dimanche 31 juillet 2011

HISTOIRES DE FEMMES

Un concept original que celui de ce Festival au cœur de l'Atlantique, dont le titre "Musiciennes à Ouessant" est, à lui seul, révélateur. Bon, j'en entends parmi vous qui se réjouissent (Lulu, je te vois, tu applaudis à deux mains) et d'autres s'insurgent "C'est quoi ce féminisme ?? voire cet ostracisme ?". D'abord, la démarche de Lydia Jardon n'a rien de militant : elle s'inscrit dans le cadre historique et sociologique d'une île où, de tout temps, les femmes contraintes de gérer la maison, la famille et les affaires pendant les longues absences de leurs époux partis en campagne maritimes, ont toujours dû faire face. Sans que cela soit le fruit d'une revendication féministe mais les conséquences d'une vie qui ne faisait pas de cadeau. Donner leur vraie place aux femmes est donc, ici, une démarche naturelle. 
Par ailleurs, il est indéniable que les femmes compositeurs sont, certes, peu nombreuses, mais souvent, et sans raison objective, totalement méconnues. Et sous estimées, car si l'on parle d'elles, c'est avec une condescendance polie, voire amusée, comme de gentilles dilettantes. Feuilletant par exemple le guide de la musique de piano chez Fayard, nous n'avons trouvé que 2 femmes compositeurs citées, dont Clara Schumann saluée essentiellement pour ses talents d'interprète.
Et les autres alors ? Rien que celles auxquelles le Festival d'Ouessant rend hommage depuis maintenant 11 ans : Cécile Chaminade (2010), dont je vous ai longuement parlé l'an dernierLouise Farrenc (2009), Rebecca Clarke (2008)Marie Jaëll (2007, Fanny Mendelsohn (2006), Mel Bonnis, Germaine Taillefer, j'arrête... la liste serait trop longue... Sans compter celle à laquelle le festival 2011 est dédié : une bretonne au nom de Rita Strohl, dont j'aurais forcément l'occasion de reparler longuement. Pourquoi faut-il que, dès lors qu'une partition est signée par une femme, elle soit dédaigneusement qualifiée de "jolie", parfois "élégante", toujours "raffinée". Comme si ces adjectifs étaient réducteurs et comme si leurs auteures n'avaient eu que des talents mineurs. Certes, la composition est rarement féminine et l'on peut accuser l'ignorance plus qu'un éventuel mauvais esprit. C'est pourquoi le travail de redécouverte que permet le Festival Musiciennes à Ouessant n'en est que plus important, et les œuvres jouées, les conférences dispensées sont autant de pierres dans la reconnaissance que méritent ces femmes.
Et si, par ailleurs, Lydia Jardon a choisi de ne faire jouer durant le Festival, que des femmes, avec pour seule contrainte pour chaque ensemble présent, d'exhumer une partition écrite par la compositrice à laquelle est dédié le Festival, cela ne doit pas surprendre : rendant hommage aux femmes compositrices elle veut aussi, et c'est légitime, rendre hommage aux femmes musiciennes. Même si l'on compte parmi elles parfois un intrus, comme Arnaud Thorette (l'altiste du quatuor Raphaël que j'ai particulièrement apprécié l'autre soir) en 2007 remplaçant une musicienne en congé maternité... ou comme le ténor Paul Gaugler cette année, présent pour cause de concert consacré aux "duos d'amour". Et comme dit Alter, on ne peut guère faire de duo seule ! Ben voyons, tout est bon pour réintroduire ces messieurs dans la planète ouessantine !! Pour notre plus grand plaisir...

samedi 30 juillet 2011

LE CONCERT DES "GRANDS"

Chaque été Lydia Jardon propose, sur l'île d'Ouessant, une académie musicale qu'elle a la modestie d'appeler stage intensif de piano pour "grands amateurs". Cela s'adresse à des adultes amateurs de haut niveau qui bénéficient d'une heure par jour de cours individuel et disposent de pianos essaimés dans l'île à leur intention pour travailler tout leur soûl. Je ne sais si vous réalisez la chance que cela représente : d'abord des stages avec une heure de cours quotidienne, c'est rare. Lydia avait la semaine dernière 11 stagiaires, dont plusieurs à mi-temps, mais elle assurait tout de même 9 heures  de cours par jour. Ce qui, quand on sait l'engagement qu'elle y consacre, représente un véritable exploit. Ensuite, chacun a la possibilité de jouer à peu près autant qu'il le désire puisqu'il y avait cette année 7 pianos sur l'île d'Ouessant, ce qui, en soit, est aussi un tour de force car ils arrivent chaque année du continent exprès pour l'Académie. Enfin, ces stages, dignes de s'appeler des masters class, permettent aux participants de bénéficier des conseils généreux et altruistes d'une véritable artiste qui sait se mettre à la portée de tous, en restant d'une exigence qui n'admet aucun accomodement. "C'est avec patience et détermination que je décide avec l'élève de construire la nouvelle qualité de travail qu'il lui restera à développer sans complaisance après une semaine de stage", et de fait l'aventure se révèle, Alter en témoignerait, terriblement motivante. Les stagiaires reviennent, s'accrochent, progressent et c'est une assemblée de fidèles qui se réunit le dernier soir pour offrir aux ouessantins un concert public auquel nous avons assisté hier soir. 


Un concert d'une qualité bluffante pour des amateurs ! Denise, Olivier, Edouard, Simon, Mathias et les autres nous ont livré, avec générosité et talent, le fruit de leur semaine de travail. Des œuvres exigeantes, un répertoire difficile : La Fantaisie Impromptue de Schubert, la première étude de Chopin opus 25, la 2ème balade de Brahms, Jeu d'eau à la Villa d'Este de Liszt, la vallée d'Obermann du même, j'en passe et d'aussi difficiles, le niveau des partitions choisies était à la hauteur d'un vrai concert de pros. Non seulement tous ces morceaux nous furent joués avec une technique bien maîtrisée, mais s'y ajoutait, pour chacun, une jolie musicalité, voire une vraie interprétation, rendant l'audition plus qu'agréable.

Tous les interprètes furent présentés individuellement par Lydia, avec la sensibilité et la finesse psychologique qui font d'elle un "grand" professeur : on sentait qu'elle cerne avec intelligence la personnalité de chacun, sa façon de vouloir d'aller plus loin, de chercher avec elle une perfection musicale, susceptible de lui apporter le bonheur qu'on recherche dans cette activité ingrate mais tellement exaltante qu'est la pratique du piano. Elle présentait aussi les morceaux, n'hésitant pas à évoquer les difficultés techniques et la façon dont chacun avait dû les travailler pour les surmonter. Tout cela devant un public d'une étonnante qualité, qui a, de toute évidence, apprécié ces prestations. Les commentaires à la sortie étaient élogieux et sincères, voire flatteurs. Quant à l'ambiance du stage, dont nous avons un peu tâté en allant partager avec eux quelques bières bretonnes au pub de Lampaul, Mathias l'a évoquée avec gentillesse lors d'un petit speach de fin de concert, au nom de tous : il tenait à remercier Lydia du bonheur qu'ils avaient eu à travailler avec elle durant cette semaine.
Et Alter, me direz-vous dans tout cela ?? Oh,  il ne suit pas le stage, puisque nous venons pour le Festival Musiciennes à Ouessant, mais Lydia est toujours là, et à l'heure où j'écris, il est en train de travailler intensément les conseils reçus ce matin et dont, j'espère, il va faire son miel.

Pour voir les pianos amenés sur l'île : dernière vidéo en bas à droite ( extrait du JT du 27 juillet 2005 sur TF1) et les autres vidéos vous apprendront tout sur l'Académie et sur le Festival.

jeudi 28 juillet 2011

DERNIERS REGARDS SUR AVIGNON

"L'aspect de la ville lorsqu'on arrive par la principale gare du PLM, est des plus séduisants. Ce sont d'abord les remparts du XIVème qui attirent l'œil par leur magnifique allure ; puis c'est la grande avenue qui, sous un dôme de verdure, conduit au centre de la ville ; des maisons bien bâties, des cafés luxueux, une animation des plus vives. L'impression première est donc des plus favorables ; elle s'affaiblit si l'on parcourt certains quartiers de la ville que le progrès moderne n'a pas encore entamés, mais, même parmi eux, que de coins pittoresques et charmants." Avignon n'a guère changé depuis le guide Joanne, l'ancêtre du guide bleu !!


Sauf que le TGV a remplacé le PLM et il est encore de nombreux "quartiers de la ville que le progrès moderne n'a pas entamés". Les cafés luxueux sont simplement devenus touristiques et l'animation, propre au Festival qui sévit durant tout le mois de juillet, donne aux belles avenues une allure de gigantesque panneau d'affichage.


140 ans après le guide Joanne, mon guide bleu désuet de 1987 nous introduit à la ville avec ces mots "Remparts, tours et mâchicoulis, palais, jeux de toits et de clochers : vue du pont sur le Rhône ou de Villeneuve, Avignon fait penser à ces cités imaginaires qui enjolivent les gravures anciennes ou les tapisseries médiévales... Aujourd'hui, l'été venu, d'autres danses, d'autres spectacles animent cours et palais, colîtres et placettes : le festival d'Avignon est devenu l'un des événements majeurs du théâtre européen".



2011 : le Festival est toujours là, les parkings alentour des remparts sont enfin débarrassés de la horde malséante des voitures entassées, de superbes gazons enserrent la ville, mais les ruelles sont toujours aussi vétustes et l'ambiance d'Avignon, mi-clocharde, mi-aristocrate, déborde d'un charme ambigu.  Comme une scène en miniature où tout serait permis.


On ne sait si on doit l'aimer ou la haïr, on y traine ses basques de théâtre en gradin, on y meurt de chaleur quand le mistral ne vous arrache pas le peu de bon sens qu'il vous reste... Tout est fou, un peu démesuré, les affiches pendouillent au hasard du moindre support susceptible d'accueillir crochets et ficelles. Le bruit règne en maître et partout on se bouscule, on se presse. Les maisons sont miteuses et les arrières-cours sordides, l'arnaque est au coin de la rue... pourtant on y revient, c'est envoûtant, prenant, fébrile.

Chargée d'histoire, la ville oscille entre passé éteint et futur exagéré : on y croise badauds, forcenés du théâtre, curieux et innocents venus là comme ils iraient n'importe où. Pourtant à Avignon rien n'est dû au hasard et la ville s'offre, souvent secrète, parfois étonnamment discrète à qui sait la visiter. Au-delà de ses fastes et de ses oripeaux, il faut savoir la lire au petit matin, déserte et monumentale, enclose dans ses murs qui l'arrondissent et la cernent, prête à affronter tous les excès du jour qui s'annonce.


mercredi 27 juillet 2011

CONFITURE ET CATHARSIS

Il est de nombreuses activités cathartiques, dont la moindre n'est pas le rangement par le vide : trier, jeter, balancer, flanquer à la poubelle sont des occupations qui ont fait leurs preuves pour évacuer le stress. Il en est une autre tout aussi efficace mais qu'on ne peut pratiquer que si l'on a des arbres fruitiers ou des amis qui en ont, et qui plus est à la saison de la pleine maturation des fruits : c'est la confiture. 
Confiturer présente toutes les caractéristiques requises de la méthode mise au point par le docteur Joseph Breuer "méthode qui consiste à faire tomber les barrières psychologiques du patient par hypnose pour réveiller les souvenirs traumatiques enfouis, à l'origine de troubles, générant ainsi une décharge émotionnelle à valeur libératrice, l'abréacrtion". Le traitement commence par une plongée en hypnose du patient : l'équeutage, le dénoyautage, le pelage ou l'épépinage des fruits, par leur côté répétitif et dégoulinant provoquent une sorte d'état second qui n'est pas loin d'une transe hypnotique. Puis le médecin pose au patient des questions afin de lui faire revivre des événements douloureux ou traumatiques. L'air hagard que vous abordez forcément quand vous mettez en cuisson vos fruits, recouvrant un tas de sucre qui bouillonne et s'enfouit progressivement dans un jus coloré pour finir par y disparaitre, la cuillère tournée, en fixant la ligne bleue des Vosges ou le fond de la casserole, seulement attentif(ve) à éviter que la mixture accroche, favorisent un sentiment d'introspection qui fait remonter à la surface de votre esprit les états d'âme les plus enfouis, les plus secrets, les plus inattendus. Ils ont tendance à surnager comme cette écume qui se forme à la surface bouillonnante et à prendre des formes aussi exotiques qu'elle. 


La dernière étape de la méthode cathartique consiste à obtenir du patient éveillé qu'il se remémore les propos tenus durant la transe, et il semble qu'alors la tension émotive ayant disparu, le souvenir traumatique s'estompe, voire disparait. Avouez que, lorsque vous avez pour la 5ème fois fait tomber la précieuse goutte de confit de fruits sur une assiette pour vérifier si la cuisson était suffisante, enfin satisfait(e) du résultat de ce test imparable, un immense soulagement vous prend. Il ne reste qu'à remplir vos pots sagement alignés en tachant de ne pas déborder. Activité douce et libératrice : on lèche discrètement les gouttes importunes, on essuie soigneusement le verre avant d'y coller les étoquettes artistiquement préparées à cet effet, et oups ! Le couvercle peut enfin être vissé, certain(e)s retournent le pot pour assurer un refroidissement libérateur et il ne reste qu'à empiler les bocaux sur une étagère en se récitant du Victor Hugo. Tout le stress est évacué, enfoui dans la marmelade, transformé comme elle en une belle gelée colorée qui ne demande qu'à prendre !

Mais le plus grand mérite de la confiture est son côté convivial et généreux. Comme je l'ai dit plus haut l'acte fondateur est, déjà, souvent un cadeau : le panier rempli à ras bord de fruit presque trop mûrs qu'on vient de vous offrir et que vous contemplez d'un air accablé. "Que vais-je pouvoir faire de tout ça ??" Des jus de fruits peut-être ? Une tarte, oui, mais il en a pour 12 tartes... Les manger tels quels ? J'en ai pour un mois... Bon, il faut s'y coller, ce sera des confitures. J'avoue que j'avais quant à moi, les plus grands doutes sur le résultat possible à partir des prunes rouges un peu sauvages et très acides que Madeleine (encore elle !) venait de m'apporter. Les mirabelles, là, pas de souci, ça fait une excellente confiture mais ces prunelles aigrelettes ? Pourtant je m'y suis mise courageusement, je n'allais tout de même pas les jeter, ainsi qu'elle me l'avait suggéré en me les donnant. Cela aurait été mépriser un cadeau, la plus grave des fautes n'est-ce pas. J'ai donc décidé d'en faire une gelée.

Internet consulté m'a fourni quelques idées, revues et corrigées par mon indiscipline légendaire : ce fut simple, j'ai mis tous les fruits dénoyautés dans un blender, j'y ai ajouté une pomme, du gingembre, du citron, et une bonne giclée de vanille liquide. Vroummmm... Puis une cuisson au jugé dont je vous ai déjà parlé ! Le résultat est surprenant : on dirait une excellente gelée de groseilles ! C'était si bon, que j'ai reproduit le même processus avec les mirabelles, et vogue la marmite !


Mais le côté thérapeutique des confitures ne s'arrête pas là : quand on les a terminées, on en donne. A celui qui vous a offert les fruits, aux amis à qui on rend visite durant l'été, à tous ceux qui vous en ont offert un jour. Car c'est le plus grand mérite des pots de marmelade : cela fait des cadeaux "c'est moi qui l'ai fait", facile et toujours bien accueillis. On ne vous a jamais dit que votre confiture était mauvaise, n'est-ce pas ?? Ou trop sucrée ou trop cuite, ou encore trop liquide !! Un pot de confiture, même raté, c'est toujours bon, c'est un petit morceau d'amitié partagé, c'est un peu de tendresse à déguster en tartines au petit déjeuner. C'est important de donner ses confitures, d'abord cela vous évite de manger pendant 6 mois la même mixture et surtout, cela crée une sorte de mutualisation des efforts, tu me files tes abricots, je t'envoie mes prunes, au moins les tartines seront variées !! 

Avouez qu'avec tant de qualités, la posologie est simple : confiturez sans retenue, avec excès, soyez inspiré(e)s, innovez, faites classique, peu importe mais sortez vos marmites !!

lundi 25 juillet 2011

CHAUSSETTES COQUETTES

Je suis sûre que vous allez tous et toutes être jaloux !!! Sont pas belles mes chaussettes ?? Japonaises de surcroit... Mais non, je ne suis pas allée au Japon, c'est un coup de mon amie Madeleine. Vous savez, celle qui a les pouces verts. Non contente d'être une pro du jardinage, elle adore partager. 
Son fils, lors de ses études, est parti faire un stage au Japon. Il y a rencontré une jeune fille, et, le croirez-vous, ils ont "fauté"... Tant et si bien que la jeune fille s'est retrouvée enceinte et, dans l'heure, proprement jetée dehors par sa famille déshonorée. L'affaire s'est ensuite arrangée tant bien que mal, et s'est conclue par un mariage. Vous entendriez Madeleine raconter la cérémonie au Japon, vous seriez écroulés de rire. Mariage traditionnel, avec costumes à l'avenant, Madeleine s'est retrouvée empaquetée dans un kimono, entourée de japonaises fort autoritaires qui l'ont enroulée là-dedans en lui lançant des instructions obscures auxquelles elle ne comprenait goutte. Ayant vaguement l'impression d'être un cheval qu'on sanglait, elle gonfla le ventre avec force pour éviter l'étouffement. Pascal, quant à lui, dut enfiler un habit queue de pie qui lui allait sans doute fort bien mais dans lequel il se sentait fort emprunté. Tout cela sans la présence du moindre interprète, et ne saisissant rien de ce qu'on attendait deux.
Pas plus qu'ils ne comprirent ce qui se passait lorsque le père de la mariée prit, au cours de la cérémonie, la parole, et que tout le monde se mit à pleurer à chaudes larmes. Ils apprirent plus tard qu'il faisait sa repentance, exposant à tous la honte dans laquelle sa fille les avaient plongés en se laissant engrosser par un français peu scrupuleux. Les grands-parents de la mariée ne saluèrent pas Madeleine et Pascal, et refusèrent de leur répondre quand ils s'inclinèrent devant eux (ils avaient au moins compris cela mes deux amis paumés dans cet aréopage japonais) pour leur dire au-revoir. Autant dire que s'ils avaient été asiatiques, ils ne se seraient jamais remis d'avoir aussi gravement "perdu la face", en lieu et place de quoi Madeleine adore raconter cette histoire en pleurant de rire !
La jeune fille, qui rêvait d'un mariage à l'européenne, a voulu se "re"marier en France et a acheté pour l'occasion une bien classique robe blanche chez Tati (oui, oui !!), tout ce beau monde, parents japonais compris venus en France pour l'occasion, faisant une fête "bien de chez nous" dans l'atelier d'ébéniste de Pascal,  transformé pour l'occasion en salle des fêtes.

Chaque année, la petite famille, installée à Bordeaux, va rendre visite aux japonais, ce qui permet aux parents de la belle-fille de Madeleine de voir leurs petits enfants, et à la jeune femme de se replonger dans la culture familiale qui doit lui manquer un peu. Elle y va même dès le mois de juin, afin de mettre ses fillettes à l'école japonaise, ce qui est une jolie idée pour permettre à ces dernières de bien parler leur langue maternelle.
Or cette année, pour les raisons que vous connaissez, ce séjour a été annulé pour ne pas soumettre les enfants à des dangers potentiels, sans doute plus graves qu'on ne veut bien l'imaginer. Ce sont donc les beaux-parents qui sont venus. Et, invités à passer quelques jours à Meschers, ils ont apporté à Madeleine trois paires de ces charmantes chaussettes, qu'elle a voulu tout de suite partager avec moi. Histoire de mourir de rire en me voyant enfiler laborieusement ces dix doigts minuscules, et de se moquer de mon look sexy une fois la chose aux pieds. J'ai été sommée de les garder jusqu'au retour d'Alter, afin de me faire admirer en bonne et due forme. J'avoue que ces extrémités me fascinent et que, quitte à jouer les geishas, je me devais de vous faire découvrir la nouvelle mode michelaise.


Fouillant un peu sur internet, j'ai appris que la chaussette Gunsoku, avec un doigt séparé, était la chaussette règlementaire de l'armée japonaise (voir ci-dessus). Que le tabi est la partie haute de la chaussure japonaise, qu'on conserve dans la maison. Plutôt chausson que chaussette, il dispose d'une semelle renforcée et souvent d'un haut doublé. Il se porte avec la geta ou le zori, ces sandales en paille de riz ou en bois. Mais globalement, les chaussettes japonaises traditionnelles n'ont d'un doigt pour le gros orteil. Je me demande si ces cadeaux étranges ne sont pas finalement un bon tour joué à Madeleine par sa belle-fille !! Qui lui a expliqué très sérieusement que c'était excellent pour la circulation et qu'il était nécessaire de les porter continuellement pour profiter des bienfaits de cet accessoire coloré. Il faut dire, qu'avec le temps qu'il fait, on supporte très bien ces moufles pour papattes...


dimanche 24 juillet 2011

A TOUTE VOLEE


Lors du concert du quatuor Raphaël, qui se déroulait dans le cadre des « Jeudis musicaux des églises romanes », festival dont je vous ai maintes fois parlé avec enthousiasme, un spectateur assis derrière moi se lamentait que les concerts classiques aient si souvent lieu dans les églises, monuments dont l’acoustique ne lui semblait guère adaptée aux sonorités des instruments. Saisi d’une subite inspiration, il déplorait ensuite que le concert n’ait pas lieu au temple, dans lequel il n’avait manifestement jamais mis les pieds mais qui devait lui paraître d’un exotisme bien plus grand. Ce en quoi il faisait une lourde erreur car, la région ayant été huguenote,  les temples sont assez nombreux en Saintonge mais pas nécessairement mieux adaptés à la musique que les églises. Mais surtout ces réflexions, proférées plus pour parler que pour faire avancer le schmilblic, traduisaient une ignorance manifeste de la vocation affichée du festival qui se propose justement de faire connaitre les églises romanes qui sont la richesse patrimoniale de la région.
Écoutant les remarques de ce monsieur, je me sentis plongée dans la perplexité habituelle : mais en quoi l’église de Meschers est-elle romane ?? Certes, dès lors qu’une église a conservé quelques pierres du XIIème siècle elle est éligible aux les concerts du jeudi. Mais les vestiges romans de Saint Saturnin de Meschers sont excessivement discrets, et sauf à en croire les guides et autres inventaires des monuments historiques, bien malin est qui pourrait les trouver.
Certes, il existait ici un lieu de culte dès le XIIème, sans doute dû à la générosité d'Aliénor d'Aquitaine. La ville étant proche du chemin fort fréquenté de Saint Jacques, on y édifia aussi dépendances et hôtelleries. "C’est ainsi qu’au début du XIIIe siècle, les templiers de la Commanderie des Epaux à Meursac (à quelques pas d’ici) installèrent un monastère à Beloire, d'où ils peuvent venir en aide aux voyageurs et permettre l'embarquement des pèlerins pour traverser la Gironde, tout en assurant leur sécurité. En 1232, l'Abbaye de St Jean d'Angély construit un prieuré et une première église à Meschers et l'Ordre de Cluny est également présent. Le 7 mars 1293, deux Prieurs Bénédictins de Barbezieux rendent visite à leurs confrères de Meschyers, lesquels font état de leur misère, due à l'importance de la dîme qu'ils doivent verser au Prieuré de Didonne.  Suit une période douloureuse, où Meschers devient tour à tour française, puis anglaise et enfin de nouveau française en l’en 1453, lorsqu’enfin la paix fut signée sous Charles VII, mettant un terme à la guerre de Cent Ans ». (extrait du site "églises en charente-maritime")


Sans doute ruinée, l’église fut reconstruite à la fin du XVème et dotée à cette occasion d’un clocher imposant, sans doute terminé par une flèche octogonale. Lorsque Louis XIII voulut reprendre la région aux huguenots, Meschers se trouva dans l’œil du cyclone, à cause de la présence au château Bardon du duc de la Trémoille, à la tête de troupes protestantes. Meschers fut bombardée en 1620 et le clocher perdit dans l’affaire sa flèche et deux de ses pyramidons. Peu à peu l’église tomba en ruine et en 1827 elle était en si méchant état qu’on préféra la démolir, ne conservant que le clocher et quelques pans de murs pour en construire une nouvelle. Autant dire qu’elle n’a pas grand caractère et que seul son clocher lui donne une petite allure. On pense, d’après le style de ses pinacles et celui de ses ouvertures, qu’il a été conçu par le même architecte qui a conçu le dernier niveau du clocher de l’abbaye proche de Sablonceaux.
L'abbaye de Sablonceaux

Ce pauvre clocher devait encore subir quelques avatars en recevant la foudre le 9 août 1993, et il resta longtemps endommagé avant d’être restauré par les Beaux Arts. C’est sans doute pour fêter cette renaissance que la municipalité décida en l’an 2000 de le doter de deux cloches supplémentaires pour égayer ses sonneries. La plus petite des nouvelles cloches, prénommée LUCIE, pèse 96kg et sonne un la aigu. L’autre, ANNE-RADEGONDE (mais oui Siù, c'est à toi que cet article est dédié !!), pèse 128kg et donne un mi bémol. Ces deux cloches se sont ajoutées à la plus ancienne, JEANNE-LEONE-MARIE-CLOTILDE, qui, forte de ses 675kg préside aux événements de la ville depuis 1890 en sonnant un fa grave !


samedi 23 juillet 2011

RAPHAELIENS

Le quatuor Raphaël en 2010 lors de l'émission de France Musique à Bordeaux

Si vous tapez sur Google « quatuor Raphaël » vous tomberez inéluctablement sur le même texte, celui qui figure sur le programme du concert, celui qui les annonce partout, signé par les uns et les autres comme étant sa propre analyse de cet ensemble de musique de chambre. Par exemple on le trouve sous la signature d’Amélie Tcherniak en février 2011, lors d’un concert de midi et demi sur France Musique :
« Quatre jeunes concertistes - parmi les plus prometteurs de leur génération - animés d’une même curiosité pour la musique de chambre et le répertoire du quatuor à cordes se sont réunis en 2010 autour d’un projet artistique fort. Ainsi est né le Quatuor Raphaël, qui professe une bien curieuse arithmétique musicale, dans laquelle 1 + 1 + 1 +1 = 1 »…
 On ne sait pas finalement qui a conçu ces lignes, l’impresario du quatuor, les musiciens eux-mêmes, à moins que ce ne soit la journaliste ou quelqu’autre auteur de billet. Internet est devenu une vaste entreprise de « copié-collé » dans laquelle plus personne n’indique ses sources, tant la mutualisation frise le plagiat systématique. La mésaventure qui m’est arrivée avec la photo d’Idées Heureuses en est une illustration convaincante : pour illustrer mes comptes-rendus de pièces à Avignon, il me fallait des photos. Or la dernière mode est d’interdire, en début de spectacle, les prises de vue. Pourquoi, je n’arrive pas à le comprendre car si l’on veut parler du spectacle, pour le promouvoir et inciter les autres à aller le voir, il est bon de pouvoir illustrer son article. A la fin de chaque pièce, les acteurs y vont de leur petit couplet « si vous avez aimé, parlez-en, c’est vous qui assurez notre meilleure publicité ». Le fameux « bouchazoreil » dont nous parlions tantôt. Or comment en parler plus efficacement, même s’il n’a pas une audience importante, que sur un blog ?? Avec un blog, on touche facilement 100 à 200 spectateurs potentiels, tour de force impossible à réaliser dans les filles d’attente. Bref, pas de photo. Comment faire alors pour illustrer votre critique : recherche image Google, et on choisit une photo non privée, du genre de celles qui figurent sur les annonces de spectacle, on est sûr alors qu’il s’agit d’un cliché promotionnel, appartenant en quelque sorte au « domaine public ». Sûr ?? Et bien non, la photo que j’ai utilisée pour parler de « Lear et son fou » provenait d’une annonce de spectacle par le théâtre du Verbe Fou mais… surprise… c’était une photo « privée », prise en 2009 par Martine à l’occasion d’un entretien avec l’acteur. Bref, de la même façon que j’ai retrouvé l’autre jour des phrases de mon article «Bêtes à Bon Dieu » réutilisées le lendemain dans un article de Sud-Ouest, on se dit que le métier de journaliste devient facile ! Plus besoin de se fatiguer à prendre des photos ou à écrire des articles, il suffit de chercher sur la toile ! Il y a toujours un petit blog sympa qui a fait le boulot pour vous. Certes, dès lors qu’on publie, on sait qu’on s’expose à ce genre « d’emprunt », mais on aimerait juste que les emprunteurs aient la courtoisie de vous demander l’autorisation, qui sera accordée dans problème, d’autant qu’on est ravi d’être relayé !
Bref, revenons à nos moutons, et de fait , Pierre Fourchenneret,  le violoniste du quatuor Raphaël arbore une tignasse tout à fait dans le ton, qui correspond parfaitement au look du soliste génial qu'il est !!

 


Le discours unique sur cet ensemble dont je parlais plus haut évoque ensuite l’alchimie, la complicité, et ce qui fait que 4 musiciens, 4 solistes, peuvent devenir, l’espace d’un concert, un véritable ensemble avec une personnalité artistique affirmée. C’est marrant car, à Bordeaux où nous les avons entendus lors du concours de quatuor à cordes de 2010, ils avaient la faveur du public, et on les donnait volontiers gagnants. Pourtant personne ne s’étonna de leur seconde place : ce n’était pas un quatuor mais un très bel ensemble de solistes.  Depuis, la géométrie de l’ensemble a été légèrement remaniée, le violoncelliste Kenji Nagaki a été remplacé par la talentueuse Maja Bogdanovic car l’ensemble a décroché un certain nombre de concerts et il fallait  rester unis ! Il semble qu’ils aient bénéficié d’une résidence à la Fondation Singer-Polignac, bien que je n’aie trouvé trace d’eux (je vous conseille vivement une visite sur le site de cette fondation : vous y verrez le nom de jeunes instrumentistes talentueux qui sont aidés et soutenus par cet organisme dont le mécénat est particulièrement actif en faveur le musique). Pour un ensemble de musique de chambre, profiter d’une résidence est un énorme avantage, car cela lui permet, le temps de cette aide, de travailler en symbiose, de cultiver son entente musicale  et de construire son identité. Car toute la difficulté consiste justement à jouer comme un seul alors qu’on est quatre ! Et plus on est talentueux, plus cette fusion est difficile, car elle suppose des renoncements, une attention aux autres, une modestie qui ne va pas forcément de pair avec les habitudes d’un soliste de premier plan. Le quatuor Raphael possède à cet égard un potentiel fabuleux, j’ai déjà cité le violoniste et la violoncelliste, j’ai eu hier soir un vrai coup de foudre pour l’altiste, Arnaud Thorette, qui a une personnalité étonnante.
Bref, le quatuor Raphael est talentueux, ses pianissimi, d’une élégance, d’une sûreté et d’un raffinement extrêmes le prouvent suffisamment : quoi de plus difficile à réussir quand on est dans l’à peu près technique ? Or, c’est clair, ils sont, du point de vue de la  technique instrumentale, impeccables. Par contre, on sent parfois, à certaines imprécisions, à de petits dérapages fort bien contrôlés, ce sont de pros tout de même, qu’ils n’ont pas forcément assez travaillé ensemble. Leur interprétation du quatuor en la majeur, opus 41 numéro 3 de Schumann était à cet égard révélatrice : après un premier mouvement agréable mais entaché de quelques approximations, ils nous ont offert un moment de pure extase avec les deuxième et troisième mouvements, tandis que l’interprétation du dernier, allegro vivace, joué un peu lentement, lentement, était plus plate quoique fort correcte. Oh certes, nous nous faisons l’effet d’être de méchants pinailleurs, il faut dire que la fréquentation des concours où les artistes se donnent à fond et prennent un maximum de risques, rend difficile. Et il est heureux et naturel que les ensembles soient plus décontractés lors d’un simple concert.
Un quatuor à suivre donc, prometteur, ayant un superbe potentiel et qui, s’il parvient à maintenir sa cohésion et sa complicité, fera parler de lui autrement que par ce texte sans cesse reproduit qui n’évolue guère depuis une bonne année !! 

vendredi 22 juillet 2011

OFF 2011 : LES AUTRES PIECES


Il y a eu celles dont je voulais parler au plus vite pour les promouvoir, si tant est que quelques éventuels spectateurs passent par Bon Sens et Déraison. Puis le peloton de tête, 5 pièces qui, à elles seules, justifient "notre" Festival 2011.
A côté de cela un bon nombre de spectacles qui sont tout à fait recommandables à qui désire les voir. On y a passé un agréable moment et vous ne prendrez aucun risque en vous y rendant :


Le texte de Montaigne est utilisé à bon escient, sans contresens, l'acteur est à l'aise et la mise en scène est enlevée... peut-être un peu trop : il s'agit de rendre accessible un texte réputé difficile (il n'en est rien tant nous sommes tous les enfants de Montaigne) et l'acteur parfois, nous distrait un peu trop. Et on se surprend à trop le regarder sans plus l'écouter, ce qui est fâcheux !

SPEED DATING
THEATRE ALIZE


Une joyeuse comédie qui vire au drame... bien enlevé, quoiqu'un peu surjoué, le spectacle se laisse voir d'autant que le thème est inhabituel, moitié étude de moeurs, moitié intrigue noire ! Avec un zeste de psychologie.


Fort bien dit, le texte d'Halimi égrène sans nous laisser souffler un instant, des lettres de dénonciation de juifs, de communistes et de francs-maçons durant la seconde guerre mondiale. Les auteurs, connus puisque ce sont des documents d'archives qui nous sont lus, restent anonymes car il serait absurde de dénoncer les rédacteurs de ces missives lamentables. "La véritable horreur dans le mal, c'est ce qui est banal", la phrase introductive met dans l'ambiance de cette prise de conscience douloureuse. J'avoue avoir trouvé la mise en scène un peu agitée mais au total c'est un fort poignant spectacle qui bouleverse et inquiéte : et si nous étions tous des délateurs en puissance ? A noter que, pour éviter de sombrer dans le manichéisme, qui sied mal aux sujets graves, la troupe joue un jour sur deux "Résister c'est exister", qui peint des héros ordinaires et fait, de nouveau, croire en l'homme.


L'interprétation de cette pièce était tout à fait correcte mais le cadre, par ailleurs fort beau, n'était pas très porteur. Jouer une pièce intimiste en extérieur ne facilite pas la tâche des comédiens et leur aisance s'en trouve un peu alourdie. Le texte de Musset est un vrai délice mais perd un peu de son sel, jeté aux vents (il y avait du mistral) et aux bruits de la ville. Par contre, il est très agréable de pouvoir, après le spectacle, visiter le musée Vouland et profiter de la collection Dumon, qui décline pour notre plus grand plaisir une suite d'artistes ayant travaillé en Provence.

ABILIFAÏE LEPONAIX
THEATRE ALIZE
Cette pièce au titre étrange, en fait le nom de deux des principaux médicaments utilisés pour tenter de soigner ou au moins d'atténuer l'effet de cette maladie, traite de la schizophrénie. Elle donne la parole aux patients eux-mêmes et est construite sur des témoignages, sans prise de position, sans avis médicalisé, simplement pour dire la douleur, l'enfermement, l'angoisse qui encercle ceux qui en souffrent. Le texte est sobre et c'est un spectacle poignant. Même si je dois avouer m'être endormie quelques instants, mais on le sait, Avignon c'est fatigant ! La pièce au obtenu l'an dernier le prix du public, ce qui assure son succès cette année, succès mérité d'autant que le sujet est difficile et délicat à traiter.

Là, le texte est  un peu indigent et l'on a du mal à se passionner pour cette histoire qui tourne court dont l'issue, on sait se reconnaitre entre gens du même monde, laisse le spectateur sur sa faim. Avant de reprendre les rênes du pouvoir, le Prince de Léon estime qu'il se doit de connaître le monde et ses sujets. Il se fera donc en toute discrétion appeler Lélio, sans toutefois jamais se départir de ses valeurs aristocratiques. Pauvre de lui ! Aimé de la Princesse, il est épris de la modeste mais fougueuse Hortense. Menacés par la jalousie de la Princesse et la raison d'état, les amoureux auront fort à faire avec les traîtres de tout poil, conseillers politiques et autres valets corrompus. La pièce est finalement assez confuse et si le jeu des acteurs était tout à fait convenable, la mise en scène bien réglée et l'ensemble de qualité respectable, il en sourd un certain ennui imputable à Marivaux, qui n'a pas signé là son chef d'oeuvre !


Nous sommes des inconditionnels du Théâtre des Doms, mais cette année, nous n'y sommes allés que deux fois. Cet éloge de l'oisiveté, qui mélange extraits de l'essai de Bertand Russel et considérations diverses, empruntées au Petit Traité de désinvolture de Denis Grozdanovitch, plait. Russel manie le paradoxe pour s'attaquer aux fondements de la civilisation moderne et sa réflexion à la fois philosophique et politique s'exprime avec humour, légèreté et ironie. Forcément, cet éloge plaide pour une journée de travail de 4 heures, le spectacle flatte habilement le public dans le sens du poil. C'est bien fait, bien joué, dynamique et plein d'esprit, mais on n'y apprend pas grand chose, le texte de Russel de 1919 date un peu et au sortir c'est vaguement complaisant. C'est fort bien dit, d'une voix posée et élégante, le rythme est précis et efficace, et cela reste de très bonne qualité.

Le Kronope s'est spécialisé dans les spectacles... spectaculaires et ce Songe ne faillit pas à la règle. Deux acteurs jouent tous les personnages de la pièce de Shakespeare, avec virutosité et entrain. Mais on se surprend à suivre les changements de costume éclair plus que le texte, fort beau au demeurant mais un peu trop coupé pour coller à l'exploit technique. C'est un tour de force qui, en termes de mise en scène, donne un résultat assez époustouflant, aux dépens de Sakespeare qui n'est plus qu'un prétexte au jeux de coulisses. A la fin on applaudit autant la costumière sortie de la coulisse que les acteurs épuisés par cette performance.

Un peu déçus par cet hommage à Piazzolla dont on attendait plus de danse et qui met le chant au premier plan. La musique était agréable, bien jouée, mais nous sommes ressortis un peu frustrés, le tango nous a été servi à l'état d'échantillon. C'est la chanteuse qui tire les draps à elle, et si sa prestation est correcte elle ne mérite pas d'être le centre du spectacle.

LES REGLES DU SAVOIR-VIVRE DANS LA SOCIETE MODERNE
THEATRE DES CARMES

La première fois que j'ai vu ce Lagarce, je n'ai rien compris. Je me demande vraiment pourquoi car le propos est simple et je me dis que la mise en scène devait être terriblement confuse, car vraiment je ne vois pas ce qui a pu me paraître incompréhensible. Autant dire que la version des Carmes est linéaire et facile, pas de trahison du texte, pas d'initiative burlesque ou grandiloquente inutile : jouée avec sobriété la pièce est tout à fait convenable.

???
Pour finir, trois pièces que nous n'avons guère appréciées, mais est-il seulement besoin de les citer ? Après tout, d'autres les aimaient et les ont applaudies bien fort. Non que je fasse du consensus mou ou de la démagogie de bas étage, mais je sais que les acteurs sont très peinés quand on dit qu'on n'a pas aimé ce qu'ils font, d'autant qu'ils le font toujours avec beaucoup de conviction. 

mercredi 20 juillet 2011

PEINTRES DE LA PROVENCE : la collection Dumon à Avignon


La Provence accumule des merveilles monumentales qui s'ajoutent aux merveilles naturelles. Quoi de plus naturel qu'elle ait, à l'instar d'autres lieux chargés d'histoire et de soleil, attiré les artistes ? Ils se sont positionnés dans l'Histoire de l'Art par deux fois en ces lieux : au Moyen Age, pendant la période papale, les sites avignonnais se trouvaient souvent incorporés aux tableaux religieux. Plus tard, dès le XIXème siècle, les peintres provençaux ont apporté aux batailles de l'art moderne en ébullition, leur vision du paysage sur le motif, dont ils faisaient leur motif de prédilection.  Un paysage vécu au plus près de la nature, et leurs toiles nous rapportent ce regard émerveillé sur leur environnement exalté, parfois magnifié. C'est ce regard que traduit l'exposition qui se déroule actuellement et jusqu'au 30 octobre, au musée Vouland d'Avignon.


Nous n'avons malheureusement pas eu énormément de temps à y consacrer, la vie du festivalier de base étant, en Avignon, franchement trépidante. Impossible par exemple, de trouver un créneau pour voir mon amie Pierrette, aussi stakhanoviste que nous et surbookée comme il se doit ! Mais parcouru avec un spécialiste tous azimuts de la peinture provençale (vous aurez reconnu mon "lecteur " avignonnais sans blog" !!), le musée nous a donné envie d'y revenir lors d'une prochaine édition, on se promet toujours de prendre le temps la prochaine fois, et nous avons consacré notre énergie à l'exposition temporaire qui mérite largement le détour.

Le musée Vouland, fondé par un industriel avignonnais, présente une riche collection d'arts décoratifs et un ensemble de peintures fin XIXème, début XXème, d'artistes provençaux. Il accueille en outre, pendant la durée du festival, deux pièces de théatre sur le thème "de la raison aux sentiments". On peut entendre, en alternance, "de la raison et l'art de se parler au Siècle des Lumières" (Voltaire) et "des sentiments et l'art de se plaire à l'âge du Romantisme" (Musset), joués sur le splendide perron de l'hôtel particulier côté cour, dont la façade classique offre un cadre de rêve aux metteurs en scène !


S'y ajoute une exposition qui mérite la visite à elle seule "une collection privée : la collection Dumon". Les Dumon, un couple de collectionneurs mécènes marseillais, a créé en 1997 une fondation "Regards de Provence, reflets de Méditerranée" qui a pour but " de rassembler, faire découvrir et valoriser le patrimoine artistique, culturel et musical de Marseille, de la Provence et de la Méditerranée, du XVIIIème siècle à nos jours". Elle possède actuellement plus de 850 oeuvres, liées de près ou de loin au territoire du Sud. C'est une centaine d'entre elles qui ont été prêtées au musé Vouland, pour un accrochage "sauvage", je veux dire disséminé au fil des salles, un peu comme le seraient des peintures dans une maison particulière. Les natures mortes sont dans la salle à manger, les nus dans l'intimité des chambres, cette disposition rendant les toiles plus proches, elle nous donne l'impression de les avoir choisies nous-mêmes !

On y croise des peintres provençaux bien sûr, les deux Félix Ziem (le grand-père, plus célèbre, et son petit fils, presque contemporain mais nettement moins connu), Camoin, Olive, Ambrogiani, Lacroix... mais aussi des peintres qui ont aimé la mer et les ports de méditerranée, les paysages méridionaux et tout ce Sud qui est si recherché depuis qu'ils en ont lancé la mode : par exemple les deux bordelais Marquet et Lhote sont ici bien représentés. Chez tous on déguste la lumière comme acteur principal du tableau, et l'eau, le soleil, la garrigue, tous ingrédients qui disent le midi et son charme sans cesse renouvelé.

lundi 18 juillet 2011

LE MEILLEUR DU OFF 2011

Retour au bercail... le programme corné gît au fond de la valise, mais on a retrouvé un rythme de vie normal !! Il ne reste plus qu'à faire le point. Et comme il reste encore deux semaines de Festival, il peut être utile de partager ses enthousiasmes. On parlera des déceptions plus tard, il n'y a pas urgence à les ébruiter ! Avec les réserves d'usage en ce qui concerne le "bouchazoreil", ainsi que le nomme plaisamment Roberto : il en est des goûts comme des passions, si on ne les partage pas, il vaut mieux rester sur son quant à soi ! Voici donc mes pièces incontournables pour l'année 2011.  Ne suivez mes conseils que si vous partagez déjà quelques unes de mes critiques passées !!


Premier coup de coeur, une pièce splendide que nous avons déjà vue 4 ou 5 fois, parfois malmenée (je me rappelle en particulier la version du Off au cloître des Célestins en 2007, souvent jouée avec talent mais pas toujours facile. La pièce a été donnée au théâtre Mouffetard avant de venir en Avignon et les critiques furent largement élogieuses. Cette mise en scène, que la famille Claudel a approuvée, est construite sur la version modernisée par Claudel lui-même en 1954, dont le texte moins poétique est cependant plus accessible.
Je cite l'auteur pour rappeler l'argument très prenant de cette pièce : "Louis Laine, dernier représentant d'une race condamnée, en qui s'accroît peu à peu l'appel de l'horizon et de la mort, est allé chercher là-bas de l'autre côté de l'Océan le seul être, Marthe, une femme, qui ait le pouvoir, en même temps que la vocation, de l'arracher à sa pente. Mais dans nos grandes villes elles-mêmes, manque-t-il aussi de sauvages, c'est-à-dire d'irréductibles, engagés dans la protestation - est-elle complètement illégitime ? - de l'individu contre la règle ? Ce drame, l'Echange, nous montre un de ces conflits où les amants, malgré une attraction réciproque, née précisément de la contrariété, sont séparés par des intérêts divergents." Le propos est dérangeant, cruel et vénéneux et pourtant empreint d'une immense douceur. La langue est, comme toujours chez Claudel, virtuose et splendide : on y entend les rêves de fuite et de départ auxquels aspirait l'auteur en l'écrivant. S'y ajoute un profond sentiment de nostalgie, d'amertume et de regret du sol natal. C'est " le drame de l’exil, celui ... du poète appelé à choisir entre des appels, ou dirai-je des vocations apparemment contradictoires ; d’une part l’amour libre, la vie indépendante, la fantaisie déchaînée, l’art ; d’autre part, les forces obstinées et divines et conservatrices, la conscience, la famille, la religion, l’Eglise, le serment." ( Lettre de Claudel  à Gignoux, parue dans le programme du Vieux-Colombier, et dans Le Figaro du 22 janvier 1914). On trouve dans cette pièce les contradictions qui nous pétrissent, mais aussi une empreinte historique puissante. On y parle du dernier grand massacre des Indiens de Wounded Knee, trois ans plus tôt, de la montée du capitalisme, avec une étonnante prescience de ce que sera le grand krach boursier, de la fascination naissante pour l'américanisme et de tant d'autres choses. C'est une pièce éternelle et pourtant ancrée dans son temps. C'est ce qui la rend fascinante.
La mise en scène était superbe de sobriété et d'exaltation mêlée. Centrée sur le personnage de Marthe, interprétée de façon particulièrement convaincante par Isabelle Andréani, solide et dérisoire, pivot des folies de ce monde nouveau en train d'imploser, elle s'organisait autour d'une balançoire aux hésitations pathétiques. Gregori Baquet incarnait un Louis Laine poignant, tragique et léger, tandis que Xavier Lemaire campait un Thomas Pollock Nageoire particulièrement émouvant. Bref, pour moi, un des grands moments de notre Off 2011.



La programmation du Théâtre Buffon est faite par la même équipe que celle de La Luna et on y retrouve la compagnie "Les Larrons". Ici c'est Gregori Baquet, le fils du violoncelliste Maurice Baquet, Louis Laine dans l'Echange, en one man show... Il interprète avec beaucoup de respect une douzaine de nouvelles de Dino Buzzati extraites de "Il Colombre". Avec un humour discret et une grande sensibilité Gregori joue très juste. La mise en scène, un grand K de bois qu'il manipule avec adresse, se transforme tour à tour en banc, en pont, en canapé, en lit, en balcon ou en table. Cet unique accessoire fait vivre les scènes et donne beaucoup de relief au spectacle.
S'il fallait décerner une palme au public, ce serait le public du K qui m'a semblé, cette année, le plus "dans la pièce". Attentif et réactif, sans les rires gras qui assaisonnent souvent nombre de pièces, même et surtout hors de propos, enthousiaste et parfaitement dans le ton ! Après tout, la qualité du public compte aussi !!


Un autre grand moment de théâtre nous fut offert par Jean Claude Drouot (quercynois d'adoption !!) et son complice Serge Le Lay dans un texte absolument ébouriffant de Benedetto, jamais monté jusqu'à ce jour.
Li est vieux, usé et en guenilles, il demande pitié, il réclame justice. Il voudrait se venger, déchaîner encore des tempêtes sur ses filles qui l’ont trahi. Il n’est plus qu’un malheureux sans pouvoir, sans avenir, dépossédé et perdu. Fo, son fou, tente de  le protéger de cette folie qui le gagne, entre déchéance et colère, entre fureur et douleur. Le texte, créé en 1989 par Benedetto pour Alain Cuny n’avait jamais été joué et Jean Claude Drouot s’en est saisi avec l’immense talent qui le caractérise : il est superbe, et joue avec une fougue, une intelligence qui n’ont d’égale que la délicatesse de son partenaire qui lui renvoie les répliques avec une légèreté qui n’a rien de mièvre ou de servile. La mise en scène est très efficace, lumières, jeux de scène, tout est au service de ce texte prenant servi par un immense acteur, dont j'avoue être vraiment fan (je l'ai découvert en tant qu'homme de théâtre dans le Baladin du Monde Occidental, de Synge, et c'est un grand souvenir).
Nous avons vécu là un moment de grand théâtre et partagé un instant d’émotion vraie, quand Drouot nous a dit que deux ans auparavant, jour pour jour, Benedetto s’était éteint. La représentation du 13 juillet lui était particulièrement dédiée. La salle était loin d'être comble et je ne comprends pas pourquoi le public qui se presse à des inepties révoltantes ne se précipite pas pour voir ce chef d'oeuvre, servi par un acteur magnifique et. Une spectatrice plongée dans les critiques à l'entrée et à laquelle je conseillais vivement d'y aller, m'a dit "oh mais, j'irai à Paris" (mais je n'ai pas retenu où exactement ??)... A bon entendeur, salut !

nouvelles pièces courtes inédites d'Israel Horovitz

Nous étions allés voir en 2008 "Le Premier" joué par la compagnie des Aléas. Ils étaient particulièrement heureux car Horovitz était venu quelques jours auparavant et avait approuvé leur interprétation de ces petites pièces courtes, personnages quotidiens de chair et de sang, terriblement humains, pathétiquement fragiles. Il avait tellement apprécié qu'il leur confia ces nouveaux textes, petites scènes courtes qui disent l'air du temps (Beyrouth ça tue) ou celui des hommes et de leurs petitesses, jamais sordides. Un théâtre qui pose toujours des questions mais ne condamne pas, qui est lucide sans être cruel, qui nous raconte avec humour, finesse et générosité. 8 comédiens pleins de verve, agiles et précis rendent hommage à ce texte incisif et lui donnent vie, transformant le puzzle en une véritable pièce, pour notre plus grand plaisir. La mise en scène est inventive, sans tirer les draps à elle, en respectant le propos d'Horovitz qu'elle sert au plus près avec intelligence et parfois, humour. Le ton est mordant, réaliste et sentimental, complètement ancré dans notre réalité.

MADAME BOVARY
théâtre de marionnettes

C'est finalement une très riche idée que de représenter le texte de Flaubert en théâtre d'objets : les mots y prennent un relief inattendu et l'implacable histoire se déroule sous nos yeux incrédules comme si c'était la première fois. Les gestes précis et feutrés de Marie Delaye, la manipulatrice, décrivent sans concession les tourments inutiles de cette malheureuse victime d'elle-même. Le drame se déroule de façon prévisible et implacable, chacun des personnages n'étant qu'un jouet du destin qu'il s'acharne à vouloir éviter. De superbes éclairages, une bande son tout en subtilités, l'idée d'avoir traduit le texte en noir et blanc, sans fioriture inutile, tout cela traduit avec beaucoup d'à propos l'intention de Flaubert " On me croit épris du réel, tandis que je l'exècre. C'est en haine du réalisme que j'ai entrepris ce roman. Mais je n'en déteste pas moins la fausse idéalité, dont nous sommes bernés par le temps qui court."(A Edma Roger des Genettes, 30 octobre 1856).  Emma, dérisoire poupée dont les petits bras en plastique tragiquement levés et qui égratigne sans espoir les murs de sa maison, n'existe que l'espace d'une éclaircie : " Madame Bovary n'a rien de vrai. C'est une histoire totalement inventée ; je n'y ai rien ni de mes sentiments, ni de mon existence. L'illusion (s'il y en a une) vient au contraire de l'impersonnalité de l'oeuvre. C'est un de mes principes, qu'il ne faut pas s'écrire. L'artiste doit être dans son oeuvre comme Dieu dans la création, invisible et tout puissant ; qu'on le sente partout, mais qu'on ne le voie pas. "
(A Mlle Leroyer de Chantepie, 18 mars 1857). Comment rendre avec plus de précision l'esprit de l'auteur qu'en portant le texte de cette façon, dérisoire et pathétique.

Nous y sommes allés sur la recommandation prudente de Roberto et avons découvert là un "objet de théâtre non identifié" particulièrement réussi. La Manufacture fait partie de "nouveaux" lieux dont on parle et nous étions, nécessairement, un peu réticents : théâtre innovant, certes mais jusqu'où ?? Du vrai théâtre nous avait assuré Roberto, et de fait, la pièce, fort dense est construite sur un texte de William Pellier dont elle n'exploite pourtant que les deux tiers.
Critique de toutes les "représentations" qui ont prétention à traduire la vérité, nos vérités, la pièce égratigne sans concession la politique, le théâtre, la pornographie, la télévision, le coaching, internet, les DRH... en un mot tous ceux qui s'arrogent le droit de parler à notre place.
C'est déstabilisant, un brin acide mais réellement jubilatoire, même si le mot est dévoyé ! Pris à parti, malmenés pour notre passivité, nous finissons par être partie prenante dans cette ronde qui, par touches de plus en plus précises, déconstruit nos fragiles certitudes. Celles que nous avions en rentrant dans la salle. Bien protégés par le noir et la rampe !
Emmenée avec maestria par 6 interprètes talentueux, la représentation accueille en plus, chaque soir, un "acteur" improvisé, choisi vraiment au hasard dans le public pour venir partager NOS repères, dire NOTRE condition. A en croire les acteurs, la qualité de leur prestation dépend de la réactivité du public, et le soir où nous y sommes allés, ils l'avaient bien "senti" ce public et trouvaient que l'ambiance avait été porteuse. La spectatrice choisie ce soir-là, détendue et souriante, a d'ailleurs joué sa partie avec naturel : quand je suis allée la féliciter en lui demandant de m'offrir un autographe (voir la photo de mon programme en début d'article) je l'ai trouvée en grande discussion avec l'un des acteurs que, par le plus grand des hasards, elle connaissait : ils s'étaient reconnus à l'instant où elle est montée sur scène.

samedi 16 juillet 2011

LA VIEILLE DAME INDIGNE

Article écrit depuis longtemps 
et dédié à nombre de celles qui me lisent et qui se reconnaitront
 ... Même si la photo ne leur ressemble guère ! à l'époque de René Allio on était vieille très tôt !

Fascinée par le film de René Allio ou par la chanson de Jean Ferrat, voire par les deux, maman avait décrété vers la cinquantaine qu'elle rêvait de devenir une "vieille dame indigne". Je ne comprenais pas trop ce qu'elle entendait par là et ne voyais guère l'intérêt de cette métamorphose, rêvant pour ma part plutôt d'être une "adorable petite mamie", de celles qu'on compare aux petites pommes ridées de nos clayettes et dont on vante la patience et la douceur, les gâteaux succulents et les broderies raffinées.

J'avoue avoir changé de style et compris depuis ce que cette récrimination sous-entendait ! Quant à mes images d'Épinal de la vieillesse, elles ont pris un coup dans l'aile dans un monde où l'on n'a plus le droit à la lenteur, où il faut se tenir au fait des évolutions de la high-tech en temps réel sous peine d'être vite dépassé, où il est de bon ton de rester sexy malgré les dégâts des ans et où, délire sécuritaire et prétention de tout maitriser se conjuguant, on doit "assurer" jusqu'à la fin.

Assurer... Parlons-en ! Quand nous étions jeunes, nous assurions en obéissant, sans rien remettre en cause, à des parents qui n'hésitaient pas faire preuve d'autoritarisme, ce dernier n'ayant ni mauvaise presse, ni mauvaise réputation. Nous étions des "enfants sages", nous fûmes des adolescents plus ou moins révoltés, mais toujours en restant dans les limites requises pour éviter les drames. Il fallait nous excuser, justifier nos manquements, bref rien de bien épanouissement pour l'ego.

Plus tard, jeunes adultes, nous avons tenté de faire notre métier de "parents nouvelles normes" en jonglant avec les valeurs que nous avaient inculqué nos parents dont nous avions soigneusement gommé les sanctions, et une attention démesurée aux états d'âme de nos tout-petits. Expliquer, justifier le pourquoi de nos décisions, faire comprendre, et ensuite et toujours, donner l'exemple. Car comment prêcher des valeurs sans en être les premiers adeptes.

Nous avons géré nos couples au mieux, convaincus qu'il fallait parler pour progresser, démêlant, débrouillant les innombrables chausse-trappes qui jalonnent une vie conjugale. Nous avons divorcé intelligemment, entre gens de bonne compagnie, maintenu notre couple vaillamment, fiers de la prouesse de la durée dans un univers où la cellule familiale est de plus en plus recomposée. Bref, là encore nous avons fait au mieux, avec force efforts de compréhension et d'ouverture d'esprit.

Il en est parmi nous qui ont accepté des responsabilités, au service des uns et des autres. Et l'ambiance les contraint à s'expliquer sans cesse, à justifier ce que les médias ou la rumeur publique nomment leurs erreurs, leurs faux-pas, alors qu'ils pensaient faire pour le mieux. De volontaires, ils se trouvent montrés du doigt, cloués au pilori et présentent leurs excuses !

Il finit, l'âge avançant, par nous venir une lassitude... surtout quand on est porté de bonnes intentions. Ce travail permanent de disculpation sous-entend finalement qu'on a passé sa vie à se sentir coupable et à tenter de démontrer qu'on ne l'était pas. C'est peut-être cette usure qui finit par engendrer l'effet "vieille dame indigne".

Se poser enfin face aux censeurs, sans complexes, ne plus se faire du souci et des idées noires parce qu'on vous critique ou que vous vous sentez incompris. Sans pour autant devenir péremptoire ou cassant, ni même forcément égoïste. Quoiqu'un peu d'égoïsme ne soit pas forcément dramatique en l'espèce. Continuer à agir selon ses valeurs, du moins qu'on peut, mais sans l'assortir de fleuves de démonstrations de bonne foi. Avoir, enfin, confiance en soi, et ne plus affronter des censeurs supposés omniscients en tremblant de ne pas être reconnu, légitimé. Cesser de s'excuser, de se justifier et d'avoir mauvaise conscience dès qu'on dit "non". Et surtout, ne plus être affecté par les piaillements de ceux qui prétendent nous juger, et, dans la foulée, nous condamner.





On se marie tôt à vingt ans
Et l'on n'attend pas des années
Pour faire trois ou quatre enfants
Qui vous occupent vos journées
Entre les courses la vaisselle
Entre ménage et déjeuner
Le monde peut battre de l'aile
On n'a pas le temps d'y penser

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le coeur à le dire
On ne voit pas le temps passer

Une odeur de café qui fume
Et voilà tout son univers
Les enfants jouent, le mari fume
Les jours s'écoulent à l'envers
A peine voit-on ses enfants naître
Qu'il faut déjà les embrasser
Et l'on n'étend plus aux fenêtres
Qu'une jeunesse à repasser
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