jeudi 29 novembre 2012

MOUTARDE DES CHAMPS


- Il faut acheter de la moutarde...
Madeleine est impérative et inquiète : cela fait un petit moment déjà qu'elle en parle, et finalement, les graines de moutarde, ce n'est pas si courant que cela. Elle comptait bien sûr un peu sur moi, mais là, je n'ai pas été fiable, d'ailleurs j'ai même oublié pourquoi Madeleine voulait de la moutarde.
- Ah oui, c'est vrai, je vais tenter d'y penser... mais rappelle-moi pourquoi déjà il nous faut de la moutarde ?
- Mais enfin (là Madeleine est un peu énervée, cela doit faire 6 fois qu'elle m'explique !!), Papy Moreau m'a dit qu'il fallait planter de la moutarde à l'emplacement des pieds de tomates, pour qu'elles soient belles l'an prochain.
Ah oui, mais c'est bien sûr !! Les tomates, on le sait, épuisent le sol, et normalement on ne peut pas les replanter au même endroit. Donc Papy Moreau lui a dit :
- Mon petit, vous enlevez vos pieds, vous nettoyez bien la terre. Puis vous semez des graines de moutarde. Elles vont lever avant l'hiver, et dès qu'elles sont en fleur, vous les retournez dans la terre, pour qu'elles y pourrissent... et vous verrez, vos tomates seront beaucoup plus belles l'an prochain.


Nous voilà donc armées de "la" recette infaillible (?) pour avoir de beaux pieds de tomates toujours au même endroit.
C'est Madeleine, vous vous en doutez, qui finalement a trouvé les semences, nous a houspillés pour qu'on la sème à temps, et depuis, on les surveille du coin de l'oeil, le regard fixé sur le thermomètre chaque matin. Il faudrait absolument qu'elles fleurissent avant les premières gelées, car sinon, toujours d'après Papy Moreau, ensuite ce sera cuit !! Il faut les retourner alors qu'elles sont tout juste en fleur. 

Il m'a pris tout de même la curiosité de savoir en quoi cela allait reconstituer les forces de mon petit jardin. Je vous livre le fruit, plein d'espoir, de mes recherches :
"La moutarde a aussi la particularité de piéger et d’emmagasiner l’azote du sol. Elle constitue ainsi un véritable piège à azote, élément essentiel pour la croissance et le développement des plantes, et peut donc être utilisée comme engrais vert ! Plante à croissance rapide et au feuillage dense, elle pourra enrichir naturellement le sol en azote, et favorisera la croissance de vos autres plantations.
Pour cela il suffit de couper la moutarde (il n’est pas nécessaire de la broyer), avant la montée à graine, de laisser les tiges coupées sur le sol un ou deux jours, puis de l’enfouir et l’incorporer dans votre sol.
La moutarde cacherait aussi d’autres avantages : elle serait fatale aux bactéries et aux nématodes, et limiterait la prolifération des pucerons noirs. Tout ça à faible coût ! Pas de raison de s’en passer… !
"

Le "potager" au repos, les allées sont entassées sur les bords et la moutarde pousse !

Ben voyons !! Cela parait simple... est-ce pour autant efficace ? Il faudra attendre le mois de juillet prochain pour juger sur pièce, la grosseur des tomates, forcément replantées au même endroit que cette année, mon "potager" est si petit qu'on ne peut guère se livrer à  un assolement des cultures ! En attendant c'est bien joli au soleil couchant et, silence, ça pousse !!!! Vivement que cela fleurisse qu'on puisse enfouir tout cela !

mardi 27 novembre 2012

FIGURES D'HOMMES à GRASSE

 
Notre objectif ce jour-là était la chapelle du Rosaire, de Matisse, à Vence, chapelle que nous n'avons jamais atteinte pour cause de halte à Grasse. Grasse : la ville est bien agréable, joliment adossée au plateau qui lui ménage une vue impressionnante sur la côté cannoise. La vieille cité aux couleurs ocres et dorées, aux palais étagés le long des ruelles, abrite quelques maisons médiévales et pas mal de demeures patriciennes. Fenêtres géminées, soubassement à bossages, belles cours intérieures, elles témoignent que certains siècles furent florissants pour la ville. Aujourd'hui, le mécène et le grand pourvoyeur d'emplois locaux, que ce soit industriels ou touristiques, est la maison Fragonard qui a installé ses boutiques partout. Et qui offre au visiteur curieux un musée récemment restructuré, autour de quelques belles œuvres de Jean Honoré Fragonard (1732-1806) et riche d'une collection étonnamment complète de toiles de Marguerite Gérard.

 Portrait de Jean Honoré Fragonard par Marguerite Gérard

En 1769, le peintre, âgé de 37ans, épouse Marie-Anne Gérard (1745-1823), une jeune femme de Grasse, qui est aussi peintre en miniatures. Ils partent s'installer à Paris et rapidement la petite sœur de Marie-Anne, Marguerite (1761-1837), les rejoint. La famille est installée dans les ateliers royaux du Louvre, où se nouent complots et manigances, mille intrigues, mille jalousies. Marguerite, peintre elle aussi, élève passionnée de son beau-frère, peut-être amante de ce dernier, se fait rapidement une petite réputation : c'est un vrai personnage de roman que Sophie Chauveau met fort habilement en scène dans "Fragonard, l'invention du bonheur", livre que j'avais dévoré il y a peu avec délices. Bien documenté, il permet de découvrir la vie de ces artistes hébergés par le Roi, les liens fusionnels des membres de la famille Fragonard, les multiples avatars qui émaillèrent la vie du peintre et de ses proches, l'insidieuse désaffection qu'il connut après la période révolutionnaire, le succès de Marguerite, plus moderne et émancipée, le soutien dont Frago fut l'objet de la part de David, et qui lui permit de terminer dignement sa carrière. Il faut avouer qu'après la lecture de cette biographie romancée mais certainement scrupuleuse, la visite du musée Fragonard de Grasse, est passionnante. On y admire, je le disais, plusieurs jolies œuvres du maître et une série impressionnante de tableaux peints par Marguerite, artiste méconnue et pourtant fort talentueuse et fort prisée de son vivant. Elle démoda son maitre et ce dernier ne dut sa survie à la fin du siècle qu'à la protection fidèle et solide de David qui lui épargna la déchéance d'avoir été trop près de l'Ancien Régime et la ruine d'avoir perdu ses principaux commanditaires, tous aristocrates. Il permit même qu'il fut nommé conservateur du musée de Louvre, où il fit œuvre utile.
Le musée présente en outre une belle collection d'un autre peintre grassois, Jean-Baptiste Mallet (1759-1835) mais surtout, elle propose une très belle exposition de portraits, provenant de la collection d'Hélène et Jean-François Costa, mécènes patentés de la maison Fragonard*, exposition intitulée "Figures d'hommes"**. Une section est consacrée aux "précurseurs", car, nous le savons, la représentation de personnes identifiables émerge tardivement. Ce sont d'abord les commanditaires des œuvres religieuses qui apparaissent, modestement, dans les compositions. Mais dès le début du XVe siècle, le portrait s’érige en genre autonome. Il se développe principalement en Italie et en Flandres.


Témoin ce superbe portrait de Guillaume de Montferrat, figuré de profil sur un fond neutre, homme d'affaires, condottiere comme le prouve son armure rutilante. L’œuvre, piémontaise, est du XVème ou du XVIème et Guillaume mourut en 1292. Autant dire qu'il s'agit là d'une représentation idéalisée, pas d'un vrai portrait.


Pas plus que cette tempera sur bois, école lombarde du XVème, plus décorative que fidèle, qui présente un homme aux cheveux longs, souples et blonds, mais dont la facture rapide et les traits simplifiés montrent que le souci de ressemblance n'était pas l'objet principal de l’œuvre. Faisant face à un pendant féminin, on peut y voir, sans grand risque d'erreur, une commande réalisée à l'occasion d'un mariage, soucieuse d'immortaliser les époux magnifiés dans leur plus éclatante jeunesse.


Côté flamand, le souci de ressemblance s'installe plus tôt. Qu'on en juge par ce superbe portrait d'homme d'Antonio Mor (1520-1577), qui vécut à Rome, au Portugal et en Angleterre avant de regagner sa Hollande natale. L'austérité et la dignité du personnage, non identifié puisqu'aucun signe ne vient souligner son état (à part un livre fort discret à gauche), fait penser à un tableau pour cabinet d'amateur, comme ceux qui figurent sur la peinture de FranckenII.


Frans Francken II, dit "le jeune", appartenait à une famille qui comptait 5 générations de peintres ! Il se spécialisa dans le portrait dans un cabinet d'amateurs, dont l'exposition présente un exemplaire, doté de trois personnages et d'un quatrième, discret, absent, figuré seulement sous forme de toile posée au sol. Ce genre de commande obéissait à une double fonction : présenter le gentilhomme dans son environnement, dont la richesse et la diversité prouvaient le raffinement cultivé, et aussi établir un catalogue illustré de ses possessions.  On a pu identifier deux des personnages présents sur cette toile : Abraham Ortelius, un célèbre géographe et cartographe, pose la main sur un globe terrestre et son interlocuteur semble être un latiniste fameux, Justus Lipsius. Le portrait appuyé contre une table serait celui d'un diplomate anversois, Jan Neijen (ou Neyen), immortalisé par Rubens.


Au XVIIIe siècle, le portrait connaît un âge d’or. Si les grands continuent à commander leur portrait, l’intimité et la sensibilité gagnent leurs lettres de noblesse. A la représentation des puissants, on commence à préférer celle de personnages plus anonymes. Bien sûr, dans le sillage de Nicolas de Larguillère ou de Rigaud, le portrait qui flatte les "people" ne disparait pas, comme ce portrait présumé de Pierre Jacques Onésyme Bergeret de Grandcourt (1750) par Louis Tocqué (1696-1772). L'homme est représenté assis dans un beau fauteuil, devant un bureau, sur lequel il est en train d'écrire une lettre. Les livres rangés dans la bibliothèque, dont le titre est lisible, témoignent de sa culture, pendant que la somptuosité de son habit, admirablement rendue par Tocqué, rappelle sa position sociale, d'importance***.


Mais à côté de ce genre d'apparat, on trouve aussi des portraits allégoriques : qu'on en juge par cette stupéfiante représentation du prince Lubomirski en Amphion, peinte par Elisabeth Vigéee-Lebrun (1755-1852). Le jeune homme, connu pour son extraordinaire beauté, descendait de l'une des familles les plus riches et les plus nobles d'Europe. Madame Vigée-Lebrun, qui l'a portraituré trois fois, le vêt d'une d'une tunique à l'antique. Absorbé par le son de sa lyre, il joue d'un air fort inspiré devant trois jeunes filles manifestement éblouies par la scène et qui se pâment ! Les jeunes filles ont été identifiées : les deux nymphes émerveillées sont mesdemoiselles de Guiche et de Polignac, pendant que la troisième, qui regarde ailleurs, est Brunette, la fille adorée de l'artiste. Fort coquine n'est-ce pas, et pas encore subjuguée par la beauté du prince !!


Un troisième genre, le portrait narratif, réaliste et finalement d'inspiration nettement moins aristocratique, ce qui prouve la démocratisation du genre, se développe aussi durant le XVIIIème. On pourrait le qualifier de portrait "bourgeois". Si certains membres de la petite noblesse ou de la bourgeoisie provinciale, sans grande imagination, continuent à se faire représenter selon les canons de la Cour, d'autres, plus éclairés, préfèrent être immortalisés dans un cadre plus quotidien, moins officiel, et surtout, en pleine action. Très sobre mais assez conventionnel, le portrait d'un orfèvre par Jacques-André Joseph Aved (1702-1766) appartient à la première tendance : l'homme, habillé de façon austère mais coiffé de sa plus belle perruque, porte des habits de bonne coupe, élégants et sans ostentation. Il est digne et serein, et montre avec une évidente fierté ce qu'on peut imaginer comme étant le fleuron de sa production, une chocolatière d'argent ouvragée, qui brille dans la pénombre.


A l'inverse, le portrait de Jean-Rodolphe Perronet, architecte et directeur de l'Ecole des Ponts et Chaussées, est presque intime. Réalisé par Eustache Jean-Baptiste Saint-Far, son élève et admirateur, il représente l'homme dans son bureau, dans une mise en scène presque domestique. Sa tenue est souple, de bonne qualité certes, mais avant tout commode. Il semble réfléchir à la lettre qu'il est est en train de rédiger, en s'aidant d'un fascicule qu'il a posé sur ses genoux. La plume hésite, les ouvrages posés sur la table attestent la fébrilité intellectuelle qui l'anime, pendant que les petits coquillages et fossiles installés sur une étagère dans son dos prouvent son amour pour la nature et les "curiosités", si en vogue au XVIIIème. Au-dessus, des gravures d'architecture rappellent sa profession. Nous avons l'impression de surprendre le sujet dans son bureau.


Le portrait peut, comme dans le cas de cet adorable "polisson de Toulouse" peint par Pierre Subleyras (1699-1749) devenir carrément anecdotique. L'artiste, un gardois qui a passé et fini sa vie à Rome, se rappelle de ses origines en indiquant sur la feuille qui dépasse du carton que tient le jeune modèle, le nom du village de Langlade, situé dans le Gard. Le personnage est vif, joyeux, brossé d'une touche rapide et lumineuse, et l’œuvre, enlevée, est d'un naturel très séduisant. Le jeune galopin qui nous fixe d'un air amusé, va bientôt s'enfuir vers d'autres horizons.



Toujours anecdotique, ce "Buveur" d'Alexis Grimou (1678-1733) appartient à ce que l'on nomme "la figure de fantaisie", sous-genre du portrait, d'autant qu'ici il s'agit vraisemblablement d'un autoportrait. Selon ses biographes, Grimou ne dédaignait ni le vin, ni la bonne chère et "ne voyait que les personnes qui s'enivraient avec lui". Se détachant sur un fond obscur, notre buveur porte un vêtement de couleur sombre, avec des bandebourgs dorés, un peu tendus sur le ventre, et des manches gigot. La collerette blanche fait ressortir son visage rubicond, on a carrément l'impression que le vin de son verre se reflète sur ses joues rondes. Les reflets du vin trouvent un écho parfait dans le velours du béret qu'il porte avec décontraction. Le tableau date de 1704, année durant laquelle ce joyeux drille épousa, l'affaire est assez drôle pour être soulignée, Gabrielle Petit, nièce du célèbre cabaretier Procope !!


Anton Raphaël Mengs (1728-1779), peintre officiel à la cour de Dresde mais ayant, lui aussi vécu longtemps à Rome, puis à Madrid, brosse son autoportrait avec le même naturel. Il n'évoque sa profession que de façon très allusive par le pinceau qu'il tient dans la main droite, mais ni chevalet, ni palette. Il tient un carton à dessins sur lequel il s'appuie, comme pour signifier que l'étude est le fondement de la peinture. Le personnage est sérieux, presque triste et l'on n'est pas si loin des tourments du romantisme !


Au XIXème, le portrait connaît un succès jamais atteint et les formats s’agrandissent. Tous les grands peintres s'y adonnent, quels que soient leur style ou leurs thèmes favoris. Le genre devient un prétexte, un moyen comme un autre pour le peintre d'affirmer son attitude vis-à-vis du monde réel, de la société et de l’art. Ingres disait "dans une tête, la première chose à faire pour l'artiste, c'est de faire parler les yeux". Et avouons que ce dessin de Jean Alaux, un artiste bordelais qu'on surnommait "le Romain", est, à cet égard d'une réelle virtuosité.

Finalement l'apparition de la photographie, tellement plus fidèle aux traits du modèle, bouleversera définitivement l'art de la figuration. Il ne s'agira plus de faire ressemblant, mais signifiant ! Les états d'âme du modèle prendront le pas sur sa situation sociale ou sur son aspect officiel. Mais l'exposition n'allait pas jusqu'au XXème siècle !


Avant de quitter Grasse, nous avons voulu visiter la maison où vint habiter Fragonard, chez son cousin Alexandre Maubert, quand il dût fuir Paris pour cause de Révolution et de santé défaillante. Il apporta avec lui, roulés, quatre panneaux illustrant les Progrès de l’Amour dans le coeur d’une jeune fille, commandés par Madame Du Barry pour la décoration du pavillon que lui avait offert Louis XV à Louveciennes, puis qu’elle avait refusés. Largement indemnisé, le peintre garda 20 ans ces œuvres dans son atelier, avant de les apporter à Grasse. Les panneaux y arriveront en janvier 1790 et la tradition veut que Fragonard les ait accrochés lui-même dans le salon de son cousin.


L’ensemble resta en place jusqu’en 1896, lorsque le petit-fils d’Alexandre Maubert, les vendit... non sans les avoir fait copier par un excellent peintre lyonnais, Auguste de La Brély. Les originaux, désormais connus sous le nom des Fragonard de Grasse, sont depuis 1915 exposés à la Frick Collection de New-York.


Malheureusement le musée était fermé pour cause de restructuration (depuis la veille !!) mais nous avons pu voir à loisir la cage d’escalier et son étonnante décoration en trompe-l’œil, réalisée par les Fragonard père et fils durant leur séjour grassois. Un lieu très évocateur quand on a lu et aimé "Fragonard, l'invention du bonheur".

* à tout hasard, je rappelle que le nom du parfumeur n'a aucun rapport avec celui du peintre, aucun lien de parenté n'existant entre les deux familles.
** l'exposition a lieu du 5 avril au 31 décembre 2012 et se déroule au musée Fragonard de Grasse.
*** Il était écuyer, seigneur de Grandcourt, conte de Nègrepelisse, seigneur de Nointel, directeur des fermes de Montpellier,  receveur général des finances de la gégéralité de Montauban, trésorier général, chevalier de l'ordre royal de Saint Louis, et aussi collectionneur et mécène (de Fragonard en particulier !)
Aucune photo n'a été prise dans la salle d'exposition, elles sont toutes extraites du catalogue de l'expoistion.

dimanche 25 novembre 2012

VAPEURS DIVINES


Petit matin brumeux... je me dirige, songeuse, vers une visite en entreprise d'un de mes étudiants apprentis. Le brouillard est toujours facteur de rêve et d'espoir. Il nimbe le réel de flous prometteurs et pudiques, on évolue dans un univers un peu fantasmatique, et pourtant il provoque l'attente, l'espoir de la lumière qui va bientôt jaillir. Après avoir longé l'estuaire, salué Talmont, puis traversé des bois ouatés, je retrouve les vignes dorées de la Petite Champagne, puis la Grande Champagne elle-même. Je suis en route pour Cognac.


Mon objectif est une tonnellerie prestigieuse dont je ne vais aujourd'hui rencontrer "que" les services financiers... mais c'est promis, une autre fois je visiterai les ateliers ! Si vous visitez régulièrement des caves, vous avez forcément croisé ces fûts, foudres, cuves et autres merveilles harmonieuses et parfaitement calibrées, qu'elle fabrique pour le monde entier et pour les vins les plus illustres.


Un savoir-faire fascinant, très exigeant et fort spectaculaire, d'autant que le bois et le feu y tiennent un rôle essentiel. La route est un peu longue mais le soleil semble pointer le nez. Le brouillard se dissipe doucement.


Et tout à coup...


... un énorme camion, fumant, dégageant une épaisse vapeur, nageant dans une buée irréelle, menace d'obscurcir mon horizon ...


 ... que dis-je ? Le brouille, le bouche, le ferme d'un nuage compact et virevoltant. Les exhalaisons de ce mystérieux chargement sont odorantes, parfumées, presque capiteuses.


C'est grisant !! Une fragrance sucrée, légèrement alcoolisée, douce et enivrante m'enveloppe et m'invite au délire, léger mais émoustillant. Je colle le camion au plus près pour recevoir plus d'effluves. C'est irrésistible, exaltant et piquant dans l'air frais du matin.


Mon pare-brise se constelle de petits morceaux échappés à cette montagne de rafle en fermentation, à peine sortie des pressoirs et partie vers d'autres horizons pour engraisser quelque terre, pour en extraire l'acide tartrique qui viendra donner du goût à nos sodas (oups !!) ou pour fabriquer quelque carburant bio. Une rencontre banale dans nos pays de vigne en période de distillation, mais qui va me faire arriver à mon rendez-vous un peu grise, étourdie par les arômes de ce qui fera, après de longues et savantes manipulations, coupages, réflexions et mélanges, ce qu'il est de bon ton d'appeler "la liqueur des Dieux". L'automne est une saison superbe au pays du Cognac. 

vendredi 23 novembre 2012

A PROPOS DE COLETTE ENARD


J'ai reçu, il y a quelques jours, un "prière d'insérer" de la part de Monique Léglise, la lectrice que j'ai "rencontrée" à la suite de mes articles sur Colette Enard, peintre et créatrice de cartons de tapisseries. Elle est allée la voir de nouveau et nous livre cette petite interview dans laquelle Madame Enard parle de sa deuxième passion, la tapisserie. Je vous rappelle que madame Enard est une très vieille dame, encore très enthousiaste qui, après avoir peint, a décidé d'abandonner les pinceaux pour l'aiguille : elle s'est mise à confectionner des cartons de tapisseries, qui ont été réalisées et s'est définitivement consacrée à cette activité.

Colette ENARD me prie de faire savoir à mes quelques lecteurs qu’elle ne court plus comme un lapin et qu’en septembre-octobre, elle ne courait même plus comme une tortue ! Pour cette raison et plusieurs autres d’ailleurs, elle n’a pu décrocher le téléphone rapidement car il se trouve loin de sa chambre. Or il a beaucoup sonné…

Ce n’est pas grave puisque la vieillesse n’est pas une maladie. Mais je la vois désolée et pour lui remonter le moral je vais aborder un sujet qui est une grande nouvelle :  
la tapisserie à l’aiguille revient à AUBUSSON après un exil de 60 ans ! Qu’en pensez-vous Colette ? 

            "Lorsque j'ai décidé de devenir cartonnier de tapisserie en 1960. La tapisserie à l'aiguille avait été chassée d'AUBUSSON depuis que les grandes manufactures de tissage s'étaient débrouillées, après l'arrivée des grands cartonniers dans cette ville pendant la guerre, pour que soient fermés tous les ateliers de tapisserie brodée. Il ne restait donc pour la représenter que les petits modèles de grandes séries que vendaient les mercières. Et il s'en vendait énormément parce que la tapisserie était follement à la mode...

            Mais ces petits modèles tirés à des milliers d'exemplaires, indispensables aux loisirs  de bien des dames et baptisés "ouvrages de dames", n'avaient guère de prétentions artistiques.


C'est pourquoi vous avez alors déclaré votre ambition de rénover la tapisserie à l'aiguille ?

            "Ambition présomptueuse parce que je n'avais pas imaginé l'absolutisme d'une concurrence absurde. Les marchands et les experts ne juraient que par la basse lice d'AUBUSSON. L'économie nouvelle était partout dominée par les industriels. Picart le Doux qui a cru pouvoir lancer une petite collection de modèles à l'aiguille, créés par de jeunes cartonniers, a vite abandonné malgré le succès de son initiative. Quant à Lurçat, le livre où il a trop bien honoré l'aiguille n'a jamais été réédité." 

Néanmoins vous avez touché un important public exigeant et raffiné, tant par vos œuvres réalisées dans votre famille ou par vos brodeuses que par vos modèles à broder en exemplaires rares.

            "J'ai créé plus de 200 modèles vendus souvent 6 fois ;  mais les modèles aiguilles réalisés chez moi sont presque tous à l'étranger… Notez que je n'ai pas montré de rancune au tissage et j'ai commandé plusieurs modèles à AUBUSSON. Je précise que pour cette technique, je dessinais différemment mais la réalisation à l'aiguille, point par point, est plus lente et donc moins avantageuse que le tissage. La crise monétaire des dernières années a eu raison du dernier grand atelier de broderie. De mon côté, je n'ai trouvé personne de valable pour prendre ma suite. Enfin, pour plusieurs raisons, trop longues à exposer ici, la tapisserie n'est plus à la mode.
La mode est ce qui se démode mais c'est aussi ce qui revient.  Je ne serai plus là …"
Vos œuvres seront là …

Que va changer le retour de l'aiguille à AUBUSSON ? Rien probablement. Il ne s'agit plus des anciens modèles du genre petits chats et chasses à courre mais l'abstrait que l'on nous sert  correspond à notre époque.


Madame Léglise nous demande ce que nous pensons de tout cela. Qu'il me soit permis de commencer par mon propre commentaire ! Je sais, pour suivre les résultats des ventes publiques, qu'actuellement la cote des tapisseries est assez basse, révélant malheureusement une certaine désaffection pour cette forme d'expression artisitique. On pourrait presque se payer un Lurçat ou un Dom Robert (enfin je dis bien presque !!) tant leur prix sont doux par rapport à ce qu'ils étaient dans les années 60. Pourtant, ces grandes compositions ne manquent pas de charme, loin de là. Comme d'ailleurs celles de Madame Enard, digne représentante de cette lignée artistique. Elle a parfaitement raison en parlant de mode et pas doute, le genre est démodé ! Et si, en parlant, en le montrant, on le faisait redevenir à la mode !! Car là encore, elle parle d'or, ce qui s'est démodé revient souvent à la mode ! Tout n'est question que de temps, de patience et de qualité !! Après le rejet, le "ça fait vieux", le "c'est dépassé", le désuet reprend des couleurs et l'on extirpe, comme autant de découvertes inattendues, des œuvres qu'on avait remisées dans les greniers ! Et j'ai comme l'impression que le purgatoire des tapisseries a déjà été bien long, on devrait les "retrouver" bien vite ! 

L'inscription en septembre 2009 de la tapisserie d'Aubusson au Patrimoine culturel immatériel de 'Humanité par l'Unesco, ne peut qu’œuvrer à cette renaissance. Un renouveau se profile !! Un projet de Cité internationale de la Tapisserie et de l'art tissé s'est fait jour à Aubusson et il va développer des actions ciblées vers ce patrimoine en relançant la transmission du savoir-faire multiséculaire et le souffle d'une création renouvelée par l'appel à projet de tapisseries contemporaines. Je cite le site de l'Unesco " La production de tapisseries à Aubusson et à Felletin fait vivre trois petites entreprises et une dizaine d’artisans lissiers indépendants, suscitant une activité induite significative (production de laine et filature, commerce, produits dérivés, musée, expositions et tourisme)." C'est bien le début d'un renouveau ! Et nous allions faire un tour à Aubusson ??


jeudi 22 novembre 2012

COULEURS SICILIENNES

 POUR EN FINIR AVEC LA SICILE
car d'autres horizons sont venus enrichir notre album souvenirs depuis !!!


Les couleurs siciliennes ce sont, indéniablement, du moins dans le Val di Noto, le blond de la pierre et le bleu profond, azuréen du ciel. Mais en cherchant bien, parfois, d'autres teintes s'affirment, rehaussant nos souvenirs d'autres nuances.



mardi 20 novembre 2012

LA CHASSE (et pas celle à la bécasse)


La bécasse est en voie de murissement, la dégustation se prépare, avec le judicieux conseil de Mireille d'y ajouter, pour déglacer le fond de cocotte, un peu de foie gras... On imagine combien cela va améliorer ce délicieux mélange dont on tartine les épaisses tranches de pain sur lesquelles on présente la bestiole. J'avoue que je suis impatiente de goûter cette gourmandise supplémentaire qui va transformer ce mets rare en plat de roi. J'entends encore le récit de l'auteur du cadeau "c'était un merveilleux tableau de chasse", m'expliquant comment il rata la première, son jeune chien s'étant mis à l'affût comme le lui montrait son aîné, mais un peu trop fougueux, bougea trop trop et effraya la bécasse. "Pour la deuxième par contre, il avait compris la leçon et resta immobile jusqu'à ce que le vieux chien, plus expérimenté, lui donne le signal, et lève l'oiseau "dans les règles". Sa fierté pour ses deux chiens, la satisfaction de voir le jeune apprendre les ficelles avec une telle facilité, son émotion au souvenir des deux animaux parfaitement immobiles et vibrants, prêts à bondir, sa prise d'un oiseau dont chacun sait qu'il est parmi les plus difficiles à piéger (c'était sa première de la saison) tout cela faisait vraiment plaisir à voir. Vous l'entendriez parler des lièvres au gîte, vous seriez captivés !!  Bref, c'est un chasseur vraiment amoureux de la nature, qui prend autant, sinon plus, de plaisir à l'observation des animaux, de leurs habitudes, de leurs ruses, au cadre, au partage avec "ses" chiens", qu'à celui du coup de fusil. Ce n'est ni un lourdaud, ni un être frustre et sanguinaire, il est proche du héros de Erri  De Luca dans le Poids du Papillon. Comme l'est sans doute aussi le héros du dernier film de Thomas Vinterberg.


"La Chasse" est un des grands films du mois, voire du trimestre. Nous avions vu, et beaucoup apprécié malgré la caméra à l'épaule (le "malgré" me  concerne, cela me donne des nausées) et la noirceur du propos, "Festen", un des fleurons du mouvement "Dogme". "La Chasse" est encore plus abouti dans le sens où pas une image n'y est superflue, pas un geste n'y est inutile, et où la noirceur, sur un sujet bien aussi glauque que celui de "Festen", est mesurée, distillée avec juste ce qu'il faut d'efficacité pour être inéluctable et tout simplement humaine.

Le thème, classique, est celui de la "curée" qui se met en place avec une stupéfiante rapidité dans une communauté apparemment soudée, dès lors qu'un soupçon pèse sur l'un de ses membres. On y assiste, médusés, impuissants, révoltés, à l'engrenage et à l'inexorable montée de la vindicte populaire, et à la descente aux enfers de celui qui tombe dans les rais de la médisance. Ou plus exactement ici du soupçon mal vérifié, de l'analyse mal dirigée de l'enquête (la police absente du film et pourtant en arrière plan, fait, manifestement, correctement son boulot en l'espèce), de la précipitation dans les jugements, bref d'une sorte de mise en branle d'un système dont il est impossible de sortir innocent. Qu'on ne s'y trompe pas, le thème ici n'est pas la pédophilie, mais plutôt, accessoirement, les réactions d'un village à ce soupçon, et surtout, surtout, la jouissance qu'a ce village à jeter un homme à terre, à le condamner sans même chercher à comprendre ou à savoir. La puissance de la rumeur est évoquée par une ambiance lourde mais pas du tout artificielle, qui s'opacifie au fur et à mesure que le film progresse. On sent que chacun dans le village, par frustration, angoisse personnelle, méchanceté ou simplement lâcheté, cède finalement à cette hystérie collective... comme s'il était naturel de se poser en justiciers sans savoir. Rien de lourd, l'hypocrisie sociale pèse son juste poids, l'amitié est mise sur le gril avec mesure, tout sonne vrai.

Enfin, le film mène une belle réflexion sur la place de l'enfant dans nos sociétés, qui sur-dimensionnent son importance et l'idéalisent (surtout ici la société danoise "un enfant ne ment jamais"). La parole d'un enfant est-elle sacrée? Est-ce que, au motif de le protéger, on peut faire n'importe quoi ? Est-il justifié de détruire sans état d'âme la vie d'un homme sous l'emprise d'un simple soupçon, qu'on ne s'accorde même pas le droit de vérifier, au risque supposé de traumatiser l'enfant ??


Le film est ciselé, monté avec une finesse et une modestie absolues : le sujet est délicat, et jamais cela ne vire à la caricature. Tous les personnages sont humains, crédibles et cela suscite une empathie totale du spectateur. C'est admirablement filmé, admirablement joué, angoissant mais sans trop, révoltant mais avec doigté, il n'y pas une maladresse, tout est juste et, de fait, terrible. Mention spéciale pour la direction de cette enfant de 4 ans qu'on sent menée avec un talent, une force de conviction et une compétence absolue.On n'avait pas, depuis Ponette, vu une enfant jouer avec une telle vérité.

Alors, bien qu'il ait été de bon ton dans la presse de vilipender, sous différents motifs que je vous épargne, "La Chasse", je ne saurais trop vous le recommander. C'est un film émouvant, sobre, impeccable et "la curée" à laquelle se sont livrés certains critiques de cinéma ressemble par trop à ce que le film dénonce : qu'on en juge par le titre "humoristique" que certains ont trouvé "il faut tirer La Chasse".


lundi 19 novembre 2012

SYRACUSE, DERNIER ÉPISODE (4)

Suite de :


Que dire encore de Syracuse après en avoir éclusé le musée, les ruelles d'Ortigia et épluché le moindre tableau de renom ??  Après avoir aussi rendu visite aux restes romains, avoir trainé sur les marchés et y avoir dégusté en bonne et due forme les oursins tout frais péchés ? Il nous restait une curiosité à satisfaire.
Le monument se voit dès qu'on aborde les faubourgs de la ville : immense, surprenant, il décontenance le visiteur qui ne sait, a priori, ce qu'est cet édifice d'un genre peu identifiable : stade, musée futuriste, marché couvert gigantesque ? Rien n'indique vraiment qu'il s'agisse d'une église, et l'on n'a pas l'habitude de voir des clocher en forme de pyramide. Et où qu'on soit dans la ville, on le voit, surgissant au-dessus des gradins du théâtre, ornant de sa silhouette massive la vue de la baie, se dressant fièrement devant l'Etna, il est toujours là, en ligne de mire. Il fallait donc aller le voir de plus près, et c'est ainsi que nous avons visité la Madonna delle Lacrime, sanctuaire triomphant du milieu des années 60, quand l'église catholique était encore susceptible d'attirer sur les lieux de culte des milliers de pèlerins sur les traces d'un miracle. Celui de Syracuse eut lieu en l'espèce en 1953 : du 29 aout au 1er septembre, devant une foule sans cesse grandissante de fidèles émus, une statue de plâtre représentant le "cœur immaculé de Marie" pleura. On recueillit le liquide qui coulait sur le plâtre? et une analyse scientifique confirma qu'il s'agissait bien d'un liquide lacrymal. Dès lors, la dévotion à cette statue exceptionnelle prit des proportions telles qu'on décida de construire un édifice gigantesque pour accueillir les fidèles qui se pressaient chaque jour plus nombreux.


Un concours fut lancé et, vous comprendrez mieux alors notre intérêt redoublé pour Notre Dame des Larmes quand vous saurez que "notre" architecte royannais, Guillaume Gillet participa à la sélection.


Son ébauche, que nous avons découverte en visitant l'exposition que lui consacrait le musée de Royan il y a peu, s'élevait en étoile autour d'un plan carré et aurait surplombé Syracuse de façon totalement différente, mais il ne fut pas retenu. En 1957 le projet fut confié à Michel Andraut et Pierre Parat. Pourtant la construction en fut longtemps contestée, retardée, car son modernisme et sa forme audacieuse fit naître, on s'en doute, moult polémiques... qui durèrent durant tout le temps du chantier, de 1966 à 1994 ! Il fallut 28 ans pour que l'église soit enfin inaugurée par le pape Jean-Paul II.


Outre les indignations et contestations en tous genres, la découverte, lors du creusement des fondations, de ruines d'habitations datant du VIème siècle avant Jésus-Christ et d'un morceau de route antique, retarda d'autant la réalisation définitive du sanctuaire. Un crypte aménagée sous le corps principal de l'église, permit finalement de sauvegarder et de montrer les restes d'un temple païen et d'un assez grand bâtiment, dont les murs étaient à l'origine recouverts de mosaïques.


Le bâtiment qui s'élève au-dessus a donc la forme d'un gigantesque cône de 100 mètres de hauteur, pour une circonférence d'environ 90 mètres. Ce n'est pas une flèche, mais plutôt un corps conique formé de côtes marquées en béton armé, qui s'évasent autour d'une base assez puissante, jusqu'à se terminer par un couronnement en acier sur la pointe duquel repose une statue de la Vierge.



L'ensemble ne manque pas de prestance, même si l'on se prend à regretter l'impression de lourdeur que l'édifice provoque quand on le voit à distance. Par contre, dès qu'on se rapproche et plus encore quand on y entre, la réussite est totale.


Tout y est conçu pour le cheminement : cheminement vers l'intérieur grâce à d'immenses rampes d'accès qui permettent de passer de la crypte au sanctuaire élevé, passages permanents du haut vers le bas grâce à la déclivité des pans inclinés qui permettent de passer largement de l'un à l'autre, cheminement du regard vers le haut quand on pénètre dans le sanctuaire où tout est fait pour vous inciter à lever les yeux vers le ciel ! En un mot cheminement de l'âme vers les prémisses de son Salut.


Dans cette ambiance, le mobilier liturgique est réduit à sa plus simple expression. On croise, de-ci de-là des autels, sobres (l'un d'eux est même un autel de rite byzantin, ce qui en fait une preuve de l’œcuménisme actif de la fin des années 2000), on serpente entre piliers, on se glisse dans des chapelles dépouillées. Tout est très serein, disposé pour la foule mais propice au recueillement. Un chemin de croix d'une exceptionnelle intensité dramatique et d'immenses toiles au graphisme nerveux et incisif montrent que le lieu, toute basilique de pèlerinage qu'il soit, est décoré avec sobriété, dans l'esprit qui a présidé à sa conception : moderne, voire futuriste mais classique, dépouillé et puissant.


FIN
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