lundi 21 juillet 2014

LA COLLECTION PEARLMAN A AIX : Une passion pour Cézanne (3)


C'est donc en 1950 qu'Henry Pearlman acheta sa première oeuvre de Cézanne, une aquarelle, suivie au cours des deux décennies suivantes d'une trentaine de tableaux et oeuvres sur papier du même peintre. La collection d'aquarelle dont on admire de nombreux exemplaires à Aix, est particulièrement belle car elle a conservé des teintes d'une fraîcheur rare. Pour Cézanne, si l'on en croit les récits de ses contemporains(1), l'aquarelle était un passe-temps, une simple distraction qui le reposait de son "travail", la peinture à l'huile. Cézanne lui-même parle rarement de celles qu'il a réalisées, n'accordant à cette technique qu'un rôle subalterne. 


Pourtant ces œuvres avaient un vif succès, comme le raconte Camille Pissaro dans une lettre adressée à son fils Lucien où il narre le combat d'enchères entre Degas et Renoir pour obtenir l'aquarelle représentant les poires (c'est Degas qui l'emporta) que Pearlman acquit à son tour en 1956. Une pure merveille qui fascine malgré son étonnante simplicité, et l'on ne sait trop dire pourquoi on est saisi par cette composition : sont-ce les arabesques noires ourlées de bleu qui entourent l'assiette, ou la simplicité des teintes, qui, laissant apparaître le fond de papier vergé, chantent de façon incroyable, est-ce la présence sucrée des trois fruits ??? On ne sait, mais on reste en contemplation !


La bouteille de Cognac est, d'une autre façon, absolument passionnante aussi. Ici c'est le jeu sur la répétition des contours qui fait vibrer l'aquarelle. Parfaitement au centre, la bouteille de Cognac, organise la composition de savante façon : à gauche, une bouteille d'eau, idéalement transparente, ronde, ventrue, occupe presque tout l'espace, dans des tonalités de bleus doux qui donnent l'idée de l'eau, sans la délimiter. A droite, quelques couleurs esquissées pour des fruits, sans doute des pommes, qui répondent en petits ronds parfaits à la panse de la carafe. Ces cercles, on les retrouve en plus petits, toujours bleutés, devant la bouteille brune, sous forme d'une grappe de raisin. A ces arabesques aux bords multiples, qui ne délimitent pas la forme mais la font apparaitre dans l'espace, répondent les trois strictes lignes horizontales du bord de la table, avant et arrière, et d'une sorte de dressing, suggéré derrière la nature morte. La couleur, posée avec une grande légéreté, déborde de ces traits répétés et incertains, donnant à l'aquarelle une vitalité étonnante.


Pearlman acheta aussi nombre de paysages aquarellés, oeuvres lumineuses et sereines où les formes sont ébauchées avec une grande vigueur mais toujours de façon sobre, et partant, très efficace. Le modelé procède de la modulation des teintes, dont la pose hachurée fait vibrer les couleurs, introduisant dans ces travaux sur papier un petit souffle de vent qui les fait scintiller doucement.


C'est en 1952, soit peu de temps après l'aquarelle représentant le même sujet qu'Henry Pearlman acheta La Citerne dans le par du Château Noir. Peinte vers 1900, la toile est composée d'orange chaud et de vert froid, avec de forts apports de bleus, de rouges et de jaunes. Le chromatisme est surprenant : la roche dressée au centre de la composition qui, avec du recul paraît comme une tache claire, est, quand on s'approche un festival multicolore dont les teintes juxtaposées se fondent en transitions douces et continues. Un travail sur les tonalités qui joue sur la complémentarité des couleurs d'une façon très convaincante.


La même année, le collectionneur trouva aussi ce Mont Saint Victoire vu des Lauves, pas loin du lieu où Cézanne s'était fait construire un atelier, le seul format vertical que l'on connaisse de ce motif cher à l'artiste. Ce format inhabituel donne à la composition une inclinaison inédite et le paysage y joue un rôle plus important qu'à l'ordinaire. La Montagne n'est plus qu'un fond pour une mosaïque de touches de peinture aux harmonies multiples, dessinant dans un joyeux étagement village, champs et bosquets.Et la lumière jaillit de cette symphonie de tons où les bleus profonds posent des ombres marquées.


La Vue vers la route du Tholonet est une toile inachevée, ce qui la rend encore plus émouvante et passionnante aussi. Elle révèle qu'un dessin au crayon sous-tend les huiles de l'artiste, dessin repris en coup hâtifs et pourtant précis de peintre sombre, presque noire, avant que d'être coloré parfois jusqu'à faire disparaître les contours précédents. Ici l'air est moins vif que la Sainte Victoire, il semble presque brumeux, tant les hachures juxtaposées, posées en brefs aplats, rappellent  une aquarelle, se mêlant en une impression de fondu visuel tout à fait réussi. L'exposition présente trois autres peintures du maître, un petit Portrait de son fils, esquissé mais prenant, un Baigneur vu de dos et enfin des Maisons provençales aux harmonies légères et ensoleillées.

A SUIVRE

(1) Auguste Renoir raconte qu'il n'était pas inhabituel de le trouver, vers la fin de sa vie, dans les champs des environs avec des aquarelles à la min qui semblaient pousser ça et là comme les vers oubliés d'un poète distrait.

samedi 19 juillet 2014

LA COLLECTION PEARLMAN A AIX - L'esprit d'une collection (2)


Nous sommes à la fin des années 40. Henry Pearlman se passionne toujours autant pour Soutine dont il a tenté, lors de son passage en 1948 dans le midi de la France d'identifier les sites où les paysages qu'il a acquis auraient pu avoir été réalisés. Sa passion pour le peintre russe l'amène à lire de nombreux ouvrages sur sa vie et son oeuvre et c'est ainsi, semble-t-il qu'il découvre Modigliani. C'est ainsi qu'il achète en 1949 le portrait du sculpteur russe Indenbaum réalisé par l'artiste, et, peu après, parvient à rencontrer le modèle en personne. C'est bien dire combien il aimait à découvrir les "derrières" de la toile, ses secrets, l'instant de sa conception et de sa réalisation. C'est le sculpteur; déjà âgé, qui raconte à Pearlman l'histoire de la création de la toile. C'est un soir de décembre 1916 que Modigliani, un peu éméché, propose au sculpteur dont il était l'ami, de faire son portrait. Les deux jeunes hommes faisaient partie d'un groupe de jeunes artistes, souvent juifs, et ils se voyaient d'autant plus souvent que Madame Indenbaum jouait de l'harmonium ! Modi aimait à venir l'écouter, installé sur un sofa et en buvant du thé ! Toujours est-il que le lendemain matin de ce soir d'hiver 1916, Modigliani arrive à l'heure dite chez le russe, armé de ses tubes et de ses pinceaux et prêt à peindre. Mais sans toile ! Indenbaum avait dans un coin une toile sans grand intérêt, qui n'avait pas trouvé acquéreur à une vente de charité, une nature morte, et que le peintre décida d'utiliser pour le portrait. Il travailla avec beaucoup de concentration  durant trois jours, et, quand ce dernier fut achevé, Indenbaum qui le savait sans le sou, lui proposa de l'acheter. Ce qui le peintre, fauché mais grand prince, refusa hautement, préférant l'offrir à son ami. Malheureusement le sculpteur lui-même n'était pas très argenté, et quelques temps après, aux abois, il vendit la toile pour 4 francs. Modigliani, quand il le lui avoua, ne s'en offusqua guère et promit de lui en faire un autre, promesse que sa mort soudaine ne lui permit pas de tenir.


Le portrait de Cocteau que Pearlman acheta peu après relève d'une autre logique artistique. Ce n'est plus un cadeau d'amitié mais une sorte de désir d'être présent sur la scène artistique grâce à une oeuvre majeure. On est toujours en 1916. Cocteau, de retour dès avril du front où il s'était engagé comme ambulancier, fréquente l'atelier du peintre Moïse Kisling où se retrouvent Picasso et d'autres peintres cubistes et avant-gardistes, en train, selon le peintre espagnol, de "fomenter une révolution". Et c'est alors à  une sorte de concours que, prenant l'écrivain pour modèle, se livrent Kisling et Modigliani. Dans ses deux portraits par ces artistes, Cocteau est assis sur le même fauteuil, une sorte de voltaire couvert de velours rouge. Si la mise en espace de Modigliani est nettement plus resserrée que celle de Kisling, on distigue très nettement derrière l'écrivain le cadre de la fenêtre et l'on devine la table posée entre les deux. Blaise Cendrars, et le poète Reverdy étaient également présents et ce dernier dit avoir rencontré ce jour-là Cocteau pour la première fois. 
Cocteau, vêtu avec recherche en dandy, élégant costume bleu marine, col dur, pochette et nœud papillon. Les deux toiles, quoique "parallèles" sont très dissemblables : alors que Kisling peint le poète par en-dessus, un peu perdu dans son grand atelier, Modigliani le représente en cadrage serré, et en contre-plongée, accentué sa "majesté" ou, si l'on préfère, son air hautain. Les témoins de cette scène racontèrent que Cocteau babillait, et que personne ne l'écoutait trop, tant ses propos étaient suffisants et sans grand intérêt. Reverdy dit que sa voix était aussi forte que la pluie qui frappait le carreau ! Il semble que le dandy fut quelque peu vexé de la bosse proéminente dont Modigliani affligea son nez, et n'aima guère ce portrait qu'il acheta, certes, mais auquel il renonça. Il faut dire que l'oeuvre est sans concession et qu'on y lit, avec limpidité, l'élégante fatuité et l'exaspérante vanité du modèle. Cocteau déclara tout de go que cette toile était plus un Modigliani que son portrait, selon lui, bien peu ressemblant.


C'est en 1950 que notre collectionneur acheta ce Van Gogh, une des toiles les plus prestigieuses de sa collection auprès d'un marchand sud-américain. Il offrit plusieurs peintures et une énorme somme d'argent pour se procurer cette Diligence de Tarascon, une oeuvre dont la localisation était inconnue au moment de la rédaction du catalogue raisonné et miraculeusement retrouvée chez les héritiers de Milo Beretta. Ce fut le dernier Van Gogh "retrouvé" avant longtemps (1) ! Il écrivit immédiatement au neveu du peintre pour lui faire part de son acquisition et lui demander son avis sur les meilleures conditions de conservation.


La toile, malgré sa réapparition tardive, semble parfaitement authentique.  Dans une lettre à Théo, Vincent écrit, le 13 octobre 1888 "As-tu déjà relu les Tartarin (2)... te rappelles-tu ... la complainte de la vieille diligence de Tarascon... Eh bien, je viens de la peindre cette voiture rouge et verte dans la cour de l'auberge. Ce croquis hâtif t'en donne la composition. Avant-plan simple de sable gris. Fond aussi très simple, murailles roses et jaunes avec fenêtres à persiennes vertes, coin de ciel bleu. Les deux voitures très colorées, vert, rouge, roues jaunes, noir, bleu, orangé... Les voitures sont peintes à la Monticelli, avec des empâtements. 


Peut-être le tableau auquel fait allusion Van Gogh : la critique n'est pas unanime sur ce point.

Tu avais dans le temps un bien beau Claude Monet représentant 4 barques colorées sur une plage. Eh bien c'est ici des voitures mais la composition est dans le même genre". On reconnait ici la modestie et le doute permanent de l'artiste : "à la Monticelli, selon une composition à la Monet"... il ne se prend pas pour le plus grand, il admire ses confrères !!


La voiture, garée dans la cour sablonneuse de l'Auberge de la Poste, au 7 rue du Marché Neuf, est peinte en vert, avec un bandeau rouge qui indique sa destination : "Service de Tarascon". L'autre voiture, plus petite, qui se trouve derrière, est certainement une chaise de poste. D'après les ombres et les persiennes closes, on est sans doute en début d'après-midi, c'est l'heure de la sieste et tout est désert.


Contrairement à d'autres toiles de l'artiste comportant aussi des véhicules à chevaux faisant partie du décor (comme Les Roulottes, campement de bohémiens aux environs d'Arles), celle-ci met les voitures en valeur, en faisant presque leur "portrait" : on a l'impression que les deux chariots sont en train de bavarder! La peinture est posée en couches épaisses et grasses : de petites taches courtes qui évoquent la texture du sable ou le crépi irrégulier du mur de l'auberge, ailleurs, pour les plis lourds de la bâche  de la chaise de poste du fond, ce sont des trait plus larges et longs, pour la diligence, la texture est plus lisse, évoquant la peinture laquée des véhicules.


Cette figure nostalgique qui dépeint des des pratiques en train de disparaître était bien dans la manière de Van Gogh : comme les métiers à tisser qu'il avait peint en 1884, ou les barques de pêcheurs de bois qu'il peignit aux Saintes Maries de la mer, la même année. Alors qu'il aimait aussi à représenter les signes de la modernité, comme le Pont de Trinquetaille représentant un pont de fer construit en 1875, ou un Viaduc qui montrait le train passant au-dessus de l'avenue de Montmajour, il lui plaisait parfois de parler d'un passé qui s'enfuyait. Ces deux vieilles dames évoquant pendant la pause, on ne peut en douter, leurs souvenirs d'antan, ces "pataches vertes aux dures roues de bois jaune (3)" furent d'abord offertes par Père Tanguy à  un sculpteur italien, Medardo Rosso qui les prêta pour la première exposition Van Gogh organisée par Vollard en 1895 à Paris. Puis il le donna à son élève Milo Beretta qui l'emporta en Argentine. C'est là que Pearlman le retrouva auprès d'une marchande d'art qui l'avait acquis des héritiers de Beretta.


En novembre de cette même année 1950, Pearlman acheta sa première oeuvre de Paul Cézanne, une aquarelle intitulée La Citerne du Parc de Château Noir, et ce fut le début de sa passion pour Cézanne

A SUIVRE
LA COLLECTION PEARLMAN A AIX : Une passion pour Cézanne (3) 
LA COLLECTION PEARLMAN A AIX : Une curiosité (4)


(1) Le dernier en date l'aurait été par le fisc espagnol en mai 2014 !! Le précédent sortit d'un grenier en 2013.
(2) Publié en 1872, soit seize ans avant le séjour de Van Gogh à Arles. En 1888 ce type de transport était encore plus un anachronisme que lorsque Daudet le décrivit et ne servait plus que pour desservir les petits villages qui n'étaient pas sur la ligne de chemin de fer.
(3) Selon Thadée Natanson dans la Revue Blanche du 15 juin 1895

jeudi 17 juillet 2014

LA COLLECTION PEARLMAN A AIX - Les débuts d'une collection (1)


Sous-titrée, il faut bien "vendre", Cézanne et la modernité, cette exposition qui se tient au musée Granet d'Aix en Provence, dure jusqu'au 5 octobre et mérite, autant pour Pearlman que pour Cézanne, la visite. Car s'il est vrai qu'elle présente, dans la ville du peintre qui, par ailleurs, ne possède aucune oeuvre de lui, 6 peintures du maître et une très belle collection d'aquarelles aux couleurs d'une fraîcheur idéale, la visite vaut, à mon sens, pour la mise en perspective de la personnalité d'Henry Pearlman, le self-made man américain, passionné et débonnaire qui constitua entre 1945 et sa mort en 1974, la collection que nous avons la chance d'admirer à Aix. Prêtée par le Princeton University Art Museum qui l'héberge en temps normal,  la collection est d'abord passée à l'Ashmolean Musean d'Oxford (Grande-Bretagne) au printemps 2014, car la politique de la Fondation qui la détient est de la faire connaitre au plus grand nombre, selon le souhait du collectionneur lui-même. Le choix d'Aix pour accueillir ces oeuvres est, lui aussi, bien dans l'esprit de Pearlman, qui, non content d'admirer Cézanne aimait à s'imprégner des lieux où le maître avait peint. De son vivant, Aix boudait Cézanne, et le conservateur du musée Granet s'opposa même à ce qu'une de ses toiles y fut accrochée.

Les autoportraits sont rares dans l'oeuvre de Soutine (il n'en a réalisé que 3) et celui-ci révèle avec force comment l'artiste désirait être vu à l'âge de 25 ans. L'artiste, installé de façon frontale, plonge hardiment son regard dans celui du spectateur. Son maintien est fier et sa mise "bourgeoise". Pourtant, sur la gauche, une toile énigmatique, déclare son statut de peintre, offrant semble-t-il un autre autoportrait ! Une palette de couleurs vives, dominée par des bleus, des jaunes et des teintes orangées, vient contredire la volonté de "respectabilité" affichée dans cette toile.

Quand l'américain commença sa collection, par l'achat lors d'une vente aux enchères en 1945 d'un Soutine (il faut dire qu'il avait des ascendants slaves),  il ressentit le besoin d'aller voir sur place les lieux de réalisation des toiles acquises. C'est ainsi qu'en 1948, il vint à Céret, pour identifier les motifs des paysages peints par le russe. Ce dernier était mort en 1943, et une vague d'expositions hommages avait sans doute attiré l'attention du collectionneur et guidé sa première acquisition d'importance.
Sur les 7 toiles de Soutine que possède la collection Pearlman, 3 sont des paysages (Le Chemin de la fontaine des Tins à Céret, vers 1920, Vue de Céret, 1921-22 et Le clocher de l'église Saint Pierre à Céret, vers 1922), trois sont des études de figures (un extraordinaire Autoportrait de 1918, un portrait de jeune garçon de 1925, dit le Choriste, et l'impressionnant Portrait de femme de 1929) et la dernière est une nature morte typique du peintre, La Dinde pendue, aux larges ailes luisantes et noires, qui date de 1925.

La bestiole est plumée, pour être vendue sans doute, et pendue la tête en bas. Mais ce qui est admirable et spectaculaire au sens fort du terme, qui se donne à voir, dans cette toile, ce sont les larges ailes noires qui se déploient de part et d'autre du corps dénudé, accentuant par leur teinte profonde la couleur orangée de la volaille à l'étal. En bas, la tête est juste suggérée par une crête d'un rouge vif, presque sanglant, qui donne à la composition une violence inattendue.

Henry Pearlman, né à New York en 1895, était le fils d'immigrés russes installés dans le Lower East Side. Son père, contremaitre dans une imprimerie, lui permis de fréquenter l'école publique ce qui lui permit, après des études secondaires de devenir secrétaire d'une entreprise qui importait du liège pour l'utiliser comme matériau isolant. Entreprenant et vif, le jeune homme prend vite des galons et même, en 1919, décide de voler de ses propres ailes. Il a seulement 24 ans lorsqu'il crée sa propre entreprise qui produit et installe des isolants pour chambres froides. Ce qui lui permettra rapidement de se constituer une clientèle dans le secteur de la réfrigération maritime, secteur particulièrement porteur durant la seconde Guerre mondiale, ce qui assurera son aisance future. Il achète à cette époque quelques œuvres de primitifs italiens et autres peintures françaises ou américaines, mais ne se considère pas encore comme un collectionneur, faisant dater le début de sa passion de ce fameux achat de janvier 1945.


C'est aussi cette année-là qu'il achète "l’inoubliable (1)" portrait de jeune femme par Courbet. On a pensé longtemps, sans qu'aucune preuve puisse en être apporté qu'il s'agirait d'un portrait de la soeur de l'artiste, Zoé, âgée d'une vingtaine d'année au moment de sa réalisation. La force de cette esquisse tient sans doute à la façon dont la tête surgit du fond obscur et les forts contrastes du visage, entre ombre et lumière, qui trahissent la fascination de Courbet pour Rembrandt à l'époque où il réalisa cette toile. Cette moue boudeuse et cette lumière qui ricoche sur les joues de la jeune fille rendent en effet ce portrait très frappant.
Le rythme des affaires se ralentit avec la fin du conflit et Henry peut consacrer plus de temps à ce qui est en train de devenir sa passion.


En 1948 donc, il décide de s'offrir un petit tour d'Europe qui passe par l'Angleterre, la France, l'Italie et la Suisse. Introduit auprès des galeries d'art les plus en vue, il rencontre Oskar Kokoschka à Londres et lui commande son portrait. L'oeuvre, qui ouvre l'exposition, est le fruit de 14 séances de pose amicales et détendues et il en résulte une toile lumineuse, d'une verve tout à fait inhabituelle sous le pinceau de l'autrichien tourmenté. Le modèle est détendu, les mains posées sur les accoudoirs d'un fauteuil invisible, grosses paluches sagement au repos et patientes ! Les yeux bleus, très clairs, d'Henry Pearlman, reflètent une lumière printanière et animent le visage rond du commanditaire. Tout respire ici la confiance et le bien-être : on imagine volontiers la conversation décontractée entre les deux hommes. A l'air heureux de l'américain on devine qu'il évoque pour le peintre ses filles, Marge et Dorothy, représentées à l'arrière de la scène, en train de s'ébattre auprès d'un plan d'eau et de jouer avec une barque et un filet, sans doute en vue d'une joyeuse pêche. Les lettres que les deux hommes échangèrent par la suite prouvent que naquit entre eux, à l'occasion de ces séances de pose, une chaleureuse amitié qui dura longtemps. On pourrait imaginer que se faire portraiturer est preuve de vanité, mais on sait que Pearlman commanda ce tableau plus pour aider l'artiste (il le lui acheta et envoya même à son frère et à sa soeur, restés derrière le rideau de fer, des colis de nourriture) et lui donna comme titre, modestement Portrait d'un collectionneur. L'américain reçut fort amicalement le peintre chez lui lorsque ce dernier vint à New York,, et la seule ombre à leur amitié était l'admiration que Pearlman portait à Soutine dont Kokoschka enviait la popularité aux Etats Unis et qu'il n'aimait guère !
Voici donc posé le portrait de celui dont nous allons, dans un prochain article, découvrir plus avant les goûts.

(1) Selon le poète John Ashbery qui, lors d'un compte-rendu de visite de la collection Pearlman en 1974 écrivit "Le portrait de sa soeur par Courbet est une oeuvre mineure, sans doute, qui parait une esquisse à l'huile, et pourtant il est inoubliable, il nous renvoie une décharge électrique spirituelle".

A SUIVRE
Voir aussi
LA COLLECTION PEARLMAN A AIX - L'esprit d'une collection (2) 
LA COLLECTION PEARLMAN A AIX : Une passion pour Cézanne (3) 
LA COLLECTION PEARLMAN A AIX : Une curiosité (4)

mardi 15 juillet 2014

TRILOGIE AIXOISE, ACTE III - ARIODANTE


A Aix où, sans doute grâce aux inquiétudes provoquées par les mouvements des intermittents, nous avons cette année pu voir trois opéras. Après avoir commencé par le meilleur (voir l'article fort bref, mais très enthousiaste sur la Flûte), nous avons malheureusement terminé par ce qui nous le moins plu... Était-ce la fatigue ou la qualité réelle des spectacles ? En tout cas les faits sont là, le dernier opéra que nous avons vu est celui qui nous a le plus déçus.
Au départ d'Ariodante, il y eut un autre livret, Ginevra, Principessa di Scozia d'Antonio Salvi, écrit pour un opéra de Giacomo Antonio Perti en 1708, lui-même inspiré des chants 5 et 6 de l’Orlando Furioso de l'Arioste. La vaste épopée de chevalerie médiévale de l'italien de la Renaissance avait, depuis le XVIIe siècle, la faveur de tous les librettistes de renom, et le public du XVIIIe appréciait encore beaucoup les aventures épiques de cette grande fresque dont le nombre impressionnant de personnages offrait aux gens de scène moult aménagements divertissants et émouvants. L'histoire adaptée par un anonyme pour le grand compositeur allemand (ou anglais si vous préférez !!) est, comme il se doit, compliquée, simplette et fort manichéenne.


Le vieux roi d'Écosse, touché par l'amour du chevalier Ariodante pour sa fille Ginevra, offre au jeune héros et sa fille et sa couronne. C'est plus que ne peut en supporter le duc d'Abany, Polinesso, qui ourdit une sombre machination pour ruiner le mariage de son rival. Son stratagème réussit, précipite chacun au bord du suicide ou de la folie, avant que la vérité n'éclate, que le traître soit châtié, et que tout rentre dans l'ordre. En sus du roi d'Écosse, pivot décideur de l'intrigue, parfois bien perturbé le pauvre, cinq personnages principaux liés par la traditionnelle chaîne passionnelle : Lurcanio aime Dalinda, qui aime Polinesso qui aime Ginevra, qui aime Ariodante. Car au récit principal s'ajoutent la suivante de Ginevra, Dalinda, et Lurcanio, le frère d'Ariodante. Avec un tel imbroglio Haendel s'est éclaté : et l'affaire était d'importance, voire politique. En effet, depuis 1729, le compositeur et son impresario avaient obtenu du nouveau roi, Georges II, l'usage du King's Theatre pour une durée de 5 ans. Tout semblait donc aller pour le mieux pour sa carrière. Or, une troupe rivale, soutenue par le nouveau Prince de Galles, Frédéric, revenu à Londres en 1728 et manifestant une constante opposition politique à son père régnant, venait de voir le jour. L'Opera of the Nobility qui avait donc les faveurs des opposants à la cour, avait pour compositeur attitré Nicola Porpora, et  l'on s'y battait à coups d'opéras. Le jeune et fougueux Frédéric de Galles y avait, de plus, attiré tous les chanteurs auparavant dévoués à Haendel. Et summum de la réussite, l'Opéra de la Noblesse s'était assuré le concours de Carlo Boschi, autant dire le très en vogue castrat surnommé Farinelli. Il fallait lutter ferme pour défendre les couleurs royales et s'assurer à la scène le succès qui s'imposait quand on avait la charge de représenter Georges II d'un point de vue artistique ! C'est dans cette ambiance quelque peu électrique qu'Haendel conçu, écrivit et monta ce nouvel opéra. Représenté 11 fois seulement entre le 8 janvier et le 3 mars 1735, l'oeuvre n'eut pas le succès escompté malgré la présence d'une troupe de danseurs, venus tout spécialement de Paris, mais dont la tenue légère choqua fort les spectateurs britanniques. Tant et si bien que, lors de l'unique reprise de l'opéra un an plus tard, le compositeur supprima carrément les ballets dans l'esprit de Rameau qui émaillaient la partition, à la fin de chaque acte. Il fallut attendre 1928 pour que l'oeuvre fut de nouveau montée, et encore rarement, et la reprise d'Aix n'en était que plus exceptionnelle.


Mais, las ... malgré quelques voix tout à fait convenables (je pense en particulier à David Portillo, le ténor qui interprète Lurcanio, ou à Sandrine Piau qui se tire plutôt bien du rôle de Ginevra) l'ensemble vocal était, à mon goût, de qualité, mais fort peu adapté à la partition et, surtout, au lieu. La cour de l’Archevêché, en plein air, battue par le vent, agrémentée par quelques bruits parasites, est très ingrate, et il y faut, pour être convainquant, une puissance qui manquait singulièrement à Sarah Connoly (Ariodante), très raffinée, très élégante mais ne remplissant pas assez l'espace sonore ! Elle tenait tout de même le rôle titre ... Patricia Petibon, quant à elle, avait plus d'ampleur, mais, malheureusement, parfois au détriment de la justesse de ses envolées finales. Rien de dramatique au demeurant, mais l'on se prenait à rêver d'une distribution plus brillante, pour servir une partition qui, composée essentiellement d'airs virtuoses, nous est connue chantée par les plus grands.
Les opéras de Haendel furent tous écrits pour des chanteurs bien précis, et, si l'on y pense, il est naturel que les voix d'aujourd'hui ne soient pas forcément adaptées aux rôles : témoin le fait que le compositeur, n'obtenant pas pour les rôles les chanteurs prévus modifia, pour la création, les partitions initiales. Rien d'étonnant alors que les tessitures modernes soient parfois défaillantes ou trop justes. Un opéra de Haendel aujourd'hui se monte en proposant le rôle à divers artistes, qui, même s'ils ne doivent pas s'y sentir parfaitement à l'aise, sont trop heureux de paraître sur la scène de l’Archevêché et promettent, forcément, beaucoup plus qu'ils ne peuvent finalement tenir.
L'orchestre, quant à lui, était excellent mais la direction, certes très propre, d'Anton Marcon, nous a semblé, le lendemain de celle tellement inspirée de Minkowski, un peu planplan, manquant de souffle. Rien de grave là non plus, et ma mauvaise humeur à propos d'Ariodante concerne essentiellement la mise en scène, très appréciée de la critique, qui m'a, quant à moi, carrément horripilée !

Le décor, faussement rustique d'une chaumine écossaise d'un goût douteux, constitue le cadre unique de l'action. Fleurettes sur les murs, fausse pierre dans la cuisine, vilaines photos en noir et blanc autour du dressoir, longue table de chêne autour de laquelle le metteur en scène fait défiler, sans imagination, chanteurs et danseurs, comme à la parade et toujours de la même façon, ce décor campagnard de pacotille qui a tant ému, par sa "modernité" les critiques, m'a tout simplement rebutée. Mais passe encore. Richard Jones a ensuite décidé d'accoutrer ses protagonistes, en particulier les chanteurs et danseurs, de vieilles fringues trop étroites, tout droit sorties d'Emmaüs, vilains pulls en jacquard, marinières raidichonnes, pantalons trop courts et tablier à carreaux. Ce look années 50 faisait par trop misérabiliste.


Ce sont surtout les "heureuses distances avec cet imbroglio baroque" prises par le metteur en scène qui m'ont "gonflée". "Il a fait avant tout d'Ariodante le drame d'une famille d'aujourd'hui, une tragédie domestique de l'aveuglement et des bonnes consciences impulsives". Ben voyons !! Il nous assène donc de la guimauve de bon aloi, puis déguisant le duc d'Abany, Polinesso, en un hypocrite ecclésiastique dissimulant un loubard impudique et brutal qui viole, ment, humilie, il nous persuade que tous les traits immondes du personnage ne peuvent être compris qu'à travers son habit d'homme d'église. Un peu facile, non ?? Et, entre prêchis-prêchas rajoutés à l'aide de banderolles extraites de la Bible, col romain trop vite dégrafé et interminable scène de viol, vrai catalogue des différentes humiliations qu'on peut faire subir à une femme, nous nous voyons imposer la vision calamiteuse de ce scénariste un peu trop sûr de lui. L'idée d'avoir remplacé les ballets par des manipulations de marionnettes est, en soi, plutôt bonne (et en plus, ce sont les choristes qui les meuvent, ce qui, en soi, doit constituer une économie non négligeable !). Mais quand à la fin du second acte, en une "magnifique intuition" (toujours Télérama) il transforme cette pauvre Ginevra en pute d'autoroute, on se sent bien loin de la magie de l'Orlando Furioso ! Du coup, il faut bien l'avouer, nous n'avons guère eu envie d'affronter le troisième Acte : "Au moment du « lieto fine », réjouissance finale de rigueur dans l'opéra séria, (Ginevra) laisse les autres, y compris Ariodante, se rassurer à peu de frais. A leur insu, elle boucle sa valise, enfile un manteau, s'extrait du décor pour venir, devant la rampe, faire du stop, telle une prostituée de grand chemin — et telle que ses proches, à la fin du deuxième acte, l'avaient stigmatisée en effigie. La Ginevra de Haendel rejoignant la Lulu d'Alban Berg : magnifique intuition de metteur en scène ! ".


Et si l'on en juge par le nombre de gens qui, comme nous, n'ont pas demandé de ticket pour sortir, et qui se pressaient vers les parkings, nous ne sommes sans doute pas les seuls à avoir trouvé, quoiqu'en dise une critique extatique, la mise de Richard Jones ennuyeuse, voire inadaptée ou carrément pénible. Ce qui m'a, je l'avoue, le plus déplu est cette espèce de prétention qui sous-tend une mise en scène de cet acabit : prétendant que les mises en scène respectant l'ambiance suggérée par le livret ne peuvent donner le frisson à un public moderne, il a eu l'ambition de nous présenter "un drame psychologique qui (nous) tienne en haleine", en renonçant au décorum chevaleresque ce qui, selon lui, lui permettait de "gagner en crédibilité et en implication du public". Très fier d'avoir fait de Polinesso "une sorte de prédicateur qui a beaucoup d'influence sur la vie sprirituelle de l'île et qui, à la Jekyll & Hyde s'engage clairement dans la part du diable", il déclare en avoir fait un "chrétien-libre penseur qui visite l'île et qui, doté d'une intelligence supérieure, vient sans doute d'une grande ville (ben voyons !!) et tente une expérience sur un groupe de gens assez naïfs (forcément !!). Il se montre très misogyne... ce qui explique son plaisir à détruire Ginevra".


Alter proposait une mise en scène entièrement basée sur de vraies marionnettes siciliennes, grandeur nature et maniées depuis les cintres, doublées par les chanteurs, soit dans la même tenue, soit au contraire dans un costume entièrement noir et restant statiques auprès de leurs doubles évoluant au gré de l'action : je me demande si on ne devrait pas lui confier le prochain Ariodante !

lundi 14 juillet 2014

TRILOGIE AIXOISE, ACTE II - IL TURCO IN ITALIA


Aller voir un Rossini, c'est souvent la promesse d'une soirée joyeuse, enlevée et forcément colorée. La dernière version aixoise du Turc en Italie n'a pas dérogé à la règle et nous a, en tant que telle, enchantés. Comme dans tout bon opéra bouffe, le livret est décousu, l'action trépidante mais plutôt incohérente, et il s'agit plus pour le compositeur de mettre des voix en valeur que de faire progresser une intrigue qui a tendance à aller dans tous les sens, sans grande logique. Il Turco ne faillit pas à la règle et les rebondissements sont si invraisemblables qu'on se demande à certains moments si l'on est toujours dans la même "pièce".
D'après le site du Festival, cela donne à peu près cela :
"Par un soleil radieux d’opéra bouffe, voici qu’un prince turc bien fait de sa personne et pourvu d’une agile voix de basse débarque sur la côte napolitaine en quête d’aventures féminines. Il ne tarde guère à rencontrer une pétulante Italienne, soprano aussi coquette que virtuose, habituée à papillonner auprès de ses admirateurs au grand dam de son vieux mari. Tout ce petit monde se désire, se jalouse et se dispute sous les yeux du poète Prosdocimo et pour son plus grand bonheur. Car cet auteur en quête de personnages cherchait précisément l’inspiration pour une pièce à écrire. Il ira jusqu’à influer sur les actions de ces figures tragi-comiques, donnant une dimension quasi pirandellienne à l’opéra le plus fou mais aussi le plus délicat de Gioacchino Rossini."


Photo Arte
Pour Pirandello, on repassera, sauf à vouloir que Rossini donne dans l'introspection et la réflexion sur le paradoxe et l'absurdité de la vie ! Mais l'idée, lancée à propos de la mise en scène qui valorise les rapports du poète avec ses personnages, a fait florès dans la critique, qui reprend l'argument en boucle, sans grand discernement à mon sens. Par contre l'idée de faire tirer les ficelles de cet épisode échevelé par un poète farfelu, qui ne sait pas trop bien où il veut en venir, est particulièrement réjouissante et, finalement, gomme bien les extravagances de l'histoire. De burlesque le livret se teinte d'une analyse assez fine de l'inconstance amoureuse et des revirements de cœur entre hommes et femmes. Christopher Alden, le metteur en scène, a accentué ce côté "work in progress" en transformant Prosdocimo en un écrivain tourmenté par l'inspiration qui semble le fuir et tapant, sur une vraie machine à écrire qui, clic, clac et reclic, rythme parfois la partition, le texte de l'intrigue qu'il soumet, au fur et à mesure, à ses personnages. 



Le décor, une sorte de hall d'attente aux néons blafards, transformé au gré des scènes en salle d'auberge aux toiles cirées ringardes, ou en coulisses de théâtre aux portants multicolores, n'est pas d'une grande beauté mais s'accorde assez bien au propos et au format de l'Archevêché. 
Même si certains choix de mise en scène m'ont semblé contestables (comme le parti, qui finit par confiner au tic visuel, de faire de l'amoureux transi un benêt tirant sur le débile léger, presque contrefait, qui se traîne sans cesse par terre, au point qu'on a du mal à savoir qui chante, alors que l'américain Lawrence Browlee est un superbe ténor rossinien) l'ensemble de la création scénique est assez réussi. Certaines trouvailles, comme les rondes un peu guindées de bohémiennes ou les trébuchements inesthétiques des chœurs d'hommes déguisés en femmes et juchés sur des talons qu'ils ne maîtrisent pas tous très bien, alourdissent un peu le propos. Pourtant, les changements à vue de Fiorella qui nous la joue sur toutes les gammes, de la brune piquante, à la blonde évaporée en passant par la rousse enjôleuse, les angoisses de créateur du poète et les coups de sang du mari bafoué sont plutôt drôles.


Mais surtout, la "machinerie musicale" de Rossini séduit et enchante, car le plateau vocal est exceptionnel. La soprano Olga Peretyatko réussit à merveille dans son rôle d'épouse volage et sensuelle : elle manie la virtuosité, crescendos vertigineux et airs acrobatiques avec une aisance rare et ajoute à ses talents vocaux un excellent jeu d'actrice, d'autant plus convaincante qu'elle est belle comme un colibri !! Le vieux mari jaloux, barbon et cocu, est joué avec beaucoup de finesse par Alessandro Corbelli, un rôle de buffo ici plutôt attendrissant et chanté avec une vraie aisance. Le Turc, le magnifique basse Adrian Sampetrean, tient sa partie avec brio et les rôles secondaires ne déméritent jamais. J'ai enfin trouvé que le public ne rendait pas le juste hommage au remarquable baryton Pietro Spagnoli, sobre quoique drôle et surtout très à l'aise dans son rôle. 
Après une annulation pour cause d'agitation intermittente, assaisonnée de quelques démêlés bien sentis de la soprano Peretyatko avec les grévistes, et un repli du spectacle en version semi-scénique, dans une salle couverte, pour cause d'intempéries, notre soirée du 9 juillet était la première de l'opéra, et la troupe était manifestement ravie de pouvoir, enfin, se donner à fond ! Pour notre plus grand plaisir.

VOIR AUSSI
Ariodante

dimanche 13 juillet 2014

AVIGNON OFF 2014 : BILAN

Pour en finir avec le Off 2014, un Off d'autant plus atypique qu'à une fréquentation exceptionnellement faible, s'est ajouté un temps d'une délicieuse fraîcheur, tout à fait bienvenu pour des festivaliers assidus, voici le tableau récapitulatif de nos impressions et avis définitifs. Fort proches comme toujours, bien que nous n'ayons en aucun cas triché !
Très peu de monde durant cette première semaine avignonaise en effet, car les spectateurs habituels, rendus inquiets par nombre de spectacles annulés et autres agitations intempestives autant que bruyantes, ont préféré annuler leur séjour, le repousser, voire le remettre à l'année prochaine. Tant et si bien que nous avons, par exemple, trouvé à Aix des places de dernière minute, bon marché et pour tous les opéras : chose d'autant plus incroyable que toutes les réservations se bouclent d'ordinaire dès l'ouverture de la vente des places. Mais les vuvuzelas et autres sirènes déployées durant la première d'Ariodante, l'annulation de la première du Prince de Hombourg, et celles du 12 juillet, alliés à un temps tellement incertain que certains concerts de l’Archevêché ont dû être réalisés en intérieur et en version simplifiée, avaient de quoi effrayer les touristes venant exprès pour cela. 


En fait, nous n'avons ressenti aucune gêne dans le Off, pas plus d'ailleurs qu'à Aix. Au début des opéras ou à la fin de chaque pièce, nous avions un message de solidarité, et surtout, surtout, de vibrants remerciements d'être venus, d'être là et de faire vivre le spectacle par notre présence confiante et bienveillante. Malheureusement toutes ces troupes, qui travaillent depuis des mois, voire des années (Les Coquelicots des tranchées par exemple a demandé deux ans pour être monté) pour monter leur pièce, et qui, surtout, vendent à Avignon le spectacle pour les années à venir, enregistrent des manque à gagner impressionnants qui risquent de mettre en péril la survie de nombre d'entre elles. Je ne sais comment il faut prendre position dans cette triste histoire d'intermittence, mais ce que je vois, c'est que le monde de la culture fonctionne grâce aux "consommateurs" de spectacles que nous sommes, et que le meilleur moyen, à mon sens, de leur prouver notre "solidarité" était de venir. Et je crains fort que nombre de troupes ne se relèvent pas de ce cru 2014, perturbé et mouillé !!


Une idée ?? Il faudrait multiplier les associations de spectateurs, comme celle de la Comédie de Saint Etienne dont nous avons rencontré le président : il nous disait que son objectif est de soutenir le théâtre, de suivre les troupes et les artistes, d'accompagner l'école de futurs comédiens et surtout, d'entretenir une tradition, forte à Saint Etienne, de fréquentation des saisons artistiques, de promouvoir le théâtre et de cultiver l'envie et l'amour du spectacle auprès des spectateurs,. Car ce sont eux, avant tout, qui font vivre le théâtre, et justifient les dépenses culturelles par la collectivité. Cette association, comme il devrait y en avoir partout, n'a malheureusement ni site ni contact internet. 
VOIR AUSSI

vendredi 11 juillet 2014

AVIGNON OFF 2014 (5)


Résumé du spectacle 
Dorante et Angélique se sont rencontrés par la complicité de Lisette. Ils s’aiment mais Dorante n’a pas de bien et leur amour est suspendu au choix de Madame Argante, mère d’Angélique, qui envisage un autre prétendant, Ergaste, pour sa fille. Un paysan peu scrupuleux, Lubin, va profiter de cette situation pour semer les indiscrétions. Mme Argante, voulant contrôler la situation, propose à sa fille d’être sa confidente…Troubles, retournements de situation, confessions et quiproquos font de cette pièce peu connue de Marivaux, un enchantement de drôleries et de finesses. Xavier Lemaire signe une mise en scène pleine d’astuces, où le jeu des comédiens est un feu d’artifice qui vous fera passer une grande après-midi pour le festival Off 2014 ! 
Interprètes / Intervenants 
Interprète(s) : Marie Delaroche, Alice Allwright, Marc Siemiatycki, Franck Jazédé, Paul-Alexandre Grenier, Nassima Benchicou Musique : Xavier Jaillard Lumières : Didier Brun Décors / Costumes : Caroline Mexme Assistant mise en scène : Marc Siemiatycki Régie : Rodrigue Louisar Metteur en scène : Xavier Lemaire FAM Prod

Mon avis ♥ ♥ ♥ ♥
Tiens, tiens !! Un Marivaux que nous n'avions jamais vu... avec une mise en scène de Xavier Lemaire, on ne pouvait qu'assurer. Et, de fait, ce spectacle a été à la hauteur de nos espoirs : admirablement joué, par tous les acteurs, très bien mis en espace, sans un temps mort et pourtant sans essoufflement, ce fut une de nos meilleures pièces. En prime, ce n'est pas si fréquent à Avignon où les troupes ont peu de temps pour s'installer, le décor est ravissant, ingénieux et très opportun. Je regrette de n'avoir point osé prendre de photo. Que demander de plus ? Il faut y aller sans faute, sous peine de se priver d'un bel et bon moment de théâtre. Un Marivaux qui marivaude moins que souvent, plus grave, très fin et psychologiquement fort intéressant.




Résumé du spectacle
Léopold Kopriva, double imaginaire de Havel, vit cloîtré dans l’attente de ceux qui l'emmèneront " là-bas ". "Ils " lui font alors une proposition : Léopold n'a qu'à déclarer que son livre qui a déplu aux autorités a été écrit par un autre pour bénéficier d'un non-lieu. Peut-il, pour sauver sa peau, prétendre qu'il n'est pas lui ? On retrouve dans cette comédie de l’Est aussi bien l'angoisse kafkaïenne d'un monde qui a perdu son âme que le regard truculent de Havel sur les turpitudes du quotidien.

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Henri Vatin, Lina Cespedes, Yan Brailowsky, Zachary Lebourg, Anne Sophie Pathé, Marc Enche, Elise Pradinas
Metteur en scène : Nikson Pitaqaj
Création lumières : Piotr Ninkov
Décor : Sokol Prishtina
Costumes : Drita Noli Compagnie Libre d'Esprit
La Cie Libre d’Esprit est en résidence au Théâtre de l’Épée de Bois-Cartoucherie et au Théâtre du Grenier à Bougival. Elle a été soutenue par le CG des Yvelines, CG de Seine Saint-Denis, ARCADI, la SPEDIDAM et ADAMI.

Mon avis ♥ ♥
Le texte est superbe et prenant à souhait. L'absurdité s'y mêle à l'angoisse avec le style propre à Havel, et l'ambiance est d'autant plus convaincante que le propos, manifestement, est autobiographique. Ce qui est particulièrement intéressant ici est qu'à la pression politique, angoissante et aveugle, s'ajoute la pression des amis et admirateurs de l'auteur, qui pèse encore plus lourd sur son mental. L'état d'esprit de Léopold est rendu par la répétition constante du dialogue et de l'action tout au long de la pièce, créant un effet circulaire en «tourbillon» obsessionnel.
Pourtant, je n'ai mis que deux cœurs car, à part l'acteur principal jouant Léopold, la troupe m'a semblé peu convaincante et certains acteurs étaient maladroits, voire pas tout à fait dans le ton. Quant à la mise en scène, elle n'était pas très imaginative, mais sans que cela soit gênant : juste un peu trop statique. Ce qui ne doit nullement décourager d'aller entendre ce texte très abouti de Havel, d'autant que, c'est certain, tous vont se roder rapidement.






Résumé du spectacle
La guerre de 100 ans sévit jusqu'au petit village de Domrémy. Dans sa prière, Jeannette adjure le ciel de faire cesser misère et souffrance. Son amie Hauviette l’incite à la confiance : la vie se charge elle-même d’apporter ses consolations. « Laissons venir la volonté de Dieu », proclame Gervaise, la religieuse. Mais Jeanne est habitée d’une autre voix: on ne peut pas accepter l’inacceptable. Trois personnages pour incarner trois façons de se confronter au mal et aux malheurs du monde. Six siècles plus tard, l’Histoire vient encore nous chercher avec la même question : en quoi suis-je personnellement concerné par le sort du monde ?

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Maud Imbert, Florence Tosi, Pauline Mandroux
Production : Danièle Léon
Diffusion : Hoël Le Corre
Régisseur : Gillian Duda
Mise en scène : Jean-Luc Jeener Video : Brice Berrier
Compagnie Théâtre Atelier du Verbe / Coréalisation : Verbe Fou

Mon avis ♥ ♥ ♥
Encore un texte qui peut, à première vue, semble difficile. Même si la mise en scène n'a utilisé, paraît-il, que 10% de l'écrit de Péguy, l'ensemble reste fidèle à l'esprit de l'auteur et ce Mystère, au sens médiéval du terme, est une superbe et pourtant fort accessible méditation sur les mystères, au sens théologique, de l'Incarnation, de la Rédemption et des vertus théologales. Cette œuvre théâtrale et poétique fait écho à la crise spirituelle de l'auteur, et le texte, empreint de lyrisme et de simplicité, est d'une force poétique impressionnante. Le texte, sans être à proprement parlé une pièce, a cependant été écrit en vue d'être déclamé et écouté, plus que d'être lu. 
La version raccourcie mais sans trahison que nous en offre cette troupe est parfaite de lisibilité et de luminosité. Il faut dire qu'elle est servie par une actrice remarquable, Maud Imbert, qui tient la scène et nous captive de bout en bout. Sa compagne, Hauviette, est aussi très convaincante. Une très belle réalisation qui mérite absolument d'être soutenue. Car, vous l'imaginez, les spectateurs n'y sont pas très nombreux. A tort !




Résumé du spectacle
"Tant que subsiste la mémoire des faits, il ne peut y avoir de pardon." (Zweig) Que se passe-t-il quand une victime reconnaît son bourreau? Inversera-t-elle les rôles? Qui peut séparer nettement le bien du mal? La vérité est dans les nuances? Paulina, emprisonnée et torturée durant l'ancien régime, vit avec son époux: l'avocat Gerardo. Le soir où son mari est nommé à la commission qui enquêtera sur les méfaits de la dictature, elle croit reconnaître en un visiteur providentiel son ancien tortionnaire. Décidée à le confondre et à se venger, elle convainc son mari de jouer l'avocat de la défense. Très vite le procès bascule. SUCCÈS Parisien depuis 2013.

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Fabrice Drouelle, (Luc Baboulène), Stéphanie Reynaud, Philippe Pierrard
Metteur en scène : Massimiliano Verardi
Producteur : Philippe Pierrard
Décoratrice : Florence Aillerie
Light & sound design : Philippe Piazza
Compagnie Les Théâtr'Ailes / Coréalisation : Le verbe fou

Les Théâtr'Ailes étaient déjà dans le OFF 2009 et 2010 avec "La Controverse de Valladolid" 

Mon avis ♥ ♥ ♥ ♥


Ce texte puissant parle, sans manichéisme, de l'éternel conflit entre justice et devoir de mémoire et de la capacité à rester humain, après l'horreur. Il parle du pardon et de l'oubli. Sans moralisme et sans céder à la facilité, cette pièce impressionnante traite de la difficile recherche de la justice et du châtiment. Autant dire que le propos est remarquable et que l'argument accroche.
Dans une mise en scène sobre, sans être pour autant ennuyeuse, trois excellents acteurs servent ce texte prenant avec une conviction et un engagement parfaits. On est conquis, pris, en un mot, envoûté par ce conflit à huis clos qui déchire les personnages et se révèle d'une contemporanéité malheureusement irréversible. Je précise, ma "critique" parle bien de la version du Verbe Fou, à 19h30, car il y en a une autre sur le Festival, que nous n'avons pas vue. De plus, les acteurs changent et je crois que nous avons vu Fabrice Drouelle, excellent dans le rôle de l'avocat. Stéphanie Reynaud est très convaincante dans le rôle de la victime qui doit obtenir justice et Philippe Pierrard, admirable dans celui du bourreau veule et lâche qui nie, plus pour s'absoudre lui-même que pour échapper au jugement. 




Résumé du spectacle Un groupe de survivants tente de rebâtir une démocratie sur les décombres d'un holocauste nucléaire. Dans un château de Lozère, des amis d'enfance, qui ont échappé miraculeusement au souffle dévastateur d'une bombe thermo nucléaire sans retombées radio actives, tentent de rebâtir une société sur un monde en ruine.

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Jean Hugues Courtassol, Lucie Jousse, Kevin Proust, Luc Baboulène, Christophe Samocki, Nathalie Moreau, Maxime Tebecka, Jean Baptiste Rousseau, Juliette Naiditch, Chloé Démurger, Philippe Pierrard
Metteur en scène : Jerome Dalotel Chargé de production : Michaël Kitaievitch Compagnie des Barriques / Coréalisation : Théâtre des barriques La compagnie des Barriques présente depuis plusieurs années des pièces à caractère politique dans le cadre du festival d'Avignon. Déjà coup de coeur du Festival pour "Barricades !" la compagnie a présenté en 2013 et en 2014 "Partisans" dans une mise en scène de François Bourcier. "Ceux" de Malevil s'inscrit donc dans la continuité d'un projet artistique visant à porter des textes complexes à la scène.

Mon avis ♥ ♥ ♥ ♥ 
Quoi de mieux, pour terminer une longue journée, pleine de textes graves, et un Festival très réussi, qu'un texte presque mythique, l’adaptation théâtrale de Malevil, la "robinsonnade post apocalyptique" de Robert Merle, écrite en 1972, dans laquelle l'auteur se demande comment il est possible de reformer une démocratie sans tomber dans des errements anciens.. D'autant que nous avons retrouvé là Philippe Pierrard, le sinistre docteur Miranda de La Jeune Fille et la Mort, qui interprétait là, avec autant de brio, le bien peu recommandable Fulbert (un faux prêtre qui dirige La Roque, autre village survivant à la bombe, d'une main de fer, utilisant la religion, en particulier la pratique de la confession, pour asseoir sa tyrannie). Le roman est fort bien rendu, les caractères essentiels des personnages sont clairs, l'intrigue est respectée, et les comédiens sont tous excellents, parfaitement distribués. La tension dramatique est forte, faisant de cette adaptation réussie une pièce à part entière. Ceux de Malevil est vraiment une réussite et un spectacle à voir.


VOIR AUSSI


-----------------------------
Note
Les remarques et notations personnelles ne doivent en aucun car blesser les acteurs : c'est l'expression d'un avis qui se veut bienveillant, et d'une réaction sans acrimonie, toujours respectueuse du travail accompli. Quant au nombre de cœurs, il indique surtout les spectacles à ne pas manquer !!! À mon goût ... modestement.

jeudi 10 juillet 2014

AVIGNON OFF 2014 (4)


Résumé du spectacle
Notre Dom - Juan 2.0 est coloré, virevoltant, extravagant et actuel ! Embarquez aux côtés de nos comédiens qui redécouvrent avec vous cette pièce de Molière, une des plus controversée de l’époque et pourtant si frappante de pertinence aujourd’hui. Laissez vous séduire par le talent et l’énergie de ces sept acteurs de la vie, sept personnalités marquantes dans leurs différences et leurs contradictions. Parce qu’à l’opposé du drame et du désespoir, il y a le rire et la poésie...
 “Cette adaptation de Luca Franceschi est phénoménale. Une mise en scène poétique, un jeu jubilatoire". Libération
"On s'était donné rendez-vous, devrait-on dire de ce Dom Juan, avec notre époque". Le Figaro

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Robert Magurno, Lysiane Clément, Jennifer Testard, Jean-Serge Dunet, Fabio Sforzini, Serge Ayala, Frédéric Tessier
Adaptation /mise en scène : Luca Franceschi
Directeur : Thierry Auzer
Production : Charlotte Barbieri
Diffusion : Yves Desvigne
Compagnie du Théâtre des Asphodèles

Mon avis ♥ ♥ ♥
Malgré le titre un peu racoleur et la promesse, qui souvent me hérisse, de "redécouvrir" Molière, nous sommes allés voir ce Dom Juan 2.0 sur le nom du metteur en scène, Luca Franceschi, vu et apprécié l'an dernier à Saint Jean d'Angély avec son Roméo et Juliette (malgré quelques réserves) . Et nous avons eu raison car, de fait, la mise en scène est enlevée, drôle sans lourdeur, énergique et sans le moindre contresens. Les acteurs sont excellents et le rythme effréné de cette création rend l'intrigue limpide, les personnages sont finement décrits et l'ensemble, pour être réjouissant, ne sombre pas dans le comique exagéré : il y reste une part d'ironie et d'amertume qui servent fort bien Molière.




Résumé du spectacle
GRAND SUCCES ! 15000 spectateurs à Avignon ! La presse unanime! Monsieur Motobécane sillonne les routes de Picardie sur sa mobylette bleue, Amandine huit ans surgit sur sa route et va bouleverser sa vie...
LE MASQUE ET LA PLUME «Un des plus beaux spectacles, exemplaire du point de vue théâtral»
TELERAMA «C'est poignant et jubilatoire!»
PARISCOPE« Nous nous partageons entre le rire et l'émotion»
LE FIGARO «Un texte magnifique à voir absolument»
LA TERRASSE «Cette confession impressionne par son authenticité saisissante»
NOUVEL OBSERVATEUR «Magie du verbe par un immense acteur»
LA VOIX DU NORD «Un talent incommensurable»
LA CROIX «Un personnage stupéfiant»
COUP DE COEUR DE GUY BEDOS «coup de foudre, superbe cadeau, bravo et merci»

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Bernard Crombey
Metteur en scène : Catherine Maignan, Bernard Crombey
D'après «Le Ravisseur» de : P.Savatier
Lumières/Scéno: Y. Collet.
Complicité M. Bénichou,
Soutien: TH. du Rond-Point TH du Beauvaisis : Prima Donna. Spectacle SNES Compagnie Macartan

Mon avis ♥ ♥ ♥
Un spectacle qui n'a nul besoin de mon enthousiasme pour continuer sa très belle carrière. Performance d'acteur qui mérite le détour, la pièce est émouvante et fort bien jouée. Vue il y a un grand nombre d'année au Festival de Blaye, elle m'avait semblé moins claire et plus manichéenne. Sur un sujet plein d'humanité, traité avec beaucoup de finesse et de délicatesse, Bernard Crombey nous émeut par la peinture sobre et sensible d'une double solitude, déchirante.




Résumé du spectacle
Oblomov, aristocrate oisif, a préféré à la vie sociale, une léthargie rêveuse. Dans ce prototype de l’homme paresseux de la culture russe, c’est moins la figure de l’homme qui dort que celle de l’homme qui fuit qui nous attire. Anti-héros de l’activisme, il nous agace et nous fascine. S’il nous renvoie à nos peurs, il nous donne, dans son refus des conventions, une terrible envie de vivre.

Interprètes / Intervenants Interprète(s) : Rodolphe Dekowski, Xavier Fernandez-Cavada, Elsa Grzeszczak, Jean-Michel Guérin, Fabien Joubert, Delphine Lanza, Paulette Wright 
Metteur en scène : Dorian Rossel
Régie : Elie Romero
Diffusion : Mathilde Priolet O'Brother Company / Coproduction : Dorian Rossel / Cie STT
Aides: Région Champagne Ardenne, DRAC, CG51, Spedidam, Ville de Reims, Fondation Meyrinoise pour la Culture, Fondation E.Göhner, Loterie Romande STT est conventionnée DIP de l’Etat de Genève, Villes de Genève et Lausanne et associée au Th. Forum Meyrin, O’Brother est en résidence au Salmanazar

Mon avis ♥ ♥ ♥
Intrigante cette histoire, roman-culte slave, d'un homme qui finit par mourir de paresse et d'oisiveté. Ilya Ilitch Oblomov cultive comme son bien le plus précieux un penchant naturel à la paresse : aboulique, apathique, le personnage est hanté par la nostalgie d'une enfance heureuse et insouciante. Un instant sorti des affres de sa fainéantise par l'amour d'Olga, ce dernier se révèle en définitive insuffisant pour vaincre sa force d'inertie. On se dit que peindre un homme qui ne fait rien et ne veut entendre parler de rien faire, va donner une pièce plutôt soporifique. Pourtant, la mise en scène, vive et inventive, évite tout ennui et on se captive pour ce héros atypique et accablant de mollesse. Le jeu des acteurs était intéressant, même si la jeune femme jouant Olga mit, ce jour-là, quelque temps à rentrer dans son rôle, tout le monde était impeccable.




Résumé du spectacle
Une erreur d'adresse mail. Ainsi débute la rencontre entre Emmi et Léo. Suite à ce quiproquo et après quelques courriers de politesse échangés, une véritable correspondance s'engage. Par e-mails, ils se découvrent, se rapprochent, se plaisent... Et la tentation d’une rencontre réelle naît.
COMEDIE SENTIMENTALE Drôle, fine, pétillante. Adaptation du BEST-SELLER de Daniel Glattauer 
LA MARSEILLAISE - Pièce excellente, rafraîchissante et pétillante !
VAUCLUSE MATIN - Comédie sentimentale fort bien servie par les acteurs !
RUE DU THEATRE - Mise en scène intelligente !
LA THEATROTHEQUE - Mise en scène ingénieuse pour le plus grand plaisir du public.

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Caroline ROCHEFORT, Stéphane DUCLOT
Mise en scène : Judith WILLE
Scénographe : Denise HESCHL
Assistant : Emmanuel SOTO
Diffusion : Claire OLIVIER
Membre Cie : Isabelle CARLE, Olivier SEUX, Pierre BERCOT
Compagnie Talon Pourpre
Soutien - GOETHE Institut Paris, Forum Culturel Autrichien, Mairie de Saint-Ouen

Mon avis ♥ ♥ ♥  ♥
J'ai découvert, dès le début de la pièce, que j'avais lu le livre, sans doute lors de sa sortie. Mais cela ne m'a aucunement gâché le spectacle, ni même la surprise. Les acteurs sont tellement précis, la mise en scène sobre mais imagée, et le rythme bien soutenu que je me suis, une nouvelle fois, laissée prendre à cette histoire moderne de séduction virtuelle. Réalisé à Avignon grâce à l'aide d'un kisskissbankbank réussi, ce spectacle doit faire partie de votre parcours. Rien que pour le plaisir de partager le sourire merveilleux et le timbre chantant de Caroline Rochefort !




Résumé du spectacle
Etats-Unis, 1894. Un jeune couple fougueux et téméraire, Marthe et Louis, affronte un autre couple : Thomas, homme d'affaires brillant et Lechy, actrice volcanique. Thomas propose à Louis une affaire : en échange de sa femme, il lui rend sa liberté. Désir, insurrection, brutalité, rêve, fragilité, jailliront sur scène avec ce chef d'oeuvre de Paul Claudel.
" Courez vite voir cette mise en scène ! Une célébration de l'incarnation, une fête pour tous les sens. " REVUE ETUDES
" L’Échange retrouve son cri de jeunesse bestial et sensuel. Difficile de résister à une telle beauté. " REVUE DU SPECTACLE

Interprètes / Intervenants
Interprète(s) : Émilie Cazenave, Isabelle Gardien, Hugues Martel, Yan Tassin
Mise en scène : Valérie Castel Jordy
Collaboration artistique : Éric Nesci
Création musicale : David Georgelin
Scénographie : Charlotte Villermet
Costumes : Angélique Calfati
Lumières : Maria Barroso
Administration : Cédric Chayrouse
Diffusion : Yasmine Bargache L'Explique-Songe Coproduction Théâtre À Châtillon.
Soutiens : ARCADI, ADAMI, CG 92, Angeris www.expliquesonge.fr

Mon avis ♥ ♥ ♥  ♥
Aller voir une énième fois (5 ou 6, au moins) l'Échange, cela pouvait sembler une gageure. D'autant que le dernier que nous avions vu en 2011, celui des Larrons, nous avait enthousiasmés. Et pourtant !! Une vraie réussite : d'une limpidité étonnante, j'ai cru que le metteur en scène avait sabré dans la pièce de Claudel, supprimé la moitié du texte et réécrit certains passages. Du coup, j'ai relu la pièce, et, à part quelques descriptions qui ne font nullement progressé le récit, tout y est, à la virgule près, le sens est parfaitement respecté et la poésie de la langue claudelienne est parfaitement respectée. Les audaces de mise en scène (qui ont fait fuir deux mamies outrées, alors qu'une jeune religieuse en habit restait sans sourciller !!) sont, sous forme de didascalies ou contenues dans le texte, tout à fait dans l'esprit de la pièce et ne peuvent ni choquer, ni, pire, faire quitter la salle. Le verbe est dense, la prose belle et ciselée, et cette réalisation mérite largement plus qu'un public encore trop clairsemé en début de festival. Encore un auteur d'une modernité impressionnante qu'une réputation malmenée (à cause de la mode qui consiste à en faire l'odieux frère d'une malheureuse Camille martyrisée) dessert trop.
La mise en scène donc, est superbe, admirable scandée, compréhensible et cristalline. Le personnage de Thomas Polock Nageoire est plus humain, presque fragile, que souvent. Marthe est douce, plus qu'amère et Louis plein d'une fougue juvénile et animale. Seule l'actrice qui jouait Lechy surjouait ce jour-là un peu trop, mais il semble qu'il n'en soit pas toujours ainsi. A voir absolument, du bel et beau théâtre comme on en voit trop peu en Avignon.

VOIR AUSSI


-----------------------------
Note
Les remarques et notations personnelles ne doivent en aucun car blesser les acteurs : c'est l'expression d'un avis qui se veut bienveillant, et d'une réaction sans acrimonie, toujours respectueuse du travail accompli. Quant au nombre de cœurs, il indique surtout les spectacles à ne pas manquer !!! À mon goût ... modestement.

Peut-être aurez-vous envie de lire aussi :

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...