Fouillââââ (ne pas hésiter à moduler le â !!) : Exclamation polysémique pouvant marquer la surprise, l'admiration ou encore la moquerie.
Le gaga n'est pas à proprement parler un patois mais plutôt une altération de la langue française telle qu'on la parlait, au début du siècle dernier dans les quartiers populaires stéphanois. Il semble, si l'on en croit certain article bien informé ( et qui donne ses sources !) être un parler populaire, inventif, dérivant du francoprovençal ou arpitan.
Nous voilà bien !! Pas le provençal, mais le francoprovençal, expression due au linguiste italien Graziadio Isaia Ascoli en 1873. "L'arpitan est une langue romane parlée en France, en Suisse et en Italie. C’est l’une des langues distinctes du groupe linguistique gallo-roman, il présente certains traits communs avec le français et avec l’occitan avec des influences des langues germaniques et d'oïl".
« J’appelle franco-provençal un type linguistique qui réunit, en plus de quelques caractères qui lui sont propres, d’autres caractères dont une partie lui est commune avec le français (un des dialectes de langues d’oïl) et dont une autre lui est commune avec le provençal, et qui ne provient pas d’une tardive confluence d’éléments divers, mais au contraire atteste de sa propre indépendance historique, peu différente de celle par lesquelles se distinguent entre eux les autres principaux types romans. »
— Graziadio Isaia Ascoli
Ce mot est désormais écrit en un seul mot, à la suite de la proposition du Colloque de dialectologie francoprovençale de 1969 à l’université de Neuchâtel
(cf. Marzys 1971). La suppression du trait d’union est destinée à éviter la confusion et à souligner le caractère indépendant de
cette langue, en lui créant une identité propre. En effet, le terme « provençal », au moment où Ascoli écrit ces
lignes, ne se réfère pas uniquement à la langue de la Provence, mais à
l’intégralité de la langue occitane, qui avant d'être baptisée ainsi était dite « limousine », puis « provençale ». Ce francoprovençal ne se borne pas, en effet, nous disent les spécialistes, à une simple juxtaposition d’éléments
d’oïl et d’oc.
Bon, au fait Michelaise, tu t'enlises !! Maman est née dans la proche banlieue de Saint Étienne, et pourtant, du parler gaga, je n'ai aucune connaissance, fut-elle superficielle. Elle avait, en effet, été sévèrement prise en main par ces hussards noirs de la République (en l'espèce je devrais parler de hussardes !), pour qui tout trace d'accent local était à proscrire, et qui n'admettaient qu'on apprît et pratiquât que la langue la plus pure, pourchassant sans pitié tout particularisme régional. Imprégné(e)s sans nul doute d'adages dans le goût de celui de l'abbé Grégoire, qui proclamait :
« Il n'y a plus de provinces, et il y a encore trente patois qui en rappellent les noms ! (...) La langue politique n'existe pas en patois ! Nous avouons ne pas le regretter beaucoup (...) La pauvreté des patois resserre l'esprit, nuit à la propagation des lumières et conserve les superstitions »
Pour elle, tout manquement à la langue était pire qu'une maladresse, c'était une insulte au "beau parler", qu'elle chérissait entre tous ! Donc plus la moindre trace dans son élocution de ce charmant accent traînant qui vous désigne un stéphanois à une lieue, et aucun mot qui trahisse ses origines. Pas même "Beauseigne", mot pourtant délicieusement désuet et plein d'une tendresse affectueuse pour celui à qui on l'adresse. C'est un mot qui signifie, peu ou prou, le pauvre, la pauvre, bichette.* Cette douce exclamation exprime la pitié ou, le plus souvent une tendre sympathie et on la prononce, comme il se doit, bôssèèègne ! Tonton, lui, resté stéphanois dans l'âme et par la parole, me le disait parfois, il m'appelait "mon Belou" (mon agneau, par extension sans doute du cri que poussaient les bergers pour rappeler leurs moutons), et n'hésitait à dire "mieux grand" au lieu de "très grand" ! On dit bien "trop" à tout propos par les temps qui courent !!
Tel pense bien être le gardien de sa femme,
et le larron de celle d’autrui;
mais elle agit de même
à l’égard de celui qui la convoite.
Si l’un muse, l’autre baille,
et moi, j’en suis malheureux en le disant.
et le larron de celle d’autrui;
mais elle agit de même
à l’égard de celui qui la convoite.
Si l’un muse, l’autre baille,
et moi, j’en suis malheureux en le disant.
Marcabru, V/30
Pendant qu'on apprenait à maman à oublier ses origines, les hussards marseillais, tout aussi noirs que les stéphanois car mêmement républicains, s'employaient auprès de papa, lui faisant "passer" consciencieusement son accent marseillais (et de fait ce fut très efficace aussi) et bannissant de son vocabulaire toute velléité locale affirmée ! C'est ainsi que, de sa bouche non plus, je n'entendis jamais "peuchère", alors que ma grand-mère, dont le français mâtiné d'italianismes cocasses ne s'embarrassait guère de pareilles subtilités, n'hésitait pas à en user et à en abuser. Les marseillais d'aujourd'hui sont fiers de l'arborer haut et fort. Et c'est le commentaire de Mireille à mon article sur l'abstraction, qui m'a lancée dans cet article qui voguait entre deux eaux dans ma tête depuis quelque temps ! Le mot, en occitan, est bien entendu "pécaïre" ** et se teinte de plus de pitié encore que peuchère.

Ah chi mi dice mai quel barbaro dov'è ...
C'est sans doute à cause de cette privation de marques exotiques de sympathie et d'attendrissement que je me suis révélée particulièrement sensible aux marques d'apitoiement que dispense à plaisir l'opéra italien : "Poverina, poverina, Cerchiam di consolare il suo tormento". Sans réaliser vraiment que cette imprécation de Dom Juan à propos de cette malheureuse Elvira est vaguement méprisante, c'est plus une raillerie qu'un attendrissement.
Mais vous, beauseigne, peuchère, poverina, pécaïre ... vous le dites comment ?? Vous avez forcément votre expression. La mienne ?? je dis tout bêtement : "Pauv' chou !!".
NOTES :
*quant à l'origine du mot, ce serait une exclamation de pitié, diminutif de beau seigneur Jésus. Autant dire "Mon Dieu !!". Il existe une autre version plus romantique, mais proche de la première quant à la déformation des mots. Pierre d'Urfé aurait en 1490 délivré un de ses amis, un Comte condamné à mort par le roi Louis XII (bravant le refus de ce dernier de gracier le condamné), le jour de son exécution. La foule venue au spectacle morbide fut prise de pitié à la vue du Comte, par son calme, son courage et sa beauté. Les gens eurent ce mot : « Oh ! beau seigneur ! ». La locution fut alors réutilisée pour exprimer un sentiment de compassion, se transformant petit à petit en beauseigne. (emprunté ici)
** peuchère vient du latin peccator ‘pécheur’, mot formé à l’époque de Tertullian (155-230) à partir du verbe latin classique peccare ‘faillir’. Ensuite, au cours des siècles, on trouve la forme occitane de cette
interjection dans la langue d’oïl, et inversement! Beaumarchais, dans le Mariage de Figaro, acte II, scène 20, utilise la forme occitane:
FIGARO, bas à Suzanne. – Je l’avertis de son danger; c’est tout ce qu’un honnête homme peut faire.
SUZANNE, bas. – As-tu vu le petit page?
FIGARO, bas. – Encore tout froissé.
SUZANNE, bas. – Ah, pécaïre! (emprunté à ce site)
SUZANNE, bas. – As-tu vu le petit page?
FIGARO, bas. – Encore tout froissé.
SUZANNE, bas. – Ah, pécaïre! (emprunté à ce site)






