Je me demande si ce billet m'a été inspiré par les crabes mous de Vénétie !! L'adolescence, on le sait, est l'époque des mues, et Françoise Dolto l'a fait remarquer bien avant moi ! Les lycéens pontois* ne sont sans doute pas les plus modernes en termes de tendance ou de look vestimentaire, mais si vous travailliez comme moi en lycée, vous auriez souvent l’œil attiré par ces fonds de culotte dégoulinants qui ornent les postérieurs de pas mal de gamins. De garçons essentiellement, les filles n'arborant jamais, du moins, ici, ce type de tenue décadente !
Je suis souvent demandé, alors que je regardais d'un œil forcément torve, ces jeans découvrant largement le slip et traînant au sol, quel effet cela pouvait bien faire d'avoir "le cul mou". Je ne sais trop pourquoi mais cela m'évoque irrésistiblement ces slips de bain en tricot dont nos mères nous affublaient pendant notre enfance, et qui avaient l'insigne caractéristique de se détendre dès lors qu'on les mouillait. Ce qui provoquait invariablement une intense sensation de malaise, le slip pendouillant de tout son poids gorgé d'eau et menaçant dangereusement de tomber, car il était complètement distendu. Allez voir la photo du premier amour de Lulu, si vous ne saisissez pas exactement de quoi je parle !! J'en conserve un affreux souvenir (même si je n'en ai eu qu'un de cet acabit !) et me dis que ces falzars glauques doivent engendrer le même sentiment de gêne et d'inconfort. On est loin du temps du derrière rebondi et de la croupe haute, bien moulée dans un jean collant ! La fesse affublée d'un tel accoutrement est plate, sans esprit, et s'efface complètement au profit de ce sillon déroutant qui capte l'attention. De là à me demander, comme tant d'autres avant moi, d'où nous vient cette mode, de quel changement de mentalité, de valeurs, de société en un mot, elle est le révélateur... il n'y a qu'un pas... que je franchis allègrement ce soir.
Génération Y nous dit-on (ça tombe bien, n'est-ce pas ?) !! Des gens fort savants - on appelle cela des sociologues - nous expliquent que ce "Y" viendrait du fil des écouteurs qu'"ils" arborent sans coup férir en permanence ; d'autres qu'"ils" auraient ainsi été nommé à cause de la génération précédente, dite "X" (je vous fais grâce des caractéristiques cette dernière !) ; ou mieux qu'on devrait y voir l'effet de la phonétique anglaise de ce fameux Y (prononcer waɪ) et des "pourquoi" qui, nécessairement minent les jeunes. Je vous épargne les développements sur la réalité sociale de cette "catégorie" dans un système de pensée où l'on aime les classements (ne sommes-nous pas, pour certains d'entre nous, rangés dans la génération du babyboom, au point d'être définitivement étiquetés "babyboomers" ?). Je vous économise aussi le traditionnel couplet sur la façon dont les jeunes étaient différents "de mon temps" (je vous l'ai déjà chanté il y a quelques années)... ou celui sur l'effondrement supposé des valeurs, enfin de celles qu'on nous a inculquées.
Pourtant, est-ce le fait de l'âge, de la fatigue ou d'un nécessaire désenchantement, le chœur des lamentations en salle des profs est unanime : "ils" ne sont pas tels qu'on les voudrait, et "ils" nous déconcertent !! C'est leur "bofisme" qui nous désespère, et cette façon qu'"ils" ont de tout laisser glisser sur eux, se moquant du premier comme du cent de ce que nous avons pour mission de leur inculquer. Il me vient parfois, en la matière, des idées iconoclastes : est-on vraiment certains que nos références soient encore nécessaires à cette génération née une souris à la main et un portable collé dans l'oreille, débarrassée de la menace d'une apocalypse provoquée par la Guerre Froide, convaincue que le terrorisme est un fait de société incontournable, et, bien que voyant l'horizon de ses pulsions érotiques barré par le sida, installée dans l'instabilité affective comme devant un fait de société inéluctable. Et leur désintérêt pour nos "fondamentaux" n'est-il pas finalement le résultat de nos propres errements sociétaux ?
Pourtant, je crois sincèrement que les bases de notre pensée et de notre civilisation doivent être connues, car il ne suffit pas de maîtriser, et ils le font mieux que nous, les technologies de l'information, pour être prêts à affronter l'avenir. Il faut bien avouer d'ailleurs que cette maîtrise est exclusivement technique et que leur incompétence à se faire une idée sur la justesse d'une information, sur la pertinence d'une source est proprement stupéfiante. Ils avalent tout cru à peu près n'importe quoi, et on sent qu'ils gobent les buzz et autres "ramdam"** sans le moindre recul. Avouez que c'est inquiétant d'être ainsi la proie facile de n'importe quel discours, de n'importe quelle idéologie. Que dis-je ?.. les idéologies ont pris du plomb dans l'aile. Pour autant, les opinions, préjugés et autres convictions foireuses font florès, et leur faire face dignement n'est déjà pas aisé quand on est pétri de culture classique. Alors sans références ...
Mais je m'égare, mon propos n'était que de reluquer ces fringues un peu guenilles, en me demandant si le fait d'avoir le popotin au large n'est pas source d'effondrement de repères, voire de relâchement de l'esprit critique. Grosso modo, ces nippes croulantes n'iraient-elles pas de pair avec cet étrange détachement qui met tout au même niveau : à force d'être submergé d'informations, pour eux tout devient égal, linéaire, plat, atone... un peu comme le fessier que ces oripeaux leur façonne. La livrée, en l'espèce, est, comme souvent, plus la conséquence que la cause de cet état d'esprit de nos jeunes "digital natives". Mais, vu son manque de confort, elle traduit forcément plus de désarroi que d'insoumission. Et l'on préférerait les entendre se révolter que les voir s'effondrer.
Pourtant, je crois sincèrement que les bases de notre pensée et de notre civilisation doivent être connues, car il ne suffit pas de maîtriser, et ils le font mieux que nous, les technologies de l'information, pour être prêts à affronter l'avenir. Il faut bien avouer d'ailleurs que cette maîtrise est exclusivement technique et que leur incompétence à se faire une idée sur la justesse d'une information, sur la pertinence d'une source est proprement stupéfiante. Ils avalent tout cru à peu près n'importe quoi, et on sent qu'ils gobent les buzz et autres "ramdam"** sans le moindre recul. Avouez que c'est inquiétant d'être ainsi la proie facile de n'importe quel discours, de n'importe quelle idéologie. Que dis-je ?.. les idéologies ont pris du plomb dans l'aile. Pour autant, les opinions, préjugés et autres convictions foireuses font florès, et leur faire face dignement n'est déjà pas aisé quand on est pétri de culture classique. Alors sans références ...
Mais je m'égare, mon propos n'était que de reluquer ces fringues un peu guenilles, en me demandant si le fait d'avoir le popotin au large n'est pas source d'effondrement de repères, voire de relâchement de l'esprit critique. Grosso modo, ces nippes croulantes n'iraient-elles pas de pair avec cet étrange détachement qui met tout au même niveau : à force d'être submergé d'informations, pour eux tout devient égal, linéaire, plat, atone... un peu comme le fessier que ces oripeaux leur façonne. La livrée, en l'espèce, est, comme souvent, plus la conséquence que la cause de cet état d'esprit de nos jeunes "digital natives". Mais, vu son manque de confort, elle traduit forcément plus de désarroi que d'insoumission. Et l'on préférerait les entendre se révolter que les voir s'effondrer.
Souvenir de Londres ! Mythique ... Encore une source d'inspiration pour Lucian Freud !
En tout cas, une bien jolie façon de résoudre le problème de la vêture !!!
Cette classe d'âge, dite aussi "génération Peter Pan", donne le sentiment, en l'absence de rite de passage à l'âge adulte, de ne pas avoir envie de se construire un avenir spécifique. Elle nous renvoie notre propre "maturité" comme un reproche. D'ailleurs, nous n'avons qu'une ambition : paraître aussi infantiles qu'eux, voire aussi irresponsables. Notre jeunisme les rebute, mais nous, il nous rassure. Autant que nous inquiète le comportement toujours en fuite de ces gamins, que l'avenir que nous leur avons construit n'attire pas assez pour qu'ils éprouvent l'envie de s'y mouler. Paradoxe lié à l'avenir que nous leur proposons.
Quand ils entrent dans la vie active, ils déstabilisent les us et coutumes, déroutent les employeurs, décontenancent leurs collègues de travail, et, de deux choses l'une, soit on les met au pas, soit ils s'en vont. Car c'est aussi une des caractéristiques de ces jeunes, même s'ils ont pour venir travailler abandonné les jeans à fond vide qui sont à l'origine de mes interrogations : ils font du nomadisme sentimental, professionnel, culturel et personnel. Nous n'avons pas su leur offrir une vision du monde assez réconfortante pour qu'ils aient désir de s’y engager. Nous avons tout jeté par-dessus les moulins et sommes maintenant tout déconfits du résultat ! Tout justes bons à jouer les Cassandre, forcément, puisque notre jeunesse était plus belle, par définition, et donc, par extension, meilleure ... ben voyons, CQFD !
* pontois = de la ville de Pons, en Charente-Maritime.
** ramdam est la tentative (avortée mais sympathique) de francisation du buzz : la traduction littérale, bourdonnement, n'étant pas imaginable, trop long, on a proposé ramdam, altération du mot arabe رَمَضَان ramadan. Ramdam fait ainsi allusion au vacarme qui caractérise la vie nocturne en période de jeûne diurne, il renvoie aussi à l'idée de téléphone arabe et à une circulation parfois déformée de l'information.
PS : Le dessin qui illustre le début de l'article vient d'ici, un blog qui considère apparemment, la génération "Y" comme son cœur de cible ! Oups !! Ben oui, faut pas se leurrer, il faut un langage spécial pour les convaincre d'acheter ces petits jeunes, un langage "moc(c)he".

















































