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mercredi 3 septembre 2014

IMPRO À PÉTIGNAC


Cette année, Alter n'a pas fait de stage à Ouessant, pas plus qu'il n'en fit à Pétignac... alors, en cette fin d'été, Gérard et moi-même avons uni nos efforts pour le convaincre de faire un stage un peu différent, quelque chose qui le détente de "sa musique classique", qui le décontracte aussi face à son clavier : et ce fut donc un un week-end impro, à tendance jazzy, mené de main de maître par Philippe Léogé au Domaine Musical de Pétignac.


La réputation des stages de Pétignac n'est plus à faire et les fidèles en savent quelque chose : amitié, décontraction et rigueur professionnelle sont toujours au rendez-vous. Mais il faut bien avouer que celui-ci était particulièrement détendu et vraiment convivial. Et Alter, tout féru qu'il soit de partitions classiques et de musique "écrite", en est revenu enthousiasmé. 


Il faut dire que la personnalité de Philippe Léogé y est pour quelque chose : ce gersois, délicatement rêveur et ouvertement bon vivant, sait, de sa chantante voix de baryton, faire passer le message. D'autant que, si on l'en croit, l'improvisation est affaire de pro ! Et à ceux qui pensaient qu'ils trouveraient là matière à fainéantise technique, il a soigneusement expliqué qu'il fallait, pour s'y adonner, avoir de belles et bonnes bases musicales.



Fort heureusement son public était déjà bien au point car le discours était solide : du coup, Alter a ADORÉ. Il faut dire que, fort pédagogiquement, Philippe l'a longuement entretenu de ses projets "classiques" : il travaille avec l'Orchestre du Capitole et est en train d'orchestrer des partitions pour piano de Déodat de Séverac, travail qui manifestement, le passionne et dont la complexité a séduit Alter ! Mais on peut aussi l'entendre dans son registre de jazz un peu partout dans en France, et rien ne dit qu'Alter ne réussisse à me traîner à Esprit du Piano à Bordeaux, en novembre. Rien que pour le plaisir de retrouver la "bande de Pétignac" !


Même si, lors de la dernière demie-journée, il n'a pas osé se lancer (vous le voyez là négocier avec Philippe sa défection !!), Alter s'est promis d'émailler ses gammes et exercices de quelques fioritures propres à détendre l'atmosphère, et surtout, de faire le prochain stage !!


Gérard, lui, qui n'a pas les réserves et timidités d'Alter, ne s'est pas dégonflé et n'a pas hésité à sortir sa trompette, même si elle est rafistolée avec du Babibel, pour le "boeuf" final !!




L'architecture tonitruante et inachevée de la Mercerie, la "folie" Réthoré, Raymond, industriel puis député gaulliste de la Charente, et Alphonse, architecte autodidacte, qui ont acheté le domaine en 1934. En 1939 ils entreprennent l'extension du château et projettent de le transformer en Versailles charentais par la construction d'une longue façade de style Renaissance italienne, qui a lieu principalement en 1947 à l'aide d'une vingtaine d'ouvriers ...mais s'arrête en 1970 faute d'argent. Je l'ai visité enfant, j'avais moins de 10 ans, et ce chantier m'avait époustouflée. 
Toutes les pièces XIXe siècle sont agrémentées d'un décor somptueux, mobilier, peintures, collections de sculptures ... provenant de diverses collections (mobilier de la 11e duchesse de La Rochefoucauld (1866-1933),  meubles présumés provenir du comte puis prince Orlov (1787-1862)...). Raymond Réthoré voyage et rapporte de l'étranger peintures, marbres, boiseries, statues, lustres, lambris et autres trésors, et même, un temps, un restaurateur italien est chargé des collections. Un temps attaché au cabinet de Charles de Gaulle, président de la République, il invite d'importantes personnalités françaises et étrangères à visiter ce grand chantier. Vieillissant et sentant leur fin venir, les deux frères proposent de léguer le château au Département, puis à l'Assemblée nationale, qui refusent, puis à la Ville d'Angoulême, qui n'accepte que les 2 068 volumes de la bibliothèque, dont un fonds important de livres rares concernant l'architecture. Ils meurent respectivement en 1983 (Alphonse) et en 1986 (Raymond), mais leur héritier, sans lien de parenté d'ailleurs, va devoir vendre les collections pour faire face aux dettes lors d'une vente aux enchères en 1987, et en 1988 le château est acquis par Bernard Baruch Steinitz (1933-2012), célèbre antiquaire parisien, qui hélas l'entretient peu. En 2002 un projet de restauration est élaboré par Isabel Guérin, dont l'objet est de redonner vie au site en lui donnant la possibilité d'accueillir des collections d'art contemporain. En 2008, le château est vendu à la société foncière parisienne Volta. En 2011, un bail emphytéotique de 75 ans est signé le 22 août entre la société propriétaire et la commune de Magnac-Lavalette. La commune, à l'aide d'une association de bénévoles, Saint-Étienne Patrimoine, entreprend alors une restauration des parties construites et des œuvres d'art afin d'ouvrir le château à la visite en été à partir de 2013. Le restaurateur italien est chargé des collections quatre mois par an.


Visite d'une exposition d'aquarelles de Philippe Chambon, un fidèle de Pétignac qui présentait ses oeuvres à Villebois Lavalette

Villebois Lavalette dans la clarté du soleil de midi : un village de conte de fées !

Quant à moi, j'en ai profité pour revisiter un peu cette belle région qui, entre Archiac et Barbezieux, développe ses collines aux rondeurs élégantes. Villebois-Lavalette, le château fou des frères Réthoré à Blanzac, et, cerise sur le gâteau, un récital d'Adam Laloum à Fontaine d'Ozillac. J'ai aussi passé une superbe demie-journée au domaine de Boisbuchet, près de Confolens, mais c'est une autre histoire !


lundi 7 avril 2014

SIXTY IN PÉTIGNAC


60 bougies !! Et oui, nous approchons tous, peu ou prou, de l'âge des dizaines arrondies, alourdies par le temps, celles dont on se dit qu'il est encore décent de les fêter dignement, en regroupant autour de l'intéressé une famille émue, heureuse de se retrouver pour une occasion joyeuse, et  un panel d'amis encore fringants, assez nombreux et forcément ravis de la fête. Ce genre de complot demande, pour être réussi, un certain nombre de condiments difficiles à doser : il faut d'abord que l'intéressé ne prenne pas ses jambes à son cou au moment fatidique, voire avant s'il se doute du piège qui l'attend (j'avoue que, personnellement, c'est ce que je ferais si on me concoctait pareil traquenard). Il faut ensuite, pendant des mois, organiser l'affaire, convoquer les uns et les autres en obtenant, sport délicat, que personne ne vende la mèche. Il faut bien sûr assurer l'intendance et enfin œuvrer pour que la sauce prenne au jour J, entre des gens fort dissemblables, quoique tous de très bonne volonté,  afin que l'ambiance soit au diapason de l'événement, qu'on désire inoubliable ! Tous ces ingrédients étaient présents à Pétignac ce week-end pour fêter, en un 24 heures non-stop de musique, le maître des lieux selon une formule que ceux qui l'ont partagée ne sont pas prêts d'oublier.


Les lecteurs de ce blog connaissent déjà, peu ou prou - pour l'avoir admiré sur son tripianoteur, dans ses œuvres d'accordeur, ou encore lors d'un de ces concerts "privés" qui n'ont, heureusement, pas l’outrecuidance de s'appeler ainsi mais qui sont réservés à de vrais amis - le Tryphon du piano, le jongleur de la clé d'accordage, le génie du Steinway bien préparé !! Et Gérard, qui aime qu'on l'aime, est entouré d'amis qui, sincèrement, mouraient d'envie de lui faire plaisir. Et, forcément, ces amis sont souvent des musiciens. Des vrais, des pros, et des amateurs, au sens noble du terme, des gens qui aiment la musique.


C'est ainsi que, pendant des mois, l'un d'entre eux a comploté, fédéré les énergies, accordé les dates (largement aussi compliqué que d'accorder un piano cette affaire : vous imaginez le tour de force qui cela représente de faire se rencontrer au fin de fond de la Charente profonde, des gens dont les agendas, gérés par d’irascibles imprésarios, sont pleins à l'avance depuis deux ans et regorgent de concerts aux quatre coins du monde), harmonisé les intentions et assuré toute la partie "casting" de l'événement. Car vraiment, cela en était un !! De son côté, Fabienne, l'épouse de Gérard, assurait avec le talent et l'efficacité qu'on lui connait, la logistique de tout ça... Et n'allez pas croire que c'était simple : les tivolis à monter, 3 repas chauds à assurer, des apéros, une cave sans cesse sollicitée, les invitations à lancer, instructions à l'appui, 90 personnes à contacter dans la plus grande discrétion, venant de partout, les artistes à héberger... le plus dur, dans tout cela, étant, je vous le donne en mille... la gestion de l'agenda de Gérard qui ne devait, en aucun cas, accepter la moindre obligation professionnelle ce week-end là ! Vous imaginez la catastrophe s'il avait annoncé le vendredi à sa chère moitié qu'il avait accepté un accord à Poitiers pour le dimanche. Il fallait aussi que les deux pianos de concert soient au Domaine tout le week-end, donc refuser toute location, quitte à para^tre kamikaze.


Je vous passe les anecdotes croustillantes qui ont émaillé la préparation et les affres par lesquelles sont passés les deux valeureux organisateurs. Soleil aidant, samedi à midi, l'ambiance était fébrile au Domaine Musical : le héros de la fête opportunément éloigné depuis deux jours de chez lui, précaution nécessaire pour préparer les lieux, était attendu, suivi au radar avec éclaireurs, complices et avant-courrier. Les invités piétinaient, riaient, imaginaient sa surprise, les tripianoteurs, trompettes et maracas s'agitaient en tous sens... Et soudain : "Il est au rond-point" ... le tout nouveau sexagénaire ému, éberlué, abasourdi, stupéfait, comprenant par à-coups mille détails étranges qui avaient émaillé son quotidien depuis quelques jours, fut entouré, fêté, acclamé...


La succession d'abbracci qui s'ensuivit est à noter dans les annales : Gérard est la champion toutes catégories de l'abbraccio authentique, le vrai, celui qui enveloppe, serre, tapote, rigole et larmoie, bref, l'embrassement rempli d'une vraie et sincère émotion. Et là, croyez-moi, ce fut un festival.


D'ailleurs, durant ces deux-jours tout fut festival : l'amitié, la chaleur humaine, la gourmandise, le jeu, la bonne humeur, et, bien sûr, la musique. Imaginez 24h de musique ininterrompue... (on a un peu dormi tout de même)... servie par les plus grands (par discrétion, je ne citerai pas les interprètes présents, mais pas moins de huit "pointures" que vous reconnaîtrez peut-être sur les photos), qui se sont complètement "éclatés".


Chansonnette, jazz, classique, tous les styles bien sûr, tous les rythmes, tous les tempi... Des moments inoubliables comme le concerto pour la main gauche de Ravel, sans partition, l'un faisant le soliste, l'autre reconstituant l'orchestre avec un à propos jamais pris en défaut... les études en forme de canon de Schumann, le Sacre du Printemps... Debussy, Piaf, Carmen, Nougaro, Aznavour, Dvorak, que sais-je encore... des pianistes enthousiastes, qui se répondaient, improvisaient, déchiffraient à vue, riaient, s'interpellaient, changeaient de piano, chantaient, se passaient la main sans faiblir une minute !! Et nous qui ne savions pas où donner de l'oreille, extatiques, amusés, ravis, séduits...


Et au milieu de cette aimable bacchanale musicale, Gérard aux anges, extasié, rayonnant et quelque peu ébaubi : jamais fête si décontractée et pourtant d'une telle qualité ne fut donnée en l'honneur d'un sexagénaire !!


Rien de convenu, rien de compassé, chaque minute de cet incroyable week-end était à la mesure du héros de la fête : harmonieuse. Nous avions déjà des souvenirs impérissables de Pétignac, mais celui-là restera le point d'orgue !


lundi 12 septembre 2011

ARLETTE A PETIGNAC


Le Domaine Musical de Pétignac, c'est, vous le savez, un endroit presque mythique où sévit notre ami Gérard, facteur et accordeur de piano. Magicien des notes comme il aime à se définir. Situé au sud d'Angoulême, au coeur de la campagne angoumoise, le lieu s'organise autour d'une superbe maison charentaise et de ses nombreuses dépendances. Mais Pétignac, c'est avant tout une ambiance : générosité, accueil, simplicité s'y conjuguent au quotidien pour recevoir tous ceux qui aiment le piano et la musique. On y partage le pain et le vin, on y est toujours bienvenu, c'est un miracle permanent d'équilibre.


On s'y rencontre, on s'y promène, on y est presque chez soi ! Pétignac c'est l'amitié et le plaisir de la musique "ensemble", des soirées concerts privés à la Fête du Silence, on y croise toujours quelques notes colorées. Même quand le temps est gris !


Pétignac, autour et à l'image de Gérard, c'est sa collection incroyable de pianos toys, les salons en enfilade où s'alignent les Steinway et autres claviers anciens ou récents, les tapis pour lesquels le maître des lieux a une vraie passion, et partout des peintures, des sculptures car Fabienne est avant tout artiste et aime à s'entourer de beaux objets.


Pétignac bien sûr ce sont les pianos, partout... Il y en a un nombre que la prof de gestion que je suis déplore forcément, mais que l'amateur de musique retrouve toujours avec  bonheur. Et à l'intérieur du grand Steinway de concert, les hommages de tous les grands qui l'ont joué et ont apprécié le travail d'orfèvre de Gérard en matière d'accord. C'est bien sûr sur cet instument qu'a joué Arlette !


En effet Pétignac, dimanche dernier, s'était transformé en studio d'enregistrement, un studio nomade et improvisé mais ici le silence est tel qu'il n'est point besoin d'équipements compliqués pour capter le son...


... il suffit que Germaine et Victor soient sages quelques instants !


Car Pétignac, c'est aussi l'endroit où s'épanouissent les talents, pour le plus grand bonheur de ceux qui s'y côtoient : Arlette enregistrait son deuxième disque, en hommage à son "maître" France Clidat, sérieux, stress et bonne humeur ! Arlette Laporte, pianiste, fervente de Gérard et amie de longtemps ! Arlette et son amour passion du piano, du beau son et animée d'une foi qui déplace les montagnes.

dimanche 5 décembre 2010

LE ROUGE ET LE NOIR

Ce jour-là, Gérard s'était fait lyrique sur son blog : il nous annonçait une série de concerts organisés au Domaine Musical de Pétignac autour d'un thème aussi évocateur que porteur : le Rouge et le Noir. Un peu comme les cathos font, au moment des fêtes religieuses, voyager d'une maison à l'autre des statues de saints ou de Vierge, accueillies en grande pompe et célébrées avec le faste qui s'impose par les fidèles, la maison Steinway & Sons propose à ses plus dévoués revendeurs, un piano mythique : le grand Steinway de concert, D274, rouge Ferrari, qui permet à chacun d'organiser autour de l'événement des manifestations hautes en couleur (evidemment !) et fort bien ciblées.
Accueillir cet instrument rutilant au mois de décembre aurait pu inspirer à Gérard une idée de rouge et vert, un peu genre sapin de Noël alsacien (il est originaire de cette belle région). Que nenni, notre ami Gérard est un grand romantique, enfin entre autres, et l'habitude de cotoyer le noir profond de ses claviers habituels, lui a donné cette inspiration stendhalienne, fort propre à mobiliser ses fidèles amis. Ils sont venus en masse, malgré les frimas, malgré les routes impraticcables, pour cette série de concerts privés et exceptionnels. Il faut dire que le programme était à la hauteur de l'événement : après un duel de pianiste entre Julien Opic et Olivier Rivière, il y eut un trio piano, viole et clarinette, puis une "carte rouge" au jazzman Jacky Terrasson, et hier soir, clou de l'aventure, un concert France Clidat.

Les invités, enfin ceux qui avaient eu la chance d'avoir des places car le concert était complet depuis longtemps, s'étaient tous conformés à la directive de la soirée, et avaient, comme il se doit, revêtu les couleurs de la soirée. La salle de concert était comble et l'ambiance très recueillie. Vous imaginez volontiers que les amis de Gérard, et ceux d'Arlette Laporte qui était la cheville ouvrière de ce dernier concert, sont tous plus ou moins mélomanes. France Clidat a d'ailleurs senti cette atmosphère concentrée et son jeu s'est, de morceau en morceau, ouvert de plus en plus vers le public.

C'est une grande dame du clavier France Clidat, intelligente et sensible. Elle nous a offert un balayage judicieux du répertoire pour piano, introduisant avec humour et érudition chacune des pièces. Arlette Laporte, le professeur de piano d'Alter, qui lui voue une véritable vénération car elle la tient pour l'artisan de sa carrière pianistique, lui attribue des qualités pédagogiques remarquables. Et, de fait, sa présentation des morceaux était imagée et passionnante.
Elle nous a d'abord installés en imagination devant une rame de papier à musique, avec clés, symboles et lignes, pour, multipliant les portées presqu'à l'infini, nous présenter tour à tout Chopin qui biffait avec fureur ses partitions de corrections noires, et Listz qui les barrait non moins rageusement de rouge. Tout cela pour nous jouer une sonate de Mozart, le génie absolu qui, lui, écrivait sans reprise, sans rature et chez qui la musique jaillissait à l'état définitif sans qu'il lui fut besoin de modifier quoi que ce soit.
Pour introduire les "romances sans paroles", elle évoqua une amie qui lui racontait avoir visité récemment à Berlin, la tombe de Moshe Mendelsohn. Le célèbre philosophe du XVIIIème siècle, défenseur de l'émancipation juive, surnommé par ses contemporains "le 3ème Moïse", était le grand-père du compositeur. Son fils, Abraham, banquier berlinois prospère, avait coutume de dire avec un sens de l'humour savoureux "Je ne suis que le fils de mon père et le père de mon fils". Et, de fait, Félix Mendelsohn, béni des dieux, ayant reçu tous les talents, peintre, nageur, cavalier, poète et bien sûr pianiste émérite, fut très tôt reconnu et célèbre. C'est ainsi qu'à sa mort, il n'avait que 38 ans, il eut droit à de triples obsèques nationales : à Vienne, à Paris et à Londres.

Quant vint le moment de nous jouer du Listz, elle en fit pour nous, le temps de nous le présenter, une vraie rock-star ! Adulé par ses spectatrices qui se battaient pour récupérer un mouchoir ou un cigare consumé ayant appartenu au "maître", porté en triomphe par des étudiants qui tiraient à la main son carrosse après en avoir dételé les chevaux, c'était une sorte d'idole qui vécut avant l'heure le succès à la manière des people actuels, avec groupies et fans clubs. Elle nous dit aussi comment, dans la deuxième partie de sa vie, mystique et prétri de sentiments nobles, il se dépouilla de toutes les futilités de la vie, ne laissant à sa mort que deux pauvres soutanes et un coffre vide, tant il avait dilapidé ses biens en aumônes diverses.
Chacun de ces morceaux, et d'autres encore, furent interprétés avec sensibilité, élégance et émotion. Jusqu'au Satie donné en bis, dont elle nous dit en riant avant de l'entamer que c'est le seul compositeur avec Chopin à créer une telle ambiance avec seulement deux accords. France Clidat a fait un triomphe mérité et nous a offert, avec la complidité d'Arlette et de Gérard, un de ces moments précieux qui font vivre la musique autrement, loin des aléas et des inconforts des salles de concert convenues.

jeudi 10 décembre 2009

NICO ZIK


Nous n'avons pas, en province, d'événements musique de la taille de ceux dont notre ami JMV (oui, oui, "ami" au sens des "blogueurs purs" dont je parlais hier !) nous entretient pour notre plus grande joie de badauds... enfin la mienne en tout cas : ses émotions à l'approche d'un récital de Cecilia Bartoli, ses enchantements Jacobsiens, ses délices Jarouskyens, ses déceptions Vivaldiennes... sont autant d'anecdotes, piquetées de délicieuses pâtisseries et d'expositions diverses qui ne peuvent que ravir les éloignés des scènes parisiennes dont je suis. C'est savoureux et tellement bien observé ! un peu méchant rarement, fort documenté toujours, et à fleur de peau parfois. Et vu de l'estuaire michelais, cela vous amuse autant que devait l'être la lecture des lettres de Madame de Sévigné pour ses contemporains. Lettres dont on sait qu'elles n'ont été publiées qu'à titre posthume par sa fille et pour les premières de façon clandestine ! C'est dans le badinage et dans le naturel que l'art épistolaire prend toute sa dimension et certains blogs y excellent pour notre plus grande joie. Maisvoilà que je m'éloigne...
Pas de concerts phares, peu de grands noms en tournée dans nos provinces reculées, et si l'on veut du "nanan", il faut se déplacer et monter à Paris ou courir les Festivals réputés. Pour autant, il nous advient, mon blog en témoigne, de purs moments de découverte, des émotions inédites et des plaisirs d'autant plus précieux qu'ils sont inattendus. C'est souvent au hasard des concerts d'été qu'on déplace ainsi pour notre plus grande joie, des gens talentueux qui viennent sans a priori, affronter un public parfois dérouté et souvent déroutant !

Et puis... nous avons une ressource cachée, une botte secrète, un azimuté du piano, un inconscient sidéral : Gérard. Notre mécène fabuleux est du genre de ceux qui régalent leurs amis juste pour le plaisir de les honorer. Il nous offre par-ci par-là, dans le cadre toujours accueillant de son Domaine Musical de Pétignac, et avec la complicité patiente de sa femme, Fabienne, ce qu'il est de bon ton d'appeler aujourd'hui "des concerts privés". Mais Gérard ne les nomme pas ainsi, il n'est pas snob Gérard et il nous offre l'inaccessible sans y toucher, du bout des doigts mais avec une immense générosité.
Dimanche dernier nous avons ainsi pu découvrir chez lui un espoir du clavier, un jeune pianiste talentueux et intelligent en diable : Guillaume Coppola. Je ne suis pas, loin de là, une fana de Liszt et redoute par dessus tout les briseurs d'instrument qui croient que, pour bien interpréter le compositeur, il soit nécessaire de casser une ou deux cordes par concert.
Mais avec Guillaume Coppola, j'ai changé d'avis. Sa lecture du maître est virtuose mais sobre, et surtout très cultivée. Cela change tout : le voir jouer, l'entendre vivre pour nous chaque morceau choisi, le suivre dans sa visite des pages de Liszt et respirer avec lui au rythme admirablement déchiffré qu'il impulse à la musique, est un pur plaisir.

L'affaire mérite donc que je vous la raconte : c'est vers l'âge de 14 ans qu'Arlette a rencontré Guillaume pour la première fois lors d'un de ses stages d'été avec France Clidat. La pianiste, dont les talents pédagogiques ont l'air indéniables, a détecté le talent et soutenu le jeune homme quand celui-ci a annoncé qu'il voulait tenter une carrière. Il a beaucoup travaillé, beaucoup progressé et affiche désormais un palmarès impressionnant. Mais il est venu chez Gérard en toute simplicité et en toute confiance, pour offrir à quelques uns de ceux qui l'ont connu plus jeune et à d'autres, comme nous, qui le découvrions, le bonheur d'une promenade musicale. Il vient d'enregistrer chez Calliope, "Un portrait de Franz Liszt", et a obtenu pour ce disque un Diapason Découverte qui fera sans doute beaucoup pour sa carrière.
Il nous a joué peu ou prou le programme de son disque : Liszt et la poésie, évoqué à travers 3 consolations inspirées de Sainte Beuve, Liszt et la foi, avec le monument d'émotion que représente son "Saint François de Paule marchant sur les flots", que Guillaume joue avec recueillement et conviction, Liszt et son côté plus méphistophélique avec la "bagatelle sans tonalité", d'un langage presque atonal qui surprend et séduit, Liszt des années de pèlerinage avec "la vallée d'Obermann" long poème héroïque et lyrique où notre jeune pianiste a pu donner un mesure visible de son talent et de sa virtuosité.

Et puis, comme il était bien avec nous, il nous a offert la tarentelle napolitaine fort connue que Rossini avait mise en musique avant que Liszt ne la transcrive à son tour et qu'elle ne soit portée sur toutes les lèvres et fredonnée par tous. Ensuite, il a "testé" sur nous un nocturne de Chopin, interprété de façon sportive, pas désagréable mais pas forcément comme on aime Chopin. Et pour finir, parce que nous avons fermé le piano pour lui permettre d'arrêter, Andaluza de Granados enlevé avec une énergie et un brio superbes.

Si vous aimez les pianistes qui respirent leurs partitions, si vous avez envie de découvrir un nom dont on parlera forcément dans les années qui viennent, je vous recommande Guillaume, craquant et charmeur, et surtout plein de talent.

PS vous aurez remarqué que je m'étais proposée pour tenir la caisse lors de la séance de dédicaces que Guillaume a menée avec une promptitude qui révèle une longue pratique !

dimanche 18 octobre 2009

BARCAROLLE

Depuis des années, depuis finalement que vous n'êtes plus ses élèves et qu'il a pris votre suite, Michel entretient avec Arlette une amitié d'autant plus riche qu'elle est un des facteurs de sa motivation au piano. Arlette, c'est LE prof de piano ! De nombreux billets ont ici, ici, ici et ici rendu hommage à son talent, à sa vitalité, à son courage, et surtout à ses enthousiasmes.
Cet été, elle avait un programme d'enfer : outre la master-class qu'elle faisait comme chaque année avec son "maître", France Clidat (qui a cru en elle et l'a aidée à repartir vers ce qui, après une carrière en entreprise, est une véritable carrière, modeste en termes d'audience, mais superbement satisfaisante pour elle et pour ceux qui l'aiment), elle avait en vue, toujours avec Clidat, un récital à 4 mains qui a eu lieu en septembre au Domaine de Pétignac, l'enregistrement d'un CD et un concert à Paris, donné la semaine dernière à l'occasion de l'inauguration familiale d'un Steiway restauré par Gérard.
Le CD c'était au mois d'août, dans le studio d'enregistrement du Domaine musical de Pétignac : Gérard, propulsé pour l'occasion directeur artistique, et elle ont passé une semaine à faire des prises de son, à trier, monter avec le preneur de son, et le disque est parti à la fabrication. Il est enfin sorti, et à défaut de vous offrir une photo de la jaquette par encore au point, j'ai choisi de vous offrir cette Barcarolle. Pour saluer la sortie de ce qui, pour notre Arlette préférée, est un merveilleux accomplissement, réalisation qu'elle doit à son enthousiasme, à sa valeur, mais aussi à l'entêtement de Gérard qui tenait à l'aider à franchir cette étape et a tout fait pour lui faciliter le côté technique, et aussi à Fabienne, toujours partante et dévouée pour accompagner les initiatives chaleureuses de son Triffon de mari !
Bref, cette merveilleuse aventure humaine valait un hommage !
Le CD est très réussi, Arlette y joue avec beaucoup de caractère et de sensibilité un choix de morceaux qu'elle affectionne. Elle y affirme clairement sa personnalité, au-delà des influences et de l'empreinte de celle qui est encore son "maitre" et l'objet de toute sa reconnaissance.
Merci à Koka de m'avoir aidée à mettre ce diaporama en ligne, car si j'avais dû m'en sortir seule, il restait sans son, ce qui, pour présenter un disque est tout de même paradoxal !

Extrait du site de Pétignac :

Arlette Laporte a commencé l'étude du piano avec sa mère à l'âge de cinq ans. Un ami de la famille, ayant remarqué ses dons, arrive à convaincre ses parents de lui faire faire des études musicales sérieuses à Paris.
Installés jusqu'alors en Savoie, toute la famille arriva à Paris et, à partir de huit ans, Arlette pu continuer le piano tout d'abord avec Yvonne Geminiani-Desportes, puis avec Jules Gentil, tous deux professeurs au C.N.S.M. de Paris, tout en poursuivant ses études générales au cours Hattemer-Prignet jusqu'au baccalauréat.
Il fallut alors choisir la voie future : Arlette LAPORTE se présente, à 15 jours d'intervalle, au concours d'entrée à H.E.C. jf et à celui du C.N.S.M. Le destin a choisi, ce sera le commerce et diplôme en mains elle exerce un métier bien loin de la musique.
En 1982, sa passion pour le piano s'impose, plus impérieuse que jamais, et, tout en travaillant à plein temps dans une entreprise jarnacaise, elle passe avec succès des concours de piano parisiens.
En 1986, ce fut la rencontre qui allait toutfaire basculer : France Clidat l'encourage vivement à vivre sa passion et, depuis lors, lui prodigue ses précieux conseils.
Devenue professeur de piano en 1987, Arlette Laporte a pour but quotidien de transmettre à ses élèves, enfants ou adultes, tout son savoir et sa passion pour la musique afin qu'ils puissent, à leur tout, ressentir et faire revivre les émotions exprimées par les compositeurs, émotions qui sont souvent les nôtres.
Elle vient d'enregistrer en août dernier un CD, "Le piano romantique", au Domaine Musical de Pétignac. Ce disque, est constitué de quelques-unes de ses pièces de prédilection, choisies parmis Schubert, Chopin, Liszt, Schumann et Mendelssohn. Il est à la fois un remerciement adressé à ses parents et à ses maîtres, la concrétisation d'un rêve pensé longtemps inaccessible et un pas important dans une vie éclairée par la musique.

mercredi 29 juillet 2009

PIANO A PETIGNAC


En réalité le stage s'intitulait "Été musical à Jurignac", mais les pianistes dont Michel, heureux élu, faisait partie grâce au cadeau offert par les amis de Fort Louvois, travaillaient et œuvraient au Domaine Musical de Pétignac, qu'ils avaient envahis sous la houlette bienveillante de Catherine Schneider. Michel, dont vous vous souvenez sans doute la tête quand Gérard, au nom de tous, lui remis cette invitation, était un peu inquiet de se retrouver dans une troupe de "gaminous", tous plus doués et plus complexants les uns que les autres.


S'il fut évident qu'il faisait parmi eux un peu figure d'amateur, l'ambiance, particulièrement grâce à Catherine, était très conviviale et il n'a pas souffert de son manque de théorie et/ou de technicité. Au contraire, il a appris, travaillé avec acharnement, aimé pouvoir profiter d'un choix de pianos absolument luxueux, et ne m'a finalement jamais accompagnée dans mes visites ainsi qu'il croyait devoir le faire, faute d'intérêt suffisant pour le stage. Surtout, il a adoré l'enseignement tout en finesse et plein de délicatesse de Catherine, attentive, valorisant chacun, et lui dévoilant une culture musicale inattendue qui lui a donné des ailes pour se perfectionner. Bien que patriarche d'une troupe de jeunes talentueux, il n'a pas été mal à l'aise ou complexé, et semble s'être d'autant mieux intégrer qu'il y avait avec lui deux autres adultes. Catherine, qui a autant de talents humains que de dons artistique, a su "faire prendre la sauce" avec beaucoup d'ingéniosité.


J'ai, quant à moi, suivi avec fidélité les concerts qui émaillaient le stage : flûtes, violons, harpe, guitares, au total une trentaine de personnes qui interprétaient avec vivacité les morceaux travaillés pendant cette semaine. Du classique, bien sûr, Donizeti, Bach, Chopin et bien d'autres, mais du contemporain avec des pièces au nom prometteur comme "Alaintempérie" de Fiszbein qui égrenait à la guitare des péripéties météorologiques, ou une création mondiale (excusez du peu) du mari de Catherine, Drake Mabry : l'oeuvre s'intitulait Tango et a été écrite pour un quatuor de flûtes. Drake est aussi peintre à ses heures, et nous vous avons rapporté en cadeaux (chut c'est un secret) quelques témoignages de son talent.


Le dernier soir enfin, Catherine jouait au couvent des Cordeliers de Verteuil. Un concert qui nous a permis d'admirer son jeu très fin et terriblement élégant. L'autre intérêt majeur du concert résidait dans l'intelligence et la subtilité de son programme. Construit en trois diptyques autour du thème "Charmes", elle proposait des œuvres aussi contrastées que la sonate pour piano numéro 27 de Beethoven et Café 1930 de Piazzola, ou Mompou et Liszt, qu'elle liait par une improvisation discrète qui lui permettait de passer de l'une à l'autre sans heurt. Chaque diptyque était dûment présenté, détaillé, voire commenté pour expliquer ses choix et nous permettre de mieux comprendre ce qu'elle avait voulu faire passer en composant ce programme. Un merveilleux moment qui s'est terminé par une Roselie, Rosaline ou Roselinde, offerte par les propriétaires des lieux qui accueillaient le concert. Et oui, j'ai déjà oublié le nom de ce délicieux breuvage convivial dont je vous livre cependant la recette : elle peut être utile en cas de buffet, et elle est tellement simple : 5 litres de rosé, une bouteille de sirop Teissère de pamplemousse et un litre et demi de limonade ! Le tout bien frais et accompagné d'une galette charentaise ou de quelques chips, vous m'en direz des nouvelles !

dimanche 5 juillet 2009

EN FAMILLE A PETIGNAC

Vous connaissez les talents d'alchimiste de notre ami Gérard, et vendredi soir il nous avait concocté, avec la complicité de Fabienne, une de ces soirées magiques dont le Domaine musical de Pétignac a le secret. Grâce à l'amitié de la famille Pennetier au grand complet, nous avons assisté à un ensemble unique et privilégié de concerts. Jean-Claude Pennetier est un pianiste connu et reconnu, que nous avions même eu le plaisir de recevoir lors de nos festivals Musique au Village à Gourdon, autant vous dire que sa carrière est consacrée depuis longtemps. Du temps de Musique au Village, il faisait même un peu figure de sage au milieu de tous nos jeunes musiciens un peu agités et pourtant déjà célèbres, de Dumay à Lodéon, en passant par Collard et tant d'autres. (dans le lien qui précède, je vous recommande la dernière vidéo, le Galop !)

Toujours est-il que vendredi il était chez Gérard, accompagné de sa femme France, pianiste elle aussi, et de leur fils Georges, percutionniste. Le progamme était de plus savoureux, et tu aurais été absolument enchantée Lénou par la première partie : en cette fin d'après-midi le premier concert était consacré aux enfants : l'Histoire de Babar, avec France Pelletier au piano, Georges aux percussions, Jean-Claude en conteur et un mime Aurélien Falkowska était un pur moment de jubilation. C'était délicieux, léger et pétillant.

Entre chaque concert, c'était pique-nique dégustation de ce que nous avions apporté, et aussi de préparations maison, tartes, salades, taboulés, cakes, vins, bières... le tout dans une joyeuse ambiance très conviviale. Fabienne en parfaite maîtresse de maison, veillait au grain, abreuvait avec vigueur et bonne humeur tout son monde... mais elle n'a pu empêcher Gérard, un peu anxieux à cause du temps, de coiffer ses cerises.

Un peu avant la tombée de la nuit, toujours au milieu des roses trémières en pleine floraison, deuxième concert, à la fois virtuose et très émouvant. Duo de pianos avec Jean-Claude et France, pour un programme éblouissant : Prélude à l’après-midi d’un faune Debussy, le Concerto pour 2 pianos de Poulenc, Nuages de Debussy et enfin La Valse de Ravel. Joué avec finesse et précision par nos deux artistes, mais surtout avec une complicité, une connivence, une attention réciproque qui allaient droit au coeur. Quel bonheur cela doit être de pouvoir partager, avec autant de réussite, des moments aussi intenses !

Et comme Pétignac est toujours aussi plein de charme, entre chaque réinstallation de la scène, entre deux grignotages, on pouvait profiter les lieux, où chacun joue, écoute, visite, et déguste en toute quiétude ces heures d'amitié et de musique.

La fin de la soirée appartenait à Georges, qui avait installé sur scène trois coins pour trois pièces : la première avec sa mère, Imitations – Dialogues Étude pour piano et percussion Ohana. Puis seul, des improvisation à la percussion sur une musique sur bande de Guy Reibel. Et enfin, avec le mime Aurélien Falkowska, Le pupitre récalcitrant. Une fantaisie musicale pleine d'humour et de malice où l'art du bruitage se déclinait à l'aide de perceuse, ballons, agrafeuse et autres objets hétéroclites pour notre plus grande joie !
Le mot de la fin revint à France et à Jean Claude, dont nous apprîmes qu'ils fêtaient ce soir-là leurs 44 ans de mariage, champagne et gâteau de rigueur... Comme quoi, les dinosaures heureux cela existe, et leur tendresse tranquille était un joyeux démenti à la remarque entendue l'autre soir lors d'un dîner : "nous sommes un couple reconstitué, comme tout le monde "... J'avais avalé de travers au côté péremptoire de cette remarque, qui nous rejetait sans autre forme de procès hors de cette normalité nouvelle, et n'avais pu m'empêcher, avec une naïveté certaine, de glisser à un autre moment de la conversation nos propres 33 ans de mariage. Mais cela, c'est une autre histoire !
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