dimanche 5 juillet 2015

Festival Off Avignon 2015 (2)

du 4 au 26 juillet 12h15 -  durée : 1h05
La Petite Caserne

Résumé du spectacle
Cette pièce à l’humour abrasif met en scène Richard et Sarah, couple sous apparence (??) heureux en mariage. Seulement, certains après-midis, Sarah reçoit Max, son amant. Richard le sait et s’en accommode. Qui est cet amant si peu dérangeant ? A quels jeux pervertis jouent donc Richard et Sarah ? Cette pièce d’Harold Pinter met en scène les faux-semblants et les évitements d’un couple bourgeois apparemment libéré des tourments de la jalousie.

Mon avis
Difficile d'en parler : nous étions 5 dans la salle, et il semble que nous ayons eu droit à une version considérablement raccourcie (à peine 50 minutes, au lieu des 1h 05 prévues par la troupe...  et de l'heure et demie que dure normalement la pièce). On ne peut pas leur en vouloir, jouer devant 5 péquins n'a rien de très exaltant, et une troupe a besoin d'un "vrai" public en face d'elle. 
Ceci étant, l'ensemble de ce que nous a offert la compagnie "Comme c'est bizarre" était convenable quoiqu'un peu frustrant. Les deux acteurs jouaient de façon plutôt acceptable mais la mise en scène était minimaliste. Bon, vous me direz, Pinter et son jeu au chat et à la souris pour traduire les futilités d'un couple encore jeune qui a besoin de pimenter son quotidien, c'est frivole. Oui, certes, mais pas tant que cela : une petite dose d'acidité, quelques grammes de mystère et une mise en valeur du texte auraient ajouté un plus à ce grand classique du théâtre, beaucoup plus intense que ne le laisse penser une lecture trop linéaire de la pièce. C'est une pièce difficile et souvent incomprise, qui bouscule les conventions et fouille les êtres jusqu’à révéler leurs failles. Il faut jouer sur cette écriture ambiguë où rien n’est dit, mais tout est exposé. Une interprétation au premier degré laisse le public sur sa faim, ou avec l'impression d'avoir vu du boulevard. L'affiche est plus subtile que la mise en scène : on peut en conclure que l'ensemble est meilleur que ce que nous avons eu.


4 au 26 juillet 14h15 durée : 1h15
ESSAÏON-AVIGNON


Résumé du spectacle
Une forêt,
Une nuit de pleine lune, l’été,
 deux personnages en fuite,
une femme en robe de mariée,
un homme qu’elle ne connait pas.

Mon avis
Il y a une idée, voire une bonne idée qui forme la trame de cette pièce. Le jour de ses noces, une jeune femme, Elsa, tente d'échapper à un époux caractériel doublé d'une belle-mère omniprésente et d'autant plus insupportable que son fils l'adore et l'adule. Elle s'évade en compagnie d'un invité au mariage qui, lui aussi, semble avoir  pas mal de choses à fuir.
La performance des deux acteurs, qui interprètent chacun plusieurs personnages, est excellente. L'intrigue se laisse découvrir avec plaisir mais le texte est plutôt pauvre et, malheureusement, décevant. Mais surtout, la logistique, changements permanents de décor à vue, menés par les deux acteurs en direct, est trop pesante : cela finit par procurer une impression d'ennui, cela casse le rythme de la pièce et finalement le propos est plus cinématographique que théâtral.


4 au 26 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet 18h45 durée : 1h30
Théâtre du CHÊNE NOIR

Résumé du spectacle 
Dans Le Prince Travesti - manière de conte de fées qui cache sous la langue la plus délicieuse la voix la plus délictueuse, manière de rêve (ou plutôt de cauchemar) toute tissée de secrets, de désirs, de menaces et de terreurs, où évoluent, dans un pays de carton-pâte, dans un palais-prison labyrinthique en lequel, lorsqu'ils ne sont pas en train de s'y perdre, sans cesse s'espionnent, princes, princesse et méchant ministre - nul n'est qui il est. Mais le devient. Par le théâtre. Le Prince Travesti, spectre incandescent d’un étrange soleil noir en pleine idéologie des Lumières, met en scène le théâtre même.

Mon avis
Peut-être un peu trop d'effet dramatisants ?? Peut-être quelques imperfections, une voix trop haut perchée, quelques gestes approximatifs ... mais, enfin, une pièce ! Du théâtre, avec acteurs, costumes et mise en scène, et, même si l'intrigue est ténue et le propos léger, un texte : sapristi que cela fait du bien ! Des secrets, des menaces, du travestissement, de la drôlerie, que tout cela remonte le moral du spectateur de base. Traitée façon roman-noir plutôt qu'en marivaudage, la mise en scène insiste sur les intrigues de pouvoir, les caprices des puissants et les chausse-trappes de l'amour. Le parti-pris de Mesguich donne du corps à la pièce et c'est vraiment un spectacle à recommander,

4 au 26 juillet 21h30 durée : 1h20
Théâtre littéraire du VERBE FOU

Résumé du spectacle
Une intrigue policière et politique sur fond d'amour passionnel ! Une jeune reine vit dans le souvenir de son époux, victime d'un attentat le matin de leurs noces. Depuis, elle s'est retirée du monde et attend la mort. Celle-ci lui apparaît sous les traits de Stanislas, jeune poète anarchiste qui fait irruption dans sa chambre pour la tuer. Mais un amour fulgurant va submerger les deux héros, prisonniers d'un univers étouffant où l'un et l'autre finiront par trahir leur cause.

Mon avis
Pour ce dernier spectacle de la journée, encore une agréable surprise : un texte, que je ne connaissais pas, dont la teneur poétique et l'intensité font du bien à entendre. J'avais, allez savoir pourquoi, un peu peur que cela soit démodé : que nenni, et l'étrange dialogue de ces deux destins opposés, cet amour fulgurant qui rapproche deux êtres que tout sépare, est intemporel et fort. La mise en scène, classique, se fait discrète et fidèle, au service du verbe. Les acteurs servent parfaitement cette intrigue romantique et ample. Bref, un grand et beau moment de théâtre.

Festival Off Avignon 2015 (1)


du 4 au 26 juillet - 16h45 durée : 1h35 
Théâtre de l'OULLE 

Résumé du spectacle 
"Anthony Magnier prend à contre-pied sa mise en scène charnelle par une scénographie dont la froideur et le somptueux dépouillement font surgir une suite de tableaux saisissants." Plusdeoff.com Nous sommes des monstres de pulsion, d'égoïsme, de pouvoir, prêts à tout pour assouvir nos envies, calmer nos frustrations. Nous sommes des monstres, nous personnages de Racine, nous, êtres humains. Les mêmes démons nous agitent, les mêmes peurs nous assaillent.

Mon avis
Le coup de coeur du Festival Off 2015 !! Mais non, je plaisante, c'était notre premier spectacle alors comment déjà le classer coup de coeur ... pourtant, nous avons eu le sentiment ambivalent d'avoir fait fort pour cette (re)prise de contact avec le Off, heureux de ce superbe moment mais inquiet de tout trouver fade ensuite !!
Car la mise en scène d'Anthony Magnier est forte, tragique au sens noble du terme, jamais à contre-sens et parfaitement efficace. Avec un parti pris d'esthétique qui ne sombre à aucun moment dans le pompeux ou l'emphase. Mise en scène incarnée, mise en chair, palpable, rendant la souffrance des protagonistes à la fois proche et immense.
Rien n'est gratuit, tout est fait ou pensé dans le respect du texte qui, du coup, prend un relief et une densité qu'il a déjà de nature mais qui, présenté ainsi, le rend encore plus grave. Et simple, mais si vous saviez comme cela s'écoute facilement !! Et même les coupures sont réalisées de façon judicieuse.
D'autant que Racine est servi ici par de superbes acteurs : la palme à Pyrrhus, Anthony Magnier lui-même, voix parfaite, geste juste, attitude noble sans affectation. Autres belles performances, celles de Moana Ferré et Pauline Bolcatto, Andromaque et Hermione d’exception, admirables de précision et de véracité dans les infinies variations de l'âme et des sentiments. Julien Saada, un peu moins à l'aise, réussit pourtant particulièrement la scène finale où Oreste sombre dans la folie. 



 du 3 au 26 juillet 18h50 - durée : 1h15
Théâtre de l'OULLE

Résumé du spectacle 
Années 50, un décor cinématographique, un thriller à la Hitchcock qui nous interroge sur la vie amoureuse, le mensonge, la honte. Stefan Zweig imagine un scénario digne des romans à suspens. Irène, jeune femme adultère, se retrouve traquée et piégée par l’étrange compagne de son amant. Manipulation? Hallucination? Comment échapper à cette tourmente sans fin? Son couple vacille jusqu'au dénouement, véritable coup de théâtre!

Mon avis :
Nous l'avons vu, dans le même théatre, juste après Andromaque : très bon choix qui permet de revenir sur terre en douceur mais de façon très judicieuse.
Le texte de Zweig commence comme une comédie Hollywoodienne des années 60, un peu légère, un peu futile. Puis, peu à peu, le propos, servi par deux excellents acteurs, d'alourdit, se dramatise : le sujet n'est pas l'histoire d'une épouse frivole mais belle et bien la peur, l'angoisse et le remords. Avec en arrière-fond, une réflexion que la vérité, bien si précieux dont l'époux, avocat, rêve au point de faire des folies pour l'obtenir de sa femme. Le décor, sur roulettes, tourne, virevolte et cerne l'évolution des sentiments de l'épouse magnifiquement interprétée par Hélène Dedy dont la panique monte doucement, mais très efficacement, rendant la pièce haletante.

sur des musiques et textes de  Pasolini - Nono - Berio
du 4 au 25 juillet relâche le 16 juillet
20h40 durée : 1h
PETIT LOUVRE (TEMPLIERS)

Résumé du spectacle
En articulant Ecrits Corsaires de Pasolini, Fabbrica Illuminata de Luigi Nono, Poème Symphonique pour 100 métronomes de Ligeti, A Ronne, pièce radiophonique de Berio, "TransFabbrica" cherche à questionner les liens entre monde du travail, langage et création artistique en une réjouissante performance pour un ouvrier danseur au travail et une cantatrice vorace et comique. "Dans un séisme vocal et langagier qui fait que les mots sortent de leurs gonds et bifurquent, le rire est la nervure de ces métamorphoses entre parole et gestes vocaux." Ch. De Simone Alternatives Théâtrales 113-114

Mon avis :
Alter me conseillait de simplement passer ce spectacle sous silence. J'avais rédigé un avis jugé trop "dur" par la "commission de censure", inquiète non de m'interdire d'exprimer mon sentiment mais soucieuse de ménager les gens qui se sont donné du mal pour faire ce spectacle... et, suite à diverses manipulations, je l'ai perdu : je me contenterai donc, en deux mots, de dire que j'ai trouvé ce discours pseudo soixante-huitard totalement ringard et d'un élitisme forcené. Autant dire que si vous avez mes goûts pervers et bourgeois, je vous déconseille d'aller le voir.

samedi 4 juillet 2015

Velasquez au Grand Palais

Le pape Innocent X (1650), auquel nous rendons pieusement visite chaque fois que nous allons à Rome, Galleria Doria Pamphilj.

Je vous entends d'ici : oh, Michelaise, elle commence à nous soûler avec ses expos. Et que je t'explique, et que je te détaille, et que je te développe... plus envie de lire ses billets fleuves. Comme je vous comprends ! Je me contenterai donc, pour l'exposition Velasquez qui se tient au Grand Palais jusqu'au 13 juillet, de laisser la parole à un immense critique de l'Histoire de l'art en vous offrant ce petit extrait mythique de Pierrot le fou. Godard y fait lire à Belmondo, fumant dans sa baignoire, un extrait (un peu modifié) du texte qu'Elie Faure, à peine âgé de 25 ans, consacra aux Menines.
Écoute ça, p'tite fille :


Velasquez, après cinquante ans ne peignait plus jamais une chose définie. Il errait autour des objets avec l'air et le crépuscule, il surprenait dans l'ombre et la transparence des fonds les palpitations colorées dont il faisait le centre invisible de sa symphonie silencieuse. Il ne saisissait plus dans le monde que les échanges mystérieux qui font pénétrer les uns dans les autres, les formes et les tons, par un progrès secret et continu dont aucun heurt, aucun sursaut, ne dénonce ou n'interrompt la marche. L'espace règne. C'est comme une onde aérienne qui glisse sur les surfaces, s'imprègne de leur émanation visible pour les définir et les modeler et emporter partout ailleurs comme un parfum, comme un écho d'elle, qu'elle disperse sur toute l'étendue environnante en poussière ... impondérable.

C'est beau ça, hein p'tite fille ?

Le monde où il vivait était triste : un roi dégénéré, des infants malades, des idiots, des nains, des infirmes, quelques pitres monstrueux vêtus en Princes, qui avaient pour fonction de rire d'eux même et d'en faire rire des êtres hors-la-loi vivante, étreints par l'étiquette, le complot, le mensonge, liés par la confession et le remord. Aux portes, l'autodafé... le silence.

Ecoute ça p'tite fille...

Un esprit nostalgique flotte, mais on ne voit ni la laideur ni la tristesse ni le sens funèbre et cruel de cette enfance écrasée. Velasquez est le peintre des soirs, de l'étendue, et du silence. Même quand il peint en plein jour, même quand il peint dans une pièce close, même quand la guerre ou la chasse hurle autour de lui. Comme il ne sortait guère aux heures de la journée où l'air est brûlant, où le soleil éteint tout, les peintres espagnols communiaient avec les soirées...

C'est beau ça, hein ??



Et ça, c'est pas beau ? C'était la toile fétiche de mon frère quand il avait 16 ans !! Il en possédait une très jolie reproduction et m'expliquait combien ce dos somptueux était le summum de la grâce et de l'élégance.  Autant vous dire que lorsque nous sommes allés à Londres, je tenais à courir l'admirer. Et voilà qu'elle n'y était pas, pour cause d'exposition parisienne. Débauche de soieries aux douces teintes bleutées, de chairs tendres et rosées, cette allégorie de la vue est d'une simplicité de mise en page qui signe le talent des grands. Au point qu'elle est devenue un symbole de la beauté féminine.
Au point que, le 10 mars 1914, la suffragette Marie Richardson l'a lacérée avec un hachoir. Active dans le mouvement des suffragettes du Royaume-Uni, cette canadienne fut fort active dans son action pour l'égalité entre hommes et femmes. Arrêtée neuf fois en deux ans, elle a dû être nourrie de force au cours d'une grève de la faim. Elle a persuadé l'évêque de Londres de soutenir le vote des femmes et a présenté une pétition au roi George V en sautant sur le marchepied de son carrosse.



Après son coup d'éclat à la National Gallery, elle déclarait : "j'ai essayé de détruire la plus belle femme de l'Histoire de l'art comme protestation contre le Gouvernement qui lui, détruit Mrs Pankhurst qui est la plus belle femme de caractère de l'histoire contemporaine". 
Autre suffragette particulièrement virulente, Mrs Pankhurst organisait de nombreuses manifestations - s'enchaîner aux lampadaires, provoquer des incendies dans des immeubles, faire la grève de la faim ou bien encore couper les fils des télégraphes - qui lui valurent d'être arrêtée cinq fois entre 1912 et 1917. Libérée en 1920, elle soutient l'effort de guerre et se rend aux États-Unis pour faire de la propagande en faveur des Alliés. Elle suggère aux femmes de devenir infirmière durant la guerre.


Marie Richardson au moment de son arrestation

Mais Mary Richardson a obtenu ce qu’elle voulait. En frappant cet idéal féminin rempli d’érotisme, elle a créé ce qu'on n'appelait pas encore le buzz, et fait parler du vote des femmes (1). Et finalement le droit de vote sera octroyé aux femmes en Angleterre en 1918 (2). Quant au tableau, il sera restauré en trois mois, alors que Mary Richardson passera six mois en prison pour destruction d’œuvre d’art.

Quant à l'exposition, je vous recommande, si elle vous intéresse, le très exhaustif article de la Tribune de l'Art, c'est un des meilleurs du net sur le sujet.

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(1) Article du Times le lendemain de cet exploit :
« Indignation à la National Gallery, le célèbre Vélasquez de Rokeby, communément appelé La Vénus au miroir, qui est présenté à la National Gallery depuis 1906, a été mutilé hier matin par la suffragette Mary Richardson, militante activiste notoire. Elle a attaqué le tableau avec un petit hachoir à la lame longue et aiguisée semblable à celle des instruments utilisés par les bouchers, et en quelques secondes, elle lui a infligé des blessures aussi graves qu’irréparables. Suite à cet outrage, les portes de la National Gallery resteront fermées jusqu’à nouvel ordre.»

(2) Rappelons qu'en France, il faudra patienter jusqu’à cette ordonnance du 21 avril 1944 promulguée par le Gouvernement provisoire du général de Gaulle, à Alger : «Les femmes sont électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes».
Deux ans et demi plus tard, le préambule de la constitution du 27 octobre 1946 inscrit ce principe dans les principes fondamentaux de la République : « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l'homme ». Les Françaises votent pour la première fois le 29 avril 1945, à l'occasion des élections municipales puis, quelques mois après, le 21 octobre 1945 elles participent au scrutin national.

mercredi 1 juillet 2015

Procrastination : numéro 1800

NUMÉRO 1800


Si l'on en croit son site, le Robert a mis cette année un nouveau mot à son dictionnaire. Entre bistronomie (1), dermographe (2), femen (3), mooc (4) et lapette (5), on croise, un peu étonné, procrastiner. C'est pourtant un mot en usage depuis fort longtemps, depuis le XVIe siècle semble-t-il... même s'il a fallu attendre le XIXe pour que son usage devint fréquent.
Les atermoyeurs, procrastinateurs et lambins de mon acabit sont justement de ceux qui ne finissent rien et même ne commencent pas davantage (Amiel, Journal,1866, p.455).
Proust lui-même use du substantif "Cette habitude, vieille de tant d'années, de l'ajournement perpétuel, de ce que M. de Charlus flétrissait sous le nom de procrastination... "(Proust, la Prisonnière,1922, p.86)... et après lui Colette emploie le verbe "Je remercie à présent chacun des contretemps qui m'empêchèrent d'approfondir ma connaissance de la forêt rambolitaine: la paresse, l'âge, le penchant à procrastiner, et aussi le plaisir que j'eus d'habiter trop peu de temps (...) un de ses sommets "(Colette, Pays connu,1949, p.8). Alors comment peut-il se faire qu'il soit cité dans les nouveaux mots entrant au dictionnaire cette année ? Il faut dire qu'on trouve aussi dans ces "nouveautés" s'évader (6) !! En est-il des mots comme des saints dans le calendrier : comme on en a trop, on en fait sortir quelques uns pour en faire rentrer d'autres, et ainsi les mots "tournent" ??

Saint Expédit à Royan

Enfin qu'importe, mon propos n'est pas de railler le Petit Robert mais plutôt de rebondir sur ce mot charmant, jugé encore il y a peu comme étant désuet et qui reprend du galon. Et qui a son saint protecteur : Saint Expédit.
La première fois où j'ai rencontré Expédit, je me suis demandé ce que pouvait bien fabriquer un centurion romain en cuirasse dans une église. 
C'est alors que j'ai découvert cette délicieuse légende qui, vous le vérifierez par vous-même, vous incitera à crier "cras, cras, cras" quand, par hasard on aurait tendance à se laisser aller à ce mal du siècle. Cette maladie terrible qui consiste à remettre à demain ce qu’on peut faire aujourd’hui. Il semble que 20 pour cent des hommes et des femmes américaines soient des « procrastinateurs chroniques. » Et comme les américains ne font pas des études de ce genre pour s'apitoyer sur les errances psychologiques de leurs ressortissants, l'étude a chiffré que le montant perdu aux États-Unis par les employés procrastinateurs, serait de plusieurs milliers de milliards de dollars par an. Pff, moi, j'avoue ne même pas savoir ce qu'est un milliard de dollars, alors des milliers, pensez ! Mais faut dire qu'Internet favorise joyeusement la procrastination : la preuve ?


Cette étude de The Enonomist qui avance qu'avec les 140.000.000 heures que l’humanité a passées à regarder « Gangnam Style » sur YouTube, (deux milliards de clics), nous aurions pu construire au moins 20 Empire State Building (mais ça, bof, si c'est pour les bousiller avec des avions, vaut encore mieux regarder ce "truc-style"... dont je vous parle en ignorant superbement ce que c'est !!) ou quatre pyramides à Gizeh. Quant à savoir pourquoi notre société devient de plus en plus procratinante, on peut hésiter entre une saine résistance au règne revendiqué de la productivité et une tendance naturelle de l'homme à rechercher, vaille que vaille, une certaine sérénité. La procrastination pourrait alors traduire le besoin de se détendre  en "zonant", après trop de pression, ou l'évitement de nouvelles normes qui, si nous les respections, nous rendraient fous... à moins que ce ne soit la paresse pratiquée comme un des beaux-arts, ou tout simplement la brusque découverte que, finalement, le monde tourne tout aussi bien (ou tout aussi mal ?) sans que nous y mettions notre nez ?


Mais revenons à notre légionnaire ! Expéditus (7), centurion romain, commandait en chef la XIIe légion romaine, dénommée la Fulminante (8), qui tenait ses quartiers dans la ville de Mélitène, chef-lieu de la province romaine d’Arménie. Cette XIIe légion, entièrement constituée d’Arméniens chrétiens, avait déjà protégé Jérusalem contre les assauts des Barbares. Ceux qui la composaient étaient en effet des autochtones chrétiens évangélisés dès l’aube du christianisme par les apôtres Thaddée, Simon et Barthélemy. L’Arménie fut, dès le milieu du IIIe siècle, presque entièrement acquise à l’Église du Christ par l’action évangélisatrice de Saint Grégoire l’Illuminateur (240-332). La XIIe Légion avait, quant à elle, pour mission de veiller sur la protection de la frontière orientale continuellement menacée par l’invasion asiatique, que Rome appréhendait et redoutait vivement. Saint Expédit était donc investi d’une fonction stratégique de tout premier ordre. Et forcément, notre romain, entouré de chrétiens, décida de se convertir au christianisme. Or le diable - qui a plus d'un tour dans son sac - lui apparut sous la forme d’un corbeau. Et le sinistre volatile, pas très ravi de voir son concurrent faire une nouvelle recrue, se mit à tourner autour de lui en criant (on sait que le chant des corbeaux n'est pas très agréable !!) «cras, cras, cras ». Or, en latin, cras signifie «demain». Expeditus, saisi d'une sainte colère, piétina l’oiseau en criant victorieusement, «hodie ! hodie.. » ... autant dire «aujourd’hui !» .


Ce qui permit à notre bon Expeditus d'être sauvé du point de vue chrétien, mais sacrifié, au passage, pour sa foi dérangeante. Il est évident que l’importance de son poste le désignait tout particulièrement, en tant que chrétien, à la haine des dirigeants romains peu soucieux de voir ces illuminés semer la zizanie ! Le 13 des calendes de mai, soit le 19 avril 303, il fut  flagellé jusqu’au sang puis décapité par le glaive à  Mélitène, aujourd’hui Malatya. Quant à son corps, il fut sans doute être jeté aux égouts de la ville, laissé en pâtures aux bêtes ou mystérieusement enseveli par de courageux catéchumènes. Et les chrétiens en firent, par la suite, le saint patron de la procrastination. On trouve nombre de statues de lui, généreusement fleuries, à La Réunion où il est très honoré. Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. Les réunionnais ne sont pas plus procrastinateurs que les autres, au contraire, ils essaient courageusement de se réformer !! On le prie pour des causes toujours liées à une certaine urgence : réussir un examen - c'est aussi, d'ailleurs, le patron des écoliers -, obtenir, enfin (!), son permis de conduire, réussir une « bonne » affaire...

L'Église (9) est très réservée sur la réalité de ce saint - aucun témoignage historique ne prouvant que ce soldat ait réellement existé - et en 1905, Pie XI demanda qu'il soit rayé du martyrologue et qu'on retire des églises statues et images. C'était sans compter sur la ferveur populaire ! Saint Expédit est toujours là ! C'est surtout depuis 1930 que Saint Expédit a «envahi» La Réunion. On prétend que ce saint aurait son origine dans l'arrivée - il y a longtemps - d'un colis venant de Rome et reçu par une communauté de religieuses de l'île. Après un long voyage par mer, l'emballage était très abîmé ! Les religieuses étonnées (elles n'attendaient rien) ont fini par déchiffrer sur le papier « expédit »... (Sans doute les restes de l'oblitération ?) : le colis contenait la statue d'un soldat romain, sans plus d'explication : une légende était née !


Son iconographie (rarement antérieure au XXe... faut-il y voir un signe confirmant le caractère contemporain de la procrastination ?) est parlante, et si vous en croisez un dans une église, vous le reconnaîtrez aisément : vêtu de l'uniforme de centurion de l'armée romaine, il est toujours en train d'écrabouiller un vilain volatile noir, le corbeau de la légende, et souvent accompagné d'un sablier pour nous rappeler que le temps est précieux et qu'il ne faut pas l'user en vain en le laissant couler entre nos doigts. Vous l'avez, j'imagine, deviné : pour atteindre le billet numéro 1800, alors qu'on me demande sans cesse "mais comment fais-tu?", une seule chose est nécessaire : ne pas s'adonner à la procrastination ! Donc, fournir abondamment Saint Expédit en cierges, lumignons et invocations appropriées (10) !!


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Notes

(1) Bistronomie n. f. (marque déposée ; motvalise, de bistrot et gastronomie) Cuisine gastronomique proposée dans un cadre convivial et à des prix abordables. ‚ adj. bistronomique

(2) Dermographe n. m. (marque déposée) Appareil électrique servant à réaliser des tatouages.

(3) Femen Groupe de contestation féministe créé en Ukraine en 2008. Le mouvement, devenu cosmopolite, se bat contre toute forme d'aliénation des femmes, en particulier religieuse et politique, et mène ses actions les seins nus.

(4) Mooc n. m. ou MOOC [muk] n. m. inv.(mot anglais, abrév. de Massive Online Open Course Cours d'enseignement diffusé sur Internet. - recomm. offic. cours en ligne ouvert à tous.

(5) Lapette n. f. (de laper) français de Belgique, fam. Café trop léger. → lavasse.

(6) S'évader v. pron. 1 (latin evadere, de ex- et vadere « s'avancer » → aller [il va, etc.]) 1. S'échapper (d'un lieu où l'on était retenu, enfermé) → s'enfuir, se sauver ; évasion. S'évader d'une prison. 2. Échapper volontairement (à une réalité). → fuir. S'évader du réel par le rêve. Je vous ai mis la signification afin que vous puissiez en vérifier toute l'originalité !!

(7) Expédit, Expeditus en latin, signifie célérité, rapidité. A cette époque, il était usuel de conférer à certaines personnes des sobriquets inspirés de leur état, de leur physique, de leurs qualités morales ou civiques. De plus, chez les Romains, le nom de famille n’était couramment employé que pour la haute aristocratie. Le peuple se contentait de prénoms, appelés patronymes chez les chrétiens.
Une autre interprétation qui se rapporte à ce que nous venons de dire, prend sa source dans le fait que les légions romaines comportaient deux catégories de soldats : l’expeditus armé légèrement et dépourvu de bagage, et l’impeditus ou fantassin de seconde ligne. On présume que la troupe commandée par saint-Expédit était un corps d’expeditus. (source)

(8) Le nom de Fulminante donné à cette légion, provenait d’un fait d’armes miraculeux. C’était sous le règne de Marc-Aurèle. L’armée romaine, engagée dans la pénible campagne de Germanie, s’était retranchée dans un oppidum fortifiées de la région des Quades, dans le nord-est de la Hongrie, mais surprise par tes Barbares, elle s’était laissée encercler. On se trouvait en plein coeur de l’été. L’eau finit bientôt par manquer totalement. Mourants de soif, les soldats romains n’avaient plus la force de combattre ; leur moral déclinait rapidement. Faisant appel aux augures qui accompagnaient inévitablement les troupes en campagne, et prédisaient sur la foi de pratiques magiques, la bonne ou la mauvaise issue d’une opération, Marc-Aurèle ordonna que des prières publiques fussent adressées aux dieux. Tandis que le reste de l’armée s’adonnait à de stériles invocations, la Fulminante sortit du camp, s’agenouilla dans la plaine, et avec une ferveur décuplée par l’épreuve, fit monter vers le Dieu Tout-Puissant la seule et véritable prière qui soit sous les cieux. 
Ils étaient là, six mille guerriers, implorant les bras étendus comme on priait alors : ce spectacle était à la fois si inattendu et si majestueux, que l’ennemi interdit, n’osa attaquer. Leur prière achevée, d’un même élan, les soldats se dressent et courent sus aux Barbares. A cet instant, une pluie torrentielle se met à tomber. Dans leurs casques, dans leurs boucliers les soldats recueillent cette eau providentielle, s’en abreuvent à longs traits sans cesser de combattre, sentant aussitôt renaître, plus vivaces que jamais, leurs forces précédemment épuisées. De plus, le combat à peine engagé, avant même que les autres légions fussent accourues à la rescousse, un terrifiant orage éclate. La foudre crible littéralement les rangs des Barbares. D’énormes grêlons s’abattent, si gros qu’ils assomment comme des pierres de fronde, crèvent les boucliers, lacèrent les chairs des chevaux qui, se cabrant de douleur, désarçonnent leurs cavaliers épouvantés... Sous ce déchaînement des puissances célestes, dont les chrétiens se trouvent miraculeusement préservés, l’ennemi perd pied, recule et finalement, harcelé par les Romains, se débande en proie à la panique... C’est en commémoration de ce miracle que la XIIè légion romaine reçut ce nom de Fulminante. (source Nominis)

(9) Source L'église en Lot-et-Garonne
Autre source : Nominis

(10) Prière à Saint-Expédit, où il est surprenant de constater qu'on ne l'invoque pas pour être libéré de la tendance à procrastiner, mais afin que lui-même agisse sans attendre pour nous aider !!
O Saint Expédit, confiant dans ta promptitude et la force de ton intercession, je te supplie d’intervenir pour moi, auprès du Seigneur. Voici la grâce que je sollicite (…) Je suis indigne de tout bien, mais j’ai confiance en toi et en la Vierge Marie. Que le Seigneur daigne exaucer ton ardente prière et qu’Il me rende digne d’être un jour capable comme toi de répandre mon sang pour l’amour du Christ. Amen. 

lundi 29 juin 2015

Adolfo Wildt (1868-1931), le dernier symboliste

Vir temporis acti, l'homme du temps passé (1913). Cette figure d'homme flagellé (on voit la cravache à gauche) qui grimace d'une douleur intense, mais qu'il supporte avec noblesse pour la sublimer, exhale un pathos trop fort pour nos sensibilités modernes !! Dans un premier temps, il effraie. Il faut en apprivoiser l'esthétique expressionniste forcenée pour, doucement, en apprécier la force et l'originalité.

Quand j'ai vu les photos des sculptures d'Adolfo Wildt (l'affiche de l'exposition s'orne du Vir temporis acti), j'ai frémi... Pourtant, la lecture d'un article sur l'exposition nous a incités à aller la visiter et je ne l'ai nullement regretté. Elle se tient à l'Orangerie jusqu'au 15 juillet : Adolfo Wildt (1868-1931), le dernier symboliste et mérite un détour si vous êtes dans les parages.
Pratiquement inconnu en France – et c'est ce qui fait l'intérêt de cette exposition – Wildt est un artiste singulier, difficile à situer, qui connut un certain succès durant les années 1920. Mais sa réputation fut ternie par ses liens avec le régime fasciste qui lui passa plusieurs commandes officielles devenues des emblèmes de la propagande : un buste du Duce, un autre de sa maîtresse, Margherita Sarfatti – fondatrice du Novecento, dont l'artiste fut très proche –, le Monument de la Victoire, à Bolzano. Rien  de tel pour nous rendre réfractaire, par principe, aux œuvres de Wildt, alors qu'il mourut en 1931 et qu'on doit lui accorder le bénéfice du doute pour la suite des événements historiques auxquels il n'a nullement participé, fut-ce par sympathie. Ayant la chance, après des années difficiles, de plaire à la maîtresse du Duce, il a recueilli de ce fait des commandes qu'il a fort opportunément accueillies comme une reconnaissance de son talent. Rien de plus normal. Il est important de dépasser ce genre de blocage et l'exposition de l'Orangerie, à travers un parcours chronologique et thématique, permet de mieux comprendre l’ensemble de sa carrière. De plus, par le rapprochement judicieux avec des oeuvres d'art italiennes plus anciennes, on saisit les sources d'inspiration et la formation culturelle du sculpteur. 

Un montage pour mieux comprendre les influences auxquelles "se frotta" le jeune artiste, dont on voit ici, en bas à droite, une oeuvre de jeunesse L'homme qui se tait (1899) sur fond d'un détail de la fresque de Michelange à la Chapelle Sixtine, le roi Assuérus en pose de dieu fleuve, 1511, alors qu'on haut à gauche, la copie romaine en marbre du musée du Capitole à Rome, d'un original grec perdu, vraisemblablement exécuté en bronze, commandé entre 230 et 220 av. J.-C. par Attale Ier de Pergame pour commémorer sa victoire sur les Galates. Ces trois représentations forment un concentré de l'idéal du beau à travers les âges !

Au départ, ce milanais d'origine modeste, entre à 11 ans à peine dans l’atelier du sculpteur Giuseppe Grandi, qui l’initie à la taille du marbre. En quelques années, il acquiert dans ce domaine une prodigieuse dextérité qu’il perfectionne auprès de Federico Villa et met au service de plusieurs sculpteurs lombards, chez lesquels il devient « finisseur ». C'est donc comme praticien, aide à la réalisation technique des œuvres de sculpteurs reconnus, qu'il commença sa carrière. Précieuse pour la suite, cette formation lui permit également d'acquérir une vraie connaissance des chefs d’oeuvre de l’Antiquité et de la Renaissance. Il commence à sculpter à son compte et ses premières réalisations sont empreintes de ce classicisme qui l'entoure dans les ateliers où il travaille. Il étudie seul et se forme au contact des copies d'antiques.

Déclinée sous plusieurs formes, Vierge, Jeune fille, le modèle original La veuve, sculpté en 1892, cette statue est le portrait de sa toute jeune épouse. Au-delà du titre qui dénote l'inquiétude latente du sculpteur (il fera une grave dépression 6 ans plus tard) on y admire déjà le maniement agile du burin et cette patine crémeuse et sensuelle qui caractérise ses réalisations.

En 1891, il épouse Dina Borghi  et leur première fille, Artemia, naît l'année suivante. En 1892, il réalise un portrait de sa femme, qu'il expose à la Société d'Art Moderne de Rome en 1894 sous l’étonnant titre de "Veuve".
Pour lui, tout se joue cette année-là quand un collectionneur prussien Franz Rose s'entiche de lui au point de lui assurer, par contrat,  un confortable salaire annuel de 4 000 livres, en échange du premier exemplaire de chacune de ses créations. Non content de l'aider financièrement, car dès lors Wildt put s'adonner entièrement à la création sans souci du lendemain, Rose était un homme très cultivé qui surveillait de près l'évolution du goût de son protégé. Chez le mécène on trouvait, côte à côte, des sarcophages romains, des copies de Donatello ou de Titien, et des œuvres de jeunes symbolistes tels Albert Welti et Ernst Kreidolf. Wildt raconte : « L’unique préoccupation de mon ami fut d’insuffler à mon art du sérieux, de la force, de la puissance et de la profondeur. [...] Il tenta par tous les moyens d’empêcher que mes œuvres fussent contaminées par l’atmosphère artistique dans laquelle je vivais et il me maintenait à l’écart de tous avec une jalousie étonnante ».

L'impressionnant Autoportrait de marbre blanc sur fond d'or, de 1909 (Musée San Domenico de Forli), dit aussi Masque de douleur, le représente avec une fidélité sans faille, âgé d'une petite quarantaine, fiévreux, déchiré, sortant à grand peine d'une pénible dépression.

Aux "jolis" portraits de jeunes filles plutôt naturalistes des années 1890, succèdent des sculptures d'un expressionnisme militant, réalisées pour la villa et le parc du collectionneur. Il produit beaucoup, et dès 1900, il peut s'installer dans un grand atelier sur le Corso Garibaldi, à Milan. Pourtant l'homme est inquiet et tourmenté, disons plus simplement dépressif. De 1906 à 1909, il traverse une grave crise, se questionnant sur le sens de son art, crise qui va jusqu'à l'empêcher totalement de sculpter. Il se remet gravement en question, se heurtant à la difficulté de trouver son propre style et de conjuguer le travail de la matière avec la spiritualité. C’est plongé dans une profonde et poignante détresse qu'il se représente, en 1909, dans le Masque de douleur ; les traits tirés, les paupières tombantes, la bouche ouverte en un rictus amer, figée dans une plainte infinie. Il semble que cette oeuvre saisissante lui ait permis d'émerger de son marasme et de se remettre au travail, après presque 3 années de silence.

Caractère fier - Âme simple, 1912, Marbre partiellement doré, Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia, Galleria Internazionale d’Arte Moderna di Ca’ Pesaro. 2015. Un Janus des temps modernes, inspiré des masques antiques, en marbre blanc et chevelures dorées à l'or fin. Celle de l'âme fière est clairement d'inspiration viennoise.

En 1912, le décès soudain de son protecteur le contraint à tenter de se faire une place dans le milieu italien à l’écart duquel il avait pu se tenir, grâce à la sécurité que lui assurait son salaire. Cette même année, sa Trilogie est primée lors de l’exposition nationale de Brera, le jury y percevant un retour à la tradition académique et à la virtuosité technique alors malmenées par les avant-gardes. Toutefois, ses œuvres singulières déstabilisent la critique et Wildt peine à s’imposer. Il devra se contenter,pendant de longues années, de commandes passées par son cercle de proches, même s'il commence à être reconnu en Italie. Il ne s’engage dans aucun grand courant mais puise à diverses sources et s’inspire notamment des Sécessions d’Europe centrale. La prééminence de la ligne, son goût pour la dorure, en élément décoratif, sont de cette veine. C’est surtout à Klimt que renvoient ses dessins épurés, où perspective et modelé sont aplatis au profit de motifs décoratifs aux contours sinueux. Cette recherche ornementale, également sensible dans ses sculptures, s’exprime tout particulièrement dans les chevelures dorées de Caractère fierÂme simple, ou dans l’énigmatique Homme du temps passé. Longs cils, cheveux creusés en strigiles, ossature et musculature exacerbées : ce buste à l’expressionnisme torturé trahit l’attirance du sculpteur pour une stylisation décorative – et résolument antinaturaliste – nourrie de l’influence de l’Art Nouveau.

L'âme et son habit, représentation réduite à l'essentiel d'une intense spiritualité féminine, toute de douceur et d'espérance. Sans la moindre fioriture.

À partir de 1915, une nouvelle tendance apparaît dans son art : il délaisse les outrances expressionnistes pour une esthétique plus apaisée, presque désincarnés. La spiritualité obsessionnelle d’Adolfo Wildt (croyant, quoique non pratiquant) imprègne ses œuvres, en particulier durant la guerre. Il conçoit des sculptures d'une grande liberté iconographies, très sensibles, très sobres, comme L’Âme et son habit, Marie donne le jour aux petits enfants chrétiens ou encore La Mère adoptive... Très attaché à sa famille, au "noyau" familial, il traite le thème de la maternité en le réinventant de façon très émouvante. Aux courbes fluides des drapés s’opposent les visages anguleux, abandonnés dans une introspection silencieuse. Figures récurrentes dans sa production, mères et Vierges donneront lieu à des représentations tantôt résolument stylisées, tantôt éminemment naturalistes, dans la veine de ses œuvres de jeunesse. Il déforme et transforme, représentant les nouveaux-nés comme de graciles et fragiles fœtus. Son inspiration se nourrit de nombreuses références : arts égyptien, gothique, renaissant, maniériste, baroque, classique ... mais de façon tellement inventive qu'il ne confine jamais au pastiche.

La Conception (musée de Bassano) voit le jour en 1921, année durant laquelle Woldt publia son traité de L'art du marbre. Le thème, mystérieux de la naissance, est ici traité de façon freudienne : le nouveau-né, plutôt un fœtus, maigre, recroquevillé et pourtant d'or vêtu, flotte dans le vide, suspendu entre rêve et réalité. Les petits poings serrés qu'il presse sur ces yeux semblent indiquer sa peur à venir au monde et le drame existentiel qu'est l'affrontement de la naissance. Derrière lui, les parents : le père ouvre la bouche dans un cri, surpris, admiratif. Il baisse les yeux et se tait. En revanche, la mère a en elle toute la beauté hiératique d'une apparence mystique. Concentrée dans une prière intime et douce, rassurante et sereine, c'est comme une Madone dont la douceur se confond avec le marbre blanc. 

En 1923, il ouvre à Milan une école du marbre, où il accueille gratuitement ses élèves pour leur transmettre son savoir-faire. Il exige que l'atelier soit impeccable, dans l'ordre le plus parfait et la propreté la plus irréprochable, pour favoriser inspiration et concentration. Il partage ses trucs : par exemple, il semble que l'une de ses méthodes pour obtenir la finesse translucide de la surface sur ses marbres était de les frotter longuement avec des chiffons imbibés d' urine, travail qu'il enseigne à ses élèves en leur faisant réaliser des sphères de marbre pour s’entraîner au polissage.


En 1930, l'année où Adolfo Wildt crée son portrait, Margherita Sarfatti écrit dans l'Almanach des artistes: "Les artistes du Novecento sont convaincus que la forme doit être simple, et que même si elle n'est pas réelle, elle doit être vraie. La forme, précise et déterminée, impulse la couleur ». Wildt réalise là un buste d'un classicisme dépouillé, moderne et simple qui toucha beaucoup la critique.

C'est à cette époque qu'il rencontre Margherita Sarfatti (critique d'art influente, créatrice du Novecento... et maitresse du Duce), grâce à qui il obtient commandes et honneurs officiels ; son ascension tardive (il a plus de cinquante ans) est fulgurante. Ses portraits, à la fois grandioses et hiératiques, lui valent un franc succès. Adepte du "portrait d'idées", il met au point une formule de buste monumental posant le sujet non comme personne, mais comme archétype. C'est particulièrement sensible dans le fameux buste de Mussolini, icône du pouvoir répliquée sur les affiches et dans les manuels scolaires italiens, et joyeusement massacré en 1945 !! Le sculpteur immortalise les traits de proches du régime, Margherita Sarfatti, dont il brosse un buste très sensible ou le journaliste Nicola Bonservizi.
Il réalise aussi la statue du pape Pie XI, homme frêle qu'il pose en conquérant altier portant les insignes de sa fonction (le résultat n'est pas vraiment beau mais fort impressionnant), ou le masque du pilote Arturo Ferrarin, mort l'année précédente, hommage à l'aviateur d’une pureté formelle troublante.

Tête réalisée en hommage à l'aviateur Arturo Ferrarin, mort sur l'aéroport de Guidonia en 1941, alors qu'il testait un avion expérimental. Idéalisé, "héroïsé", le visage est superbement poli, et les traits, d'une pureté immatérielle, sont d'une impressionnante beauté classique, parfaitement structurée. La tête, de grande taille, est évidée, et l'intérieur, comme un masque, s'offre au spectateur qui contourne la sculpture : contrastant avec le marbre blanc, ce visage abstrait, entièrement revêtu d'or, semble alors dévoiler les pensées secrètes d'un homme en apparence impassible.

Bien que son style, majestueux, flatte l'aspiration des élites fascistes à un art glorificateur et commémoratif, puisant ses racines dans un passé glorieux, il n'agit pas dans cet esprit et son étrangeté continue à mettre ses commanditaires mal à l'aise. Il meurt dans sa ville natale, Milan, le 12 mars 1931 et traverse, dès la fin de la seconde guerre mondiale, un long et injuste purgatoire dont les récentes expositions vont enfin le tirer. La preuve ? Le musée d'Orsay a acheté il a peu une version en bronze du Vir Temporis acti, première sculpture de Wildt à entrer dans un musée parisien.

Le judicieux et convaincant rapprochement entre la statue de Wildt, Il puro folle (Parsifal) de 1930 et le tondo de Bronzino, Saint Matthieu, 1525-28 (Firenze, Chiesa di Santa Felicita, Cappella Capponi). On retrouve, sans la sculpture, l'architecture corporelle classique du peintre maniériste florentin, et l'expression claire et simplifiée du visage idéalisé.

Le double mérite de cette exposition, qui fut construite à Forli où elle s'est déroulée en 2012, est d'abord de permettre de découvrir un sculpteur d'une virtuosité marmoréenne exceptionnelle et d'une originalité d'inspiration étonnante. Mais aussi, par l'adjonction d’œuvres d'art diverses - quatre ou cinq seulement à Paris, alors que l'exposition de Forli en comptait une soixantaine, en particulier Michel-Ange, mais aussi Fidia, Cosmè Tura, Antonello da Messina, Dürer, Pisanello, Bramante, Bramantino, Bronzino, Bambagia, Bernini, Canova, pour les anciens, di Previati, Mazzocutelli, Rodin, Klimt, De Chirico, Morandi, Casorati, Fontana, Melotti pour le modernes -, de permettre de voir en quoi Wildt est pétri de culture artistique et que ses références, réinterprétées avec une liberté qui n'appartient qu'à lui, sont nombreuses et riches.

Autre juxtaposition probante :  Le Prisonnier dit aussi Le Pendu, un marbre de 1915 (Collection privée) avec l'inoubliable Pietà de Cosmè Tura de 1460, qui est au musée Correr de Venise. C'est la pleine période expressionniste de Wildt et il emprunte au ferrarais les traits marqués et tourmentés jusqu'à la caricature  de l'homme qui souffre et agonise de douleur.

Proposé dans la salle consacrée aux oeuvres "mystiques" de Wildt, ce rapprochement était lui aussi frappant : derrière Le Rosaire, plâtre avec tresse d'or (qui existe aussi en marbre) de 1915-17, la toile de  Felice Casorati, La prière qui date, elle, de 1914 (Galleria d'Arte Moderna Achille Forti, Verona.)
Le visage fortement incliné de la femme, empreint d'une résignation tranquille et d'une intense mélancolie, la fragilité de liane du long cou et l'étroitesse des épaules évoquent, par leurs formes pures et idéalisées, une estampe asiatique traitée d'un coup de plume. Art dont Felice Casorati s'inspire manifestement dans sa peinture méditative. 

Près de la délicate Vierge au voile de Borgognone, (Pinacothèque de la Brera, Milan) qui déploie avec une infinie tendresse une légère mousseline au-dessus de son enfant qui dort, pour le protéger, cette Mère adoptive, un imposant (2,10m de haut) plâtre de 1917,(Venise, Fondazione Musei Civici di Venezia, Galleria Internazionale d’Arte Moderna di Ca’ Pesaro) pour un monument funéraire dédié à Maria Crespi Salsi. Wildt résout cette maternité par une élégante composition allongée et la serpentine. L'enfant déjà grand, est en fragile équilibre sur le linge tenu sa maman, qui porte une bougie allumée, symbole de la nouvelle vie qu'elle lui offre en l'adoptant. Maria Crespi Salvi, après avoir épousé deux maris, n'avait pu avoir d'enfant et décida d'en adopter un, lui donnant son nom et ses biens. Wildt ajoute, dans cette sculpture superbe, qu'elle lui apporta surtout la vie spirituelle et son amour. 

Pour avoir une idée de l'exposition de l'Orangerie, vous pouvez regarder ce petit film muet (on en a volontairement supprimé les commentaires car il est construit à partir de divers extraits télévisuels) qui balaye largement l'exposition de Forli en 2012. Cette dernière s'appelait, avec un meilleur sens de la formule que celle de Paris "Wildt, l'âme et la forme".

samedi 27 juin 2015

Les Rouart : de l'Impressionnisme au réalisme magique


La propriété des Caillebotte, à Yerres en région parisienne, récemment rendue à la visite et comportant un bel espace muséal, offre jusqu'au 5 juillet une passionnante exposition qui vaut vraiment la visite. Certes on y admire surtout ce qu'il était convenu il y a peu encore qu'appeler des "petits maîtres", mais la singularité de l'exposition est qu'on y cotoie trois générations de passionnés de la palette, d'enragés de la peinture : les Rouart. Rien que le titre est prometteur : Les Rouart : de l'Impressionnisme au réalisme magique !


Pour bien comprendre l'intention des commissaires de l'exposition, le mieux est de regarder cette généralogie des Rouart, où les "carrés" blancs traduisent l'aventure picturale de cette famille amoureuse des arts :  Henri Rouart (1833-1912), élève de Corot, son fils Ernest (1874-1942), élève de Degas et époux de Julie Manet — elle-même fille de Berthe Morisot — et enfin le petit-fils d’Henri Rouart, Augustin Rouart (1907-1997), proche de Maurice Denis, moderne des années 1930. Nous avions relu, avant d'y aller, le délicieux livre de Dominique Bona Deux soeurs, consacré aux filles d'Henri Lerolle portraiturées au piano par Renoir et qui épousèrent deux des fils d'Henri Rouart. Juste histoire de se mettre dans l'ambiance de cette famille hors normes qui aimait tant communier avec l'art des autres qu'on y constitua de magnifiques collections mais qu'on y resta toujours modeste, n'essayant jamais de rivaliser avec les artistes dont on promouvait généreusement la carrière. 

Henri Rouart L'étang du domaine de l'Hermitage 1885


Henri Rouart (1833 – 1912) 
Ingénieur, peintre, collectionneur et mécène, Henri Rouart se passionne très jeune pour la peinture : il a croisé Degas sur les bancs du lycée et c'est sans doute de leur profonde amitié que lui vint ce goût. Très jeune, formé par Corot et Millet, il obtient des prix de dessin. Il se met ensuite à peindre, exposant dès 1864 au Salon puis régulièrement aux côtés des impressionnistes.

Henri Rouart La seine aux environs de Rouen, 1880

Sa réussite industrielle lui permet de s'adonner à sa passion. Il fréquente galeries, ateliers d'artistes et salles des ventes et achète maîtres anciens et œuvres contemporaines. Fort aisé, il constitue tout au long de sa vie une collection exceptionnelle ( Corot, Delacroix, Millet, Jongkind, Courbet, Daumier, Degas, Manet, Monet, Cézanne, Renoir, Morisot, Gauguin…) qui envahit son hôtel particulier de la rue de Lisbonne. Vers la cinquantaine, il abandonne toute activité professionnelle pour se consacrer enfin et sans frein à sa passion. Peintre de paysage, il réalisa aussi de beaux portraits, attentif à saisir ses proches dans leur cadre intime.

Henri Rouart, femme cousant à sa fenêtre 

Signac note dans son journal le 16 février 1898 : "C’est affolant : du haut en bas la maison est pleine de tableaux qui, dans toutes les pièces, dans les antichambres, dans les escaliers, garnissent les murs du plancher au plafond. Il n’y a plus une place vide. C’est une profusion de merveilles : Corot, Delacroix, Millet, Jongkind, Courbet, Daumier, Degas. J’en ai vu tant que je sors ahuri…."

Henri Rouart, Louis Rouart lisant, aquerelle, 1895

Après la mort d’Henri Rouart, en 1912, la vente de cette collection attira les convoitises des plus grands marchands, connaisseurs et représentants de musées du monde entier. Rien d’étonnant dans cette ambiance que sa passion pour la peinture fut ensuite partagée par tous les membres de la famille.


Ernest Rouart, Femme dans le jardin de la Queue-en-Brie, 1885-90

Ernest Rouart (1874 – 1942)
Comme son père, Ernest Rouart entreprend des études de mathématiques avant de se tourner vers la peinture. C'est Degas, grand ami de la famille, qui lui donne ses premiers cours de dessin puis, plus tard, lui fait rencontrer sa future épouse Julie Manet, fille de Berthe Morisot. Ernest Rouart a beaucoup contribué à la mise en valeur du courant impressionniste, organisant des expositions majeures et s’intéressant notamment au travail d’Édouard Manet, Edgar Degas et bien sûr Berthe Morisot. Julie Manet peignait aussi et l’un de leurs fils, Denis Rouart, fut conservateur du Musée des Beaux-Arts de Nancy de 1946 à 1969.

Berthe Morisot (1841-1895) Eugène Manet et sa fille Julie au jardin, 1883

Ernest épouse, on l'a dit, Julie Manet en mai 1900 fille unique de Berthe Morisot et d'Eugène Manet, le frère du peintre Edouard Manet. Berthe est morte en 1895, et Ernest Rouart se consacrera, avec son épouse, à mettre en valeur l'oeuvre de sa belle-mère. Il aura soin aussi de protéger au mieux la collection de son père : malgré sa dispersion en 1912, il tentera de racheter certaines oeuvres auxquelles il tenait le plus.

Ernest Rouart, Portrait de Julie Manet peignant, 1905

Amoureux passionné de l'art mais aussi peintre exigeant, il expose pour la première fois en 1899, puis chaque année au Salon des Indépendants, où il côtoie les artistes de sa généralat : Bonnard, Vuillard, Maurice Denis, le Douanier Rousseau.


Très amis avec Paul Valéry et son épouse, le couple Manet-Rouart se maria le même jour et partagea avec eux le même immeuble durant toute sa vie. Ce qui vaut la présence dans l'exposition de cette émouvante photo représentant les deux femmes, Julie Manet-Rouart et Jeannie Valery posant vers 1960 devant leur portrait gamines par Berthe Morisot. Elles ont toutes deux plus de 80 ans !

Julie Manet, portrait d'Augustin Rouart enfant, 1911


Augustin Rouart (1907 – 1997) 
Augustin Rouart n'est pas le fils d'Ernest, mais son neveu. C'est grâce à son frère Philippe qu'il commence à peindre et à dessiner. Soutenu par son grand-père Henri, dont il est très poche, à exercer son art pour lequel il est vraiment doué, il rompt avec l’impressionnisme pour construire une œuvre originale. Influencé à ses débuts par les nabis et notamment par Maurice Denis, il reste néanmoins en marge des mouvements artistiques de son époque. Il choisit de peindre ce qu'il voit, la réalité simple et calme. Fervent admirateur d'Hans Holbein, de Nicolas Poussin ou d'Ingres, il a le trait savant, la touche élégante et la forme classique. Devant ses tableaux, on est séduit par la force des couleurs, la simplicité des compositions, la sérénité des sujets. Son fils, l’académicien Jean-Marie Rouart, l’évoque en ces termes : « On pourrait à son propos […], parler de réalisme magique. Des tableaux comme Lagrimas y penas, Le Petit Pêcheur, Le Nageur, illustrent sa tentation du merveilleux. […] Si j’ai parlé chez lui de la passion de la lumière, il n’était pas moins obsédé par la vérité – vérité de l’art s’entend – dont la nature donne l’exemple […]. Loin d’être réaliste, il cherchait à transmettre cette poésie du réel qui enchante notre vision devant un paysage, ceux du Béarn ou de Noirmoutier en l’occurrence, ou devant des fleurs. »
De fait, j'ai eu un vrai coup de foudre par ce peintre qui dessine admirablement et manie la couleur et la touche avec une tendresse, une humanité qui font de ses toiles de vraies fêtes pour l'oeil. Je vous offre une visite en images, pour le plaisir de l’œil et des sens.


Augustin Rouart
Enfant endormi, tempera sur carton, 1946

Augustin Rouart
Garçon au pyjama bleu, huile sur papier d'Arches préparé, 1954

Augustin Rouart
L'enfant au citron, portrait de Jean-Marie Rouart, 1945

Augustin Rouart
Autoportrait au pinceau, tempera sur toile, 1944

Augustin Rouart
Nature morte

Augustin Rouart
La balise rouge, 1962

Augustin Rouart, 
Le bateau vert, 1972

Le "réalisme magique" désigne un courant de la modernité artistique, principalement littéraire et picturale. L'expression, apparue sous la plus du philosophe allemand, Novalis, à la fin du XVIIIe siècle, est définie en 1925 pour la première fois par un historien d'art, Franz Roh (1890-1965) : il regroupe sous cette appellation un ensemble d'artistes européens dont les créations dépeignent une réalité métamorphosée par l'imaginaire et le fantastique. La dimension surnaturelle ou poétique des oeuvres ne se définit pas par une esthétique précise mais plutôt par une démarche intellectuelle ou spirituelle. On admet qu'Augustin Rouart se soit inscrit dans cette interprétation du monde propre à certains modernes des années 30 à 40. "Il rejoignait ceux qui, après les extraordinaires renouvellements plastiques du début du XXe siècle, pensaient qu'il fallait calmer le jeun renouer le fil du temps, retrouver le bonheur du classicisme" (Bruno Foucart). Et c'est bien ainsi qu'on ressent sa peinture : apaisante, onirique, portant à la rêverie, et terriblement proche de nous, de notre vécu et de nos sensations les plus intimes. L'usage de la tempera, qu'il manie avec brio, a gardé à ses œuvres toute leur fraîcheur initiale.

Augustin Rouart
Le métro, la nuit, 1947

Augustin Rouart
Femme dans les vagues, 1947

Augustin Rouart,
Le petit pêcheur, 1943

Augustin Rouart
Lagrimas y penas, 1943
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