mardi 31 mai 2011

FESTIVALS CROISES

Quelques jours d'absence sur la toile pour aller profiter d'un programme musical qui promet d'être sublime. Certes, quand on a la chance d'habiter la Charente-Maritime, il peut sembler absurde d'aller s'encanailler sur l'île d'Aix ou sur l'île de Ré, justement durant le week-end de l'Ascension, alors qu'on dispose de toute l'année pour en profiter : nous allons y croiser la foule forcément dense des touristes venus profiter du soleil qui continue à dessécher la région mais qui, il faut bien l'admettre, est fort agréable. Mais il faut bien admettre que pour faire vivre un festival, il faut un public et qu'en l'espèce la période est porteuse !


En fait, comme l'annonce mon titre, ce sont deux festivals qui vont nous enchanter dans les jours qui viennent.
Le premier, Musiques au pays de Pierre Loti, fête cette année sa 7ème édition. L'âge de raison, comme on disait aux enfants impatients, de mon temps, l'âge de la plénitude pour ce festival voulu et réalisé avec inventivité par Julien Masmondet.

En explorant les correspondances entre musique, danse et littérature lors de rencontres inédites et sous des formes originales, Masmondet se donne pour mission de faire écouter autrement la musique dite « classique ». Qu'on se rappelle simplement l'étonnant concert de Roca Fortis à l'île d'Oléron, où, mise en musique de Ramuntcho par Gabriel Pierné, l'histoire de Loti était dite par Dider Sandre. Les concerts de cette nouvelle édition mèlent tous les genres, la mélodie ou l’opéra, la chorégraphie et l’improvisation mais aussi le récital et la musique de chambre… En vue de sa prochaine création à Istanbul, le Festival accueille même un concert de musique traditionnelle turque consacré à la musique des derviches tourneurs. S'il vous plait de venir en pays rochefortais ce week-end, vous trouverez sur le site le programme complet du Festival, et pourrez en apprécier l'originalité. Voici nos choix :


MERCREDI 1er JUIN
Atrium du musée Hèbre de Saint-Clément - Rochefort
19h « La Valse » - Récital de piano par François Dumont

Franz Schubert : Premières Valses op.9 D 365 (extraits)
Johannes Brahms : Valses op.39
Frédéric Chopin : Grande Valse brillante op.18; Valses op. 69 n°2 et n°1
Reynaldo Hahn : Premières Valses (extraits)
Claude Debussy : La plus que lente
Maurice Ravel : La Valse

MERCREDI 1 JUIN
Atrium du musée Hèbre de Saint Clément
21h « Préludes aux Cérémonies des Derviches Tourneurs » - Musiques du Monde
par le Trio Kudsi Erguner. Concert en partenariat officiel avec l’Ambassade de Turquie et donné dans le cadre de la création du Festival à Istanbul en 2012.

JEUDI 2 JUIN
Jardin du Musée Napoléon ou Salle des fêtes (selon le temps), Ile d’Aix
15h « Violoncelle et Danse »

Guilhem Rouillon, danseur / Florent Audibert, violoncelle

Jean-Sébastien Bach : Suite pour violoncelle seul n°1
Gaspar Cassado : Suite pour violoncelle
Jean-Sébastien Bach : Suite pour violoncelle seul n°3

Après l'île d'Aix, nous irons illico sur l'île de Ré où nous attend un autre événement de taille, concocté par Marc Minkowky qui  crée cette année une nouvelle manifestation, Ré Majeure, qui s'annonce brillante. Minkowsky venait en vacances sur l'île avec ses parents et la famille Casadessus. Il y a acquis une maison à Loix et a immédiatement conçu le projet d'un festival. Le soupçon, quand ce chef reconnu a annoncé une telle intention, a été qu'il importe un événement "parisiano-bobo-élitiste", couru des seuls vacanciers branchés et n'apportant finalement pas grand chose à la culture locale. L'anti "Musiques en Pays de Pierre Loti" en somme !! Pour s'affranchir de telles accusations, Minkowski a eu soin de concocter un programme de très grande qualité mais parfaitement accessible à tous, et surtout, se déroulant en avant-saison, pour mieux l'ancrer dans la vie locale. Il faut maintenant que le public suive et qu'il se montre à la hauteur de ce que lui offre le nouveau directeur artistique du Festival de Salzbourg : Mozart dans un gymnase, des concerts dans les salles des fêtes de l'île, des tarifs étonnamment doux pour des manifestations de cette qualité, il serait malséant de prétendre que cette première mouture de Ré Majeure est élitiste ! Voici nos choix :


JEUDI 2 JUIN à 20h30 - ARS salle des sports – 2 juin – 20H30
Mozart Così fan Tutte opéra version concert
Les Musiciens du Louvre-Grenoble,
Choeur de l’Abbaye Aux Dames, Marc Minkowski
J. Lezhneva, G. Arquez, J. Behr, B. Arnouid, E. Warnier, L. Naouri

VENDREDI 3 JUIN à 18h00
SAINT-MARTIN salle de la communauté de communes
Bach
Thibault Noally violon & Francesco Corti clavecin
VENDREDI 3 JUIN à 20h30
SAINT-MARTIN Hôtel de Clerjotte
Beethoven, Ravel, Debussy & Scarlatti
Alexandre Tharaud piano
SAMEDI 4 JUIN de 10h à 13h
SAINT-MARTIN  Salle des fêtes Vauban
Master Class Così Fan Tutte
Avec les élèves d’Isabelle Guillaud du Conservatoire de Paris, animée par Rachel Yakar et Marc Minkowski

Donc quelques jours de silence pour mieux écouter ! A lundi prochain...
Tout cela sous la houlette inspirée de notre accordeur de piano préféré (!! ben oui ! on n'en a qu'un...) Gérard Fauvin du Domaine Musical de Pétignac qui assurera le service concert de toutes ces manifestations.

dimanche 29 mai 2011

LA SOLITUDE DU TOURNEUR DE PAGES

Mon billet était prêt dans ma tête, et voilà que je découvre, chez Herbert, le lecteur le plus délicieux qui soit, toujours prêt à partager vos émotions et à vous en faire part grâce à un commentaire approprié, ce poème ! C'est la loi des blogs, comme le soulignait Autour du Puits dans mon commentaire sur les baraganes : elle va nous offrir son approche photographique des "respountsous", c'est à dire, et pour faire court, des asperges, poireaux ou aulx sauvages. Les grands esprits se rencontrent, et forcément, comme il y a le club des philosophes amateurs, le club des amateurs d'épluchures de patates et celui des incorrigibles optimistes il y aura dorénavant le club des esprits qui se rencontrent !!
Il faut, comme Herbert, l'avoir fait pour savoir ce que l'exercice du tournage de page en concert est périlleux et angoissant. On est débordé par les notes qui défilent, déboulent, paradent, cascadent, on essaie de s'accrocher aux mouvements des mains, on jongle entre reprise et da capo, bref, on n'entend pas une note du concert tant on est concentré sur sa tache. Il faut se lever au bon moment, éviter, angoisse suprême de tourner deux feuilles à la fois, donc on mouille discrètement son index, et on fonce. Il ne faut pas gêner le pianiste alors qu'on lui passe nécessairement devant, il ne faut pas tourner trop tôt et il est impensable de le faire en retard. Il est enfin préférable d'éviter de faire dégringoler la partition sur le clavier... ou de ne point arriver à décoller la page du livre.
Bref, plus la musique est virtuose, plus le pianiste est célèbre, voire grincheux, plus on est liquéfié d'anxiété. Lisez plutôt le poème d'Herbert, et vous comprendrez !! Regardez les photos parfois un peu floues du montage et vous verrez ces malheureux tourneurs et tourneuses, prêts à bondir, tendus, crispés ou, enfin, soulagés quand l'artiste salue (vous reconnaîtrez Gérard, notre accordeur de génie, dans ce rôle qu'il n'affectionne pas particulièrement !).

Mais pourquoi cet hommage aux tourneurs de pages ? J'avais déjà, dans mon billet consacré au concert Pennetier, salué l'attention discrète mais ô combien efficace de son épouse, pianiste elle aussi, France Pennetier. Et l'autre soir, nous avons assisté à un fort agréable concert, dans notre toute nouvelle salle de spectacle michelaise, concert qui accueillait un quatuor et deux solistes, dont une pianiste, pour un programme original et ambitieux. Et le tourneur de page, d'autant plus méritant que la partition était terrible et la pianiste pas très portée sur le petit signe de tête rassurant qui permet au malheureux de se sentir moins seul, était à lui seul un spectacle. Alter m'a déclaré tout de go qu'il avait préféré fermé les yeux tant il avait peur de ses jaillissements précis, mais périlleux, et de son geste, rapide, mais toujours un peu risqué.
La partition ? C'était "Le Concert" de Chausson, une oeuvre brillante, voire fastueuse qui relègue le quatuor au rang d'orchestre et met en avant les deux solistes. Il y faut un violoniste émérite (je me suis prise à imaginer Augustin Dumay dans ce répertoire qu'il a dû, forcément, s'approprier avec la fougue qui le caractérise) et un pianiste agile et souple. Diana Ciorcali s'est fort bien acquittée de ce rôle et son habileté pianistique nous a enchantés.

Mais ce concert valait surtout pour le quatuor Kadenza, un "jeune" quatuor local qui sortait, le lendemain, son premier disque. Monter un ensemble de chambre demande beaucoup d'investissement personnel, car les membres, faut bien vivre, travaillent en général en tant que solistes, dans des orchestres,professeurs dans des conservatoires, et pour que la formation prenne corps, il leur faut de longues heures de collaboration qui s'ajoutent forcément à un quotidien déjà bien rempli. Comme nous le faisait remarquer Arnaud Chataigner, le fondateur du quatuor, il faut cultiver longuement la sensibilité de tous pour atteindre une vraie complicité, une communion qui est la clé de la réussite. Et cela demande beaucoup de temps, pour s'unir, se répondre, se comprendre aussi. Le quatuor Kadenza, qui travaille ensemble depuis 2004, commence à pouvoir exister vraiment en tant que tel, et soutenu par la Drac et d'autres organismes culturels, il est en train de prendre son envol.

Un quatuor très audacieux quant au choix des oeuvres jouées : aucune démagogie ni mercantilisme dans leur programmation. Ils évitent les classiques rebattus qui font florès parce que tout le monde les connaît et qui "assurent" devant tout public. Ils jouent au contraire des petites perles du répertoire XXème, à découvrir, et qu'ils ont la sagesse d'expliquer de façon très pédagogique avant. Vendredi dernier nous avons ainsi découvert, et apprécié, un adagio déchirant et sublime de Guillaume Lekeu, écrit par ce dernier en hommage à son maître, César Franck, à la mort de ce dernier. Et surtout, surprise et cerise sur le gâteau, la sonate à Kreuzer de Janacek, dont l'exécution très sensible (et surtout fort intelligemment présentée avant) nous a ravis. Janacek, nous étions un peu sur le reculoir, pas facile pour le spectateur moyen !! Alter a déclaré "Va falloir s'accrocher" et c'était ... limpide.
L'oeuvre, écrite par Janacek en 1923 à l'âge de 69 ans, s'intitule exactement "quatuor sous l'impression de la sonate à Kreuzer de Léon Tolstoï", est conçue comme un petit opéra, suite de brèves séquences "chantées" par chacun des 4 instruments auxquels est attribué, chaque fois, un rôle particulier, une voix, un registre de sentiments. L'histoire tragique de Tolstoï, approchée par Janacek avec modernisme car il s'apitoie sur le sort malheureux de l'épouse, se déroule en quatre mouvements, comme quatre actes d’un opéra sans paroles. Au début, on est comme dans un train qui suivrait la Volga. Une ambiance de temps qui fuit, de fleuve qui emporte tout, dans son flot continu et pourtant, déjà, heurté. Puis, l'amant, le violon, tantôt langoureux, tantôt séducteur, déploie un charme qui tranche avec la routine du temps. Même si certaines dissonances annoncent l’imminence de la tragédie, on sent dans le jeu de la séduction qui s'accélère et qui aboutit à la conquête de l'épouse malheureuse.



Je n'ai trouvé que cet enregistrement par d'autres que Kadenza : le 3ème mouvement dure environ 3mn30 et si vous avez la patience de l'écouter, vous entendrez les stridences de la jalousie et de la haine, et à la fin les cris de la femme qui meurt, sous les coups de son époux.
Au troisième acte, pardon au 3ème mouvement, c'est la crise, la jalousie… la haine même ! Mouvement violent où le chant a de plus en plus de peine à se faire entendre. Séquences hachées, habitées de vengeance, soudain jaillit le cri ultime, terrible, hurlé par le premier violon. Le mari jaloux a tué sa femme infidèle. Le quatrième mouvement commence un peu comme "bel alma innamorata" dans Lucia de Lamermoor : c'est un superbe lamento, désespéré, un motif qui égrène tourments et remords, regrets et blessures jusqu'à la déchirure ultime, sans retour.

Il fallait toute la conviction et l'inégalable cohérence du quatuor Kadenza pour nous emporter dans le flot tragique de cette oeuvre inconnue de nous et pourtant, grâce à leurs explications préalables et à leur limpidité d'exécution, étonnamment accessible.Je vous recommande, si l'oeuvre vous intrigue, l'excellent article de Jean Marc Onkelinx qui détaille avec précision tous les aspects nécessaires à la compréhension et à l'écoute fructueuse de ce quatuor.

samedi 28 mai 2011

BARAGANE

Le poireau sauvage, ou poireau des vignes... on encore aillet ! Il en pousse comme à gravelote dans mon jardin non domestiqué, et, cisaillé dans une omelette, c'est délicieux. N'ayant que cette recette en tête, je me suis dit "internet peut-être ??"...
Et bien m'en a pris car j'ai trouvé le bog de "Pagaïe, sors de la cuisine" et cela a donné cette recette : brouillade aux truffes et baraganes "bonne vinaigrette"

Bon, d'accord je ne savais que cette petite gourmandise au goût puissant et pourtant sucré, qu'on déguste ici dès la fin de l'hiver à la croque au sel, après l'avoir cueillie sur les talus et dans les vignes, s'appelle dans la région la baragane. On va se la faire "savant" : il s'agit en fait de l'Allium polyanthum, un peu moins fort que ce qu'on appelle l'aillet en saintonge. Ce dernier, Allium Sativum, donne ces fameux brins d'aillet croqués au matin 1er mai dans nos contrées, accompagnés d'une tartine de grillon et arrosés d'un petit verre de vin.
Revenons au poireau sauvage, qui pousse plus tôt et qui est plus doux comme saveur. J'ai donc trouvé chez Pagaïe cette idée fort alléchante d'une recette aux oeufs brouillés avec des lamelles de truffes. Et cela s'est avéré un vrai délice, un mets d'un rare raffinement dont je ne saurais trop vous recommander la réalisation. Je vous laisse vous reporter au site du "maitre", car il s'agit bien évidemment d'un "grand" en cuisine : il fait des concours, élabore des recettes très au-dessus de mes capacités, et réalise des compositions savantes dont la complexité me laisse pantoise.
Celle des baraganes est simple et savoureuse : j'ai commencé la brouillade au bain-marie mais ai dû la terminer à feu plus affirmé. J'ai, comme il le conseille, rajouté mes truffes crues en fin de cuisson. C'était des truffes de saintonge et leur parfum a ainsi été intégralement conservé. J'ai bien respecté le vinaigre balsamique vieilli en fût pour la vinaigrette, mais j'ai remplacé l'huile de pignons par une huile de noisette, qui m'a semblé donner un résultat très honorable. Enfin, malgré les remords qui me lancinaient, j'ai ajouté crème fraiche puis beurre coupé en dés dans la brouillade : ne ratez surtout pas cette dernière étape, ce beurre refroidit votre mixture et arrête la cuisson des oeufs qui, sans cela, pourraient continuer à coaguler vous fournissant une omelette ratée et non des oeufs brouillés. Le choix du vin, pour accompagner ce mets de luxe, aux allures faussement champêtres, méritera tout votre attention : un Pomerol ou un Saint Emilion devrait pourvoir être à la hauteur.

PS petite remarque au passage : le site Petit Chef plagie la recette de Pagaïe sans citer ses sources, sans le moindre complexe et sans la moindre pudeur, selon une méthode qui semble vraiment très "tendance" dans le domaine culinaire. L'intégralité du billet est recopié de la façon la plus irrespectueuse qui soit. C'est proprement révoltant et mérite d'être dénoncé et montré du doigt, même si l'on ne peut pas y faire grand chose. Hommage soit rendu aux "créateurs" et que les autres aillent pourrir en enfer.

jeudi 26 mai 2011

¡ ESPAñA ! DETAILS

Suite de la visite de l'exposition ¡ España ! de Bordeaux, dont j'ai choisi de vous montrer quelques détails, pittoresques ou savoureux. Même si les oeuvres présentées ne sont pas toutes d'une grande qualité artistique, ou du moins n'obéissent pas forcément aux normes de goût actuelles, il m'a semblé intéressant de vous les "raconter".
Charles Porion (1814-1868), El descanso (moeurs de Valence), 1856.
Certainement pas un des peintres les plus connus qui soient, sa verve anecdotique n'étant plus très à la mode de nos jours. La position alanguie et légèrement artificielle de la jeune femme dénote l'influence néo-classique d'Ingres (1780-1867). Porion aborde dans cette oeuvre le thème du repos, de la fête et sans doute celui de la séduction.


Les détails sont savoureux : la cruche suspendue marquant l'axe du tableau qui invite à l'attente, les espadrilles savamment cordées du joueur de guitare, les tissus enchevêtrés, les multiples ustensiles, gourde, tambourin, outre suspendue à une branche, pendant d'oreille chatoyant, tout invite à laisser son regard errer sur cette scène intime à laquelle, comme le spectateur anonyme qui y assiste en retrait, père ou mari, nous sommes conviés.

Pierre Nolasque Bergeret, Charles Quint ramassant le pinceau de Titien, 1808
 
Encore un peintre trop conventionnel pour être apprécié de nos jours. Auteur d'œuvres allégoriques en faveur de l'Empire, de peintures d'actualité et de commandes officielles, il connut un succès certain au début du XIXème siècle.Il aimait aussi s'exprimer dans ce qu'on appelle le style troubadour, et se plaisait à décrire des scènes supposées historiques reconstituées dans un goût théatral prononcé. "Honneurs rendus à Raphaël sur son lit de mort" (1806, Allen Art Museum, Oberlin College, Ohio), "Anne Boleyn condamnée à mort" (1814, Paris, Musée du Louvre), "Marius méditant sur les ruines de Carthage" (1807, Art Institute de Dayton, Ohio) sont tout à fait dans la veine de la toile bordelaise que je vous propose pour son interprétation, assez croquignolette : selon la légende, Charles Quint tenait le peintre Titien en si haute estime qu'au cours d'une séance de pose à l'atelier de celui-ci, il consentit à retirer son gant pour ramasser un pinceau tombé à terre. Remarquez combien ce bon Charles Quint ressemble à notre roi François et l'obséquiosité de bon aloi du peintre vénitien. On aurait tendance à railler de telles saynètes à visée moralisatrice, mais notre culte de l'image et l'usage immodéré que nous faisons des cancans "people" sont-ils plus recommandables ?

Georges Berges (1870-1935), Espagnole sous la moustiquaire, 1905

Dans un tout autre genre, cette toile de Berges a retenu mon attention, malgré sa maladresse évidente, à cause de l'enthousiasme qu'elle déclencha chez un ami du peintre, qui en fit un éloge appuyé. Et l'ami en question n'est autre que Saint John Perse s'investissant pour l'occasion du rôle de critique, "compagnon" selon lui de l'artiste. Il voit, derrière ce que certains considèrent, dit-il, comme du "mauvais goût", tout la signification de cette terre d'Espagne où "la nature ... n'a souci de l'accord ou des complémentaires : ... rôle très beau des oranges en teinte plate, cerne étroit du feuillage bas, comme un front bas de fille, et qui charge tout le sens prostré de cette toile si bien close; enfin la course vive, au long de la moutiquaire, de cette tresse de couleur crue propice, après le bleu verdâtre, à faire éclater dans sa puissance d'affirmation le corps nu d'une femme simplement pesante en sa chair grasse, toute subie, toute aimée, et qui semble occupée à prendre conscience du poids de ses deux seins, de la moiteur de son aisselle et de son ventre, par rien d'autre disctraite que par ce vain soulier de satin rose et par ces bagues, encore plus vaines, à ses maisn grasses". Pas de doute, le critique est aussi lourd en l'espèce que le peintre !! Je vous épargne la suite de son babil emphatique d'où il ressort, finalement, que "l'Espagne est une terre puérile de cruautés esthétiques, dernière marche de l'Occident dans le Sud violent" et que si le peintre s'exerce devant nous à un exercice douteux, le mauvais goût ne lui en est pas imputable. Bien au contraire, apparait dans son oeuvre "le respect et l'amour de la nature, mais encore l'intelligence d'un pays et d'une race". Ouf... CQFD !! si vous ajoutez à cela que la toile mesure 2 mètres par 2, vous imaginez le choc !!


Bernardo Ferrandis y Badenes (1835-1890) Le Tribunal des eaux de Valence en 1800

Une coutume, encore vivace de nos jours, est à l'origine de cette immense toile dont l'auteur a eu le soin de nous décrire les caractéristiques dans les moindres détails, accompagnant sa toile d'un dessin descriptif qui liste les différents protagonistes de l'histoire.

Cette institution, chargée de régler les conflits concernant l'irrigation entre les paysans de la plaine de Valence, se réunit chaque jeudi à midi pile, avec ses assesseurs, dans la Casa Vestuario sur la Place de la Vierge à Valence pour discuter de différents sujets. L'huissier, avec l'autorisation du président, appelle les accusés de chacun des canaux, avec la phrase traditionnelle « Denunciats de la sèquia de…! (accusés du canal de…) » Le jugement se déroule rapidement, oralement et entièrement en valencien. Le plaignant, qui est généralement le gardien du canal auquel appartient le contrevenant, expose le cas devant le Tribunal, et ensuite l'accusé se défend lui-même et répond aux questions du représentant du canal auquel il appartient.

C'est ensuite que le Tribunal, à l'exception du représentant du canal en question, décide de la culpabilité ou non de l'accusé. Dans l'affirmative, le représentant du canal fixe le montant de l'amende à payer, en accord avec les règlements de sa propre Communauté d'Irrigants. Aujourd'hui encore l'amende se compte en « gages », comme à l'époque médiévale, un gage correspondant au salaire journalier du gardien du canal.

L'artiste hésite ici entre peinture d'histoire et peinture réaliste et, même s'il est maladroit dans les proportions ou le rendu de la perspective, insiste sur l'individualisation de chaque protagoniste, dont il dresse des portraits pleins de verve.



Du 18 au 20 décembre 1997 les plus éminents experts mondiaux se sont réunis à Valence dans le cadre du programme sur le « Nouveau Millénaire » de l’Unesco. Leur objectif était alors de tracer les grandes lignes d’une coopération internationale quant aux litiges relatifs au partage de l’eau. Le besoin d’un Tribunal Mondial de l’Eau, qui n’a pas encore vu le jour, était alors l’un des principaux enjeux de cette rencontre.



Giovanni Boldini (1845-1931), Portrait de Cecilia de Madrazo Fortuny, 1882.

Cecilia de Madrazo Fortuny est issue d'une illustre famille de portraitistes officiels en vogue à Madrid au XIXe siècle. En 1889, déjà veuve de Mariano Fortuny y Marsal depuis 1874, elle emménage avec son fils, Mariano âgé de 18 ans, le futur concepteur de la fameuse lampe, dans le palais Martinengo, dans le Dorsoduro, face au Grand Canal. Elle y mène une vie retirée, vouée au culte du souvenir de son mari et à l'amour de l'art. Cécilia Fortuny y Madrazo aimait y recevoir des artistes et des écrivains : Isaac Albéniz, Jose Maria de Heredia, et plus tard : Henri de Régnier, Reynaldo Hahn, Marcel Proust, et Paul Morand. Elle possédait une collection de magnifiques étoffes anciennes qu'Henri de Régnier eut le plaisir d'admirer quand il lui rendit visite, au début des années 1900. "Mme Fortuny nous accueille avec une parfaite bonne grâce. Elle et sa fille mènent à Venise une vie particulièrement sédentaire. Elles ne sortent guère de leur Palais... Malgré la stricte clôture où l'on y vit, le Palais Fortuny est volontiers hospitalier et on y offre aux hôtes de succulentes cuisines valencianes et des pâtisseries compliquées. Mme Fortuny est secondée par sa fille. Ces deux Vénitiennes ont conservé un aspect très espagnol. Leurs fines mains sont aptes à manier l'éventail et le chapelet, et je les imagine déjà palpant les merveilleuses étoffes promises avec la même dévotion dont elles caressent la magnifique cassette moresque en ivoire sculpté et qui, posée sur une table, semble, sous ses ferrures barbares, contenir, auprès de quelque philtre secret, on ne sait quel mystérieux grimoire de magie".


Montrée de trois-quarts et à mi-corps sur un fond neutre, le visage tourné vers le spectateur, elle enfile un gant comme si elle s'apprêtait à sortir. Elle n'est pas à franchement parler belle, mais sa présence remplit la toile d'un vibration sensuelle. La gamme très variée des noirs rappelle l'art de Velasquez, pourtant la modernité de la facture et la présentation du modèle sont bien de la Belle Époque, à laquelle appartient ce portrait. Le modèle est représenté avec un brio, une touche vive et élégante, hardie et fluide, propre au peintre ferrarais et dont, personnellement, je raffole. On y sent la veuve énergique et pleine de personnalité, saisie presqu'à l'improviste par l'artiste. Je ne cesse de regretter qu'Alter n'ait pas voulu visiter à Ferrare le musée qui est consacré à Boldini et qui, sans doute, permet de découvrir d'autres aspects de son talent, natures mortes, scènes de genre etc... l'artiste étant surtout reconnu pour ses portraits mondains. Circonstance qui le déprécie injustement.

mercredi 25 mai 2011

JEAN CLAUDE PENNETIER

Assister à un concert de Jean-Claude Pennetier, c’est être convié à un moment de partage et de communion intense autour d’un accord parfait : celui des œuvres qu’il a choisies et préparées pour nous. Un des plus grands souvenirs que j’aie parmi tous les concerts auxquels j’ai eu, tout au long de ma vie, la chance d’assister, est celui de ces 3 concerts donnés au Domaine Musical de Pétignac par Jean-Claude Pennetier, sa femme et son fils. Leur amitié avec Gérard Fauvin nous avait valu ces moments magiques où Poulenc, Babar, Debussy, Ravel et les percussions les plus étonnantes s’étaient offerts à nous par l’intermédiaire de Pennetier, de son épouse France (une pianiste remarquable aussi) et de leur fils Georges. Une approche de la musique qui n’a rien de mercantile, qui n’obéit à aucune règle ou mode affadissante et dont on ressort un peu grandi car enrichis d’un partage. C’est pourquoi, à propos du concert que nous avons entendu samedi soir à l’auditorium de l’Abbaye aux Dames de Saintes, j’ai surtout envie de vous parler de l’homme, pour, qui sait, vous donner envie d’aller l’entendre s’il se produit près de chez vous. Et surtout pour le remercier de ce qu'il apporte à son public, qu'il respecte infiniment.

La vocation de pianiste de Jean-Claude Pennetier date d’avant sa naissance, voire même d’avant sa conception, dit-il !! Autant dire que son enfance fut réellement conditionnée et que son rêve d’enfant, modestement éloigné de celui de sa mère, il voulait être organiste (ce n’est pas un révolté Jean-Claude Pennetier !!) se vit opposer la nécessité d’apprendre le piano. Et de poursuivre, de permier prix en premier prix, malgré son idée fixe ! S’il avoue en riant qu’aujourd’hui l’orgue ne le tente plus beaucoup, il a tout de même conservé ce désir pendant de nombreuses années. Être pianiste dès l’enfance, cela en a perturbé certains, Pennetier s’en est accommodé et s’il a eu d’autres velléités, comédien, peintre... il ne s’est pas rebellé. Mieux, il a repris ce métier de pianiste à son propre compte et là où son idéaliste de mère pensait lui offrir une échappatoire au monde, l’art devant aider à vivre hors du monde, il a trouvé que « que l'art est une manière d'exprimer son être profond dans le monde. Et de vivre deux fois plus intensément ». Il n’a pas choisi la musique mais il l’a immédiatement aimée et acceptée.

Enfant doux, rêveur et docile, il est devenu un adulte accompli autour de sa passion. Même s’il déclare que la chose la plus difficile de sa carrière fut de comprendre que sa vie entière allait se passer devant un piano : « N'être que pianiste, alors qu'il y a tant de choses qui me tentent et me passionnent. Le monde est si vaste. Et songer que toute sa vie d'homme ne sera que jouer avec mes dix doigts ! Ce fut très long à accepter et très dur. Maintenant j'ai changé. Peu à peu les œuvres que j'aime jouer m'ont fait sentir que toute ma vie pouvait s'inscrire en elles. Il y a tant de choses qu'on peut faire, qu'on peut dire avec ces touches blanches et ces touches noires, face à cette grande bête qu'est un piano ».

Grand travailleur, il joue environ quatre heures en moyenne chaque jour. « Ce sont des heures que j'apprécie beaucoup. Il y a la technique, certes, Mais il y a aussi les œuvres qu'il faut monter, se mettre dans les doigts, dans la tête et dans le cœur aussi ! Or je monte beaucoup d'œuvres et ça demande du temps. Car il faut toujours un certain temps face à son instrument pour qu'il fasse corps avec vous. Il faut que l'âme soit dans les doigts. Ce contact charnel est essentiel. Il n'y a pas que l'apprentissage et la technique. Il y a ce contact et ça, il faut le nourrir et ça vous nourrit ».
De bien mauvaises photos du concert, prises du dernier rang où l'accoustique est remarquable, avec un méchant téléphone ! Pour saluer la "tourneuse de pages" de choc de Jean-Claude Pennetier : son épouse, France, pianiste elle-même, qui a participé au concert avec tout le dévouement et la complicité requises !

Si j’ai voulu citer autant Jean-Claude Pennetier, c’est parce que ses propos ne sont ni affectés ni convenus : c’est un homme d’une sincérité, d’une honnêteté intellectuelle et d’une rectitude artistique assez rares. Et ses interprétations lui ressemblent : il joue avec une sensibilité qui vous prend au cœur, et vous fait participer, en tant qu’auditeur à sa démarche d’approche de l’œuvre jouée. Autant dire qu’il vous offre beaucoup, car on sent qu’il est « dans » la musique, fredonnée, alternant recueillement et jubilation, sagesse et émotion.


Son programme était d’une audace qui, en ces temps de démagogie outrancière, est à saluer : des œuvres peu connues, voire totalement inconnues des néophites de base, comme cette sonate de Hyacinthe Jadin qu’il nous a fait découvrir avec élégance et esprit. Un de ces défis qui sont tout à l’honneur des interprètes qui s’y adonnent.


L'allegro molto de la sonate op4, n°2 Hyacinthe Jadin (1776 - 1800)  joué par Jean-Claude Pennetier sur un pianoforte Schott de 1830. A Saintes, il jouait le grand  Steinway du Domaine de Pétignac, amoureusement accordé par Gérard.
Hyacinthe Jadin fait partie de ces compositeurs qui auraient pu être une légende et que l’Histoire a laissés injustement de côté. Né, selon les sources, en 1769 ou en 1776, il est mort de la tuberculose (on disait de consomption !!) en 1800, âgé de 24 ou 31 ans. Et au vu de ses dates, la plus grande partie de sa courte vie et de sa brève carrière se déroulèrent durant les temps troublés de la Révolution. Le répertoire de ses œuvres est essentiellement consacré à la musique instrumentale, de préférence pièces pour piano et musique de chambre. La sonate jouée l’autre soir, interprétée tout en finesse par Pennetier, était raffinée sans pour autant être fade.

Tout aussi intimistes, les pièces de Fauré qui suivirent permirent au pianiste de nous guider sur le chemin de ce compositeur qui mérite d’être approfondi. La deuxième partie du concert était consacrée à des pièces religieuses de Listz, jouées avec une simplicité, une forme d’évidence spirituelle qui leur donnaient corps et vie. Jean-Claude Pennetier nous a rendus, le temps d’un concert, plus riches d’émotions et d’intuitions musicales. N’est-ce pas, en soi, ce qu’on cherche dans un concert.


PS les citations de remarques de Monsieur Pennetier sont extraites d'une interview accordée par le pianiste à Alta Musica en 2000.

Pour mémoire : l'évocation de son entretien dans l'émission "à voie nue" sur Culture en 2010 :
Aux satisfactions immédiates du concertiste, Jean-Claude Pennetier préfère l'expérience. A la voix tracée droite, le musardage. Pour mieux revenir ensuite.... Il évoque très librement sa relation particulière à la musique, son refus de la carrière ainsi que les aspects les plus discrets d'un parcours spirituel qui l'a mené à devenir prêtre orthodoxe au sein de l'Eglise roumaine.

lundi 23 mai 2011

¡ ESPAñA !

Je vous en avais déjà parlé, l'annulation de l'exposition sur Diego Rivera prévue ce printemps à la Galerie des Beaux Arts de Bordeaux nous a valu une exposition improvisée ¡ España ! . En fait je ne sais nullement si elle fut improvisée, mais en tout cas, elle n'était pas prévue pour cette période. Quant à l'annulation, c'était pitié de voir que les commissaires avaient déjà rédigé et publié le catalogue, qui est d'ailleurs en vente, beau travail de réflexion sur le peintre cubiste, que l'affiche était prête à poser et, qu'il a, parait-il, fallu renvoyer quelques oeuvres déjà reçues pour la manifestation. Les gardiens eux-mêmes en étaient tout chamboulés.

Ce portrait, de grandes dimensions est peint à l'huile sur toile, mais son exécution d'un graphisme classique donne l'illusion de la technique du fusain. Seuls apparaissent sur la toile les traits du pinceau marquant le dessin en noir, avec pour les parties les plus affinées (tête et main), quelques plages modelées rappelant l'ombre de l'estompe. La composition, toute en courbes entremêlées, est douce et enveloppante.


Cette défection nous a valu une mise en valeur des collections du musée consacrées d'une part aux peintres espagnols, et d'autre part à l'inspiration hispannique propre à quelques peintres français. Je pense que le thème a été construit autour du splendide "portrait d'Olga" prêté par le musée Picasso pour l'exposition Rivera et qui était arrivé à bon port à Bordeaux. Quitte à présenter cette superbe toile, il paraissait logique de broder sur le thème de l'Espagne.

Le rez de chaussée expose les artistes espagnols dont bon nombre sont d'ailleurs venus s'installer en France. Bordeaux fut de tout temps terre d'accueil pour ceux qui fuyaient la terreur politique, que ce soit celle de Ferdinand VII et le Tribunal de la Sainte Inquisition (qu'on pense à Goya) ou plus tard celle de Franco. D'autres venaient, chassés par la pauvreté, en quête de travail. Et puis, les artistes espagnols aiment aller séjourner à Paris, et certains y restent. Ces jeunes artistes vont intégrer ce qui va devenir l'Ecole de Paris et qui, de Montmartre à Montparnasse attirera à elle les esprits les plus ouverts...

Joaquim Sorolla y Bastida Portrait de Madame Dequis, 1913
Sur un fond de tons sombres -verts, gris, marron- se détache le visage de Madame Jeanne Dequis, née Lavaud (1869- 1915), dont le rayonnement est souligné par l’éclat d’une blouse blanche de col délicatement transparent. Un grand chapeau à plumes appuie son élégance discrète et vient équilibrer la composition, réalisée dans une perspective oblique, formant avec le chapeau un V expressif et savamment équilibré par l'aigrette qui retombe sur la droite.


... Ferrandiz, dont je vous parlerai plus en détail dans le prochain billet, Sorola qui s'installe en 1885, qui découvre l'impressionisme qui illuminera beaucoup de ses toiles, Zuloaga arrivé en 1889 et qui va s'essayer à tous les "ismes" qui agitent ce petit monde, Picasso, parisien à partir de 1904 et bien d'autres encore.
 
Henri Achille Zo (1873-1933), La cour des Lions à l'Alhambra de Grenade,

A l'étage, l'exposition décline les artistes français que l'Espagne a inspirés. La vision romantique pour une espagne noire, sensuelle, pittoresque en a marqué plus d'un. Certains, comme Achille Zo, en retiennent des vues pittoresques et de belles évocations des monuments qui séduisent le touriste émerveillé. D'autres évoquent les heures sombres du pays, aimant, surtout en ce XIXème siècle finissant, brosser des scènes historiques d'une reconstitution douteuse, ou évoquer des scènes de genre, des portraits typés, des corridas ou des anecdotes populaires.

Yves Brayer Semaine sainte à Tolède, 1962, aquarelle
1962, aquarelle, et en-dessous, huile sur toile
Rue d'Almuñecar,

Enfin, une salle est presqu'entièrement consacrée à un artiste qui fut très à la mode dans ma jeunesse et pour lequel l'Espagne était une source inépuisable de motifs. Particulièrement à l'aise dans l'aquarelle, Yves Brayer (1907-1990) maniait  l'huile avec la même légèreté, sur un mode coloré et festif, et il est vraiment parvenu à renouveller le genre hispanisant et les thèmes typiques de la corrida, des places andalouses, des patios allanguis de chaleur ou des champs d'oranger croulant sous le soleil.

Gonzalo Bilbao y Martinez, Carmen, 1917. Plutôt que l'héroïne de Mérimée, c'est sans doute l'espagnole stéréotypée que le peintre nous montre. La mantille et son grand peigne rouge, le regard de braise, la posture fière et les couleurs chamarrées de l’ensemble renvoient à une image d’une Espagne pittoresque qui perdurera jusqu’à la fin du XXe siècle dans les cartes postales touristiques kitschs. Vous souvient-il de ces cartes habillées de tissus de pacotille qu'on vendait dans les années 60 ?? C'est ce genre un peu raide que Brayer a su dépasser avec brio.
PS les photos qui illustrent cet article ne sont pas prises à l'exposition mais utilisent les ressources d'internet ou le dossier pédagogique établi pour les visites scolaires qu'on trouve sur le site du musée.

dimanche 22 mai 2011

BAINS DE MER



Si vous avez envie de cliquer pour les voir plus en détail c'est ici :

samedi 21 mai 2011

QUATUORS A BORDEAUX 2011


Année sans concours : je vous rappelle cette manifestation à laquelle nous assistions les années dernières et qui s'organise autour d'une forme musicale qui est sans doute parmi mes préférées : le quatuor à cordes. Héritière directe du concours international d'Evian, créé en 1976, l'épreuve a vu sa notoriété s'affirmer quand elle a été "déménagée" (récupérée diront certains) par Bordeaux en 1999. Depuis le concours revient tous les 3 ans dans la capitale de l'Aquitaine, en alternance avec Reggio Emilia (en 2011) et Londres (en 2012). Les années sans concours, Quatuors à Bordeaux propose tout de même au public un rendez vous sous la forme d'un festival . Durant une semaine, il est possible d'assister à de nombreux concerts et de retrouver aux côtés de formations invitées, les lauréats des Concours précédents.  On peut également assister à des master-class, dispensées aux jeunes formations invitées.

Nous avions choisi la journée qui accueillait le quatuor vainqueur de l'épreuve 2010 à Bordeaux : si vous allez parfois écouter des quatuors à cordes, lisez leur notice bibliographique, telle que nombre de programmes en exposent parallèlement à la présentation des morceaux du concert. Vous verrez qu'il n'est pas rare qu'un quatuor se prévale d'avoir gagné un de ces 3 concours qui a, fort à propos, lancé sa carrière. Nous allions donc entendre au Grand Théâtre de Bordeaux le quatuor Zemlinsky, dans un programme intéressant : Haydn pour le quatuor dit "de l'Empereur", le quatuor numéro 3 de ce fameux Zemlinsky, et le quatuor numéro 2 de Mendelsohn. La formation vainqueur en 2010 est arrivée dans la salle de son triomphe en jetant sur le public un regard confiant et rassuré : enfin ils allaient jouer en ces lieux de façon décontractée, et non en tremblant de décevoir un jury, dont on sait qu'il est intransigeant. Habitués au public du concours, forcément mélomane et très au fait des moeurs musicales, ils ont été un peu surpris par la manie bordelaise d'applaudir sans discernement entre chaque mouvement, et la déconcentration qui s'en est suivi n'était pas à leur avantage. Toujours impeccables d'un point de vue technique, ils n'avaient pas l'inventivité qui a fait leur succès l'an dernier. Ils ont joué certes avec brio, mais sans cette inquiétude qui, finalement, sied aux concertistes. Un bon concert, mais loin des émotions du printemps 2010.

Pas de doute, la musique de chambre demande une sacrée forme physique : comparez le dos du violoniste entre le début du concert et une heure plus tard !!

A midi, dans la merveilleuse salle capitulaire de la cour Mably, on écoutait un tout jeune quatuor roumain
Le Quatuor Arcadia, créé en 2006 alors que ses membres fondateurs étaient encore étudiants à la « Gh. Dima » Académie de musique de Cluj-Napoca. Ils fréquentaient alors la classe de musique de chambre du professeur Nicusor Silaghi, membre du Quatuor Transylvanien. Cherchant continuellement à étendre ses horizons scéniques, le Quatuor a participé à différentes Master Classes à la fois en Roumanie et à l'étranger.
Leur programme à Mably était court mais musclé :  après le quatuor n°3 de Bartok, le superbe quatuor en fa majeur de Ravel, exécuté avec une fougue due à leur immense jeunesse.

Mais le plus passionnant de la journée fut sans nul doute d'assister aux masters classes dispensées par le professeur Eberhard Feltz. Vilonoiste et chambriste il a décidé de se consacrer à la pédagogie. Dans sa classe de la Musikhochschule de Berlin se sont succédés des formations devenues célèbres : les Quatuors Kuss, Vogler, Camerata, Faust, Atrium, Ebène, ... Il donnait donc aux jeunes invités du Festival des cours de près de 2 heures qui valaient qu'on y assiste, bien qu'ils soient en allemand. La présence d'une interprète, discrète mais intervenant pour les notions les plus complexes, et surtout l'expressivité toute latine de ce prusse enthousiaste, permettaient de suivre conseils, remarques et critiques.

Le quatuor de Madrid, très attentif, mais ayant encore besoin de travailler beaucoup, suivait avec vénération ses observations, en tentant de traduire l'allemand en espagnol et l'espagnol en musique !! Ils planchaient sur la Grande Fugue de Beethoven, une oeuvre éminemment compliquée et qui demande une grande mâturité.
- Savez-vous que juste l'année où Beethoven écrivit cela, on inventait l'écriture en braille ?
...

- Les deux violons étaient magnifiques (un bon pédagogue qui commence toujours par les compliments !!) mais les deux autres qui débarquent, ça manquait de méditation !!
Se retournant vers le public :
- ça va ??
- On a entendu pire (rires !!)
- A Bordeaux, on a un public merveilleux ! Et ici, tout le monde se rend compte qu'avec cette figure Beethoven a inventé un langage nouveau.
Du coup, voilà nos jeunes musiciens investis d'une mission encore plus difficile : nous montrer en quoi "Beethoven, c'est une réflexion, mais qui ne dort pas !"
- Là on aurait dit que tu écrasais une grenouille !


La séance avec le quatuor Zaïde fut plus musclée. L'an dernier, ces 4 jeunes femmes avaient décroché à l'unanimité et sous les vivats le prix de la Critique musicale. D'après une amie qui assistait aux deux premières master classes de la formation, Ebehald Feltz les secoua pas mal et n'hésita pas à les remettre en cause. Il voulait, semble-t-il, leur démontrer que rien n'était acquis et qu'elles ont encore beaucoup à faire ! Du coup, lors de leur dernier cours, l'ambiance était un peu tendue et le premier violon, volontiers rétive, ne semblait guère apprécier les recommandations du professeur. "Warum ?", lui demandait-elle ex abrupto, à propos d'un avis technique. Il prit très à coeur cette réserve et tenta longuement, mais en allemand, de justifier et d'expliquer ses interventions, ayant soin de souligner très souvent le talent des musiciennes. Il ne put tout de même s'empêcher de conclure sur le rôle du temps et du travail assidu, susceptibles, il le leur a garanti, de leur assurer la perfection !!

vendredi 20 mai 2011

PHOTOGENIE ?


Elle se prétend non photogénique, elle aussi d'ailleurs, et même lui (ça vient de sortir !!)... Et tant d'autres ! Non, ce ne sont pas des coquets, nous nous prétendons tou(te)s plus ou moins inaptes à affronter de façon satisfaisante un objectif... et pourtant, elles sont jolies comme tout nos copinautes (je vous laisse apprécier Monsieur à votre aise)! Enfin, nous qui les aimons, nous les trouvons mignonnes, à croquer, et nous accueillons avec plaisir leur image, sans y voir ce qui les chiffonne tant. Par contre, dès que nous regardons les clichés qui nous représentent, c'est la cata : on n'a qu'une envie, les envoyer directement à la "corbeille".

Pas de doute, on peut être superbe, sans pour autant être photogénique ! Et l'inverse est vrai. Certain(e)s font sans cesse grimaces ou mimiques déformantes et le résultat "arrêté" est totalement décevant ! C'est ainsi qu'Alter a pris l'habitude de me mitrailler en position "rafale" car mes contorsions de visage donnent des résultats affligeants ! D'autres, au contraire, seront figé(e)s ou affecté(e)s, et leur portrait peu reconnaissable les chagrinera aussi. Autant dire que le talent du photographe aide à la réalisation d'un bon cliché. Certains photographes ont de don de mettre leur modèle à l'aise, de le détendre, de le laisser s'exprimer sans raideur. On se sent toujours un peu agressé quand un objectif se braque sur nous, et les stratégies de protection qu'on met alors en oeuvre sont souvent à l'origine de ces photos ratées. Un bon portraitiste aura une approche en douceur, de mise en confiance, et le modèle, sécurisé, laissera tomber ses barrières.


Quant à la beauté elle-même, elle est tellement relative et subjective. C'est bien sûr dans le regard de ceux qui nous aiment que nous sommes belles (ou beaux, pardonnez-moi, messieurs). Ce regard nous épanouit, nous donne assurance et aisance, et c'est au fond des yeux de la personne aimée qu'on trouve le plus rassurant reflet. Un oeil amoureux nous rend triomphant(e)s, c'est un velours qui lisse toutes les imperfections et on oublie alors complexes et réticences. Il nous fait oublier les schémas tyranniques que notre société de l'image impose à travers un déluge d'archétypes qui sont tellement loin de la réalité. On a beau savoir que ces références de charme sont fabriquées de toutes pièces, que les images de papier glacé sont retouchées, retravaillées, voire saucissonnées, on ne peut éviter de subir cette jauge impitoyable.


Et pourtant ! Avez-vous remarqué combien, dès qu'une personne connue est mise en difficulté, redressement fiscal, petit scandale financier, désordre avéré ou esclandre aviné, les images changent : et celui (ou celle) qui était hier un parangon de séduction se révèle se révèle soudain d'une étonnante laideur. On aurait carrément peur en le(la) croisant dans une ruelle sombre ! Autant dire qu'à l'art consommé de la retouche, s'ajoute celui, non moins efficace, du tri sélectif. Et la poubelle jaune, celle des papiers et autres choses imprimables, est sans nul doute l'instrument principal de ceux qui nous abreuvent de people tous plus séduisants les uns que les autres. Et qui font norme ! Pas étonnant dès lors, qu'on se sente en permanence si moches !!!


Poubelle ?? Que nenni, car ils conservent soigneusement les ratés pour nous les ressortir quand ça tourne mal pour les idoles. Et dès lors, rides, rougeurs, chairs affaissées, yeux en valise apparaissent comme par magie. Autant dire qu'on les avait jusque là bien gommés. Serait-ce cela la photogénie ?? En tout cas, l'usage que les médias font de l'image est, à y bien regarder, proprement terrifiante. Surtout quand l'image devient la principale référence de respectabilité.
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