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mercredi 31 mars 2010

GOURMANDISES BORDELAISES

Petit week-end à Bordeaux, j'en profite pour partager quelques adresses qui méritent d'être notées.
Notre chambre d'hôte tout d'abord, le Patio de l'Intendance, c'est la halte idéale à Bordeaux, grand confort, accueil charmant, emplacement de rêve. Située en plein milieu du cours de l'Intendance, elle permet de parcourir la ville à pied en toute quiétude. La chambre, vaste, est meublée avec goût et bénéficie d'une petite terrasse qui doit être délicieuse aux beaux jours. Les hôtes reçus au patio partagent une pièce commune, avec cuisine, qui permet de se détendre et de déjeuner ou de dîner si on le désire. Les allemandes qui cohabitaient avec nous, saucissonnaient et dégustaient camembert et vin rouge avec un plaisir évident !!! Mais tout cela sans que quiconque ne soit gêné car les chambres sont à l'opposée l'un de l'autre !

Pour notre dîner d'après Opéra, nous avons de nouveau pratiqué le Café de l'Opéra, service toujours aussi efficace, assiette sympathique même si ce n'est pas la meilleure table de Bordeaux, l'endroit, installé dans les ors du Grand Théâtre, est bien commode après spectacle.

Notre découverte du week-end, faite grâce à Zevisit (un site sur lequel on peut télécharger des visites guidées originales), est le Bar à Vin (ou Ecole du Vin) du cours du XXX Juillet : organisé par le Comité Interpfofessionnel des Vins de Bordeaux, l'endroit est installé dans l'ancien Hôtel Gobineau, maginifique immeuble XVIIIème qui s'avance en proue vers la place de la Comédie. Entièrement conçu et rénové par l’architecte Françoise Bousquet, le Bar à Vin associe architecture néo-classique à colonnade et mobilier contemporain. Les matériaux nobles et les formes épurées évoquent le monde viticole. Les œuvres d’art des années 50, qui le décorent, magnifient le travail de la vigne : une tapisserie d’Aubusson, commandée à Marc Saint-Saëns, sur le thème de la vigne, et deux vitraux de René Buthaud, représentant Bacchus triomphant au milieu des vendangeurs de Bordeaux et une allégorie du fleuve Garonne. La disposition intérieure propose différentes ambiances : tables basses et fauteuils moelleux pour une atmosphère "cosy" ; tables et chaises en chêne, volontairement espacées pour plus d’intimité ; bar et tables hautes dans un esprit bistrot, ou encore terrasse ensoleillée, lors des beaux jours, avec vue sur le Grand Théâtre. On y déguste d'excellents Bordeaux, choisis sur une carte fréquemment renouvelée, tout en grignotant quelques tapas qui permettent de marcher à peu près droit en sortant de là ! Un endroit qui vaut le détour pour sa luminosité, l'accueil chaleureux, le calme et les bons crus qu'on y trouve !

mardi 30 mars 2010

LA RESPONSABLE

Vous n'avez pas pu le rater : on ne cesse de vous clamer sur les ondes que les grandes marées sont de retour... un mois déjà... Nos parisiens s'émeuvent à qui mieux mieux et interviewent sans discontinuer les malheureux vendéens qui n'en peuvent mais. Les grosses marées reviennent tous les 15 jours, et celles de pleine lune sont plus fortes que celles de nouvelle lune. Avec en prime, un scoop : les grandes marées d'équinoxe sont les plus puissantes de l'année. Il n'y a rien de bien nouveau à cela, mais cela vous fournit du "papier" à ne savoir qu'en faire, et Xynthia est ressortie des placards pour s'émouvoir de ces moments difficiles que les gens des bords de mer vont vivre aujourd'hui.
Quant aux tempêtes qui accompagnent les changements de saison, au printemps comme à l'automne, elles font partie du paysage... comme la lune qui brillait hier soir d'un éclat maléfique. Maléfique ? Il ne faut peut-être pas exagérer, et s'il est de bon ton par les temps qui courent, de chercher des responsables, que faire contre celle-là, qui s'érige en triomphatrice des arrogances humaines, et qui, depuis des millénaires impose sa loi bi-mensuelle aux hommes et aux cieux. Mais n'est-ce pas une façon habile d'oublier que les vrais responsables des malheurs des vendéens et des charentais de la mer, ce sont les promoteurs avides qui ont construit en-dessous du niveau de la mer, dans des zones forcément achetées à bas prix et revendues à prix d'or pour en faire des eldorados artificiels et mortifères.
Et ces errances journalistiques, qui font une contre publicité terrible à la région, valent aux responsables des campings vendéens de voir leurs réservations en baisse de 50% par rapport à la normale. Il va leur falloir en plus enregistrer une saison difficile, qui risque pour le coup de porter à l'économie locale un coup dont elle se serait bien passée. Il est regrettable que certains se laissent aller au catastrophisme et au sensationnalisme faciles, pour le simple plaisir de "faire du marronnier". La lune et les marées d'équinoxe ne sont pas une nouveauté qui mérite qu'on la détaille avec tant de légèreté, alors que la région a surtout besoin de panser ses plaies.

lundi 29 mars 2010

A SUIVRE...

A la santé des amitiés qui naissent dans ces pages ! A la santé de ceux qui restent et de ceux qui partent ! 

Billet numéro 700... je n'avais pas l'intention de le souligner mais le départ de JMV (Italians do it better) sur fond de mire télé, les atermoiements de Colibri qui va qui vient, on sent que parfois elle est prête à abandonner, la mise en repos d'Alba, qui nous envoie quand même quelques signes, tout cela me donne envie d'un petit temps de réflexion... le sujet est terriblement récurrent mais notre étonnement reste intact. Pourquoi passons-nous tant de temps à ces échanges virtuels ? Nous y trouvons forcément un plaisir et des satisfactions qui justifient ces efforts qui, du coup, n'en sont plus.
Je crois que ceux qui abandonnent doivent se trouver dans une phase où écrire ici devient une corvée, ou une prise de tête, et alors les blogs perdent leur sens.
Ils sont là pour nous ouvrir le regard et l'oeil, sachant qu'on écrira ce soir un billet, on est plus attentif, plus fureteur, les visites sont plus agréables quand on sait qu'on en partagera les enthousiasmes et les déceptions, les livres ont plus de saveur si on décide d'en faire une fiche de lecture. Cela oblige à un retour sur événement quand on a vu un film ou un concert, cela impose une prise de recul pour mieux comprendre ce qu'on a aimé ou détesté. Bref c'est enrichissant et forcément un peu exigeant.
Les blogs ce sont aussi de amitiés qui naissent, spontanées, naturelles, "comme si on se connaissait depuis longtemps", car finalement l'écrit est révélateur ! Ce sont des rencontres, joyeuses, désirées, improvisées... C'est le récit de ces moments précieux que nous offre Odile ce matin qui finalement m'a décidée à cet arrêt sur 700 ! J'ai voulu avec elle m'arrêter un instant sur ces espoirs d'amitiés que font naitre nos blogs : elle nous parle d'Aloïs avec qui elle a bien envie d'aller se promener une fois où le temps sera plus clément, elle nous parle de Pomme et de promesses d'autres rencontres... Tout un monde mystérieux qui parfois cache des fabulateurs, forcément, des mythomanes ou de simples conteurs de vie, mais qu'importe finalement ? Parfois on y croise aussi des trésors de sincérité, on y fait des rencontres agréables, le hasard nous envoie sur des pages pleines de charmes, ça fait tilt et, toujours d'un commun accord, toujours librement consenti, on se rencontre, on s'apprécie et on bénéficie alors du plus beau des cadeaux, une amitié totalement gratuite, totalement facultative et d'autant plus précieuse.
Alors "à suivre... ", nul ne m'oblige à être là, mais j'y prends encore un réel plaisir et le partage avec vous tous m'apporte un vrai appétit de continuer, surtout quand je lis vos commentaires toujours tellement surprenants de réactivité, de sincérité et si à propos.

PS il y en a une qui n'a, en aucun cas, le droit d'arrêter !!! Elle nous tient en haleine avec sa Balade avec les Astres, et nous sommes tous et toutes impatients à chaque épisode de découvrir la suite, d'autant qu'elle a le sens du suspense cette petite... Alors si par hasard, un jour, il lui prenait l'envie de nous larguer au coin d'un épisode, je crois qu'il y aurait une révolution !!! A bon entendeur, salut, Astheval... Et puis elle m'a convertie au roman fantasy, il faut que je sache la fin !!

dimanche 28 mars 2010

SANS BAIGNOIRE


C'était la première fois que nous avions l'occasion de voir le "Voyage à Reims" de Rossini sur scène... Notre premier ratage datait du temps où nous allions à Pesaro... Nous nous étions ruinés pour entendre un Othello mythique, mis en scène par Pizzi, et qui réunissait Chris Merrit, June Anderson et Rockwell Blake...

C'était en 1988, les filles, nous étions partis en camping-car, et avions pris une chambre d'hôtel pour vous laisser en sécurité pendant que nous allions au théâtre, après vous avoir épuisées pour que vous dormiez assez tôt !! Pauvres enfants... Le drame qui nous a marqués à jamais est que ce jour-là Mandarine a perdu sa poupée Corolle dans le square de Pesaro et que nous avons tremblé qu'elle ne puisse pas s'endormir sans sa poupée fétiche !!! Or il fallait que vous dormiez avant que nous n'allions au spectacle, et l'angoisse était à son comble. Aucune poupée de rechange ne pouvait trouver grâce à tes yeux, Mandarine, et nous avons cru devoir renoncer à June Anderson !! Toujours est-il que c'est à cette occasion que nous avons découvert le Voyage à Reims, mais impossible d'aller le voir, nous étions déjà bien assez parents indignes comme cela !
La fois suivante, nous étions à Bruxelles, avec Koka que nous avions (encore !! mais elle avait 20 ans) lâchement abandonnée, et nous avons fait le pied de grue devant la Monnaie durant deux heures, abordant chaque spectateur, soudoyant ceux qui avaient l'air hésitants, tentant de circonvenir la caissière... rien n'y fit, nous n'arrivâmes ce soir-là à trouver qu'une place et dûmes de nouveau renoncer à Rossini.
Là, je m'y étais prise assez tôt pour récolter deux de ces places inconfortables qui font les beaux jours du Grand Théâtre de Bordeaux, et ce fut en nous tordant le dos et en nous dévissant le cou que nous avons pu suivre le spectacle. Le Voyage est sans doute un des livrets les plus indigents qui soient, encore qu'en la matière il en existe tellement que le cas est loin d'être rare, mais là, nul doute, l'histoire est nulle, le propos insipide et l'intrigue sans queue ni tête...
Cette pièce de circonstance a été créée en 1825 pour célébrer le couronnement du roi Charles X. Afin de souligner la portée européenne de l'épisode, Rossini fait se cotoyer des voyageurs de toutes nationalités, coincés dans un hôtel balnéaire en état de siège à cause de l'événement. L'oeuvre, malgré les superbes airs de bravoure qui en font le charme, a été abandonnée après sa 5ème représentation et il faudra attendre le milieu des années 80 (1984) et la "reconstruction" de la partition pour qu'elle soit reprise... à Pesaro justement.


La mise en scène de Bordeaux ne brillait ni par son originalité ni surtout par sa cohérence. Mais la faute en revient plus aux incohérences du livret qu'à la metteure en scène. Si les mouvements de masse étaient un peu pesants, tout à la joie d'entendre Rossini, on n'en avait cure. L'opéra est une succession réjouissante d'airs de bravoure, interprétés fort honorablement par une pléiade de chanteurs agiles et talentueux... Certes le chef Liciano Acocella devait souvent ralentir le tempo et l'orchestre de l'ONBA était parfois un peu à la limite de la virtuosité attendue. Aucun chanteur ne prenait vraiment le dessus et si tous étaient parfaitement à l'aise en duo, trio ou choeurs divers, les solos étaient en revanche un peu plus laborieux. L'oeuvre est difficile mais les voix se mettent en valeur les unes les autres, et notre soirée a été vraiment agréable. Même si la dernière demie-heure de l'Opéra est, pour finir, un insupportable passage de brosse à reluire à la gloire de Charles X, il y a vraiment des airs jubilatoires, des envolées réjouissantes et des moments enthousiasmants.

vendredi 26 mars 2010

NON NON NON...

... Nous n'irons pas au Salon du Livre... Forcément, depuis le fin fonds de ma campagne profonde, je serai protégée contre cette tentation ! Mais vous, irez-vous ? On ne parle que de cela sur les ondes, enfin sur France Culture, dont l'émission que j'écoute en écrivant pose la question cruciale "le prix du livre est-il trop élevé"... certains parlent de 25 à 30 €, d'autres de 15 €... peu importe finalement, car les livres, quand on aime, on ne compte pas. Alors entre le billet d'Aloïs, vos commentaires, les souvenirs amoureux de Chic et l'actualité du jour, le thème s'imposait.

Tout est parti de cet endroit : hier, je tombe en arrêt devant ce pan de mur vierge, hauteur disponible 2m00, largeur 1m environ et épaisseur, juste ce qu'il faut pour glisser un livre.
"Ce serait bien de demander à Pascal de nous faire une petite bibliothèque dans ce coin..." je hasarde la suggestion, avec l'air le plus ingénu que j'ai en réserve et essaie d'être convaincante. Réaction attendue d'Alter, véhémente, et Dieu sait qu'Alter n'est pas du genre à s'énerver... NON... pas question, y en a assez comme ça, il faut trier...
"Trier ??? tu plaisantes... essaie de t'y coller et tu m'en diras des nouvelles, la dernière fois que j'ai essayé de me livrer à ce genre d'exercice, j'ai passé une journée entière pour arriver à en évacuer une petite dizaine..."
Voilà, on arrête là, il a raison Alter, il faudrait en donner, en jeter, en balancer pas mal pour faire de la place sur les rayonnages combles qui ont déjà recouvert tous les murs de la maison... Car ici, nous n'avons pas Gibert pour vendre nos vieux bouquins, les salles de vente refusent les caisses de livres et la bibli locale est déjà trop petite pour contenir son fonds pléthorique. Donc, non, non, non, nous n'irons pas au Salon du Livre nous livrer à notre vice préféré, on évite les librairies et on reste CALME. Mais calme ou pas, il y a longtemps qu'on n'a pas joué pas vrai... alors, après la table de chevet déjà fort révélatrice de ce que nous formons, sans prétendre appartenir à un de ces réseaux qui fleurissent de ci de là, une petite communauté de passionné(e)s du papier, de l'encre et de la chose imprimée. Et le jeu, facultatif comme il se doit, c'est bien sûr de montrer sa bibliothèque.

La mienne, les miennes en fait, étagées sur deux rangées car sinon ce serait impossible de tout ranger, avaient, il y a peu encore, quelques trous que le temps a comblés. Dommage !! L'une est un peu décorative, livres anciens ou reliés, lus pour la plupart mais rangés par forme plus que par titres. L'autre, qui va du sol au plafond, on apprend que ces vides décoratifs en bas sont désolants, est supposée organisée : romans par ordre alphabétique, (oui oui JMV !!!) livres d'art, catalogues d'exposition, livres pratiques, on est censé s'y retrouver sauf qu'ils montent jusqu'au plafond et qu'on n'a pas prévu d'échelle... La dernière, plus fun, est consacrée aux policiers, toujours en ordre alphabétique(je rêve), livres de voyage et disques... Avec un compartiment livres pour enfants dans un angle. S'y ajoutent, gentiment rangés dans la cave, quelques cartons de livres non étalés, ceux de ces demoiselles qu'elles n'auront jamais le temps de venir chercher, ni surtout la place de ranger dans leurs appartements parisiens, mais qu'il ne faut toucher sous aucun prétexte, au risque de se voir accusée d'avoir jeté un précieux volume...
Alors, si vous en êtes d'accord, étalez vos rayonnages, et surtout, surtout, dites avec moi votre acte de contrition : "je promets z'et je jure de ne plus jamais succomber au péché d'acheter un livre..."

A propos, parce qu'il faut bien une conclusion, j'ai fait une petite provision avant de partir sur l'Express Côtier, nous aurons du temps pas vrai et il faudra bien occuper les longues soirées dans la cabine ou dans les salons du Nornorge... Oh, pas grand chose, juste une quinzaine d'ouvrages pour se mettre dans l'ambiance, genre Jo Nesbo, écrivain norvégien que Fred m'a fait découvrir et qui s'impose en telle circonstance, et autres petits opus qu'il me tarde de découvrir tout à loisir ! (Catastrophe, j'ai compté, il y en 18... mais quinzaine ce n'était pas pour mentir !!)

jeudi 25 mars 2010

COMPETENCES ET ERRANCES

Signé !! C'est un avis d'humeur !!

Nous n'en avons toujours pas terminé avec nos mésaventures frigorifiques : il faut dire que les artisans ici sont surbookés à la suite des effets tempête, et qu'il ne s'agit pas de faire des caprices pour être réparés dans l'heure alors que tant de gens ont vraiment besoin d'aide, manquant de tout et ayant tout perdu.
Toujours est-il que notre réparateur d'électro-ménager, un charmant jeune homme de 33 ans, consciencieux, aimable, excellent technicien et d'un sérieux à toute épreuve, croule sous le travail. Il a donc décidé d'embaucher. Et depuis un an, il cherche la perle rare. Et les employés défilent sans discontinuer chez lui, partant d'eux-mêmes ou non reconduits après un mois ou deux d'essai où ils ont fait tellement de bourdes et de bêtises que notre jeune patron a perdu des heures et des jours à tout récupérer. Celui qu'il nous avait dépêché aujourd'hui avait été embauché la fleur au fusil : un CV en béton, 26 ans d'expérience dans l'électro-ménager, notre boss n'en a pas cru ses yeux. Une aubaine ! Certes, quand il a voulu vérifier ses références auprès de son ancien patron, celui-ci avait fait faillite, mais on sait ce qu'il en est des difficultés de trésorerie et autres joyeusetés liées à l'exploitation d'une entreprise.
Donc arrive un quinquagénaire malgracieux qui commence à s'attaquer sans réfléchir à notre frigo, le démolit à moitié et, illico se met dans une rage noire qui ne cesse d'enfler, il vitupère, crie, piétine, rage, fulmine... Michel se découvre une course urgente à faire, préférant fuir les lieux, moi j'avale un comprimé d'aspirine, m'enferme dans mon bureau, et essaie d'oublier les clameurs de notre travailleur. Au bout de deux heures, et je vous jure, deux heures en compagnie d'un excité de cette espèce c'est long, j'entends sonner : il avait, enfin, appelé son patron à l'aide, et ce dernier, toute affaire cessante, est venu réparer les dégâts. Et les dégâts étaient graves. Il a renvoyé l'hurluberlu dans ses foyers, et a pris les choses en main. Je lui ai offert un café et ai tenté de lui remonter le moral : j'ai cru qu'il allait en pleurer de rage et de désespoir. Ce jeune homme, fort d'une belle expérience, d'une formation solide et d'un courage indéniable, se coltine les âneries d'un incapable à moitié furieux et qui lui a certainement fourni un CV bidon. On raconte qu'il n'y a plus que ça, des CV bidons. Pour faire bonne mesure, son autre ouvrier, plaqué par sa femme, s'adonne à la boisson et, lui, très comptissant, l'a expédié en cure de désintoxication pour tenter de le tirer de là. Et en attendant, il assume, et je vous jure, il avait le coeur gros ce matin sur ce chantier massacré.
Et il n'est pas le seul ! Ce genre d'histoire, je pourrais vous la raconter, à peine modifiée dans les détails, pour mon maçon, mon aluminier, mon ébéniste, mon électricien, mon peintre, le prothésiste d'Alter, la vétérinaire... bref, tous ces braves artisans courent du four au moulin, n'arrivent plus à fournir, tentent et retentent d'embaucher... des jeunes, des vieux, des gais, des tristes, ils essaient tout... et toujours se heurtent à des individus négligents, voire parfois malfaisants, qui leur font perdre un temps fou, leur coûte une fortune en réparation des dégâts accomplis, les trainent parfois en justice, bref leur gâchent la vie avec un talent qu'ils n'ont manifestement guère pour le travail.
Devant une telle fatalité, je disais l'autre jour à mes étudiants, pourtant moyennement doués et pas très sûrs d'avoir leur examen, que, vu leur sérieux, leur bonne volonté et leur éducation, l'avenir leur appartenait : ils trouveront toujours un patron qui appréciera leur application et leur honnêteté, et, au vu de ces qualités rares et majeures, on se disputera pour les garder ! La réussite ne peut que sourire aux gens sérieux et consciencieux. L'expérience me l'a montré, concernant "mes anciens", qui, tous, ont trouvé du boulot et ont progressé sur le tas et sont devenus indispensables dans leur entreprise. Et j'en suis ravie pour eux, même s'il m'arrive de rêver qu'ils soient un peu plus brillants aux examens !

mercredi 24 mars 2010

DÉSOBÉISSANCE CIVILE

J'ai, c'est de notoriété familiale, à défaut d'être publique, une passion irrépressible pour les tulipes. Une attirance jamais démentie pour ce bulbe aux fleurs généreuses que l'évolution des temps modernes nous offre comme un produit bon marché alors que l'histoire nous apprend qu'il fut l'objet des plus folles surenchères. La tulipomanie, première bulle financière spéculative de l'Histoire, me laisse pantoise et fascinée. J'ai lu récemment Semper Augustus, un roman d'Olivier Bleys qui ne m'a pas retenue outre mesure, mais choisi à cause de son thème : un bourgeois de Haarlem dans les années 1630, qui a fondé sa fortune sur l'évolution exponentielle du prix des précieux bulbes, soutient tout en le corrompant le fils un peu influençable d'un sien ami, parti tenter de faire fortune au Brésil. L'histoire est un peu falote, la langue se veut adopter le phrasé désuet du XVIIème siècle et le récit se déroule sans véritable aspérité, offrant un livre lisible, sans plus.

Il semble d'ailleurs que l'affairisme concernant les tulipes n'ait eu ni l'ampleur ni les conséquences que lui prête la légende. L'excellent et fort documenté article de l'Antisophiste* démonte largement le mythe après nous avoir longuement expliqué en quoi, cependant, ces fleurs merveilleuses passionnèrent nos ancêtres. Sans pour autant les ruiner, ceux qui en achetèrent à perte, peu nombreux dans les faits, pouvant largement se permettre d'y laisser quelques plumes. Il semble que la tulipomanie déboucha plus sur une crise de confiance que sur une véritable crise financière : le crédit commercial de ces bons bourgeois qui, à la hausse, n'honoraient plus leur parole pour revendre quelques semaines plus tard trois fois le prix, et qui, à la baisse, en tant qu'acheteurs cette fois-ci, refusèrent d'honorer leurs engagements pour payer des bulbes dont la valeur s'était effondrée, en prit un coup dans l'aile, et il fallut pas mal de temps pour restaurer la crédibilité économique de ces apprentis sorciers.
J'aime donc les tulipes à cause de leur légende, mais aussi parce que, tout simplement je les trouve belles. Les plus somptueuses étant, à mon goût, celles que la nature nous livre telles quelles, et que l'on trouve à l'état sauvage en Asie Mineure ou en Asie Centrale. J'aime aussi beaucoup celles qui doivent leurs formes gracieuses à quelques maladies ou anomalies qualifiées au XVIIIème de monstrueuses. Les Rembrandt ou autre Perroquets aux pétales multicolores et aux allures déchiquetées sont autant de merveilles qui inspirent encore aquarellistes et peintres, comme elles inspirèrent au XVIIème siècle les maître hollandais. Visitez le site de Claire Felloni ou celui d'Hélène Glehen, et vous m'en direz des nouvelles.

Mais aussi, et qui sait surtout, j'aime ces fleurs pour leur manque total de discipline, leur inébranlable indépendance et leur vivacité jamais prise en défaut. Vous les coupez, elles continuent à pousser dans le vase, vous les arrangez en bouquet et elles n'en font qu'à leur tête, se dispersant en tous sens, vous les maitrisez, elles vous narguent. Cette insubordination manifeste me réjouit chaque année dès que je peux en piqueter ma maison, et je ris chaque fois que je les croise, ayant inventé pour me railler quelque danse sauvage qui le propulse hors des sentiers que je leur ai tracés. Aujourd'hui, alors que je tentais à grands coups de ciseaux de les remettre dans le droit chemin, appliquée à raccourcir leurs tiges et à les domestiquer un peu, France Culture égrenait une émission sur le "Discours de la servitude volontaire" d’Etienne de la Boétie. Ce manifeste contre la tyrannie, écrit par un jeune homme à peine sorti de l’adolescence (notion qui n’existait guère à l’époque, mais il n’avait que 18 ans quand il le rédigea) est d’une surprenante modernité. Sa question centrale, pourquoi obéit-on, reste d'une brûlante actualité, en raison du désarroi de notre époque, où l'on revendique que le sort des individus relève d'une détermination personnelle plus que d'un pouvoir souverain ou d'instances providentielles, désormais tombés en désuétude.
Et pourtant, nous l’avons vu l’autre jour à propos de l’émission « le jeu de la mort », nous sommes plus que jamais asservis à des références qui nous poussent, ou tendent à nous pousser (oui, vous le disiez dans les commentaires, il y a encore des rebelles et des héros discrets !!) à honorer des idoles qui nous font bafouer nos valeurs morales. Et ce jeune homme, qui continue de ranimer la jeunesse du monde, a ce mot merveilleux : « Soyez résolus à ne plus servir, et vous voilà libres. » Il ne préconise nullement de s’armer pour abattre le tyran « Je ne veux pas que vous le poussiez ou l'ébranliez, mais, seulement, ne le soutenez plus, et vous le verrez, comme un grand colosse à qui on a dérobé sa base, de son poids même fondre en bas et se rompre. » Simplement, parce qu’il est humainement plus enrichissant et plus difficile de défendre les libertés que de supporter la domination, il prône la désobéissance, plus exactement le refus de la servitude vonlontaire. Alors que cette dernière alternative ne suppose que résignation et passivité, affirmer sa liberté implique conscience, détermination et effort.

Alors, des fantaisies jamais démenties des tulipes à mon goût inné pour une certaine forme d’insoumission aux normes trop convenues et aux règles trop établies, sans doute imputable à une éducation sévère dispensée par des parents autoritaires, j’ai eu envie de m’évader avec vous, le temps de rendre hommage à ce périgourdin prophétique, et dont la mort prématurée (il avait 33 ans) laissa Montaigne inconsolable.


Pour ceux que cela amuse je vous livre l'analyse du tableau de Brueghel par l'Antisophiste :
"Au premier plan, un singe pointe une platebande de tulipes, tandis qu’un autre brandit une tulipe et une bourse pleine d’argent. Les bulbes sont pesés, la monnaie est comptée, une vente est conclue par une poignée de mains, un dîner d’affaires est donné. Le singe sur la gauche tient une liste des variétés de tulipes avec leurs prix. Il porte l’épée, ce qui le classe dans la gent aisée. Un autre relit un contrat de vente, la chouette sur son épaule symbolise la folie. Le tableau montre aussi ce qui advient avec le krach. Un singe urine sur des tulipes désormais sans valeur. Derrière lui, un spéculateur qui n’a pas payé ses dettes est mené devant un magistrat. Assis sur le mur de droite, un singe pleure. A l’arrière plan, un acheteur mécontent joue des poings, tandis qu’à droite, un spéculateur est conduit à sa dernière demeure."

mardi 23 mars 2010

VELOUTE DE TOPINAMBOURS AU PIMENT D'ESPELETTE


Belle-maman à qui j'annonçais tantôt le menu du soir, (il faut bien trouver des sujets de conversation quand on téléphone tous les soirs à sa belle-mère bientôt nonagénaire) s'étonnait que l'on put manger des choses pareilles et s'exclamait qu'elle n'aimait guère ce légume qui lui rappelait par trop la guerre, et dont elle a bien sûr oublié le goût. Nos parents ont abusé des topinambours au point d'avoir ensuite rayé le tubercule de nos tables, et celui-ci n'a fait une timide réapparition dans nos assiettes qu'il y a peu d'années. Affublé d'une réputation détestable car il a la réputation de donner des flatulences, d'une forme peu engageante et d'un aspect rébarbatif, il n'y a pourtant pas fait un triomphe. C'est un légume de saison et voici la recette concoctée par Alter ce soir qui mérite que je vous en livre les secrets. Belle-maman a toujours pensé que j'avais une influence bizarre sur son fils, à qui elle juge que je fais faire des choses étranges qu'elle considère d'un oeil ébahi... L'idée d'imaginer son fils en cuisine, préparant un velouté de topinambours l'a laissée sans voix !
C'est Koka qui, ayant lu dans une de ces revues féminines qu'elle arbore avec provocation, que le topinambour était bon contre le cholestérol, m'a un jour enjoint d'en goûter. Nous avons été immédiatement conquis par son petit goût raffiné d'artichaut et sa bonne tenue en salades. Depuis j'en prépare régulièrement, mais la forme velouté était une nouveauté pour nous, qui s'est révélée parfaitement délicieuse, et tellement facile à réaliser !
Alter a mis dans sa casserole un oignon, deux petites pommes de terre, 6 topinambours de taille moyenne (pelés) et a fait bouillir le tout jusqu'à ce que les légumes soient tendres. Il a ensuite passé l'ensemble au blender, sel, poivre, 2 "vache qui rit" (vous mettrez bien sûr de la crème fraiche, ce sera plus raffiné !) et surtout, l'épice indispensable pour que le velouté chante sous vos papilles, du piment d'espelette. On en rajoutera quelques grains sur chaque assiette au moment de servir, pour l'esthétique, et on se régalera sans remords de cette crème appétissante et onctueuse.

lundi 22 mars 2010

GRÂCE ET DISGRÂCE

Un film pour enfants qui fait le plaisir des adultes : Fantastic Mr Fox est une animation de grande qualité, même si les scènes rapides et vues de loin sont un peu saccadées. Si vous aimez les chiffres " 4000 accessoires, 500 marionnettes et 150 décors (dont certains mesurant plus de 10m de long) ont été nécessaires pour réaliser le film. 5229 plans et 621 450 photos ont été enregistrés, et tous les jours 120 gigaoctets de données étaient générés (18,5 téraoctets de données ont été conservés au final)". Le film a été, à l'ancienne, réalisé en vues fixes, prises tout simplement avec un Nikon D3 !! Le genre a fait ses preuves et les "puppets" au coeur tendre et à la psychologie généreuse nous égrènent de façon très plausible les thèmes de la différence qu'il faut admettre, voire valoriser, des promesses qu'on ne sait pas tenir parce que le naturel reprend le dessus, de la solidarité qui permet d'être plus forts, des rivalités qu'il faut apprendre à dépasser... Les yeux sont volontairement toujours ouverts pour donner plus d'intensité aux personnages et à leurs sentiments, et ces yeux sont tellement réalistes qu'on a l'impression que ce sont de vrais ! Derrière la cagoule de bandit subsistent toutes les diversités et aussi les fragilités. L'auto-critique de Mr Fox, héroïque et vaniteux, qui avoue qu'il a besoin d'être reconnu, admiré, et qu'il passera sa vie à vouloir faire des exploits superflus et dangereux simplement pour affirmer sa personnalité, quoiqu'il en coûte à lui-même et aux siens, est un moment émouvant qui nous parle de nous et de nos vulnérabilités. Les voix d'Isabelle Huppert et de Matthieu Amalric dans la version française sont au diapason, c'est délicieusement joué et pour une fois, il n'est pas gênant de ne pas voir la version originale car les mouvements de "bouche" des animaux ne sont pas en contradiction avec les sons ! Ce film est un petit bijou d'humour et de tendresse qu'il faut s'offrir un soir de blues pour se remonter le moral.

La deuxième toile du week-end était un de ces films qui vous font trouver le cinéma enthousiasmant : Disgrâce, est un film sombre mais réellement envoûtant. Le talent et la présence particulièrement charismatique de John Malkovitch y sont pour quelque chose. Mais le scénario est puissant et les toiles de thèmes entrecroisés qui donnent à réfléchir l'enrichissent considérablement. Je n'avais pas envie d'y aller, fatiguée, le moral dans les chaussettes, je n'avais pas le courage d'affronter les scènes de viol annoncées et la violence incontournable de l'histoire. J'aurais eu tort et si la violence est là, suggérée plus qu'imposée, par les bruits des sirènes au Cap, par les rumeurs inquiétantes omniprésentes dans le Kalahari, les viols sont suggérés et l'on évite la composante voyeuriste indissociable de ces moments difficiles à filmer. Le film est noir, on est loin d'Invictus et de sa vision optimiste de l'avenir de l'Afrique du Sud. Ici la culture de chacun s'impose, sans morale, sans repère et le propos est dérangeant. Le romantisme dévoyé du professeur blanc se heurte sans retour à l'intransigeance puritaine de son milieu et aux réactions intraitables de ses victimes. Il va se réfugier dans la ferme isolée de sa fille, homosexuelle, qui se pose en vivant reproche à son idéal de Casanova sur le retour. Et là, la violence le rattrape et le met face à ses contradictions et à la vanité de son nihilisme. Le viol de sa fille, c'est plus une histoire d'hommes qui asservissent les femmes que de noirs contre les blancs. Le film est long, mais cela ne se ressent guère, et même s'il semble se terminer en queue de poisson, la fin est logique : pas d'espoir à court terme dans ce monde où le seul rayon d'espoir pourrait être la naissance d'un enfant, mais personne ne se hasarde à le penser, tant la désespérance triomphe. Un film peu diffusé, il n'est pas vraiment "politiquement correct", et la presse est loin d'être louangeuse, ce qu'il est incroyablement injuste. Il faut à tout prix le voir en VO tant la voix de Malkovitch participe à la réussite générale de l'ambiance pesante et pitoyable de cette tranche de vie. L'acteur impulse un rythme et une profondeur à cette adaptation du roman de Coetzee qui décrit sans concession l'après-apartheid et que je me propose de lire prochainement. Comme d'habitude rien ne dit que ceux qui ont déjà lu le livre apprécieront avec autant d'acuité le film de Steve Jacobs.

dimanche 21 mars 2010

CRÉER L'ÉVÉNEMENT

Hier, vous avez eu du mal à y échapper, que vous aimiez ou non, que cela vous intéresse ou non... Pourtant l'histoire du Tournoi des cinq puis des six nations existe depuis 1910 (en fait avec seulement 4 nations dès 1882). Et chaque année les amateurs de ballon ovale s'enthousiasment pour les performances de leur équipe, et chaque année, ils squattent à prix d'or les bancs inconfortables du Stade de France, prennent d'assaut les trains et les avions pour "monter à Paris", car ils viennent peu ou prou du Sud, ou s'offrir une petite virée en Irlande ou à Twickenham, envahissent en hordes bruyantes mais pacifiques les pubs ou les marchands de merguez qui entourent les stades et s'offrent dans tous les cas une joyeuse troisième mi-temps, soit pour fêter la victoire de leur équipe soit pour admettre que l'adversaire a de toute façon mieux joué et que l'issue fatale était incontournable. 
Et cela fait des lustres qu'il en est ainsi, on ne prétend guère parler de rugby avec ceux que le sujet ne passionne pas, tant il est vrai que le jeu est complexe et particulier. Les moeurs sur le terrain ont quelque chose de choquant pour qui ne goûte pas les envolées lyriques de nos arrières ou la pugnacité de nos avants. La France a disputé ainsi 80 tournois, en a gagné 25 (sa première victoire remonte à 1954, et encore pas seule ! dire qu'il a fallu du temps pour dominer les anglo-saxons), a décroché 8 cuillères de bois, "anti-trophée" mythique dont on a une peur panique qu'il vous échoit et que les italiens font leur possible pour éviter... Et voilà que la gent journalistique nous a branchés hier sur le Grand Chelem, le fin du fin étant d'établir un douteux parallèle entre le sport et la politique, les seuls frustrés de l'histoire restant somme toute les bridgeurs ! En faire un événement national, relayé à grand bruit par toutes les radios et sans doute télévisions, commenté sur le net et développé en termes enthousiastes par la presse de tous bords, est un phénomène récent et qui ne manque pas de surprendre. Pourquoi vouloir à tout crin que la France entière se passionne pour le XV de France ? 
C'est une manie des temps modernes que de vouloir créer l'événement, les enjeux économiques de chaque manifestation médiatisée sont tels qu'on ne saurait passer à côté de ces opportunités d'engranger des bénéfices. Il faut donc susciter l'adhésion du plus grand nombre, donner à chacun l'impression qu'il "faut y avoir été", et plus le battage est fort, plus le rassemblement sera important. Perçu comme incontournable par ceux qui veulent se tenir au courant de tout ce qui compte et de ce qui fait date, il mobilise des foules forcément "juteuses" consommatrices directes (transport, hôtel, restaurant, billets, gadgets) ou indirectes (retombées publicitaires, acheteurs potentiels de produits vantés par les acteurs de l'événement), bref tout une économie dont les retombées sonnantes et trébuchantes se chiffrent avec de nombreux zéros. On arrive ainsi, par la magie du marketing au sensationnel mêlé, à passionner les foules pour le foot, le ski, un opéra au Stade de France, une fête des amoureux, un film, un livre, bref, un méli-mélo improbable dont il sort toujours quelque chose en termes financiers ! France 2, nous dit-on, a connu un pic de 9,5 millions de téléspectateurs à un quart d'heure de la fin du match... Idiot d'ailleurs, car la fin du match fut efficace mais peu digne de ce qu'il est convenu d'appeler le rugby champagne, notre préoccupation étant alors de préserver de score et pas vraiment de faire le jeu. On s'est beaucoup plus amusé lors de France Italie, avec des athlètes joueurs, qui nous ont offert un vrai régal, alors que les gestionnaires désespérés placardaient dans les couloirs du métro des places à 1€ pour toute place achetée, afin de remplir le Stade de France. Côté spectacle, c'était autre chose que ce dernier quart d'heure assommant dont le seul objectif était de ne pas encaisser de points.


Je ne fais pas mon grognard frondeur, j'admets que de tels engouements présentent de réels avantages, et que la popularité récente du rugby lui a sans doute beaucoup apporté, même si c'est au prix d'une "mercantilisation" évidente ... 
Mais ne pourrait-on pas nous lâcher un peu les baskets et nous laisser encore avoir des engouements non téléguidés, des enthousiasmes pas forcément standardisés et des plaisirs improvisés ? Pourquoi souler ceux qui cela n'intéresse pas, quitte à leur donner la fugace impression qu'ils sont hors du coup et qu'ils doivent se justifier de n'avoir pas vu, pas vécu et pas crié avec la horde ? On nous fait cela pour tout, le foot et les avatars de ses clubs dont nous partageons les soucis comme si notre avenir personnel en dépendait, le tennis pour lequel nous devons chaque jour subir les enthousiasmes de tous nos voisins qui ont admiré les exploits de quelque nouvelle coqueluche, et, au gré des modes ou des moments, tout ce qui passe à portée de caméra et peut, sous une forme ou une autre, faire recette. Durant deux, trois jours, cela fait la une de tous les journaux, on vous interpelle et l'on attend de vous un avis et un enthousiasme que vous ne ressentez pas forcément. Et cela disparait aussi vite que c'est venu, laissant les spectateurs un peu frustrés dans l'attente d'un nouveau facteur d'excitation des neurones et de la compassion. 
Liberté de s'en ficher pour ceux qui n'aiment pas le rugby, bonheur d'avoir gagné le tournoi et le Grand Chelem pour les autres, à chacun son univers émotionnel et qu'on nous laisse enfin le choix de nos héros ! 

samedi 20 mars 2010

RUMEURS VEGETALES

Le Centre d'Art Plastique de Royan peut s'enorgueillir d'avoir accueilli dans sa lumineuse salle d'exposition de la Galerie des Voûtes du Port, des artistes aussi célèbres que Chaissac (en 90), Lapicque (en 91 et en 98), Zao Wou-Ki (en 99), et même un hommage à Olivier Debré en 2000. Deux, voire trois expositions par an permettent d'y découvrir, d'y apprécier parfois des artistes contemporains que nous n'aurions guère l'occasion de "rencontrer" sinon. Jusqu'au 11 avril, la galerie abrite "Rumeurs végétales" une exposition consacrée au "potager philosophique" de Barbara Schröeder.
L'artiste, allemande installée à Bordeaux, cultive et récolte un bestiaire imaginaire qui se décline autour du thème ancestral de la fructification. Son travail dans la matière et la couleur se veut métamorphose, décryptage de la germination et quintessence de l'organique. Elle malaxe la couleur, la déterre, la transforme, les pigments sombres sont sa base privilégiée. Elle enrichit ses compositions d'oxydes de cuivre, de bronze, de zinc ou de laiton. De ci de là, elle illumine ses toiles d'une touche de blanc éclatant, qui les éclaire tout en les faisant vibrer. Son registre, plutôt orienté vers le figuratif, décline artichauts, grenades, poires, choux en tous genres, témoin de l'harmonie discrète qui relie l'homme à la terre, attirant notre attention sur des choses simples auxquelles elle donne une dimension presque monumentale. Elle excelle dans les polyptyques à x variables, de deux à 12, dont 9 en carré comme dans les "Champs froids" de 2009, qui sont en fait des pommes de terre !!

La Galerie du Port à Royan est un espace parfait pour mettre en valeur les oeuvres monumentales de Barbara Schröeder, il y règne une lumière et une paix très accueillantes qui exalte ces toiles sereines.

De Teuillac près de Bourg sur Gironde, où elle habite à peu de distance de l'estuaire, elle peint aussi la vigne qui l'environne et la façonne comme au gré d'un sulfatage intemporel.

J'avoue avoir eu un petit attendrissement pour ce "novyptyque" intitulé "Séraphins sur terre fertile", plein de charme et d'humour : l'oeuvre, qui date de 2001, n'est pas dans la veine actuelle, plus monumentale, mais elle mérite l'arrêt sur image !

vendredi 19 mars 2010

SAINT JOSEPH


Il était de tradition, autrefois dans les campagnes, de célébrer le jour de la Saint Joseph, le 19 mars, "le mariage des petits oiseaux". Cela permet à Joseph le Juste, père de Jésus et époux de Marie de Nazareth, d'avoir depuis 1955 deux fêtes dans l'année : celle d'aujourd'hui, la plus ancienne, et une autre le 1er mai, en tant que patron des artisans, fête instituée par Pie XII.
Les ethnographes soulignent que cette tradition du mariage des petits oiseaux, à la veille du printemps, donnait lieu dans certains bourgs à des regroupements festifs auprès de ce qu'ils nomment des "pierres à oiseaux". "Pierre aux Oiseaux, Pierre du Mariage des Oiseaux, Table du Mariage des Oiseaux, Pierre au Saut ; et à Guéret même, une certaine Pierre Bataurine est connue comme la Table de Mariage des Oiseaux.... Sur ces tables rocheuses, les oiseaux viennent se marier. Cela se passe le 19 mars, jour de la Saint-Joseph, donc au moment de l'équinoxe de printemps. On le dit, on l'a observé : « S'il faisait bon, on pouvait voir les oiseaux se rassembler sur la pierre, ils dansaient. Une croyance qui s'exprime dans une coutume bien attestée dont nous décrirons le déroulement. Le 19 mars, on se rend en bande à la Pierre, et on saute en se tenant la main, deux par deux : un mariage façon oiseau ? Toujours est-il que garçons et filles sautent ce jour-là et durant toute l'adolescence, jeu qui sans doute d'année en année, apparie peu à peu les couples. Accompagnant le saut, une onomatopée imitant un cri d'oiseau est émise par le garçon, qui le chante ou le siffle" extrait du site Terrains . Le rite de la Saint Joseph, avec sauts et appariements se rapproche finalement de celui de la Saint Jean, où la lumière trouve sa place avec le feu au-dessus duquel on saute pour avoir la chance de se marier dans l'année ! Le printemps et l'été émoustillent les sens, et l'on pense alors à perpétuer l'espèce...
Cette année, vous le remarquerez si vous leur accordez quelques instants d'observation, les oiseaux sont bien en peine car le printemps tardif a privé les arbres de feuilles et ils ont bien des soucis pour y cacher leurs nids qui devraient déjà être prêts pour les futures couvées. Le redoux aidant, depuis quelques jours, ils mettent les becquées doubles pour assurer leur descendance ! J'aurais aimé vous capter quelques images de leurs ébats et de leur agitation, mais ce sport nécessite autre chose qu'un téléphone portable comme outil de capture et beaucoup de patience pour surprendre l'image qui fait mouche ! Or, en ce moment je manque singulièrement de temps et je me suis contentée d'un montage "chipé" sur le net, avec lien bien sûr vers le site d'où il vient !

jeudi 18 mars 2010

ENVIE DE...


Allez savoir pourquoi, ici, "ils"* disent des PEUtoncles, négligeant carrément l'accent qui fait claquer le mot ! Pétoncle, tout de même ça sonne plus clair que PEUtoncle ! N'empêche que la chose reste délicieuse... 18 mars, cela fait des mois que nous n'en avions pas mangé, et j'en vois, à prix d'or, sur l'étal d'un poissonnier... Pas de "mon" poissonnier qui a pour politique commerciale de ne vendre que les produits de saison, à des prix très doux. Je me dis "Miam, la saison des pétoncles commence, quel bonheur..." et je lâche les cordons de ma bourse pour une petite poêlée toute simple. L'heure n'est pas encore aux élaborations culinaires compliquées sur un met de saison dont on commence à se lasser et dont on veut raviver le plaisir. Simplement ouvertes à la poëlle, sans rien, ni ail, ni persil, ni aucune épice... juste une petite tartine au beurre salé (sel de l'île de Ré, excusez mon chauvinisme les "bretonnes") ! Voilà une recette qui mérite qu'on la partage, pas vrai les cuisinières !

Il sera bien temps plus tard de les accommoder, ces pétoncles noirs, aux poireaux, au citron, au curry, de le griller, de les mettre en brochettes... je vous laisse chercher sur internet, les recettes sont innombrables et toutes plus alléchantes les unes que les autres. Et vous savez sans doute qu'il existe aussi des pétoncles blancs, savoureux aussi mais moins fins, un peu plus caoutchouteux, qu'on nomme communément les vanneaux. Ils ont le grand mérite d'être 3 fois moins chers que les noirs !
Mais la question d'importance est celui de la saison. Depuis que nous avons décidé de ne plus manger de cerises en hiver, nous tentons tous de profiter des saveurs au mieux de leur forme. Ainsi les moules, c'est fini et nous attendrons patiemment la fin de l'été, voire les vendanges**, pour nous en gaver de nouveau ! J'ai trouvé le site qui donne l'information de façon presque exhaustive : cela m'a permis de vérifier que la saison des pétoncles commence en effet début avril, ce qui explique le prix de notre petite gourmandise du jour. Si le sujet vous intéresse, vous retrouverez les mêmes informations Chez Panthère qui a pris la peine de lister les mois de façon continue de façon à disposer de tout l'année d'un coup ! Il ne vous reste plus qu'à vous soumettre à Dame Nature, ce qui est fondamentalement délicieux car elle a tant à nous offrir, il suffit d'être patient !

* "Ils" ce sont les charentais !!
** C'est en arrivant en Charente que j'ai appris que la meilleure saison pour les moules de bouchot était celle des vendanges, elles sont charnues, goûteuses et à déguster sans modération en septembre octobre ! Mon producteur m'a vendu son dernier kilo il y a environ un mois ! Elles deviennent maigres, toutes occupées qu'elles sont à la reproduction ! Si la sexualité de la moule vous passionne, je ne saurais trop vous recommander ce lien qui vous dévoile tout sur le sujet, et c'est pas triste car ces pauvres bestioles n'ont aucun organe ni mâle, ni femelle. La fécondation a lieu en milieu marin... mais je vous laisse découvrir par vous-même !

mercredi 17 mars 2010

NICK SURVOLTE

Non, non, Nick en l'espèce, ce n'est pas moi... Je vous jure, je proteste hautement chaque fois que, fermant la portière de ma voiture, je prends dans les doigts une décharge électrique des plus désagréables ! Non, vous le savez sans doute, ce soir, la télévision fait le procès de la télévision. Pour gagner « Le jeu de la mort », il est demandé aux candidats de torturer leur partenaire. 81 % des joueurs ont accepté d'aller jusqu'au bout. Largement relayée par les médias, abondamment commentée par Philisophie Magazine, l’émission veut démonter que la télévision a le pouvoir de nous transformer en bourreau.

Cambridge, Massachusetts, 1960. Alors qu'Adolphe Eichmann, jugé en Israël pour sa participation à l'extermination des Juifs d'Europe, soutient qu'il n'a fait qu'« obéir aux ordres », le professeur Stanley Milgram, de Harvard, met au point une expérience de psychologie sociale qui doit permettre de tester le degré d'obéissance à une autorité lorsque celle-ci émet une injonction contraire à la morale. Sous prétexte de mener une étude sur la mémorisation, Stanley Milgram propose à des volontaires de tester les connaissances d'autres « cobayes » – en réalité des complices du laboratoire – en leur posant des questions. Chaque fois que le « cobaye » se trompe, le questionneur doit lui envoyer des décharges électriques de plus en plus fortes. Plus de 6 individus sur 10 vont jusqu'à la décharge mortelle de 450 volts. L'autorité du scientifique et le protocole de l'expérience suffisent à désactiver les scrupules moraux. Paris 17 mars 2009 le producteur Christophe Nick propose à Jean-Léon Beauvois, professeur de psychologie sociale, de transposer l'expérience de Milgram dans le cadre d'un jeu de télévision. La télé-réalité est passée par là, et le pourcentage d’obéissants grimpent à plus de 80%. Vous verrez peut-être cette émission ce soir, ou vous la boycotterez, ou tout simplement vous préfèrerez regarder Bordeaux Athènes parce que le foot vous passionne plus que les cheveux coupés en 4 de la psychologie sociale. A moins que, comme moi, vous n’ayez pas la télé ! L’émission est violente, et son effet de choc agira sur les âmes sensibles. Un débat suivra au cours duquel il semble que les concepteurs de l’émission n’admettent guère la critique et j'ai cru comprendre qu'un des invité a fini par prendre la porte !
Il n'y a plus, dans nos contrées, de guides suprêmes, d'idéologies criminelles ni de contraintes physiques sur les individus. Mais les masses existent toujours : elles sont devenues virtuelles et elles exercent sur ceux qui sont sous les sunlights pour quelques heures une fascination telle qu’on peut obtenir d’eux n’importe quoi. Avec ces 81 % de sujets obéissants dans l'expérience de «La Zone Xtrême », on aboutit avec une déconcertante facilité à créer des bourreaux volontaires en quelques heures, sans terreur ni idéologie.

La course à l’audience est telle qu’il faut sans cesse inventer, et qu’on finit par se demander simplement à quel moment on arrivera à réaliser le fantasme commun de la mort en direct. Pour séduire, capter l’attention, retenir le téléspectateur, booster l’audimat, tout est permis. Pour le meilleur parfois : dans les reportages, la mise en scène pour montrer la souffrance, le montage, le discours, tout est fait pour déclencher la pitié, l’humanité… et, quand il s’agit d’une catastrophe ou d'une grande cause, provoquer la compassion, l’acte de don. Mais la télé peut aussi exacerber ce qui est le plus mauvais en l'homme : le cynisme, l’art de la dérision, l’exacerbation de l’envie… bref, tout ce qui fait vendre.
Ici, c’est un jeu. Il y a un mécanisme d’adhésion : les participants ont signé un contrat et ont été rémunéré, s’ils se retirent ils doivent rembourser. Il y a ensuite partenariat entre la victime et le tortionnaire… leur but commun étant de gagner, l’injonction de passer outre aux demandes de la victime se pose comme une évidence. Et surtout il y a la confiance dans l’instance télévisuelle, un autre monde qui ne prêterait pas à conséquence, dans lequel rien ne serait grave… C’est une pratique incontestable d’autorité dévoyée, secondée par le public pressant, qui chauffe les candidats et exerce sur eux une forte pression. Le producteur est aimable, rassurant, même si, vaguement manipulateur, il n’hésite pas à parler de châtiment, l’animatrice est virulente, mais tout semble normal. La normalité de la télé.
A cela s’ajoute l’effet plateau : le temps de l’émission, les participants sont flattés d’être en première ligne, d’être les vedettes. Passer à la télé c’est exister plus, élargir son périmètre ! C’est être vu, par ses proches, ses voisins, admirer qui sait… une envie irrésistible pour beaucoup de ceux sur lesquels les caméras font un effet tel qu’ils oublient la vie réelle pour cet instant unique, magique, de « célébrité »… Tout devient alors facile et sans conséquence, et on oublie, le temps d’être le centre du zoom, ses valeurs, ses convictions, ses convictions pour le plaisir d’être sous les spots. L’ivresse du moment fait perdre le nord. Le contexte du plateau devient plus important que l’histoire de la personne, ainsi sortie de sa vie habituelle.
Il est presque dommage que les expérimentalistes ne soient pas allés jusqu’au bout et aient dévoilé la supercherie avant de montrer l’émission. Les réactions du public, l’autre, celui des millions de téléspectateurs qui feront les voyeurs ce soir, auraient apporté un plus à l'expérience.

On peut enfin s’étonner de ce que le jeu dont les perdants sont les incontestables gagnants fasse couler autant d’encre : ce n’est qu’un avatar de plus dans un consensus généralisé qui rend l’outil télévisuel si dangereux et pourtant si universellement consacré qu’il ne saurait en aucun cas être remis en question. Doit-on rêver une prise de conscience ? Je crains qu’on aboutisse simplement sur une règlementation supplémentaire, du genre « faut-il une charte éthique pour la télé réalité » alors que c’est la télé-réalité elle-même qui devrait être remise en cause.

mardi 16 mars 2010

ECRITURE DE LUMIERE



C'est le fort joli nom donné à l'exposition que le service Culture et Patrimoine de la ville de Royan présente jusqu'au 31 mars au Palais des Congrès. L'accrochage est consacré à Lucien Hervé, photographe français d'origine hongroise, qui allie une pensée humaniste à une vraie philosophie architecturale. Proche de Doisneau et de Ronis, sa carrière a pris un tournant décisif après sa rencontre avec Le Corbusier en 1949, et il est resté son photographe attitré jusqu'à la mort de ce dernier en 1965.
Ses cadrages en plongée, ses vues en oblique à une époque où la mode n'était pas encore aussi marquée sur cette direction, un certain dépouillement et sa volonté d'abstraction caractérisent son style, moins anecdotique que celui de ses contemporains. Il est mort le 26 juin 2007 à l'âge de 97 ans, laissant une oeuvre presque picturale, riche et pleine de caractère.


L'exposition de Royan, montée grâce à l'aide précieuse de Madame Judith Elkan-Hervé, sa deuxième épouse, se pique de mettre en valeur l'oeil de l'artiste sur les réalisations du maître Le Corbusier. Royan, reconstruite après-guerre, se pique volontiers de recherche sur l'architecture des années 50, période d'intenses chantiers qui permirent à de nombreux maitres d'oeuvre de laisser libre cours à une conception populaire et esthétique de la construction. Cette dernière se devait d'être économique, et bénéficiant de techniques nouvelles, en particulier dans le béton armé, permettait des inventions qui firent la joie des photographes tel Lucien Hervé, et font d'ailleurs encore la nôtre, tant ces sujets sont porteurs de compositions évidentes et lumineuses.
Mes montages subissent, c'est souvent le cas dans des expos photos, la dure loi du reflet, quasi incontournable, mais vous donnent une bonne idée des particularités de Lucien Hervé, abstrait, cubiste, savant stratège du noir et blanc. Vous trouverez ici certains de ses clichés majeurs qui vous en diront plus sur cet artiste qui s'est aussi intéressé à l'architecture ancienne et romane.

lundi 15 mars 2010

TOUT LE CONFORT MODERNE

La vie est belle, si si je vous assure... On ne mesure pas sa chance surtout pour les choses les plus simples, quand on les a à sa disposition sans effort... Ainsi, le soir où nous avons retrouvé l'électricité post-tempête, cela nous avait procuré un sentiment d'intense bien-être, la perspective d'une bonne douche chaude étant sans doute le plus aimable des agréments liés à la Fée Bleue. On arrivait à se chauffer avec la cheminée, à pique-niquer vaille que vaille sur le Butagaz, mais la toilette avec une grande marmite d'eau chauffée sur le réchaud, c'était moyen. Certes cela faisait très campagne, voire un peu écolo sur les bords, mais on s'en lasse vite !

Du coup, pas question de se plaindre, mais depuis nous vivions sans frigo, carte électronique grillée, sans congélo, carte électronique grillée, sans machine à laver la vaisselle, dois-je vous en donner la raison ? Et voilà que l'électricien vient de me redonner accès à toutes ces commodités dont nous nous passions allègrement depuis une quinzaine de jours. Ce qui est marrant, c'est la façon dont on s'habitue à tout, et j'en arrivais même à dire à Alter "finalement, la vaisselle, ça va plus vite à la main, essuyage et rangement compris". M'enfin, les meilleures choses ont une fin, et ce soir, sur l'estuaire, on se croirait dans une vraie maison moderne, dans un pays civilisé, oui, oui. Oh certes, côté audio-visuel, c'est toujours la dèche absolue, plus d'écran, plus de magnétoscope, plus de lecteur de DVD, et pas plus d'ampli pour la chaine. Mais chaque chose en son temps, et nous allons voir les matchs du Tournoi chez les amis. Finalement c'est plus convivial, et j'ai ramené de notre virée chez Marc et Fanfan une recette de lotte dont vous me direz des nouvelles quand je vous l'aurais présentée. En attendant, je tourne autour de mon frigo comme une sauvage qui a découvert les bonheurs du standing ! Etonnée...

dimanche 14 mars 2010

ITALIE et FLANDRES


NON ! Economisez 1h45 de votre temps !!

Pour moi, c'est un zéro pointé... Hadewijch est le nom de religion que veut prendre Céline, jeune fille mystique, qui se dit amoureuse de Jésus Christ. L'idée aurait pu être bonne. Hadewijch d’Anvers (vers 1200 - vers 1260), femme très cultivée, forte personnalité qui instruisait des groupes de compagnes, écrivain mystique, est le premier auteur à rédiger ses œuvres spirituelles en langue vulgaire. Elle appartient au mouvement des béguines qui tentent, face à la corruption générale, d’amorcer un renouveau spirituel dès la fin du XIIe siècle. Cette poétesse et mystique flamande est l'auteur de poèmes d'inspiration courtoise, de lettres et de visions où l'amour, traité en thème privilégié, tend à se substituer à Dieu, au terme d'une expérience extatique dont l'expression passionnelle est rendue avec une particulière sensualité. Cet amour, affiné jusqu'à l'absolu, se pare d'un mélange de prudence et d'audace, qui réduit Dieu et sa création à la permanente manifestation de cette révélation amoureuse, qui confine à la quête alchimique.
Mais Bruno Dumont nous inflige une série de poncifs tellement hallucinante qu'on en reste scotché sur son siège : le couvent où il fait si froid qu'on ne peut parler sans faire un nuage de buée, le beur de banlieue déjeunant chez les bourgeois au 17 quai d'Orléans sur l'île Saint Louis (clin d'oeil à Aloïs : l'intérieur vaut le détour) dans un décor digne d'une publicité pour "Belles demeures de France", l'indifférence abyssale de parents par définition bornés et sans âme, la scène supposée lassive où Julie Sokolowski nous dévoile une nudité enfantine, les amalgames douteux du genre Islam égale terrorisme, les acteurs qui récitent péniblement un texte creux, la scène supposée émouvante où la jeune fille proclame une foi universelle entre trois musulmans intégristes qui lui prennent tour à tout les mains avec émotion, l'improbable visite en Palestine, l'attentat place de l'Etoile, le maçon repris de justice qui sauve l'héroïne du suicide... J'en passe, et de pires. L'amateurisme des comédiens, la pauvreté des dialogues, l'insupportable longueur de quelques scènes de complaisance, la rigidité poussive du scénario, la souffrance qui sourd de cette jeune exaltée sans qu'aucune émotion ne nous saisisse jamais, bref tout concourt à faire de ce film un ratage complet, que la référence à la poétesse et mystique flamande du XIIIe siècle ne saurait en aucun cas sauver.
Pourtant Hadewijch a remporté le Prix de la critique internationale Fipresci au Festival de Toronto en octobre 2009. Il a également fait partie de la Sélection officielle de San Sebastian 2009. D'aucuns ont prétendu qu'il suscitait de vives polémiques et d'ardents débats. Sauf à se poser en pédant en voulant voir dans cet opus une fable spirituelle qui décrirait la quête de la divinité quand il n'égrène que des raccourcis consternants à la limite de la caricature, l'enthousiasme d'une certaine presse me semble vraiment suspect.

L'autre ciné du week-end, ce fut "le rêve italien", titre mal traduit de l'original "il grande sogno" qui donne, et c'est plus adapté au sens du récit, "le grand rêve". Un film correct pour qui veut passer une soirée agréable. On y trouve aussi quelques poncifs mais finalement il est bon de réaliser que les italiens ont inventé mai 68 dès le 29 février de la même année et d'admettre que nous n'avons pas l'exclusive de ces agitations étudiantes dont nous avons tendance à croire que nous les avions "inventées". Le film est loin d'être un chef d'oeuvre, un peu trop brouillon, il tend à sombrer dans la deuxième partie dans un mélodrame plutôt larmoyant, c'est romantique en diable. Mais cela a un certain accent de vérité, et c'est ce qui le rend attachant malgré ses maladresses. Le film s'inspire des souvenirs de son réalisateur Michele Placido, lui-même policier venu du Sud pour devenir acteur au théâtre. Placido précise qu'il s'agit de"son journal de bord, un roman populaire et politique reliant l'ombre de la violence des années Soixante-dix. En 68, on était créatif : on dansait, on jouait... C'était la fête".

J'ai préféré, et de très loin, la grande fresque La Meglio Gioventù (Nos meilleures années) de Marco Tullio Giordana, qui suivait une bande d'amis des années 60 à nos jours et nous offrait 6 heures tellement plus intenses et humaines. On y parle aussi de 68 et des années de sang qui ont suivi en Italie. Mais bon, après la déception de la veille, ce petit opus valait pour une certaine sincérité qui est toujours bonne à prendre. Les montages images d'archives-images de film sont plutôt bien faits, même si cela fait un peu leçon bien apprise. Et puis, on n'allait pas bouder la jolie petite trogne de Riccardo Scamarcio, qui jouait déjà dans La Meglio Gioventù et qui nous fait craquer avec son physique avantageux, un peu dans le genre caravagesque, l'oeil pervenche en prime... il faut avouer que sa scène en dialecte des Pouilles (il est originaire d'Andria et joue avec un naturel qui force le respect) est un moment qui vaut le détour.

samedi 13 mars 2010

AUX URNES CITOYENS !!!

Prérogative essentielle des citoyens dans un régime démocratique, le droit de vote est pourtant bien souvent battu en brèche par l’abstentionnisme. La plupart des citoyens participent de manière plus ou moins régulière aux élections. Pourtant, selon les élections, certains ne se sentent pas suffisamment concernés pour prendre la peine de se déplacer. On peut choisir délibérément de s'abstenir pour des motifs politiques, par exemple pour exprimer un mécontentement ou parce qu'aucun candidat ne convient. Mais il est loisible d’exprimer des sentiments comparables par l'intermédiaire de votes « blancs » ou « nuls », ou en se prononçant en faveur de partis protestataires.
A mon sens, la participation électorale est porteuse d'une forte charge symbolique et l'abstention me révolte. Les raisons de l’abstention sont diverses : désintérêt pour la politique, scepticisme envers les valeurs que véhiculent les candidats, déceptions lors de précédents scrutins, indifférence à la chose publique, impression que personne ne défend les idées qu’on affiche, flou personnel et incertitude quant à ses propres convictions…

Pendant longtemps ce droit était limité sur la base de la fortune (suffrage censitaire), aux hommes (pas de droit de vote des femmes, sauf dans quelques États, avant 1920 aux États-Unis, avant 1944 en France), aux Blancs et à quelques non-Blancs (exclusion sur la base de la couleur de peau Etats-Unis et exclusion des colonisés en France).
Ce droit, chèrement acquis par les femmes, qui ont « suffragé » pendant des années avant de se le voir accorder en France en 1944 (les suisses ne l’ont acquis qu’en 1971), accordé seulement en 1868aux afros-américains, refusé Australie ou en Bulgarie aux binationaux, limité aux naturalisés depuis plus de 5 ans en Guinée, ou accordé trop souvent comme une mascarade (les chinois ont le droit de voter mais les élections libres restent confinées au niveau du village), ce droit dont a toujours été le fruit de luttes et de défenses âpres afin qu’il soit reconnu et accordé à tous de façon égalitaire et effective.
Il me semble donc important de militer pour l’exercice de ce droit et de lutter contre l’absentéisme qui est, à mon sens, une honte de la démocratie. Aucune raison n’est, de nos jours plus valables, pour se permettre de ne pas aller voter. Et si je ne suis absolument pas convaincue par le vote obligatoire, je reste fermement convaincue qu’il faut réveiller le sens civique de nos concitoyens et secouer les « bonnes raisons » qui n’en sont pas de s’abstenir. Beaucoup de citoyens relativement indifférents à la politique ont des proches davantage au fait des questions électorales ou dont les sentiments civiques sont plus développés. Il faut se mobiliser, encourager les abstentionnistes potentiels à ne pas se laisser aller, ne serait-ce qu’en leur donnant l’exemple, fut-ce pour déposer un bulletin blanc dans l’urne. Et même si, et c’est regrettable qu’il en soit ainsi, ce bulletin n’a aucune valeur. Il faut réactiver le « surmoi » civique, les identités sociales, les attirances ou répulsions politiques des moins concernés. Sans vouloir faire de prosélytisme, dites tout de même autour de vous « je vais voter », « les élections sont le 14 et le 21 mars », « je suis en vacances mais j’ai laissé une procuration », bref votez et, si possible, faites voter ! J’ai cette année maille à partir avec Alter qui, citoyen ulcéré par de nombreux avatars qui le contrarient fort, prétend ne pas aller voter demain, mais je m’emploie à le traîner vers les urnes, fut-ce pour y déposer un bulletin blanc. Je serais très contrariée d’aller accomplir seule, demain, mon devoir électoral. Même si je dois vous avouer que, moi aussi, je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais mettre dans l’urne !

PS Il parait que je suis parfois pontifiante quand je monte sur les grands chevaux des thèmes qui me tiennent à coeur !! Vous ne m'en tiendrez pas rigueur...

vendredi 12 mars 2010

A QUAND LES BLOGS AUTOMATIQUES ??


J'ai entendu il y a peu, une nouvelle extraordinaire et qui m'a atterrée : il existerait un logiciel permettant, à partir des résultats sportifs, des écarts entre les équipes, du moment où sont marqués les buts, et de certaines données sur les événements survenus durant les parties, de rédiger automatiquement des articles de commentaires sportifs. S'appuyant sur une base de données riches des articles précédents, susceptible de s'étoffer au fur et à mesure de nouveaux matchs, une sorte d'intelligence artificielle autoriserait la mise au point de billets "pondus" par informatique, au format binaire certes, mais assez complexe pour être une relation réaliste et exhaustive de l'épisode.
Moi qui, n'aimant pourtant que le rugby, prend souvent un vrai plaisir à écouter les journalistes sportifs parler de sports qui m'indiffèrent, tant leurs chroniques sont parfois hautes en couleurs, parées des atours d'une exagération de bon aloi qui transcende les mots en leur donnant un relief inattendu, je suis triste de me dire qu'on prétend déléguer ce travail à un logiciel. Cela nous privera de reportages homériques, aux tournures héroïques et aux accents lyriques, tant il est vrai que le journalisme sportif a un petit côté épique qui vous fait écouter avec passion les aventures étonnantes de skieurs, de patineurs ou de hockeyeurs, pour ne parler que des éditoriaux récents, dégustés lors des jeux de Vancouver.
Et le chroniqueur enthousiasmé par l'avancée technique (encore une, sapristi !!) que représentait selon lui ce nouvel outil, ajoutait qu'on ne voyait pas pourquoi il ne serait pas utilisable pour d'autres thèmes, justice, santé, éducation, que sais-je. Pour les marronniers de l'été, pas de souci cela doit pouvoir se mettre sans problème en équation et s'adapter à une exploitation extensive des bases de données déjà existantes en la matière.
Mais j'ai été saisie d'un doute : et si, entrant dans les arcanes de ces nouvelles machines à idées, nos blogs, tous nos blogs qui sont foison et qui développent tant et tant d'opinions diverses, on décidait soudain de créer des blogs automatiques ??? Qu'en serait-il de nous, pauvres tacherons du quotidien qui nous creusons la cervelle chaque matin pour rédiger le billet du jour ? Relégués au rang de pourvoyeurs de données pour logiciel exigeant ! Vous voyez d'ici poindre le premier cercle de l'enfer du blogueur : devenir matière première pour application informatique sophistiquée !

jeudi 11 mars 2010

MA PREMIERE VENISE

Cette fois l'idée me vient de Colibri... connaissant sa réserve naturelle je puis vous assurer que l'idée m'est venue en la lisant mais qu'elle n'avait nullement l'intention d'en faire un thème de partage. Pourtant connaissant aussi sa spontanéité et son tempérament chaleureux, je suis (presque) sûre qu'elle ne m'en voudra pas de rebondir sur le sujet... Et si nous racontions notre "première Venise" ?
J'avoue que, bien que passionnée d'Italie, le pays de mes grands parents et notre destination d'élection au temps de notre soif inépuisable de découvrir, et forcément amoureuse de Venise, je ne suis pas fanatique des blogs sur la Sérénissime, qui reste pour moi un jardin secret, un refuge, et que j'ai besoin de cultiver à l'abri des regards et des mouvements pendulaires qui en gâchent si souvent la quiétude. Pourtant, comme Colibri, je lis avec régularité et un plaisir jamais pris en défaut, TraMeZziniMag où se mêlent impressions, découvertes, humeurs, nostalgies et confidences. Lorenzo parle de Venise, mais aussi de lui et ses écrits sont toujours très sensibles et fort à propos. Je lis aussi le blog de Danielle, découvert il y a peu par l'intermédiaire d'Aloïs et de vos références à toutes, qui l'ont affiché régulièrement sur la fameuse "bande de droite".
Pas plus que Colibri je n'ai donc envie de concurrencer les experts et mon côté dilettante, ou plutôt "amateur" au sens éthymologique du mot, me pousse à éviter les spécialisations. Pourtant j'ai aimé l'idée de raconter notre "première Venise", la seule pour certains, la première d'une longue série pour d'autres dont je suis, celle que nous avons toujours rêvée pour l'avoir entrevue dans un film ou dans un livre pour ceux qui n'ont pas eu encore la chance d'y aller.
La mienne, je devrais dire la nôtre, mais qu'Alter me pardonne d'utiliser la première personne du singulier pour la commodité du récit, remonte, excusez du peu, à 1980... Trente ans déjà de bons et loyaux séjours, avec à chaque passage de nouvelles découvertes, de nouvelles émotions. Mais revenons à l'année 1980.

Nous avions déjà la passion de l'Italie et cet été-là il nous prit le désir de partir sur les pas d'Andrea Palladio dont on fêtait le 400ème anniversaire de la mort. L'époque n'était pas encore aux grands messes événementielles, mais nous avions découvert l'anniversaire au hasard de quelque lecture et décidé de faire notre voyage de l'été sur les pas de l'architecte. Rien de prévu pour les touristes, au contraire de 2008 où les agences de voyages et offices de tourisme de tout poil ont organisé à qui mieux mieux des circuits balisés à l'occasion du 500ème anniversaire de sa naissance. Là, nous sommes partis à la découverte, Padoue, Vicence où nous avons éprouvé un véritable choc pour le Teatro Olimpico, et surtout une virée mémorable à la recherche des villas du maître. La Rotonda en travaux, la Valmarana, la villa Pisani, et une foule d'autres demeures, introuvables, abandonnées, parfois massacrées, le plus souvent fermées depuis des lustres et dénichées après des heures d'errance. Les cartes étaient imprécises, les adresses incertaines et on n'imaginait même pas à l'époque qu'un jour existeraient des GPS ! Nous avons même longuement erré dans les sous-sols d'une villa palladienne déserte, en ayant l'impression d'être dans les cuisines du Don Giovanni de Losey... Alter dit que tous ses communs se ressemblent et que l'idée d'avoir vraiment vu les cuisines où Losey tourna une scène de son film tient de ces fameuses légendes qui peuplent nos souvenirs de pépites improbables, revues et corrigées selon notre propre volonté.
Au départ de Padova, c'était en 1980 les débuts de ce qui est devenu un incontournable touristique, nous avons décidé de faire la fameuse croisière sur la Brenta. Un seul bateau en ce temps-là, baptisé comme il se doit le Burchiello, et je vous assure que nous étions fiers d'être à son bord. Très tranquilles, nous étions peu nombreux car le circuit ne faisait pas encore recette, nous avons pu parfaire notre découverte du maitre d'oeuvre de tant de monuments praticiens, en visitant certains (Stra, la Malcontenta), en admirant d'autres lors de cette promenade inoubliable. Et cette croisière se terminait en apothéose par une arrivée unique sur la lagune, nous déposant sans autre forme de procès au pontile Giardinetti.

Imaginez notre stupéfaction... Nous n'avions jamais vu Venise et venions de passer quelques heures paisibles entre herbes et ajoncs, sillonnant sur une eau calme entre de superbes demeures. Et nous voilà débarqués au milieu "d'une agitation frénétique de vaporetti et de motoscaffi, dans une ambiance brumeuse et bruyante après la douceur du canal. Venise très belle, surprenante, prenante, a surgi. De près, ce fut une certaine déception due à l'atmosphère, trop violente, trop compacte. Une foule de touristes et de "trucs à touristes", les petites rues sombres et désertes entrevues sans savoir y aller" Je cite le journal de voyage qui relate ces 2 heures passées à Venise, avant de reprendre le bus vers Padova, puisque la croisière prévoyait de nous rapatrier à notre point de départ. Même pas le temps de voir la Chiesa del Redentore qui pourtant s'inscrivait dans notre périple palladien.
Il faut dire que, un vendredi du mois de septembre, la foule battait son plein, et notre premier contact fut abrupt. Trop bref quoique totalement unique : cet accès qui nous a permis de découvrir la ville par la lagune, émergeant énigmatiquement pour nous d'une atmosphère ouatée, nous a fait une telle impression que nous n'avons eu de cesse d'y venir et d'y revenir... Nous avions, malgré l'agression touristique et l'impression d'oppression occasionnée par l'affluence, pressenti qu'on pouvait visiter Venise autrement qu'à travers les chemins balisés. C'est bien sûr ce mode d'appropriation des lieux que nous y avons toujours privilégié.
Dès février 1982, nous entamions là-bas le premier des multiples séjours que nous y fîmes ensuite, premier rendez-vous d'amour avec Venise. C'était le 3ème carnaval renaissant. Là encore la foule était inattendue : nous ne savions même pas en y allant qu'un Carnaval avait lieu, car il n'était à l'époque l'objet d'aucune publicité* et seuls des italiens s'y pressaient en masse. Cela nous a émerveillés, la manifestation avait encore quelque chose de spontané, de presque authentique même si nombre d'entre eux arboraient déjà des costumes loués à grands frais, beaucoup jouaient vraiment le jeu de la folie du déguisement "impulsif". Et la ville, transie de froid, ruelles dépeuplées, musées déserts et non chauffés, églises pleines de courants d'air et d'obscurité, nous a séduits, envoûtés et convertis définitivement à ses charmes les plus improbables. Mais cette histoire là, celles de nos longues pérégrinations, de nos "aqua alta" barbotantes, de nos flâneries improvisées, de nos Sprit envoutés, ce n'est plus "ma première Venise"... c'est une longue histoire d'amour qu'il serait absurde de raconter tant elle est banale.

Il ne vous reste plus qu'à raconter à votre tour votre "première Venise", forcément magique, nécessairement unique et la ronde reprendra entre nos blogs !


* C'est un peu faux car j'ai retrouvé, dans le fameux "journal de voyage de l'époque" un article de François Chalais soigneusement conservé et datant de mars 1980 qui, après avoir déploré la violence en Italie, note qu'avec ce Carnaval "vous avez la fête superbe, sans ivrogne ni bagarre, tranquille malgré sa frénésie, que des torchères somptueuses de la Fenice illuminent a giorno sans égard pour les consignes qui demandent d'économiser l'énergie. Mais demande-t-on à Cellini de se montrer regardant sur le poids d'or des ciboires". Lyrique, Chalais, qui continue dans la même veine "Dans un monde devenu triste, nous ne savions plus que des gens pouvaient avoir l'air à ce point heureux"

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