mardi 2 octobre 2012

GARDEREM LO MORAL


Reçu ce matin, un bulletin syndical qui tente de positiver avec son timbre de Ben !! Sacré Ben pas de doute, il a un certain génie de la formule !! Quand vous pensez que, quand il a commencé sa carrière de peintre, il a rencontré Yves Klein qui lui a donné le conseil suivant : pour être célèbre, il faut être reconnu, avoir une spécificité qui fait qu'on vous identifie du premier coup d'oeil. Et Benjamin Vautier, dit Ben, artiste français d’origine suisse né le 18 juillet 1935 à Naples en Italie de mère irlandaise et occitane et de père suisse français, (déjà original non ?) a d'abord voulu se spécialiser dans la girafe ! Drôle d'idée... qu'il abandonnera vite au profit de la formule lapidaire, rédigée dans cette écriture ronde et sympathique et qui fait mouche. L’omniprésence du langage et ses messages à l’emporte pièce, qui font de lui l'artiste contemporain le plus populaire (au sens large = tout le monde le connait peu ou prou) de France, ne doivent pas occulter son travail de portraitiste déjanté, ses montages insensés et les fouillis organisés de ses installations.
Bref, nous en sommes là, en ces temps de budget et autres restrictions à saveur de crise, récession à relent de rigueur, dette publique qui grimpe et profs qu'on recrue à la pelle... Il faut garder le moral !
Alors, pour ce faire, et vous détendre un peu des descriptions caravagesques et autres fantaisies picturales du XVIIème, qui tentent, elles aussi, de nous faire oublier la morosité ambiante, deux petits clins d'oeil qui nous viennent d'Italie.


Le premier est un extrait de la carte d'un bar de la proche banlieue de Trieste, à Bagnoli della Rosandra. On est presque aux confins de la Slovénie (la ville se nomme Boljunec en slovène, B'lunc en dialecte slovène et Bolunz en dialecte de Trieste... autant vous dire que la vie est compliquée là-bas !!). La commune accueille sur 530 000m² de grandes usines de production de moteurs diesel, qui sont une des richesses économiques de Trieste. Pas beaucoup de charme a priori pour cette commune, car mis à part le campanile, l'érection d'un arbre pour le 1er mai et une lapidation avec des pommes le jour de Santo Stefano, cela peut sembler une triste banlieue industrielle. Pourtant, il n’en est rien car Bagnoli est le lieu de départ vers le Val Rosandra, relief karstique qui doit son nom au torrent qui parcourt la vallée. Promenades superbes dans la montagne, long et bel acqueduc romain, cascades, paroi d'escalade, refuge où l'on fait, le dimanche en famille, de grands pique-niques, les triestins aiment le Val Rosandra et les belles excursions qu'on peut y faire.
Et, justement, le point de départ de l'excursion c'est la piazzetta de Bagnoli ... en effet, "durante il fine settimana l’accesso alla valle è interdetto al traffico e quindi l’automobile va necessariamente lasciata nella piazzetta di Bagnoli della Rosandra"*. Et sur cette petite place, un café propose la carte suivante :
caffe'  3 Euro
caffe' grazie 2 Euro
buongiorno caffe' grazie  1 Euro
Il me semble que cela se passe de traduction !! j'ajouterais, pour faire bon poids :
 buongiorno caffe' per favore, grazie  gratuito
sauf à ruiner ce malheureux cafetier plein d'humour !

L'autre clin d’œil, envoyé lui aussi, (vous aviez détecté mes sources), par Siù, notre lectrice de Trieste, demande par contre une traduction :

Y a-t-il quelque chose que tu doives faire aujourd'hui ?

Si oui, fais-le !

Si non, ne dis pas de c..neries, fais-le !

Allez assez ri, au travail ! Si on veut garder le moral, il vaut mieux s'y mettre tout de suite !


* Durant les week-ends, la circulation est interdite dans la Vallée et on devra laisser sa voiture sur la petite place de Bagnoli della Rosandra.

10 commentaires:

  1. Ah ah, les deux sont très bonnes.
    Et si on ajoute à ta formule "gratuite", arrivederci e a presto. Crois tu qu'il nous donne 1 ou 2 euros ? Et non peuchère! Comme on dit par ici.
    La deuxième est un petit bijou de "bonne" mauvaise foi où de "mauvaise" bonne foi.
    Ben je l'ai connu toute petite à Nice, ma mère était une fondue de son antre boutiquier. Une espèce de fourre-tout tenu par un doux-dingue qui manipulait les mots et déformait les objets avec intelligence. Tous les jeudis après le cinéma et le restaurant, l'après midi c'était chez Ben. J'étais trop jeune pour apprécier dommage, mais j'écoutais.
    Belle journée et gros bisous

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    1. Un chouette souvenir en tout cas Mireille, je pense que le doux dingue a su transformer ses dons en une technique "picturale" fort rentable mais tellement sympathique !! Son bric à brac devait te fasciner, c'est super pour un gosse ce genre de lieu ! Merci de ton partage, cela enrichit le billet du "vécu" !
      Quant à la formule du bistrot de Bagnoli della ROsandra, pas de doute qu'à nous deux, on ruine complètement le cafetier mais, au moins, les clients seraient polis !

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  2. J'aime beaucoup cette série de Ben, certains messages sont plus faciles à utiliser que d'autres. Je ne sais pas pourquoi mais le timbre qu'il me reste affiche "Je suis timbré" :-)

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    1. Est-ce que tu l'as gardé parce que c'est celui que tu préfères ?? Ou parce qu'il te semblait plus difficile à utiliser ? crainte que les destinataires se sentent visés ??? en tout cas, moi, je l'ai reçu sur des lettres et cela m'avait fait sourire ! Après tout, la lettre était bel et bien timbrée, et moi, toujours un peu à l'ouest, pas assez d'ailleurs !

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  3. Marrant votre timbre de Ben ; il en a commis quelques autres. Si un syndicat vous chouchoute à ce point et se soucie autant de votre bien-être vous trouverez dans la pochette un timbre pour leur répondre ‘vous êtes formidables !’ et si vous dépassez les vingt grammes fatidiques : rajoutez ‘pour l’instant tout va bien..’. Je me vois assez mal envoyer à mon centre du trésor public un dernier tiers avec ‘mots d’amour’ ; et comment envoyer une lettre avec ‘ceci est une lettre’ sans commettre un fastueux pléonasme. Décidément nos édiles postaux et autres penseurs marketing nous prennent vraiment pour des demeurés (un autre mot de quatre lettres serait plus juste mais malséant sur vos pages). Ce qu’il fallait démontrer puisque le premier de la série est ‘je suis timbré'. Je vais garder ce collector !

    On vous adore et on lit vos chroniques avec plaisir.
    Michel de Lyon

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    1. Il faut avouer Michel qu'avec votre mode d'emploi, le collector devient un vrai trésor. mais non, je ne vous ai pas appelé "mon trésor" j'ai, comme vous, déjà le mien, et la prochaine fois je lui envoie mes "mots d'amour" !!!

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  4. Excellent, je vais acheter la série et m'envoyer mes partitions d'orchestre à moi-même, peut-être cela me permettra-t-il de minimiser la panique qui s'empare de moi en ouvrant mon classeur!

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    1. Ah ah Blandine alors là je n'y avais pas pensé, comment déstresser grâce à Ben, bravo pour l'idée !

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  5. Réponses
    1. Voyage en lettre ?? les idées des lecteurs sont, à cet égard, très bonnes, à suivre !!!

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