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mardi 7 avril 2015

Cordouan, première !

Dans ce blog où toute répétition est sévèrement interdite et soigneusement censurée par un rédacteur en chef impitoyable, un seul sujet a droit de cité deux fois par an : c'est le coucher de soleil sur Cordouan. Le phare est à environ 10 km de notre balcon et les photos sont, c'est normal, un peu floues. D'autant qu'hier soir le soleil était particulièrement vif et aveuglant, l'objectif avait du mal à mettre au point. Mais l'instant, d'une brièveté incroyable tant on a l'impression qu'en disparaissant l'astre solaire dégringole à toute allure dans la mer, reste magique !




C'était hier soir et c'est le grand départ du soleil vers l'Ouest ... un peu comme l'Hermione ! Il reviendra en septembre.



Et je ne peux résister au plaisir d'une petite dernière : on aperçoit Cordouan, loin, si loin ... et ces jours-ci le temps est tellement calme, le silence tellement parfait que c'en est irréel.


lundi 23 mars 2015

Marée dite "du siècle" sur l'Estuaire

Quelques "Avant, Après" ....






Pour une grande marée fêtée très dignement entre amis ...


lundi 23 février 2015

Marée du siècle, la répétition !



Tous les hôtels de la Côte Atlantique affichent complets depuis plus d'un an pour le samedi 21 mars... ce sera, nous dit-on, la marée du siècle. Entendez, pour les non-initiés, que ce jour-là, on enregistrera un coefficient rarement atteint : 119 ... du coup, le marnage (la différence entre la hauteur d'eau à marée haute et celle à marée basse) sera, on s'en doute, particulièrement fort. Et le résultat spectaculaire... 


On (nous qui habitons près des côtes) espère seulement que le temps sera clément, car une dépression à ce moment-là pourrait nous offrir une de ces tempêtes qu'on redoute particulièrement depuis Xynthia. Et franchement, ce dont les médias font une curiosité pour touristes en veine d'émotions fortes (et croyez-moi quand on prend une vague sur la tête, c'est lourd, froid et pas franchement agréable), est plutôt pour les habitants de la côte une source d'inquiétude. En attendant, ce week-end, on s'est entraîné ... avec un coefficient de 117 ! pas mal non plus... d'autant qu'il faisait un temps superbe.


En gros, l'affaire est simple : toutes les 6 heures, le paysage se transforme du tout au tout ! Un coup c'est vide, très vide, sable, vase, boue gagnent du terrain, se dévoilent, s'alanguissent... puis, sans prévenir, c'est l'étale, le calme plat, plus de bruit de mer. Il semble que rien ne va plus bouger... et soudain, même s'il fait beau, un petit vent se lève, le temps se brouille et ... vroum ... c'est reparti dans l'autre sens... Et ça remonte jusqu'à ce que ce soit plein !!!


Le 21 mars, ce sera juste un peu plus haut !! Ce qui est beau c'est que ces caprices de la lune et du soleil nous valent, parfois, de splendides arc-en-ciel, comme celui d'aujourd'hui qui célèbre le retour à des coefficients normaux :


mardi 13 janvier 2015

L'ÉVOLUTION DU GOÛT : BÉCASSES AUX PLEUROTES

Les apprêts d'un festin

Il y a, en ce moment, des travaux à la maison et nous avons pour les faire une petite équipe d'artisans, jeunes, charmants, serviables ... et chasseurs. Vous connaissez déjà, si vous êtes des lecteurs assidus de ce blog, l'un d'entre eux, "mon" peintre, qui est le poète toutes catégories de la poésie de l'affût et qui plus est un traqueur hors pair de bécasses. Il est l'autre jour arrivé avec un tableau de chasse que je n'ai pas photographié mais qui aurait valu le cliché : un faisan, trois bécasses et une petite sarcelle. Il chasse mais n'aime pas manger son gibier et en fait profiter les heureux mortels que nous sommes. Ses copains, l'électricien, le plombier, le carreleur ont admiré un peu jaloux ses prises, remarqué en riant qu'il les avait soigneusement baguées, et ont révélé tour à tour leur tableau du week-end, qui trois bécasses aussi, qui rien du tout ! Tous ont en commun que finalement, ce qui leur fait briller les yeux ce n'est pas le plat qui en résulte mais l'émotion de la prise, le cœur qui bat la chamade quand les chiens se mettent à l'arrêt et l'angoisse de rater la bête et de décevoir leurs fidèles compagnons. Savez-vous de quoi ils rêvent tous ? D'une petite caméra à fixer sur leur front ou au collier des chiens pour garder souvenir de ces moments intenses où tout se joue et s'accomplit, dans la fraîcheur grisante du petit matin. Car souvent, ils vont faire un tour à la chasse avant d'entamer leur journée, c'est leur mise en jambes !

Plumes du peintre

Ce sont de tous jeunes quadragénaires, nourris de mets sans doute trop aseptisés pour leur faire apprécier, comme nous, les saveurs relevées du gibier faisandé, des cuissons mijotées et des fumets corsés. Ils ne semblent pas vraiment passionnés par nos recettes et nous laissent bien volontiers le produit de leur chasse pour en faire nos agapes post-festives. C'est l'électricien qui nous a remontré, pour la troisième (et dernière fois, Alter a juré qu'il saurait désormais les trouver seul), comment trouver dans le plumage mordoré les précieuses plumes du peintre qui sont recherchées, nous dit-on, par les aquarellistes, et que les chasseurs parfois collectionnent en guise de trophée.

Le pain toasté placé sous la bécasse, tartiné dans un premier temps de foie gras, puis du mélange de déglaçage de cuisson.

Si vous saviez quel festin nous ont valu les bécasses dégustées religieusement à leur santé. Inutile d'en redire la recette, celle mon ami Marc, grand amateur de ces petits oiseaux devant l'Éternel : elle est là et je n'ai pas même eu besoin de la relire tant elle simple, évidente et savoureuse. J'ai simplement, en plus, tartiné les toasts de présentation de la bête de fois gras, en lieu et place du beurre salé préconisé par Marc, et rajouté aussi quelques copeaux de fois lors du déglaçage de la marmite, pour le plus grand bien de la préparation aux entrailles dont on tartine le pain placé sous la bécasse pour le service.


Nos oiseaux étaient, cette fois-ci, accompagnés de pleurotes. Maison ... si, si !! La pleurote était le cadeau tendance cette année, et les nôtres ont été précédées d'une anecdote qui mérite le récit, dans l'esprit des contes d'un auteur bien connu (1). Alter, qui s'en remet volontiers à moi pour toutes les opérations cadeaux des fêtes de fin d'année, aime bien cependant avoir une ou deux idées personnelles pour ses filles et, durant le mois de décembre, un jour, il me parla d'un produit marrant qu'il avait envie d'offrir à Koka : un kit de pleurotes en prêt à pousser. J'approuvai vivement et lui laissais le soin de concrétiser son idée. Or, alors que nous étions fin décembre, en train de faire la queue au musée Jacquemard-André, je surpris la conversation de deux dames très démonstratives, qui évoquaient leurs trouvailles en matière d'idées cadeaux. Et l'une, toute fière, expliquait à l'autre qu'elle avait trouvé un truc super, des pleurotes en prêt à pousser. Je pris alors Alter à part (nous étions avec Koka) pour lui demander s'il avait bien reçu les siennes, n'ayant pas souvenir de les avoir emballées. Sa mine s'allongea et il m'avoua, déçu, qu'il avait "zappé" : d'une page internet à l'autre, il avait carrément oublié de passer sa commande. Dommage, mais l'idée restait bonne, il lui en offrirait l'an prochain ! Quelques instants plus tard, je reçus un sms "Mais moi, je n'ai pas oublié ;-)"... la missive venait de Koka, à qui nos conciliabules n'avaient point échappé, et qui avait prévu très exactement le même cadeau pour son papa. Je vous laisse imaginer note fou rire ce jour-là, au grand dam des deux parisiennes qui nous trouvèrent fort inconvenantes, et la tête étonnée et ravie du sus-dit papa quand il ouvrit son présent le jour de Noël !

Champignons des temps modernes

Tout content, quoiqu'un peu contrit, il n'eut de cesse au retour que de mettre "ses" champignons en culture, suivant avec une précision admirable mode d'emploi et instructions. Et la récolte s'annonçant sympathique, il fut décidé que les pleurotes accompagneraient fort à propos nos superbes bécasses.


Ainsi fut fait : escorté par un Château Carbonnieux tout à fait digne de l'événement, le festin n'avait plus qu'à être dégusté. Sans serviette sur la tête pour en emprisonner les arômes comme le préconise Brillat-Savarin pour les ortolans, mais en goûtant, comme il le dit joliment "un plaisir inconnu du vulgaire". Le dîner s'est achevé dans la joie, par une pensée émue pour le peintre et ses trois chiens, les congratulations réciproques au caviste et à la cuisinière, et une profonde méditation sur les bienfaits et les justesses de la Création devant une belle flambée, digne de notre auteur normand. 

Article dédié à Koka
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(1) Extrait de l'introduction des Contes de la Bécasse du Maupassant :
Mais il existait dans la maison une vieille coutume, appelée le « conte de la Bécasse ». Au moment du passage de cette reine des gibiers, la même cérémonie recommençait à chaque dîner. Comme il adorait l’incomparable oiseau, on en mangeait tous les soirs un par convive ; mais on avait soin de laisser dans un plat toutes les têtes.
Alors le baron, officiant comme un évêque, se faisait apporter sur une assiette un peu de graisse, oignait avec soin les têtes précieuses en les tenant par le bout de la mince aiguille qui leur sert de bec. Une chandelle allumée était posée près de lui, et tout le monde se taisait, dans l’anxiété de l’attente. Puis il saisissait un des crânes ainsi préparés, le fixait sur une épingle, piquait l’épingle sur un bouchon, maintenait le tout en équilibre au moyen de petits bâtons croisés comme des balanciers, et plantait délicatement cet appareil sur un goulot de bouteille en manière de tourniquet. Tous les convives comptaient ensemble, d’une voix forte : – Une, – deux, – trois.
Et le baron, d’un coup de doigt, faisait vivement pivoter ce joujou. Celui des invités que désignait, en s’arrêtant, le long bec pointu devenait maître de toutes les têtes, régal exquis qui faisait loucher ses voisins. Il les prenait une à une et les faisait griller sur la chandelle. La graisse crépitait, la peau rissolée fumait, et l’élu du hasard croquait le crâne suiffé en le tenant par le nez et en poussant des exclamations de plaisir. Et chaque fois les dîneurs, levant leurs verres, buvaient à sa santé. Puis, quand il avait achevé le dernier, il devait, sur l’ordre du baron, conter une histoire pour indemniser les déshérités.

lundi 24 novembre 2014

MARCHÉ, DEUXIÈME


Les marchés se suivent et ne se ressemblent pas : autant dimanche dernier je suis rentrée perturbée, autant hier j'étais aux anges.
- Bonjour Michelaise !!
- Bonjour tout le monde, c'est plus gai que la semaine dernière ici, le temps y est pour quelque chose pas vrai ??
Certaines mamies inquiètes passent déjà leurs commandes de Noël, d'autres se désespèrent d'avoir à concevoir le menu de midi ...
- Mais pourquoi doit-on manger ??
- Mais parce que c'est bon !!!
Devant moi, un brave monsieur commence par demander si les coquilles Saint Jacques sont locales. Grand éclat de rire indulgent dans la queue, où tout le monde sait que ce n'est pas possible. Suite à une mortalité particulièrement forte (plus de 50%) qui raréfie les ressources exploitables, et parce que le renouvellement de l'espèce est lent, l'autorité de régulation de la pêche a décidé de laisser du temps au mollusque bivalve pour se reproduire. La décision a donc été prise, fin octobre, d'interdire totalement la pêche des coquilles Saint-Jacques (et des palourdes) sur le littoral charentais, pour la campagne 2014-2015. Nous épuiserons donc les fonds bretons, il n'y a que les touristes qui ignorent cela. Comme nous ne jurons plus que par les moules Saint-Michel, les nôtres étant bien malades.

Il n'est pas joli le carrelet, avec ses pois rouges !

Il veut de local ? on lui vendra donc du carrelet. Il est beau, bien épais, pas trop cher, et on lui explique gentiment comment le préparer : chacun y va de sa recette. Il s'en va, réjoui, son petit paquet sous le bras, et, en s'éloignant, se retourne :
- Il s'appelle comment déjà ce poisson ??
... toute la queue, en choeur :
- Du CARRELET !!
... les plus hardis ajoutant 
- Comme les petites cabanes sur l'estuaire !!
Mimique d'incompréhension absolue de notre acheteur du dimanche, on lui expliquera cela l'an prochain.

Le vanet, à ne pas confondre avec les pétoncles, dont la coquille est grise et lisse.

D'autres, surpris, me regardent acheter les derniers vanets, alors qu'une autre cliente s'éloigne, déçue : il n'y en aura plus pour elle. Considérant avec étonnement ma mine gourmande, ils veulent savoir à quoi cela ressemble.
- Ça ressemble un peu aux pétoncles mais c'est aussi fin que les coquilles Saint-Jacques, en tout petit , et en plus, avec un joli corail ! Un pur délice, simplement ouvert à sec, avec une bonne tartine de pain beurré.
- Ou au four, avec une persillade, ajoute la poissonnière.
Il faut dire que ces petits coquillages, pêchés dans le pertuis de l'île de Ré, en pêche très réglementée, ne supportent pas le transport. Donc on n'en trouve que localement, et encore pas toujours. Un vrai trésor du terroir maritime... On peut aussi les préparer comme une éclade, et là, c'est vraiment unique ! Cerise sur le gâteau, c'est deux fois moins cher que les pétoncles (de toutes façons, nous n'en avons plus jusqu'à l'an prochain !!).

Plus loin, "mon" marchand de fromages fait défaut, il nous "re"boude, faut dire qu'avec des clients comme ceux de l'autre jour, on ne peut pas lui donner tort. Un autre fromager, non, pas un vrai - son banc comprend autant de charcuterie que de produits laitiers - un "auvergnat" - il me dit venir du Lac Chambon - déploie ses talents de bateleur hors pair. Même s'il vend du brebis pasteurisé et du vache microfiltré, il est tellement avenant qu'on s'arrête pour déguster les lichettes qu'il tend généreusement à tous les passants, et écouter béatement les compliments qu'il dispense avec autant de générosité. Une autre michelaise (sans M majuscule, attention), ravie, le remercie d'être là, ben oui, on se sent tristes quand les forains ne viennent plus parce qu'on est moins rentable que les touristes !! Je finis par dénicher un fromage au lait cru dans son étalage, l'honneur est sauf.


Pour finir, passage chez le boulanger, où je me livre à quelques excès sucrés et, pendant qu'on prépare mes "gâteaux du dimanche", je compte de tête, et à haute voix :
-  1.90 + 1.60 + 1.35 = 3.85 ... voyons, c'est pas possible, ça fait plus !!
- Ah non, pas assez cher en effet ... recommencez ...
- 1.90 + 1.60 = 2.50 ... mais non, 3.50 !! Donc 4.85 !
- Et oui, ma p'tite dame, vous êtes trop jeune pour payer si bon marché...
Déconcertée Michelaise !! même si le flatteur a bien 20 ans de plus qu'elle, elle ne comprend pas trop ce que l'âge vient faire à l'affaire !!
- Euh ??? en tout cas, merci, un compliment fait toujours plaisir !!

Ils sont pas beaux les dimanches michelais ? D'autant qu'ils sont suivis d'un déjeuner à faire pâlir d'envie toutes les citadines en mal de menu, qui se lamentent sur la nécessité quotidienne de se nourrir !!

lundi 13 octobre 2014

L'HERMIONE : ALLER - RETOUR

 

A la fin des années 1770, une série de quatre frégates est mise en chantier dans l'arsenal de Rochefort sur une cale de construction proche de la Corderie Royale : la Courageuse, la Concorde, la Fée et, en 1778, l'Hermione. C'est une frégate dite légère, rapide et maniable : 65 mètres de longueur hors tout,  et une voilure de 1500 m2 répartie sur trois mâts, l'Hermione est équipée de 26 canons tirant des boulets de 12 livres, d'où son nom de "frégate de 12". Il fallut à l'époque 11 mois de travail pour des centaines de charpentiers, forgerons, perceurs, cloueurs, calfats... bagnards... pour terminer le navire (35 000 journées de travail). Entre mai et décembre 1779, le navire est testé avec succès dans le golfe de Gascogne sous le commandement du jeune lieutenant de vaisseau Louis-René-Madeleine de Latouche-Tréville (futur vice-amiral et commandant en chef de la marine de Napoléon). L’Hermione réalise alors une brillante campagne au large des côtes françaises, capturant avec audace plusieurs corsaires anglais et de nombreux navires marchands.


Après la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Grande-Bretagne imposa des taxes à ses treize colonies d’Amérique du Nord sans les consulter. Les colons américains se révoltèrent et protestèrent auprès du roi George III et du Parlement de Londres. La métropole envoya des troupes pour mater la révolte. Les représentants des colonies réunis à Philadelphie adoptèrent la Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776. Après une série de revers de l’armée continentale commandée par George Washington, la guerre contre la Grande-Bretagne tourna à l’avantage des Américains. Les insurgés reçurent l’aide de volontaires français puis de la France de Louis XVI, de l’Espagne et des Provinces-Unies. La France s'engagea d'abord dans la guerre d'indépendance américaine par la fourniture de matériel et d'aides en faveur des insurgés. Elle s'engagea ensuite officiellement en 1778. En janvier 1779, le tout jeune  Gilbert Motier, marquis de La Fayette, qui était s'était déjà porté volontaire au service de la cause américaine, revient en France où il s'efforce d'obtenir pour elle le soutien officiel de son pays. Il réussit à convaincre le roi Louis XVI et son état-major d'apporter une aide militaire et financière aux troupes du Général Washington. Le 21 mars 1780, le jeune major général de La Fayette embarque à bord de l'Hermione dans le port de Pauillac et, 38 jours plus tard, il rejoint le général Washington pour lui annoncer l'arrivée imminente des renforts français. Dix-huit mois plus tard, les insurgents américains, auxquels s'est joint La Fayette remportent dans la baie de la Chesapeake sur mer, puis à Yorktown sur terre des victoires décisives avec l'appui des troupes françaises conduites par Rochambeau et de Grasse.


En février 1782, alors que la guerre a basculé en faveur des insurgés américains que Louis XVI soutient, la frégate regagne la France. Elle fait un petit détour par la golfe du Bengale pour renforcer l'escadre de Pierre André de Suffren dans le conflit avec les Britanniques et, la paix signée, retourne à Rochefort en avril 1784. Durant la période révolutionnaire la frégate, amarrée à Nantes, reprend du service contre l'Angleterre, ennemie jurée de la France révolutionnaire après l'exécution du roi. Malheureusement, le 20 septembre 1793, commandée par un équipage peu expérimenté, elle sombre à la sortie de l'estuaire de la Loire, fracassée contre des rochers au large du Croisic, sur le plateau du Four. 


Et voilà qu'en 1992, une association de doux rêveurs se crée à l'initiative de quelques membres du Centre International de la Mer installé à la Corderie Royale et de plusieurs élus de la Ville de Rochefort. L'Association Hermione-La Fayette projette de reconstruire la frégate à l'indentique. L'affaire est d'autant plus compliquée que les plans du navire ont disparu et il faudra racheter aux anglais, excusez du peu, les plans d'une autre frégate identique qu'ils avaient capturée et dont ils avaient, en bons espions "industriels" relevés toutes les caractéristiques techniques afin de s'en inspirer. Il faut aussi trouver des financements, et à l'époque le projet n'est guère crédible, et lancer un appel d'offres pour identifier et retenir un constructeur. A partir de 1997, le chantier commence grandeur réelle, et durant 17 années, des millions de visiteurs (4 au total) défileront devant la coque de plus en plus haute de ce rêve prenant, de mois en mois, forme et réalité. Jusqu’à la mise au printemps dernier, et le recrutement d'un vrai équipage pour, enfin, joindre de nouveau les côtes américaines durant l'été 2015. Depuis la mise à l'eau, la frégate est, comme en 1779, "testée dans le Golfe de Gascogne" et une escale bordelaise a été programmée, et même rallongée vu le succès des réservations pour la visite, du 7 au 13 octobre de cette année. Il eut été plus logique d'ancrer l'Hermione à Pauillac, mais il est sûr qu'il y aurait eu moins de visiteurs que dans le Port de la Lune !


Nous devions suivre la frégate lors de son passage à hauteur de nos côtes lors de son voyage vers Bordeaux : mais le "promène-couillons" auprès duquel nous avions réservé notre passage s'est ému du temps pourri qui régnait ce jour-là sur l'estuaire et, un peu frileusement, a annulé la sortie : nous avons donc regardé passer le navire de loin (plus de 4km), car après la traversée de la passe de la Mauvaise et avoir longé la côte royannaise le bateau a piqué, quoi de plus normal, vers Pauillac. Suivi, comme il se doit par une escouade des petits navires, collés à son bord et qui eux, n'avaient pas eu peur de la houle.



A Bordeaux, il faisait à son arrivée aussi gris qu'ici et, malheureusement, elle est entrée dans le Port de la Lune sans voile. Nous n'y étions pas, mais le nombre d'admirateurs le long des quais et de visiteurs qui ont visité durant tout le séjour bordelais était impressionnant. Et, forcément, très lucratif : ainsi, chacun participe un peu par son billet d'entrée, au futur voyage américain, un budget de 3 000 000€ dont il manque encore 500 000€. On dit que notre Madame Royale se serait entremise auprès de américains pour obtenir quelques subsides ... pas très royal ça !



Quant aux membres de l'équipage, ils ont tiré leur canons, ils ont chanté, ils se sont vêtus de beaux atours et, surtout, ils ont accueilli les foules compactes venues visiter leur jolie frégate.


Au retour, notre promène-couillons s'est encore "dégonflé", arguant cette fois-ci d'horaires de marées peu commodes pour organiser une virée. Il faut savoir qu'en nos ports d'estuaire, les sorties doivent suivre le flux et le reflux et qu'on ne peut risquer de se trouver face au chenal d'entrée à marée basse au risque de rester coincé en mer durant 6h. Admettons, mais je crois que les raisons de ces réticences sont à chercher dans le peu d'attrait des maîtres du navire pour suivre un bateau de parade.


Il ne nous restait plus qu'à suivre le chemin de la frégate sur marine traffic et de nous armer, comme à l'aller, de zoom et longue vue pour en profiter au mieux. Avec, cette fois-ci, du soleil en prime ! Mais une voilure nettement plus réduite, à contre-jour et toujours d'aussi loin !!


Bon vent belle Hermione, et bientôt l'Amérique .... Juste là-bas, après la ligne d'horizon...


Beaucoup de photos et d'infos sur le site de Sud-Ouest
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