mardi 20 mai 2008

LA SOUPE DE LA MAMEE

Une avalanche de commentaire pour mon article sur les sushis, mais je crois ne pas m'être bien faite comprendre. Mon propos était en effet de railler les travers modernes d'enfants gâtés qui nous font, enfin si ce n'est nous, du moins les médias, agiter sans cesse des épouvantails nouveaux, nés sous le signe commun de la peur de la mal bouffe. Un coup, ce sont des prétextes diététiques, un autre ce sont des problèmes de "soupe de la mamée"*, et la cerise sur le gâteau, ce sont les remords qu'on nous impose au motif que nous vidons les océans ou que nous massacrons la planète.
Or moi, je pense qu'on n'a jamais pu aussi bien manger, que l'humanité, surtout la partie occidentale de celle-ci, n'a jamais eu à disposition une telle variété de nourritures saines, riches, aisées à préparer, bref qu'on n'a jamais eu aussi peu faim sous nos climats et qu'on ne s'est jamais montré aussi ridicules que maintenant avec ces peurs absurdes qui n'ont de sens que parce que nous sommes trop bien nourris. Ne se permet-on pas en France chaque année, de jeter, oui de jeter, 150kg de nourriture consommable par an et par personne ? Il semble que les anglais (ben oui, c'est pas de ma faute, encore eux) atteignent un tiers de leur consommation annuelle en gaspillage intempestif.
J'étais sans nul doute une gosse de riche et il n'y a pas si longtemps que cela. Mais je me rappelle avec un certain réalisme qu'on ne mangeait pas si bien que cela, entre les salades montées, les tomates trop mûres qu'il fallait manger coûte que coûte à la fin de l'été, les haricots plein de fils, les épinards amers, le beurre souvent rance, les raviolis improbables, les petits beurres ramollis, les "nouilles" collées, les poissons bourrés d'arêtes, les pêches pourries du fond du sac que les commerçants ne manquaient pas de vous refiler, les confitures recuites et ayant toutes le même goût de sucre épais, le pain souvent dur et toujours identiquement trop cuit, les yaourts insipides, le pschitt chimique, le robusta chaussette, l'inénarrable thé modèle unique, et le chocolat qui n'avait le goût de rien ! ça, c'est mon souvenir le plus décevant : cela faisait des mois que j'avais une envie folle d'un chocolat glacé... et mes parents m'en avaient enfin offert un ! J'ai encore dans la bouche le goût infâme de la couverture de simili chocolat, gaisseux et pâteux qui le recouvrait, et le parfum supposé de vanille, concentrant des senteurs déplacées de congélateur.
Maman était un vrai cordon bleu, et ses plats cuisinés, très cuits, très riches, étaient certes très bons, mais les 75kg qu'elle affichait et les 120 de mon père étaient pour prouver qu'on n'avait guère le sens de la dégustation, mais plutôt celui, tout à fait compréhensible pour qui avait "crevé de faim", de s'en "mettre plein la panse". J'ai découvert les goûts du thé, du café, du chocolat, de la vanille et de mille autres parfums bien longtemps après mon enfance.
Je ne renie absolument pas cette époque, où manger de la viande était encore un luxe, et où on ne se serait permis sous aucun prétexte d'en laisser un morceau jugé trop gras ou trop ferme. Et où manger sans pain était carrément indécent. J'en ai gardé quelques bonnes recettes, l'art d'accommoder les restes et le respect du pain dur. Mais je trouve que, si l'on se donne la peine d'acheter intelligemment, voire simplement de façon raisonnée, on dispose d'un matériau remarquable, d'un choix sans cesse renouvelé, d'informations complètes et justes, de saveurs justes, et qu'il ne tient qu'à nous de bien manger.
Les mesures de sécurité en matière d'hygiène n'ont jamais été aussi strictes, les spécialités du monde entier s'offrent à nous, il ne nous reste qu'à choisir celles qui s'adaptent le mieux à nos goûts, à nos envies ou à nos besoins. C'est le propos de Coffe, qui dit à juste titre que si on veut s'en donner la peine, on peut éviter tous les pièges que nous tendent les fabricants d'agro-alimentaire. Il ne faut pas râler contre la mal bouffe, alors qu'il y a moins de 50 ans on mourrait encore fréquemment d'intoxication alimentaire et que les enfants malnutris étaient assaisonnés d'huile de foie de morue pour essayer de combattre leurs jambes arquées ou leurs caries dentaires.

* "La soupe de la mamée" c'est ce délicieux texte de Claude Chabrol qui démontre que, ce qui est bon dans la soupe que l'on mange chez la grand-mère, ce ne sont ni les légumes, ni le pot, ni le temps de cuisson, ni même la mamée elle-même. Car, même en déménageant la grand-mère et tous ses ustensiles, on ne retrouve jamais le goût inimitable de ce qu'elle préparait pour vous quand vous étiez petit. Ce qui marque l'esprit et auréole le souvenir d'un fumet inoubliable, c'était le contexte, l'enfance, le parfum des vacances, l'ambiance qu'on ne peut pas recréer parce qu'on a changé et que notre vie a continué. Ce qu'il faut, c'est inventer de nouvelles soupes, se créer de nouvelles vibrations, retrouver le plaisir du repas partagé. Car il est là, le plaisir de la bonne bouffe, le partage, la convivialité, auxquelles s'ajoutent à notre époque la souplesse des mœurs en matière culinaire et de comportement alimentaire, puisque les règles de bienséance ne sont plus que celles qu'on s'impose. Finis les repas corvées, on a même le choix de la forme. Que rêver de mieux ?

4 commentaires:

  1. c'est drôle, car pour moi , c'est le contraire, je trouve que l'on mangeait mieux quand j'étais petite, je me souviens que certains soirs de la semaine, nous allions directement chez un mareyeur chercher notre poisson tout frais celui-ci, il n'avait pas traîné surles étals, nous allions à l'épicerie chercher du lait dujour et non pas un lait qui se conserve des mois, le boucher d'à côté de chez nous vendait sa propre viande, des bêtes qui ne souffrainet pas mais qu'on pouvait aller voir paître, chez le primeur, les légumes n'étaient pas tripotés par tout le monde, je ne sais pas, mais je trouve que tout avait du goût, un vrai goût, qu'on aimait ou pas, mais maintenant je trouve qu'il y a beaucoup trop de choses,tous ces desserts lactés par exemple, c'est écoeurant, ils ont tous le goût de sucre, c'est tout .Tout a pratiquement le même goût,non je n'aime pas notre époque pour ce qui est de la bouffe ! et puis je n'ai pas confiance, mais ne t'inquiète pas, je mange tout de même ! ha! ha!mais même le chocolat, autre fois au goûter, du pain du beurre et du chocolat, qu'est-ce que c'était bon ! non je n'ai pas lesmême souvenirs que toi ma belle!

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  2. ANDRE A FRANCOISE
    j'essaie de repondre sur le blog du Petit Renaudon mais mes commentaires se perdent... puis-je te confier la réponse à
    Françoise
    Quel malheur, tout fout le camp! c'est un peu vrai et un peu faux un peu vrai avec ces 2 photos de bouffe en tubes qui prouvent que ça
    existe pour de vrai!! j'avais cru à un gag un peu bête; alors c'est vrai ? et le pire est que si ça existe c'est qu'il y a des gens qui achètent ! Les Suisses n'entreront jamais dans l'Europe !

    Un peu faux , surtout quand on est en retraite et qu'on dispose d'un
    peu de temps pour faire ces achats-- Du temps par exemple pour
    fréquenter sur les marchés les petits producteurs--D'abord , pour le contact avec de vrais gens, en casquette souvent mais un regard
    honnête, avec des mains craquelées et de très mauvaises balances mais compensées par le bon poids. Ils ont peu de choix mais tout est récolté le matin même. Ils parlent peu mais vrai.
    Hier, par exemple, à un producteur qui vient de la vallée du Rhône on
    a acheté 1 kg de pommes de terre " délicatess" (mais que c'est bon je
    te les conseille) et il a rajouté une salade.
    Les fruits n'ont pas tous la même forme ni la même grosseur mais
    fraises, cerises ,abricots, pêches , pommes tout est récolté à la bonne période ,au bon moment , muri par le soleil ; quel bon goût c'est
    tellement meilleur. Ces petits producteurs sur les marchés, profitons en pendant qu'ils existent encore... c'est un moment de bonheur----
    Sur les marchés, on trouve des fromagers qui ne vendent pas des
    produits allégés mais des vrais chèvres, des vrais brebis, des vrais bleus(en particulier d'Yssingeaux ) et qui vendent à la coupe ,y compris le beurre----on trouve aussi le paysan avec 3 poules et 1 lapin( mais ceux-ci ont été élévés en plein air)en plus il a forcément des oeufs ( dont le jaune est jaune) et aussi l'apiculteur qui propose
    le vrai miel de ses ruches

    Profitons en puisque ce bonheur existe encore , mais avec la conscience que c'est presque la fin----- Quand on le peut, c'est vers eux qu'il faut aller et si possible éviter les enseignes------


    PS Attention Françoise ,les américains viennent de découvrir qu'il ne faut pas boire trop d'eau----Si tu me le permets, j'aimerais te donner un
    conseil , apprends à boire un peu de vin; si,si , j'insiste. A coté
    des grands crus qu'apprécie la famille Naudon , il existe dans toutes les régions des petits vins de pays qui sont très agréables à boire . Je consomme un petit vin d'Ardèche à 3 E la bouteille( presque pas plus cher que l'eau) En fin de repas , sur le fromage, un demi verre et tout devient meilleur
    oncle André

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  3. ANDRE SUITE
    Rebonjour Nicole

    Je n'aurais peut être pas du tutoyer Françoise --- Si cela est trop cavalier , je te demande de faire les corrections nécessaires et aussi de corriger les fautes ----
    Il est trop dommage que cette jeune femme pense que manger est
    synonyme de bouffe et encore plus de malbouffe . Il faut la persuader qu'il existe de très bons produits.
    C'est vrai qu'Huguette était devenue une excellente cuisinière--- Elle avait d'autant plus de mérite que notre mère cuisinait très mal , non pas parce qu'elle ne savait pas, mais elle n'y attachait aucune
    importance---pour moi j' ai découvert le plaisir de manger , le gout des produits naturels et frais, la cuisine simple mais délicieuse avec Mauricette qui était aussi un fin cordon bleu

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  4. Françoise DEA23 mai 2008 à 21:02

    Mais Oncle André ! j'aime bien manger ! que trop même! j'aime surtout les bonnes choses! mais je suis un peu en révolte sur tout ces temps-ci, et puis le vin... je m'y suis mise un peu, un doigt pour goûter et c'est même Nicole qui m'y a entrainée, c'est chez eux que j'y ai pris goût ! les canailloux!
    Tu as raison Nicole, c'est la convivialité du repas et les moments partagés qui comptent le plus , l'amour qu'a mis la cuisinière à régaler ses convives!
    Bon je dois faire une seconde crise d'adolescence ! mais je ne suis pas nostalique,non, non je trouve seulement qu'il y a trop de choix, je devrais faire les petits marchés ! comme Oncle André !
    Et promis, je vous rapporterai des tubes de Suisses la prochaine fois !! pour vous aussi Oncle André !!

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