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mercredi 31 décembre 2008

VOYEUR ET COURTISANES

Il faisait ce matin un temps détestable sur Paris, contrastant durement avec la journée ensoleillée d’hier. Et cette météo désagréable n’a cessé d’empirer tout au long de la journée, froidure et neige fondue, trottoirs glissants et humidité pénétrante rendant les déplacements aventureux dans une telle ambiance.

Nous avons commencé la journée au musée Cernushi, par la visite de l’exposition consacrée aux Courtisanes japonaises des XVIIème et XVIIIème siècles : une peinture tout en finesse qui s’apparente plus à de l’observation sociologique qu’à une expressivité proprement individualisée. Les paravents retracent le quotidien d’Edo, une cité de plaisirs fréquentée par les nobles et dignitaires japonais avec assiduité. Les thèmes de cette peinture de mœurs mêlent la vue de lieux célèbres, les représentations théâtrales, les scènes de banquets, la contemplation des cerisiers en fleurs et les maisons closes féminines et masculines qui abondaient dans cet ville luxueuse. Une autre section de l’exposition est dédiée aux rouleaux peints, consacrés soit à de « jolies jeunes filles », soit à des courtisanes. Comment distingue-t-on les unes des autres alors que les visages sont totalement stéréotypés et les tenues toujours aussi somptueuses ? Simplement à la largeur de leur ceinture et surtout au nœud de celle-ci qui se trouve devant pour une prostituée et dans le dos pour une femme honnête. Et quand le personnage tressé et enjuponné porte une épée, c’est tout simplement un homme !

Après la visite assez rapide du musée Cernushi que nous ne connaissions pas, il a bien fallu se résoudre à retourner sous la pluie ! Vite, une halte repas chez un traiteur libanais pour supporter ce temps de chien !

C’est avec mille risques de faire une glissade sur les trottoirs couverts d’un grésil sans cesse plus épais, que nous avons, à petits pas, atteint le musée Marmottan pour l’exposition consacrée à la vision de Monet. Peu relayée par les médias cette exposition étonnante regroupe un nombre impressionnant d’œuvres du maître, qui, si elle avait été organisée sous l’égide du Grand Palais, lui vaudrait une foule compacte et inépuisable de visiteurs. Le parcours est organisé autour de l’étonnante acuité visuelle du Monet qui avait des couleurs et des vibrations de la lumière une perception terriblement aiguisée et presque scientifique. Acuité qui fait de lui un œil, permanent, toujours à l’affût, qui dissèque, décompose, isole et combine couleurs et formes. Acuité qui le transforme, près du lit de mort de sa première épouse en « voyeur » passionné par les teintes morbides du sujet, au point de l’amener à les saisir dans l’instant. Acuité qui l’abandonnera avec l’âge quand une sévère cataracte lui offrira une vision boueuse de ce qu’il peint, au point de confondre les teintes sur sa palette. Une triple opération lui rendra partiellement la vue et le sens des couleurs, même déformées, au travers du prisme frustrant de verres colorés censés lui permettre de retrouver un semblant de réalisme dans sa perception du monde. Et de fait, cette évolution est particulièrement sensible dans cette exposition centrée sur sa vision, sa vivacité, son intensité, ses blessures et ses guérisons.

C’est après une journée aussi riche que celle-ci qu’il est bienvenu de rentrer « chez soi » pour se reposer et passer une soirée tranquille.

mardi 30 décembre 2008

VINTI DUE

Histoire d’entretenir les légendes et de cultiver nos petites traditions familiales, nous avions ce matin prévu petit gâteau rond et bougies 22 pour rappeler ces anniversaires d’antan où tu fêtais mon Hélène tes 6 ans ou tes 8 ans dans le TGV. Toujours en guettant du coin de l’œil si un contrôleur trop zélé n’allait pas nous foncer dessus en nous invectivant, ce qui n’est jamais arrivé, nous avons allumé les petites flammes que tu as soufflées avec la bonne volonté de rigueur !

A l’arrivée, « notre » appart nous attendait avec tout le confort que procure un « chez soi » à Paris, lieu idéal pour se reposer des longues heures d’errance dans les différences expos que notre statut de provinciaux en goguette nous impose de voir, sous peine de passer à côté d’événements incontournables ! Paris est noire de monde, on y parle toutes les langues de la création, enfin post Babel, et ceux qui ont le malheur de ne pas pratiquer l’italien n’ont aucune chance de pouvoir demander leur chemin à âme qui vive. Rome et Florence doivent être d’un calme plat si l’on en juge par la concentration de familles transalpines qui font grand bruit partout où elles passent.

Notre première allégeance à la culture se pensait modeste, mais c’est en fait une passionnante exposition qui retrace au musée de la Marine l’œuvre peint d’Albert Marquet. Nous aimons bien ce peintre vaguement régional : bien que né à Bordeaux et ayant grandi sur les bords du bassin d’Arcachon, il a passé sa vie à vadrouiller de bord de mer en bord de mer, en recherchant partout à rendre la mobilité de l’eau, les fugacités de l’atmosphère dans les ports et sur les rivages les plus variés. Il a sans doute gardé de son enfance girondine le plaisir des cadrages fermés de l’étendue aquatique, et ses toiles ont toujours un petit air d’ « estuarité » improvisée. Des ports de la mer du Nord à ceux des pourtours méditerranéens, des fjords de Norvège à la baie d’Alger, de la Rochelle à la Goulette, de Hambourg à Marseille, il allait, choisissait un hôtel avec vue plongeante sur l’horizon et, plaçant inévitablement la ligne de celui-ci dans le quart le plus haut du tableau, il écrivait en teintes parfois gaies, parfois grises mais toujours lumineuses, sa contemplation de l’eau et du ciel, leur mouvance, leurs nuances changeantes et discrètes. Pas de romance, pas d’emphase, ce n’est pas un peintre bavard ou démonstratif, il peint parce qu’il aime regarder… Est-ce une myopie corrigée sur le tard (il n’eut de lunettes qu’à 15 ans) qui fait de lui un observateur sans cesse émerveillé de l’eau et de ses vibrations les plus secrètes ? Toujours est-il qu’il est inlassable et qu’il ne se laisse distraire par aucune mode, aucun courant, il reste acquis à son sujet, la mer, avec simplicité et humilité. C’est un parcours vraiment intéressant que cette exposition, et que je vous recommande vivement pour découvrir un peintre modeste qui mérite cette rétrospective. Si vous y allez, jouons encore au jeu des musées de votre enfance : essayez de trouver l’intruse, elle est absolument superbe d’ailleurs !

Nous avions ensuite rendez-vous avec Hélène au Théâtre de la Porte Saint Martin pour y « déguster » notre cadeau de Noël et d’anniversaire : l’étonnant Malade Imaginaire interprété par un Michel Bouquet jubilatoire, entouré par une équipe bien au diapason de cette fable ironique sur les prétentions des Diafoirus et autres charlatans qui sévissaient au temps de Molière. La pièce nous a semblé nouvelle tant l’interprétation en était enlevée et convaincue, et Bouquet joue avec une finesse étourdissante ce personnage pourtant peu sympathique, il lui donne une véritable consistance, au-delà du comique du surface.

La soirée s’est terminée par un petit repas bien arrosé et bien appétissant au Bascou, où notre Hélène a refusé de souffler encore les bougies mais a accepté de bonne grâce le petit cadeau choisi à son intention ! Comme elle arborait une tenue en noir et blanc assortie au pendentif que lui a offert Henriette, elle a pu, sans contrevenir au bon goût, y ajouter les quelques pierres de couleurs d’un bracelet qui lui va, ma foi, très bien !

lundi 29 décembre 2008

BON ANNIVERSAIRE HELENE

Sur le thème du "plus beau bébé du monde"... Voilà aussi un jeu auquel on adore jouer 22 ans plus tard... Alors pour te dire à ton tour "Bon anniversaire ma belle", voici le jeu des ressemblances et des différences... Avoue que la photo de papa est étonnamment proche de celle prise 2 ans plus tôt presque au même endroit et que tu as aimée l'autre jour ! Il est toujours aussi ému, attendri et on sent toute la douceur de son geste autour de toi. Un papa ému ressemble à un papa ému comme deux gouttes d'eau ! Je n'ai pu, quant à moi, trouver de photo équivalente me concernant car j'étais bien hors d'état de poser avec toi et la seule photo de moi à la maternité est un peu traumatisante. Alors, pour te montrer que tout cela n'a duré que quelques jours, il y a une autre photo de nous deux, prise plus tard, et qui montre que je me suis vite remise de cet épisode sans image.
Il y a enfin la photo mythique de la "découverte de sa petite sœur par Marie", un moment sans doute étonnamment frappant pour elle qui, abruptement, a vu se concrétiser cet événement annoncé depuis près de 9 mois, sans qu'elle réalise jusqu'alors trop ce que cela signifiait.
Et il y a, toujours présente au fond de nos cœurs, et en trame impalpable sous ce petit florilège, la douceur incomparable du souvenir de ces premiers instants d'accueil et de tendresse, qui remontent à la surface tous les 29 décembre comme le rappel d'une émotion jamais perdue.

vendredi 26 décembre 2008

NOEL, TOUT SIMPLEMENT

dimanche 21 décembre 2008

VIA NOVA


Après balade et soleil, après un plateau de fruits de mer dégusté en grognant d'aise sur la terrasse, il fallait essayer de teinter tout cet épicurisme de quelques accents de culture, et ce fut le concert du Quatuor Via Nova qui nous a servi d'alibi intellectuel aujourd'hui !
Le concert commençait par une œuvre contemporaine qui nous valut, outre le spectacle amusant de partitions attachées avec des pinces à linge aux pupitres, des explications toujours bienvenues dans ce genre de situation ! Le premier violon rendit d'abord un vibrant hommage au défunt Festival International d'Art Comtemporain de Royan, saluant son importance, il faisait même, nous dit-il, référence en matière de création artistique au même titre que les plus grands, et il sembler regretter vivement sa disparition. Je me souviens comme d'un mythe de cette manifestation, qui s'est déroulée de 1964 à 1977... On en entendait parler comme d'un événement pour initiés et nous, qui nous piquions d'aimer la musique classique, n'avons jamais osé y venir. Il faut dire que les pièces contemporaines qu'un certain nombre d'artistes se sentent tenus de programmer, ne sont pas toujours très faciles, parfois même rébarbatives... et là encore ce fut le cas. On les subit comme une nécessité, genre "faut pas périr idiots", mais comme l'a fait très justement remarquer le violoniste, il est probable que les artistes y prennent plus de plaisir que les spectateurs.
Nous avons donc rempli du mieux possible notre rôle, essayant de suivre et d'apprécier, mais il faut bien avouer que nous avons accueilli Beethoven et Schumann avec un certain soulagement ! Ce fut un concert bien agréable car le quatuor interprétait ses morceaux avec une fougue, une joie et un enthousiasme communicatifs. C'est rare de voir des musiciens aussi heureux de jouer. Tous les instruments étaient parfaitement égaux, et si cela a l'inconvénient de priver de quelques richesses ou de plans sonores assez détachés, cela permet une lisibilité particulièrement claire de toutes les partitions.

samedi 20 décembre 2008

DU CALME !


Il est temps que j'écrive la critique de notre dernière incursion dans une salle obscure, car plus je pense au film, plus je lui trouve des travers irritants.
Dans un premier temps, l'idée semble séduisante, quoiqu'un peu rebattue : Caos Calmo traite d'abord du travail de deuil, mais finalement s'en éloigne par des chemins détournés et pas toujours très limpides. Pas de pathos excessif et une sobriété de tellement bon aloi qu'on finit en par oublier le thème principal. J'ai eu parfois l'impression que le metteur en scène avait carrément oublié de dire à la gamine qu'elle était censée avoir perdu sa maman, ce qui, quelque soit le blocage supposé de l'enfant, devrait être plus palpable. J'ai personnellement aimé l'idée de la place vers laquelle convergent les rancoeurs et les peurs de ceux qui continuent à vivre, et qui se transforme en un creuset apaisant où toutes les agitations du monde viennent échouer. Enfin, Nanni Moretti joue bien, c'est un fait indéniable, et il centralise l'attention avec un certain talent.
Mais... mais plus on y réfléchit, plus on découvre les complaisances, les scènes gratuites et inutiles, les trucs rajoutés pour faire un petit rôle à l'un, un petit plaisir à l'autre : Moretti qui réussit à nous persuader qu'il est irrésitible, comme d'hab, la minette au chien qui balade son joli minois, la belle soeur hystérique qui a droit a deux interventions, le frère plus m'as-tu-vu que nature, la scène pour "faire voir Venise", celle où Berling arrive comme un cheveu sur la soupe, Polanski un p'tit tour et puis s'en va... Le clou en matière de facilité étant la scène de sexe d'une indécence inouïe qui a pour seul effet de mettre terriblement mal à l'aise. Et puis c'est long tout ça, on baille et on s'ennuie souvent. Au final, je me demande s'il faut le recommander !

mercredi 17 décembre 2008

PAS BRILLANTE

Cela fait maintenant quelques jours que nous y sommes allés, et j'ai été tellement déçue que j'ai même oublié de quoi il s'agissait ! Le film ??? Comme une étoile dans la nuit... et le moins qu'on puisse dire c'est que cela ne m'a pas frappée, sauf à rentrer le soir un peu excédée d'avoir perdu 2 heures alors que j'aurais pu lire mon dernier Qiu Xialong ou un de ces nombreux trésors qui s'empilent hardiment que ma table de nuit, promesses inexplorées pour les mois à venir.
Bref, après un passage par allociné pour me remémorer le thème, je dois bien avouer que sur un sujet superbe, Féret a fait flop : j'ai trouvé l'actrice principale, Salomé Stévenin peu crédible, on dirait qu'elle s'est fixé un challenge, qu'elle atteindra parce qu'elle a du tempérament et qu'il est à court terme, mais tout ça sans l'once d'une trace d'émotion. Les fiches saluent la sobriété, chez un réalisateur qui a l'air de sombrer dans le pathos comme d'autres se roulent dans l'herbe, mais bon, cela ne suffit pas à insuffler l'âme et à engendrer le talent. Tout le monde est engoncé, les parents quinquas craignos sont plus débiles que nature, et les à-côtés de l'histoire, d'un pointillisme fouilli. Bref, si ce n'était la dédicace qui sauve le film de l'inutile et lui donne un sens, ce serait "pouce vers le sol". Petit détail croustillant et délicieusement désuet : alors que mademoiselle Stévenin est très préoccupée de faire admirer sous tous les angles sa délicieuse poitrine, elle arbore pour les scènes intégrales un cache sexe couleur chair qui rappelle les pubis pudiques de la Renaissance nordique, un summum de suggestivité et d'indécence crue. Vive les poils pubiens !

lundi 15 décembre 2008

NEW

C'est nouveau, ça vient de sortir ! Emmanuel et Marie-Claire se sont fiancés hier près de Paris... Regardez, elle est belle comme un soleil et lui, il a l'air ahuri de tous les amoureux du monde ! Il vient de lui construire un château à Pékin, comme d'autres bâtissent des châteaux en Espagne, avec fougue et déraison : il ne lui reste plus qu'à y installer les 110 (excusez du peu !) radiateurs qui en réchaufferont les multiples recoins. Et Michel, très inquiet mais très fier dès qu'il s'agit d'Emmanuel , se demande comment il va meubler tout cela, mais est-ce vraiment un problème quand on aime ??? Je ne sais trop où ils sont maintenant, mais je crois qu'ils doivent consacrer la semaine qui vient à faire visiter Paris et la France (???) à la soeur de Marie-Claire venue pour l'occasion. Peut-être aurez-vous l'occasion de les voir un de ces jours...

MERCI A TOUS

OUF ! 54, c'est pas mal... moi c'est un chiffre qui me convient parfaitement, il a là-dedans quelque chose de stable et de carré qui adhère parfaitement à mes repères mentaux du moment ! Et puis, en prime, salués par une telle fête !
Dans l'ordre, ou le désordre, et sans préséance... Des cartes mails, des sms de tous côtés... "y en a des gens qui t'aiment" disait Michel, dont les plus émouvants ont été ceux de 2 de mes anciennes étudiantes qui, magie de copains d'avant, m'ont envoyé de longs messages très affectueux... Des cadeaux à la pelle, tant, que je n'arrive pas à en faire la liste, mais les plus marrants ce sont les 2 livres "extrêmes"... le plus court faisait 11 pages, et le plus long 1045... Mes amis connaissent ma passion pour la lecture et l'honorent sans a priori ! Livre sur les sushis, romans, solliloque amoureux d'une âme à Dieu, essai, livre sur la technique de la mosaïque... il y en a eu pour tous les états d'âme !

Et puis, plantes, champagne, chocolat... On a célébré la bonne vivante... Je ne peux pas tout dévoiler, mais croyez-moi, en la matière "on" me sait réceptive ! Le plus étonnant ? Le cadeau de belle-maman, qui m'a profondément touchée car choisi vraiment avec tact et talent, porteur de joies et de plaisir sur de longues années à venir : un gingko biloba planté sur sa demande dans le jardin ! Ensuite... Le plus imprévu ? La chinoise en grande tenue de fête, qui viendra cette année apporter une touche d'exotisme dans notre crèche provençale... Le plus petit ??? Une boîte d'allumettes mais oui, petite boîte magique avec voeux à la demande ! Le plus artistique ? Les assiettes 4 saisons en verre soufflé, toutes pièces uniques, que j'ai voulu étrennées dès le soir même avec Pascal et Madeleine, venus tout exprès pour jouer à la dînette et partager la soirée avec nous. Le plus high tech ? la dernière merveille de technologie de chez Sony, qui paraît-il prend des photos dès que la personne visée sourit ! J'avoue que cela me laisse perplexe quant aux résultats pratiques d'une telle innovation mais c'est un petit bijou qui conviendra très bien à mon usage un peu impulsif de la pratique photographique !
Et pendant tout ce temps, un week-end dédié à mes plaisirs, thalasso, restos, balade, massage, bougies et tendresse. Que demander de plus ? J'en ai presque honte d'avoir été ainsi fêtée ! Mais il me faut bien l'admettre, quel bonheur... Merci à toutes et tous, qui me lirez ou ne me lirez pas, d'avoir tissé autour de moi une chaîne de tendresse, d'amour, d'amitié, de complicité et d'attentions diverses. Les 4 voeux ??? Je les garde pour les jours tristes ! Petit trésor à l'usage des moments imprécis.

jeudi 11 décembre 2008

BON ANNIVERSAIRE MARIE

Ce sont sans doute les mamans qui ont inventé les anniversaires ! Car vous, votre anniversaire ça vous évoque quoi ? Quand on fête le souvenir d'un événement heureux vécu et partagé, il y a 10 ans je t'ai rencontré, j'étais là, avec toi, j'ai ressenti cela ou autre chose, on revit en quelque sorte l'émotion éprouvée, la vibration redevient tangible, on faire renaître la fugacité d'un bonheur trop vite vécu. On commémore, on tente de retrouver les mêmes perceptions, de réactiver des sensations lointaines, en un mot on joue de la réminiscence. Mais l'anniversaire de votre naissance, à part de vous infliger un an de plus et de permettre à ceux qui vous aiment de vous dire qu'ils pensent à vous, (et de recevoir plein de cadeaux... super super), ça ne veut pas dire grand chose. En vieillissant cela pourrait devenir cruel si ce n'était pour les vôtres, vos proches et amis, la joie de vous fêter et de vous le dire, parce qu'on ne se dit jamais qu'on s'aime.
Par contre, pour une maman, l'anniversaire de la naissance de son enfant, c'est une vague de nostalgie et de tendresse qui reflue avec légèreté, un parfum oublié qui s'égare dans les méandres de la douceur, des émois arachnéens qui se faufilent subrepticement depuis l'aube d'un temps nouveau dont on ignorait tout, et dont on imaginait de confuses attentes. C'est le premier jour d'une tranche de vie qui ne se termine jamais, mais qui a pris depuis d'autres sentiers que ceux auxquels on allait consacrer pendant plus de 15 ans le moindre de ses instants. L'anniversaire de la naissance de son enfant, c'est le souvenir d'un bien-être étonnant, d'une voracité de vie et d'amour, ce sont des sensations confuses qui s'entremêlent au fond de votre mémoire pour s'échouer sur les rives de l'avenir.

mercredi 10 décembre 2008

VOTRE QUESTION ETAIT : "FAUT-IL DESESPERER ?"

Marre de marre... je me suis ENCORE fait piéger.
J'explique : nouveau diplôme au lycée de Pons, un DCG, licence comptable, première étape pour devenir, en 8 ans, expert comptable. Un diplôme difficile, de bon niveau mais affublé de cet horrible G qui, phonétiquement le rapproche trop des STG, qui ne se sont jamais remis de la cruelle chanson de Michel Sardou (1992...) et du fait que nos collègues d'enseignement général y envoient encore tous ceux qui "ne peuvent pas faire autre chose" (une honte permamente cet a priori à propos des métiers de la gestion)
Vous passiez un bac G
Un bac à bon marché
Dans un lycée poubelle
L'ouverture habituelle
Des horizons bouchés
Votre question était ....
Résultat des courses, nos seules recrues, alors qu'on nous qualifie pompeusement de classe préparatoire, ce sont des STG... Impossible de faire savoir que la formation mène vers une profession libérale lucrative et dynamique, variée et intéressante, pleine de débouchés en termes d'emploi, mais qui demande un fond de culture générale que n'ont pas vraiment les STG. Ces derniers, au mieux, décrochent laborieusement la première marche, le fameux DCG, mais se fatiguent vite et surtout ont souvent des difficultés énormes à avaler les programmes. Le diplôme n'intéresse pas les élèves de S ou de ES, qui pourtant verraient là une opportunité de métier autrement attrayante que l'inévitable fac de médecine et son numerus closus source de tant de découragements et d'échecs.
Bon, voilà que mon proviseur déclare, avec justesse, il faut commencer par le commencement : on est dans un contexte très concurrentiel, il faut se faire connaître, se défendre contre le développement anarchique de cours privés qui dispensent des enseignements inégaux etc etc... donc informer les S et ES de notre établissement, leur faire découvrir la profession, le diplôme et ses débouchés. Il FAUT trouver une idée !
Moi, un peu désabusée, mais toujours prête, je fonce. L'idée, un concours de diaporamas pour les secondes et premières du lycée et des alentours, sur la profession d'expert, et à la clé, parce qu'un concours ça ne marche que si le premier prix est attrayant, des WII à gagner.
ET LA... ça recommence...
Oui, c'est pas mal, mais... la déontologie... pardon ??? C'est pas moral un concours, on agite une carotte et que vont dire les autres lycées, qu'on attire les jeunes avec des WII. Oups !!!...
Et puis... et puis ??? On va nous accuser de les empêcher de travailler ! Ah ??? Oui, la semaine ils sont en cours, ils ne peuvent pas aller visiter un cabinet comptable, pendant leurs cours. Ouf... mais ils auraient le mercredi après-midi... et les vacances scolaires...
Mais surtout c'est un problème de responsabilité ! Oh ??? oui oui, si un jeune a un accident en allant voir un comptable, on nous se retournera contre nous. KO... là, moi je jette l'éponge.
Qu'on ne vienne plus me dire que nous devons nous battre pour défendre nos formations, que nos postes sont menacés, qu'il faut faire preuve d'esprit d'entreprise. On nous jette dans la bataille, qui est rude, croyez-moi, de la concurrence entre établissements, en nous refusant le moindre moyen pour se battre, pas un sou pour faire un placard publicitaire (vous avez vu les pages entières que se paient les établissements privés dans les journaux d'information sur les formations ?), des affiches conçues vaille que vaille, en papier, collées sur un carton de mauvaise qualité pour faire les salons où les mêmes établissements privés arborent un matériel rutilant et luxueux... L'interdiction de signaler que nos formations sont gratuites, alors que les autres coûtent une fortune aux parents. Et en plus, des problèmes hallucinants de déontologie, d'éthique bancale et de responsabilité supposée. Il faut se battre à mains nues et avec le profil le plus bas possible au nom d'une idéologie dépassée, alors qu'on offre un produit de qualité et utile. Il faut avoir des idées, mais ne pas dépasser le stade du patronage. Moi, je suis fatiguée, vraiment, et l'envie de me battre me quitte. Ce n'est plus du découragement, c'est carrément de la démission. Et dire que j'ai, encore, eu une idée, pondu un document pour la défendre et cru qu'il fallait agir. Colère et fatalisme. Je passe le relais à d'autres.

lundi 8 décembre 2008

CRISE

Encore une crise ! Avec celles de la trentaine qui oblige les jeunes adultes à se propulser enfin hors du nid et les met face à la nécessité de s'engager et de prendre des responsabilités, et celle de cinquantaine dont on connait l'acuité car elle a une allure de milieu de chemin, milieu de cent, milieu de vie, amorce de la pente inversée vers d'autres modes d'épanouissements, il ne faut pas oublier celle de la quarantaine avec la remise en cause des idéaux et des rêves mis à mal par le quotidien, les premières angoisses encore légères mais ô combien affolantes par leur nouveauté inattendue, de l'âge et les perturbations improbables provoquées par les enfants qui grandissent et s'affirment autrement qu'on ne l'avait imaginé quand on les tenait nourrissons entre les bras...
C'est cette étape difficile que traite Christophe Van Ropaey dans Moscow Belgium, avec le soutien lumineux et complexe de Barbara Sarafian, parfaite dans le rôle. Elle porte le film avec talent, et l'éclaire par la variabilité extrême de ses expressions, laide un jour, sublime le lendemain, comme l'est une femme en proie au doute, aux attaques du quotidien et qui regarde s'éloigner sa jeunesse sans trop comprendre ce qui lui arrive. Elle est vivante et vibrante, elle se débat face aux égoïsmes inconscients de "ses" hommes, elle essaie vainement de penser à elle mais elle a perdu l'habitude. Et ce sera la réflexion de la petite amie de sa fille à propos des mourrants en soin palliatifs (ils sont enfin "vrais") qui renversera la situation dans son âme malaxée par la vie. Le film est tendre, drôle, on se laisse porter par le récit doux-amer, et surtout on a envie de suivre Barbara Sarafian dans sa quête. Un excellent moment de cinéma sans prétention mais très humain. Les imperfections du coup sont négligeables et on n'a pas envie de s'y attarder !

dimanche 7 décembre 2008

TANT D'ANNEES APRES...

... Et pourtant !! la pièce garde tout son acuité et la force de la langue transcende les époques. Dieu sait qu'on y parle dans un langage désuet d'une morale dépassée et de valeurs obsolètes. Qu'avons-nous à faire de ces grands traits sur l'honneur et de cette prise de tête absurde à propos de grands sentiments qui détruisent tout autour d'eux. Et qu'elle peut être exaspérante cette chipie de Chimène dont l'orgueil vire presque au caprice !

Il fallait bien finir la journée dignement et nous sommes allés entendre le Cid, talentueusement mis en scène par Alain Ollivier à Saintes. Le parti pris est ici d'insister sur la dimension politique de la pièce de Corneille, et de mettre en avant l'émergence d'une nouvelle raison d'état, qui place l'obéissance politique au coeur du système, fut-ce au détriment de l'orgueil et de l'honneur. Vision qui n'occulte pas cependant la belle histoire d'amour déchiré, traitée toute en délicatesse grâce au jeu spontané des deux très jeunes acteurs qui interprètent Chimène et Rodrigue. Si certains des acteurs sont maladroits quant à leur phrasé, manquent d'envergure ou psalmodient Corneille de façon un peu maladroite, ce n'est en définitive pas si grave que cela car la langue est toujours respectée, la diction manque de naturel mais reste impeccable et les mots gardent toute leur magie et leur saveur étrange. Etrange en effet combien on peut encore s'enthousiasmer devant un tel texte, juste pour le plaisir de la langue et des phrases, ciselées avec un talent que 3 siècles n'ont pas édulcoré. Et le public ne s'y est pas trompé, qui a fait un triomphe à cette suite inoubliable d'alexandrins dont nous connaissons tous les détours et qui nous surpend encore !

LA FETE A NICO

Matin fanfare et fleuri ! Pas de doute c'est la Saint Nicolas... Tradition retrouvée depuis qu'on a abandonné la foireuse idée de fêter la Saint Nicolas de Tolentino située quelque jour obscur du mois de mai, au motif fort louable de compenser ainsi la négligence de mes parents qui n'avaient pas remarqué que l'autre Saint Nicolas, le vrai, le seul, se fêtait quelques jours avant mon anniversaire. Le vrai Saint Nicolas de Myre c'est tout de même mieux, celui des écoliers et des petits enfants lorrains, celui qui distribue les cadeaux avec le Père Fouettard (merci Marie !), celui des fresques médiévales, qui jette des dots dans la cheminée de trois pauvres jeunes filles que leurs parents envisageaient de prostituer, celui qui rescussita trois jeunes garçons mis au saloir par un boucher méchant, et dont les ossements ne se retrouvèrent à Bari que grâce à un rapt dont l'époque était coutumière !

Cet après-midi, c'était rugby, Stade Français contre quelque arlequinade qui leur a volé la victoire... (mauvais foi et ignorance caractérisée !)... C'était aussi la seule séance possible pour "Les Bureaux de Dieu", dont tu m'avais dit grand bien Marie, dont nous avons fait équipe à part ! Je reconnais que le film de Claire Simon est parfait quant à la forme. C'est très bien fait, car elle arrive à vous captiver sur une espèce de docu fiction improbable, où il ne se passe rien, que des entretiens au Planning Familial. Les actrices qui jouent les conseillères sont très justes, Nicole Garcia, Isabelle Carré, Nathalie Baye et les autres. La caméra est maniée avec beaucoup de sensibilité et de talent, on a l'impression qu'il y a une vraie histoire qui vous tient en haleine. Quant au fond par contre, j'avoue avoir été gênée par le côté manifeste qui ne donne jamais la parole à la défense, c'est à dire à l'enfant. Nous le savons, le sort des femmes en matière de procréation est toujours difficile, malgré l'évolution des moeurs, malgré les combats des féministes. Elles portent seules la responsabilité du choix quand une grossesse non désirée s'annonce, car même si, cas rare dans le film, l'homme, le père, participe parfois à la décision, c'est dans leur chair que l'enfantement se fait et se défait, c'est dans leur ventre que la vie bat ou se tait, c'est dans leur tête que la blessure de cette décision solitaire se cicatrise ou non. Et le film, tout occupé, comme les conseillères, à parler de liberté de choix et de liberté tout court (tant il est vrai que cette liberté formelle doit être aménagée, défendue, praticable, et qu'elle l'est grâce au Planning), néglige de parler d'après. Seule une maman un peu mièvre évoque en pleurant cet après que devra vivre sa fille de 15 ans. Ce qui me frappe c'est que toutes les femmes qui ont vécu ce déchirement m'en ont toujours parlé en disant qu'elles ne s'en étaient jamais remises. Et croyez-moi, elles sont nombreuses ces femmes, pour des raisons de confort, de peur, ou même simplement parce qu'elles voulaient exercer cette liberté laissée aux femmes que notre époque leur offrait enfin de décider quand et comment elles seraient mères. Toutes disent leur douleur, des années plus tard, leurs regrets de l'enfant non né, les dates fêtées dans le secret de leur mémoire... Toutes disent qu'on ne s'en remet jamais tout à fait. Et le film ne parle pas de cela, qui pourtant est partie intégrante de l'interruption de grossesse. J'ai été frappée aussi qu'aucune des consultations ne débouche sur une décision de garder l'enfant, ou d'accoucher sous X, ou de revenir avec le père pour en parler à deux. Le film salue le travail dans l'urgence, fait par des gens consciencieux et bien intentionnés, mais repose sur l'a priori de départ qu'une grossesse non désirée doit être interrompue, et que le rôle du Planning est de faciliter cette décision. Cet a priori est biaisé, et laisse un goût de procès mal mené, où l'enfant n'a jamais sa place. Oui, c'est vrai je parle de ce que je ne sais pas, n'ayant jamais été confrontée à ce problème. Grâce au Planning Familial qui me permit, à l'âge de 17 ans à une époque où la majorité était à 21 ans et la contraception balbutiante et interdite aux mineures, de bénéficier de la pilule ! Et à cause de l'accident qui m'a "privée" du risque d'une grossesse tardive, de celles qu'on décide ou subit quand on ne juge plus nécessaire de se protéger.
Quant à moi, et bien je n'aurais jamais dû aller voir ce film ! Outre la caméra à l'épaule qui m'a filé des nausées auxquelles j'ai décidé de résister courageusement pour éviter de me tourner en ridicule en t'avouant ici Marie que je n'avais pas pu rester jusqu'à la fin à cause de cela (ma voisine se demandait pourquoi je baillais comme une perdue, en me cachant la tête entre les bras !), je suis sortie carrément en larmes et j'ai mis deux heures à m'en remettre. Ben oui, je m'étais dit que j'ai 54 ans, que la blessure évoquée plus haut n'a même plus de sens, et que cela devrait être supportable pour ma petite tête obtuse. Ben non, on ne s'en remet décidemment pas de devenir stérile à 32 ans, même avec deux enfants... voilà c'est comme ça, ça reste au fond de vous à vous faire hoqueter comme une idiote en sortant du cinéma ! En gros c'était pas ma fête ce film... Mais je vous rassure, quand je suis arrivée Nico, qui a un coeur grand comme une maison m'a consolée avec un déploiement de câlins inhabituel !!! Il est marrant ce clébard, pourtant si discret d'ordinaire, en me voyant pleurer comme cela il ne savait plus que faire pour me dire son affection ! Drôle de fête à Nico quand même !

samedi 6 décembre 2008

SAINT AUGUSTIN DEJA...

Les immeubles, "petites cages obscures", m'ont toujours fascinée, car le soir, quand ces carrés sombres s'illuminent, il nous faut bien admettre que derrière ces carreaux impersonnels se déploient des vies multiples, empilées avec inélégance mais détermination. Ce n'est pas l'existence de ces vies qui m'étonne, mais leur proximité anonyme et leur parité inévitable. Or, nous nous croyons uniques et de découvrir à travers ces scintillements impromptus que d'autres vivent, à l'instant et si près, des émotions dont nous prétendons avoir l'exclusive et des bonheurs que nous imaginons individuels, a quelque chose de subversif. L'Autre, ce n'est plus seulement celui que j'aime et que je côtoie et auquel je fais mon possible pour accorder attention personnalisée et intérêt réel, l'Autre ce sont alors tous ces individus protéiformes qui m'entourent et dont, quoi que je fasse, je ne peux intégrer la réalité humaine.

Mais ce n'est pas le sujet... Je voulais juste esquisser une tentative de réponse à Décadence 2... qui reprenait nos tentatives d'interprétation de Décadence 1 ! Un de ces jeux amicaux que permettent les blogs !
Sombre, mais avec panache !! Il faut finalement tenter de positiver nos angoisses, qui, d'ailleurs n'ont rien de bien neuf !! Le thème de la décadence d'autres s'y sont frottés avant nous, et déjà Cicéron, Horace, Ovide, Pétrone, Properce, Quintilien, Salluste, Sénèque, Tacite, Tibulle, Virgile, saint Augustin, Tertullien (je vous renvoie au site d'"Educnet") qui déplorent à qui mieux la perte des valeurs, la fin d'un âge d'or et les turpitudes d'un présent égoïste et corrompu... Faut-il avoir peur de l'évolution du monde occidental ? Et de notre égoïsme dévastateur ? Qui commence, il faut bien l'avouer, à notre porte, dans notre incapacité à nous dépasser dès le nombre de 2... Quelle est la part, dans notre angoisse du monde qui nous attend (et que nous sommes en train d'élaborer), des peurs attaviques et inéluctables, et des réalités véritablement inquiétantes, basées sur les conséquences irresponsables de notre égoïsme fondamental ?
Il me semble que le changement fondamental dans cette crainte que chaque génération a développée, de créer un monde inhumain et allant à sa perte, est que nous ne l'étayons plus sur le regret d'un âge d'or supposé mirifique que nous regretterions, comme le faisaient tous ceux qui nous ont précédés. La peur des conséquences imprévisibles de nos errances égocentriques s'appuie sur une perception aigue d'un progrès indéniable mais tellement multiforme que nous sentons bien qu'il nous échappe. Et, le passéisme étant devenu impossible, il faut avancer vaille que vaille, on a le sentiment qu'il est déjà trop tard pour retourner le sablier. Ainsi, le temps nous fait toujours aussi peur, et comme nous lui avons ajouté la dimension "espace mondial", nous sommes parfois saisis d'effroi... et parfois saisis d'exaltation!! Avec l'envie folle de dompter l'avenir, qui nous... qui VOUS appartient, vous les jeunes générations qui aurez à transformer l'essai que nous vous avons légué et dont nous avions nous-mêmes hérité.

vendredi 5 décembre 2008

AMOUR A MORT

La tempête sévit encore ce soir en rafales humides, qui font trembler mes volets roulants. véritable épreuve pour les nerfs. Michel est parti à une réunion syndicale à Rochefort, il me faut bien réagir à la morosité et fuir ce battement incessant qui finit par m'assourdir : je suis donc allée découvrir la salle de spectacle Royannaise !
C'est peut-être à Avignon que les organisateurs de la saison ont trouvé Noces de Graphite, car cela passait cet été au Collège de la Salle. Et j'imagine, car cela arrive souvent dans la cité des Papes, qu'il y avait certains jours aussi peu de monde que ce soir à Royan où nous étions à peine une vingtaine pour applaudir ce récit tiré de la "supplication de Svetlana Alexievitch", ensemble de témoignages et de résits déchirant de ceux qui ont vécu Tchernobyl. Le drame personnel se susbtitue et éclaire l'événement international, le dépasse et le transcende. La mise en scène, retenue, sobre et très gestuelle, fait jaillir la douleur des mots terrifiants. Les notes d'un saxophone et des chants ukrainiens ponctuent la lente révélation de l'horreur indéchiffrable, comme autant de souvenirs et d'illusions de retrouvailles.
La mise en scène d'Hélène Arnaud était admirablement servie par la jeune actrice du Théâtre de l'Esquif, Céline Girardeau, qui rythmait le récit comme une complainte dont la linéarité était sous-tendue par une souffrance insurmontable et au-delà des mots. Un beau récit d'amour et de mort, une horrible réalité que seuls ceux qui l'ont subie sont à même de décrire, un déchirement intemporel dans le temps et l'espace des hommes qui ont joué aux apprentis sorciers et qui se sont brûlé les ailes. Un beau texte en (presque) one (wo)man show, qui te conviendrait bien mon Hélène. Mais que c'est injuste et ingrat le théâtre quand le public n'est pas au rendez-vous, et que parmi les rares spectateurs deux mégères sont incapables de taire leurs commentaires malséants et sonores.

mercredi 3 décembre 2008

COUP DE COEUR ET COUP DE GUEULE

On a frôlé la catastrophe... L'acqua alta de Venise, vous en avez entendu vaguement (oh le vilain mot en la matière) parlé aux infos, quelques images pittoresques et basta... Mais pourtant, c'est une menace récurrente, la conjonction des éléments contraires et de l'incurie gouvernementale, d'un laisser aller dramatique, sur fond d'irrégularités, de corruption et de bêtise humaine. Et Venise est toujours aussi menacée qu'en 1966, et on reste là à l'envahir aux heures douces pour alimenter des rêves de papier glacé qui la détruisent à petit feu.
Alors lisez le blog de Laurenzo, regardez ces images qui n'ont rien de pittoresque mais qui sont déchirantes, des gens ont tout perdu, des gens qui vivent à Venise, travaillent à Venise, tentent de faire survivre la Serenissime autrement qu'en une cité fantôme dédiée au tourisme et à l'inutile esbaubissement des péquins en goguette. Il faut que Venise soit protégée, même si les projets du MOSE sont pharaoniques, on peut quand même mobiliser des énergies, de l'audace, de l'inventivité pour cette ville unique, superbe et qui nous appartient tous un peu. La survie de Venise c'est notre affaire à tous...
Lisez les coups de gueule de Lorenzo jusqu'au bout, et gardez dans un coin de votre mémoire ses conseils vivants... Il faut que Venise survive !

lundi 1 décembre 2008

ARLETTE ET GERARD


Sobrement intitulé "le Piano Romantique" lecture et piano, le spectacle d'Arlette et Gérard fut comme prévu plein d'imprévus et de fantaisie. Gérard avait installé sur la scène outre un clavecin, un pianoforte et un Steinway moderne, sa collection personnelle de toys pianos, et à la fin du spectacle l'organisatrice du concert lui a offert un petit piano supplémentaire, ce qui a entrainé l'enthousiasme général.
Gérard avait bien préparé son intervention et s'il fut plus long que le timing accordé, ses anecdotes étaient drôles, piquantes, bien adaptés et il a fait l'adhésion. Arlette, toujours aussi dévouée, l'a suivi avec abnégation, ce qui était loin d'être évident pour elle car passer d'une longue période d'écoute au jeu, puis reprendre l'écoute, puis rejouer alors que les doigts sont froids et le stress au max, cela finit, fatigue aidant, par être difficile. Toujours un peu provocateur et vaguement iconoclaste, Gérard a fait son spectacle pieds nus, a fait fredonner le public sur un lied de Schubert et fait voler des papillons partout !

Fabienne, très fière de son petit artiste de mari, a joué son rôle avec discrétion et surtout une infinie et inébranlable patience ! De la loge où il avait posé ses marques, à la scène dont il avait quadrillé l'espace, Gérard a investi la Canopée l'espace d'un dimanche, et a taillé au domaine musical de Pétignac une superbe vitrine qui devrait laisser des traces !
L'ambiance était chaleureuse et très amicale, et nous avons vraiment passé une journée délicieuse. Dommage que Ruffec soit si loin, la salle de la Canopée est vraiment extraordinaire et la programmation assez honorable.

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