mardi 7 février 2012

ECLATS DE VIE - J.WEBER


Peu de théâtre dans nos abonnements annuels : les organisateurs sont frileux et tremblent de voir leurs salles boudées par un public supposé peu attiré par les textes. Du coup, ils privilégient « les noms » et l’on a droit, deux à trois fois l’an à quelques « one man show » dont l’acteur, à lui seul, est garant du remplissage. Ça marche, les salles sont pleines et les organisateurs rassurés.  
Or, quand on aime le théâtre, ces spectacles sont toujours un peu frustrants : un individu connu, souvent doté d’un ego surdimensionné, vedettariat oblige, nous inflige pendant deux heures des pensées très « profondes » sur sa vie, ses mérites et autres fariboles qui, à la longue, sont un peu lassantes. Quel que soit son talent. C’est ce qui nous est arrivé lors de la soirée Bohringer « Traine pas trop sous la pluie » : voix rocailleuse et éraillée, gouaille et franc-parler, l’acteur était heureux. Manifestement à l’aise et prenant plaisir à parler de lui, il nous a tenus pendant 2 heures sans musique, sans jeu d’éclairage, et le public était ravi.Mais nous n’avons pu nous défendre de quelques bâillements et je n’avais pas eu envie de parler de son spectacle, il n’a pas besoin de publicité et je n’aime pas éreinter les acteurs.
En partant l’autre soir pour le Relais de la Côte de Beauté, je me demandais ce qui m’avait pris de prendre des places pour « Eclats de vie » de et avec Jacques Weber, comme si Bohringer n’avait pas suffi à notre bonheur. Et de fait, lors des premiers instants, je m’apprêtais à subir les mêmes textes complaisants, c’est fou ce que les acteurs aiment à parler d’eux : leur enfance, leurs amours, leurs succès, leurs fiertés… ils accommodent les souvenirs à la sauce la plus avantageuse, nous font sourire de leurs défauts et admirer leur réussite. Cela marche toujours très bien, le public a l’impression un peu frelatée, d’entrer dans leur intimité et de mieux les connaître. Weber raconte sa pension, ses premiers pas sur scène et ses aspirations. La voix est bien placée, parfois un peu trop précieuse, le jeu est sûr, et on se sentait partis pour un « Bohringer bis ». J’étais donc attentive mais un peu tiède. 


Puis soudain, sans crier gare, le spectacle a décollé : car c’est à travers des morceaux choisis de littérature qui l'ont marqué que Jacques Weber retrace son parcours de comédien. Et il les joue, et il les dit, et il les vit, avec une présence sur scène qui est la preuve d’un immense talent.
« C'est une très longue histoire. J'adorais le music-hall et l'alternance des chansons, parfois tristes, parfois gaies… Cela m'a donné l'idée de le faire avec des textes, célèbres ou anonymes, et de les lier par des anecdotes. Au fil du temps, le spectacle évolue, avec le même mélange de textes venus de tous les horizons».  Antonin Artaud, Brecht, Musset, Marguerite Duras, Raymond Devos, Flaubert, Molière, Pagnol, Rimbaud,  Claudel, Corneille, Courteline, La Fontaine, Boris Vian : je ne les ai pas tous reconnus, mais les textes se succèdent avec légèreté ou gravité : parfois on rit, souvent on est ému, parfois on est carrément bluffé comme avec cette ébouriffante leçon de théâtre sur le Corbeau et le Renard qui restera pour moi un grand souvenir !! Ce n’est un récital poétique, ni un florilège, mais bien plutôt une suite de tranches de vie, où l’on passe du rire aux larmes, comme avec cet improbable texte de Duras qu’il lit avec une sobriété qui nous fait honneur. D’autant qu’il joue le bonhomme, il aime la scène et les planches, il s’éclate à séduire le public et à faire chanter les textes, quitte à les chanter parfois !!

50 autres dates sont prévues jusqu'en décembre 2012 pour « Éclats de vie », vous aurez sans doute l’occasion d’aller applaudir ce vrai comédien, bête de scène et homme sensible, d’apprécier la mise en scène car c’est rare qu’on se donne la peine de vous en servir une pour un « one man show », les éclairages, la musique, la trame soigneusement montée de ce spectacle qui mérite qu’on aille l’entendre. Il a, ce soir-là, rendu hommage à son éclairagiste (une superbe réussite quand il s’agit de peindre Corneille vieillissant), à son régisseur (le même depuis 20 ans dit-il) et à son épouse, Christine, qui travaille avec lui et a participé au choix des textes et à la conception du spectacle. Avec une pensée émue pour cette dernière, ils fêtaient ce soir-là leurs 31 ans de mariage ! Jacques Weber est un fidèle !!!

16 commentaires:

  1. Vu l'enthousiasme de votre billet, je me dis qu'il doit bien passer par chez nous ce bel homme,et que je l'entendrai bien son monologue et bien zut de zut il était près d'ici en décembre, que c'est bête.
    Tant mieux pour ceux qui auront peut-être la chance de le voir ailleurs!

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    1. Ah zut Miss Lemon, je suis sûre que tu aurais aimé. Une autre fois ...

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  2. Je surveille sa venue, tu me donnes envie de l'écouter.

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    1. J'espère que tu ne seras pas déçue

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    2. Je ne sais pas si c'est une reprise de Seul en scène que j'avais vu à Marigny il y a deux ans je crois.
      Ce sont les auteurs que tu cites qui me le font penser.
      Bref le spectacle que j'avais vu était époustouflant.un acteur brillant .
      Je ne l'avais pas revu sur scène depuis Cyrano de Bergerac mis en scène par Savary c'était ......
      Houlala je crois il y a bien 30 ans!!!

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    3. je vous trouve tres pincée chère madame et surtout tres injuste mais un saltimbanque doit etre plus fort que vos mots méchament d'une autre vision non je ne suis du sérail mais je suis sans égo vous n'avez rien peut etre rien compris ou peut etre votre éducation merci en tout les cas richard bohringer

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    4. merci de votre intense mépris richard bohringer

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    5. j'ai compris vous etes du beau linge richard bohringer

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    6. Je pense que c'est une suite ou une révision ou une reprise réaménagée de Seul en Scène. Dans Cyrano, Aloïs, il devait être assez succulent (pour ne pas dire trucculent !!!)
      Tu sais combien nous aimons le théâtre et c'est justement ce côté "acteur", au sens qui joue des mots et nous les donne à savourer, qui m'a plu.

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    7. Allons Monsieur Bohringer, j'espère que de m'avoir traitée de "beau linge" vous a fait du bien !! Je ne sais trop ce que vous entendez par là, mais si vous avez le temps, je vous conseille de lire mes billets du 9 et du 11 : cela vous amusera !!! En tout cas, je n'avais nullement l'intention de vous mépriser, et vous le savez fort bien ! Voyons, tout le monde vous applaudit à bras raccourcis, vous jouissez d'une estime telle que, dans nos provinces, les salles se remplissent simplement sur votre nom, ne soyez pas si chatouilleux. Il peut arriver que, parmi vos spectateurs, certains trouvent le temps long ! Ce fut notre cas, malgré l'indéniable tour de scène que vous nous avez offert : j'ai d'ailleurs salué dans mon billet la performance, tenir deux heures sans fioriture, c'est chapeau !! Je suis, comme souvent, surprise de constater qu'un billet, écrit sans méchanceté mais simplement sincère, soit si mal reçu. Les artistes pensent-ils que tous les adulent ???
      Ceci étant, je vous rassure, mon blog n'a qu'une très, très petite audience (je suis sort étonnée d'ailleurs que google vous ait proposé mon billet !!) et votre réputation ne sera pas ternie !

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    8. Allons Evelyne, qui sait vendredi ?? si les intempéries ne sont pas trop handicapantes ?? c'est un peu difficile en ce moment de sortir... nous avons un projet pour demain et Dieu sait si nous aurons le courage d'affronter les frimas... pourtant l'affaire est d'importance : Ruy Blas mis en scène par Schiaretti, un metteur en scène qui nous a souvent séduits !!!

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  3. Je n'ai pas essayé d'y aller, pour les raisons que tu évoques au début. Tu donnes presque des regrets, mais j'étais ailleurs.

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    1. Noune j'espère que tu étais bien là où tu étais (à Nantes ?? mais ce n'était pas le même soir). C'est vrai que cela valait la soirée. Une autre fois qui sait ? on se verra !!

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  4. Je ne sais pas s'il passe par là ! A vérifier ! Un passionné de théâtre, un vrai comédien que j'avais vu à St Malo il y a des années...

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  5. Bonsoir Michelaise. Le théâtre est une dure école et se produire seul sur scène demande en effet énormément de maîtrise, de présence et d'humilité aussi.... Cela nécessite également une bonne mise en scène pour ne pas lasser le spectateur. Si Jacques Weber a réussi ce pari c'est tant mieux car il a su te séduite en te proposant sans doute une présentation à laquelle tu ne t'attendais pas.... Surprendre le spectateur fait aussi partie du jeu. Bravo monsieur Weber et merci à toi Michelaise.
    Bonne fin de semaine

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