samedi 30 juin 2012

FESTIVAL DES JARDINS

C'est à Chaumont sur Loire, et c'est tous les ans ! Tant et si bien que c'est déjà la 21ème édition du Festival des Jardins du Domaine de Chaumont sur Loire, un festival que nous avions envie de voir depuis des années, et que nous avons découvert avec tout le reste du Domaine, avec beaucoup de curiosité. Une journée entière est nécessaire pour tout voir : le château, les parcs, les expositions d'art contemporain, les installations permanentes et le Festival. Le thème de l'année était "le Jardin des délices, jardin des délires", et, pour le coup, les inventions fusaient ferme dans ces 26 parcelles attribuées à des paysagistes, parfumeurs, architectes, urbanistes, cuisiniers etc !!! Parfois un peu gratuits, mais souvent poétiques, toujours inventifs, on découvre ces jardins dans un labyrinthe vert, surplombant la Loire et le château en échappée, et c'est un vrai bonheur !
Je ne vais certes pas tous vous les présenter, certains sont ratés, d'autres pas photogéniques, et puis, si vous avez envie d'y aller, il faut bien vous réserver quelques surprises, cela dure jusqu'à fin octobre 2012. J'en ai donc retenu quelques uns parmi mes préférés.

Le plus poétique : "Le jardin Bijou" (Loulou de La Falaise, créatrice de bijoux, France)

Un écrin de verdure, précieux et sophistiqué, constitue un tapis végétal délicat sur lequel se déoucpe une fontaine aux perles scintillantes. Composé de plantes robustes et fleurissant jusqu’à l’automne, le jardin déploie un tapis végétal à l’aspect moiré mettant en valeur ses fleurs aux couleurs d'améthyste, de lapis lazuli, de perles et de corail. Et l'on peut y faire halte auprès de la fontaine qui murmure :
« Quand il jette en dansant son bruit vif et moqueur,
Ce monde rayonnant de métal et de pierre
Me ravit en extase, et j’aime avec fureur
Les choses où le son se mêle à la lumière. »
 (« Les Bijoux », extrait  « Les Fleurs du Mal », Charles Baudelaire).


 Le plus surprenant : « Le calendrier des sept lunes » (Régine Charvet Pello et son équipe, designer, Alix de Saint-Venant paysagiste, Marc de Ferrière Le Vayer, professeur et Xavier Matthias, maraîcher bio, France)
Le Festival dure sept lunes ! Sept cycles à parcourir pour épouser calmement le passage du temps. A chacun des croissants de ces sept lunes, une surprise apparait. Cachées dans 28 cabinets des curiosités, on découvrira peu à peu durant toute la saison, quelques étrangetés de la nature, comme les griffes du diable, un cocofesse, une éponge végétale, une courge du Siam et  tant d’autres merveilles inattendues.



Le plus "nature" : « Emeraude » (Oudir et Joineau, architectes, Geffroy, paysagistes, France)
Un monde lontain, inaccessible, autour duquel on tourne sans pouvoir y pénétrer… La clé n’est peut-être pas là où on le croyait ! Une fois la porte franchie, on bute sur un mur en pisé, lisse. Au-dessus, un monde végétal miniaturisé… où est le jardin ? Là-haut, impénétrable, mais débordant de plantes majestueuses et se laissant deviner, désirer. Impression de mystère et pourtant de luxuriance, on chemine entre ces murs de terre, entre des planches inégales et, au loin, le château de Chaumont nous  invente un autre monde.



Le plus odoriférant : "Toi et Moi, une rencontre" (Nicolas Degennes et Francis Kurkdjian, et les parfums Givenchy) 
 
Des invités au Festival des Jardins qui ne viennent pas du monde du jardin : ils laissent libre cours à leur imagination et on leur donne carte verte ! Dans ce jardin féérique, tout de noir et de rouge vêtu, la fontaine embaume. Sur le seuil, trois ardoises verticales, comme des totems noirs, obstruent le passage et laissent diffuser entre leurs failles la douce lumière de l’intérieur. Un chemin de bitume contraste avec un désert de paillettes de mica aux reflets noirs, quelques rochers sombres et une explosion de fleurs blanches… Surgissant sur ce sol volcanique improbable, 4 arbres majestueux se dressent, tout de rouge vêtus et aux branches desquels fleurissent des messages amoureux ! Enfin, cachée au fond de ce monde mystérieux, une fontaine parfumée, miroir limpide agité par le jaillissement d’un jet plein d’arômes, invite à la halte et à l’assouvissement des sens ! On se perd dans ces effluves délicats, sous le bruissement de bambous noirs. 




Le jardin des renards rouges » (Susan Frye, architecte et paysagiste, Katya Crawford et Veree Parker Simons, enseignants en architecture, Nouveau Mexique, États-Unis)

On franchit, pour entrer, un odorant rideau de plantes grimpantes, et au loin, le jardin, énigmatique et prenant, décline la sauge et le chardon. Un bassin de nénuphar, qu’on franchit pas une passerelle de bois, invite à la promenade. Pourtant, au loin, le danger rôde : les renards sont maîtres des lieux. Amis ou ennemis ? On se sent guetté et pourtant en sécurité, émotions contradictoires et ambivalentes.



Le plus "coquin" : "Le jardin des délires délicieux" (Guillaume Vigan, paysagiste et Alexandre Granger, architecte et urbaniste ; France) 
Jardin des sens, du plaisir et du désir : une vaste chambre à coucher dans laquelle on pénètre en traversant un verger de pommiers, aux fruits bien rouges. Au centre, un lit à baldaquin, déposé sur un socle de roses rouges, invitation au repos, à la méditation et à la rencontre amoureuse. Autour, la vigne vierge court, la végétation est généreuse, sensuelle, tous nos sens sont en éveil.


Le plus drôle "Liberté, égalité, fraternité" de Sim FLEMONS et John WARLAND, paysagistes, Royaume-Uni

Le plus simple est de vous livrer exactement l'intention des concepteurs : Après des années de soulèvements, la communauté des nains de jardin ne peut plus supporter son extermination. Arrachés à leur tranquille existence souterraine, marginalisés par la société horticole traditionnelle, dérobés par des fronts de libération mal inspirés et moqués par des jardiniers élitistes, ils engagent la révolte. Les nains de jardin mènent leur propre révolte, en quête de liberté, d’égalité et de fraternité. Leurs revendications sont simples :
  • Tous les nains de jardin ont leur propre beauté
  • Tous les nains de jardin remplissent un rôle esthétique utile dans la société horticole
  • Tous les nains de jardin ont droit à la quiétude d’un logis souterrain
  • Les nains de jardin exigent la fin de leur soumission horticole contemporaine
« Hasta la victoria siempre! »



Et pour finir, mon coup de coeur : le rêve vert et fou que Jean-Philippe Poirée-Ville : l’ombre du Château.
C'est une immense liane, une spirale végétale reliant l’architecture à la nature et qui se balance doucement au dessus du parc du château. Son concepteur, Jean-Philippe Poirée-Ville a mis au point un procédé qui permet de créer cette audacieuse structure végétalisée, aux lignes entrelacée, suspendue entre ciel et terre. Elle dessine des entrelacs, pareils à l’interminable ruban que déroulerait une princesse. Les courbes de la "sculpture" végétale s'opposent à la rigueur toute géométrique du superbe château classique.




vendredi 29 juin 2012

TAGUÉE PAR EUTERPE

Un tag ? Bof, bof, je ne suis pas très douée pour ce genre de "passe-moi la rhubarbe", mais Euterpe est gentille et je vais voir de quoi il retourne ... oups ... le tube de l'été ??!! alors là, je jette l'éponge après une visite chez lolobobo qui me confirme que non, c'est pas pour moi ce jeu-là !
Et voilà-ti-pas qu'Alba, Ciel bleu de Castille, nettement moins empotée que moi, me montre le chemin : mais oui, on n'est pas obligé de connaitre les derniers groupes à la mode pour participer : il suffit de proposer quelque chose que l'on aime et qu'on écouterait volontiers tout l'été ! Pour Alba, c'est Montserrat Figueras, une belle idée d'hommage à cette voix délicate, qui nous a quittés il y a quelques mois.
Quant à moi, j'ai choisi Cécilia dans son morceau de bravoure "Son qual nave ch'agitata" CECILIA BARTOLI - Auditorium Barcelona 11.10.2010 (un second bis !)



Règlement tel que je l'ai trouvé sur le site de l'initiateur de cette radio de l'été (pardonnez le tutoiement, mais c'est quand même un truc de jeunes !!)
  • Tu choisis ta chanson de l'été (ça peut être une chanson que tu écoutes en ce moment, un groupe qui joue du coté de chez toi, ou une chanson qui a accompagné un de tes étés précédents)
  • Tu fais un beau billet sur ton blog avec :
  • Un lien vers ta chanson de l'été (ou une video youtube de la chanson)
  • une copie de la règle du jeu
  • Un lien sur ce billet (ça me simplifiera la tache pour retrouver ta participation)
  • Une liste de deux ou trois blogueurs que tu souhaites tagger dans cette chaine pour qu'à leur tour il nous proposent leur chanson de l'été.

jeudi 28 juin 2012

KESAKO ?


Et oui !! Un OVNI... Lasse d'attendre l’atterrissage d'un engin sur son Ovniport, la municipalité d'Arès a décidé d'y pourvoir par elle-même... A moins qu'elle n'ait imaginé qu'un OVNI en appellerait un autre !
Depuis 1976, la ville d’Arès se targue de posséder un terrain d’atterrissage unique au monde un ovniport. L’idée en revient à un éclectonicien, Robert Cotten. Il pensait que si l'on voyait si rarement des OVNI (très à la mode dans les années 70 !!), c'était faute de les accueillir dignement. Donc, la municipalité d'Arès a décidé d'aménager, en bordure de plage, une esplanade pour les recevoir ! L'ovniport d'Arès était né. Une borne en marquait l'emplacement. Elle mentionne : "Le 15 août 1976, ce site a été réservé, par décision de Monsieur le Maire Christian RAYMOND, approuvée par le Conseil Municipal pour accueillir sur notre planète les Voyageurs de l’Univers. QUE VOS ATENDEM TOTJORN (nous vous attendons toujours). Bob COTTEN et un honorable groupe d’Arésiens sont à l’origine de cette initiative reconnue du monde entier. ».
Et voilà que depuis 2010, un "vrai" OVNI a pris place sur cette piste du rêve, et l'on peut visiter l'engin, y monter, voire même s'y installer et attendre le décollage !

mardi 26 juin 2012

ARCHITECTURES FANTÔMES

A gauche, "Daddy's little girl ain't a girl no more" de Stéphanie Cherpin (2009) qui a pendu haut et court une sculpture de bois travaillée… à la tronçonneuse. Des fenêtres, des barreaux ; une cabane une prison ? on dirait presque un carrelet démoli par la tempête !
Et à droite des photos de Nicolas Moulin (2006)

"Le fragment architectural est une figure emblématique de la narration. Les hangars désertés, les ruines de l'ère post-industrielle"... 
"Ça veut dire quoi" grogne Alter en évitant vaille que vaille quelque touriste encombré d'une somptueuse glace... Voilà qui me donne une idée : après avoir donné une tentative d'explication un peu fumeuse, je suggère :
"Allez, on y va, on verra bien, et ensuite on ira manger une glace chez Lopez !"
Il a même trouvé une place le bougre, et pourtant, je vous jure, un dimanche après-midi de juin, cela vaut son pesant de cacahuètes le stationnement à Royan !

 Au premier plan Estelle Deschamps joue sur l'équivoque avec ses colonnes en carton et en plâtre. Construction en cours ou démolition avérée ? Au fond, une photo de Cyprien Gaillard : une allée de graviers mène à un château de style classique. Et ces graviers, ce sont des matériaux de démolition d'immeubles modernes.

Mais bon, elle en valait la peine cette exposition organisée par les voûtes du port*, nettement moins pédante que l'exposé de présentation pouvait le laissait penser.  L'idée était de revenir sur la figure, classique et si prisée par les artistes, de la ruine, pour en faire une lecture moderne, actualisée à travers des démarches artistiques contemporaines, donc aux supports variés, et, souvent, audiovisuels. 


Ruine d'autant plus importante ici que Royan, nous le disions il y a peu, a été il y a une cinquantaine d'année, un vaste chantier de décombres dont le souvenir hante encore les mémoires. Huit artistes - plasticiens, photographes, cinéastes - ont laissé libre cours à leur imagination pour exprimer leurs impressions devant la destruction de ce qui, un jour, avait été pensé, dessiné et construit pour abriter. « Ils ont travaillé dans le champ de l'architecture avec ce parti pris paradoxal d'en voir la fin : la destruction, le vestige, l'oubli. Imaginer ou exprimer la façon dont l'architecture s'évanouit… », résume Julien Rucheton, co-commissaire de l'exposition avec Frédéric Lemaigre. 

Sans titre de Dider Marcel 2004

Au fond, photos de Jan Kempenaers : Spomenik 2007...

Une vidéo de Louidgi Beltrame, sur l’île japonaise "Gunkanjima", littéralement "l’île cuirassée". De son vrai nom "Hashima", le lieu a été rebaptisé en raison de la singularité de son profil architectural. Cet îlot de 480 mètres de long sur 160 mètres de large, entouré de murailles et construit d’immeubles en béton armé, n’était qu’un récif désolé au large de Nagasaki, jusqu’à ce que la firme Mitsubishi décide d’exploiter ses filons de charbon en 1890. En 1916, est construit sur l’île le premier immeuble en béton armé du Japon, puis pendant la Seconde Guerre Mondiale, on y implante un camp de travail. Avec l’apogée de l’exploitation du charbon, Gunkanjima devient en 1960 la ville la plus densément peuplée au monde, avant d’être définitivement évacuée par Mitsubishi en trois mois en 1974. 

Une vidéo assez poétique de Cyprien Gaillard qui filme la destruction d'un immeuble dans une banlieue de Dublin, fantomatique écroulement au milieu d'un cimetière envahi bientôt par un épais nuage de poussière, qui révèle, lentement, en fondu enchainé, les chutes du Niagara de nuit.

Quant à la glace, pauvre Alter, il s'est fait avoir : la queue était telle chez Lopez que nous avons tourné casaque en se disant qu'au mieux ce serait l'heure de dîner quand nous aurions enfin la nôtre ! Allez, ce n'est que partie remise... cet automne !

* A voir très vite : elle se termine le 1er juillet !

lundi 25 juin 2012

MOZART A BORDEAUX



"A Meslays, j'ai vu un bouquin consacré au tempo chez Mozart"
On est entre deux actes. Dans l'ombre : la salle est éteinte et les instrumentistes se livrent à quelques raccords en attendant le chef, et pourtant les yeux d'Alter brillent de convoitise.
"Il était épais comme ça ..."
Ses doigts, très méridionaux pour l'occasion, me montrent au moins 3cm d'épaisseur.
"Comme ça ???"
J'en rajoute un peu, histoire de rappeler que la méridionale, ici, c'est moi !
"Oui, oui" il n'en est pas à un centimètre Alter dans son envie du bouquin qui, en réalité ne fait (que) 306 pages.
"Et tu ne l'as pas acheté ?"
Moue désolée ...
"Ben non, il coutait 40 euros !! Mais il devrait le lire, lui, ce bouquin"


Du nez il me désigne le chef qui revient. Et de fait, si le tempo de Mikhail Tatarnikov est parfois admirablement enlevé, il a de réelles difficultés à maîtriser ses troupes, ce jeune chef russe,  directeur du Théâtre Mikhailovsky à Saint-Pétersbourg, et mozartien pour deux soirées. Dans les Noces de Figaro, il est très sensible, très vif, très attentif. Son orchestre boit le moindre de ses gestes, et la fusion entre eux est parfaite. Par contre, avec les voix, ça va un peu moins bien et parfois, il y a des décalages qui font désordre. Ce qui fait qu'il est sifflé quand il vient saluer, mais c'est injuste car son interprétation était très belle, quoiqu'un peu cahotique par moment.
Ce sera pire le lendemain, dans Don Juan, on aura de vrai dérapages incontrôlés et là, le public enthousiaste, ne le boudera pas à la fin. En fait Mikhail Tatarnikov m'a fait l'effet d'être un chef d'orchestre, traitant ses chanteurs comme des instruments. Et un chef, cela a l'habitude d'être obéi, pas de faire plaisir aux instrumentistes. Or, les chanteurs, souvent, ont leur propre façon de rentrer dans le rôle, que certains chefs suivent, pliant l'orchestre au tempo du soliste. Ici, pas question ! Tout le monde devait suivre, et parfois, en particulier avec les chœurs qui avaient manifestement travaillé avec un chef de chœur n'ayant pas la même sensibilité que notre slave, cela a donné lieu à des patinages pas franchement artistiques. Et puis, pour en revenir à son tempo, s'il était en effet brillant, pétillant, spirituel et très inspiré, il avait parfois une certaine tendance à "romantiser" certains passages, qu'il devait aimer particulièrement, et qui, par contraste, devenaient presque doucereux ! Au total, une belle lecture de Mozart mais un manque évident de travail : cela se sentait, par contraste, quand on abordait certains quatuors, sextuors (ou plus) vocaux, qui, eux avaient été particulièrement mis au point et qui, du coup, étaient au cordeau.


Vous l'avez compris, ce "Mozart à Bordeaux", c'étaient deux opéras, donnés en alternance (on avait pour l'occasion divisé l'ONBA en deux formations mozartiennes du meilleur aloi : un coup de chapeau au passage du premier violoncelliste des Noces : Kenji Nakagi *) ce week-end au Grand Théâtre de Bordeaux. Mise en scène de "notre" vibrion local, Laurent Laffargue, qui met les papis et les mamies du GTB en transe. Pensez, le scandale "Les noces en costume moderne" (c'est ce que nous a dit notre hôte d'un air dégoûté), cela fait trente ans qu'ils n'arrivent pas à s'y faire, nos bordelais, à ce type de mise en scène . 

 Décors, Eric Charbeau et Philippe Casaban

Pourtant il a du talent Laffargue et des idées, même si, parfois, il veut un peu trop en faire. C'était le cas pour les Noces de Figaro : au début, j'ai adoré sa mise en scène, Figaro comptant les pièces du lit en kit acheté chez Ikea, un décor années 30, des personnages surgissant comme d'un chapeau de magicien des boîtes trimballées de ci de là par des acteurs affairés, tout était léger, drôle et très dans l'esprit de la "folle journée" de Beaumarchais. Mais ensuite, quand il a rhabillé tout le monde en costume d'époque (il fallait bien calmer les bordelais avant les applaudissements) pour transformer la fin de l'opéra en marivaudage (ça c'était un bonne idée), il s'est englué avec une série de figurantes voilées qu'il déplaçait comme des pions sur un échiquier sans que cela soit convaincant.

Costumes, Hervé Poeydomenge

Et puis, il en a fait un peu trop dans le genre farce : on avait compris que le comte est un obsédé sexuel, et que Cherubino ne pensait qu'à "ça" : point n'était besoin de transformer tous les chanteurs en bêtes en rut, ni de leur faire passer leur temps à farfouiller sous les jupes des dames. Cela finissait par être lourd et, justement, cette pesanteur sied mal à Mozart !


Par contre, le lendemain, la mise en scène de Don Juan était parfaite. Dans l'excès, mais parfaite ! Il s'agit en fait de la reprise du Don Giovanni déjà présenté sur cette même scène en 2002 (en coproduction avec le théâtre de Caen). L' approche se veut contemporaine, grâce au décor épuré de Philippe Casaban et d'Eric Charbeau, pensé comme une page blanche sur laquelle s’écrit le drame. 

Quant à Laffargue, il a fait du séducteur irrésistible qu'est parfois le héros de l'opéra, un salopard de la pire espèce, dont seule Donna Anna est désespérément amoureuse, les autres ne cédant à ses avances que par peur et par contrainte. Souvent, les femmes ont un rôle ambigu dans Don Juan, elles minaudent, disent non mais pensent oui, et finalement il y a souvent une sorte de complicité passive dans leur façon de céder. On est souvent gêné de leur duplicité. Là, pas de quartier : l'homme est brutal, violent, imbu de lui-même, il achète son valet en lui donnant quelques lignes de coke, et il tonitrue de bout en bout avec une outrecuidance qui en fait un personnage franchement haïssable.


Et la fin imaginée par Laffargue prend tout sa justesse quand on admet, avec lui, que le cas est pathologique. Le chanteur qui interprétait le rôle titre, Teddy Tahu Rhodes, était superbe : non content d'avoir une voix ample et imposante, quoiqu'assez peu mélodieuse, il avait une présence sur scène, un abattage, un dynamisme qui en faisaient le personnage idéal pour ce rôle démesuré. Charismatique et très sexy, il s'est taillé un triomphe à la taille de la prestation imposante qu'il nous a offerte. Et sa musculature, à l'identique de sa voix, impressionnante, a sans doute déchainé encore plus les spectatrices féminines (et oui, les mamies ne sont plus ce qu'elles étaient !... allons je plaisante, c'était dimanche après-midi, et le public des matinées est nettement plus jeune que celui du samedi soir !!). J'avoue que nous l'avions déjà vue en 2002, mais avec Teddy Tahu Rhodes, cette mise en scène prend une dimension nettement plus magistrale. Mention spéciale pour la donna Anna très respectable de Jacquelyn Wagner.


* la première violoncelliste de Don Giovanni a, elle aussi, réussi une superbe basse continue d'accompagnement de Zerlina, mais je n'ai pu trouver son nom : sa collègue l'a discrètement applaudie à la fin !
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...