lundi 21 janvier 2013

MONTPARNASSE - SAINT-GERMAIN-DES-PRÉS Abstractions d'après-guerre (1)


Il ne reste que bien peu de jours pour aller visiter à Bordeaux cette exposition passionnante, car, comme à l'ordinaire, nous avons traîné avant de nous y rendre. Souvent l'on méprise ou l'on néglige ce qui est à portée de main (ou de pied) pour aller courir, en vain, le vaste monde, tellement plus exotique ! Honte à nous car "Montparnasse Saint-Germain-des-Près" vaut absolument le détour. Elle est, en effet, organisée avec une grande intelligence et permet, réellement, de mieux comprendre l'abstraction.

Elle montrait le cheminement, la "logique" de cette évolution picturale qui a commencé avec, à la fin du XIXème, la remise en cause de l'académisme, le défi aux règles en vigueur jusqu'alors que fut l’Impressionnisme. On ne pouvait s'arrêter aux libertés chromatiques et formelles prises par les peintres : dès 1910 Vassily Kandinsky s'emploie à détacher la peinture de toute référence à l'illustration. Ses contemporains, Mondrian, Malevitch cherchent à provoquer des émotions chez le spectateur à travers des formes géométriques, de plus en plus épurées, comme, de ce dernier, Carré noir sur fond blanc, et en 1918 Carré blanc sur fond blanc.

Mais on ne pouvait en rester là : certains vont continuer dans le dépouillement jusqu'à l'extrême (comme Yves Klein, que les abstraits n'avaient d'ailleurs pas l'air d'apprécier des masses, le suspectant d'exploiter un filon "juteux") mais d'autres continuent à chercher, avec beaucoup de bonne foi et d'implication personnelle.


Geer Van Velde (1898, Lisse (Hollande) - 1977 Paris) 
"Il m'arrive parfois de rester assis des journée ou des semaines devant ma toile, avant d'oser l'attaque, avant qu'elle me laisse entrer. La toile vierge, je n'ose l'attaquer que si l'idée a pris forme en moi... Si je n'attaque pas la toile ? C'est elle qui m'attaque. C'est pour moi un adversaire combatif. Mais la vraie bagarre commence une fois que j'ai attaqué la toile. C'est l'homme qui doit gagner sur la toile..."
Regardez ce crayon et cet encrier. L'essentiel n'est pas tel ou tel objet, mais l'espace qui existe entre les deux. C'est tout autre chose que leur volume ou leur perspective".


Parmi eux ceux qui, ayant dégagé le cubisme de toute référence à une réalité identifiable, n'en conservent dans un premier temps que la forme géométrique, de plus en plus simplifiée et dépossédée d'image. Geer Van Velde, ce calme néerlandais qui travaillait la toile avec modestie, ténacité et sans tambour ni trompette, faisait naître l'harmonie du dénuement, créant une sorte d'abstraction méditative.



Jean Le Moal ( 1909, Authon-du-Perche - 2007, Chilly Mazarin)
Hommage au cubisme (1955)
"Une toile commence à vivre quand les rapports de couleur créent une lumière... Il y a tout une gamme de lumières : les unes sont limpides, les autres dramatiques. Certains sont fluides. Certaines sont légères ou blondes." (juin 1959)


De la même façon, Jean Le Moal conjugue dès le début des années 40 les libérations entreprises par le Fauvisme et par le Cubisme, entreprenant d'exalter la lumière pure des paysages qu'il aime peindre.



Chaos (1972) 
"La couleur, c'est presque d'instinct, ça jaillit tout d'un coups, on a besoin d'une harmonie, de jaune, de rouge, de bleu, c'est comme un appétit... c'est vraiment spontané, comme on respire, comme on a soif ou faim... on la projette sur sa toile, et après, on l'accomode, on la manie, et là il y a un temps où il y a une résistance... et il faut discuter avec". ( 1985)



Lumière d'août (1973-1974)
"Toute peinture a quelque chose d'abstrait. Je ne suis plus descriptif, c'est tout. Mais je reste fidèle à des thèmes ... les saisons, la mer ou les brisants, la mouvance des choses". (1970)

Manessier, quant à lui, est considéré comme l'un des derniers peintres de l'art sacré du XXème, mais aussi comme un peintre engagé, et comme un merveilleux paysagiste.



Alfred Manessier (1911, Saint-Ouen - 1993, Orléans)
Saint Georges combattant (1947)

  
 "Il s'agit de rechercher un langage ou un signe plastique retenant à la fois le monde sensoriel comme émotion, et le monde spirituel comme révélation finale ; mettre à nu, par des moyens authentiquement plastiques, les équivalences spirituelles du monde extérieur et d'un monde plus intérieur". (1950)


Paille, lumière (1971)
"Que tu peignes une Baie de Somme, une Sainte Face ou une toile "politique" (ayant le souci du politique et non de la politique), tout doit être dans la perspective de l'Amour et de la Lumière. Et l'exigence première, le primat, c'est la Peinture." (1971)




"On "regarde" le peintre (les détails de sa vie, on le questionne ...) pour essayer de "comprendre" la vérité de la peinture, alors qu'on devrait essentiellement "regarder" la peinture pour "comprendre" la vérité du peintre. Et pour qui sait "regarder", la vérité de l'homme est là, bouleversante, dans la peinture. Tout le reste est littérature." (1969)

7 commentaires:

  1. Tu te doutes que j'adore ce billet, aussi bien pour ses tableaux que pour les phrases qui les accompagnent, particulièrement celle-ci :
    "Toute peinture a quelque chose d'abstrait. Je ne suis plus descriptif, c'est tout. Mais je reste fidèle à des thèmes ... les saisons, la mer ou les brisants, la mouvance des choses".

    Ah, si je n'habitais pas si loin ou si j'avais un peu de temps...
    En tout cas, merci, voilà qui illumine ma journée !
    Je t'embrasse.

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    1. Les phrases en italique qui sont sous les peintures sont les propos des peintres eux-mêmes : j'ai trouvé cette approche moins artificielle que des commentaires forcément trop "littéraires".
      Ah Norma, Marseille Bordeaux c'est tout de même un peu loin, quoique cette expo mettent en valeur des peintres pas forcément très connus, dont la cote est étonnamment basse, même pour ceux dont le nom est resté. J'avoue avoir énormément aimé Manessier.

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  2. Ce qui me plait sur ton blog ce sont les sujets variés. On ne s'y ennuie jamais.
    Tu nous parles toujours d'art mais, de façon tellement intéressante que même pour une "profane" comme moi, tout devient plus simple et plus facile à comprendre.
    La toile que je préfère c'est Chaos (je l'ai interprété à ma façon) et aussi la dernière et ses deux détails.
    J'aime beaucoup l'abstrait, mais je ne comprends pas toujours tout.
    Du coup la dernière phrase me convient très bien.
    Bises Michelaise et belle soirée.

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    1. Merci Mireille : plus "profane" que moi en matière d'art abstrait, tu trouves pas !! Mais nous avions envie de progresser car on ne comprend pas tout non plus. On a beaucoup repoussé, car en fait cela ne nous tentait guère, mais l'exposition était tellement intelligemment faite qu'on en est ressorti(s) enchanté(s) (faut-il des "s" avec "on" ??). Quant à moi, mon préféré était aussi Manessier et j'ai trouvé sa réflexion que tu aimes particulièrement adaptée à la démarche que doit avoir le spectateur d'art abstrait. Mais j'ai gardé la toile de lui que je préfère pour un troisième billet, qui vous proposera un jeu !!
      Merci de ton enthousiasme sans faille...

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    2. Vite le jeu alors! Pour le "on" perso je n'en mets pas car il semble me souvenir que ça se remplace avantageusement par "il".
      Mais franchement vu comme mes coms sont bourrés de fautes même après relecture je ne me permets pas de souligner.
      Alors tu écris un peu comme tu veux ou comme tu peux, ça ne me dérange absolument pas.
      Belle soirée

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    3. Merci de ton indulgence Mireille, mais je pratique le goût pour l'orthographe, sans doute une manie qui date, mais j'aime bien ce qui date !! alors j'essaie et ce fichu "on" pour nous me pose toujours des problèmes : la règle que tu énonces et vraie, mais elle "gratte", car c'est dur de ne pas mettre de "s" quand on est deux !!
      Et puis, tu sais, Siu, ma lectrice italienne, veille au grain, pas question de la décevoir ...

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    4. Je veille... pour apprendre. Seul et unique sujet où -c'est plus fort que moi !- je "dois" corriger : les "doppie ou pas doppie", en italien bien sur... Li mortacci vostri !! (des doppie, bien sur)

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