain, 28 novembre. "Il" ? Mais Bertrand Chamayou voyons, qui a déjà beaucoup fait parler de lui avec les concerts des Jacobins (et tant d'autres puisque ce projet a pris jour pour célébrer l'année Liszt) et que nous avons eu l'immense chance d'entendre ce week-end au Grand Théâtre. Même si ce n'est pas une gloire de l'affirmer, je ne suis pas une fanatique de Listz, et la perspective des "Années de Pèlerinage" sur deux jours ne me faisait pas frémir autant qu'Alter. Oh certes, ayant déjà entendu Chamayou en jouer quelques pièces à Fontdouce, j'étais confiante car je savais qu'il m'avait fait aimer ce qui, souvent, m'assomme. J'ai souris quand il m'a confirmé qu'il est naturel qu'il en soit ainsi tant il est vrai que de nombreux interprètes ne servent pas Liszt avec les égards que ses partitions méritent.
Mais je ne m'attendais pas à l'impression de plénitude, de bonheur absolu, de nirvana pianistique éprouvée ce week-end. Parler de la virtuosité de Chamayou est devenu inutile, son talent est consacré, reconnu, encensé. Mais interpréter comme il le fait ces pièces longues, difficiles et complexes, tient de l'exploit. Sans le moindre effort apparent il découpe, détaille, cisèle chaque plan sonore, rend la partition limpide, évidente, facile à entendre. Son intelligence d'interprétation, son évidente culture musicale, sa maîtrise de l'instrument, tout est au service de l'oeuvre et en rend l'audition tout simplement jubilatoire.
Sa lecture de Liszt est à la fois spontanée et sincère, tout est lumineux sous ses doigts et, particulièrement à l'aise sur ce fameux piano qu'il est allé choisir avec Gérard (malin notre ami, quel meilleur conseiller que cet immense pianiste pour choisir son instrument ?), il nous a décliné avec brio toutes les facettes de l'oeuvre phare de Liszt. Une œuvre intense et grave qui demande à être intériorisée pour être dite avec justesse.
Or non content d'être un concertiste hors pair, ce jeune homme est un individu d'une rare richesse personnelle, intelligent, sensible et ces qualités sont autant d'atouts pour faire vivre la musique dans sa plénitude. Dire qu'il est charmant n'a rien de réducteur même si sa jeunesse a quelque chose de fragile et d'émouvant. Mais s'y ajoutent une vraie humanité, une profondeur d'âme qu'il n'étale pas avec fatuité mais qui s'impose dès lors qu'on a l'occasion de le rencontrer. Et pour jouer Liszt, ce sont des qualités indispensables, quoique rares.
Alors, si vous habitez Paris courrez demain au théâtre des Champs Elysées, même si je crains que le concert soit déjà à guichets fermés. Je vous souhaite que Bertrand soit dans le même état de grâce que ce week-end : croyez-m'en, pour le restant de vos jours vous ne pourrez plus entendre les Années de Pèlerinage de la même façon. C'est bien d'ailleurs le seul défaut de Chamayou : après lui, on a du mal à reprendre contact avec d'autres interprètes !!!


PS à défaut d'avoir la chance de l'entendre en direct, vous pouvez vous procurer l'enregistrement de cette superbe réalisation car le disque des Années de Pèlerinage vient de paraître... devinez ce qu'il y a dans la liste au Père Noël d'Alter !!!!!

*Pour mémoire, et bien qu'après un tel enthousiasme artistique la retombée soit rude, le BFR est le besoin en fonds de roulement et traduit la nécessité, bien banale mais nécessaire pour tout entreprise qui veut survivre, d'avoir de la trésorerie et pas trop de stocks !!

vendredi 25 novembre 2011

CARPACCIO DE CÈPES


La recette est banale mais suppose, pour être réalisée, d'avoir à sa disposition de petits cèpes frais, fermes et charnus, et il est préférable d'avoir fait sa cueillette soi-même pour être sûr de leur parfum. Je ne vais cependant pas vous "la faire", en prétendant que la récolte qui m'a permis de réaliser ce plat de roi est d'origine personnelle. Notre incapacité à tous deux à trouver le moindre champignon est légendaire ! Alter a de graves problèmes d'orientation et quand il se rend en forêt pour ramasser des cèpes, la seule chose dont on soit sûr, c'est qu'il se perd. Partant, très préoccupé de ne pas s'égarer, il n'a plus beaucoup d'énergie à consacrer à la recherche et revient, forcément, bredouille. Quant à moi, ayant la fâcheuse habitude de marcher vite, et le nez au vent, je  ne suis pas, loin s'en faut, dans les conditions optimales pour une cueillette efficace et je fais autant chou blanc que ma tendre moitié. Bref, je vous la fais courte, les pousses étant, en ce moment, magnifiques, notre entourage en ramasse de tonnes, enfin disons des kilos, s'en gave, remplit les congélateurs et finit par se heurter à un douloureux problème de place (voire d' écœurement !). Donc les gens sont généreux et nous avons déjà reçu pas mal d'offrandes gourmandes dont, n'étant pas saturés, nous avons fort apprécié la saveur ! Mais quand arrivent ces cadeaux, et c'est bien naturel, les cèpes qu'on nous donne sont un peu ceux de "fin de saison", gros, gras, parfois très véreux : mais cela n'a aucune importance, et, bien cuisinés, ils sont délicieux ! J'en ai préparé pas mal, congelé les plus beaux pour la venue de ma petite Koka parisienne, pas nécessairement gavée de champignons, et voilà qu'hier un patient en a offert quelques uns de tout jeunes à Alter. L'occasion est trop rare pour n'en point profiter : un carpaccio s'imposait.

La recette en est, ensuite, on ne peut plus basique : il suffit de choisir votre plus beau cèpe (ou plusieurs petits), de le tailler en lamelles très fines (environ 2mm) : un couteau en céramique est, ici, bienvenu car il permet une découpe précise et efficace. Vous disposez les morceaux obtenus en carpaccio sur des assiettes, ajoutez des copeaux de parmesan, du citron pressé, un trait de vinaigre balsamique et de l'huile d'olive. L'occasion pour nous de tester, en attendant d'avoir "la nôtre", celle rapportée de l'île de Ré : une huile d'une teinte alléchante, produite dans les Alpilles, par un certain Olivier Penel à Fontvieille. Et j'atteste qu'elle est remarquable. Pour achever le plat, quelques tours de moulin de sel (ici du sel noir d'Hawaï) et de baies du Sichuan. On laisse macérer au frais pendant une petite heure avant de déguster, au soleil !

Attention, ne surtout pas boire de vin sur cette entrée, à cause du citron. A ce propos, au moment de la préparation ayez la main légère sur ce dernier, j'en ai personnellement mis un peu trop, ce qui "cuit" trop les cèpes et masque un peu leur saveur forestière.
Le verre qui figure sur la photo n'est là que pour accompagner le plat suivant, ici une brouillade aux champignons. Le superbe bolet tête de nègre que nous avons dégusté cru était accompagné de champignons inconnus de nous mais excellents selon leur donateur. Alter a été incapable de se rappeler leur nom mais il me semble, car ils avaient un joli chapeau de couleur brun-jaune, un pied grêle et surtout la caractéristique de noircir fortement à la cuisson, qu"il s'agissait de bolets rudes (boletus scaber). Ne sachant pas trop ce qu'ils donnaient en cuisine, je les avais soigneusement cachés sous les cèpes quand j'ai pris mes photos lors de la préparation, difficile de vous les montrer donc.


Or Alter s'était mis en peine de nous fabriquer le dessert : une recette de meringue qui, on le verra, s'est soldée par une expérience plutôt réussie. J'avais donc pas mal de jaunes d’œufs disponibles, ces champignons inconnus, j'ai ajouté un œuf entier, un peu de lait, quelques patates, préalablement cuites avec les champignons le tout assaisonné à l'ail et au persil et le résultat fut, croyez-moi, savoureux.
Quant aux meringues, Alter se trompa simplement dans la température de cuisson : au lieu des 120° prévu, il les enfourna joyeusement à 220. Environ 5 minutes plus tard, alertée par une odeur de cramé, j'allais vérifier sa recette, et sortis à toute allure du four de superbes monticules de couleur noisette qui s'effondrèrent aussi sec. Le temps de baisser la température du four, ils s’aplatirent  sans autre forme de procès et Alter tout déconfit termina sa cuisson en moins de temps que prévu, une trentaine de minutes à peine, à 120° cette fois. Et, comme souvent quand on fait des erreurs en cuisine, il en résulta des macarons moelleux, tendres à souhait à l’intérieur, délicatement croustillants à l'extérieur, que l'on fourra par paire d'un peu de glace aux cerises et qui s'avérèrent parfaits. Si vous n'aimez pas les meringues dures et cassantes, la recette est géniale et il vaut sans doute mieux les fourrer de glace à la vanille ou tout autre crème glacée mais nous n'avions que des sorbets. Et comme Alter n'est pas "chien", il n'hésite pas à vous communiquer la recette : 4 blancs d'oeufs fouettés en neige, auxquels on ajoute en pluie 220 gr de sucre en poudre (pas de sucre glace) auxquels on aura incorporé 2 cuillères à café de maïzena. A la fin de la préparation, on verse en remuant 2 cuillères à soupe de vinaigre blanc (de vin si possible) et le tour est joué, à condition de bien rater la cuisson ! C'est un vrai délice !

mercredi 23 novembre 2011

L'ANGELICO une exposition hommage (1)


Lorsqu'il est né aux alentours de 1400 dans la province du Mugello aux environs de Firenze, il s'appelait  Guido di Pietro. On a quelques traces de lui alors qu'il était encore civil mais rapidement il rentre dans l'ordre dominicain et devient alors Fra Giovani. C'est Vasari qui, dans ses Vite, lui donnera le surnom d'Angelico, nom sous lequel il est aujourd'hui connu et célébré. Il est même parfois dit "il Beato Angelico", une sorte de pléonasme qui fait allusion à sa béatification par Jean Paul II en 1982. Une forme assez rare de béatification car d'ordinaire la cause des saints, que ce soit pour la béatification ou la canonisation, est entendu à la suite d'un procès. Elles ne sont prononcées en effet par l’Église catholique qu’au terme d’une procédure judiciaire longue et complexe, menée devant les tribunaux ecclésiastiques.Ce n'est qu'après examen attentif de l’ensemble des arguments présentés en vue d’obtenir la béatification ou la canonisation d’une personne qu'elles sont rendues officielles. Mais il existe une procédure spéciale "la confirmation du culte" qui s'applique à des saints vénérés depuis des siècles et reconnus comme saints par les Églises locales. Ils peuvent être insérés dans le Martyrologe romain, après enquête de la congrégation de la cause des saints et sur simple décision du pape, sans qu’il y ait eu besoin de procès de canonisation. Le cas est rare, mais il en fut ainsi Fra Angelico (1387-1455) en 1982 *. Le pape le nomma à l'occasion "patron des artistes" et ne manqua pas d'y faire référence lors de diverses occasions.


Mais la réputation particulière du peintre datait du XVème siècle : dès 1468, le moine Domenico di Giovani da Corella lui dédia, à propos de la célèbre "armoire aux ex-votos d'argent" qu'on admire encore à San Marco quelques vers qui ont fait sa fortune et aussi, sa réputation, un peu figée :
"On y trouve des vases en argent... protégés par un panneau peint à l'extérieur, qu'avait conçu le peintre Angelico... il ne fut inférieur ni à Giotto, ni à Cimabue... Il s'épanouit lui aussi orné de nombreuses vertus, il fut d'un esprit doux et d'une grande intégrité religieuse". Le ton était donné. La tendance à considérer le peintre comme un artiste substantiellement, voire exclusivement voué à une interprétation dévote de ses thèmes figuratifs, au service de leçons édifiantes, était lancée de façon précise et qui fut durable. Cette propension, renforcée par les remarques de Vasari, fit florès et fut reprise, défendue avec ardeur et fit autorité durant des siècles. 


Les français, dit-on, vouent une admiration particulière au moine peintre. Sans doute est-ce un effet du succès important qu'il rencontra auprès des artistes et des critiques d'art au début du XIXème. C'est ce qu'il est convenu d'appeler le courant puriste qui trouvait dans le peintre toscan son idéal d'intensité religieuse : le rêve d'une vie claustrale, consacrée à la prière et la peinture telle que Puvis de Chavanne a pu la célébrer dans sa toile "l'Inspiration chrétienne", restauration des valeurs mises à mal par la Révolution inspirée des Lumières. Plus tard, la fortune visuelle et critique de Fra Angelico trouva un regain d'intérêt auprès des Symbolistes, de Manet ou des nabis. Toujours est-il que la réputation du maître ne s'est jamais démentie et que la très rare exposition qui lui est consacrée par le Musée Jacquemard André sous le titre "Fra Angelico et les maitres de la lumière" connait un succès public à la mesure de l'attachement que nos concitoyens portent à ce peintre plein de charme.


Mais les commissaires de cette exposition ont voulu profiter de l'événement pour que soit définitivement dépassé le pont de vue réducteur qui ne s'attache à la condition religieuse du peintre et à sa représentation exclusive de scènes sacrées ayant conduit à une interprétation limitée de son œuvre.
L'idée de cet hommage est née d'une confrontation entre la très riche collection italienne de Nelly Jacquemard et le pôle muséal florentin qui ont décidé d'unir leurs trésors pour nous offrir un parcours rendant compte de l'art sacré et de l'art profane, de l'art public et de l'art domestique, créé aussi bien par de grandes personnalités que par des ateliers d'importance moyenne, bref de la vie artistique d'une région frémissante d'idées, la Toscane des années 1400 à 1450.


Car, en ce début du XVème siècle, la région était un foyer bouillonnant d'idées, de découvertes, de recherches en tous genres où Fra Angelico ne sera pas le dernier à participer à cet élan de l'art sous toutes ses formes, architecture, sculpture et bien sûr, peinture. On n'a pas beaucoup d'informations sur les début de son activité de peintre mais on sait qu'il était déjà actif en 1417, date à laquelle, encore laïc, il entrait à la Compagnie de San Niccolo al Carmine (introduit par le peintre Sanguini). De même, on dispose de la trace d'un paiement qui lui fut consenti en 1418, avant son entrée dans les ordres, pour un tableau d'autel réalisé pour Santo Stefano al Ponte. On est donc certain qu'il était déjà actif et en pleine possession de ses talents à la fin des années 1410, plongé avec passion dans le bouillonnement artistique qui caractérisait alors la ville de Florence.
La scène culturelle florentine était marquée par un climat de grande ferveur, de grands débats doctrinaux et théologiques et l'importance de grands chantiers, tant laïcs que religieux. C'est dans cette ambiance passionnante que le jeune Guido devait faire ses choix de vie et les choix artistiques qui ont marqué sa carrière. Il prononça ses vœux entre 1418 et 1423 et entra au convent dominicain observant de Fiesole.

* "Fra Giovanni, cet homme éminent par la vie spirituelle et par l’art, nous a toujours attiré au plus haut point ; c’est pourquoi nous pensons que le moment est venu de le placer dans une lumière particulière au sein de l’Église de Dieu, à laquelle il ne cesse de parler aujourd’hui encore à travers son art céleste. En conséquence, après avoir examiné l’opinion de certains de nos prédécesseurs sur la sainteté de vie de Fra Giovanni da Fiesole, appelé « Fra Angelico », sainteté sur laquelle s’accordent d’autres personnes remarquables sur le plan de la religion et de l’art (comme le prouve la grande masse de documents rassemblés entre 1960 et 1963 par la section historique de la Congrégation des rites) ; de même à la suite de demandes répétées adressées au Saint-Siège par des cardinaux, des évêques, des religieux et en tout premier lieu l’Ordre des Frères Prêcheurs. sans oublier des laïcs, tendant à ce que nous accordions les honneurs liturgiques à Fra Giovanni da Fiesole, nous, en toute connaissance de cause, compte tenu des éminents mérites dans l’Église de ce Fra Giovanni da Fiesole, uniquement guidé par le bien des âmes, nous avons décidé, par motu proprio et en vertu de notre autorité apostolique, de concéder, en signe de grâce spéciale, que sa fête soit célébrée avec le titre de «bienheureux » aussi bien dans la liturgie des heures que dans l’Eucharistie. Comme mémoire obligatoire dans la basilique de Santa Maria sopra Minerva, où repose son corps, et comme mémoire facultative dans l’Ordre tout entier des Frères Prêcheurs".

La béatification de Fra Angelico (mort en 1455) par Jean-Paul II à Rome le 3 octobre 1982, motu proprio concédant son culte à l’Ordre dominicain.

 "Comme je le disais à Rome en proclamant le bienheureux Fra Angelico patron des artistes, “en lui la foi est devenue culture, et la culture est devenue foi vécue . . . En lui l’art devient prière” (IOANNIS PAULI PP. II Homilia occasione oblata celebrationis iubilaei artificum in basilica S. Mariae supra Minervam, 2, die18 feb. 1984: Insegnamenti di Giovanni Paolo II, VII, 1 (1984) 430).

J'ai aussi appris, en me renseignant sur la béatification de Fra Angelico qu'un procès est en cours au Vatican pour la béatification... d'Antoni Gaudi (1852-1926), catholique et fervent mystique. L’Eglise veut ainsi réaffirmer le lien entre l’art et la foi, la beauté et la vérité. En projetant de canoniser Gaudi, elle veut singulariser la figure de l’artiste ; voilà cinq siècles en effet, qu’il n’y en a aucun qui se soit distingué par sa foi — Fra Angelico ayant été le dernier honoré ! Gaudi incarne l'idée de Jean Paul II, polonais patriote et artiste, que la foi est pleinement vivante quand elle se transforme en culture. 

Note : les photos sont des montages d'après le catalogue de l'exposition.



lundi 21 novembre 2011

PY QUE PIRE...



Après l’Odéon, le Roméo et Juliette d’Olivier Py est parti en tournée. Un Shakespeare à La Rochelle, cela ne se rate pas, d’autant que Py nous a, parfois, agréablement surpris. Certes l’argumentaire aurait dû nous alarmer : quand un metteur en scène prétend dépoussiérer, rajeunir, réinventer une pièce qui a fait ses preuves, et ce, depuis des siècles, il conviendrait d’être méfiant. Mais Roméo et Juliette se prête volontiers à une grande liberté de mise en scène tant son histoire est éternelle et, partant, turbulente, juvénile, contrastée… alors allons pour la réinvention.
Py, qui prétend qu’on connait mal la pièce, a pris les choses très au sérieux et a commencé par la retraduire. Qu’il ait préféré qualifier un jeune homme de « fils de pute » au lieu du plus édulcoré mot  de « faquin » (au demeurant délicieux à entendre !!), pourquoi pas : on sait que la langue de Shakespeare était verte, vigoureuse et, dans certaines scènes, ne s’embarrassait guère d’hypocrisie sociale. Mais qu’à force de libertés on ne reconnaisse quasi pas ce qui fait la poésie, l’inventivité, la richesse de ce texte finit par être exaspérant.
Mais là n’est pas le pire. Passe encore le décor : Py affectionne les machineries type échafaudage que des assistants besogneux trimbalent sans arrêt d’un coin à l’autre de la scène : cela tient du tic ou de la manie, mais on peut le supporter. Qu’ils transportent avec autant de constance des tables dépareillées, les alignant et les mélangeant, les allumant de quelques vagues lampions, relève de la même affectation, très tendance, de décors minimalistes. Mais on ne peut s’empêcher d’avoir une vague inquiétude en voyant dès l’entrée un pianiste vêtu d'une tenue militaire, des palmiers postiches et un rideau de néons blancs au fond d'un plateau quasiment nu. On se dit qu’il ne faut pas avoir d’a priori et l’on se morigène pour plus d’ouverture d’esprit. La pièce peut commencer.
Et là, c’est confus, brouillon, terriblement gratuit, même si monsieur Py prétend avoir une vision originale de la pièce. Il entend nous démontrer que « s’ils s’aiment, ces deux amants sublimes, c’est parce que leur amour est impossible. Ce n’est pas malgré le monde, la société, les préjugés, l’hostilité entre leurs deux familles ou leurs propres penchants qu’éclate le coup de foudre – c’est bien plutôt à cause de tous ces obstacles ». 
Pourquoi pas, mais de là à en faire des pantins désarticulés et surtout sans âme, qui s’agitent avec un tel entêtement qu’on ne voit plus que leurs cabrioles au détriment du texte, il y a un pas trop aisément franchi par Py. Qu’il ait voulu débarrasser la pièce de son romantisme jugé par trop banal, cela se comprend aisément même si, bien joué et mis en scène avec goût, cette allégorie archétypale de l’amour contrarié et tragique conserve, quoi qu’il arrive, un charme infini. Mais de là à se vautrer dans un expressionnisme effréné, qui gomme tout sentiment, qui barbote dans le cru et le vulgaire, qui surtout dépouille le texte de Shakespeare de ce qui fait son enchantement, cela n’a plus aucun intérêt. Sauf à prétendre que le public est trop sot pour supporter du beau texte et les envolées lyriques de l’auteur élisabéthain, rien ne justifie de nous donner à entendre cette bouillie sonore. Mal dite même si les acteurs font ce qu’ils peuvent : les bruits annexes, les déplacements de décor, les essoufflements qui les prennent tant ils sautent et s’évertuent à escalader tables et boîtes, finissent par brouiller durablement l’audition. Au point qu’on s’ennuie et que, faute de pouvoir s’endormir, on n’a qu’une hâte : en finir avec toute cette agitation.


Mais le pire est, qu’à force de craindre de tomber dans le romantisme et le sentimental, Py finit par obscurcir le discours. Et je me suis dit plusieurs fois que si je n’avais déjà entendu Roméo et Juliette, j’aurais eu du mal à suivre et à comprendre. Les événements nous sont balancés dans la figure de façon tellement dépouillée qu’on ne sait plus où l’on en est, et cette mise en scène totalement dénuée d’émotion se révèle vite indigeste. Si Shakespeare se montrait volontiers paillard et drôle, sa pièce est cohérente, construite, savante dans sa progression dramatique. Avec Py, rien de tout cela : étourdis par sa mise en scène crue et scabreuse, on ne croit plus du tout aux sentiments des amants. On ne croit plus à plus rien d'ailleurs, tant notre attention se disperse. D'autant que certains acteurs jouent plusieurs rôles. Ce qui manque singulièrement de crédibilité, surtout quand les hommes endossent des personnages féminins.
Mais par dessus tout, je défie quiconque n’a pas lu ni entendu la pièce auparavant de comprendre que Juliette aime Roméo, et que ce dernier l’idéalise, l’adule, la rêve et l’invente… L’âpreté du langage, la violence des protagonistes, leurs outrances gestuelles, l'affirmation forcenée d'un réalisme exacerbé n’apportent rien à la pièce et en détruisent insensiblement, mais sûrement, le charme. 
Il est de bon ton de crier au miracle, de saluer l’inventivité de Py, mais je suis désolée, j’étais venue voir Shakespeare et ce méticuleux travail de déconstruction pour réappropriation à son profit exclusif m’a fortement déplu. Il n’avait qu’à écrire une pièce dans laquelle il aurait, "dans le genre de", réinventé l’histoire des amants de Vérone. D'autres l'ont fait, et avec talent ! Car il est plus qu'évident que ce qu'il nous raconte, cette agitation incessante, cet amour violence, cette façon de tout mettre sur le même plan, de zapper d'un sentiment à l'autre, d'une situation à l'autre, c'est un peu de notre civilisation qu'il expose. Et, en tant que tel, ce n'est pas sans intérêt, mais ce n'est plus tout à fait du Shakespeare. Nous avons fui à l’entracte, lassés par les facéties gratuites des acteurs, les caricatures un peu veules, les facilités de bas étage du metteur en scène et surtout par l’absence totale d’émotion d'un texte qui, d’ordinaire, prend aux tripes !

samedi 19 novembre 2011

AUTOUR DU PUITS SALÉ : le sel et les olives


Quand mes ancêtres italiens, venant de Gaeta, arrivèrent à Marseille, les hommes trouvèrent à s'employer sur les chantiers navals alors nombreux dans cette région. Et les femmes trouvèrent de petits appoints dans des activités commerciales de proximité. C'est ainsi que mon arrière grand-mère, pendant qu'elle envoyait ses filles vendre du poisson, tenait une petite épicerie au Vallon des Auffes. Le site s'est encombré de hautes barres d'immeubles tout à fait disgracieuses qui en gâchent l'authenticité, mais le premier plan est singulièrement inchangé et il me plait d'imaginer que la boutique de ma bisaïeule était installée dans une de ces maisons entourant le fond de la rade.
Toujours est-il que la brave femme vendait, comme tout épicerie qui se respecte, tout une collection de produits alimentaires dont ... des olives cassées. Un cousin me racontait qu'à l'époque où des olives, qu'elle achetait à des producteurs locaux, elle réunissait de gré ou de force toute la famille qui, immigration oblige, était nombreuse, et tout ce petit monde cassait, cassait, pour confectionner ensuite des tonneaux et des tonneaux de fruits à la valeur ajoutée certaine ! Le cousin ayant un olivier, il a pensé à demander à ma grand-mère, peu de temps avant qu'elle meure, la recette familiale et il me l'a l'autre jour confiée afin que je la teste à mon tour.


On ramasse les olives quand elles sont assez grosses, mais encore vertes et fermes, pas mûres car sinon elles sont trop huileuses. Armé d'un petit maillet de bois (en fait ça c'est la recette, mais nous avons utilisé un verre à fond épais) on frappe les fruits d'un coup sec afin de les éclater proprement, sans les écraser. Et on les jette immédiatement dans un grand baquet d'eau pour éviter que la blessure noircisse. 
Quand cette opération est terminée, on commence la désamérisation qui, avec les olives cassées est plus rapide qu'avec les entières et qui, selon ma recette, dure 9 jours. Chaque jour, voire deux fois par jour, on change l'eau du baquet en prenant soin de ne pas exposer les olives à l'air !


Le dernier jour on prépare la saumure : dans de l'eau salée à 8 à 10% (entre 80 et 100g de sel par litre d'eau) on immerge les ingrédients qui parfumeront les olives : zeste d'orange non traitée, quelques gousses d'ail, thym, quelques feuilles de laurier, du fenouil, des grains de poivre, des grains de coriandre. On fait bouillir cette préparation environ 15 minutes et on verse le mélange préalablement refroidi sur les olives qu'on a tassées dans un bocal. Il peut être utile de protéger les dernières olives par ces fameux ingrédients car le souci est d'éviter que les olives surnagent et, de fait, noircissent. Il ne faut pas rêver, la cassure s'assombrit forcément mais cela n'enlève rien au parfum de la préparation qui sera consommable environ un mois plus tard. C'est délicieusement parfumé et vraiment savoureux. N'hésitez pas à goûter pour savoir si c'est prêt. J'ai, quant à moi, conservé le bocal au frigo, ayant eu par le passé des ennuis avec des saumures mal dosées.


Ne sachant pas trop ce qu'allait donner cette mixture je n'en ai fait qu'un bocal, laissant les autres olives sur l'arbre afin qu'elles mûrissent. Ce qu'elles n'ont pas manqué de faire, et copieusement, car le mois de septembre a été très chaud et particulièrement propice à la maturation. Il était donc temps avant-hier, de ramasser notre précieuse récolte pour l'amener au moulin à huile dont je vous ai déjà parlé !


Une jolie balade puisqu'il se trouve sur l'île de Ré, mais que ne ferait-on pas pour faire presser "son" huile ? Et là, l'initiateur du seul moulin à huile d'olive de la région, est totalement dépassé par son succès. Quand nous sommes entrés dans le magasin, armés de notre petit panier, c'était la queue (un jeudi à 17h30 !!) et quand nous sommes ressortis, il y avait encore plus de monde ! L'année a été tellement bonne, et l'idée tellement bien accueillie par les propriétaires de plus en plus nombreux d'oliviers, que le Moulin du Puits Salé est dépassé par son succès. 


A longueur de journée, il réceptionne les olives, marque les cageots afin que chacun soit assuré d'avoir "son" huile, le magasin est encombré de caisses qui s'entassent quasi jusqu'au plafond. Et ensuite, il presse, met en bouteille, étiquette au nom de chacun et enfin livre les précieux flacons aux clients ravis. Et il parait que l'activité prend, d'année en année, de plus en plus d'importance ! Qu'on ne nous dise pas que le réchauffement du climat est une invention !!! Et qu'Aloïs me pardonne l'emprunt qui a inspiré mon titre, plus dédicace que plagiat !!


jeudi 17 novembre 2011

QUELQUES IMAGES DE PARIS


Mais non !! Je vous rassure, il a fait très beau à part quelques averses, juste pour faire briller le pavé !


"Notre" quartier est plein de charme, n'est-ce pas ? Du plaisir de louer un appartement plutôt que de "subir" les minuscules chambres des hôtels parisiens. Et en plus, franchement, c'est nettement plus économique !


Il m'a plu d'imaginer que ces fringants représentants de la police nationale, en vadrouille sur la Seine un dimanche matin, alors que l'un d'entre eux nageait allègrement le long de la rive, recherchaient quelques indices pour une affaire policière digne d'un roman noir !!!




Impressions d'automne

 

Et si c'était Chic ???


Là, en tout cas, je puis vous l'affirmer, c'est GF !! Et, à son air gourmand vous pouvez en être sûr(e) : pas de trucage, on est bien chez Genin, en train de déguster LE fameux Saint Honoré qui, à lui seul, méritait le voyage....


Et, bien sûr, vous l'avez reconnue, voici Koka !! Qui nous a offert un des plus beaux cadeaux qu'on puisse imaginer : elle a pris une semaine de vacances à l'occasion de notre séjour parisien !! Cela valait bien une invitation chez Angelina, au Louvre !

mardi 15 novembre 2011

L'ENVERS DU TABLEAU

Le revers du tableau a même été, parfois, le sujet de trompe l'oeil un peu spéciaux, comme cette huile sur toile de Cornelisz Norbertus Gijbrechts, de 1670, exposée à Amsterdam.
J’avoue qu’il m’arrive souvent de me glisser sur le côté d’un tableau, surtout quand il s’agit d’un panneau de bois ancien, pour tenter d’en voir l’envers, le verso. Car les panneaux sont souvent parquetés et ce travail de restauration tout en finesse et en délicatesse, est absolument fascinant. Pour autant, ma curiosité est rarement satisfaite et, le nez coincé entre le cadre et le mur, j’en suis en général pour mes frais. C’est ainsi que l’autre jour, ayant trainé nos guêtres au Salon "Paris Tableau", j’ai été ravie d’y découvrir une exposition intitulée « L’envers du tableau ».


Cette exposition, proposée par les organisateurs de ce somptueux salon où l’on croisait autant de chefs d’œuvre que dans un musée*, à ce détail près qu’elles étaient à vendre, présentait une petite sélection de tableaux anciens illustrant des intérieurs d’atelier, où les toiles posées contre un mur sont légion. Ma photo est inspirée de peintures sur ce thème,  trouvées sur le net,  car je n'ai pas osé utiliser mon appareil dans le cadre de Paris Tableau.



Puis, dans des vitrines, des fragments de toiles, des carnets d’échantillons, des catalogues, des marques de fabrique de toile, de couleurs, des tampons de restaurateurs, des châssis nus, des outils d’encadrement... bref tout une « matériauthèque » idéale des produits utilisés à l’envers du décor ! Quelques panneaux didactiques nous renseignaient sur le format des supports, les brevets et procédés, les inscriptions commerciales, manuscrites voire peintes que l’on trouve au revers des toiles.


Enfin quelques peintures exposées à l’envers sur des chevalets au centre de la salle permettaient de rêver aux itinérances des œuvres : on y voit la matière, toile, carton, bois, métal, on découvre parfois trace des blessures, déchirures, réparations qui ont scandé la vie de la toile, mais aussi le châssis et surtout la vie secrète du tableau. Les étiquettes des collections auxquelles il a appartenu, des galeries qui l’ont eu en vente, des expositions auxquelles il a pris part, des transporteurs qui l’ont pris en charge côtoient parfois le titre du tableau, pourquoi pas de la main de l’artiste, voire sa signature, une date, des remarques, l’identification du lieu ou du modèle, une dédicace… Tout une source d’informations « vivantes » qui racontent l’histoire du tableau depuis sa création, un univers mystérieux dont on a envie de décrypter les indices, pour mieux comprendre les traces laissées par le temps.

Bien qu’il ne soit pas toujours destiné à être vu, le dos d’une oeuvre peut devenir un terrain d’expression inattendu (messages dissimulés, esquisses, décors, armoiries…). Les revers des volets de polyptiques ont ainsi accueilli les premiers exemples de natures mortes dans l’histoire de la peinture, ou des grisailles qui complétaient le message iconographique de l’endroit.
Et voilà que, le lendemain de cette découverte amusante, nous avons eu l’occasion d’aller admirer au Louvre l’exceptionnel tableau de Daniele da Volterra, qui a retrouvé sa place dans la Grande Galerie après un séjour de 68 ans au château de Fontainebleau, cherche à concurrencer la sculpture en représentant recto verso les deux faces d’une même scène : le combat de David et Goliath. L’œuvre est présentée comme le dernier tableau de Louis XIV car elle a été offerte au souverain un mois à peine avant sa mort. Le décès du roi participa sans doute à son relatif oubli car il faut attendre son retour au Louvre pour qu’elle soit réellement étudiée. Pourtant c’est une œuvre de première importance.


Commandité à Daniele da Volterra par Giovanni delle Casa, ecclésiastique, érudit, poète et surtout passionné par les arts (il projetait selon Vasari d’écrire un traité sur la peinture), le panneau est réalisé sur ardoise, matériau peu courant et coûteux, dont l’utilisation n’est pas fortuite. Outre le fait qu’il permet à Daniele da Volterra de réaliser un véritable tour de force technique, étant donné la taille de l’œuvre, il représente un support réputé éternel, en tout cas nettement plus durable que la toile ou même le bois. Mais surtout l’ardoise est un pierre, mais une pierre qui se refuse au ciseau du sculpteur. Or l’œuvre a pour ambition manifeste de venir soutenir la délicate dispute théorique du Paragone. Le mot qui signifie "comparaison" recouvre un débat, fort prisé à la Renaissance, sur le point de savoir quel art était supérieur aux autres, entre la peinture, la sculpture et l’architecture. Léonard de Vinci lui consacra la première partie de son Traité de peinture, écrit vers 1509 et depuis les arguments allaient bon train : la peinture avait pour principale atout la couleur, mais la sculpture permettait de traduire les différentes facettes d’une forme dans l’espace.

Peint recto-verso pour décrire les deux aspects du combat de David et de Goliath, l’œuvre de Daniele da Volterra participe clairement de cette querelle et, grâce à l’artifice de la double face, prétend  le faire emporter définitivement à la peinture. D’autant, nous l’avons dit, que le support en est l’ardoise, que le commanditaire demanda au peintre de réaliser d’abord un modèle en terre cuite de la scène et, argument suprême, que l’œuvre ajoute à la représentation du « volume » celle du temps ! En effet, les deux scènes ne sont pas strictement identiques, ne différant pas que par le côté par lequel on les voit. L’action est décalée de quelques secondes entre l’avant et l’arrière et lorsqu’on contourne le tableau, on voit subtilement évoluer le récit, ayant presque l’impression d’une peinture en mouvement. Le socle permettait d’ailleurs de faire tourner la peinture et s’il n’est pas d’origine, on peut imaginer sans excès qu’il en était déjà ainsi lors de la création de l’œuvre. La couleur, le volume et le mouvement, ici la peinture l’emporte et aux yeux de ceux qui ont réalisé ce chef d’œuvre, peintre et commanditaire, la querelle du Paragone est résolue !

 La peinture de Paris Tableau ressemblait à s'y méprendre à l'autoportrait du musée de Lancut en Pologne
*J’y ai découvert en particulier, une petite peinture de Sofonisba Anguissola, un charmant autoportrait en train de peindre une madonne, délicate vignette, tableau dans la toile, dont j’ai demandé le prix… histoire de perdre le souffle en apprenant que cette toile, d’environ  25 cm par 15 coûtait la modique somme de 225 000€. On n’imagine pas les fortunes que renferment, pour notre plus grand plaisir, les musées !!

dimanche 13 novembre 2011

ICONOCLASTE (Jaroussky à Bordeaux)

Aucune photo pendant le concert, les hôtesses veillaient et intervinrent même au moment des applaudissements pour prier un quidam de ranger son objectif !
Iconoclaste car je vais, forcément, en faire rugir certains, que dis-je... certaines, à ne pas encenser LE contre-ténor le plus à la mode, le plus applaudi, le plus adulé, en un mot j'ai cité le chouchou de ces dames : Philippe Jaroussky.
Commençons par le commencement : les contreténors, pour nous, cela n'a rien d'exotique. Nous avons biberonné à Dominique Visse, René Jacobs, Andreas Scholl, James Bowman ou Gérard Lesne du temps de leur jeunesse qui, m'en croirez-vous, était aussi, à peu près, la nôtre. Cela nous épargnait jeudi soir au Grand Théâtre de Bordeaux, d'avoir à, comme je l'entendis plusieurs fois lors de l'entracte, nous étonner de son registre et de son répertoire. Car ça y allait bon train dans le grand escalier, au milieu des effluves de parfums coûteux : "Ah, que c'est excitant, je n'avais jamais entendu un homme chanter comme cela (ben voyons !!)" ... "Et cette musique, c'est joli n'est-ce pas, déroutant... mais joli (ah bon ??)". Autant vous dire que le public, tout de costumes sombres et de robes de soirée scintillantes vêtu, était là "parce qu'il est très connu n'est-ce pas (double lauréat des Victoires de la Musique, tu m'en diras tant !) ?" et qu'on "en avait entendu parler à la télévision (ouaouh quel gage de qualité pas vrai !)". Le champagne de l'entracte et les petits fours sous les ors du foyer après le concert participaient aussi de l'engouement général. Donc, les tonnerres d'applaudissement étaient de rigueur, d'égale intensité pour chaque air, ce qui est peu crédible car il est rare qu'un artiste soit absolument excellent dans tous les airs.



Pourtant quand nous reçûmes le programme 2011/2012 du Grand Théâtre, début juillet, comment résister à l'envie de venir écouter, pour de vrai, le "fameux timbre d'or, d'une pureté sans égale" dont nous avons, comme il se doit, fort apprécié les enregistrements. Places furent donc prises, un peu étourdiment je l'avoue, car l'ambiance de ce genre de concert, LE récital où IL FAUT être, a tendance à me gonfler. Places hautes, complètement sur le côté, mais si l'on en juge par l'état du Grand Théâtre, nous n'avions pas à nous plaindre, le paradis étant bourré sur 5 ou 6 rangs, ce qui est inhabituel. Bref, jeudi soir direction Bordeaux en se demandant ce que nous réservait Bison Futé en cette veille de week-end prolongé. Arrivés à bon port assez tôt pour s'offrir un petit verre de vin avant le concert, nous étions en principe en condition pour apprécier le "Feu d'artifice" promis par le programme.
La première partie nous a semblé longue et ennuyeuse : Jaroussky ne chantait que trois airs de Haendel (extraits de Parnessa in festa, Imeneo et Ariodante) mais cela manquait prodigieusement de fougue et de brillant. Oh certes, la voix est jolie, très juste et délicieusement filée. Même si le timbre n'est pas toujours de notre goût, la qualité est au rendez-vous, mais il n'aurait pas fallu plus que les 6 violons et des 2 violoncelles du petit ensemble Apollo's fire pour le couvrir. Le public trépignait, les antiques balcons vibraient sous les piétinements de la foule en délire, mais nous nous sentions vaguement frustrés. D'autant que l'orchestre de Jeannette Sorrell a pas mal amoché au passage un concerto pour violon de Vivaldi, Tempesta di Mare, pour cause de manque de virtuosité de son soliste.
En deuxième partie, le même orchestre a enlevé avec brio et fougue le concerto grosso "La follia" avec justement ce petit brin de folie que seuls les américains savent, parfois, apporter à la musique baroque, et leur triomphe fut complet. Quant au héros de la soirée, il a chanté des airs de Vivaldi, avec beaucoup plus d'aisance, toujours avec une grande délicatesse mais sans engagement excessif. Les bis furent eux aussi plus convaincants mais on ne pouvait s'empêcher de penser que la diva nous a offert un simple récital alimentaire, propre, mais sans réelle implication de sa part, à la diction on ne peut plus approximative et sans grande puissance malgré la joliesse indéniable. Toutes choses éminemment prévisibles en sortant du concours Crespin dont les chanteurs jouaient leur carrière et nous ont donné le maximum de leurs possibilités. Concours qui nous a rendus d'autant plus difficiles que le niveau en était remarquable, malgré l'extrême jeunesse des candidats. Sans doute fatigué par sa tournée aux Etats Unis, assuré de faire hurler le public de joie quelque soit sa prestation, Jaroussky aurait eu tort de forcer et de fait, il nous a présenté un petit récital agréable mais quelque peu décevant. Et comme le disait Alter en sortant "Je comprends pourquoi la Bartoli l'aime bien ce petit, il ne peut guère lui faire d'ombre lors d'un opéra !".
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