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samedi 31 décembre 2011

2012


Je ne sais comment vous la sentez, vous, cette année 2012 ? En ce qui me concerne, malgré les crises, les catastrophes et autres divagations de l'homme ou des éléments, je la "sens" bien... vraiment ! Sans doute son petit côté équilibré, presque symétrique mais pas trop, avec ses 2 qui la posent en une sorte de stabilité rassurante, à peine contredite par le 0 et le 1 qu'ils entourent ! Un cadre équilibré à l'interieur duquel les contraires s'affrontent, voilà qui est bien fait pour satisfaire mon petit côté binaire et 2012 m'apparait comme un millésime réconfortant.


Chiffre de l’ambivalence et du dédoublement, le 2 marque la première et la plus radicale des divisions : le créateur, le « 1 » bien sûr, et sa créature. Mais c’est aussi le masculin et le féminin, la matière et l’esprit, le blanc et le noir… et pourquoi pas, le bon sens et la déraison ! S’il est, au départ, symbole d’opposition ou de conflit, le 2, qui est aussi réflexion, aboutit à la réalisation de l’équilibre. En symbolisant le dualisme, sur lequel repose toute la dialectique, le 2 exprime donc un antagonisme d’où naît le progrès. La rivalité peut devenir réciprocité, l’opposition des contraires peut créer le complémentaire et le fécond.


La symbolique africaine, le monde celtique, la civilisation chinoise, la culture japonaise, et bien d’autres encore, tous construisent sur la dualité l’essence de la nature humaine, de ses contradictions et de sa possibilité d’évoluer (qu’on pense simplement au yin et au yang). Les symboles binaires ou les couples (se référer au symbolisme des jumeaux), sont innombrables dans toutes les traditions ; ils sont à l’origine de toute pensée, de toute manifestation, de tout mouvement, de tout progrès. Et l’art, qui adule le reflet, le semblable, le symétrique et le parallèle aime à célébrer le 2... quand l’air du temps n’est pas, bien sûr, au désordre et au baroque !


Que cette jolie année paire, au sybolisme prometteur, vous soit donc, à tous et à chacun de vous, paisible, belle féconde et ensoleillée !

jeudi 29 décembre 2011

KEL AJ ­ÈLA KOKA ?


Petit clin d'oeil à Koka !

mercredi 28 décembre 2011

GIRONDE



Conjonction de Venus et de la Lune au-dessus de l'horizon Sud-Ouest, juste après le coucher du soleil
Mardi 27 décembre 2011, 19h30

lundi 26 décembre 2011

UNE VISITE A POMPEI

La civilisation romaine, quoique disparue depuis des siècles, était relativement bien connue car, outre les monuments antiques dont les ruines étaient fort nombreuses et parfois très parlantes, il existait un très grand nombre de textes précieusement conservés et transmis depuis le Haut Moyen Age. Cette connaissance textuelle concernait cependant surtout les événements publics, les batailles, les triomphes, ou bien encore les principes du droit et les grands travaux. On disposait par contre d’assez peu d’informations sur les événements de la vie privée, ou sur les mœurs civiles.

C’est pour cette raison que, dès les premières fouilles réalisées à Pompéi et à Herculanum au milieu du XVIIIème, les chercheurs furent absolument fascinés par les nombreuses traces de la vie quotidienne que ces dernières révélèrent. Au moment de leur destruction, Pompéi et Herculanum étaient des villes qui comptaient plusieurs siècles d’histoire mais elles n’avaient pas d’importance politique particulière. Et c’est justement cette banalité qui rendit ces découvertes archéologiques d’autant plus passionnantes, car ces deux villes constituaient un échantillon représentatif de la civilisation romaine, beaucoup plus révélatrices du quotidien de nos ancêtres que les traces glorieuses laissées dans la capitale.
À Rome ou dans les vieilles cités européennes d’origine romaine, on voyait bien des monuments grandioses, des amphithéâtres, des temples, des aqueducs, des routes même ou d’impressionnants tombeaux, tous monuments importants ayant survécu à l’effondrement du monde antique et perduré au Moyen Age et au-delà. Mais de maisons, point ou presque pas. Parfois une pièce nichée dans quelque grotte d’une colline romaine. Or, l’éruption du Vésuve, en l’an 79 de notre ère, avait laissé un incroyable « arrêt sur images » : au fond d’une vallée à vocation agricole, une cité sans importance particulière s’était retrouvée figée en un instant dans la cendre, ce qui lui avait permis de traverser le temps.


Le choc eut lieu quand on mit à jour les premières maisons pompéiennes : l’abondance des décorations peintes et des mosaïques, la variété des objets retrouvés, et même la petite taille des édifices, tout était prétexte à s’extasier. Goethe va jusqu’à les appeler des « maisons de poupées », tant on était habitué alors à ne voir que des restes romains imposants.

Très vite, la surprise laissa la place à l’enthousiasme. Ces maisons révélaient en effet un mode de vie extrêmement raffiné. Un système hydraulique capillaire fournissait l’eau courante dans chaque foyer, et chaque maison ou presque possédait son jardin. La vie culturelle était très active, les cultes étrangers étaient acceptés au sein même des sanctuaires locaux. La liberté sexuelle qui régnait dans cette bourgade aisée fascina des générations d’archéologues, donnant naissance à de nombreux fantasmes et à des créations romanesques ou picturales mettant en scène ces découvertes surprenantes.
Depuis, les archéologues ont appris à fouiller avec plus de rigueur la maison, en distinguant les différents types de planimétrie, les époques de construction et les modes de décoration. Ils ont appris à classer les objets retrouvés en distinguant ceux d’origine locale de ceux qui étaient importés. Ils ont également su distinguer les différentes strates sociales de la population : outre les citoyens, il s’agissait de dénombrer les affranchis, les esclaves qui ne laissent presque aucune trace mais qui étaient pourtant très nombreux, ou encore les femmes.
Le principe de l’exposition, organisée en collaboration étroite entre la Soprintendenza Speciale per i Beni Archeologici di Napoli e Pompei et la Fondation Dina Vierny du Musée Maillol, est simple et efficace : elle se propose de dérouler le fil d’une visite qu’aurait effectuée un étranger de passage dans une maison aisée de Pompéi, un jour ordinaire.


Avant d’être présenté au maître de maison, le visiteur est encore dans l’atrium. Il regarde les parois décorées d’images de divinités ou de génies ailés. La vasque recueillant des eaux de pluie renvoie des reflets dansants sur les fresques. À côté d’elle, se trouve une table de marbre et l’ouverture du puits qui donne accès à la citerne souterraine.


Plus loin, un solide coffre-fort de fer et de bronze, puis le laraire, cette chapelle dans laquelle se trouvent des petites statues de bronze représentant les divinités tutélaires de la maison ainsi que d’autres plus importantes – une Isis, par exemple car elle assurait la protection de ces marchands habitués à avoir des contacts maritimes avec les provinces de l’Afrique et l’Égypte.


Il faut traverser une galerie, le tablinium, pour accéder à l’espace privé de la maison. Sur les murs, sont peints des paysages, des scènes racontant telle ou telle aventure des dieux ou des héros antiques. Le visiteur passe alors devant les cubicula, ces chambres à coucher peu éclairées, et, à côté de l’entrée secondaire de la maison, il en aperçoit une qu’il sait être le venerum – cette chambre destinée à la prostitution des esclaves (et une source de revenu pour le maître de maison), sur les parois de laquelle sont représentés des couples d’amants dans des positions que la bienséance m’interdit de développer.


Le visiteur attend le maître de maison dans l’une des grandes salles qui s’ouvrent au-delà de la colonnade entourant le jardin privé. Sur la paroi, il aperçoit une niche décorée de mosaïques, et un nymphée. Le délicieux bruit de la fontaine, les masques et représentations fantastiques qui s’offrent à lui le détendent de la fatigue de la route !



Le maitre de maison arrive enfin et l’invite dans le triclinium, cette salle à manger équipée de lits sur lesquels on s’étend pour prendre les repas. Les têtes de lit ont la forme de bustes de jeunes satyres, de têtes de cygnes ou de mulets. Sur les tables basses de bronze sont posées des assiettes de précieuse céramique, à l’éclat rouge-orangé. Celles de verre sont plus communes mais aussi plus légères, et leurs variations de couleurs sont infinies, du bleu au jaune citron en passant par le vert iridescent. Dans le Satyricon de Pétrone, Trimalcion déclare qu’il vaut mieux manger et boire dans du verre que dans du métal, car le verre n’a pas d’odeur ; il le préfèrerait même à l’or, bien qu'il en regrettât la fragilité.


Le visiteur, qui arrive d’une contrée moins civilisée, s’étonne de la commodité des petites cuillères, dont le manche pointu a été conçu pour extraire de leur coquille les mollusques et autres crustacés.


Il admire aussi ces deux appareils qui peuvent être utilisés aussi bien pour réchauffer que pour refroidir les boissons, selon que l’on y glisse dans un interstice du charbon ou de la neige.

Voilà que la soirée s’avance, et on allume les belles lanternes de bronze, perchées en haut des candélabres ou suspendues à un arbre ou à quelque statue décorative.


C’est que nous sommes dans une maison à la mode, les bijoux de la maîtresse maison scintillent, et ses hôtes n’ont même pas besoin d’aller aux thermes publics pour se laver, car ils disposent d’un balneum privé, dans lequel il suffit d’ouvrir un robinet pour que l’eau coule, depuis des tubes de plomb. À la baignoire de bronze, que l’on devait remplir à la main, en a même succédé depuis sa dernière visite une de marbre.


Tout ce qui est nécessaire à l’entretien du corps est aussi présent : les strigiles d’après-bain pour éliminer les crèmes dont on a fait largement usage pour les massages et les frictions, sans oublier les flacons et les ampoules contenant les huiles parfumées que l’on se versait sur les cheveux, sur les vêtements et sur les pieds, et qu’on apporte même pour l’honorer durant le banquet ! Quant au festin, il est éblouissant : les mets proviennent, on l’a déduit de la forme toujours différente des récipients utilisés, d’Afrique, de Grèce ou de Gaule. La table est dressée avec art, comme ce grand plat que l’on apporte, sur lequel se trouvent des morceaux de grue noyés dans le sel et pannés à l’épeautre avec le foie d’une oie bien grasse.

La digestion va être difficile mais le confort de la demeure, son calme, l’attention des esclaves et leur aptitude à deviner ses moindres désirs, rendent notre visiteur béat de bien-être, et ébloui par des habitudes d’hospitalité qui sont propres à ces romains, avec lesquels il aime tant à commercer.


Article rédigé à partir des documents mis à disposition de la presse par le musée Maillol sur son site :
Présentation de l'exposition par Stefano de Caro
Parcours de l’exposition au fil des objets présentés par Valeria Sampaolo
« L’amour sur les murs » par Antonio Varone
« La matrone en sa maison» par Marine Bretin Chabrol
« L’eau et ses usages dans la maison » par Hélène Dessales
« Les jardins » par Annamaria Ciarallo
« La découverte de Pompéi et ses effets sur la culture européenne » par Cesare de Seta
Les photos proviennent de divers sites, dont celui du Musée Maillol

dimanche 25 décembre 2011

IMPRESSIONS DE NOEL



vendredi 23 décembre 2011

CEZANNE A PARIS


Les expos du Luxembourg sont souvent beaucoup plus discrètes que d'autres et pourtant, en quatre salles et une muséographie toujours très pensée, on y découvre toujours des thèmes qui méritent le détour. J'aime leur format à taille humaine, peu d'oeuvres, mais dont on peut profiter au calme et à loisir. Alter, qui a une tendresse tout particulière pour Cézanne, un laborieux qui s'accrochait comme un forcemé pour "faire l'artiste", tenait à aller voir "Cézanne et Paris", et il avait raison. Le sujet semble presque une provocation tant il est vrai que le peintre est reconnu pour ses représentations de sa terre natale, et a priori la capitale n'était pas, loin de là, un de ses sujets de prédilection. Ces 80 toiles, paysages, portraits et natures mortes racontent la vie parisienne de l'artiste et permettent de revenir aux racines de l'oeuvre du peintre, dans le lieu même qui a contribué à assurer sa formation. C'est à Paris qu'il vient, tout jeune homme, étudier le travail des artistes consacrés, c'est ici qu'il rencontre ses collègues impressionnistes et post impressionnistes, qu'il fait la connaissance de critiques et de marchands qui s'intéresseront à son oeuvre, c'est enfin dans cette ville qu'il présentera aussi pour la première fois son travail au public parisien.


Le dimanche 21 avril 1861 le jeune aixois débarque au 11 de la rue Soufflot, chez son ancien camarade de collège Zola, un peu embourgeoisé mais rêvant d'art par procuration : cela fait des années qu'il insiste pour que Cézanne s'adonne à sa passion pour la peinture. C'est promis, il l'aidera car il sait que la vie de bohême est difficile, et pour commencer il l'héberge sur , Le jeune homme qui a bravé la colère paternelle arrive plein de fougue, féru d'académisme et de poésie, persuadé de bientôt conquérir la capitale "Avec une pomme je veux étonner Paris"... mais vite déçu dans ses ambitions. Il prend ses marques, rencontre ses premiers amis peintres, mais à peine arrivé, parle déjà de retourner à Aix, ce qui désespère Zola. Il repartira bien vite et cela explique le peu de toiles proprement parisiennes présentes dans cette exposition : quelques toits de la capitale, un peu gris, un peu tristes, une vue éloignée de l'église Saint Sulpice... et déjà, quelques mois seulement après son installation, il retourne en Provence. Il reviendra, souvent, préférant les environs à la ville elle-même, et s'installant de ci, de là, à Bennecourt, à Issy les Moulineaux, à Pontoise, à Chantilly, à Melun, et en cent autres endroits, tant et si bien qu'il semble qu'il ait passé plus de temps, mis tout à bout, en région parisienne qu'en Provence !


L'exposition retrace la promenade picturale de ces séjours en Ile de France dont il aime représenter les arbres, les villages, les allées forestières et l'eau... qui lui est véritablement source de méditation ! Ses bords de Marne, d'Oise ou de Seine sont nombreux, le Moulin brûlé de Charenton nous a retenus un long moment, et le Pont de Maincy dont les reflets sont autant d'invites à la rêverie, fortement émus.
La manifestation fait aussi une large place  à certains portraits, à ses tentatives de gravure, vite abandonnées, aux scènes morales, éthiques ou religieuses, et bien sûr aux natures-mortes.


Dès l'entrée, on admire le coin de cheminée sur lequel trônent un superbe coquillage aux reflets rosés et une pendule noire ayant appartenu à Zola, présentée d'ailleurs dans l'exposition. Par sa composition franchement géométrique, la toile en impose et construit une savante opposition de teintes et de matières. La blancheur éclatante du linge qui recouvre la cheminée se découpe en trois zones sévèrement découpées qui ponctuent l'espace de façon incontournable.


Disposés négligemment mais avec art, s'étagent quelques objets insolites comme cette tasse en équilibre précaire, ce citron éblouissant mais en partie caché par le tissu, et un vase aux allures de tulipe précieuse. A gauche un énorme lambi qu'on a envie de saisir pour, le collant contre son oreille, "écouter la mer". On a, vous vous en doutez, proposé pas mal d'interprétations équivoques pour expliquer cette composition, de toute évidence dédiée à l'ami écrivain ( à preuve l'encrier sur la droite, un peu enfoui sous le linge) : de la prétendue évocation d'une éventuelle féminité de Zola que Cézanne aurait, à l'occasion de ce séjour, découverte chez son ancien condisciple, à la représentation archaïque de la mère ou de la femme, les suggestions abondent et, bien entendu, entrainent une relecture totale de la toile qui va ainsi du portrait chinois de Zola à un autoportrait de Cézanne lui-même ! Reste, en fond, reflétée largement par le miroir devant lequel elle est installée, cette sobre pendule de marbre noir, sans aiguilles pour, dit-on, célébrer l'éternité de l'amitié qui liait les deux hommes.


Ce qui frappe dans cette composition, cohérente et cadrée comme une photographie moderne, c'est la contraction de l'espace et du temps, la mise en scène à la fois solide et instable, noire et blanche, horizontale et verticale, évocant les contradictions humaines comme sans doute les caractères différents des deux amis. Cette peinture avait en effet été conçue par l'artiste en réponse à la dédicace que lui avait offerte Zola dans son premier recueil d'écrits sur l'art, intitulé "Mon salon", avec une lettre préface remplie d'allusions aux échanges entre l'écrivain et le peintre, décryptant et reconstituant le monde. "Nous avions examiné et rejeté tous les systèmes, décidant après ce dur labeur" quel'individualisme devait être la vertu dominante. Et "cherchant la trace de l'homme en toute chose" Zola note qu'ils en étaient arrivés à louer "ces maitres qui sont des créateurs, dont chacun a créé un monde de toutes parts". La pendule noire, dans cette perspective, est carrément conçue comme une méditation sur l'acte de peindre.


Au-delà de ces interprétations, on admire la touche du tableau, ferme, grasse et pourtant, classique. On y reconnait les admirations naissantes de Cézanne pour Manet bien sûr, mais aussi pour les peintures espagnoles de Zurbaran et de Ribeira qu'il contemple au Louvre. Le rythme de composition en est, je l'ai déjà souligné, rigoureux, et impose une ambiance. Les plis de la nappe, lourds, verticaux, immobiles, répondent au côté du miroir et au coin du mur. Les ombres des pliures soulignent en pointillés l'horizontale basse et noire, impulsée par le haut de la pendule et reprise par le manteau de la cheminée. Le temps est arrêté et l'espace est clos, aucun point de fuite, aucune échappée dans cette peinture pourtant terriblement lumineuse.


Rassurez-vous, je ne vais pas vous égréner toutes les natures mortes de l'exposition... ce n'est pas l'envie qui m'en manque car toutes sont passionnantes à décrire, mais ce serait fastidieux. Je vous emmène simplement dans la dernière salle, où, juste avant la sortie, une toile particulièrement émouvante mérite une dernière halte. Il s'agit du paysage d'hiver peint à Giverny en 1894, une toile inachevée qui nous offre, comme autant de révélations sur les premiers émois de l'artiste face à son sujet, une vision incomplète, rapide et pourtant très explicite de sa mise en place d'une oeuvre.


Cette toile est passionnante à un double titre : d'abord elle nous est parvenue dans cet état parce que Cézanne l'a abandonnée à l'hotel Baudy où il séjournait et dont il partit très perturbé après avoir fui une réunion d'artiste à laquelle Monet l'avait convié. Ce dernier lui ayant souhaité la bienvenue en lui disant qu'il était "heureux de saisir cette occasion de lui dire combien nous vous aimons et combien nous admirons votre art", Cézanne aurait répondu, effondré "vous aussi, vous vous moquez de moi" et aurait quitté précipitamment la soirée, puis la ville, laissant, dans son désarroi, les peintures qu'il avait commencées dans sa chambre d'hôtel. Par ailleurs, elle est particulièrement émouvante car, venant d'un peintre besogneux, toujours insatisfait de ses réalisations, qui remaniait, retouchait et reprenait cent fois ses toiles pour atteindre ce qui lui semblait être le meilleur, nous avons ici un premier jet, une mise en scène claire et rythmée, presque aisée, rapide et pleine d'esprit. Les premières taches de couleurs ont été posées avec liberté, l'ensemble est naturel, souple, presque désinvolte. Et l'équilibre est parfait !

Une autre toile inachevée qui clôt l'exposition : "La Route Tournante" de 1905... Cézanne s'éteint en octobre 1906 à Aix ; ici le travail est encore léger, presque transparent. Quelques touches de couleurs, posées à coups de brosse brefs et verticaux, déclinent une gamme de bleus assez profonds, de verts discrets et quelques nuances de bruns. Elles évoquent sans le détailler encore le village dans le lointain, les champs et quelques vagues bosquets au premier plan et ce ciel délavé et presqu'aquarellé. Il s'agirait dit-on du village de Mennecy, entre Fontainebleau et Paris.

jeudi 22 décembre 2011

HIVER


Le solstice de décembre a généralement lieu le 21 ou le 22 décembre. Car dans le calendrier grégorien qui nous régit, les dates des solstices varient selon les années. Pour en revenir à l'hiver, il est tombé un 23 décembre en 1903 et il faudra attendre le début du XXIVe siècle pour le voir se produire de nouveau à cette date. Il est tombé un 20 décembre 10 fois à la fin du XVIIe siècle et tombera de nouveau à cette date à la fin du XXIe siècle et à la fin du XXVe siècle. Cette année, vous l'avez compris, nous sommes dans "la norme" : 22 décembre à 5h29.
Et pourtant, les mimosas sont déjà fleuris ! Quand on vous dit, ma bonne dame, qu'il n'y a plus de saison !!!

mardi 20 décembre 2011

DOM BEDOS DE CELLES


C'est aussi cela les blogs : je n'ai jamais été particulièrement attirée par les orgues ou par la musique d'orgue. Mais ayant comme copinaute Idées Heureuses, cela m'a rendue plus curieuse à l'égard de ces instruments dont je pouvais, au mieux, dire d'un air benoît "oh, il est joli". Et quand j'en croise un, je lui porte une attention nettement plus soutenue, en pensant à Martine de Sclos ! Celui de l'église Sainte Croix a donc d'autant plus retenu mon regard qu'on m'expliquait qu'il est l'un des orgues historiques les plus grands et les plus parfaits d'Europe. Restauré en 1985, sa remise en état dura une douzaine d'années et il compte aujourd'hui parmi les meilleurs instruments XVIIIème en état de fonctionner. Voilà, me suis-je dit, qui devrait intéresser Martine, et, du coup, je m'y suis intéressée aussi.
François Bedos de Celles naquit dans l'Hérault en 1709. Devenu bénédictin au monastère de la Daurade à Toulouse, il occupa des postes de confiance, devenant par exemple secrétaire du Chapitre, mais s'intéressa très tôt aux orgues et à leur fabrication. Curieux, il aimait aussi à construire des cadrans solaires, mais c'est dans le domaine de l'orgue qu'il a laissé un nom incontournable. D'autant qu'il a écrit un "Traité de facture d'orgue" qui, dit-on, fait encore autorité ! C'est en 1748 qu'il achève, pour l'abbaye Sainte Croix de Bordeaux où il est alors moine, son instrument le plus important, son chef d'oeuvre : un grand orgue dit "de trente-deux pieds", un des plus considérables du Royaume. 4 claviers, 44 jeux dont une bourdon 32 et une bombarde à main ! Cela ne me dit pas grand chose, mais a l'air d'importance !


Cet instrument remarquable a certes subi les viscissitudes de l'Histoire mais s'il nous est parvenu en assez mauvais état, il présentait l'avantage, malgré des démontages et remontages intempestifs, d'être relativement complet. Une restauration à l'identique fut donc projetée, d'autant plus intéressante que c'est le seul instrument construit par ce génial théoricien de l'orgue qui ait traversé les âges. En service depuis 1997, l'association qui le gère propose chaque saison une riche programmation d'oeuvres pour clavier. 
Installé dans l'église Sainte Croix de Bordeaux, l'orgue occupe tout le revers de la façade de ce bâtiment imposant, revu et corrigé par l'inénarrable Abadie. Ceux qui ont visité Saint Front à Périgueux ou l'église d'Angoulême savent de quoi cet architecte enthousiaste était capable. Il adorait refaire "à la manière de", selon une conception de l'art roman qui lui était bien personnelle et qui a rencontré depuis de nombreux détracteurs.


Le 23 mars 1838, Stendhal (qui n'est pas allé qu'à Rome) visite Bordeaux "Troisième jour de pluie par vent d'Ouest... La façade de Saint-Croix, fort curieuse, a presque la forme d'un triangle ; elle est fort élevée à droite, et fort basse à gauche. A la droite du spectateur s'élève une tour à trois étages... Eglise pleine d'onction si l'on peut ainsi parler ; son antiquité, son air à demi détruit par le temps lui ouvrent sur-le-champ le coeur de celui qui la voit". Pas de doute qu'Abadie y ait porté bon ordre, et si l'on critique souvent ses campagnes ravageuses de restauration, il faut du moins reconnaître que grâce à lui, des bâtiments menaçant ruine sont parvenus jusqu'à nous. A la même époque, certains préfets, plutôt que d'avoir recours à ses services ou à ceux de l'un de ses semblables, transformaient les églises menaçant ruine en carrière de pierres, et nombre d'entre elles se sont ainsi vue amputées d'un nombre impressionnant de travées.


A Sainte Croix, rien de pareil : en 1862 Abadie supprime le triangle et le remplace par une façade régulière et symétrique, en ajoutant une tour de trois étages à la gauche du spectateur ! Il fait disparaître la rosace gothique qui, selon lui, gâche autant l'air roman de la façade que son fronton classique qui, lui aussi subit le même sort. Pour ce dernier c'est sans doute un bien, pour la rosace gothique c'est plus regrettable car elle annonçait l'intérieur qui, lui, est totalement gothique. Du coup, il redessine un tympan et s'inspire de celui d'Angoulême. Il habite les niches de statues toutes fraîches, qui se sont patinées depuis et qui sont inspirées de nos églises saintongeaises. L'ensemble a gardé belle allure malgré ces interventions parfois intempestives et les ans ont adouci les angles du Saint Georges terrassant le dragon qui domine aujourd'hui la niche principale de la façade. Il est de bon ton de vilipender Abadie mais l'église Sainte Croix est toujours là, et qui sait ce qu'il en serait advenu sans la passion de cet architecte trop passionné mais efficace !

dimanche 18 décembre 2011

GIACOMETTI ET LES ÉTRUSQUES


La Pinacothèque de Paris présente jusqu’au 8 janvier 2012 une lecture inédite de l'œuvre du sculpteur Alberto Giacometti. Les organisateurs de l’exposition se targuent de faire œuvre novatrice, voire créatrice en proposant une lecture parallèle et presque comparée de l’art étrusque, qui on le sait inspira Giacometti, et des réalisations de l’artiste. Ils annoncent en préambule que beaucoup de confrontations de ce type, très prisées par la muséographie moderne, sont inutiles mais affirment que la leur est essentielle pour la compréhension de l’œuvre de l’italien et de l’art étrusque lui-même. Alter bougonne. Je m’accroche vaillamment.
« Qui est cet artiste qui, 2500 ans avant Jésus Christ, a interprété le monde avec les mêmes critères que Giacometti ? » demande un panneau introductif. Alter ronchonne, je commence à admettre qu’il a raison. Vouloir donner un sens conceptuel au rapprochement qui nous occupe relève un peu de la facétie intellectuelle.
Certes ça marche dans un sens : pas de doute que Giacometti ait été fasciné par les formes filiformes des sculptures étrusques et que la découverte et l’approfondissement de l’observation de ces statuettes aient provoqué chez l’artiste un bouleversement considérable de sa propre vision artistique. Il découvre cette civilisation et ses représentations de bronze au département d’archéologie du Louvre qu’il visite assidument. Et ce dès les années 20 (il a moins de 20 ans). Il se rend à la villa Guilia à Rome et surtout visite avec ardeur et émerveillement l’exposition sur l'Art et la civilisation des Étrusques qui se tient en 1955 à Paris. Une fascination qui dure sa vie entière, puisqu’en 1960, âgé de 59 ans, il ira encore visiter le musée Guarnacci de Volterra avec le même enthousiasme.  Cette attirance jamais démentie se lit au cours de l’exposition sur tous les catalogues et livres griffonnés en marge, croquis dessinés sur une carte d'Étrurie par le sculpteur qui, de toute évidence, n’a jamais abandonné ses recherches sur l’art étrusque.

Par contre, dans un souci de « relecture », vouloir à tout prix déceler chez les étrusques une modernité dont Giacometti serait l’heureux traducteur 25 siècles plus tard, c’est aller trop loin dans le « romantisme ».
Ceci étant, on visite deux expositions juxtaposées fort intéressantes. Celle consacrée à Giacometti n’est pas la plus impressionnante qu’il nous ait été donné de voir. Elle est cependant assez émouvante car on y découvre des quantités de dessins de l’artiste dans des catalogues, dans l’art gaulois du Zodiaque et dans tant d’autres livres et publications. Ces « dessins pour mieux voir » constituent un vrai musée imaginaire, copies sans fin, de tous lieux, toutes époques « comme si l’espace prenait la place du temps ». C’est ce qu’en dit l’auteur dans le préambule d’une édition qui fut faite juste avant sa mort du catalogue complet de tous ces croquis « Les copies du passé ». Les différentes versions des femmes de Venise, moulées chaque jour par le frère de l’artiste, Diego, qui savait que la nuit suivante Alberto allait les détruire, les modifier, les améliorer, les refaçonner, sont elles aussi fort attachantes : elles retracent la recherche infatigable qui était la sienne et l’évolution de sa quête esthétique. Enfin, on retrouve avec un réel plaisir ses hommes qui marchent, ces statues qui faisaient dire à Sartre « une exposition Giacometti, c’est un peuple, des hommes qui traversent une place sans se voir et pourtant, sont ensemble ».


Quant au parcours étrusque, il est de fort belle qualité et regroupe des œuvres de premier plan, mais pas forcément en rapport avec l’argumentaire de l’exposition. On admire en particulier une belle série de vases canopes dont la tête d’abord peu marquée, se précise au cours des siècles pendant que les anses se transforment en bras, parfois détachés, souvent croisés, le tout prenant de plus en plus une forme anthropomorphe. 


On suit avec bonheur l’évolution technique des buccheri, ces étalons de référence pour dater les sites puisque leur qualité commence à baisser dès la fin du VIème siècle. Ils sont fabriqués avec une argile épurée au grain très fin contenant un oxyde ferreux rougeâtre. Ce dernier se transforme en cuisant à basse température sans oxygène en oxyde ferrique, qui donne leur couleur d’un noir profonde aux buccheri les plus purs. Ces vases, qui permettent de dater les sites, permettent aussi de repérer et de comprendre les échanges commerciaux constants dans l’Etrurie elle-même et avec l’extérieur puisqu’ils étaient, de toute évidence, fort prisés des peuples environnants. Dès la  fin du VIème siècle le grain devient plus épais, l’argile est moins épurée, la couleur vire au gris opaque et les céramiques que l’on fabrique avec ce bucchero de moins bonne qualité ne sont plus réservées qu’à un usage domestique. Cette merveille sera ensuite supplantée par les céramiques à vernis noir, considérées comme plus belles.
On apprend de ci, de là, que les étrusques étaient considérés comme des pirates à cause de leur suprématie sur les mers (on parle même de thalassocratie !). Que leur réputation de stupre était due au fait que les femmes y étaient assez libres, pouvant participer aux banquets, elles avaient le droit de porter un nom qui leur soit propre, et étaient enterrées avec les mêmes égards que les hommes. Ce qui ne manquait pas de choquer les grecs, qui du coup taillèrent aux étrusques une mauvaise réputation qui leur colla  longtemps « à la peau ».
On déplore enfin que toute cette belle civilisation ait fini par être vaincue par les romains pour une simple question de sel, ces derniers ayant besoin des sites qui devaient leur procurer le précieux condiment, ils s’emparèrent de Veies dès 390 avant JC, et continuèrent leurs conquêtes au siècle suivant. Ce qui ne les empêchait pas d’apprécier les productions étrusques, ces derniers continuant à couler des bronzes fort appréciés par l’occupant jusqu’à 1er siècle avant JC. 

Et à propos de ces bronzes qui ont assuré durablement le succès du goût étrusque, on admire, nous voilà revenus à Giacometti, la célèbre statue dénommée avec esprit par d’Annunzio « Ombre du soir », au milieu d’un ensemble appartenant à la typologie bien connue des bronzes à forme allongée. Cette statue votive (il semble qu’elle représente un enfant atteint d’une malformation) aux pieds d’une finesse extrême est le portrait d’un enfant aux cheveux souples, aux fesses délicatement suggérées, alors que le sexe est très détaillé et le nombril très évocateur. Une façon fort agréable de terminer le parcours étrusque avant de revenir aux interprétations et relectures qu’en fit Giacometti.

samedi 17 décembre 2011

SAUDADE...


Elle vient de s'éteindre à l'âge de 70 ans et cette nostalgie qu'elle distillait avec une inépuisable conviction va se figer en arrêt sur image : il nous reste ses enregistrements et la découverte grâce à elle de ce paradoxe superbe qu'est la saudade. Ce sentiment sublimé qui relate l'imperfection du présent et sublime le passé, deux sensations mélangées avec une tendresse empreinte parfois de crainte, mais non exemptes d’espoir. La saudade ne se vit pas, elle s'acquiert. Dans la langue Portugaise, elle est précédée du verbe avoir et non du verbe être. Contrairement à l'état amoureux où l'on est... (être) "estou apaixonado", la saudade s'acquiert (avoir)  "tenho saudades".
Même si on la dit toujours au singulier, la saudade est plurielle, elle induit un mélange de sentiments, de situations, de souvenirs.  Mais, si elle exprime souvent un sentiment de vide dans l'instant présent, elle n’implique pas d’amertume.  La saudade n’est pas tristesse, mais une forme d’espoir, d’exorcisme, de quête du bonheur, fut-il relatif ou provisoire. 
Nous penserons à elle en fredonnant ses airs qui, finalement, expriment un sentiment universel !

jeudi 15 décembre 2011

CONTE OU REALITE ?

Inspiré d'un fait réel qui s'est déroulé en Turquie en 2001, le film s'égrène comme un conte, une fable douce amère qui célèbre l'indéfectible antagonisme et l'incontournable complémentarité des gents masculines et féminines. Servis par de superbes acteurs, il fait penser à une toile orientaliste : teintes chaudes et lumineuses, doucement patinées, mise en scène très esthétisante, l'action se déroule selon un ryhtme lent mais soutenu et connait assez de rebondissements pour garder le spectateur en éveil. Pas trop de manichéisme dans cette leçon de morale, même si les bons sentiments sont un peu trop naïfs et si l'épilogue est prévu d'avance. Un film qui peut énerver par ce que d'aucuns jugeront être de la mièvrerie, mais qui doit être pris comme une métaphore de l'amour qui, s'il n'est pas maintenu vivace, se tarit et s'étiole.

Un titre résonnant comme une promesse et qui fait hésiter entre conte et western... Mais ce n'est ni l'un, ni l'autre : simplement, là encore, une histoire qui est réellement arrivée au co-scénariste du film, Ercan Késal et autour de laquelle Nuri Bilge Ceylan a construit une admirable enquête pleine d'humanité, de sensibilité et de poésie. Dans ce microcosme fataliste de la société turque, l'absurde et l'humour sont au rendez-vous. Certes, le film est long et austère, mais d'une efficacité stupéfiante. La très longue scène nocturne qui ouvre ces deux heures de pellicule compose une entrée en matière à la limite du fantastique, qui permet de découvrir par touches délicates et parfois fort drôles, des personnages dont certains disparaitront par la suite. Quand le jour se lève sur ce pays magnifique aux horizons arides, surgit une autre réalité distillée avec finesse par le réalisateur : des humains qui doutent, et qui ont du mal à se situer dans une société minée par les petits arrangements avec soi-même, presqu'en faillite morale et pourtant terriblement fraternelle.


J'avoue que la perspective de voir des universitaires juifs palabrer sur le Talmud m'attirait moyennement et qu'Alter m'a un peu trainée voir ce film dont le titre, cette fois-ci m'évoquait fort désagréablement le ballon rond ! J'avais tout faux et je me suis follement amusée à cette fable grinçante qui expose sans concession les travers des universitaires, les rivalités inexpiables entre chercheurs, les hypocrisies de bons esprits, l'égoïsme d'un père... et ces fameuses notes de bas de page qui m'ont valu tant de déboires avec mon vieux et vilain directeur de thèse qui maugréait sans cesse que je n'en avais pas mis suffisamment. Mais qu'on ne s'y trompe pas c'est une tragi-comédie dont le fond est grave, et la blessure infligée au fils par ce père tyranique, égocentrique, introverti, jaloux, maniaque et mesquin sont de celles dont on se remet difficilement. Les acteurs sont au diapason et particulèrement justes. J'ai adoré la bande-son, dont le rythme rafraichissant met en relief l'absurdité de ces conflits et l'inanité des froncements de sourcils de ce vieil acariâtre. La fin enfin, ouverte et qui nous a divisés (Alter est persuadé qu'Eliezer Shkolnik va accepter le prix alors que j'avais cru comprendre le contraire !) nous laisse sur un sourire un peu triste mais ravis de ce bon moment de cinéma.


Après la détestation d'un fils par son père, celle d'une mère par son fils. Ici encore, au départ, un fait réel, qui a inspiré cette mise en image cruelle et terriblement efficace dont le sujet, a priori, me semblait insupportable. L'enfant monstrueux, la mère victime consentante et vaguement responsable, je n'avais pas trop envie d'affronter cette histoire psychologiquement trop agressive. Vue à travers le prisme des souvenirs de la mère, l'affrontement entre cet enfant terriblement désiré et sa mère abominablement culpabilisée, se lit avec des soubressauts, des inquiétudes et une intensité qui fascinent et répulsent à la fois. Le titre,  qui annonce que "nous" devons "parler", est presque une provocation car le film retrace seulement la solitude désespérée et silencieuse d'une mère qui a tout perdu, son mari, son fils, sa fille et qui se heurte, comme une mouche dans un bocal, aux souvenirs douloureux d'une période incompréhensible et révoltante. Tilda Swinton interprète ce rôle écrasant avec un talent incroyable, même ses pieds déformés sont déchirants de vérité !! Quant aux enfants, jeune ou adolescent, ils sont proprement odieux et parfaitement cadrés par une réalisatrice forcément torturée qui déclare "A mon âge, la possibilité d'avoir un enfant vous traverse l'esprit. Ces questions de la responsabilité, des raisons ayant conduit à avoir un enfant sans vraiment le connaître, ça me connaît."

mardi 13 décembre 2011

QSAR AL MEDOC : OASIS DE LYNCH BAGES


- Tu sais ce qui m'a fait le plus plaisir dans ce petit week-end escapade ?
- Le vin forcément  !!


- Oh ça, je reconnais que c'était magnifique, avec une mention spéciale pour le Rivesaltes 1959 (presque l'année qu'on fêtait !! pas jeune, le vin dis-moi !!), une explosion de caramel, du boisé, du croquant et un petit parfum de vin de noix en fin de bouche, une merveille !! 
- Et les autres aussi ?
- Que oui, un festival, dont un Graves pour flatter mon petit penchant perso pour ce cru, et le reste à l'avenant ! Y a pas à dire, fait bon être en Médoc  et ne pas se contenter de "regarder"...
- Le contenu des assiettes peut-être ?



- Là, il faudrait être difficile pour n'avoir point apprécié ! Un délice pour les papilles et aussi pour les yeux, ce qui n'a rien gâché !
- Alors le temps ?


- Oh le temps, là c'est vrai que tu as été veinard monsieur l'organisateur !!! Carrément pourri avant, des averses tonitruantes après... et  du soleil et de la douceur tout le temps de notre virée ...
- Kesstucroi ??? j'avais prévu aussi la météo !
- Ben voyons... 
- Mais alors qu'as-tu tant apprécié ?



- L'impression d'être dépaysée alors que nous étions à 50 kilomètres à vol d'oiseau de la maison... j'aime tellement découvrir, redécouvrir, apprécier, approfondir ce qui est proche, ce qu'on ne prend pas le temps de regarder quand on le croise tous les jours, et qui pourtant est unique et riche. J'adore faire du tourisme sur "mes" terres !!!
- Allez, tu aimes bien faire de la provoc...



- Et toi, tu aimes bien quand j'en fais ! Ceci étant, tout était parfait et je ne saurais dire ce qui a été le plus agréable.
- La visite à belle-maman, forcément !
- Allons, elle a été charmante, et c'est toi qui as assuré la corvée pendant que je baguenaudais en fond de Bassin, au soleil déclinant.




Et pendant ce temps-là, Mandarine bénéficiait d'une organisation semblable, plus exotique certes, mais concoctée par l'homme de sa vie à Qasr al Sarab, dans l'oasis de Liwa... Quant à Koka, elle était à Strasbourg, entre cathédrale illuminée et marchés de Noël scintillants...
Ils ne s'étaient pas donné le mot, pourtant dans la famille "Michelaise" ce week-end, la main était à ces messieurs, et ils ont été PARFAITS !!


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