dimanche 30 juin 2013

COULEURS DE VILLANDRY


La dernière fois que nous avions visité Villandry, c'était l'hiver et le jardin était dénudé et austère. Nous avions moult fois voulu y revenir sans jamais en trouver le temps. C'est chose faite et cela vous vaut un article silencieux ! Promenons-nous dans les allées...


 Le potager, surtout orné en cette saison de choux et de salades, les tomates et autres poivrons étant encore sous serre.


Le jardin des simples, luxuriantes grâce aux arrosages naturels.


 Le jardin du soleil, le dernier né, traité comme un jardin anglais


Jardin d'eaux, serres, buis taillés, partout de nouvelles perspectives


 L'intérieur est très soigné et vaut absolument la visite


 Il accueille aussi une galerie de peintures, dont certaines sont de fort belle qualité ...


... comme cette déposition, classée MH, de Martin de Vos (Anvers 1532-1603)


 .... ou encore ce mariage mystique de Sainte Catherine, de Giovanni Francesco Bezzi dit Nosadella, graveur et peintre maniériste de l'école bolognaise, actif de 1530 à 1571 


Le château fut construit en 1536 par Jean le Breton, ministre des fiances de François 1er, qui rasa pour l'ériger une forteresse médiévale, dont il subsiste seulement le donjon. C'est Jean le Breton qui, le premier, commença à installer à Villandry des jardins, inspirés de ceux qu'il avait admirés à Rome, alors qu'il y était en ambassade. Le domaine resta dans la famille jusqu'au XVIIIème, quand le marquis de Castellane, ambassadeur de Louis XV, l'acheta, en 1754. 


Il entreprit alors de le moderniser, multipliant les fenêtres, supprimant les arcades de la cour, remaniant la tour médiévale, ajoutant gloriettes et balustrades, en un mot le massacrant joyeusement et donnant à ses successeurs un travail d'enfer pour le remettre en état. Il modifia aussi les jardins renaissance en en faisant des jardins à la française, plus au goût du jour. 


Quand il le visita en 1906, Joachim Carvallo vit sans doute le parti qu'il pouvait en tirer, à condition bien sûr de le débarrasser des interventions malséantes du marquis ! Il entreprit d'énormes travaux, faisant travailler 100 maçons, pour lui rendre son allure initiale et réussit fort bien. Un de ses premiers souci fut de débarrasser la tour médiévale de son couronnement mansardé, on voit que sur cette carte postale elle a déjà retrouvé son crénelage, plus approprié !! Il reconstitua aussi les jardins renaissance et, aujourd'hui, ses successeurs continuent à créer de nouveaux espaces dans ce domaine qui est immense.



La famille Carvallo est toujours propriétaire des lieux et l'exploite très intelligemment : on peut passer à Villandry, entre visite des terrasses et des jardins, découverte de l'intérieur, vaste et bien meublé, visite de la galerie de peinture, une très agréable journée. Qu'on peut interrompre pour un déjeuner délicieux, service charmant et contenu des assiettes très sympathique, bien meilleur que ce qu'on peut s'attendre à trouver dans un endroit très touristique, au restaurant Doulce Terrasse, qui se trouve juste à l'entrée. On vous tamponne le bras pour vous permettre de revenir après cette halte régénératrice.


Le propriétaire actuel du château, Henri Carvallo, portraituré en 2011.



Les photos sont libres tant dans le parc que dans le château. Que les propriétaires en soient remerciés ! Les cartes postales montrant les différents états du château ont été empruntées au site de Villandry, qui vous donnera, j'en suis sûre, envie d'aller le visiter. 

vendredi 28 juin 2013

PURÉE !!! DE L'OSEILLE....

Article dédié à Koka, qui en fait pousser sur son balcon parisien et bénéficie de nombreuses récoltes chaque année.

Les pluies du mois de juin, non content d'avoir fait pousser l'herbe, ont eu le mérite de nous fournir fournée d'oseille sur fournée d'oseille. Et l'oseille, pour qu'elle repousse, toujours aussi drue et toujours aussi abondante, apprécie fort d'être rasée ! Alors, comme nous sommes au bord de la mer, nous en faisons un grand usage avec les poissons, mais aussi les volailles, et autres saucisses de canard ou brochettes de lapin !!


Quand j'ai connu Alter, j'étais une "petite fille des villes" et je n'avais jamais mangé d'oseille. J'ai tout de suite adoré son goût acidulé et sa saveur "nature", il faut dire que je suis une fan d'herbes. J'ai donc adopté, tout naturellement, la recette de belle-maman : on fait revenir l'oseille, soigneusement lavée et débarrassée de ses côtes, dans de la graisse d'oie, jusqu’à ce qu'elle soit fondue. Puis on saupoudre de deux ou trois cuillères de farine, qu'on incorpore doucement aux herbes. Il faut qu'elle soit parfaitement intégrée au mélange de façon à ne pas former de grumeaux ensuite. Alors on rajoute un ou deux verres de lait, selon la quantité, et on laisse cuire quelques instants avant de servir. Idéal avec un confit grillé à point, ou avec du saumon frais.


Puis j'ai adapté la recette à mes goûts et à mon jardin : plus qu'une purée, c'est plutôt une sauce verte que j'aime faire pour accompagner les poissons. La partie préparation et nettoyage de l'oseille est commun aux trois recettes ! Je fais fondre dans un peu d'huile d'olive des échalotes, de l'oseille cisaillée, mais aussi un peu de roquette, des feuilles de céleri, du basilic et du persil, voire une petite branche de fenouil. Cela dépend bien sûr de l'état de ma planche de simples !! Cuisson douce jusqu'à ce que toutes ces feuilles aient perdu leur individualité, et on le sert tel quel, bien poivré. Un délice sur du riz cuit vapeur.


Pour finir, ce soir, j'en ai testé une troisième : le départ est toujours le même, oseille fondue dans des échalotes, elles-mêmes revenues dans de l'huile d'olive. En fin de cuisson, on rajoute trois ou quatre pommes de terres écrasées avec un presse-purée et un peu de lait. Ce n'est pas la meilleure des trois recettes, car, à mon goût, la pomme de terre affadit l'oseille, mais c'est parfait avec de la volaille. Dans tous les cas, la purée d'oseille demande un assaisonnement musclé, elle doit, pour en relever le parfum, être parfaitement salée et poivrée.


Et comme on ne peut pas faire les trois purées en même temps, on congèle l'oseille fondue pour une utilisation ultérieure, le temps que la plante repousse !! Cela se comporte très bien au congélateur.
Et vous, vous avez forcément votre  propre recette ??? 

RASÉE !! Chut, ça pousse ...

mercredi 26 juin 2013

MESLAYS 49ème


Et oui, cela fait déjà 49 ans que le festival de Meslays existe et au mois de novembre prochain l'équipe de passionnés qui assure sa survie, soutenue depuis une quinzaine d'années par l'incontournable René Martin, célébrera une date mythique. Le 17 novembre 1963, Richter donnait un récital au Grand Théâtre de Tours, jouant d'affilée les trois dernières sonates pour piano de Beethoven. L'accueil qu'il reçut, l'enthousiasme qu'il déclencha, le plaisir qu'il donna à ses spectateurs et qu'il ressentit lui-même furent tel qu'il eut envie de mieux connaitre la région. Il visita donc les environs avec l'architecte de la ville, Pierre Boille. Pendant la balade, ils visitèrent dans une grange dîmière, à une dizaine de kilomètres de Tours, au bord de la RN 10. Cette ferme fortifiée, bâtie entre 1210 et 1218 pour l'abbaye voisine de Marmoutier, comportait une grange d'un volume intérieur exceptionnel, similaire à une église, avec une monumentale charpente en coeur de chêne. Ce grand vaisseau de pierre et de bois était bourré de paille, de charrettes et de volaille. Le sol était, bien sûr, en terre battue. En entrant dans cette bâtisse impressionnante, Richter aurait dit : «C'est là que je veux jouer.» 
Son premier récital à la Grange de Meslay  eut lieu le 23 juin 1964,  : on avait dégagé la paille dégagée, placé la scène sur le flanc droit, pour permettre une vision en ligne de fuite entre les piliers monumentaux. Mais l'acoustique était terriblement mate. Et malgré les aménagements, elle l'est encore. Certes, cela favorise l'intériorité des artistes mais c'est très austère et nous avons découvert cette année qu'on a une audition nettement plus agréable si l'on est côté entrée.
Bref, c'est le 17 novembre 1963 que tout a commencé et du 11 au 17 novembre 2013,Abdel Rahman el Bacha jouera, en hommage au grand maître russe, l'intégrale des sonates pour piano de Beethoven. Ce concert anniversaire inaugurera les festivités prévisibles de la 50ème édition, mais dores et déjà la 49ème est en cours, et, comme toujours, se distingue par l'excellence de sa programmation.


Le premier week-end fut riche en moments intenses. Vendredi soir Augustin Dumay et Maria Joao Pirès nous ont offert un véritable travail d'orfèvre, ciselé, cultivé et d'une sensibilité aérienne. Le public de cette première était quelque peu agité, applaudissant sans discernement entre les mouvements, ce qui n'est pas le genre de Meslays (depuis 50 ans tout de même, les amateurs tourangeaux finissent par être de vrais connaisseurs) mais c'est le prix à payer pour obtenir mécénat et subsides. Les cocktails sont prétextes à mondanités où le concert est une corvée telle, qu'on applaudit au premier silence ! Dumay et Pirès ont eu l'élégance, malgré ces interruptions répétées, de continuer à jouer avec la même intensité, la même délicatesse, et nous avons eu de belles émotions.


Samedi après-midi, Henri Demarquette au violoncelle et Boris Berezovsky ont joué, avec un égal talent, Mendelsohn, Britten et Grieg. Le soir, Renaud Capuçon, Edgar Moreau et Nicholas Angelich ont commencé le concert par le trio "Archiduc", qui fut suivi, au grand dam de mon voisin qui pestait contre le compositeur, par le concert de Chausson, avec le quatuor Modigliani.


Certes, le programme n'était pas forcément ce qu'on aurait rêvé et quitte à entendre le quatuor Modigliani, on aurait préféré tout simplement un "bon" quatuor. Mais tout était tellement parfait qu'on aurait mauvais grâce à se plaindre d'une mariée trop belle ! Seule ombre au tableau, sans doute encore pour apporter à l'entreprise quelques finances, les concerts étaient filmés pour Mezzo et l'inconfort était grand pour les spectateurs mal placés, dont nous étions !! Entre caméras plantées sur la scène, bras menaçant brandissant de gros matériels de prise de vue au dessus de nos têtes et rails couinant pour déplacer les caméras, c'était carrément énervant !!


Dimanche matin, le jeune pianiste Matan Porat nous offrit un "voyage autour de la sonate en ré mineur K.32 de Scarlatti" : 24 morceaux de compositeurs divers (de Couperin à Janacek, en passant par Bartok, Mozart, Boulez, Beethoven et j'en passe) reprenant, sous des formes variées, le motif plaintif en demi ton, ascendant et descendant de la sonate de Scarlatti. Des sortes de variations, d'un genre particulier puisque écrites à différentes époques et sous différents cieux. Un programme savant, que nous n'avions pas forcément les clés pour apprécier à sa juste valeur, mais dont l'écoute était fort abordable et très réussie.

Programme de 1973 ... Maria Callas n'est pas venue !! et en bas, Musique au Village ... 
On se régalait !!!

Les deux derniers concerts mettaient en scène l'Orchestre Royal de Chambre de Wallonie et nous ont permis d'apprécier les talents de chef d’orchestre d'Augustin Dumay. Nous l'avons connu tout jeune, quand il venait, accompagné d'une bande de copains (Lodéon, Caussé, Collard, Daria Hovora) se faire plaisir à "Musique au village". Ce petit festival Gourdonnais dont s'occupait Alter, offrait des concerts gratuits dans les églises du Lot, et était en quelque sorte la bonne conscience du Festival officiel de la ville qui accueillait Richter, Menuhin, Edda Moser, Alxis Weissemberg, Kurt Redel ou Ella Fitzgerald. Les "jeunes", déjà solistes, venaient pour avoir l'occasion de jouer entre eux, ils se détendaient là d'une carrière déjà prenante et s'amusaient fort : certains dîners d'après-concert ressemblaient à des troisièmes mi-temps !! On n'avait pas un rond, on leur imposait des cocktails très "prout prout" pour remercier ceux qui nous accueillaient dans leur château, ensuite on allait manger dans des auberges à la bonne franquette... la dernière année on leur paya leur cachet avec des pièces de 10 centimes ! Autant dire que le budget de ce Festival gratuit était plutôt déséquilibré et tout cela finit, malheureusement, en eau de boudin ! Mais il nous est resté le souvenir de grands moments. Augustin, à l'époque, était déjà "le chef" : il tâchait de tenir ses troupes quand Lodéon, excédé par les mondanités inutiles alors qu'il mourait de faim, entamait avec ses copains instrumentistes une bataille d'oeufs durs dans une cour de château ou jouait à colin-maillard avec le soutien-gorge de l'aubergiste dégoté dans un panier à linge. Il essayait de convaincre Collard, qui avait trop de facilités, de venir répéter, il gérait les problèmes de cœur des uns et des autres et surtout, s'éclatait complètement en formation de musique de chambre. Pas de doute, il est vraiment doué pour diriger, et son ensemble de Wallonie semble un orchestre de solistes : précision, qualité de son, attaques impeccables, perfection des finales, la direction de Dumay est vraiment très élégante. Enlevée, joyeuse, énergique, dynamique, ses interprétations de Haydn en particulier étaient fort bien venues. On le sent très proche des membres de son orchestre


Le week-end prochain, c'est le deuxième et dernier week-end des Fêtes Musicales en Touraine* à la grande de Meslays, un endroit qui reste merveilleux même quand le temps est pourri !! Ce qui fut le cas pour notre séjour : courants d'air glacés dans la grange, herbe trempée qui nous a privés du traditionnel pique-nique au bord de l'étang, vent entêtant, mais une telle qualité d'interprétation qu'on a oublié tous ces inconforts !


* Programme de la fin du Festival
Mercredi 26 juin : A 21 h : Sonates au piano. Salle de La Pléiade, La Riche, Zhu Xiao-Mei, piano.
Vendredi 28 juin : A 21 h : Sonates pour violon et piano.
Samedi 29 juin : A 18 h : Vostex Temporum pour piano et cinq instrumentalistes par l'Ensemble le Balcon. A 21 h : Orchestre de Chambre de Lausanne dirigé par christian Zacharias Beethoven.
Dimanche 30 juin : A 11 h : Sonates pour piano Schumann et Schbert par Adam Laloum. A 16 h : Soprano Juliane Banse accompagnée au piano par Wolfram Rieger dans Liszt et Mendelssohn. A 19 h : Concerto pour piano de Mozart orchestre de Lausanne et Dana Ciocarlie.

Photos interdites durant les concerts, mes photos sont donc des photos des photos officielles, affichées à la billetterie ! d'où les reflets bizarres ...
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