jeudi 31 janvier 2013

MAYALENE

Le lutin sur la gauche, c'est elle !

Il y a les "vieux" (pardon aux intéressés, mais la langue de bois n'est pas mon fort* !) : Norma qui vient tout juste de fêter son 4ème anniversaire, Tokirakapon, 5 ans depuis le 22 décembre, et qui "arrosait" son 1800ème billet le 18 janvier, et beaucoup d'entre vous dont on a déjà soufflé plusieurs bougies.

Et puis les "jeunes" comme Josette, qui nous a ouvert sa cachette en juin dernier, timide au début, puis de plus en plus prolixe, et déjà forte d'un bon nombre de lecteurs et d'une cinquantaine de billets... et enfin, il y a les nouveau-nés, comme "le Clos Fleuri", le tout bébé blog de mon amie Madeleine. Vous savez "ma" main-verte, ma compagne de déraison, ma complice en bon sens. 

Bizarre des sushi ici ? C'est l’œuvre du mari de Madeleine qui (il a une belle-fille japonaise !) est un vrai "chef" en la matière et nous a régalés le week-end dernier ! Quant à Madeleine, bien sûr les photos datent de l'été 2012, mais c'est tellement elle !!

Il est tout minot ce gentil blog créé "pour rester en contact avec ses enfants", mais oui, on en est tous passés un peu par là : les enfants c'est le prétexte. Et puis, allez savoir pourquoi, ça s'installe tout doucettement, ça fait sa place dans votre vie, dans votre façon de voir les choses, de se dire "tient, ça ce serait un bonne idée pour mon blog", puis de dire à son compagnon "dis, et si on allait faire ci ou ça ?... en plus, cela me ferait un bon article", de creuser une pensée furtive qui vous semble avoir mérité qu'on s'y arrête, de partager des doutes ou des convictions. Plus tard, de se dire "mais ça me prend trop de temps ce "truc" là, faut que j'arrête"...  d'arrêter, de reprendre, de s'entêter ... en un mot de ne plus vouloir s'en passer. 

Parfois même on se livre un peu plus, (un peu trop ?), entre une recette de potage et le récit d'un voyage, on livre aux lecteurs un souvenir d'enfance, un coup de nostalgie. Puis, bien vite, on revient à un propos calibré, qui respecte l'éthique implicite des blogs : pas de politique, pas de religion, le moins possible d'avis polémiques, une certaine discrétion, pas de méchanceté non plus, ou de critiques qui pourraient être mal prises : après tout, on n'est pas là pour "faire" de la peine, et comme "ça reste" sur la toile, on comprend bien vite qu'il vaut mieux garder pour soi les propos trop virulents.

On finit par faire la cuisine un appareil photo à la main, pour ne rater aucune étape, par fixer, avant de les goûter, les plats si bien présentés dans les restaurants,  par photographier les catalogues d’exposition car on s'est vu refuser l'usage de l'APL, par "espincher"  nos fleurs dès qu'elles déplient "leur robe de pourpre au soleil"... bref on devient un peu bizarre, à galoper dans la rosée pour saisir les premières lueurs du soleil dans notre jardin, à traquer les oiseaux quand ils font leur nid ou dévorent nos boules de graisse, à chercher les photos originales qui vous valent des regards interrogatifs (mais pourquoi il/elle photographie ce truc horrible ??), à portraiturer nos pieds, notre reflet ou mille autre folie... mais on s'amuse finalement beaucoup. 

Alors bien sûr, vous qui me lisez, vous les "presque pros", soyez indulgent pour Mayalène (elle ne sait pas encore qu'on utilise de préférence un pseudo, mais je suis certaine qu'elle choisira celui-là), elle "fait rien qu'à commencer" ! Rappelez-vous vos premiers billets, l'étonnement de voir que c'était "paru", la drôle d'impression que cela fait de devenir "public", puis l'apprentissage de la mise en page, le travail sur les photos, les "trucs" techniques qu'on glane de-ci de-là ... bref, après l'envie de montrer aux enfants ce qu'on a fait ce week-end, l'envie de "faire un blog qui nous ressemble". Celui de Mayalène risque d'être joyeux...

* Et puis je suis tellement "vieille" aussi, que je peux me le permettre !

mardi 29 janvier 2013

QUELQUES TOILES



Réalisé par Miguel Gomes 
Avec Teresa Madruga, Laura Soveral, Ana Moreira ...


J'aurais tendance à dire "Attention chef d’œuvre", mais si j'en juge par les bâillements de ma voisine, auxquels répondaient en contrepoint parfait ceux de celle d'Alter, il me faut vous mettre en garde : cet avis ne se prétend nullement universel !
Ce film portugais, quel bonheur que cette langue, est d'une classe et d'une esthétique irréprochables. Après un bref prologue, deux parties. La première, contemporaine, peint avec réalisme et une vraie finesse trois femmes au caractère bien trempé. Leur solitude est palpable et leur difficulté à se "rencontrer" fort bien saisie. Il y a une vraie tendresse, un véritable humanisme dans le portrait de ces voisines de palier dont l'une sera l'héroïne de la deuxième partie. Car elle meurt, trop tard pour revoir celui qui va, en voix off, nous raconter ensuite son histoire, leur histoire.
Le trait de génie du réalisateur est de n'avoir point sacrifié à la convention "couleur pour le présent, noir et blanc pour le passé". Tout le film est en noir et blanc et cela crée une confusion bienvenue, on ne peut pas oublier le passé, quelque volonté qu'on ait de le faire.




Miguel Gomes a choisi, pour cette deuxième partie, de la présenter en images muettes, la voix du vieil amant nous racontant sans emphase leur folle passion. Cette sobriété sied au récit qui, sans cela, paraîtrait mièvre. Le charme de la langue portugaise, une bande son parfaite donnent à cette narration un côté envoûtant, presque captivant, subtilement souligné par le fait que le metteur en scène a choisi de conserver tous les bruitages, une goutte d'eau, une voiture qui démarre, le vent dans les blés, les chants tribaux... on entend tout de la scène qu'on voit, sauf les paroles des protagonistes. Les mots se sont effacés, seuls les visages restent. Grâce à cet plan de montage, on sait, dès le départ, que, pour les amants, tout est perdu. Mais l'histoire n'est pas fade, car l'on sait aussi que l'héroïne était une joueuse, et qu'elle perd, elle perd toujours, malgré ses rêves qui lui dictaient la voix du bonheur, rêves mensongers ou factices.




Les images sont absolument superbes. Le noir et blanc est utilisé dans toutes ses nuances, dans toute sa palette, esthétique, triste et nostalgique. C'est bourré de trouvailles, d'images qui se superposent, créent la surprise, s'enchainent et nous ravissent. Le film, tourné en 16mm, a donc une dimension écran modeste, 4/3, on n'en a plus l'habitude, et c'est très adapté au récit.
C'est un film sur l'amour, bien sûr, passionnel, dévastateur et destructeur. Mais il parle aussi de la solitude, de la vieillesse, de la folie de la jeunesse, de l'Afrique, de la décolonisation... C'est très raffiné, très délicat et, quoique d'une beauté formelle époustouflante, pas affecté ni gratuit. Juste prenant. Vous pouvez rester totalement hermétique à la poésie de ce film, certains ont détesté la première partie, pourtant nécessaire et éclairante. Mais si vous adhérez au propos de l'auteur, vous passerez deux heures en apesanteur. La saudade à l'état pur, en images !



Réalisé par Joe Wright 
Avec Keira Knightley, Jude Law, Aaron Taylor-Johnson ...



Tourner le roman de Tolstoï, filmé en 27, 35, 48, 75 et tant d'autres fois, relève de la gageure. Comment faire original sur une histoire que tout le monde connait, fut-ce par ouïe-dire, et dont il existe tant d’adaptations cinématographiques. Le réalisateur a décidé de raconter son film dans un théâtre où les différents décors s’enchaineraient à la façon d'un labyrinthe et où l'on passe de l'un à l'autre en récréant un espace, par définition factice et restreint. Comme sont factices les relations dans cette société hypocrite et pharisienne. L'idée est bonne, et cela donne à tout le début du film une ambiance très chorégraphiée qui renouvelle agréablement la lecture de Tolstoï. Cette idée de base est fort bien maîtrisée et les successions de décors qui permettent de passer de l'intérieur à l'extérieur, de suivre un personnage d'un endroit à l'autre sans le lâcher de la caméra, sont toujours inventives.




Le scénariste a fait le choix de ne conserver du livre que l'histoire d'amour, laissant de côté toutes les autres problématiques. Il en résulte, à mon sens, des dialogues d'une assez grande pauvreté, mais bon, ne soyons pas bégueules et vautrons-nous dans le romantisme. Et là, nous en avons pour notre argent : une débauche de costumes, des kilomètres de tissus brillants, somptueux, scintillants, des toilettes à couper le souffle, l'équipe d'habillage de ce film a dû en voir de toutes les couleurs pour gérer tout cela. Mais, malgré le joli minois de Keira Knightley, l'allure très respectable de Jude Law et une débauche hollywoodienne de moyens, je me suis vite ennuyée. C'est long, les scènes se succèdent, on a envie que ce soit la dernière, mais non, encore une. La bande-son, romantique en diable mais répétitive à en devenir rengaine, n'est pas gênante mais elle affadit le propos. Bref, si vous avez deux heures et demie à tuer, et pas une passion pour Tolstoï, si vous avez envie de vous esbaudir sur une collection de bijoux digne d'un musée de la joaillerie, si les robes de bal vous font rêver, allez-y !! Sinon, bof ...



Joyce DiDonato interprète le rôle-titre de la rebelle Marie, Reine d’Ecosse. La soprano sud-africaine, Elza Van Den Heever, fait ses débuts sur la scène du Met dans le rôle de la redoutable rivale, la Reine Elizabeth I. Maurizio Benini dirige une distribution exceptionnelle qui comprend également Francesco Meli dans le rôle du comte de Leicester, Joshua Hopkins dans celui de Lord Cecil, et Matthew Rose dans celui de Talbot.


Ma troisième toile est un opéra. Projeté dans le cadre des retransmissions du Metropolitan Opera de New York, ce fut, comme toujours, une superbe soirée. Magnifiquement installés dans des fauteuils d'un confort incomparable (ah les sièges d'opéra, quelle galère), bénéficiant d'une vision totale de la scène, du jeu des acteurs, et de la moindre de leurs inflexions, abreuvés de champagne à l'entracte, profitant d'un son très convenable, voire de grande qualité, nous aimons nous embarquer vers NY une ou deux fois par mois. Si vous aimez l'opéra, cherchez bien, il y a forcément un "MET" pas loin de chez vous. La formule plait, marche et se déveloope. L'amélioration sensible des prises de vue, nettement plus riches qu'elles ne l'étaient les années passées, perfectionne encore cet "opéra du pauvre" qui fait nos délices.




Quand, en prime, on bénéficie dans le rôle titre de Joyce DiDonato, c'est le bonheur absolu. Que cette femme est belle, et l'écouter est une vraie gourmandise pour l'oreille. Elle est impressionnante de puissance, ardente, mais aussi feutrée, émouvante, humaine. Sa voix, pleine de nuances vocales et dramatiques, monte, enfle, file, s'épanouit et nous transporte. En effet, non seulement sa technique vocale est parfaite, mais elle joue admirablement. Mais non, je n'en fais pas trop, Joyce DiDonato est en passe de devenir, aux États Unis, une prima donna assoluta, et elle le mérite ! Son visage mobile, expressif, tour à tour charmeur et inquiet la rend lumineuse et aérienne, et l'on est pris par la magie de son timbre.
Si l'on ajoute que toute la distribution était de qualité, que la direction de Benini était, comme toujours, au cordeau, et que la mise en scène de David McVicar très belle et d'un goût parfait (ce qui n'est pas toujours le cas au Met où c'est parfois un peu "ringard") vous comprenez mon enthousiasme. D'autant que je connaissais pas cet opéra de Donizetti, récemment ( euh... dans les années 70 !!) remis au plan et que je l'ai découvert avec un réel plaisir.



Alors, bien sûr, vous ne pourrez plus entendre Marie Stuart cette année, car les séances, en direct, (cela ajoute un petit plus, fut-il psychologique), sont uniques. Mais laissez-vous tenter par les retransmissions du Met, vous y reviendrez.


dimanche 27 janvier 2013

Montparnasse / St Germain : abstractions d'Après Guerre, LA "SOLUCE"

 
La Nouvelle École de Paris
Je n'aurais jamais pensé faire 4 billets sur cette exposition quand nous nous sommes "poussés" pour aller la voir, genre "on a une expo à 1h et quart de chez nous, on ne va quand même pas la bouder"... "on y va ?" "oui, si tu veux !" "et toi, tu veux ?" "ben si toi tu veux, je veux bien" (répliques interchangeables, débutées soit par l'un, soit par l'autre)... enfin bref, le genre de dialogue stérile mais rassurant qui peut durer des semaines !

Pour le jeu, félicitation au travail d'équipe !!! Mireille en a trouvé 5 sur 7, elle a juste commis une inversion, que Siù a, en partie, corrigée en voyant Schneider à la bonne place. Quant à Josette, elle a  parfaitement identifié Matthieu, l'intrus. Donc à vous trois, vous avez "tout juste" !!! Bravo les filles !!


01 = Olivier Debré, l'angevin
1959 : Rouge des Hauts, 
huile sur toile 140 x 149

 


 02 = Geer van Velde, le belge
1958 Composition 
huile sur toile 134 x 146


03 = l'intrus
Georges MATHIEU (1921, Pas de Calais - 2012, Boulogne Billancourt). Les Philistins marchent sur Gilgal - 1962
huile sur toile 80 x 130

Son style est tellement reconnaissable, une des figures emblématiques de l'abstraction lyrique, que j'avais introduit un léger piège en prenant une toile noir et blanche (mais il y avait la petite tache rouge, et Marfaing, ne met jamais aucune couleur, sauf, au début un peu de brun, et à la fin de sa vie, quelques reflets bleus. 


 04 = Jean Le Moal, le breton
1973 Espace
huile sur toile, 130 x 97


05 = Gérard Schneider, le suisse
1956, Opus 18C
huile sur toile, 150 x 220



06 = Alfred Manessier, l'orléanais

Un diptyque : 1983 - Aurore sur les étangs (huile sur toile 80 x 300)
1983 - Aube sur les étangs ou Hommage à Monet (huile sur toile, 80 x 300)
Un vrai coup de foudre, mais, me direz-vous, c'est un hommage à Monet, abstrait peut-être, mais pas tant que ça ! Et avec des titres très évocateurs. Evidemment, une petite photo rend mal compte de l'impression fournie par ces toiles, de très grande dimensions. Je vous propose donc quelques détails.


Avouez que ces chatoiements sont très "expressifs" !


 07 = André Marfaing, le toulousain
Mars 1978-1 (1978)
huile sur toile, 162 x 130
 Une toile qui m'a profondément touchée, car c'est ce qu'on demande à l'art abstrait, sans autre explication, et dont je vous montre quelques détails superbes dans leurs transparences.
Chez Marfaing, le noir ET le blanc comptent : on perçoit très bien, dans les peintures choisies par le commissaire de l'exposition sa progression, un parcours de recherche artistique parfaitement cohérent : au début, sa touche est riche, au couteau, épaisse, très sombre et très "gestuelle" (voir la première toile de l'autre billet). Puis elle s'allège, devient beaucoup plus "liquide", précise, dépouillée. Le noir y tient encore une grande place. Mais peu à peu le blanc gagne, et, sur ses dernières toiles finit par s'imposer, comme un langage qui voudrait aller à l'essentiel, presque au dénuement, c'est vraiment émouvant ce pinceau "retenu".


 

vendredi 25 janvier 2013

MONTPARNASSE - SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS Abstractions d'après-guerre (3)


Et voilà, il fallait bien que ça arrive ! C'est "l'interro" !!
6 peintres à l'exposition bordelaise "Montparnasse / St Germain des Près, abstractions d'Après-Guerre".  6 peintres ayant chacun leur personnalité propre et dont je vous ai présentés dans les deux billets précédents toiles et réflexions sur leur art :
en un mot, la Nouvelle École de Paris !!


01


 02

03

04

05

06

07


Voici 7 toiles, numérotées :
L'une est, bien entendu, un intrus
et les 6 autres sont à attribuer à chacun de leurs auteurs !
Et la question subsidiaire est : quel est le nom du peintre "intrus" ? 
Essayez, cela en vaut la peine, cela oblige à regarder vraiment et, éventuellement à dépasser les réticences que l'on peut, éventuellement, éprouver pour l'art abstrait ! Solution au prochain numéro...

mercredi 23 janvier 2013

MONTPARNASSE - SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS Abstractions d'après-guerre (2)


Après que les jalons de l'abstraction aient été posés dans les années 30-40, la nouvelle génération, désireuse de faire évoluer le genre, va privilégier le geste, créant un nouveau langage plastique qu'on a qualifié assez rapidement de "lyrique". Cette "Nouvelle Ecole de Paris" revendique la spontanéité de la gestuelle, l'épuration de l'écriture, l'union de la forme et du fond. L'abstraction lyrique se veut un hymne à la vie, la foi en l'homme et affirme sa conviction que "l'essentiel n'est pas le visible mais notre monde intérieur".


Ocre coulé de Loire, trace rouge Lorraine (1987)
Olivier Debré (1920, Paris - 1999, Paris)
"En regardant une oeuvre d'art, dans un premier temps, vous réagissez directement à la forme, à la couleur, aux rapports de la forme et de la couleur. Et cela, en dehors de toute culture. L'important est la force d'émotion contenue dans la toile. Seule compte l'intensité...Les moyens par lesquels on obtient cette intensité, au fond, n'ont pas d'importance.



"Je me défends d'être un paysagiste, je traduis l'émotion qui est en moi devant le paysage, mais pas le paysage."


"L'art - la peinture en l'occurence - vient des profondeurs de l'être, du tréfonds. Il échappe en fait à la volonté individuelle. Gide dit justement qu'on ignore ce que l'on met soi-même dans l’œuvre"


I 58 A (1958)
André Marfaing ( 1925, Toulouse -1987, Paris)
"Devant la toile blanche... je retarde la décision. Le premier coup de pinceau engage l'aventure. Forme et rythme, il appelle d'autre formes, d'autres rythmes. J'inscris sur la toile un monde complet, hier enfui et secret, à présent très précis. Cette aventure n'est pas un élan aveugle. Le sujet de la toile est l'union de la raison et du mystère. Raison du sentiment, mystère de la logique."



"Les Impressionnistes disaient que le noir n'existe pas dans la nature et ils le bannissaient de leur palette. Pour cette même raison, je l'emploie presque exclusivement. ... Le noir et le blanc me semblent avoir le caractère de simplicité, d'absolu et de rigueur qui me convient.



Opus 66C (1957)
Gérard Schneider (1896, Sainte Croix en Suisse - 1986, Paris)
"Il faut voir la peinture abstraite comme on écoute la musique, sentir l'intériorité de l’œuvre sans lui chercher une identification avec une représentation figurative quelconque. Ce qui est important ce n'est donc pas voir l'abstrait, mais de le sentir."



"Il faut aller jusqu'à la transcendence, sortir de l'objet pour créer une œuvre qui ait une expression originale autonome, dont le ujet est dans l'intériorité et non dans la représentation. "


Bien expliquée, bien démontrée en particulier grâce aux citations des artistes eux-mêmes, et à un choix très judicieux d’œuvres retraçant de façon "palpable" l'évolution des peintres, cette exposition, composée en majorité de toiles venant de collections privées, était une belle "leçon d'abstraction", propre à convaincre les plus réticents que, dans l'art abstrait, il y a vraiment "quelques chose". A voir, à sentir, à ressentir, à apprécier !

Sables VIII (1983)
un éblouissant lavis d'encre de Chine sur papier de Manessier, un de mes deux peintres préférés, (l'autre étant le toulousain Marfaing)
la taille doit être mentionnée pour mieux le "voir" : 159 x 120 cm

lundi 21 janvier 2013

MONTPARNASSE - SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS Abstractions d'après-guerre (1)


Il ne reste que bien peu de jours pour aller visiter à Bordeaux cette exposition passionnante, car, comme à l'ordinaire, nous avons traîné avant de nous y rendre. Souvent l'on méprise ou l'on néglige ce qui est à portée de main (ou de pied) pour aller courir, en vain, le vaste monde, tellement plus exotique ! Honte à nous car "Montparnasse Saint-Germain-des-Près" vaut absolument le détour. Elle est, en effet, organisée avec une grande intelligence et permet, réellement, de mieux comprendre l'abstraction.

Elle montrait le cheminement, la "logique" de cette évolution picturale qui a commencé avec, à la fin du XIXème, la remise en cause de l'académisme, le défi aux règles en vigueur jusqu'alors que fut l’Impressionnisme. On ne pouvait s'arrêter aux libertés chromatiques et formelles prises par les peintres : dès 1910 Vassily Kandinsky s'emploie à détacher la peinture de toute référence à l'illustration. Ses contemporains, Mondrian, Malevitch cherchent à provoquer des émotions chez le spectateur à travers des formes géométriques, de plus en plus épurées, comme, de ce dernier, Carré noir sur fond blanc, et en 1918 Carré blanc sur fond blanc.

Mais on ne pouvait en rester là : certains vont continuer dans le dépouillement jusqu'à l'extrême (comme Yves Klein, que les abstraits n'avaient d'ailleurs pas l'air d'apprécier des masses, le suspectant d'exploiter un filon "juteux") mais d'autres continuent à chercher, avec beaucoup de bonne foi et d'implication personnelle.


Geer Van Velde (1898, Lisse (Hollande) - 1977 Paris) 
"Il m'arrive parfois de rester assis des journée ou des semaines devant ma toile, avant d'oser l'attaque, avant qu'elle me laisse entrer. La toile vierge, je n'ose l'attaquer que si l'idée a pris forme en moi... Si je n'attaque pas la toile ? C'est elle qui m'attaque. C'est pour moi un adversaire combatif. Mais la vraie bagarre commence une fois que j'ai attaqué la toile. C'est l'homme qui doit gagner sur la toile..."
Regardez ce crayon et cet encrier. L'essentiel n'est pas tel ou tel objet, mais l'espace qui existe entre les deux. C'est tout autre chose que leur volume ou leur perspective".


Parmi eux ceux qui, ayant dégagé le cubisme de toute référence à une réalité identifiable, n'en conservent dans un premier temps que la forme géométrique, de plus en plus simplifiée et dépossédée d'image. Geer Van Velde, ce calme néerlandais qui travaillait la toile avec modestie, ténacité et sans tambour ni trompette, faisait naître l'harmonie du dénuement, créant une sorte d'abstraction méditative.



Jean Le Moal ( 1909, Authon-du-Perche - 2007, Chilly Mazarin)
Hommage au cubisme (1955)
"Une toile commence à vivre quand les rapports de couleur créent une lumière... Il y a tout une gamme de lumières : les unes sont limpides, les autres dramatiques. Certains sont fluides. Certaines sont légères ou blondes." (juin 1959)


De la même façon, Jean Le Moal conjugue dès le début des années 40 les libérations entreprises par le Fauvisme et par le Cubisme, entreprenant d'exalter la lumière pure des paysages qu'il aime peindre.



Chaos (1972) 
"La couleur, c'est presque d'instinct, ça jaillit tout d'un coups, on a besoin d'une harmonie, de jaune, de rouge, de bleu, c'est comme un appétit... c'est vraiment spontané, comme on respire, comme on a soif ou faim... on la projette sur sa toile, et après, on l'accomode, on la manie, et là il y a un temps où il y a une résistance... et il faut discuter avec". ( 1985)



Lumière d'août (1973-1974)
"Toute peinture a quelque chose d'abstrait. Je ne suis plus descriptif, c'est tout. Mais je reste fidèle à des thèmes ... les saisons, la mer ou les brisants, la mouvance des choses". (1970)

Manessier, quant à lui, est considéré comme l'un des derniers peintres de l'art sacré du XXème, mais aussi comme un peintre engagé, et comme un merveilleux paysagiste.



Alfred Manessier (1911, Saint-Ouen - 1993, Orléans)
Saint Georges combattant (1947)

  
 "Il s'agit de rechercher un langage ou un signe plastique retenant à la fois le monde sensoriel comme émotion, et le monde spirituel comme révélation finale ; mettre à nu, par des moyens authentiquement plastiques, les équivalences spirituelles du monde extérieur et d'un monde plus intérieur". (1950)


Paille, lumière (1971)
"Que tu peignes une Baie de Somme, une Sainte Face ou une toile "politique" (ayant le souci du politique et non de la politique), tout doit être dans la perspective de l'Amour et de la Lumière. Et l'exigence première, le primat, c'est la Peinture." (1971)




"On "regarde" le peintre (les détails de sa vie, on le questionne ...) pour essayer de "comprendre" la vérité de la peinture, alors qu'on devrait essentiellement "regarder" la peinture pour "comprendre" la vérité du peintre. Et pour qui sait "regarder", la vérité de l'homme est là, bouleversante, dans la peinture. Tout le reste est littérature." (1969)

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