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lundi 31 août 2015

Delizie estensi : les villas de la région de Ferrare

Nous sommes heureux de voir paraître, selon ce que Michelaise avait programmé, les derniers articles rédigés avant son décès. Le dernier paraîtra le 15 septembre.

En histoire de l'art italien, le terme de "delizia" désigne les manifestations de la vie courtisane et princière, caractérisée par une volonté de profiter à la fois des artifices que procure l'aisance et des plaisirs que procure la nature. On a donc donné aux villas de plaisance, construite par les Este et les gens de leur cour entre la ville de Ferrare et dans la campagne environnante, jusqu'à la mer. Ce sont ainsi 53 pavillons de chasse et refuges d'été qui sont disséminés dans le territoire entre Ferrare et Rovigo, construits entre la fin du XIVe et le milieu du XVIe siècle, pensés comme des lieux de loisir et de divertissement. Les delizie remplissent toutes d'abord des fonctions économiques, agricoles, voire politique et stratégiques, mais sont conçues pour être prêtes à accueillir à tout instant une cour itinérant désireuse de venir chasser ou se distraire.


Inscrites par l'Unesco dans la liste des sites du patrimoines mondial, le critère posé lors du choix en 1995 de cette région par cet organisme était le suivant : "les résidences des ducs d’Este dans le delta du Pô illustrent de manière exceptionnelle l’influence de la culture de la Renaissance sur la paysage naturel". La plupart de ces "délices" étaient reliés à Ferrare par voie d'eau. Nombre de ces résidences ont malheureusement disparu, d'autres sont en piteux état mais nous avons réussi à réaliser un petit circuit significatif dont je vous livre l'itinéraire dans ce billet. (1)

Benvignante


Ce palais, appelé «le Turon" par les habitants, fut fortement altéré au cours des deux derniers siècles.
L'histoire du bâtiment, dont le nom dérive probablement de la vigne cultivée à proximité, est liée à celle de la famille de Teofilo Calcagnini, maître de chambre à la cour des Este : le duc Borso d'Este lui donna, en 1465, un manoir avec ses dépendances, y compris la tour de pigeonnier, un boucher (l'abattage des animaux), une taverne avec hébergement, la maison de l'intendant, un grand parc, un jardin potager, divers hangars et une chapelle ou "chiesolla ", pour laquelle l'orfèvre de Milan Amadio réalisa tasses et gobelets d'or. 


Le bâtiment date de 1464 et est l'œuvre de Pietro Benvenuti. En 1466, sont attestées des interventions pour réaliser des décorations, de Gerardo da Vicenza, Tito-Livio et Luigi Castellani. À la mort du comte Alfonso Calcagnini (1503), on établit un inventaire détaillé de la propriété, qui mentionne, outre l'excellent état du bâtiment, d'importantes surfaces cultivées alentour. Il semble, d'après ces descriptions, que la structure initiale était en quadrilatère, entourant une cour intérieure équipée d'un puits. 


Par contre, les inventaires établis au cours du XVIIe siècle (1612, 1641, 1672) décrivent un aménagement de plus en plus sommaire, une fréquentation de plus en plus rare, et même la location des lieux pour permettre aux propriétaires de faire face à des difficultés financières. Après avoir été hypothéqué en 1809 par le marquis Ercole Calcagnini en faveur de Francesco Thiene Vicence, le bâtiment fut vendu en 1818 au comte Luigi Gulinelli, qui l'a entretenu sans trop d'investissements puisqu'en 1944 une aile entière dut être détruite pour cause de mauvais état.


Par contre, un joli parc fut créé, avec une double rangée de platanes et la plantation d'autres grands arbres, tilleuls, pins, chênes et de cèdres du Liban, malheureusement coupé entre les années 1940 et 1950 pour répondre aux besoins en bois causés par la guerre. 


Aujourd'hui, le corps principal est dominé par les grands créneaux de la tour Gibeline qui surmonte le portail. L'intérieur semble totalement à l'abandon, et le puits actuel, en brique, a remplacé le puits de marbre d'origine. C'est la municipalité d'Argenta (commune proche, propriétaire de l'ensemble depuis 1990), qui a mené, de 1998 à 2010 les travaux nécessaires pour assurer la sécurité du bâtiment, réfection de la toiture, restauration des fenêtres murées et  consolidation de l'escalier menant à la tour. Mais de nombreux travaux restent encore à venir et, d'ici quelques dizaines d'années Benvignante aura peut-être retrouvé une partie de son lustre. 

Belriguardo



Beauregard, dans une plaine aussi plate, cela tient du miracle !! Et, de fait, seule la terrasse surplombant l'entrée semble justifier ce nom un peu usurpé ! Pourtant, dans une lettre datant de mai 1493 (2), Ludovico il Moro évoque, pour sa femme Béatrice d'Este, la forte impression que fit sur ses visiteurs, cette construction, qui est reconnue par les spécialistes comme l'une des inventions architecturales les plus originales de Renaissance. 



Conçue comme une villa antique, avec deux grandes cours intermédiaires, le bâtiment alla jusqu'à mériter le nom de Versailles du Pô, comme en témoigne ce plan ancien des lieux. Autour, documentés dans la cartographie du XVIe siècle, vignobles, vergers, étangs de poissons, fontaines et jardins en assurent la richesse et l'agrément.


La construction, initiée par le marquis de Ferrare Nicolò III d'Este sur le site d'un cimetière romain, a commencé en 1435. L'architecte du bâtiment, sans doute Giovanni da Siena (mais des études récentes proposent le nom de Pietrobono Brasavola) a conçu un schéma qui semble se référer encore à la reconstruction de la maison grecque de Vitruve, comme elle est décrite dans les sources littéraires antiques (première des Epistolae de Pline le Jeune).


Au-delà du grand vivier alimenté par les eaux de la rivière (et qui fut souvent lieu de spectacles aquatiques), on trouve la tour d'entrée majestueuse, donnant accès à un premier porche pénétrant sur une cour où étaient installées les équipements pour faire face aux activités quotidiennes (bûcher, local pour les chandelles, garde-manger, cuisine, etc.) et d'administration agricole de la résidence. C'est dans la seconde cour, que se tiennent les habitations proprement dites, beaucoup plus luxueuses. (3)

Verginese

Le nom de la résidence est sans doute lié à la présence d'un canal ou fossé "Verzenese" qui entourait la plupart des terres de la ferme. Il n'y a pas d'informations sur la chronologie exacte de la fondation de la structure, les premiers documents ne concernant que les trois dernières décennies du XVe siècle, lorsque la possession entière a abouti à l'administration, accordée par la Camera Ducale, par Sigismond Cantelmo de Sora, un nobles les plus estimés de la cour d'Este.


Entre 1485 et 1493 l'architecte Biagio Rossetti a été engagé pour des missions de supervision du bâtiment, tandis que le peintre Giovanni Bianchini recevait paiement des peintures héraldiques sur les cheminées et pour une frise.


Après la mort de Cantelmo la villa passa en usufruit au prince Hercule d'Este (1533). Il est donc probable que d'autres travaux d'amélioration furent réalisés. Par exemple, durant l'été de 1569, fut décidée la construction d'une "gisiolla", à savoir une petite église, probablement sur une structure préexistante. Comme toujours, l'endroit était aussi le centre fonctionnel de l'entreprise permettant de coordonner les activités agricoles, les produits laitiers et le bétail produits dans les terres voisines, générant des revenus importants. Par exemple, une dépense mentionnée en juin 1569 témoigne de la présence de haies de buis, de mûres et de lavandes, taillées régulièrement, de dizaines de poiriers, abricotiers, pêchers et de pommiers, et de 450 peupliers.(4)


En 1590, le prince Cesare d'Este, futur duc de Modène, transmet par succession les «trois possessions et toutes les terres et les usines" à la famille Picchiati. Il y a très peu d'informations sur l'utilisation prévue et sur la vie du domaine au cours du XVIIe siècle. En mai 1771, les frères Antonio et David Bargellesi prennent en charge l'administration de Verginese et y réalisent encore quelques améliorations. En particulier les décorations en stuc de l'intérieur du bâtiment : atlantes, rosaces, corniches, spirales, coquillages, feuillages, fleurs et feuilles d'acanthe qui constituent un ensemble décoratif délicieux, presque rococo, encore visible aujourd'hui.


C'est ensuite la famille Bargellesi (propriétaire jusqu'en 1905) puis le marquis Di Bagno (propriétaire jusqu'en 1932) qui continuent à entretenir les lieux. En 1932, le bâtiment est vendu aux enchères et acheté par la Cassa di Risparmio di Ferrara, qui le revend deux ans plus tard à la famille Fontana, propriétaire jusqu'en 1972, date à laquelle elle fait don du complexe de bâtiments à l'administration provinciale de Ferrare.


On y visite l'intérieur, les jardins et un très intéressant musée archéologique, riche de nombreuses stèles funéraires romaines du Ier et IIe siècle ap J.-C., dite Nécropole Fadienis.


Aux 5 stèles aux inscriptions émouvantes, s'ajoutent tous les objets trouvés dans les tombes, céramiques, terres cuites, verres, tasses, bouteilles, lampes à huile, amphores et objets pour le rituel funéraire, en argent et en bronze.

Mesola (5)


En 1578, lorsque la construction de drainage de l'est de la région Ferrare touchait à sa fin, fut lancé sur l'île de Mesola la construction d'une enceinte, en forme de polygone irrégulier, avec douze tours carrées, à l'intérieur de laquelle fut plus tard rajouté un palais ducal de plan carré (1583), avec des tours. C'est à l'architecte et ingénieur Carpi Marco Antonio Pasi, aidé de nombreux collaborateurs que furent confiés les travaux.


Jusqu'à 1598, date de la dévolution du Duché d'Este aux États pontificaux, Mesola fut conçue non seulement comme un "délice", mais aussi comme la pierre angulaire d'un système de communication, stratégique et commercial, en lien avec la mer et le port de Goro.


D'ailleurs, le lieu resta ensuite possession privée de la famille et ne fut pas inclus dans les possessions papales. C'était, bien sûr, un domaine de chasse mais surtout un domaine stratégique d'un point de vue hydraulique, influançant par des jeux de canaux et de déviations des eaux la morphologie de l'ensemble de la région du delta.


En 1771 Ercole III d'Este, duc de Modène et de Reggio, donna la Mesola en dot à sa fille Béatrice, épouse de l'archiduc Ferdinand de Habsbourg, fils de Marie-Thérèse d'Autriche.


Suivirent plusieurs changements de propriétaire, de l'État pontifical à la République française et en 1911, avec l'intervention de la Société pour la bonification des terres de Ferraresi (SBTF), a commencé une série de travaux d'entretien. Actuellement propriété de la province de Ferrare, le château abrite le centre de visite du parc régional du delta du Pô et accueille des congrès et des expositions.

Torre Abate

Ce n'est pas un "délice" mais une construction hydraulique typique, révélatrice des aménagements en eau conduits par les Este dans la région. Elle témoigne des efforts déployés en matière de défense hydraulique du territoire, et de la remise remise en état entreprise par la seigneurie ferraraise au XVIe siècle.


Ce bel exemple d'architecture hydraulique se développe selon une forme rectangulaire concave pour mieux contrôler le débit de l'eau grâce à un système de portes.


Construit en 1569 pour le drainage de l'eau en provenance des "hautes terres" vers la mer, le bâtiment était équipé de portes "Vinciane", ouvertes uniquement vers la mer afin de permettre l'évacuation à marée basse et fermées pour empêcher le reflux à marée haute.


La construction, utilisée comme tour de guet et de protection du territoire de Mesola, fut rajoutée au XVIIe siècle.

Comacchio


De Comacchio, je ne vous dirai rien ou presque, le lieu étant hautement touristique et faisant l'objet de suffisamment de notices sur Internet pour qu'il soit inutile d'en rajouter, à part quelques photos !


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(1) L'ensemble des Delizie Estensi est admirablement présenté ici, pour qui voudrait faire un circuit plus complet que le nôtre. C'est d'ailleurs de ce site que provient l'essentiel de ma documentation pour cet article.
Vous pouvez aussi lire les Carnets de Voyage de Miriam .

(2) "Non voria per cosa del mondo esser manchato de venire perché ho veduto tanto grande casa, tanto bella et bene intesa et cussì ornata de picture excellentissime, che non credo ch’el mondo abia una simile".
"Je n'aurais pour rien au monde voulu manquer de venir, parce que j'ai vu une maison si belle, si grande, si bien aménagée et ornée de peintures excellentes, telle que je crois n'en avoir jamais vu au monde de semblable."

(3) Parmi les espaces décorés, citons une pièce peinte avec des «sages », une autre avec « Hercule dans le champ vert », d'autres avec des plafonds en bois aux armes des Este, une antichambre avec une «Sybille», trois chambres on l'on retrouve les effigies du duc et de ses courtisans les plus intimes dans différentes versions, le «grand salon », peint en 1493 par Ercole de 'Roberti avec l'histoire de Psyché, thème iconographique de grande fortune pendant la Renaissance. La décoration de la chapelle ducale (1469-1472) fut confiée à Cosme Tura. Le seul espace décoré qui ait survécu est la Sala delle Vigne, une grande salle de 18 x 9 mètres, au sein de laquelle travaillèrent, entre 1536 et 1537, les artisans les plus qualifiés de l'entourage du duc Ercole II : Giovanni Battista Tristano (comme maître d'oeuvre), Dosso e Battista Dossi, Camillo Filippi, Benvenuto Tisi da Garofalo, Tommaso e Girolamo da Carpi, Biagio da Bologna, Giacomo da Faenza, Gabriele Bonaccioli, Tommaso da Treviso, Terzo Terzi et bien d'autres, moins connus. Visite possible dans le cadre de la visite du museo civico, dont la salle de la Vigne acccueille la section renaissance.
La section archéologique, située dans les locaux de la tour d'entrée, expose les découvertes de la nécropole romaine de Voghenza (I-III sec. D. C.), preuves que l'endroit était autrefois un centre administratif de l'empire très important, qui devint plus tard le premier diocèse en territoire padan, jusqu'au VII siècle, lorsque le siège de l'évêque fut transféré à Ferrare.

(4) L'aménagement paysager du jardin placé entre le bâtiment et la Torre Colombaia a d'ailleurs été refait entre 2003 et 2006, conçu comme un musée destiné à améliorer les pratiques horticoles et ornementales typiques des anciens jardins Renaissance de la région de Ferrare.

(5) Le savant Annibale Romei, dans ses discours de 1586, décrit ainsi le palais de Mesola et ses murs crénelés, enfermant des canaux, des forêts et des ménageries pour animaux :
 "Nel fine dell'autunno, Sua Altezza con la signora Duchessa con la Corte, et altri gentilhuomini e gentildonne della città, se ne va a marina, dove tra l'altre habitationi delitiose, sopra il porto di Goro, in un bosco, detto la Mesola, ha edificato un sontuoso Palazzo..."
"A la fin de l'automne, Son Altesse la duchesse avec la Cour, et d'autres gentilhommes et dames de la ville, vont à la mer, où, entre autres villas de plaisir. Parmi elles, au-dessus du port de Goro, dans une forêt appelée la Mesola, se trouve un palais somptueux, ceint d'un mur d'enceinte avec quatre portes...

vendredi 28 août 2015

Tonino Guerra, poète et sculpteur

Nous sommes heureux de voir paraître, selon ce que Michelaise avait programmé, les derniers articles rédigés avant son décès. Le dernier paraîtra le 15 septembre.


Bien connu en Italie (quand nous avons parlé de lui à notre "amie italienne" elle savait bien sûr qui il était), nettement moins célèbre en France, Antonio Guerra est né en 1920 à Santarcangelo di Romagna  dans la province de Rimini, en Émilie-Romagne.
Écrivain, dramaturge et scénariste italien, il a à son actif nombre de livres et une centaine de fictions, portées à l'écran par les plus grands réalisateurs italiens et internationaux, faisant de lui un scénariste de renommée mondiale. Mais c'est avant tout un poète, car s'il a "donné" dans le néoréalisme italien, « Tonino » l'exprime toujours sur un ton poétique. Il a ainsi collaboré avec les frères Taviani en coécrivant avec eux 4 films successifs, dont La Nuit de San Lorenzo. 
Il avait commencé à écrire dès le camp de concentration allemand où il fut interné comme opposant anti-fasciste durant la seconde guerre mondiale. Des poèmes en Romagnol, le dialecte de sa région natale à laquelle il restera fidèle jusqu'à dans sa mort, malgré trois décennies passées à Rome. Car sa carrière des plus fécondes en tant que scénariste de Michelangelo Antonioni, Francesco Rosi, Federico Fellini, Alberto Lattuada, Mauro Bolognini, Vittorio de Sica, Mario Monicelli, les frères Taviani, Marco Bellocchio... mais la renommée est injuste, on n'a retenu que le nom des réalisateurs !


Nous, c'est en tant que sculpteur que nous l'avons découvert à Santarcangelo di Romagna, sa ville natale. Il a réalisé, pour plusieurs villes de Romagne, des fontaines aux couleurs chatoyantes, et son village natal conserve sur une petite place la copie de celle, plus importante, qui lui fut commandée par la ville de Forli. Sur le thème, bien sûr, du papillon !


La farfalla 
Contento, proprio contento 
sono stato molte volte nella vita 
ma più di tutte quando 
mi hanno liberato in Germania 
che mi sono messo a guardare una farfalla 
senza la voglia di mangiarla. (1)


Plus qu'un sculpteur à proprement parler, il réalisait ou inventait des installations artistiques, sortes d'expositions permanentes auxquelles il donnait des noms poétiques : Le Jardin des fruits oubliés, Le Refuge des Madones abandonnées, La route des cadrans solaires, Le sanctuaire de la pensée, l'ange avec une moustache ou Le Jardin pétrifié. Dans les jardins Orselli de Forli, il a construit L'Arbre de la mémoire et la fontaine au papillon. Et dans toute sa région bien d'autres lieux de l’Âme, qu'on peut même parcourir comme un chemin de lumière (2). Un circuit que nous ferons un jour !


Amarcord 
Lo so, lo so, lo so 
che un uomo, a 50 anni, 
ha sempre le mani pulite 
e io me le lavo due o tre volte al giorno 
ma è quando mi vedo le mani sporche 
che io mi ricordo di quando ero ragazzo. (3)


Il est mort en 2012, à 92 ans, à Santarcangelo, le jour de la Journée mondiale de la poésie. Ses cendres ont été dispersées dans les rochers, au-dessus de sa maison de ses amandiers du quartier de Pennabilli.


La petite ville de Santarcangelo di Romagna recèle une autre source d'étonnement : le musée du bouton, qui raconte l’histoire de la société, des coutumes, de la politique, de la culture, etc. au travers des boutons (10 500 exemplaires).


Né de la passion de Giorgio Gallavotti, il fut créé à partir du fond d'une mercerie qui comptait, dès le début, de très beaux et rares ornements de vêtements, dont certains fort anciens, puisque les plus vieux datent du début du XVIIIe siècle. Puis, peu à peu, le musée s'est enrichi, en particulier par le don de boutons envoyé dès leur retour chez eux par de nombreux visiteurs, séduits par le musée et désireux de l'agrandir. Quoi de plus facile, en effet, que d'envoyer un bouton !! Je me promets d'ailleurs, dès que j'en aurai le temps, de fouiller dans mes archives et d'apporter ma petite pierre à l'édifice !


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Notes :

(1) Le papillon
Heureux, j'ai été si souvent
tellement heureux dans la vie
mais plus heureux encore que tout
quand ils m'ont libéré d'Allemagne
et que je me suis mis à regarder un papillon
sans avoir envie de le manger.

(2) Selon l'office du tourisme de Rimini :
Partant de la haute vallée du Marecchia, Torre di Bascio, petit hameau de Pennnabilli, est un lieu qui ne peut ne pas être visité. Il y a créé Le Jardin Pétrifié, “pour ne pas oublier les grands personnages”. A Casteldelci, il a installé La Grande Rose, un hommage pour les morts, à Petrella Guidi, les paroles qui évoquent Federico Fellini et Giulietta Masina, et, à Sant’Agata Feltria, la Fontaine de l’Escargot, en hommage à la lenteur. Tout le centre historique de Pennabilli se présente comme une mosaïque pleine de fantaisie. Les tesselles qui la composent sont: Le jardin des fruits oubliés, “un musée de saveurs” qui réunit les plantes disparues et de nombreuses installations artistiques; La route des cadrans solaires, “pour ne pas oublier que le temps se mesurait avec la lumière”; L'ange aux moustaches, un “musée d’un seul cadre”; Le sanctuaire des pensées, un jardin pour la méditation et pour la dialogue intérieur; Le refuge des vierges abandonnées, dédié aux statuettes qui décoraient les petites chapelles sur le bord des routes; Le Monde de Tonino Guerra, le musée qui offre une présentation de son œuvre à 360 degrés et où l’on peut souvent rencontrer l’artiste. Sur la rive du fleuve, son “cri pour une belle chose” a permis de sauver le Sanctuaire de Saiano. La moyenne vallée est par contre égayée par le jaillissement d’autres fontaines telles que L’Arbre de l’Eau, à Torriana, et La Fontaine de la Mémoire, à Poggio Berni. Quant à Santarcangelo, elle accueille le triomphe de ses créations. La Fontaine du Pré submergé, La Fontaine de la Grande Place, La Petite Fontaine de Francesca da Rimini, auprès de l’Hôtel Il Villino, La Sangiovesa, moderne revisitation de l’ancienne auberge, écrin d’innombrables œuvres conçues par l’artiste, car “on mange même avec les yeux”. L’Hôtel della Porta conserve une collection des rares mosaïques réalisées par l’artiste. Enfin, à Riccione, face à la mer, la fontaine grandiose intitulée Le Bois de la Pluie se dresse à l’extrémité de l’artère du Viale Ceccarini, en hommage à la fraîcheur qu’elle sait offrir lors des chaudes journées d’été.

(3) Je me souviens ...
Je le sais, je le sais, je le sais
qu'un homme, à cinquante ans,
a toujours les mains propres
et je me les lave deux ou trous par jour
mais c'est quand j'ai les mains sales
que je me rapelle du temps où j'étais un gamin.

samedi 22 août 2015

Pellegrino Artusi : la Casa Artusi de Forlimpopoli

La cuisine italienne peut rivaliser avec la cuisine française, 
et sur quelques points, lui être supérieure

Né en 1820 à Forlimpopoli, près de Forlì, Pellegrino Artusi fut un critique littéraire, écrivain et gastronome italien. Connu pour avoir écrit un ouvrage culinaire intitulé: La Scienza in cucina e l'Arte di mangiar bene, il est considéré comme le père de la cuisine nationale italienne. Il vécut dans la cité romagnole jusqu'en 1851, où il gérait le commerce de droguerie de la famille. Le 25 janvier de cette même année, la famille Artusi fut victime d'exactions de la part de bandes de brigands conduites par il Passatore. Ce brigand de grands chemins, une sorte de Robin des Bois romagnol, avait constitué une bande mobile armée et capable d'actions violentes qui mettait la police en échec grâce à un vaste réseau de complice (espions, informateurs, proxénètes et même les hommes de la police) et avec la complicité de la population pauvre, récompensée avec l'argent de ses larcins. A Forlimpopoli, les voleurs entrèrent, pendant l'entracte d'un spectacle, au théâtre communal (aujourd'hui théâtre Giuseppe Verdi) : montés sur scène, le rideau ouvert, ils pointèrent leurs armes sur les spectateurs terrifiés et interpellèrent nominativement les hommes les plus riches de la ville, présents au spectacle, pour les voler. Non contents de voler, ils se livrèrent à des violences encore plus graves sur la gent féminine de la ville et la soeur de Pellegrino Artusi, Gertrude, fut violée. Elle perdit d'ailleurs la raison, à la suite du choc émotionnel éprouvé ce jour-là. Humiliée, la famille Artusi se transfèra à Florence où, en 1865, Pellegrino abandonna le métier de commerçant pour se consacrer à ses passions : la littérature et la gastronomie. En 1891, ne trouvant pas d'éditeur, il publia à ses frais, La scienza in cucina e l’arte di mangiar bene manuel de cuisine et recueil de recettes, fruit de notes prises lors de ses voyages dans les différentes régions italiennes. L'ouvrage connut un rapide succès : écrit seulement deux décennies après l'unification de l'Italie, ce recueil Artusi était le premier à rassembler dans un seul livre des recettes de toutes les différentes régions de l'Italie.


Le livre, qui met en évidence l'importance des traditions et du terroir, est encore édité aujourd'hui dans le monde entier. Il comprend près de 800 recettes, des soupes aux conserves, variées et explicites, et le ton en est souvent drôle, ironique, les anecdotes foisonnent et les explications y sont claires et synthétiques.
La ville de Forlimpopoli - et sans doute l'Italie - ont décidé, pour rendre hommage à ce célèbre gastronome, de lui consacrer, dans sa ville natale, un centre de culture gastronomique dédié à la cuisine de famille. La Casa Artusi dispense, entre autres, des cours de "cuisine domestique" et accueille une bibliothèque constituée grâce au fond légué par Pellegrino lui-même et riche de plus de 10 000 ouvrages, une boutique, un restaurant et une osteria où se dégustent des plats et des vins de l'Émilie-Romagne. Et, en l'honneur de l'irremplaçable cuisinière et gourvernante de la famille Artusi, Marietta Sabatini, une association promouvant la cuisine familiale d'Emilie Romagne a été créée, prenant l'aimable nom d'association des Mariette !


L'endroit, installé dans un ancien couvent de servites, restauré avec goût, est luxueux, admirablement équipé et affiche un programme d'activités, de cours, de festivités et autres expositions absolument étonnant !


Je vous propose deux recettes d'Artusi.
D'abord un grand classique : les amaretti (1)
Amaretti (pour une quarantaine)
- 300 g de sucre glace
- 200 g d'amandes en poudre (ou des amandes entières séchées au four 10 min puis moulues)
- 2 blancs d'oeufs (50-60 g)
- 1 ou 2 càc d'arôme d'amande amère (selon les goûts et la qualité de l'arôme)
Préchauffer le four à 180°C.
Dans un saladier, mélanger les amandes à l'extrait d'amandes amère et la moitié du blanc d'oeuf. Ajouter peu à peu le sucre glace et le reste du blanc d'oeuf (en alternant les deux). On doit obtenir un pâte homogène, un peu humide et légèrement collante. Avec les mains un peu mouillées, former des boules de la grosseur d'une noix, les saupoudrer légèrement de sucre glace et les poser sur une plaque recouverte de papier cuisson. Prévoir une certaine distance entre les biscuits car ils vont s'étaler à la cuisson. Et éventuellement laisser reposer ainsi 30 min. Cuire pendant une vingtaine de minutes (un peu moins) s'ils sont gros et une dizaine s'ils sont petits (vérifier qu'ils soient encore un peu moelleux). Ils doivent "croûter" plus que cuire. Laisser tiédir sur une grille. Saupoudrer de sucre glace (facultatif). Les amaretti se gardent deux semaines dans une boîte en fer blanc. Ils deviendront plus secs, donc idéals comme base pour des gâteaux.


Et ensuite, un souvenir d'enfance que maman appelait les "bugnes" et qui porte le nom de Sfrappole dans le livre de Pellegrino Artusi
- 500 grammes de farine
- 50 grammes de beurre
- 50 grammes de sucre
- 4 œufs
- un petit verre de rhum
- une pincée de sel
- 1 litre d'huile de tournesol pour frire
- beaucoup de sucre glace
Faire une fontaine avec la farine et y mettre les œufs, le sel, le beurre fondu, le sucre. Bien travailler la pâte., puis ajouter, petit à petit, l’alcool. Quand vous aurez obtenu une boule souple et bien homogène, entourez la pâte d'un film transparent et laissez-la reposer environ une heure au réfrigérateur. A la fin du repos étaler la pâte, à la machine ou au rouleau à pâtisserie, pour obtenir des feuilles très fines. Coupez-les en losange, ou en carrés. Faites bien chauffer l’huile dans la poêle et jetez-y les sfrappole jusqu'à ce qu'elles soient bien dorées. Disposez-les sur un plat muni d'un papier absorbant et quand vous avez fini une couche saupoudrez-les encore bien chaudes de sucre glace. Laissez-les refroidir avant de les consommer.


(1) Amaretti dell'Artusi (per una quarantina)
 - 300 (o 260) g d zucchero a velo + un po'
- 200 g di farina di mandorle (o mandorle intere tostate in forno una decina di minuti poi tritate a piccoli colpi per ottenere una farina sottile)
- 2 albumi
- 1 o 2 cucchiai da caffè d'aroma di mandorla amara (a seconda dei gusti e della qualità dell'aroma)
Scaldare il forno a 180°C.
In un recipiente, mescolare le mandorle, l'aroma e la metà degli albumi. Poi aggiungere a poco a poco lo zucchero e velo e il resto dell'albume (alternandoli). Si deve ottenere un impasto omogeneo, compatto ma umido. Con le mani leggermente umide formare delle palle della taglia di una noce, spolverarle di un po' di zucchero a velo. Poggiarle, distanziandole, su una teglia copeta da carta forno. Cuocere per una ventina di minuti. Gli amaretti saranno ancora un po' morbidi. Farli intiepidire su una griglia poi cospargerli di zucchero a velo (facoltativo). Si conservano due settimane in una scatola di latta. Diventando più secchi saranno ideali come base per un dolce.
Source de cette recette
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