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samedi 1 août 2015

Jeudis musicaux en pays royannais 2015, à mi-parcours


Pendant que des dizaines de milliers de personnes se pressent au mythique "Violon sur le sable", vaste entreprise de "vulgarisation" de la musique classique dont l'effet pédagogique me semble limité, notre Festival des Jeudis Musicaux continue à dérouler vaillamment sa 27e édition. Sans vouloir faire polémique, il me semble, paradoxalement, que côté diffusion de la musique classique auprès d'un plus vaste public, le second est nettement plus efficace que le premier. Les Jeudis, comme le faisait fort maladroitement remarquer PPDA, apportent la musique dans les "endroits les plus perdus". Je vous ai déjà chanté sur tous les tons cette manifestation aux 34 concerts, émaillés dans les plus petits villages de la communauté de commune royannaise : et notre parisien de service (il faut bien, là aussi des "têtes de gondole" pour attirer le chaland, habitué à la petite lucarne), même s'il le disait sur un ton un peu condescendant, avait parfaitement raison de souligner ce rôle éducatif du Festival. Depuis 27 ans, nos communes de parfois moins de 300 habitants, bénéficient, chaque année, d'un concert de très grande qualité (la programmation 2015 est proprement ébouriffante) et, forcément, cela finit par former le goût. Le Comité des fêtes qui "reçoit" prépare un petit pot pour l'après-concert et la tradition est bien instaurée : les "gens du village" sont impliqués, viennent au concert, émettent des voeux sur ce qu'ils pourraient entendre l'an prochain (violon-accordéon, quelle bonne idée !!) et se sont, année après année, approprié LE concert qui leur échoit. Je le disais, la musique est de qualité, et même si Yann Le Calvet doit, parfois, faire des concessions du type Lodéon ou PPDA pour attirer le bon peuple, l'ensemble est toujours excellent pour l'oreille et apprend ce qu'est un "vrai concert". Car Violon sur le Sable, avec ses moyens pharaoniques, ses déploiements techniques et pyrotechniques, ses extraits pour ne pas lasser et sa démagogie pour faire nombre, ne me semble pas transformer le moindre de ses spectateurs (et ils sont 120 000, voire 150 000 chaque été) en mélomane. Au contraire, ceux qui, après cette expérience, tentent un concert, sont forcément surpris par le côté austère de l'affaire. Surpris et ennuyés. Ils ne reviennent pas, ayant dormi ou, au mieux, baillé. Alors que les "gens des bourgades" (le mot est encore de l'inénarrable PPDA) assistent avec nettement plus d'intérêt au concert annuel de "leur" église.


Témoin ce concert absolument extraordinaire où Jérôme Pernoo se produisait en soliste, pour des sonates et partitas de Bach, une sonate de Connesson et une autre de Kodaly. Les mélomanes comprendront mon propos : un violoncelle seul, égrenant ces partitions dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont pas d'accès facile, pour éviter pudiquement de dire que c'est de la musique savante, a priori, ce n'est pas de la tarte. Et, dans la petite (et merveilleuse) église de Corme-Écluse, nous étions un peu inquiet de l'état du public au bout d'une heure de concert : on avait un peu peur que d'aucuns se laissent aller à des ronflements incontrôlés. Et bien, que croyez-vous qu'il arriva ?? Jérôme Pernoo, avec l'engagement, la passion, la fougue qu'on lui connait, a tenu sous le charme un public absolument subjugué. Il était tellement enthousiaste, fervent, vibrant, que pas un spectateur ne pouvait échapper à son jeu. C'était émouvant, captivant, fascinant, envoûtant... que nous étions tous pris dans les rais de ses notes. Un silence impressionnant régnait dans l'église et les applaudissements étaient des ovations non commanditées !! Rien que pour un concert de cette qualité, Yann Le Calvet mériterait une décoration : c'est de la vraie démocratisation de la musique, ça !!


Il y a eu, en ce début d'été, bien d'autres grands moments : parmi eux l'improbable concert autour de Pauline Viardot. Là encore, Pauline Viardot, une cantatrice du XIXe, accessoirement compositrice presque jamais jouée, qui cela peut-il intéresser à l'aire du numérique ? Une salle entière sous le charme et l'émotion... si, si, je vous le garantis. Les protagonistes étaient l'excellent accompagnateur (et très bon soliste) Jonas Vitaud, au piano, une violoniste de haut vol, Marion Passou et la soprano au timbre chaud et prenant Geneviève Laurenceau. Et ils jouaient des oeuvres de Pauline, dont l'adorable Hai Luli (dont je vous recommande chaudement l'audition ci-dessous dans le merveilleux théâtre de Palladio à Vicence) ... de Saint-Saëns, Tchaïkovski, Lizt, Wagner et Gounod.

Voir les paroles en note 2

Pas vraiment de la musique de foire, encore des partitions difficiles et exigeantes. Mais les trois artistes étaient secondés par l'impressionnante Brigitte Fossey, qui grâce à des textes judicieusement choisis, liait la sauce !! Des lettres surtout, de Georges Sand quand elle gardait la petite fille de Pauline alors que cette dernière était en tournée, des réponses de la maman émue, des échanges épistolaires entre Pauline et son grand amoureux, Tourgueniev, qui l'aima durant 40 ans, des poèmes dont la sublime Nuit de Mai de Musset, récité avec une émotion sans afféterie par la grande actrice. On a ri, on a pleuré, on a écouté des airs nouveaux, bref, encore une soirée pour mieux aimer la musique.


Transmusibérien, dans un genre comparable, était plus difficile d'accès : le répertoire russe est moins aisé d'écoute et le choix des œuvres était pointu : Honegger - Ravel - Debussy - Schonberg - Berg - Borodine - Stravinsky - Beffa - Rachmaninov... Le quatuor Salieri le servait avec beaucoup de talent, mais cela restait austère. PPDA, puisque c'est à ce concert qu'il participait, était là pour, lui aussi, faire prendre la mayonnaise. Avec de très beaux textes de Cendrar à Gogol. Bien choisis mais très nostalgiques. Et surtout dits sans grande passion, d'une voix une peu monocorde, l'homme n'est pas un acteur, mais, en l'espèce, seulement un lecteur. Pourtant, le spectacle était de très belle qualité, mais son aspect de vulgarisation moins évident ! Cependant le public était ravi, mis en condition par la popularité du présentateur ex-vedette.



Un autre concert remarquable, fut celui de Bertrand Cuiller, dans l'adorable village de Floirac, au bout du bout de la communauté de communes, cadre enchanteur, 315 habitants, et un des meilleurs pots du Festival (un Cognac-orange que je vous recommande ... faut venir à Floirac !). Bertrand Cuiller est un claveciniste de premier plan (qui joue aussi du cor !! pour l'anecdote) qui nous a interprété un programme, là aussi, pour connaisseurs : première partie des pièces de virginalistes anglais, entendez une musique savante du XVIe, du vrai baroque pur et dur, deuxième partie, plus facile d'accès, du Rameau. Claveciniste dans de grands ensembles baroques français, Bertrand Cuiller mène une carrière de chambriste de soliste international. Son jeu, d'une rare intensité et d'un toucher plein de finesse et d'élégance, a tenu le public sous le charme. Public qui avait du mérite car le fameux "Violon" (sur la ville cette fois), ne jouant pas le jeu de la complicité, offrait ce soir-là une affiche déloyale : Zygel et un autre pianiste en match d'improvisation sur le court de tennis de Royan. A 5 euros (1). Un jeudi, alors que c'est la CARA qui soutient les deux manifestations... cherchez l'erreur !!


Bref - et je n'ai pas tout cité, le quatuor Hermès à Arces-sur-Gironde (690 habitants !), Claire Désert à Breuillet, la semaine prochaine le Quatuor Danel à Mornac et à Semussac, Jordi Savall à Saint Romain de Benet en clôture du festival - une programmation superbe pour un festival plein de découvertes, de moments intenses et de qualité, une réussite toujours aussi louable. D'autant plus louable que les conditions pratiques sont difficiles pour les mélomanes et autres amateurs qui doivent faire plus d'une heure de queue puis d'attente pour acheter leurs billets, au motif qu'il serait trop compliqué de prévoir des réservations... à l'heure d'internet !! Quand le moindre festival a un système de réservation en ligne, nous en sommes à l'ère des cagouilles : et le public des Jeudis, courageux, toujours de bonne humeur (ou presque !!) joue le jeu. Mais, et c'est désolant comme effet secondaire, quand il pleut, l'église est à moitié vide car beaucoup reculent devant la perspective d'une attente d'une heure sous l'eau ! Il faudrait absolument que la CARA prenne en compte le succès, la qualité et la réussite de ce Festival et donne aux organisateurs les moyens de le rendre encore plus attractif pour le public.

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(1) Et pourtant les concerts des jeudis sont à des prix ultra-doux : 12€, ramenés à 10 par le jeu de la fidélité puisqu'on a droit à une place gratuite dès lors qu'on en a acheté 5... soit 3 concerts pour un couple !!

(2) Je suis triste, je m’inquiète,
Je ne sais plus que devenir,
Mon bon ami devait venir,
Et je l’attends ici seulette.
Haï luli, haï luli
Où donc peut être mon ami ? (bis)

Je m’assieds pour filer ma laine,
Le fil se casse dans ma main…
Allons, je filerai demain ;
Aujourd’hui je suis trop en peine !
Haï luli ! Haï luli !
Qu’il fait triste sans son ami ! (bis)

Si jamais il devient volage,
S’il doit un jour m’abandonner,
Le village n’a qu’à brûler,
Et moi-même avec le village !
Haï luli ! Haï luli !
A quoi bon vivre sans son ami ?


Strophe non chantée : Hélas! je languis dans l'attente,
Et l'ingrat se plaît loin de moi!
Peut-être il me manque de foi
Auprès d'un nouvelle amante!
Haï luli! Haï luli! Haï luli!
Aurais-je perdu, perdu mon ami? (bis)


samedi 6 juin 2015

Jeudis Musicaux en Pays Royannais, 27e édition

Eglise de La tremblade

J'y vais, comme chaque année, de ma petite promotion du merveilleux festival qui égaye et enrichit notre été : Jeudis Musicaux en pays Royannais. Il a été lancé jeudi 4 juin à Saint Georges de Didonne, avec un nom qui attire et draine les foules, au point d'en avoir prévu une réplique le lendemain à La Tremblade : Nemanja Radulovic et l'ensemble Les trilles du diable. Et cette année, nous pouvons profiter non seulement du concert mais aussi du charmant pot organisé par le comité des fêtes de chaque commune (34 communes de la communauté d'agglomération de Royan participent ... et nous pourrions attribuer des étoiles à ces pots !) car Alter ne travaille plus le lendemain.
Mais revenons à ce premier concert.


Au programme - forcément dans ce type de manifestations qui se veut pour le concert d'ouverture, très "large public" - un pot-pourri un peu "mimi bazar", mais qui a le mérite de ne pas lasser les amateurs non habitués de la "grande musique" :  Kreisler - Mozart - Bach - Bizet - Paganini - Bériot - Williams - Kusturica - Monti. Et quelques bis de même acabit.
Au violon, le jeune serbe de 30 ans qui "déchire" les écrans depuis qu'il été consacré “Révélation internationale de l’année” lors des Victoires de la Musique de 2005, et nommé “Rising Star” en 2006-2007. Il faut dire qu'il peaufine soigneusement son look rockeur et que ça plait : jeans moulants, bottes de moto et cheveux en pétard, Nemanja Radulovic introduit dans l'ambiance supposée compassée de la musique classique, une petite dose de provocation qui enchante les papis et les mamies. Mais au-delà de l'anecdote, ce garçon, furieusement doué et très généreux, propose un jeu plein d'émotion. Son archet et ses mains sont à la fois pleins d'énergie et de virtuosité, mais aussi, quand il le faut, de finesse et de retenue.
Son ensemble, Les Trilles du Diable, tire son nom de la Sonate pour violon en sol mineur, composée par Giuseppe Tartini (1692–1770) et toujours réputée comme étant un des plus difficiles morceaux pour l'instrument. Nemanja Radulovic, le Quatuor Illico et Boban Stošić se sont rencontrés autour de l'idée d’offrir au public le plus large, le plaisir qu’ils ont à vivre et à partager la musique. Cela forme une sorte de mini orchestre avec soliste (pas un sextuor) qui est très efficace. Et, pas de doute, ils jouent avec une joie qui fait plaisir à voir : on pourrait leur décerner sans hésitation le prix de l'ensemble le plus souriant et le public, pas forcément mélomane, en redemande. Cela rassure, cette attitude décontractée face à la partition.


Mais au-delà de ces bonnes intentions et de la gentillesse évidente de Nemanja et de ses acolytes, il y a un peu de fausse-monnaie dans tout cela. Qu'ils jouent Paganini ou des musiques de film, OK, pas de problème (sans pour autant prétendre qu'il y faut une telle virtuosité : Paganini c'est difficile quand le violon joue en soliste, pas quand il partage la partition avec d'autres cordes !!)... mais qu'ils s'attaquent à Mozart ou à Bach, sans le moindre respect pour la partition, venant de musiciens "blanchis sous le harnais", c'est une imposture qui n'est pas digne d'eux, ni du public qui, malgré ces "facilités", s'ennuie. On va me dire que c'est pour la bonne cause, qu'il s'agit d'essayer d'amener les auditeurs à "supporter" Mozart ou Bach... Allons donc !! ces compositeurs ont écrit de suffisamment belles pages pour n'avoir pas besoin d'adaptations mal harmonisées pour plaire. Et une telle approximation venant d'un musicien du talent de Radulovic, c'est une mystification et un gâchis. On comprend très bien ce qui lui arrive : célèbre trop tôt, trop vite, il a envie de s'amuser, de profiter de ce succès que son joli minois lui assure à coup sûr ; et il apporte un petit vent de folie qui fait frémir les braves gens !!


Ceci étant, je ne vais pas nous gâcher la fête : et si c'est le prix à payer pour avoir la chance - inouïe dans nos contrées reculées - d'entendre le Quatuor Hermès (le 25 juin à Arces-sur-Gironde), Jacques Pernoo (le 2 juillet à Corme-Ecluse : en voilà un justement qui fait de la "vulgarisation" de qualité avec son école des mélomanes), le Quatuor Arod (le 9 juillet au Chay), Jean-Frédéric Neuburger (le 16 juillet à Arvert), le Quatuor Danel (le 6 août à Mornac-sur-Seudre), Éric Le Sage et le Fine Arts Quartet (le 13 août à Chaillevette et à Saint-Palais-sur-mer), David Bismuth (le 10 septembre à L'Éguille-sur-Seudre) ... Jordi Savall (le 24 septembre en concert de clôture)... et bien  d'autres... pas de problème, ce prix on le paie allègrement, et sans se plaindre.


Le public était tellement heureux que cela faisait plaisir à voir, et on ne va pas être bégueules. On savait ce qui nous attendait et on a quand même eu envie d'en être ! Ne serait-ce que pour fêter l'ouverture de ce festival hors normes (4 mois de musique de très haute qualité dans des villages dont certains n'ont que 315 habitants (Floirac), 235 (Brie-sous-Mortagne) ou même seulement 103 (Talmont-sur-Gironde) : admirez la constance, l'engagement et la générosité du directeur artistique du festival, Yann Le Calvet, à qui on ne dira jamais assez merci pour ce merveilleux été en musique !

Programme du mois de juin :

Jeudi 11 juin 21h : Vaux-sur-Mer Eglise Saint-Etienne
Quatuor A'Dam Olivier RAULT, ténor Louis-Pierre PATRON et Pierre BOUDEVILLE, barytons Julien GUILLOTON, basse Desprez - Passereau - Saint-Saëns - Poulenc - Schumann - Schubert ... - Negro spirituals et anglais

Jeudi 11 juin 21h : Barzan Eglise Saint-Pierre
Duo violoncelle / piano Marc COPPEY / Aurélien PONTIER
Boccherini - Weber - Popper - Dvorak - Chopin - Saint-Saëns - Fauré - Debussy - Ravel - Martinu

Jeudi 18 juin 21h : Breuillet Eglise Saint-Vivien
Récital piano Claire DESERT 
Beethoven - Chopin - Schumann - Schumann/Liszt - Verdi/Liszt

Jeudi 18 juin 21h : Talmont-sur-Gironde Eglise Sainte-Radegonde
Caravan Quartet Sébastien GINIAUX et Robert ENSINA, guitares Mathias LEVY, violon Olivier LORANG, contrebasse
Jazz manouche et créations

Jeudi 25 juin 21h : Saint-Sulpice-de-Royan Eglise Saint-Sulpice
A deux violes esgales Sylvia ABRAMOVICZ et Jonathan DUNFORD, violes de gambe
Marais - Charpentier - Lully - Monsieur de Sainte Colombe

Jeudi 25 juin 21h : Arces-sur-Gironde Eglise Saint-Martin
Quatuor Hermès Omer BOUCHEZ et Elise LIU, violons Yung-Hsin CHANG, alto Anthony KONDO, violoncelle
Mozart - Schubert - Janacek

Pour la suite du programme voir le site

jeudi 2 octobre 2014

C'ÉTAIT LE DERNIER JEUDI ...

La superbe photo du concert de Saujon n'est pas de moi (pas le droit de monter à la tribune !! et surtout pas envie de troubler le concert ...) mais du journal Sud-Ouest

Après une belle période de béatitude musicale - 4 longs mois de concerts hebdomadaires (voire bi-hebdomadaires) - la fête est finie et les Jeudis Musicaux ont plié boutique jusqu'en juin 2015. Cela fait tout drôle d'être jeudi et de ne pas être en train de faire la queue devant une de nos églises saintongeaise, coussin à la main pour affronter les bancs inconfortables et patience inaltérée pour obtenir un billet à 12 euros (1), sésame indispensable pour profiter des talents offerts à notre écoute. Le dernier concert, il y a 8 jours, nous a permis d'entendre, dans un récital Schubert-Liszt, Bertrand Chamayou dont nous sommes, Pétignac oblige, des fans (presque) inconditionnels. Ce programme, nous l'avions déjà entendu il y a à peine plus d'un an, dans le cadre du Festival de Saintes, et, pudiquement, j'avais préféré ne pas m'en faire l'écho, n'aimant pas trop exprimer ici des réticences qui, la toile est faite ainsi, laissent des traces souvent trop durables. Ce qui est admirable c'est que Bertrand, à qui nous disions après le concert l'avoir entendu à Saintes, sans oser aller plus loin qu'un pudique " le concert de ce soir était parfait", nous avoua avec la modestie qui le caractérise qu'il n'avait pas alors assez les morceaux "dans la peau", et qu'il n'était sûrement pas au mieux de sa forme pianistique. Quelle belle leçon d'humilité de la part d'un très grand artiste qui a travaillé un an, et qui sait qu'il s'est ainsi approprié ces œuvres qu'il joue maintenant avec une finesse d'interprétation, une audace et une sensibilité qui leur rendent toute leur lisibilité. Quelle belle persévérance aussi de jouer et rejouer jusqu'à atteindre une perfection, un côté "achevé" qui s'entend et se partage comme une véritable offrande musicale.

Toujurs grâce au  journal Sud-Ouest, la photo de congratulation de fin de Festival où l'on nous a promis que la communauté d'agglomérations Royan Atlantique continuera à financer le superbe travail de Yann le Calvet (à droite) : merci aux élus !!

Les Jeudis Musicaux ont donc pris leurs quartiers d'hiver et il nous faut attendre 8 mois pour retrouver ces concerts pleins de charme et d'une qualité sans cesse plus aboutie... et vivre à plein (nous faisons très attention aux dates de nos escapades durant l'été afin d'en rater le moins possible) ce qui est sans doute un des, si ce n'est LE plus long Festival de France !! Une très belle démocratisation de la musique dite "classique", offerte pour un prix très doux à tous, créant dans les "campagnes" un vrai attachement à ces manifestations qui sont, souvent, le seul concert de l'année dans de petits villages perdus. Qu'on imagine : 34 communes, de Royan, la "ville" aux plus petits endroits, comme Floirac, 321 habitants... et, chaque fois, une église pleine ! Des mélomanes, bien sûr, mais en juin et en septembre, nettement moins de touristes, des fidèles et, "pour de vrai", les habitants du village. Cela dure depuis 26 ans et les gens ont pris l'habitude de venir, plus du tout rebutés par l'aspect "classique" de la musique qui s'offre à eux. Accueillis comme de vieux amis par l'incomparable directeur artistique (bénévole) du Festival, Yann Le Calvet, qui fait là oeuvre de vulgarisation au sens noble du terme, chacun se sent chez soi dans ces concerts. Les oeuvres sont toujours présentées avec générosité par les artistes. Et le pot qui suit permet de parler en toute décontraction avec eux, offrant à tous une vraie familiarisation avec la pratique musicale. Un beau boulot qui mérite, une fois de plus, d'être salué !


Il me venait, ce matin, une interrogation, voire un agacement, en entendant parler un quelconque journaliste sans doute bien intentionné mais têtu, de "spectacle vivant". Il décrivait une initiative "culturelle" d'un genre un peu mineur, théâtre de rue et saynètes improvisées, et il en avait plein la bouche de son "spectacle vivant". Et moi de me demander si les spectacles auxquels nous assistions toute l'année, du Festival des Jeudis Musicaux au théâtre avignonnais en passant par d'autres concerts ou pièces, était du "spectacle mort". Il m'est donc advenu une curiosité légitime : mais qu'est-ce donc que ce "spectacle vivant" pour qu'on lui tresse de telles louanges et qu'on l'appelle ainsi, n'hésitant pas à jeter une suspicion de sclérose et d’encroûtement sur les autres formes d'expression. Wikipédia, à l'aide !!
"Le spectacle vivant se caractérise par la coprésence d'actants (ceux qui donnent à voir et à entendre) et d'un public (ceux qui ont accepté de voir et d'entendre)."
Misère, on commence bien avec un tel verbiage !! Continuons ...
"Il éveille un sentiment chez le spectateur : tragédie, mélancolie, joie, anxiété,... En cela, le spectacle vivant désigne de nombreux modes d'expression artistique : le théâtre, la danse, les arts du cirque, les arts de la rue, les arts de la marionnette, l'opéra et la musique live. On parle aussi d'arts du spectacle mais cette expression peut également englober le cinéma dans certaines acceptions, notamment dans les cursus universitaires adoptant cet intitulé."
Malheur, les cursus universitaires maintenant, et les vieilles badernes de mandarins qui parfois y sévissent !! Passons... Forte de ce viatique, qui ne m'a pas appris grand chose au passage, j'ai continué ma quête : pour apprendre plus loin que les derniers budgets de la Culture étaient, vous le saviez, en baisse (d'environ 4 ou 5%) "malgré une sanctuarisation du spectacle vivant". Mazette !! Quel tour de force, sauf à déclarer que la Culture, avec un grand C et le susdit spectacle, ce n'est pas la même chose. Ah bon, mais alors ce n'est guère flatteur pour lui ! Déclaration du candidat Hollande en 2012 « La Culture fait partie du patrimoine et de notre projet » martelait le futur président de la République, en insistant sur les efforts particuliers qui seraient consentis en 2012 pour le spectacle vivant même en cette période de crise. Bon, c'est donc particulier le spectacle vivant, et cela doit être protégé, sanctuarisé (oh le vilain mot en l'espèce), défendu ... contre ... contre qui justement ?? Contre le spectacle mort ? Celui qui n'est "que" culture ? Voyons, ce n'est pas sérieux tout cela, et les baisses drastiques de toutes les subventions aux divers festivals estivaux prouvent qu'on mélange un peu les notions et les genres.

Est-il assez "spectaculaire" l'éclairage du choeur de l'église pour avoir droit au qualificatif "vivant" ???

Bon, je l'avoue, je fais la bête pour avoir du foin, mais Larousse me précise que "l’appellation «spectacle vivant» désigne un spectacle qui se déroule en direct devant un public, par opposition aux créations artistiques de l’audiovisuel issues notamment du cinéma, de la télévision ou d’Internet. Elle s’applique majoritairement au théâtre (en salle ou dans l’espace urbain), à l’opéra, à la danse, au cirque et au cabaret. Elle peut être aussi employée pour désigner les diverses formes de musique (classique, contemporaine, variétés, jazz, rock, etc.). Cependant, il s’agit là d’un élargissement de la notion, car le concert de musique, mis à part quand il se déroule avec des effets spectaculaires, ne relève pas exactement de la représentation." Où l'on apprend que la musique est proprement bannie du concept car pas assez "spectaculaire". Ben voyons, allez dire cela au jeune Edgar Moreau quand il se donne à entendre après une jeunesse passée à décliner ses trilles, à Bertrand Chamayou qui a peaufiné amoureusement son Schubert pendant plus d'un an pour nous le servir à point, au quatuor Modigliani qui s'évertue à distiller la musique comme un récit parfait ... et à tous ceux Yann avait invités cet été. Pas vivants les mecs, bons pour le cimetière ! Il y a des moments où les manies langagières de notre époque bégueule et bourrée d'a priori, me porte sur le système !! Et j'aimerais bien que les élus de tous poils entendent que ce n'est pas en subventionnant tout ce qui bouge (2) au détriment de formes artistiques jugées trop "conventionnelles" qu'ils aideront à une vraie démocratisation de la culture. Tous les Festivals de Musique Classique ont vu leurs aides dramatiquement ratiboisées, alors que la grande majorité enregistrent une magnifique fidélité, voire un sérieux accroissement de leurs publics. Alors, cherchez l'erreur !!

Allez, une dernière pour la route, bleue celle-ci !!

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(1) avec une entrée offerte toutes les 6 entrées, cela ramène le prix de la place à ... 10€ (5 x 12€ = 60 € les 6 places)
(2) Je cite : "Le corps est au centre des arts du spectacle vivant ; Il est un moyen d’expression pour les artistes et un moyen de réception pour les spectateurs." 
Je cite encore "Les artistes se jouent de leur image pour entrer dans la peau d’un personnage, pour interpréter une oeuvre artistique. Un danseur qui danse nu par exemple ne fait pas qu’exposer son corps aux regards, il incarne un personnage et interprète une oeuvre en public. Dans le spectacle vivant, les artistes constituent pour eux-mêmes leur premier outil de travail ... Ainsi l’expression corporelle leur permet d’exposer artistiquement leurs mondes intérieurs."

jeudi 28 août 2014

EDGAR MOREAU : JEUNE ET SI PROMETTEUR


Il a grandi depuis cet époque où Autour du Puits nous parlait déjà de lui, mais il reste un jeune prodige, comme aiment à l'annoncer les journaleux de service, dépêchés aux concerts, pour y pondre quelqu’article de bon aloi. Cela ne se laisse pas passer, ne serait-ce que pour vous dire fièrement dans quelques années "vous en souvient- il ? j'y étais ! " . Mais non, je plaisante ... il s'agit seulement de vous parler d'un jeune violoncelliste plus que prometteur, et qui, si sa carrière est bien conduite, devrait compter parmi les plus grands dans les décennies à venir. Vous le connaissez peut-être, car la bienheureuse manifestation des Victoires de la Musique Classique l'a déjà mis sur le devant de la scène. Bienheureuse, dis-je, malgré mon aversion dûment répertoriée pour la chose télévisuelle, car il faut bien avouer que sans passage à l'étrange lucarne, les plus talentueux restent de pauvres inconnus. Et s'il faut en passer par là pour promouvoir les talents, passons allègrement.


Donc Edgar Moreau, que nous avons entendu, excusez du peu, dans 4 concerts, me semble idéalement devoir devenir un grand violoncelliste. A peine 20 ans, mais déjà un jeu "habité". Une technique irréprochable, de celles qui permettent d'offrir au public béat ces petits tours de force ''paganiniens"qui, enfin de concert entraînent des acclamations nourries, mais aussi un son rond, chaud, profond ... des attaques impeccables et, surtout, un sens très aigu de la partition... tous les ingrédients sont là pour assurer à ce tout jeune homme un avenir brillant. Invité par le quatuor Modigliani dans le cadre d'une"carte blanche" des Jeudis Musicaux royannais, il nous a d'abord offert un concert en soliste, Bach, Crumb et Ligeti. Plus tard, dûment "couvé" du regard par les quartettistes attentifs, il a interprété avec maestria le quintette avec violoncelle de Schubert. Puis, c'est dans le cadre du Festival du Périgord Noir, que nous l'avons retrouvé pour une carte blanche, deux jours plus tard, à Saint Léon sur Vézère. D'abord en duo, avec le très talentueux Pierre-Yves Hodique au piano, pour des oeuvres de Brahms, Chopin, Beethoven et Paganini. Et le soir, en quatuor avec sa petite soeur, Raphaelle, un peu tendue - mais elle a encore un an de moins que lui - et avec Adrien La Marca  à l'alto et l'excellent David Kadouch au piano. Au programme des œuvres de Mozart, Schumann et Tanguy.


Pour en revenir à notre "héros" du jour, je vous assure qu'il a un potentiel étonnant ce minot ! Car non content de manier l'archet avec une virtuosité rarement prise en défaut, il a une "vraie" sensibilité. Edgar Moreau est aussi pianiste, il a même décroché des prix d'interprétation à cet instrument, et ceci explique peut-être son approche particulièrement fine des œuvres. Immergé dans la partition, il fait preuve d'une maturité et d'une autorité qui "habillent" ses interprétations d'une présence idéale.
L'ampleur et l'élégance de son jeu doivent aussi, il ne faut pas le nier, au merveilleux instrument qu'il a la chance de posséder : un David Tecchler de 1711 qui, chose rare, lui appartient ou du moins appartient à sa famille. Le père d'Edgar étant antiquaire, il a eu l'occasion d'acheter et de faire restaurer cette pièce rare du luthier autrichien, qui après avoir vécu à Salzbourg, travailla aussi à Venise et à Rome où il se rendit célèbre pour ses violoncelles remarquables. Peu d'instrumentistes ont la chance, surtout à 20 ans (en fait il le joue depuis le concours Rostropovitch gagné en 2009), d'avoir une pareille merveille.


Un drôle de phénomène que de voir cet enfant tenir sous le charme une assemblée de mélomanes chenus, un peu "revenus" de tout et ayant, souvent, entendu tous les disques, comme d'autres ont, en leur temps, lu tous les livres. Il vous prend, à écouter ainsi ces tout jeunes artistes, des états d'âme sur la vie que mènent ces enfants surdoués. Pas forcément privés de jeunesse mais pour le moins soumis à une discipline de fer, des heures de gammes et de travail ingrat et répétitif, la pression permanente des concours, le stress impitoyable de la compétition; les attentes exigeantes de l'entourage... tout cela pour exercer un métier ingrat, courir de pays en sous préfecture, logeant de-ci, de-là, supportant des publics divers, pas toujours très attentifs, plus ou moins mélomanes et n'appréciant pas forcément à sa juste valeur l'étendue de votre talent. Quel mérite alors de donner, comme le fit Edgar Moreau tant à Royan qu'à Saint Léon, le meilleur de soi-même... Jugez-en en écoutant l'émission de France Musique le concert de midi : écoutez cet archet, puissant, précis et tellement convaincant ! Un vrai plaisir... Pourvu que sa carrière soit bien menée, pourvu qu'il soit porté par un entourage aimant et attentif pour affronter cette vie difficile de soliste ou de chambriste (un sacerdoce parfois !!), pourvu qu'il soit encore longtemps jeune, généreux et heureux de jouer pour nous.





Et pour en terminer avec Saint Léon, notre autre coup de cœur a été pour le tout nouveau trio "Les Esprits", créé en 2012 par Adam Laloum avec la violoniste Mi-sa Yang et le violoncelliste Victor Julien-Laferrière. Ayant une prédilection marquée pour le pianiste (que nous allons écouter vendredi prochain à Fontaine d'Ozillac), je vous avoue que j'attendais avec impatience ce concert. Non seulement mes attentes n'ont pas été déçues, mais j'ai été proprement enthousiasmée, prête à courir aux quatre coins du pays pour les entendre : une complicité sans égale, trois talents de haute volée qui jouent avec beaucoup d'humilité, chacun ayant à cœur de mettre les autres en valeur, et surtout un engagement rare et une sensibilité proprement idéale. Tout cela malgré un accord proprement calamiteux du piano (qu'Adam Laloum a subi avec une incroyable gentillesse : il a juste désiré reprendre en bis le mouvement complètement gâché du Mozart afin de ne pas nous laisser avec une mauvais impression !!), je suis certaine que si Gérard avait commis une pareille ineptie, il se serait fait hara-kiri dans l'heure ! Vatel s'est suicidé pour moins que cela. A suivre de très près ce trio !! Sublime...

vendredi 25 juillet 2014

UN JEUNE HOMME POUR L'ÉTÉ


Ceux qui tiennent un blog en ont sans doute fait l'expérience : lorsque, au cours d'une conversation amicale, vos proches, parfois fidèles et indulgents lecteurs de vos élucubrations, pensent à quelque chose d'intéressant, ils vous disent volontiers "Tiens, tu devrais faire un billet là-dessus". Tout comme ils vous suggèrent volontiers photo ou actualité qui leur semble pouvoir donner lieu à quelque nouvel article. Ainsi, l'autre jour, un ami, amusé d'une formule que j'employais à je ne sais plus trop quel sujet, déclara tout de go "Cela ferait un bon titre pour ton blog", et me mit au défi de broder là-dessus. Sortie de son contexte, la phrase, "un jeune homme pour l'été", a un petit côté coquin qui l'amusait fort et la tablée s'est divertie à la perspective du pensum dont il m'avait chargée. Pour autant, je ne me défile pas, et me voici, armée d'une formule improbable et ambiguë, prête à vous servir un brouet estival. 


Un jeune homme pour l'été, dans la bouche (ou plutôt sous la plume) d'une quasi sexagénaire, cela a son petit côté égrillard qui prête à sourire. L'ami en question me voyait sans doute vous régalant de quelques libertinages canailles, développant avec mon sérieux habituel le phénomène cougar, et dissertant sans barguigner sur les Toys Boys, autant dire les lionceaux dont les dames de plus de quarante ans, dit-on, raffolent. Alors forcément je suis allée à la pêche aux renseignements, mais j'avoue que le sujet ne m'affriole guère, n'étant portée ni sur la chair fraîche, ni sur le muscle en tablettes.
Me voici donc contrainte de botter en touche. Et ne pouvant vous distraire en badinant sur les pumas femelles et leurs appétits fripons, je suis dans une impasse et maudis secrètement, en vrac, l'éducation par trop judéo-chrétienne qui me fait tout ignorer des délices polissons d'une libido libérée, ma pruderie atavique qui me tient éloignée des débauches "tendance" et des concupiscences licencieuses et mes valeurs démodées qui me font inutilement croire que la sagesse et la tempérance sont synonymes de vertu. Sauf que ... j'ai un sens très aigu du "ridicule" et quelques complexes bien assumés me tiennent définitivement à l'abri de toute illusion quant aux attraits d'une femme mûre, voire blette, aux yeux d'un éphèbe, fut-il en quête de tendresse, d'expérience, ou simplement nostalgique de giron maternel. 

Quant à l'ami qui m'a lancée sur cette piste délicate sur laquelle je suis joyeusement en train de m'étaler, il doit bien rire en lisant ces lignes : elle n'a rien qui vaille à nous dire, Michelaise, sur "son" jeune homme pour l'été. Sans compter que la susdite déteste la plage, et n'y met jamais les pieds : elle n'a donc rien à dire sur les Apollons balnéaires et autres jolis garçons dont elle pourrait, au moins, apprécier la plastique à défaut de vouloir les séduire.


Où voit-elle de jeunes hommes notre mamie grisonnante, ne fréquentant qu'expositions saturées de têtes argentées, musées où s'égaillent parfois quelques spéciMENS chenus de sa génération, pièces de théâtre envahies d'enseignants en retraite, et concerts dont la moyenne d'âge est telle qu'elle s'y sent, malgré ses soixante balais, toute jeunette ??? Mais au concert justement ! Selon l'étrange phénomène qui veut que la musique classique soit jouée, quasi toujours, par des jeunes pour des vieux - pardon, je ne suis pas adepte de la langue de bois et préfère parler clair - on se délecte souvent, dans les concerts d'une délicieuse alchimie, qui allie le talent à la beauté ! Mais oui... Et voilà Michelaise retombée sur ses pieds : elle va pouvoir, au motif de vous parler du génie musical de quelques nouveaux interprètes prometteurs, vous égrener une charmante galerie de jolies frimousses. Sauvée !! Et pour faire bon poids, je ne parlerai ici que de concerts vus avec cet ami facétieux qui pourra ainsi juger de mon choix - éclectique mais juste, si, si ! - de "jeunes hommes pour l'été".


Pour commencer, le coup de coeur du Festival de Fontdouce : un tout jeune pianiste de 18 ans à peine, Nikolay Khozyainov : il a été repéré au Concours de Dublin par Philippe Cassard, qui l'a immédiatement invité en Charente. Un jeune prodige, certes, mais pas du tout un phénomène de foire : un jeu enthousiasmant, d'une légèreté, d'une jeunesse, d'une délicatesse aériennes. Il nous a joué Chopin comme on ne peut le faire qu'à cet âge-là, avec cette petite note de romantisme et d'inventivité qui donnent à la partition un éclairage juvénile. Il a totalement conquis le public et, pas avare de bis, a terminé son concert par ce que je pense avoir été une improvisation sur l'air de Chérubin, pleine de fouge, parfaitement assortie à son physique d'angelot gracile. Mais il ne faut pas s'en laisser conter par cette jolie tignasse bouclée : ce gamin est doué d'une énergie et d'une efficacité qui lui promettent une longue et belle carrière.


Toujours à Fontdouce, Finghin Collins, un irlandais inspiré, qui vivait sa musique à fond : on a rarement vu derrière un clavier un telle expressivité physique, un tel engagement corporel. Certains chantent en jouant, lui ... il dansait. Il était tour à tour rieur, interrogatif, songeur, extatique et sans cesse prêt à décoller.


Pourtant, avec son look de clergyman, sanglé dans une veste noire ornée d'un col romain immaculé et sévèrement boutonnée jusqu'en haut, il était, rendu à la vie civile, tout ce qu'il y a de plus coincé : aimable mais cérémonieux, pas franchement à l'aise avec le vieux monsieur venu le féliciter. Mais devant son clavier, il était comme immergé dans un monde musical qui le passionnait à tel point qu'il nous communiquait son ardeur, et nous fit oublier les quelques imprécisions dues, on veut bien l'admettre, à un trop grand engagement. 


Et pour finir, dans le cadre des Jeudis Musicaux qui, comme chaque année nous régalent de 34 concerts où le charme des artistes s'allie fort agréablement à la qualité des interprétations, un concert tout à fait original nous a permis de découvrir deux jeunes talents, d'un professionnalisme sans reproche. Claire Luquiens et Samuel Strouk sont repectivement flûtiste et guitariste. Alliance a priori improbable, les partitions pour ces deux instruments étant, sauf celles de Piazzolla, très rares, et pourtant ô combien réussie. Et ce, pour plusieurs raisons : d'abord ces deux instrumentistes sont de très haut niveau et leur jeu est impeccable. Ensuite, musiciens dans l'âme, ils ont su faire des transcriptions de fort bon aloi qui ne trahissent ni la partition, ni le musicien. Même quand il s'agit de La Grande Valse brillante de Chopin jouée façon manouche, on est pris. De plus, l'utilisation, en particulier pour les œuvres pour piano, de la flûte comme main droite et de la guitare comme main gauche, permet de faire ressortir le chant tout en assurant un parfaite indépendance des deux parties, ce qui donne des résultats vraiment convaincants. Enfin, et pour ne rien gâcher, ces deux jeunes gens sont beaux, et leur duo élégant et souriant est plus que plaisant à voir et à entendre. D'autant que Samuel Strouk est doué d'un vrai charisme : il sait présenter chaque pièce avec un habile mélange d'enthousiasme, de précision technique et de mots aisés à comprendre, qui tient le public sous le charme ! Un couple à aller écouter sans hésitation s'il passe près de chez vous.

Voilà, je me suis acquittée du challenge dans lequel je m'étais imprudemment lancée en réussissant à vous parler un peu musique, un sujet pas toujours facile à traiter pour des lecteurs qui n'ont aucun chance de voir les concerts concernés. Et je dois vous avouer que cela aurait pu être pire car l'ami en question avait relevé parmi mes phrases insouciantes "une femme à la demande", suivi parait-il de "au moindre prix", et menaçait de me soumettre au même défi avec cette formule encore plus périlleuse. Je crois que, dorénavant, je tournerai avec lui sept fois ma langue avant de parler, au risque de devoir vous abreuver de billets sans queue ni tête durant tout l'été !!

samedi 28 septembre 2013

JEUDIS MUSICAUX dernière


Et voilà, après 4 mois de musique intensive, de soirées inégales mais toujours agréables, on range le petit sac vintage (ben oui, il est de 2012) des Jeudis Musicaux en attendant avec impatience le mois de juin 2014, et l'accomplissement des belles promesses de Yann, qui ne manque pas de nous annoncer, tout fier, et il a lieu de l'être, "L'an prochain je fais venir...." et suivent des noms prestigieux, inattendus dans nos terres océanes si loin des cimaises parisiennes et pourtant singulièrement gâtées par des concerts de qualité, voire même, certains soirs de prestige. Ceux d'entre vous qui me suivent régulièrement et n'habitent pas la région sont en train de penser in petto "Et voilà Michelaise repartie sur son cheval de bataille, elle nous soûle avec "ses" Jeudis Romans" ... mais aussitôt, je le sais, votre indulgence reprend le dessus car vous savez que la susdite Michelaise est convaincue, aussi modeste que soit son lectorat pour ce type de billet, de la nécessité de rendre hommage aux talents locaux, et Yann, qui fait vivre la petite communauté mélomane de la côte royannaise, en est un d'évidence ! 

Piano : Johan Farjot
Violon : Arnaud Thorette
Soprano : Karine Deshayes
Brahms - Massenet - Fauré - Saint-Saëns

Le mois de septembre, et ce n'est pas l'un des moindre mérites de notre "directeur artistique" que de faire durer le Festival encore tout un mois après le départ des touristes, a commencé par un concert drôlement agréable, hyper sympathique de surcroît, à l'église de Saujon. Eglise de Saujon dont il faudra que je vous parle sous peu car elle recèle des trésors insoupçonnés et pourtant superbes.


Revenons au concert : Karine Deshayes, entendue l'an dernier à l'Opéra de Paris pour Carmen, même si elle nous avait semblé un peu "juste" dans le cadre démesuré de la Bastille, c'était tout de même une superbe affiche. Et dans l'église de Saujon, à l'excellente acoustique et au cadre beaucoup plus humain, c'était superbe. Une voix chaude, agile, expressive et veloutée : que demander de plus pour passer une belle et bonne soirée, à écouter des mélodies de Brahms, des mélodies françaises (très tendance en ce moment !! décidément, les modes, ça va, ça vient, il y a quelques années ces mélodies semblaient ridicules et désuètes, et on les a retrouvées avec un plaisir intact) et quelques airs de comédies musicales américaines. A ses côtés, un pianiste très attentif, délicat et généreux, Johan Farjot qui ajoutait à ses talents d'instrumentistes ceux de présentateur : ce que le public a beaucoup apprécié. Et pour finir, petite cerise sur le gâteau car les mélodies sont souvent jouées avec un seul piano et la présence d'un instrument à corde est un plus mélodique important - créant une deuxième voix, soulignant ou contrariant la voix avec beaucoup d'à-propos - Arnaud Thorette, jonglant avec son violon et son alto, deux superbes instruments modernes construits spécialement pour lui et d'une sonorité enchanteresse, complétait le trio. Je me disais que j'avais déjà vu sa tête quelque part, dans un quatuor... mais j'avais beau me creuser les méninges, impossible de trouver. Et, à force de chercher, j'ai retrouvé Arnaud Thorette sur d'anciennes photos et dans un ancien billet (je notais même avoir eu un coup de foudre pour la personnalité étonnante d'Arnaud Thorette) : il appartenait au quatuor Raphaël, entendu et fort apprécié lors du concours de Bordeaux en 2011 et qui chuta malencontreusement lors de la finale (je déplorais alors que ce fut un ensemble de solistes, et de fait, nous avons aussi entendu aux Jeudis Musicaux Pierre Fourchenneret). Au total, un concert facile, des très grands talents, manifestement ravis de jouer Massenet ou Gounod, et leur bonne humeur ajoutait au charme de la soirée !!


Violoncelle : Noémie Boutin
Violon : Julien Dieudegard Piano : Jonas Vitaud 
Haydn - Chostakovitch - Mendelssohn

Noémie Boutin, nous l'avions déjà entendue à Ouessant, participant au tout jeune quatuor Antigone pour un concert mémorable où l'ensemble créa, avec Lorène de Ratuld, à la re-création du quintette de Rita Strolh. Elle était alors en remplacement de la violoncelliste du quatuor, elle-même appartenant au trio Cérès depuis longtemps. La preuve en est que ce trio décrocha, en 2006, un prix au concours de trios de Trieste (ben oui, encore un aspect à découvrir de la bonne ville de Siù, tant détestée par Stendhal à cause de sa bora, mais finalement pleine de charmes cachés !!).


Une soirée superbe du point de vue musical : l'ensemble est parfaitement équilibré, trois talents d'égale virtuosité, tous très attentifs aux autres, vraiment . Ils ont joué le trio ... de Haydn avec un esprit, une intelligence qu'on trouve rarement dans les ensembles de rencontre. On les sent unis par un idéal musical commun. Leur Chostakovitch était vivant, vibrant et ... Quant au Mendelssohn, le trio numéro 2, il était tout simplement parfait. Un groupe qui mérite qu'on retienne son nom.

vendredi 30 août 2013

JEUDIS MUSICAUX (août 2013)

En fait, le trio Dali, trio constitué depuis au moins 2008, a pour violoniste Jack Liebeck, absent à La Tremblade, où le remplaçait Tai Murray, la superbe violoniste américaine qui, après avoir parrainé l'Académie musicale de Royan 2013, fit florès à Violon sur le sable et qui avait accepté de venir jouer en formation de chambre, pour notre plus grand plaisir. Je ne sais ce que valent les Dali, mais la présence au violoncelle de Christian-Pierre La Marca me semble d'excellent augure. Toujours est-il que ce jeudi-là, Amandine Savary et lui étaient galvanisés par la présence de Tai et le bonheur de ces trois-là d'être ensemble, leur engagement, leur excellence en un mot, nous ont transportés. 

Prêts à attaquer !

La première pièce, la sublime sonate de Schubert, fut jouée un peu lentement, mais qu'importe, c'est tellement beau. Le trio numéro ... de Fauré et surtout le trio numéro 1 opus 8 de Brahms, oeuvre de jeunesse et pleine d'une fougue qui seyait parfaitement à ces jeunes et talentueux interprètes, ont été enlevés de main de maîtres(s), et ce fut un grand moment de communion musicale.


Car ils étaient parfaitement impliqués dans les œuvres, et leur maîtrise de la partition, leur virtuosité et leur souci permanent d'union ont fait merveille : les voix étaient parfaitement audibles, les chants bien détachés, et ils se passaient la parole avec une telle fougue que ce fut, vraiment, un grand moment de musique.



Le quatuor Ébène, juste avant la première note, devant la très belle abside de Mornac sur Seudre

Une "grande" journée que ce jeudi 8 août, riche en émotions et en vibrations d'une rare qualité. La réputation du quatuor Ébène n'est pas à vanter, et elle est amplement justifiée : on a là un des plus grand quatuors qui soient, et ce ne sont pas des "paroles verbales". Ils jouent même Mozart, une toute petite pièce de 10 minutes, de façon impeccable, subtile et précise, ce qui est pour moi le test suprême ! Leur entente parfaite, leur lecture intelligente et cultivée de la partition, leur sonorité d'une beauté étonnante (ils ont, nous dit-on, de merveilleux instruments anciens que je n'ai pu identifier, car il s'agit d'un prêt privé) sont autant de qualités précieuses qui en font vraiment une des références actuelles en matière de quatuor à cordes.


Dans ce petit film qui présente de façon fort sympathique les quatre musiciens, Gabriel Le Magadure parle d'un éthique du son, et, de fait, rien de surprenant alors, que le public soit scotché. Dans le quatuor de Ravel, entendu maintes fois lors des concours où il constitue une pièce de prédilection des formations en compétition, ils furent extraordinaires : plus "raveliens" que nature, ils atteignaient un équilibre rare : lyriques, éblouissants dans les pizzicatti, intimes dans les passages nostalgiques, brillants partout, ce fut un vrai feu d'artifice.

Les deux églises du 8 août : Mornac-sur-Seudre et Cozes

Quant à Mendelssohn, ce fut très fort. Le quatuor en la mineur, opus13, composé par le jeune compositeur à 17 ans, fut réalisé l'année de la mort de Beethoven, et il s'inspire ouvertement mais avec beaucoup de caractère, de l'opus 132 du maitre. Mendelssohn écrit à un ami "Tu le reconnaîtras dans les notes du premier et du dernier mouvement, mais il parle dans les quatre morceaux". Ces pages d'obédience beethovénienne certes, mais déjà pleines de la personnalité de l'artiste, émerveillent par leur audace, leur intensité, en un mot leur richesse. Et sous les 4 archets d’Ébène, d'une délicatesse inouïe, d'une homogénéité impressionnante, la pièce est terriblement émouvante. A vous arracher des larmes, si si !! Au point que les artistes refusèrent, à juste titre, d'ajouter un bis à ce moment de perfection absolue.

Toujours avant la première note, cette fois-ci à Cozes, l'église où il pleut du miel !! Un essaim d'abeilles, installé dans les combles, en a produit une telle quantité que le précieux liquide ambré suinte sur les voûtes du transept ! Voilà qui est symbolique quand on écoute des interprétations d'un tel raffinement ...

Le soir, à Cozes, ils jouèrent le quatuor en fa mineur, opus 80, écrit 20 ans plus tard, et alors que Mendelssohn traversait une crise grave : accablé de charges trop nombreuses, attaqué par la presse, la mort de sa soeur Fanny (le 14 mai 1847) fut pour lui comme un coup de grâce. Il disait alors "ne plus pouvoir penser à la musique sans ressentir la plus grande désolation et le vide de la tête et du cœur". Ce "Requiem pour Fanny" est une pièce sombre, désespérée même, révolte contre la mort, prophétique puisque le musicien décéda le 14 novembre de l'année où il l'écrivit. Les Ébène l'ont joué avec une urgence dramatique, un tempo rapide et presque haletant, poussant au paroxysme la noirceur de ces lignes, pétries de souffrance et d'angoisse.


Marielle Nordmann et Nemanja Radulovic

Un duo inhabituel, sinon inattendu, pour lequel les partitions sont, nécessairement, des transcriptions. Deux instruments qui, pourtant, sont faits pour s'entendre : parfois homogènes, parfois contrastés, l'un frotte ou pince, alors que l'autre pince !! Deux interprètes aussi de haute volée...



Mais, allez savoir pourquoi, l'ambiance 15 août, le programme, l'air du temps ?? nous nous sommes ennuyés. Faut dire que vu l'enthousiasme des spectateurs qui étaient si nombreux qu'il fallut laisser la porte de l'église ouverte pour permettre à ceux qui n'avaient pas eu de place d'en profiter un peu, pas besoin de s'écorcher les mains pour applaudir, ils le faisaient pour nous, debout encore ! Ben oui, Radulovic est très tendance... Bon voilà, un concert de passé, on fait une croix sur le planning. Au suivant...


 La minuscule église du Chay, entièrement reconstruite au XIXème et qui a gardé ses stucs joliment restaurés

 Quatuor de violoncelles, avec François Salque, Aurélienne Brauner, Honorine Schaeffer et Noé Natorp. 

Le programme de cette première carte blanche donnée à François Salque, autour du violoncelle, était dédié à la musique romantique française, et, cerise sur le gâteau, aux pièces spécialement écrites pour plusieurs violoncelles. Ce qui nous a permis de découvrir un répertoire peu connu mais fort agréable, joué avec beaucoup d'engagement par les jeunes instrumentistes que François Salque a réunis autour de lui et qui, malgré leur très jeune âge, sont fort prometteurs.


Nous avons ainsi découvert deux duos d’Offenbach, une suite pour trois violoncelles de Fernand de la Tombelle et deux mouvements d'une sonate de Max d'Ollone, toujours pour trois violoncelles. Cela a permis à Alter, qui n'aime pas trop les transcriptions, de garder le sourire !! Nous avons beaucoup apprécié les sonorités très puissantes et fort subtiles d’Aurélienne Brauner et d'Honorine Schaeffer.


Mais c'est surtout l'âme de cet ensemble, l'ancien violoncelliste  du quatuor Ysaÿe, qui a provoqué notre admiration. Très impliqué, mettant judicieusement "ses" jeunes en valeur, modeste et pourtant tellement brillant, il dégage de cet artiste un vrai charisme, qui fait merveille avec les instrumentistes. Il fait passer sa passion pour l'instrument, et on le sent excellent pédagogue : pas intrusif, ferme sans être directif, il laisse chacun s'exprimer avec bienveillance. Il est resté en retrait, attentif et discret, et n'a joué que deux pièces, dont Le chant des oiseaux, la célèbre mélodie catalane adaptée par Pablo Casals pour le violoncelle, et ce fut pour tous, même pour ses accompagnateurs, un vrai enchantement.


 Orchestre de violoncelles, avec François Salque, Aurélienne Brauner, Honorine Schaeffer, Noé Natorp, Elise Kleimberg, Bertille Arrué, Romain Chauvet, Michèle Pierre, Paul Colomb et Moïse Langlet. 

Le concert de Saint Palais avait attiré la foule des grands soirs : il faut dire que Frédéric Lodéon en assurait, pour le plus grand plaisir de "chouchou et poulette en goguette", la présentation. Je raille un peu, sans méchanceté je vous l'assure, car Lodéon rend la musique facile et surtout, en l'espèce, permettait aux instrumentistes de se réinstaller entre chaque morceau : un vrai ballet de chaises musicales, chacun jouant un tour dans les aigus, un tour dans les graves... tous ayant leur moment de gloire, soliste ou premier violoncelle, François Salque ne tirant jamais la couverture à lui, bien au contraire !! Entre chaque pièce c'était donc la valse des pupitres et des chaises, et monsieur Lodéon émaillait notre attente de quelques anecdotes croustillantes comme il en a le secret.


Le programme comportait surtout des arrangements, certains pas très convaincants, comme le Lamento d'Ariane, d'autres plus réussis (dus d'ailleurs à Roland Pidoux) comme un air de Don Carlos ou un extrait de la symphonie du Nouveau Monde. Le concert, après l'inévitable recours à Paganini (avec les variations sur une seule corde sur un thème du Moïse de Rossini), s'est terminé pour la plus grande joie de "chouchou et poulette" par un mambo enlevé, qui a réveillé tout le monde avant le pot final ! Bon, vous me connaissez, je suis toujours un peu énervée quand on remplit les églises de gens qui n'ont qu'une hâte, c'est que cela se termine, raclant les chaises, toussant et faisant sonner leurs sms, mais cela n'enlevait rien à la qualité du concert, très agréable au demeurant, et de bien belle tenue. Tous ces jeunes lauréats du Conservatoire de Paris et de Lausanne, que nous retrouverons peut-être à la Roche Posay le week-end prochain, ont un bel avenir devant eux. Et François Salque les coache avec beaucoup de sensibilité. Et même si je râle, bravo à Yann qui remplit tellement les églises qu'elles débordent : c'est nécessaire pour la survie de ce festival sensationnel qui nous réserve encore un grand mois de concerts !! Vous ne couperez pas au 4ème billet !!

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