Pour avoir quelque chance d'avoir des places pour Atys, la mythique version de l'opéra de Lully dirigée par William Christie en juin prochain à Bordeaux, il nous fallait absolument prendre un abonnement dès le mois de juillet dernier. C'est ainsi que nous avons renoué avec le GTB et vendredi soir assité à l'Italienne à Alger de Rossini dans une coproduction Teatro Real de Madrid, Houston Grand Opera, Maggio Musicale Fiorentino et Opéra National de Bordeaux, une vraie collaboration internationnale !
Composé en 27 jours par Rossini à la demande de son impressario pour relancer une saison musicale pas très brillante, ce dramma giocoso s'incrit dans la lignée des turqueries fort prisées dès le XVIIIème siècle par le public d'opéra. Ecrit par un jeune homme de 21 ans, plein de fougue et d'ambition, l'opéra remporta un succès triomphal à Venise, puis dans toute l’Italie. Stendhal expliquera cet engouement par la «folie organisée et complète» que seule la musique de théâtre, sous la plume géniale de Rossini, peut atteindre, et qui est le gage du divertissement le plus pur. L'opera buffa quant à lui, trouve ses origines dans les intermezzi comiques qui, au XVIIIème sicèle, entrecoupaient les opera seria. Ces courtes pièces, souvent écrites en dialecte, et empruntant leurs personnages à la commedia dell’arte ou à la vie quotidienne, étaient fort appréciées du public pour leur style léger et populaire et pour leur caractère humoristique.
En fait c’est de l’époque des croisades que date la fascination pour l’Orient. C’est tout l'espace méditerranéen, à la fois ottoman, musulman, juif et chrétien qui a suscité dans l'imaginaire occidental une curiosité jamais démenties. Les termes qui le désignent témoignent de la dimension symbolique qui lui est attachée : le Levant, c'est ce lieu sacré où se lève le soleil, où la naissance du jour a vu briller l'aube des civilisations.
Depuis les "turqueries" de la cour de Versailles jusqu’aux Orientales de Hugo en passant par les Lettres persanes (1721) de Montesquieu, l'Orient a passionné la bourgeoisie européenne et inspiré artistes et écrivains. Une partie du mythe repose sur une certaine vision de la femme, véritable métaphore de la terre d’Orient, matrice du monde, terre des origines. Un rêve de luxe et de volupté mêlés qui inspire aux artistes des œuvres où la femme orientale – odalisque, au harem ou au bain turc – occupe une place de choix. Mais Rossini, dans son opéra, nous propose la figure d’une femme émancipée au pays de la soumission féminine, une affranchie dont la liberté de discours semble presque féministe ! Prétexte orientalisant, conte féérique sans enjeu politique, tenant du carnaval et du bal masqué, cette italienne reste une farce, mais peut-être moins superficielle qu’il n’y paraît. Ainsi, entre comique et sentimental, Rossini nous honore d’une grande proclamation nationaliste dans la scène de la révolte des esclaves. « Patria, dovere, onore » n’est sans doute pas étranger à l’idée alors en gestation (nous sommes en 1813) de la naissance d’une nation italienne.
Paolo Olmi est un rossinien de talent : vif, précis, ennjoué et surtout très efficace, il mène tout son monde avec la juste de dose de rigueur et d'entrain qui sied au compositeur. La mise en scène était inventive et fort drôle. Pas d'un comique gras et décalé, non, un cocasse très respectueux du livret. Joan Font est imaginatif, mais ne se contente pas de se faire plaisir, il sert Rossini au plus près. Et croyez-moi, avec une turquerie, dont un texte bêbête par excellence, il faut être fin pour faire rire tout en restant classique dans l'esprit. Pari réussi : c'était fou, épicé, enlevé, coloré, mais de bon goût. Les voix quant à elles, étaient homogènes, pas de véritable diva mais des chanteurs qui jouaient de bon coeur, s'accordaient avec aisance, et qui, sous la baguette de Olmi, faisaient merveille dans cette partition, forcément, jubilatoire. Une excellente soirée dont nous sommes ressortis, l'âme en fête, l'oreille réjouie et l'esprit léger.
Alter avait envie, pour changer des ors de la brasserie du théâtre, d'aller dîner ailleurs : notre hôte nous a recommandé la Brasserie Bordelaise rue Saint Rémi, fort prisée des autochtones. Certes l'entrecôte bazadaise y est succulente et de qualité, mais je déteste quant à moi ce genre d'endroit, où les frites sont recuites, la carte militante en classiques viandus et cochonailles, et où le chef assure en maniant le grill sans imagination. Bruyante, agitée, surpeuplée de gens sirotant des verres de vins en riant fort, conversations trois tons au dessus-de la moyenne, ponctuées de rires épais à des plaisanteries qu'on devine lourdes, service expéditif tant la presse est grande, convives toussant grassement et sans retenue, bref, je vais me faire lyncher, mais je n'aime pas cet environnement. J'aime manger au calme, dans un cadre apaisant et entourée de gens discrets. J'aime les plats légers qui réjouissent l'oeil avant d'attaquer la papille, et qui invitent à la dégustation plutôt qu'à l'ingestion !
Alter avait envie, pour changer des ors de la brasserie du théâtre, d'aller dîner ailleurs : notre hôte nous a recommandé la Brasserie Bordelaise rue Saint Rémi, fort prisée des autochtones. Certes l'entrecôte bazadaise y est succulente et de qualité, mais je déteste quant à moi ce genre d'endroit, où les frites sont recuites, la carte militante en classiques viandus et cochonailles, et où le chef assure en maniant le grill sans imagination. Bruyante, agitée, surpeuplée de gens sirotant des verres de vins en riant fort, conversations trois tons au dessus-de la moyenne, ponctuées de rires épais à des plaisanteries qu'on devine lourdes, service expéditif tant la presse est grande, convives toussant grassement et sans retenue, bref, je vais me faire lyncher, mais je n'aime pas cet environnement. J'aime manger au calme, dans un cadre apaisant et entourée de gens discrets. J'aime les plats légers qui réjouissent l'oeil avant d'attaquer la papille, et qui invitent à la dégustation plutôt qu'à l'ingestion !


















































