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jeudi 31 mars 2011

DEPART(S)


Certains départs sont de vraies corvées : ah si je pouvais m'en passer, comment improviser une excuse de dernière minute, une urgence, un cas de force majeure ??? enfin bref comment me tirer de ce mauvais pas ? Rien à faire, il faut y aller, comme à l'échafaud, allons positivons !

D'autres sont des sources d'angoisse : qu'est-ce qui m'attend ? J'improvise, j'ai toujours des idées folles et volià, maintenant il faut assumer ! Mais Dieu sait au-devant de quelle déception je vais... Inquiétudes en général non justifiées, et qui ne sont que l'effet d'une tendance exagérée au pantouflage.

D'autres enfin sont d'insupportables improvisations, dont on escompte cependant un certain plaisir : mais qu'est-ce qui m'a pris de décider de partir alors que j'ai ici tout ce qui me comble, et que la vie est si belle dans mon petit Liré.


Et puis, parfois, c'est une vraie impatience qui vous tient : un rendez-vous dont on se promet de vrais délices, une escapade qui vous titille et dont la perpective vous ravit le coeur. Envie de faire sa valise une semaine avant, excitation de l'imagination qui anticipe les joies attendues... Bref, envie de partir ! C'est un départ de cette dernière sorte qui m'agite depuis quelques jours et là, ça y est : à l'heure où parait ce billet, j'y suis, nous y sommes... décidés à en profiter un max, car le week-end va passer à toute allure.

Alors vous ne m'en voudrez pas si je ne passe par vos blogs de quelques jours, si je n'ai pas le temps d'y laisser des commentaires et si les vôtres sont publiés avec un temps de retard. J'aurai internet mais pas trop le temps d'y consacrer l'attention suffisante pour être une blogueuse selon les "règles" !! Quant aux articles de Bon Sens et Déraison, ils seront sortis du congélateur : c'est "du jardin", mais mis en réserve pour les jours sans !! Avec publication programmée !! Des billets de-ci de-là qu'un sujet plus brûlant avait écartés et qui sont encore tout à fait consommables : opération Dragon selon Colibri !! On vide les réserves.  A la semaine prochaine pour du "frais"... et en attendant bon week-end à tous.

Ps : il y a comme un petit jeu : et oui, il y a dans le billet un indice qui dit, indirectement, où nous allons passer le week-end !!! Ceux qui le savent déjà ne disent rien !!!

mercredi 30 mars 2011

CE QUE J'AI VRAIMENT FAIT D'UTILE DANS LA VIE ????

Je croisais hier un ami tunisien, pas vu depuis longtemps. Nous parlons de choses et d'autres, et bien entendu la conversation vient sur les événements récents qui ont agité son pays. Je sais qu'il a suivi les péripéties de la Révolution de Jasmin heure par heure. Il sourit, son bonheur irradie et il me dit doucement
"Oui, je les ai un peu aidés"
Devant mon air interrogatif (il vit en France, dans "un petit village gaulois" dit-il plaisamment et je ne pense pas qu'il ait pu y aller) il précise
"Et oui, toutes les communications étaient bloquées, je leur ai trifouillé quelques trucs"
C'est vrai, il est informaticien, et il a pu recréer des réseaux de communication parallèles qui évitaient la censure. Primordial en ces jours d'intense agitation. Il ajoute, épanoui :
"C'est vraiment la chose la plus utile que j'aie faite de ma vie"
De fait, oui, il a pris une part active et efficace au triomphe de la démocratie dans son pays. Impressionnée par l'air convaincu et comblé qu'il avait en évoquant cette participation, je me disais "C'est vrai que c'est primordial de se sentir utile, au moins une fois dans sa vie. Tiens, si j'en faisais un billet : l'action la plus féconde de votre vie ??".
Bien sûr, si je vous posais la question, il faudrait que je réponde aussi ... A commencé alors une prise de tête terrible. Ce que j'ai fait de vraiment utile ? A l'aune d'une révolution, pas grand chose évidemment.
Soyons mesurés, on n'a pas toujours l'occasion d'agir sur le sens de l'Histoire, fut-ce modestement. Et puis je doute. Plus le temps passe, plus  il me semble que j'ai fait tant de choses auxquelles je croyais dur comme fer, que j'y ai si souvent déployé une énergie démesurée... Et mes agitations ont si souvent été vaines. Sans aigreur, mais avec une nécessaire lucidité, je suis sceptique sur l'efficacité de mes effervescences. Je tends aujourd'hui vers un flegme pragmatique dans lequel mes proches ne me reconnaissant guère, et qui n'est nullement affectation d'amertume mais plutôt humilité devant la prise de conscience de l'inanité de mes turbulences. Sans devenir égoïste ou avachie, je suis plus circonspecte face aux déploiements de forces et ne sais pas trop que répondre à la question que je vous soumets !!
Pourtant utile, je sais l'avoir été chaque fois que j'ai harcelé des jeunes pour les aider à franchir la fin d'une adolescence un peu troublée et rentrer dans la vie d'adulte avec un bagage professionnel qui leur permette d'affronter la vie dignement. En oubliant bien vite les excès d'une jeunesse qui prenait une mauvaise pente. Mais après tout, c'est mon boulot et même si je l'ai fait souvent avec plus d'engagement que ne l'exige mon code de déontologie, c'est normal.
Utile je l'ai été quand j'ai géré une association de jeunes, organisant des camps et permettant à des gamins de devenir autonomes et responsables. Mais pas de quoi en faire un pendule, cela n'a pas changé la face de leur vie.
Utile mon engagement de maman active, impliquée... oui, mais quoi de plus naturel, et aussi de plus valorisant que de choyer ses enfants. Et la façon dont j'ai été mère n'est pas exempte de défauts qui doivent, malheureusement, annuler certains des effets positifs que j'ai voulu imprimer à l'éducation de mes filles. Délicat métier que celui de parent, dans lequel on a rarement 100% tout juste.

Il me semble à cet égard, ne pouvant pas me targuer d'une action altruiste qui aurait modifié le cours de l'Histoire, que je dois rester modeste. C'est dans le rôle de passeur qu'on met le maximum d'énergie et qu'on s'implique avec le plus d'ardeur. Et ce que je crois avoir fait de plus utile en ce domaine, c'est d'avoir tenté de sensibiliser au maximum mes filles à l'Art, sous toutes ses formes... En faisant mon possible pour leur donner des clés de lecture et de compréhension. Afin qu'elles y soient attentives, que l'accès leur en soit facililité et évident, et qu'elles trouvent dans la poésie, le théâtre, la musique, la peinture, la sculpture... des sources d'évasion, d'humanité, de rêves qui sont, à mon sens les compléments et les soutiens indispensables au quotidien. Cela donne aussi, j'en suis convaincue, une indépendance d'esprit, une ouverture, un goût de la vie qui sont autant de forces pour rester libre. Dans sa tête !!

lundi 28 mars 2011

ANNEE DU MEXIQUE

Un billet pas facile à faire. Un peu long j'en ai conscience, mais cela me tarabuste. Ce n’est pas un billet d’humeur, ni même un billet politique, mais une réflexion étonnée sur les mœurs de ceux qui nous gouvernent.


La Galerie des Beaux Arts de Bordeaux organise chaque année une ou deux expositions temporaires d’un excellent niveau, toujours passionnantes même si les œuvres exposées semblent parfois modestes. C’est grâce à ces manifestations organisées dans le cadre de ce qu’on appelait à l’époque le Mai Musical que j’ai éprouvé mes premières émotions artistiques. Certaines m’ont laissé un souvenir impérissable : en 1964, la femme et l’artiste (où j’ai découvert Simon Vouet), l’art et la musique en 1969, en 1970 une rétrospective Dufy dont j’ignorais alors l’existence et qui m’a paru étonnamment gai, en 75 le centenaire de la naissance de Marquet pour lequel j’ai depuis gardé un attachement certain, en 1977 la peinture britannique de Gainsborough à Bacon, ce dernier m’ayant particulièrement impressionnée… Nous n’allions pas faire de grands voyages ni même de virées parisiennes pour visiter le Louvre, et ces peintures qui venaient à nous m’émouvaient beaucoup. Superbe façon d’apprendre l’art qui, à l’époque, se concentrait dans les grandes villes et auquel nous n’avions accès que par de mauvaises reproductions. Autant dire que ces expositions étaient l’objet de visites détaillées et émerveillées.


Le Mai Musical a disparu mais la Galerie continue à monter des expositions. Nous avons eu ainsi récemment l’Académie mise à nu dont je vous ai rendu compte il y a peu. Je me réjouissais fort d’aller visiter la prochaine, consacrée à Diego Rivera : un peintre que je n’ai jamais vu autrement qu’en photos. Elle devait montrer 18 œuvres du mari de Frida Kahlo, qualifiées par les organisateurs de "majeures", pour la plupart jamais vues en France.

Et voilà que cet événement intitulé "Diego Rivera, de Mexico au Paris des cubistes", est une des premières victimes collatérales du renoncement par le Mexique à la participation à l’année culturelle qui lui était consacrée. On a ainsi appris que la majorité des œuvres prévues, qui "devaient être prêtées par des institutions mexicaines", ne sont "plus en mesure de quitter le territoire mexicain", et la ville de Bordeaux, "se voit contrainte de renoncer à cette exposition". La réaction d’humeur du gouvernement mexicain est, vous le savez, provoquée par le fait que le président Nicolas Sarkozy a décidé de dédier cette année et ses manifestations à Florence Cassez, française condamnée au Mexique à 60 ans de prison pour des faits d'enlèvements, d'association de malfaiteurs et de possession d'armes qu'elle nie.


Il ne s’agit nullement pour moi de prendre position sur ces faits, n’ayant pas lu les minutes du procès, n’étant au courant de rien et n’ayant pas matière à avoir un avis éclairé sur le débat de la culpabilité de madame Cassez. Mon article ne prétend nullement prendre position sur l’affaire Cassez, je n’en ai ni les compétences ni l’ambition. Mon propos s’interroge sur nos institutions ou plutôt sur ceux qui les dirigent.

La peine de Florence Cassez a été confirmée en appel, et début février son pourvoi en cassation a été rejeté. Que cette femme clame son innocence, que sa famille et ses soutiens réclament sa libération, rien de plus normal. La force des liens familiaux et amicaux justifie amplement ces démarches et cette mobilisation, et ceux qui connaissent le dossier s’agitent à bon droit, rien à redire là-dessus.

Là où la situation se complique c’est quand le président de la République française s'en mêle. Après avoir reçu les parents de la condamnée, M.Sarkozy a réclamé officiellement le retour de Florence Cassez en France et a déclaré que l'année France-Mexique lui serait dédiée. Depuis l’année du Mexique broie du noir, et on commence à subir les conséquences des réactions outrées du gouvernement mexicain à ce qu’il considère comme une ingérence insupportable.

Le Mexique est un État indépendant, considéré comme démocratique, avec une séparation des pouvoirs. La justice mexicaine, saisie d'un dossier par la police du même pays, condamne une personne à 60 années de prison. Cela peut paraître excessif, mais on admet bien que, par le jeu des cumuls, la loi américaine puisse prononcer des peines de 150 ou 200 ans de prison. L’appel et le pourvoi en cassation ayant été rejetés, les juges considérant que les vices de procédure invoqués étaient insuffisants pour entrainer une révision du procès, notre président se déchaine. La justice mexicaine serait-elle aux ordres de son président de la République ? Ce dernier aurait-il instrumentalisé la justice à ses propres fins, dans un souci sécuritaire ? Situation bien évidemment inimaginable chez nous, n’est-ce pas ?? Pardon, je dérape…


Mais surtout que fait-on de la séparation des pouvoirs ? de quel droit suppose-t-on qu’il n’y ait pas, au Mexique, comme en France, un Etat de droit et le respect de l’indépendance de la justice. Et, en supposant qu’il y ait une erreur judiciaire, nul n’est à l’abri d’un tel problème, est-ce au gouvernement français d’intimer au gouvernement mexicain l’ordre de la résoudre ?? Imaginez qu’au moment du procès de Saint Omer les juges aient condamné injustement un ressortissant d’origine italienne, et que Berlusconi ait alors pris des mesures de réhabilitation et d’hommage au condamné, au motif qu’il trouvait cette décision inique. Et, de fait, cette décision l’était bien inique. La révision du procès d’Outreau l’a prouvé. Mais aurait-on admis en 2004 qu’un chef d’état étranger s’en mêle ?? On aurait volontiers protesté contre une telle intrusion. Ne supportant pas que Berlusconi en fasse « une affaire personnelle » nous l'aurions sans doute traité d'agité inconséquent. Même si les faits devaient lui donner raison ensuite sur le fond, innocence des accusés d’Outreau, la forme aurait été choquante. Un chef d’Etat étranger n’a pas à venir résoudre nos erreurs judiciaires. C’est le principe sacré de l’indépendance des pouvoirs, qui doit encore plus être respecté de pays à pays. Les excès du procès d’Outreau ont été dénoncés, une commission d’enquête parlementaire a été nommée pour analyser les causes de dysfonctionnement de la justice dans le déroulement de cette affaire, mais comment aurait-on supporté que d’autres pays viennent y mettre leur nez pour résoudre les choses à leur façon, en dédiant je ne sais quel événement à un condamné d’Outreau ? On aurait à bon droit pu s’insurger contre cette intrusion, fut-elle basée sur de bonnes intentions, dans notre démocratie. Que les mexicains prennent les réactions de la France comme des vexations et qu’ils y voient un complexe de supériorité un peu trop courant de nos jours, n’a rien de particulièrement étonnant. Notre attitude « va-t-en guerre » de redresseurs de torts en énerve légitimement certains !

Donc l’exposition Diego Rivera n’aura pas lieu et nous découvrirons, en lieu et place, les réserves du musée des Beaux Arts : chapeau aux conservateurs et aux organisateurs pour leur réactivité et leur efficacité !! L'exposition Espana a été montée en un temps record !!

samedi 26 mars 2011

LUTTER CONTRE SES COMPLEXES


C'est récurrent... chaque printemps, quand chacun aligne ses réussites florales et ses projets de plantation, je jette un oeil désespéré vers ma friche et je me dis qu'une fois encore ma voisine va me faire la tête, voire menacer de me dénoncer auprès des services municipaux. Ne me demandez pas ce dont elle me menace exactement, mais elle considère que "cela devrait être interdit, voire sévèrement réprimé d'avoir un terrain aussi minable". Réprimé par qui, au nom de quelle disposition, je n'en sais rien mais ce que je me demande c'est si j'aurais un droit de réponse : existe-t-il une loi condamnant les jardins psychorigides ?? Bon, ne nous énervons pas, c'est le printemps, et je continue à saluer aimablement ma voisine, un peu faux-cul mon sourire, je vous l'accorde, mais je sais qu'elle me toisera des pieds à la tête et répondra du bout des lèvres à mon bonjour enthousiaste !! Donc sans danger.


Si, si, je vous assure, c'est ce à quoi aurait dû ressembler mon jardin cette année ! Avec le moins possible de végétaux, le paysagiste est prudent !

Aux dernières nouvelles, le paysagiste requis pour venir aménager cette pente à 25%, pauvre terre orientée aux vents d'ouest et soumise aux sels marins, ancienne décharge mal recouverte d'humus, où dès qu'on plante une bêche on tombe sur des morceaux de briques cassées, le seul paysagiste qui ait jamais accepté de faire un projet d'aménagement de cet espace voué aux herbes folles (tous les autres ont fui à toutes jambes) est tombé du toit (le sien, pas le mien), et il est dans un tel état que je n'ose le relancer. On attendra donc une année de plus. Et ma voisine continuera à me snober, ce qui me convient parfaitement.


Ce qui fait que ce matin, quand j'ai croisé ce titre à la bibli, "Comment louper son jardin sans complexe" je n'ai pu faire autrement que de l'emprunter et de me plonger dedans.
Tout à fait écrit pour moi ce bouquin. Faut pas croire, j'aurais pu avoir des dispositions pour la chose mise en terre. Quand j'étais petite fille, mon grand-père Félix (dont Tonton parle souvent dans les commentaires) venait chaque année passer le printemps à la maison. Durant un mois, il sarclait, désherbait, plantait, alignait, tuteurait... bref, quand il nous quittait, le potager était une vraie merveille de promesses en tous genres. Moi, je courais autour de lui, ravie de faire la petite main. Ce qui me fascinait le plus c'était les greffes, avec cette espèce de mastic noir et collant qui faisait des merveilles. En partant, il abreuvait mes parents de conseils techniques, recommandations de désherbage, d'éclairsissage, d'arrosage. Mais ces derniers, acquéreurs bien malgré eux d'un terrain conséquent aux portes de Bordeaux, ils avaient été séduits par l'allure bourgeoise d'une maison en ruine, étaient de vrais citadins. Bricoleurs, certes, il le fallait pour réhabiliter cette baraque occupée par les allemands qui en avaient fait un dépotoir, mais absolument rebutés par le jardinage. A leur arrivée le jardin était un champ de désolation, et ils avaient charrié des centaines de bouteilles de champagne vides et d'ampoules suspectes pour redonner à cet espace allure végétale. Là s'arrêtait leur talent.
Grand-père partait, confiant, opitimiste, et commençait pour ses réalisations soignées une longue période d'agonie : au début, mes parents arrosaient, puis oubliaient, puis l'herbe sournoise mais efficace envahissait tout. Quand enfin, triomphant des orties et des ronces, quelques haricots pointaient leur nez, maman râlait et maudissait son père de l'obliger à faire des conserves, pour que ces légumes héroïques et têtus ne soient pas perdus.

Imaginez que dans une telle ambiance je n'ai pas développé de dons particulier pour la culture en tous genres. Certes j'ai toujours adoré le nom des plantes et retenu contre toute logique leurs désignations barbares et à consonnance latine, acquises dans des catalogues aux couleurs éblouissantes. Mais pour le reste... Il faut bien avouer que mon terrain déshérité ne m'aide guère à surmonter ce handicap ! Les tomates restent ma seule réalisation annuelle et je manque de constance pour faire mieux. Donc j'escompte énormément de ce petit ouvrage qui, plein d'humour, devrait débloquer ce conflit gordien qui m'assaille à chaque mois de mars !

On y découvre que pour avoir le droit d'affirmer "Tu sais, je n'ai pas la main verte", il faut pouvoir se prévaloir de nombreux échecs, de ratages dûment prouvés, de déconvenues officiellement attestées : car louper son jardin, surtout sans complexe, cela s'apprend. Exemple d'aphorisme qui convient parfaitement à mon cas : le mois d'avril commence avec la sentence suivante "quand les semences sont au grenier, c'est que tu as oublié de semer". J'adore acheter des graines, les sachets sont si jolis et les promesses tellement séduisantes. Mais régulièrement, je retrouve mes sachets de graines sur le coin d'une étagère, la date de plantation est passée, et de toute façon je n'aurais pas eu la place de les mettre en terre ! Autre conseil un peu plus loin :

Avant de vous lancer dans le potager sur le balcon, pensez aux contraintes liées à l'arrosage.

Cela me rappelle ma mésaventure de l'an dernier : Madeleine m'avait soigneusement préparé quelques plans de basilic à petites feuilles, dans une jardinière pas trop loin de la porte de façon à ce que je pense bien à l'arroser. C'était sans compter sur le peintre en batiment qui a passé toute ma façade au karsher javellisé, résultat impeccable côté lichens, mais nettement moins réussi côté plantations. Le camelia en a fait une jaunisse et les basilics n'ont pas dépassé 3 centimètres! Je vous rassure, y a même eu de quoi faire quelques salades, car je n'ai même peu le coeur de les éclaircir, tant ils étaient minuscules ces plans stérilisés !!

Toujours au mois de mars, on découvre que si le jardin ne se couvre pas de crocus, jonquilles et autres tulipes, c'est tout simplement qu'on a omis d'enterrer les bulbes correspondants en automne dernier. Ce livre prétend redonner l'espoir aux jardiniers malchanceux. A lire au 5ème ou au 6ème dégré, il est, je vous l'accorde, viteTRES lourd, et on ne rit pas longtemps. Mais son objectif étant justement d'échouer dans sa mission d'apprentissage du ratage de jardin, et on peut dire que le but est atteint : après la lecture de quelques plaisanteries accablantes à côté desquelles celles de l'almanach Vermot sont des modèles de finesse, on le referme très vite, et on s'empare de la première binette à portée pour aller faire un peu de désherbage. Vous verrez que cette année mes tomates seront superbes !


vendredi 25 mars 2011

ANCIENS COMBATTANTS


A la fin des années 60 Alain Pacquier, fils de cheminot, journaliste à Sud-Ouest, remarqué par Henri Amouroux pour une série d'articles sur le printemps de Prague, se passionne pour la musique. La "contemporaine", celle qui règne en maître à cette époque encore à Royan, mais qui laisse les salles vides en affirmant d’un ton péremptoire que le public manque d’éducation. Mais aussi la musique ancienne, qui commençait alors à être redécouverte et relue par certains "agitateurs" allemands ou hollandais, émergeant, dans ces lontaines années, dépoussiérée de ses atours romantiques.

Pacquier à l’époque, il l'affirme bien haut, n’a aucune culture, aucune référence, et il dira plus tard que c’est cette ouverture d’esprit, ce terrain vierge qui a fait, pour lui comme pour son public, le succès de Saintes. "Je ne peux pas dire comment c'est venu ; un peu d'observation, beaucoup d'intuition. Je voulais le mélange parce que le mélange est toujours fécondant, mais je ne voulais pas de moderne désertifié, non plus que du baroque de patronage, avec les plumes dans le c..".

Une autre idée le tient : sortir ce magnifique monument de l’Abbaye aux Dames de son purgatoire. "L'abbaye aux Dames était alors une poubelle ; ses murs étaient recouverts de parpaing, sa toiture s’effondrait en plusieurs endroits et quand on entrait dans la cour, on était saisi par la puanteur ». Avec l’aide de quelques passionnés, des élus locaux qui acceptent de le soutenir, et malgré les aléas de la politique qui mirent plusieurs fois le projet en péril, l’idée est lancée : faire revivre l’abbaye, grâce et avec la musique. Et un mélange de musique ancienne et de créations audacieuses.

Les grandes saisons de l’utopie "Pacquienne" commencent. On assiste alors à des choses surprenantes, Jordi Savall, totalement inconnu, à minuit dans la crypte de Saint Eutrope : concert a capella éclairé aux chandelles… les folles journées au château de la Roche Courbon se terminant par un feu d’artifice au son de la Water Music, des concerts éparpillés dans les bosquets du Château du Douhet, avec tous ceux qui seront, plus tard les étoiles de la musique baroque, des concerts dans des lieux alors improbables et totalement éloignés de toute forme de culture "classique", Vandré, Talmont, Fontaine d’Ozillac… tout est nouveau, passionnant et fou. On n'y connaît rien, mais on suit. Parce que l'ambiance est légère. Et on apprend, petit à petit, sur le terrain. Certes, en ces temps-là, il était rare qu’un instrument à cordes reste au diapason jusqu’à la fin du concert et cela se terminait souvent en pugilat acoustique, mais l’enthousiasme était tel qu’on oubliait ces infimes inconforts. On défrichait !!

Nous avons assisté aux deux dernières éditions de Saintes, version Pacquier, à notre arrivée dans le pays en 1980. L’année suivante Pacquier décida d’abandonner à d’autres ses utopies et d’aller porter ses rêves ailleurs. On a beaucoup dit qu’il avait laissé un trou abyssal dans les caisses du Festival, mais s’il est vrai qu’en 1977 Saintes avait connu le déficit le plus important jamais enregistré par un festival français, trois ans plus tard le trou financier était comblé. Il n’existait plus la moindre dette et Pacquier partit sans regret et sans état d’âme. Ce n’était pas un abandon, il avait fait le tour, et préférait inventer autre chose (comme la restauration d'instruments et la réédition de musique baroque latino-américaine à Cusco)


En 1982 donc, Philippe Herreweghe succède à Alain Pacquier et prend la direction artistique du festival. Saintes avait besoin d’un musicien car sa réputation de "festival" était établie . Herreweghe dit « j’avais peur de ne pas être à la hauteur du retentissement énorme qu’avait su lui donner Alain. Le complexe du petit Belge… Un moment, je me suis même demandé s’il ne s’agissait pas d’un cadeau empoisonné." Son Collegium vocale, au départ, un simple groupe d’étudiants aimant la musique ancienne, avait une dizaine d’années et commençait à s’imposer sur la scène baroque. Non sans controverse : retrouver dans Bach l’authentique fraîcheur de l’acte de création, lui redonner de l’éclat sans la pompe, réhabituer l’oreille à sa clarté, n'était pas sans écueil. Ce fut d'ailleurs le cas pour l’ensemble du mouvement de réhabilitation de la musique baroque*. Aux chœurs épurés s’ajoute bientôt la pratique des instruments anciens. Nouvelle avancée, nouvelle controverse… En 1977, Philippe Herreweghe crée la Chapelle royale. Qui permettra plus tard la naissance de l’Orchestre des Champs Elysées.

Nous avons donc découvert, cotoyé, applaudi, apprécié tous ces baroqueux à leur « naissance », suivi leur parcours, leurs erreurs, leurs hésitations. Puis, quand Saintes est devenu un festival trop consacré, un peu répétitif, fréquenté par la "bonne société locale ou parisienne", aux concerts parfois ennuyeux et pédants, trop courts pour venir les écouter entre deux rendez-vous, trop chers pour y passer des journées entières, trop courus pour avoir la patience d’affronter des queues interminables, nous avons pris du recul et gardé dans un coin de notre mémoire le souvenir ébloui des premières années. Un joyeux happening, tout était neuf et inédit, inattendu et plein d’avenir.

J'avais encore oublié mon appareil photo ! Le téléphone reste, surtout de nuit, un pis aller !
 Aujourd’hui, bénéficier de la visite d’un ensemble issu de l’Orchestre des Champs Elysées à Saint Georges de Didonne est présenté par la presse locale comme un honneur incommensurable fait aux provinciaux que nous sommes. C'était une formation en trio, quatuor ou quintette qui nous a honorés de sa présence. On s'est sentis rajeunir : des gamins, des jeunes enthousiastes, qui prenaient un plaisir évident à jouer pour nous. Hilary Metzger, la violoncelliste y mettait une joie et une fougue pleines d'allant ! Solenne Guilbert, la violoniste prit la peine de nous présenter chaque oeuvre de façon didactique et détaillée, ce qui au vu de la légèreté du programme, rendait l'écoute plus intéressante. Benoît Laurent, le hautboïste (nous espérions Ponseele mais il n'est pas venu), s'attira un joli succès avec son corps anglais, instrument dont le nom est sujet à débat** : le sien était véritablement "anglé" et la courte pièce de Mozart qu'il interpréta le mettait à l'honneur.

Cependant, il faut bien avouer que l'acoustique du cinéma de Saint Georges, qui accueillait le concert, murs, sol et plafond en moquette, ne mettait guère en valeur les sonorités discrètes de ce petit ensemble. Il y avait là des conditions trop feutrées, pour des instruments par nature peu brillants, et c'est ce qui fait leur charme. Certes, les nuances étaient détaillées, mais malheureusement certaines approximations du pianofortiste donnaient à cette prestation un côté un peu laborieux. Dommage pour le travail et l'engagement des autres.

* Je ne peux m'empêcher de citer "L'abbaye aux âmes" : La renaissance du baroque a commencé "par les grands ancêtres comme Gustav Leonhardt, Ton Koopman, René Jacobs, Alfred Deller ou Nikolaus Harnoncourt, à suivre avec Jean-Claude Malgoire ou William Christie… À une exception près, tous des habitués de l’abbaye aux Dames ! "... j'avoue ne pas trop savoir moi-même quel est l'intrus, je pense que cela ne peut être que Deller, âgé dans les années 70 de plus de 60 ans et mort en 79 !
** cor anglais, anglé, anglès ou anglet !!


PS j'ai trouvé mes citations dans le dernier chapitre du livre du trentenaire du Festival publié en 2001 au Croit Vif, "L'Abbaye aux Ames de François Julien-Labruyère".
re PS et s'il vous plait de venir (re)découvrir la musique baroque, à sa source, de visiter la belle ville de Saintes et de pratiquer un Festival qui reste fidèle à ses origines tout en évoluant vers d'autres horizons toujours renouvelés, cette année c'est le 40ème Festival de l'Abbaye aux Dames.

jeudi 24 mars 2011

HISTOIRE D'YEUX

Même si nous n'en étions pas de fervents admirateurs, même si ses 9 maris (enfin 8 car l'un d'entre eux a compté double !!), ses frasques, ses cures de désintoxication et ses amours passionnées nous laissaient quelque peu dubitatifs, nous avons tous été éblouis par ses yeux et l'avons forcément admirée dans un de ces rôles mythiques. Finalement une femme dont la séduction se concentre dans un regard aventurine, c'est plutôt encourageant ! Cela veut dire que les hommes la regardaient dans les yeux !
Alors pour saluer son départ, car cela fait quand même un petit pincement de voir la Priscilla de Lassie Chien Fidèle nous quitter, je vous invite à découvrir l'intruse dans ce petit montage... Trop facile dites-vous ?? Alors, qui est cette intruse ?? Encore trop simple ??? Il ne vous reste plus qu'à trouver les deux poupées Barbie du montage (à l'effigie d'Elisabeth bien sûr)... et vous obtiendrez la palme améthyste !

mercredi 23 mars 2011

HISTOIRE DE PONTS

Chaque fois que je passe dessous (plus encore que lorsqu’on le franchit) je me dis « j’aimerais tant être l’architecte qui a conçu, d’un coup de crayon génial et d’une envolée tellement harmonieuse, ce pont aux arches parfaitement équilibrées ». Le virage qu’il amorce repose sur une succession doucement incurvée de piles régulières et fermement campées sur les eaux boueuses de la Charente.


Le plus drôle est que le monument, car à mon avis on peut le qualifier de tel, voisine sans animosité avec un des derniers ponts transbordeurs encore dressés, de France. Le pont de Martrou fut construit en 1900, à la grande époque des transbordeurs, par Ferdinand Arnodin, un des spécialistes du genre. Voire même l'inventeur de ce type de structure. On lui en attribue souvent la paternité, d’autant qu’il a réalisé 9 des 18 ponts à câbles ou à haubans répertoriés (dont seulement 3 subsistent).

Celui de Rochefort après de bons et loyaux services durant ses années d’activité, avec 14 tonnes utiles et seulement 4 minutes de bord à bord, chargement-déchargement compris, pour passer d’une rive à l’autre, a servi de décor à la scène inaugurale du film culte « les Demoiselles de Rochefort ».

C’était suffisant pour en faire un emblème irréductible de la ville qui, après avoir chiffré en 1975 le budget de sa démolition, obtint l’année suivante son classement et ainsi, la possibilité de le conserver. Pour la plus grande joie des touristes qui aiment à l’emprunter le temps d’une visite guidée ou le louer pour un mariage ou un cocktail !

L’architecte du pont moderne, Charles Lavigne, est moins connu qu’Arnodin, n’ayant pas laissé son nom à une technique révolutionnaire, mais l’esthétique de sa réalisation reste spectaculaire. Construit par Bouygues dans la foulée du pont de l’île de Ré, l’entrepreneur disposant sur place de nombreux équipements et matériaux qui ont permis d’en réduire le coût de façon conséquente, il faisait suite à un autre pont de construction moderne, levant et à piles, datant quant à lui de la fin des années 60. Long de 270 mètres, un système de contrepoids facilitait la manœuvre lorsque toute la travée, large de 90 mètres, se soulevait pour laisser passer les navires. Peu solide, il ne survécut qu’un mois à l’ouverture du nouveau viaduc ouvert à la circulation en juin 1991. C’est ainsi qu’on dispose de rares photos d’archives qui montrent l’alignement inusité de ces trois ponts sur la Charente. Celle-ci a été trouvée sur le site de la Marine Marchande :


Je me souviens avec amusement de nos passages sur le nouveau viaduc quand ce dernier était encore à péage : immatriculés en Charente Maritime, nous bénéficions du passage gratuit sur ce pont financé en partie par nos impôts locaux, et surtout, nous doublions, aux jours de grande presse, les véhicules accumulés saturés de touristes échauffés, qui nous regardaient passer avec envie, voire exaspération !! Depuis le pont est devenu accessible normalement à tous, et son franchissement reste un plaisir esthétique avec une pensée émue pour son concepteur.
PS les photos ont été prises un jour bien gris de février... Ces ponts sont encore plus saisissants sous le soleil, à vous de venir les admirer sur place !

lundi 21 mars 2011

HISTOIRE D'AMOUR


C'est l'époque des appariements et, installée sur l'emplacement d'une ancienne palombière pacifiée, fort fréquentée en toute impunité par toutes sortes de volatiles, je puis vous assurer que cela va bon train. Question de douceur de l'air, de luminosité et, avant tout, de survie de l'espèce. Même si, chez moi, les palombes ne risquent plus grand chose, si elles sont grassement nourries et abondamment abreuvées, elles mettent dans le souci de perpétuation de la lignée une ardeur toute printannière. Autant dire que ça roucoule ferme !


Plus loin, les canards ne sont pas en reste et sur le port, on assiste à nombreuses envols de plumes pour les attraits de quelques belles qui, une fois n'est pas coutume, tiennent la dragée haute à leurs rutilants empanachés. Mais sapristi que la concurrence est rude ! Et ça bataille ferme... Il faut faire valoir de beaux atours, apporter à ces dames quelque trophée spécial, avoir une allure particulièrement distinguée, affronter de vils séducteurs toujours prêts à vous voler votre élue, bref il faut se donner beaucoup de mal pour arriver à ses fins.

Et parmi tous ces palmipèdes en mal d'amour, il en est un, plus malin que les autres, qui a trouvé l'argument suprême pour séduire sa belle. Il a eu l'idée de la conduire en un lieu de délices, un endroit où trouver tout à loisir et en quantité impressionnante, l'objet de sa gourmandise. Ils ont élu domicile sur la pelouse devant la boulangerie et n'hésitent pas, monsieur, plus hardi, menant le bal, à entrer dans la boutique, espérant y trouver  meilleure pitance encore. Si vous voyiez ce que madame canne peut être mordue, elle ne le quitte pas d'une semelle son héros ! L'histoire ne dit pas où elle pondra ses oeufs et si notre boulanger héritera d'une portée de canetons voraces, mais à l'heure où je vous parle, le couple vit une idylle parfaite dans les odeurs de pain chaud, pour la plus grande joie des badauds !

Le plus drôle est que la boulangerie en question est vraiment très loin du port, et le gandin espère ainsi garder l'exclusivité de son idée de génie : surtout ne le dites pas aux autres, ce serait la foire au fournil !!

dimanche 20 mars 2011

REGARD OBLIQUE

Je suis, Autour du Puits le déplore assez, têtue : l’art contemporain, je VEUX comprendre ce qui se passe derrière. Pourquoi Gérard peut titrer un billet « Une des deux toiles vaut des millions de dollars »… Je veux savoir ce qui distingue l’art des démarches marketing bien orchestrées. Par ailleurs, je suis convaincue de la nécessité d’éduquer les jeunes à la compréhension de l’art en général. Notre faible niveau national en la matière m’atterre toujours : vous allez dans n’importe quel petit bled du fin fond de l’Italie profonde, vous avisez une peinture, une sculpture, un monument : le premier quidam qui passe est capable de vous en parler, de vous le situer historiquement et artistiquement, de vous parler de la manière de l’artiste, bref ce qu’il a chez lui l’intéresse. Et cet intérêt l’a fait regarder, voir, comprendre d’autres œuvres, du même artiste, de la même époque, sa science ne se limite pas à son village. Bref le niveau d’ignorance de nos jeunes est, malgré les plumes dont se parent nos programmes, abyssal. Il m’est arrivé, travaillant en management sur l’importance de « l’image » de l’entreprise, de me livrer pour mes étudiants, futurs comptables, à une analyse détaillée de toiles « classiques », et je vous assure, ils ont trouvé cela passionnant.

Et pourtant…
Mon lycée accueille cette semaine un artiste en résidence. Les élèves directement concernés par cette expérience sont 9 jeunes en formation de CAP de chaudronnerie et une classe de seconde. L’objectif de l’opération est d’éveiller la curiosité des élèves, de développer leur créativité, d’éduquer leur regard en suscitant leur réflexion, en leur donnant des outils de lecture et d’analyse. Bon, le but est noble. La méthode mise en œuvre consiste à recevoir un artiste en résidence, artiste qui a choisi quelques œuvres dans les collections du FRAC*. Ces œuvres, présentées au lycée, font l’objet d’une exposition que je ne pouvais pas ne pas aller voir. Mémoires Obliques, tel en est le titre. « La mémoire est devenue pour certains artistes une source d’inspiration propice à la création et offre surtout une matière infinie et variable de la représentation de notre monde individuel et collectif. Elle enregistre, retient des expériences, conserve et rappelle des sentiments éprouvés. Lorsqu’on utilise par exemple l’expression ‘‘de mémoire’’ on introduit un doute supplémentaire dans l’énoncé qui parait encore plus incertain. Une sorte d’interprétation subjective qui se construit et se redéfinit sans cesse. Une interprétation libre qui dessine des lignes de conduite plutôt dispersées et inclinées à travers les temps. L’exposition Mémoires obliques questionne cette notion de rappel, d’oubli, d’effacement, de répétition, d’attente, de déplacement physique et mental qui transparaît à travers la mémoire lorsqu’on essaie de lui faire confiance. Un territoire flottant où diverses temporalités se croisent pour dessiner une multitude de perspectives et de croisements de sens. »

A partir de là, quelques œuvres ont pris place dans deux salles de notre médiathèque. Je vous en livre quelques unes :
Celle-ci, intitulée « Mon plan du métro de Paris », de Pierre Joseph, né en 1965, qui vit et travaille à Montpellier, est une impression numérique marouflée sur aluminium et mesure 1.35m par 1.70m. L’artiste y a représenté sa reconstitution personnelle des lignes de métro parisien, en fonction de ses souvenirs, des «ses» lignes de prédilection. Certes les jeunes pontois n’ont pas une idée bien précise de la réalité du maillage métropolitain, mais on a mis à leur disposition le vrai plan. Dans la même salle, une vidéo couleur de 7 minutes, diffusée sur une télévision placée au sol, d’un certain Bojan Sarcevic. Né en 1974, il vit et travaille à Paris : sa vidéo filme en plan fixe des intérieurs d’églises ou de temples dans lesquels déambulent à leur guise 8 chiens. Cela s’intitule « Il semble que l’animal est dans le monde comme l’eau dans l’eau ».

Dans une autre salle, une paire de brodequins de cuir posés à terre près d’une autre télévision. Les chaussures présentent la particularité d’avoir l’une deux talons, et l’autre deux pointes. Quant au film, il suit les pérégrinations de l’artiste qui, après avoir bricolé des étranges bottes, marche avec et trébuche sur les irrégularités du terrain.

Paradoxalement, on se réfugie en face de la peinture abstraite intitulée « sans titre » de Jacob Kassay, (vit et travaille à New York) acrylique et dépôt d’argent sur toile, comme devant une œuvre presque rassurante et « classique » ! Un responsable du FRAC nous a, lors du vernissage, à grand renfort de mots et de discours abscons, expliqué en quoi ces œuvres faisaient référence à la mémoire et comment la démarche de chacun des artistes méritait attention. Il reste que je me demande comment vont réagir de jeunes CAP de chaudronnerie ou des secondes sans bases artistiques devant ces « œuvres ». Quelle impression ils retireront de ce qu’on leur présentera comme « L’Art », et quel rapport à ce dernier ils en conserveront ? D’autant que les professeurs qui les accompagneront n’ont suivi aucune formation particulière pour faire passer le message, et qu’on se demande même s’ils connaissent le message en question. On ne peut pas dire qu’on leur facilité la tache !! D’autant qu’aborder l’art contemporain sans bases, sans références à l’Histoire de l’Art relève à mon avis de la gageure. Je me demande vraiment en quoi cela ouvrira à ces jeunes, que rien n’a préparé par le passé à cette découverte, le chemin des émotions artistiques.

Il n’était que de voir la mine médusée, sceptique, dubitative ou franchement réprobatrice des différentes personnalités locales invitées à l’inauguration. Tous avaient l’air de penser qu’il y avait là quelqu’escroquerie à nous faire admirer une mauvaise vidéo au titre à peine inspiré, ou une paire de jambes buttant contre des cailloux et ayant un mal infini à grimper un escalier pour cause de chaussures inconfortables. Chacun s’est soigneusement gardé d’émettre des commentaires, craignant sans doute de paraître attardé ou ringard s’il avait émis un doute ou une critique. Car c’est bien là que se situe la tyrannie de cet art contemporain qui assène que le péquin de base des enchevêtrements de mots alambiqués, tels que la moindre question de bon sens se heurte à des sourcils levés, un peu méprisants, et que chacun préfère garder un silence prudent. Bon sens et déraison est le lieu de la communication ouverte et, côté commentaires, je vous fais confiance !

*FRAC fond régional d’art contemporain

samedi 19 mars 2011

SIMPLISSIME


Vous vous rappelez que ce blog est celui d'une maman pour ses filles et côté gastronomie j'ai toujours le souci de faire simple. Nous travaillons toutes, et il faut des préparations impossible à rater et vite faites ! Cette petite recette de mousse de foies de volaille, très classique, ne demande pour sa réalisation que quelques minutes. Il faut préalablement amener à ébullition un demi litre de vin blanc (j'ai pris quant à moi un petit blanc de pays charentais, fruité et bien fait dont j'avais déjà parlé dans ces pages) dans lequel on aura mis deux échalotes, du persil et une jolie gousse d'ail, le tout haché menu. Quand le mélange frémit, on y plonge 300 à 400 grammes de foies de volaille. L'ensemble doit frémir pendant 10 à 15 minutes (il est bon de s'assurer qu'un foie, coupé, ne saigne plus). Après égouttage, on passe au blender 20 cl de crème fraîche, les foies refroidis et un assaisonnement selon le goût de sel et de poivre. Voilà ! C'est absolument tout. Cela se déguste refroidi, avec des tartines de pain grillé.

Les proportions photographiées étaient précisément le double de mes indications car, quitte à en faire pour nous, j'en ai fait, sans l'once d'un effort supplémentaire, pour une amie qui trouve cela fort bon. Dans la pratique, la seule précaution à prendre est d'éviter de mettre les foies trop chauds dans le blender et sur la crème fraîche, cela aurait pour effet dommageable de la liquéfier ou de la cuire. Il vaut mieux penser à mettre la crème avant les foies, afin que le mixage se fasse plus aisément. Et enfin, ne pas hésiter à laisser les "légumes" de cuisson avec les foies, tel que cela se présente dans la passoire après égouttage. Vous mettrez plus ou moins d'ail selon votre passion pour cet ingrédient et mes quantités ne sont là qu'à titre purement indicatif. En refroidissant le mélange, qui peut paraître un peu pâteux lors de la confection, prend de la consistance et il est préférable de déguster après quelques heures au réfrigérateur. J'ai tenté la recette avec des foies de lapin, je trouve que c'est plus sec, moins moelleux que la volaille. A vous de broder sur le thème. Même les plus nuls en cuisine peuvent s'y mettre, je vous garantis la réussite et le succès.

vendredi 18 mars 2011

LES TOILES DU MOMENT

Deux films bien différents mais qui, chacun à leur manière, nous ont procuré deux vrais moments de plaisir. Et qui ne se sont pas contrariés !!


Shahada est un premier long métrage, film de fin d'études de surcroit. Un film à tout petit budget dont l'argument pouvait, s'il était traité avec trop de poncifs, être pénible à supporter. Et là, malgré la bonne critique de Danielle, nous ne savions pas trop où nous allions. Ma revue de critique de film lui accordait un petit deux étoiles, accompagné d'un jugement assez élogieux mais lui reprochant "un déroulement des diverses intrigues sans surprise". Tourné par un allemand d'origine afghane, (Burhan Qurbani, un nom qu'il va falloir retenir), le film s'organise autour de l'histoire de 3 jeunes "deuxième génération"; d'origines géographique variées et qui ont en commun leur religion musulmane. Une religion difficile à pratiquer à l'épreuve de la modernité et de l'intégration. Mais une religion qui les lie, au moins autour de la communauté qui, souvent les rassemble autour de leur imam. Pragmatique, l'imam pratique une lecture modérée et séculière du Coran. Chacun de ces trois histoires vit une épreuve personnelle, profonde et religieuse, qui bouleverse sa vie. Autour du thème de la difficulté de concilier la foi musulmane avec les tentations de la vie occidentale, se développe en filigrane un deuxième thème, traité avec beaucoup de sensibilité : celui de la transmission et de l'amour des parents pour leurs enfants. Et c'est finalement ce qui fait que ce film est une vraie réussite. Certes son approche non manichéenne de la religion, soucieux de combattre les stéréotypes et de bien distinguer l'islam de l'islamisme, est déjà, en soi, parfaitement réussie. Le réalisateur a construit son scénario à partir de rencontres et de témoignages, en y mêlant une pointe d'expériences personnelles. Ses maîtres, à eux seuls, vous diront la qualité de son discours : "Le décalogue" de Kieslowsky et "Un prophète" de Jacques Audiard. Mais l'idée d'avoir ancré ses personnages dans une humanité palpable, où les liens du sang sont fondateurs, mais aussi douloureux et délicats à cultiver, est le trait qui donne de l hauteur à ce film.
L'image est très belle, toujours très esthétique, souvent sombre. Le rythme est assez soutenu, proche du film d'angoisse mais sans jamais créer de tension ou de malaise. Les histoires s'entrecroisent avec habileté mais sans affectation. Quant aux acteurs, ils sont d'une justesse jamais prise en défaut. Tous, même les plus petits rôles. J'ai eu un vrai coup de coeur pour les yeux verts de Carlo Ljubek, et sa moue torturée. Au total un film émouvant et prenant, qui évite les banalités du film social ou communautariste. Certains lui ont reproché la légèreté de son scénario, mais j'ai au contraire apprécié le relief que cela donne à chacune des ces histoires terriblement simples et pourtant graves.

Le fils à Jo, encore un premier film, sans prétention, a été tourné par Philippe Guillard, ancien champion de rugby et journaliste sportif. Il avait participé au tournage de Camping en 2006, c'est vous dire que le ton est léger. Et l'histoire mince. Mais on s'amuse vraiment, même si le réalisateur nous décrit un sud-ouest d'opérette et un rugby grand coeur. C'est bourré de clichés, les ficelles sont énormes, mais on n'est pas là pour se prendre la tête. C'est gentil, léger et drôle. Les méchants sont méchants, les gentils sont gentils et la happy end est au rendez-vous ! La prestation de Gérard Lanvin en ancien international soucieux de viriliser son fils, fort en maths, qu'il élève seul à l'aide de quelques copains pas toujours très fins, est très crédible. Il a joué au rugby lui aussi !! Vincent Moscato en Pompon est désarmant, et Olivier Marchal en Don Juan au grand coeur tout à fait dans le ton. Mais la palme revient au jeune Jérémie Duvall qui interprète le jeune Tom Canavaro. Il est à croquer ce gosse, émouvant, pétillant et quand on sait combien la direction de jeunes acteurs peut être parfois difficile, on devrait aller le film rien que pour le jeu au diapason de cet enfant de 12 ou 13 ans.
J'ai enfin cru reconnaitre lors du banquet (avec l'aide d'Alter) : Guy Novès entraîneur de Toulouse et Fabien Peloux ancien capitaine de l"équipe de france, et en chef de gare Califano. Mais, même si le rugby ne vous branche que moyennement, vous passerez un agréable moment en allant voir cette "comédie à la française", sans violence, sans explosion, sans arme et sans c... Beaucoup de bons sentiments, pas mal de sourire et quelques moments d'attendrissement.




jeudi 17 mars 2011

ET MAINTENANT LA NEIGE


Depuis bientôt une semaine, je suis muette, tétanisée et je ne sais pas trouver les mots. La vertu de compassion est sans doute la plus difficile à exercer, tant son usage est toujours sur le fil du rasoir, coincé entre l'apitoiement, évident, et l'empathie, hors de notre portée dans ces circonstances. Bien au chaud dans nos chaumières, abreuvés d'images terribles, nous ne pouvons qu'éprouver un sentiment d'immense pitié pour les victimes de ces catastrophes conjuguées, du tremblement de terre qu'on a presqu'oublié, aux menaces nucléaires en passant par le tsunami. Mais la pitié, au sens moderne, dérape si vite vers le mépris, même inconscient, qu'elle est impossible à dire, sauf à en retrouver les racines premières. Alors on glisse dans le compassionnel, cet ersatz de miséricorde qui nous tient lieu de bonne conscience.
Quant à la révolte qui nous prend, une juste révolte pourtant, elle se révèle au fond d'un égoïsme gênant. Car c'est en rapportant les peurs et les angoisses provoquées par la situation présente à notre propre environnement que nous nous retournons contre l'inconscience présumée de nos gouvernants, de ceux qui sont censés avoir organisé un complot contre notre sécurité, ou je ne sais quel délire facile. C'est trop simple de dire "c'est de la faute de... c'est de LEUR faute...", et ce n'est pas digne de ceux qui souffrent de ne leur offrir QUE cela. Certes, il faudra faire des audits et ouvrir un débat, mais pour le moment le sujet n'est pas là.

Si les humanistes la prônent, certains philosophes perçoivent la compassion avec méfiance, voire avec ironie, estimant qu’elle « n’engage à rien, d’où sa fréquence » (Cioran). Nietzsche l’a considérée avec défiance et répugnance, flairant dans ce "sentiment émollient et sournois la tanière où résident les plus grands dangers » provoquant, selon lui, une déperdition de force, de vitalité, redoublant les maux et propageant la souffrance. Ils n'aiment pas en elle qu'elle soit la valeur fondamentale de toutes les religions importantes. Le Boudhisme la définit comme l'aspiration d'éteindre toutes les souffrances, et la compte parmi les quatre facultés d'amour essentielles, les Incommensurables. C'est un des moyens d'atteindre l'Esprit d'Eveil, et à ce titre elle incite le pratiquant à prendre sur lui les souffrances de l'autre.
Dans l'Islam la compassion est représentée par le concept de Zakâh, complémentaire au processus du Ramadan, durant lequel le jeûne symbolise en partie la solidarité envers les êtres qui souffrent, que cela soit de faim ou d'autre chose. Le Zakâh est plus une obligation socio-politique, dont la mise en oeuvre est toujours pragamatique.
Pour les juifs, c'est une question importante qui relève du désire de voir s'établir une société fondée sur la justice. La Tsedaka qui désigne dans le judaïsme l'aumône et la charité, trouve sa source dans la Bible. Elle implique une solide éthique d'entraide et de solidarité.
Pour les chrétiens, cette notion évoque un sentiment de fraternité humaine, incitant à effectuer des actes de charité et de partage, pour secourir son prochain. De la parabole du Bon Samaritain, qui met l’accent sur la proximité du moment et non de la plus facile proximité culturelle, à La Chartreuse de Parme, la pitié et la compassion sont présentés comme des sentiments humains fondamentaux. Bernanos portera cette vertu à son apogée dans son Journal d’un curé de campagne ou dans l’Histoire de Mouchette, en suggérant le sacrifice en lieu et place de la victime. Ce que sont en train de vivre les gens qui s’activent dans les centrales en folie, pour tenter d’arrêter les réacteurs et de sauver des centaines de milliers de personnes. Nos doléances dans ces conditions sont plus proches de lamentations que d'une véritable compassion.

Et pourtant... on doit aussi s'émouvoir, et exprimer cette émotion, fut-ce de façon maladroite et stérile, participe de notre humanité. Quand la terre a tremblé en Haïti, j'avais proposé une minute de silence, individuelle, devant chaque ordinateur, simplement par respect pour la douleur. Aujourd'hui je me livre à l'analyse de la notion de compassion afin que nous ayons conscience que nos bons sentiments ne sont que des  émotions faciles, que seuls des êtres endurcis sont incapables d'éprouver. Mais il ne faut pas que d'avoir "participé" au compassionnel ambiant nous exonère de dignité, fut-ce dans les jugements ou critiques que nous émettrons par la suite. Restons dignes dans la pitié, évitons la condescendance qui est source cachée d'arrogance, et ne mettons pas en avant nos propres angoisses, alors que d'autres survivent à grand peine dans la neige et la désolation.

mercredi 16 mars 2011

PETITE VENISE


La première, ce fut Claude. Elle en rêvait depuis des années et en 2009, après avoir joué Cosette, elle est partie à Venise. Magique pour ceux qui défilent, sous les flashes et sous les regards admiratifs de la foule empressée. Elle y a pris goût, Claude, à ce succès anonyme, cachée derrière son masque... tant et si bien qu’elle a communiqué sa passion à ses copines ! Et l’année d’après Yvette, Monique, Nicole, Christiane, Antoinette et même Colette sa maman, 88 printemps, ont, elles aussi, tenté l’aventure. Revenant armées d’atours rutilants, elles ont décidé de leur donner une deuxième vie en organisant dans leur village une parade bis, et ainsi, faire participer leurs compatriotes à la fête, le temps d’un dimanche.


 Leur village ? Etaules, une commune ostréicole de la presqu’île d’Arvert, dans les marais. Peu avant l'an mil, des marins en perdition au large de la Coubre réussirent à trouver abri au fond du Golfe de Barbareu, sur les rives d'une île qu'ils appelleront l'île de Paradis. En remerciement, ils édifièrent en ces lieux la première église « Notre Dame de Paradis ou de l’Isle ». Le prieuré qui se développa autour dépendait de Cluny et devint lieu de pèlerinage. L’église primitive fut détruite par les Huguenots au moment des Guerres de Religion car la presqu’île d’Arvert devint un refuge pour les protestants. Ce qui en restait a disparu dans un incendie au XVIIIème et l’église actuelle n’a pas un grand cachet.


Etaules, c’est donc un village dans les marais, pas une lagune non, mais ces fameux étendues de claires du bassin de Marennes Oleron, qui montent et descendent au gré des marais et prennent les couleurs du ciel au rythme des saisons. Un paysage austère mais tellement plein de charme pour qui sait en découvrir les détours. Ces marais dont j'aime à dire que c'est un plaisir pour initiés car ils n'ont rien de raccoleur ou d'attirant à première vue, mais les couchers de soleil et le givre, selon les mois, y ont une luminosité sans pareille.


Ainsi, dimanche dernier, à peine rentrées de Venise, Claude et son club couture ont rejoué le Carnaval pour les Etaulais et les badauds ravis. Je n’y étais pas car j’ai découvert cette manifestation sympathique le lendemain, mais j’ai trouvé sur les sites que j’indique ci-dessous quelques images, que je vous propose revues et corrigées, pour une parade modeste, mais qui promet de prendre de l’ampleur : nul doute que les « dames » d’Etaules vont faire des émules. Chapeau à elles pour cette initiative colorée.

Mes sources pour les photos utilisées dans les montages :



lundi 14 mars 2011

OIE BLANCHE

Alter prétend que je vais être la risée de la toile car "tout le monde doit connaitre ça, sauf toi !"... De fait, lui non plus n'en avait jamais entendu parler, mais bon, c'est culinaire, voilà qui est censé excuser son ignorance. Moi, j'aurais dû savoir ! J'ai en vain évoqué mon statut de "petite fille des banlieues", rien à faire, Alter avait l'air fort déçu par mes limites gastronomiques. Je vais donc, au risque de me couvrir de ridicule, vous narrer comment j'ai découvert il y a peu les "rognons blancs d'agneau". Car ce blog est destiné à mes filles, il faut bien que je fasse leur éducation et que je compense enfin mes insuffisances à leur endroit !
Cherchant des joues de porc pour une petite fricassée de saison, j'étais au rayon tripier de mon petit supermarché, un rayon qui compte un "vrai" boucher, donc une viande certes assez banale mais somme toute correcte. J'avise une barquette de "rognons blancs d'agneau". Tiens des rognons !! pourquoi n'en faire que quand Koka est là (elle en est friande et je lui en fais à chaque séjour...)... pourquoi pas... Blancs, dites-vous... oh, ils sont bien clairs en effet.
Je tourne la barquette sous tous les angles, intriguée, puis j'aperçois le chef du rayon.
- Hep, monsieur le boucher, pourquoi sont-ils blancs ces rognons ??? Que leur a-t-on fait ?
Plié de rire mon boucher : il s'amuse un instant de ma mine déconfite, et s'adressant à la cliente qu'il était en train de servir, une dame assez nettement plus âgée que moi :
- Vous savez, vous madame, ce que c'est ?
- Oh oui, quand j'étais petite, on se battait à la maison pour les avoir, c'est tellement fin.
- Alors madame, expliquez-moi ??
- Et bien ce ne sont pas des rognons, mais autrefois on n'osait pas les appeler par leur nom...
- Ah (Michelaise confuse, faut-il être sotte, j'aurais dû m'en douter à l'air réjoui du boucher !!) oui, oui, mais maintenant on appelle un chat un chat, on devrait leur donner leur nom !! Et c'est bon ? ça se prépare comment ?
Suit la recette et la description gourmande du goût particulier de la chose. Légèrement poivré me dit le boucher d'un air ravi (là, je suis un peu septique, voire carrément rougissante, mais qu'importe, je tente l'achat !) Et comme mon blog doit faire attention à ce qu'il dit afin de ne pas se trouver envahi de lecteurs importuns, je n'appelle pas un chat un chat, je nommerai donc animelle (du latin ou de l'italien animella qui signifie "glande") ou encore "gonades reproductrices mâles des animaux" le mets en question !!


Après avoir fait dégorger les "rognons" dans de l'eau fraiche, éventuellement citronnée ou vinaigrée, on se contente de les ouvrir par la moitié dans la longueur, de les fariner très légèrement avant de les faire revenir dans un fond d'huile d'olive. Sel, poivre puis on assaisonne tout simplement d'ail et de persil. Nous les avons dégustés avec quelques rattes et une purée de pois chiches, légèrement citronnée et assaisonnée d'huile d'olive : c'est vraiment délicieux, délicat comme du ris de veau, léger comme de la cervelle, bref vraiment très raffiné. Cette préparation persillée est fameuse, mais la prochaine fois, je les ferai plutôt revenir dans un simple beurre noisette, sel et poivre du moulin, je pense qu'on dégustera encore mieux la saveur particulière de ce morceau peu commun. A réserver aux amateurs d'abats en tous genres, que la perspective de manger toutes sortes de morceaux étranges ne rebute pas !

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