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vendredi 31 octobre 2008

OURIKA

Le temps de ce vendredi était prévu comme devant être pourri, pluvieux et gris, bref pas très engageant. Le soleil qui nous a accueilli au petit déjeuner était franc et prometteur, du coup nous avons décidé d’aller faire la vallée de l’Ourika, excursion impromptue qu’Eliette nous a organisée de main de maître avant de courir à un rendez-vous auquel elle a dû, par notre faute, arriver un peu en retard. C’est Ismaïl, le beau-frère d’Hassan, qui nous a conduits jusqu’aux cascades De Setti Fatma, après un arrêt absolument passionnant au jardin du safran.

Cette jeune entreprise dirigée par un ingénieur chimiste enthousiaste et serein, cultive les précieux bulbes sur 2 hectares, le reste de la surface étant occupé par des cultures qui assurent le repos et la reconstitution de la terre. En effet, un bulbe de crocus sativus dure 5 ans, et a une productivité en courbe de gauss : rien la première année, puis au début 5, puis 7 étamines pour diminuer à 3 en fin de cycle. Le bulbe mère s’affaiblit pendant que les bulbilles se développent, et surtout il faut changer de terrain pour assurer de nouveau une production correcte. La récolte 2008 avait commencé la veille et elle durera un petit mois. Les fleurs que nous avons vues, plantées en 2003, étaient donc à leur dernière année de production et il semble qu’elle devrait atteindre moins d’un kilo par hectare. Le gérant nous a expliqué qu’il recherchait à obtenir la norme iso 9002, car en matière de safran la tricherie est tellement répandue qu’il faut être très vigilant pour s’assurer des débouchés de qualité.

A Setti Fatma, notre guide Mohamed nous attendait pour une promenade délicieuse vers les 3 premières cascades, lieu de tourisme intensif, calme en cette saison, envahi par les marocains et surtout les marrakchis le week-end, pour farniente, pique-nique et excursions. Mohamed était d’une gentillesse et d’une attention parfaites, il nous a parlé fiérement de son « Mont Blanc » (le mont Toubkal culmine à plus de 4100m), nous a guidés sur les pierres les moins glissantes, a négocié notre thé à la dernière cascade et nous a aidés à acheter de petits tintins en tuya, finis devant nous par le sculpteur.

Au retour l’ascenseur berbère m’a permis de redescendre avec autant d’entrain qu’à la montée, sans risquer de me rompre le cou ! Nous avons appris ensuite que Mohamed a failli être emporté par une coulée de boue lors des pluies torrentielles qui se sont abattues sur la vallée au début du Ramadan, il est resté accroché deux heures à un arbre, le bras déchiré par une tôle de voiture errante, et est redescendu vers Marrakech le bras en sang pour se faire soigner dans l’hôpital le plus proche. La route portait d’ailleurs de nombreuses traces de ces intempéries et partout des travaux ralentissaient le cours de notre progression.

Après un thé à la menthe à la terrasse d’un restaurant qui surplombe la rivière (nous avons un peu semé la zizanie dans le programme traditionnel dévolu aux hôtes d’Eliette, en refusant de manger… quoique Michel ait fort salivé à l’idée d’un tagine, les agapes de la veille n’incitaient guère à la gastronomie), nous avons pris le chemin du retour, et sommes arrivés juste à temps pour mon massage.

Pour notre dernier repas, nous avons dégusté (je devrais dire englouti, tant nous lui avons fait honneur) le traditionnel couscous du vendredi, cuisiné par Khadija avec un talent nettement supérieur à celui du cuisinier du Yacout. Pas de doute, il était nettement plus savoureux que celui d’hier soir, peut-être était-ce seulement l’effet du grain moyen que je préfère de beaucoup au grain fin. Repas qui, commencé par une soupe de courgettes assez légère, se termine traditionnellement par un yaourt parfumé et léger, dessert parfait pour apaiser un estomac affolé par la somptuosité du couscous d’Khadija.

jeudi 30 octobre 2008

AUMONES

Temps splendide mais encore bien frais ce matin, les autres hôtes du riad sont partis pour Essaouira. Ils en sont revenus un peu flappis car cela fait près de 7 heures de voiture aller-retour, et pas vraiment enthousiastes, car cette petite station semble jolie, sans plus, et terriblement touristique. Nous avions quant à nous envie de profiter du soleil à Marrakech, et une déambulation relativement calme nous a enfin permis de prendre quelques photos, à condition de braquer sans cesse l’objectif sur le ciel !

Nous sommes ensuite allés jusqu’à la Ménara, qui nous a énormément déçus. Le grand bassin d’eau brunâtre s’étale sans grâce au bout d’une poussiéreuse allée d’oliviers et si une telle accumulation d’eau dans un pays aride est forcément fascinante, nous en avons parcouru le tour sans éprouver de véritable émotion esthétique.

L’attrait essentiel de cette étendue sombre semble être de vieilles carpes gourmandes et l’horizon bouché ne révélait aucun lointain magique, l’Atlas étant obstinément dans la brume aujourd’hui.

Revenus vers le centre, nous avons décidé d’aller déjeuner au Cosy Bar, halte vraiment agréable sur la place bien aménagée des ferblantiers. La terrasse équipée de banquettes spacieuses et confortables offre une vue superbe sur l’enceinte du palais el Badi et ses nids de cigognes claquant du bec avec fureur. Ombragée par un eucalyptus splendide traité comme un vrai monument historique, elle s’orne beaux bronzes animaliers et des peintures contemporaines de belle qualité qui assurent un décor raffiné. Le service est sympathique et attentif, et même si la musique fait un peu penser à radio nostalgie, elle a un côté désuet assez attendrissant ! Le contenu de l’assiette est léger, mais nous avions choisi de ne consommer que des entrées et un dessert, car on passe ici son temps à manger !

La visite du palais el Badi, construit à grand frais par El Mansour et détruit de façon systématique et obstinée un siècle plus tard, m’a accrochée. Le côté absurde de l’opération et ces hauts murs ruinés qui révèlent un faste voué à la revanche et à la démolition ont un charme réel. La vue sur Marrakech est belle depuis les terrasses, et la lumière déjà déclinante était superbe. Nous avons ensuite visité les tombeaux saadiens, nécropole bien conservée qui offre quelques exemples assez somptueux de mausolées royaux. Toujours les fastes d’El Mansour.

Comme il était trop tard pour aller aux jardins de Majorelle, nous sommes toujours d’incorrigibles cagouilles, nous avons eu envie de revoir le Palais de la Bahia au soleil couchant, ce qui était tout de même plus attrayant que l’autre jour.

Retour par la place Jemaa el F’na, métamorphosée pour la soirée. Des bancs de bouffe s’étaient installés comme par magie, et les charmeurs de serpents avaient disparus. Partout des cuisines à l’air libre, certaines minuscules avec quatre bancs en carré entourant un réchaud et son cuisiner pour un plat unique, coquillages chez l’un, saucisses chez l’autre, tagines ailleurs, têtes de mouton entassées, brochettes… Ailleurs c’étaient carrément des banquettes de cantine, alignées comme à la parade avec au centre de ces restaurants improvisés une batterie de marmitons et, d’après les rabatteurs, une carte variée. Autour de ce gigantesque assortiment de bouffe et de fumée, des tireuses de cartes, des musiciens, des apothicaires mélangeant avec force commentaires et sur un décor d’œufs d’autruche ou de plumes diverses, des herbes forcément bienfaisantes. Quelques arracheurs de dents armés d’un simple davier devant un plateau de ratiches exposées comme un trophée à faire pâlir d’envie mon Ali Baba qui se lamentait de n’en avoir pas extrait autant durant toute sa carrière… Un choix de dentiers complétait le tableau, attendant manifestement qu’on les essaye pour trouver le plus adapté ! Je pense que leur fond de commerce est plus dans la photo rétribuée que dans l’œuvre sanitaire, car Marrakech regorge d’officines dentaires toute ce qu’il y a de plus classiques ! Mais il faut bien entretenir le touriste dans l’idée que l’exotisme existe encore et lui offrir ce qu’il est censé attendre.

Ce soir sortie au restaurant El Yacout, réputé pour avoir accueilli toutes les têtes célèbres ou couronnées, fusse par décision démocratique, et qui avait pour nous le mérite d’être situé à 2 pas du riad, parfait pour retrouver son chemin le soir après boire ! Son portier était le factotum d’Hassan II et la direction s’est offert le luxe de racheter et de démolir un riad, simplement pour pouvoir offrir à ses clients le confort d’un parking en pleine médina, place qui sert de terrain de foot aux gamins du quartier pendant la journée, et de base arrière au riad Ben Jenna ! On est pris en charge dès l’entrée par une escouade d’hommes en djellaba blanche qui vous conduisent sur la terrasse pour jouir d’une superbe vue sur la ville illuminée. La place Jemaa el F’na se distingue par le panache de fumée qui s’en échappe, indice des agapes grillées qui s’y déroulent à la nuit tombée. Ensuite c’est l’apéritif dans les salons au coin d’un feu de bois (avec des amandes Balsen et des raisins un peu secs), avant de passer dans une des deux salles à manger qui se déploient de chaque côté du patio principal. Le service est parfait, mené de main de maître par un serveur à la dextérité surprenante et fier de sa technique. Dans une alcôve deux musiciens glaouas égrènent en sourdine leurs complaintes qui retracent, semble-t-il, les épopées hasardeuses de leurs héros berbères. Quant au menu, il est carrément excessif, genre festin ou repas de noce, chaque plat étant soigneusement prévu pour 4 personnes repart à moitié plein, et au fur et à mesure que la soirée avance de plus en plus plein. Eliette nous dira ensuite que le restaurant nourrit abondamment et régulièrement tous les pauvres et moins pauvres du quartier, ne se contentant pas de participer au traditionnel couscous du vendredi, mais leur offrant chaque jour d’abondons et savoureux restes. Certes l’adresse est prestigieuse, le cadre raffiné et le repas abondant et délicieux, mais honnêtement nous n’avions pas besoin de telles agapes car notre cuisinière est parfaite, elle nous régale chaque soir de mets bien aussi fins et ces excès alimentaires ont eu pour principal mérite de nous faire encore plus apprécier notre riad !


mercredi 29 octobre 2008

TANJIA

Aujourd’hui Mustapha était chargé de nous indiquer le chemin jusqu’à la place, puis de nous accompagner vers la Médersa Ben Youssef, mais nous avons fait les malins et lui avons dit à mi-chemin que nous allions très certainement nous débrouiller comme des grands. Nous sommes forcément égarés, et je me suis copieusement engueulée avec un natif qui voulait à tout crin nous conduire et a fini par me traiter de raciste parce que je refusais aussi obstinément de le suivre, ce qui m’a fait décider in petto que le raciste c’était lui. Mais d’impasse en boucles et retours arrière, nous avons fini par nous orienter à peu près assez pour atteindre notre but, le quartier Ben Youssef.
Après la visite du centre d’art contemporain suisse, nous avons longuement visité la Medersa, le musée de Marrakech surtout agréable pour son agencement invitant à la détente et la Kouba.

Retour ensuite vers la place Jemaa el F’na pour faire le tour de la palmeraie en bus à impériale. Si le moyen est typiquement touristique, comment faire autrement d’ailleurs, il a le mérite d’être commode et d’offrir une vision de la ville satisfaisante. Une fois passé le no man’s land des alentours de la médina, où grouillent encore saleté et pauvretés aveuglantes, on se retrouve dans la ville moderne, plutôt prospère, très peuplée, très agitée, où les gaz d’échappement prennent à la gorge et où la circulation est une vraie fourmilière. La bimbo prend le relais de la femme voilée et l’automobile remplace les pétrolettes. Des hôtels partout, et d’autres hôtels en construction de toutes parts, rien de très exotique en tout ça, si ce n’est une impression de banlieue surpeuplée. La palmeraie nous a déçus, certains lieux étaient recouverts d’immondices, les hôtels-club, tels des forteresses bien gardées, formant des tâches de richesse ostentatoire. Quelques chameaux broutant ça et là sous des arbres étiques semblaient plantés dans le décor pour donner le change aux touristes en leur offrant un simili dépaysement. Les autorités locales évoquent pour justifier le dépérissement des arbres une mystérieuse maladie des palmiers, mais il est à craindre que ceux-ci ne soient plus simplement en train de périr par manque d’eau, tant la consommation se trouve augmentée de façon exponentielle par le développement d’un tourisme exigeant et gourmand, qui multiplie les golfs à 27 trous comme chez nous les massifs de tulipes. Non seulement la ville est passée en 10 ans de 700 000 à près d’un million d’habitants, mais les hôtels poussent comme des champignons, et leurs jardins verdoyants sont des havres somptueux mais ruineux en eau. Ce développement insensé du tourisme, dont les marrakchis sont très fiers (on leur promet 10 millions de touristes par an à l’horizon 2112), s’accompagne d’une inquiétante décontraction environnementale. Et s’il nous est facile, nous qui en consommons à toutes les sauces, d’évoquer le développement durable, l’ignorer à ce point angoisse véritablement pour l’avenir du lieu.

L’impériale c’est agréable car on a une vue dégagée et on est au-dessus des vapeurs d’essence, mais c’est en plein vent, et nous avons fini le trajet complètement frigorifiés car la température baisse vite dès que le soleil s’estompe. Donc après un thé brûlant nous avons décidé de prendre un taxi pour rentrer plus vite. Non seulement il était déjà occupé, ce qui en soit n’a rien que de très normal, mais il n’avait pas de compteur. L’évocation d’un tel instrument a fait se gondoler le rire notre chauffeur, qui nous a déclaré qu’il était dans le coffre. Passe, on discute le prix de la course, brève, à 20 dirhams, ce qui était très généreux pour les usages locaux et a rendu le chauffeur ravi encore plus rigolard. Mais arrivé à mi-chemin, sur la place où il venait de déposer l’autre voyageur, il décida unilatéralement que le prix était passé à 50 dirhams. Après une discussion qui aurait pu durer jusqu’à la nuit, nous avons jeté l’éponge, il commençait à devenir carrément désagréable, et nous sommes rentrés à pieds, l’aventure nous ayant réchauffés. Ce soir c’est Michel qui a fait la découverte du savon noir et du massage à la marocaine, massage auquel j’ai assisté pour apprentissage des techniques locales ! Il n’en a pas retiré autant de plaisir que lors du massage que tu lui avais offert Marie à l’hôtel Saint Anne, dont il parle avec un lyrisme toujours intact ! Quant à moi, je dois avouer que le rythme soutenu et musclé du masseur n’est pas vraiment dans mes cordes, et que je n’ai pas appris grand chose !

Au dîner nous avons découvert la tanjia, spécialité marrakchia, viande de mouton cuite longuement au four dans une poterie fermée, qui fond dans la bouche en laissant au palais des parfums légers mais persistants. Beaucoup plus digeste en ce qui me concerne que la kefta aux œufs d’hier. Eliette avait fait venir trois musiciens glaoua dont les mélopées lancinantes rappelaient plus des rythmes africains que de la musique orientale, il semble que leurs chants aient été des chants d’esclaves.

mardi 28 octobre 2008

SOUKS

Ce matin Eliette organisait une virée dans les souks, et elle nous y a conviés, avec deux autres couples, au demeurant très sympathiques. Prise de repères, enfin théoriquement car quand on suit on est moins attentif au chemin parcouru, pour une visite en règle de tous les lieux stratégiques, le moindre recoin exploré, expliqué, montré par une guide d’une patience et d’un enthousiasme communicatifs.

La dinanderie, la ferblanterie, les teinturiers, les cuirs, le bois qui vient de Essaouira, les bijoux, les tapis en provenance des différentes régions du Maroc, achetés selon le marchand par des « rabatteurs », le souk des femmes, partout nous avons vu les artisans à l’œuvre, dans des conditions de travail proprement délirantes, inconfort et entassement conjugués. En fait, elle nous a fait parcourir la ville en tous sens, découvrir quelques boutiques intéressantes, nous indiquant les lieux à revenir visiter. Le dépaysement est certain, et ce d'autant plus que ces souks sont un vrai centre commercial, fréquenté autant par les marrakchis que par les étrangers. Tout est authentique, pas ou très peu de "made in china", on ne nage pas en pleine reconstitution touristique frelatée. Mais est aussi authentique la misère, qui fait se sentir mal à l'aise avec nos poches pleines de dirhams. La misère qui incite, si elle ne le justifie, à quémander sans discernement et de façon quasi obsessionnelle, dès qu'on ralentit, regarde, ou lève son objectif. Au point que tout le monde, quémandeur et touriste, perd sa dignité dans ce jeu permament qui vite devient lassant. Et même si l'on admet qu'ils ont besoin de nous, touristes, pour vivre et écouler leurs incroyables stocks d'objets hétéroclites, on ne peut se départir d'un certain malaise devant les conditions de vie et de travail quasi moyennageuses pratiquées dans un pays qui est devenu tellement viable qu'il ne fait même plus partie des pays à bas coût. Ce qui pose un sacré problème au ministère de l'économie marocain !

Après la halte déjeuner sur la place Jemaa el F’na, nous avons arpenté avec toujours autant d’entrain l’ancien quartier juif, paupérisé depuis le départ dans les années 70 de la communauté hébraïque. C’est après la guerre du Kippour qu’une véritable guerre des nerfs a été menée contre eux, et ils ont fini par quitter les lieux en masse, il ne resterait qu’une petite dizaine de familles juives sur Marrakech. Les maisons, jadis prospères, tombent en ruine, s’entraînant les unes les autres dans la chute, tant elles sont imbriquées. Eliette nous racontait que, quand elle a il y a 7 ans, décidé d’acheter un riad, les agences immobilières ne cessaient de lui proposer des affaires « en or » dans le quartier du Mellah, à des prix tellement doux qu’elle s’est instinctivement méfiée. Certaines de ses amies ont cédé à l’attrait de ces prix bas et depuis se mordent les doigts, leur riad ne vaut pas un clou à la revente et l’insécurité du quartier, plutôt mal famé dès la tombée de la nuit, fait fuir les clients. Quand leur maison ne se fissure pas à cause du mauvais état de la maison voisine. Le quartier juif est surprenant par rapport au reste de la médina, les maisons ont en effet des fenêtres donnant sur la rue, avec parfois des balcons, trahissant une différence de culture et de comportement facile à identifier. Après divers détours, elle nous a laissés au palais de la Bahia, pour une visite malheureusement un peu gâchée par le temps couvert, les palais d’ici étant faits pour jouir du soleil dans les cours qui se succèdent. Au retour nous étions tous trempés comme des soupes tant la pluie tombait drue, et j’avoue avoir apprécié particulièrement mon gommage au savon noir suivi d’un massage tout en douceur particulièrement relaxant. Dîner dans le patio, toujours aussi délicieux, quoique j’ai trouvé la kefta aux œufs un peu lourde.


lundi 27 octobre 2008

IMPROVISATION

Week-end merveilleux à Meschers, temps superbe, estival, soleil, repas pris sur la terrasse, enfin un début de vacances au top… mais, Madame Météo oblige, l’affaire semble vouloir se gâter à partir de lundi, donc nous improvisons, internet aidant, un petit séjour à Marrakech, alléchés par la perspective de découvrir une destination déjà rêvée souvent. Et surtout le Riad Bab Janna que nous avons découvert sur Trip Advisor et où nous avions déjà projeté d’aller en mars dernier, a des places. Alors plus d’hésitation, nous partons par Bordeaux.

Départ sous une pluie tellement forte que, nous le découvrirons en arrivant, notre valise restée trop longtemps sur le tarmac, est complètement inondée. L’avion a un assez fort retard, et son inconfort n’a d’égale que le manque d’amabilité du personnel de vol et l’insipidité de sa collation. M’enfin, foskifo, et tout cela fait raisonnablement partie du lot du touriste de base, dont nous avons décidé ex abrupto avant-hier soir que nous devions être. La correspondance à Casablanca est un peu longue, pas assez cependant pour aller faire un tour en ville. Nous nous contentons de sortir de l’aéroport pour profiter du soleil sur une pelouse.

A l’arrivée Hassan nous attend avec un bouquet de roses, délicate attention dont Eliette notre hôtesse, gratifie tous ses clients, et qui met parfois ce pauvre Hassan dans des situations délicates, car, non content d’être le seul riad à pratiquer un tel accueil, ce qui lui a valu au début des railleries de ses « collègues », il doit décider à qui remettre le bouquet quand le couple attendu se révèle être composé de 2 hommes !

Le riad Bab Janna est à la hauteur de sa réputation, Eliette nous accueille comme de vieux amis et nous fait choisir notre chambre. Elle a en effet essuyé le matin même, un des rares revers de sa carrière, le premier semble-t-il : un couple de belges grincheux a décidé de quitter le riad pour un hôtel de luxe. Après s’être plaints de l’absence de télévision dans les chambres (!!) Madame a attrapé la tourista, fort heureusement après un dîner au restaurant. Eliette est allée gentiment lui acheter des médicaments, l’a chouchoutée comme elle sait si bien faire, mais la dame fatiguée ne supportait plus le moindre bruit, et les simples bavardages d’Khadija et de Radicha dans la cuisine l’insupportaient. Nous avons donc bénéficié de leur chambre à l’étage, sans doute plus calme que celle du bas, et nous avons passé la soirée « à la maison », bien décidé à recommencer souvent, car Khadija est vraiment une cuisinière hors pair, le cadre est parfait, le service sympathique et le vin délicieux !

samedi 25 octobre 2008

COMBAT SINGULIER


Si l'on s'arrête au titre de la pièce, on se demande, en écoutant les diatribes violentes de ces égoïstes forcenés qui s'agitent sur scène, si finalement les chiens (au pluriel, alors que celui qu'évoque Cal en permanence est seul) ce ne seraient pas les blancs. Mais peut-être est-ce un mauvais procès, quoique Koltès ait souvent eu la dent dure? Choqué au cours d’un séjour au Nigéria par les tensions raciales entre les Blancs et les Noirs, Koltès écrivit Combat de nègre et de chiens. Si l’Afrique est partout présente dans la pièce (bruits, végétation, chaleur), elle n’en est pas le sujet principal. Elle dit avec lucidité et parfois un trait humour les faces cachées de l’être, la violence, le racisme latent, la cupidité, le cynisme et tous les esclavages que l’homme s’invente pour les motifs les plus vains. « Il connaît le prix de tout et la valeur de rien »… entendue hier à un tout autre propos, cette définition du cynique s’applique parfaitement à l’état d’esprit des blancs de la pièce. Le noir n’est pas un héros pour autant, et même si Koltes lui accorde la seule déclaration sensible de la pièce, on a beaucoup de mal à cerner certaines de ses réactions. Bâtie d’un point de vue formel selon règles strictes du théâtre classique, la pièce égrène les horreurs ordinaires de la bassesse de l’âme humaine, ses frustrations, ses ambitions déçues, sa solitude, sur manque absolu d’amour. Elle nous les assène avec une régularité de métronome, et c’est là que la mise joue son rôle, installés autour de la scène, nous ne sommes pas interpelés, mais impliqués. Il faut admettre ou refuser. Donc on écoute, on reste attentif et les deux heures et quart passent vite.
C'est indéniablement un superbe texte, dense et sans concession, mais difficile. Nous l'avions déjà vu une fois sans qu'il nous laisse de grands souvenirs. L'interprétation forte et efficace de l'îlot Théâtre, en gommant toute agitation superflue, avait le mérite de nous concentrer sur l'essentiel et de mieux suivre le texte. La disposition du public, qui entoure la scène, forçait l'attention et nous rendait complices et présents aux mots. Pas moyen d'y échapper. La musique, sans exotisme effréné, était parfaite et servait fidèlement et avec discrétion le propos de l'auteur. Au total une troupe talentueuse, pour un texte ardu mais prenant, très belle soirée. Le "vrai" théâtre est tellement rare à Saint Georges de Didonne qui privilégie la grosse farce et la variété rentable ! Ce sera notre seule pièce de l'année ! Heureusement que nous n'étions pas allés la voir à Avignon !
Pour Lénou : l'affiche du spectacle, que nous avons vue à tous les coins de rue cet été à Avignon, tu la reconnaitras sans doute, elle était frappante et assez réussie :

jeudi 23 octobre 2008

MARILENAGE

La nuit dernière, en rentrant du cinéma, j'ai rêvé de vous deux mes filles, allez savoir pourquoi !!?? Pour autant, je suis sûre que l'évocation de ce rêve et mon titre foireux vont vous exaspérer, mais que voulez-vous, quand on est une maman basique on est forcément simplificatrice. Le plus drôle c'est que le matin même, j'avais commencé à écrire un article que je ne pensais pas publier car il me semblait un peu simpliste, mais que je vous livre tout de même.

LETTRE A CEUX QUI PENSENT QUE L’AMOUR DOIT ÊTRE EXCLUSIF DE TOUTE FORME D’EXCES
On se rencontre, on se plait, on transige, on s’adapte, et tout ira bien longtemps. Pas de vagues, pas d’exigences, pas d’inventions, on s’aime, on se le dit un peu, et puis on oublie de se le dire, mais ce n’est pas grave, pourvu que ça dure… Ce qui compte c’est d’instaurer une relation sûre et tranquille, tant pis si elle devient planplan… Et s’il fallait s’inventer chaque jour des surprises, s’il fallait s’attendre tous les soirs comme au premier jour, s’il fallait à chaque retrouvaille s’accueillir par des cris de joie comme après une trop longue absence, si le secret de la durée c’était de cultiver les émotions des débuts ? S’il fallait, pour transformer l’essai de la longévité, toujours vouloir séduire, toujours vouloir surprendre, toujours vouloir conquérir… Et vouloir s’écouter, partager, se refondre dans l’autre à chaque instant, et sans cesse progresser l’un vers l’autre. Quitte à rester dans une insécurité relative. Et se méfier comme de la peste des habitudes qui grisaillent, des renoncements qui érodent et des réductions au plus petit commun dénominateur qui simplifient mais font passer à côté de la folie et de l’ardeur.
LETTRE A CEUX QUI PENSENT QUE QUAND LA PASSION S’ASSAGIT, L’AMOUR DISPARAIT
Il leur faut du pathos, de l’ardeur, de la vibration, et toute forme de tendresse est suspecte d’encroutement, l’attachement est une valeur à la petite semaine. Ils veulent vibrer, haleter, souffrir… sinon, disent-ils, on s’enlise, on s’effondre, on est menacé de banalité, on frise l’asphyxie. Et de bannir toute forme de tranquillité affective qui serait, selon eux le début de la fin. Et si pourtant, la durée et l’effort étaient les pierres nécessaires à la construction d’un avenir partagé, et si les petites concessions étaient les marques discrètes, mais chaque jour renouvelées, des ferveurs initiales. Car l’adoration des premiers jours, inébranlablement mais illusoirement merveilleux, finit un jour ou l’autre par céder la place aux exigences banales du quotidien. Qu’il faut apprivoiser, domestiquer, voire surmonter pour vivre dans la durée, et malgré la banalité, s’aimer chaque jour davantage, ou plutôt autrement. Et si le rêve d’une petite maison dans la prairie payée à tempérament et meublée de cœurs entrecroisés était finalement la source d’une suite de petits bonheurs simples dont l’accumulation remplace les affres de la frénésie des premiers jours. Il est plus difficile de s’inventer des tendresses quotidiennes que de vivre l’excitation des débuts, dont l’ivresse est à la portée de tous. Et qui, si on la surestime, finira par manquer et qu’on voudra retrouver.

Et le soir, nous sommes allés voir le dernier Woody Allen, qu'entre nous, j'ai adoré, et je vous assure que j'ignorais totalement le synopsis ! Vicky Cristina Barcelona
J'ai tout aimé, le style, le rythme, le ton, les acteurs, les cadrages, le propos... C'est parfaitement maîtrisé et joyeusement mené. Seul bémol, la bande son, sauvée certes par Paulo de Lucia à la guitare espagnole, mais la voix hyper sucrée de Guilia y Los Tellarini qui répète en boucle "Barcelona" comme on sucerait un bonbon, m'a un peu irritée.
Pénélope est plus belle que jamais, Javier Bardem parfait comme à l'ordinaire dans l'improbable rôle du séducteur qui lui va pourtant comme un gant, et les deux américaines sont justes, bien dirigées selon l'évidence. Et même si la vision de Barcelone par un yankee moyen frise parfois le dépliant touristique, il ne faut pas cracher dans la soupe, l'ensemble est bien équilibré, et la ville joue son rôle, nécessaire pour alléger la sauce. Je n'ai pas trouvé le couple à trois sulfureux ni malsain, tant le récit de cet amour absolu mais invivable entre Juan Antonio et Maria Elena semble suspendu à Cristina, fascinée et attirée par eux comme par une fragile conception artistique. Et cet opus sur un thème mille fois rebattu, "de l'amour et autres mystères", trouve un juste équilibre entre l'icône de la passion destructrice, l'anti-conformiste qui cherche et se lasse dès qu'elle trouve, et la romantique raisonnable qui hésite entre routine et sentiments, à condition qu'ils restent virtuels.
Michel a trouvé le ryhtme un peu lent, moi pas, les redites et les hésitations sont nécessaires pour éviter de sombrer dans la simplification extrême. Mais quand il a qualifié le film (qu'il a beaucoup aimé) de marivaudage, je n'ai pu m'empêcher de protester et d'inventer le titre de cet article !! Qu'il va bien falloir me pardonner !

mercredi 22 octobre 2008

TRI SELECTIF

Grande frénésie de rangement aujourd'hui, vieilles fringues pas mises depuis des lustres et qu'on ne remettra jamais, vieux papiers obsolètes depuis des mois, catalogues dépassés, appareils ménagers cassés, c'est fou ce que la notion d'analyse de la valeur a permis de réduire la durée de vie de ce genre d'objets, et même 10 paires de chaussures ! Bref, des sacs entiers à dispatcher entre les poubelles jaunes, vertes ou les containers variés. Et d'expliquer à Michel qu'il y a à Saint Georges dans un coin quelconque de la ville, un récipient spécifique pour les tissus et un autre pour les chaussures. Un peu paniqué par la tornade blanche qui sévissait dans la maison : "Et il y en a aussi un pour les vieux maris ???"
Et si le tri sélectif vous passionne, n'hésitez pas à lire l'article d'Emilie sur le sujet, le tri à ZURICH... En Suisse, c'est pas triste ce genre d'activité !

mardi 21 octobre 2008

INELUCTABLE DESTINEE

Soirée Fado avec un trio talentueux dans une salle hyper bondée... ça marche bien la nostalgie portugaise, il semble que le Créa ait refusé autant de monde qu'il y en avait dans la salle. Ma voisine, qui m'a chaudement approuvée quand sans y prêter attention j'ai repris le présentateur qui prononçait prononcé à la française le nom de la chanteuse, Carla Pires, était manifestement portugaise, et pleinement heureuse. Elle vibrait de bonheur aux rythmes de la musique et fredonnait tous les airs avec émotion. Elle tapait aussi des mains à contre-temps à la grande exaspération du gros monsieur qui bouchait la vue à Michel et asphixiait tout l'entourage car il avait très chaud et avait manifesté oublié de fréquenter sa douche depuis plusieurs jours. Mais bon, ce sont de petits avatars d'une salle bondée, et la joie de ma voisine était une compensation suffisante à ces inconforts.
Pour écouter Carla Pires cliquez sur sa photo (Meu Amor)

Quant au spectacle il était vraiment de qualité. Le joueur de guitare portugaise avait un brio et une aisance stupéfiantes, même si l'instrument est par nature brillant, celui-ci en était un interprète particulièrement talentueux. Ma voisine, toujours elle, répondit à mon enthousiasme à son sujet que TOUS les joueurs de guitare portugaise étaient excellents et qu'il me suffisait d'aller à Lisbonne pour les entendre. Je n'ai pas osé la reprendre en lui racontant nos mésaventures touristico-fadesques de l'hiver dernier, mais je suis fermement décidée à chercher un autre filon que le quartier du Bairo Alto où la mise en coupe carrée de l'exotisme portugais à destination du touriste gogo est vraiment exaspérante. Il semble que l'Alfama (à lire avant de partir, pas après comme nous ! faites "page suivante" pour avoir tout l'article) offre plus d'authenticité, à vérifier bientôt j'espère. Carla Pires quant à elle, outre qu'elle est belle comme tout, chante avec une chaleur, une voix profonde et sensible, dans un registre très modulé. C'est une jeune chanteuse de fado, qui a, en peu de de temps, conquis le public portugais. Très médiatisée, elle a, en 2002, participé à la comédie musicale Amalia, dans laquelle elle interprétait le rôle d'Amalia Rodrigues jeune. Elle nous a d'ailleurs chanté quelques airs de la Grande fadiste de sa voix chaude et ample, avec une présence sur scène à la fois réservée et prenante.
Finalement le film de Carlos Saura que nous n'avons pu suivre car il n'y avait plus de place au cinéma sortira en salle plus tard que prévu, vers la mi-janvier, et nous irons le voir à ce moment-là.

lundi 20 octobre 2008

COMPASSIONNEL

Je ne sais pas comment vous vous en sortez, mais je me sens de plus en plus submergée par le caractère compassionnel des informations alarmistes, désespérées ou dramatiques dont on nous abreuve chaque jour avec une urgence toujours renouvelée. J'ai accueilli avec l'air affligé de circonstance la mort du petit Depardieu, écouté avec un pincement au coeur les interventions tremblantes de ses parents lors de la cérémonie d'adieu (on est tous parents pas vrai, alors la perte d'un enfant ça vous fait réagir), puis j'ai vibré avec tous mes concitoyens à l'évocation de la grande figure que fut Soeur Emmanuelle et entendu avec émotion le récit de sa vie exemplaire, pleuré sur sa disparition et eu quelques pensées bienséantes sur le mérite de cette femme remarquable. Demain je serai happée par d'autres larmes, émue par d'autres vies, dans un sourd de mélange insipide où tout est à la même hauteur, où les sentiments sont calibrés à l'aune du péquin lambda pour obtenir de lui une petite vibration sur commande. Les valeurs ne sont plus hiérarchisées, et la mesure de l'importance des événements se fait à la qualité de la réaction à fleur de peau qu'on espère obtenir de l'auditeur. Et encore j'échappe à l'image, n'ayant pas la télé ! Je me sens le jouet d'une vaste organisation d'émotions gratuites, distillées avec chaque jour autant de conviction par des éditorialistes pleins de bons sentiments, et qui, en flattant le bon côté de leur public, donnent à ce dernier bonne conscience à peu de frais pour la journée. J'ai eu ce matin mon moment d'appitoiement sur Soeur Emmanuelle ou sur un malheur quelconque, je peux donc vaquer à mon quotidien sans âme et sans altruisme et me préoccuper de mon ego surdimentionné sans autre forme de procès. Et je confonds tout, je mélange les larmes réelles et celles versées sur des sujets qui finalement devraient me laisser totalement indifférente, je perds mon temps à écouter des fariboles qui me détournent de ce qui, dans ma vie, et dans celle de ceux que j'aime et auxquels je tiens vraiment, est vraiment important et que je n'ai jamais le temps de faire. Pour cause d'éparpillement affectif aigu. Provoqué par des médias qui ne me laissent jamais un instant de répit, sauf à les ignorer, ce qui est le comble.

dimanche 19 octobre 2008

TEMPS D'ARRET

L'aphorisme du week-end, plébiscité sans réserve, nous le devons à un certain José, un philosophe qui s'ignore sans aucun doute. Il déclarait l'autre jour à Christophe à propos de quelques démêlés conjugaux dont la banalité n'avaient d'égale que l'inéluctabilité "En définitive, le mariage, c'est résoudre en couple des problèmes qui n'auraient pas existé si on avait été seul." Et s'il est vrai que la solitude est le pire des maux, les avatars obligés de la vie conjugale en sont les antidotes les plus supportables qu'on ait jamais inventés. Certes, notre enthousiasme un peu nostalgique à cette affirmation devait autant au bon sens qu'aux nombreux crus que nous avons éclusés pendant ces deux brèves journées. Du Malbec argentin au Sauternes en passant par un superbe Saint-Emilion, une modeste clairette de Die, un Gewürstraminer honorable et un litre de vin bourru avalé sans coup férir en se gavant de châtaignes, on se demande comment il est possible d'avaler autant de breuvages variés, et de rester clair et lucide !

La clémence du temps, l'envie de profiter tout à loisir les uns des autres, sans pour autant refaire le monde ou s'apitoyer sur la dureté des temps, nous a poussés à adopter un programme très "vacances" : pêche aux crevettes, feu de bois, éclade et farniente sur la terrasse... pour les enfants une petite coupure loin du stress parisien, et pour nous un week-end bien calme et surtout aussi ensoleillé du point de vue du coeur que du point de vue du ciel.


samedi 18 octobre 2008

CINE DECEPTION

Deux films vus ces derniers jours, et deux déceptions...

D'abord Rumba, que tu m'avais dit avoir adoré Marie... Sans doute une inaptitude de ma part totale à apprécier le burlesque, mais quel ennui... J'ai trouvé cette petite construction affectée, complaisante, très conventionnelle dans la recherche de l'originalité, lente et surtout ennuyeuse. Les acteurs se font plaisir, les metteurs en scène, qui sont aussi les susdits acteurs, aussi... Mais cela n'a pas réussi à m'arracher un sourire, alors c'était long. Mais c'est vrai que je n'ai jamais été attirée par le burlesque, cela me laisse totalement perplexe et mal à l'aise, comme si le rire obligé était pour moi un pensum insurmontable.

Ensuite Tokyo... L'inévitable "trois réalisateurs nous donnent chacun leur vision personnelle d'un sujet"... Ici Tokyo. Michel avait flashé sur le nom de Michel Gondry, et de fait son petit opus "Interior Design" était sans doute le plus réussi des 3. Même si l'acteur masculin était très agité, superficiel et peu crédible, l'histoire de ces deux jeunes débarqués à la capitale avec tous leurs rêves et le récit implacable de leurs désenchantements était bien tournée. J'ai aussi beaucoup aimé le thème du dernier, cette histoire d'hikikomori, traitée avec gravité et un certain humour. Mais la fin en fleurette à l'eau de rose, sur fond de tremblements de terre à répétition, m'a un peu déçue. Mais, lorsque Michel a déclaré avant de partir d'un ton péremptoire, "quand il y a 3 réalisateurs, y a forcément un ratage", je l'ai vertement tansé en lui reprochant son pessimisme... "non, il y a forcément une réussite"... Pourtant il avait raison car le ratage c'était ici le film totalement absurde de Léo Carax, Merde. Cette stupide histoire mystico-terroriste de créature des égoûts posée là comme un cheveu sur la soupe, a gaché l'ensemble du brouet, et a rendu l'ensemble ingeste.

vendredi 10 octobre 2008

SENSATIONS, SOLEIL COUCHANT

A la vôtre... A la tienne petite Marie, toi qui te plaignais hier de voir sans cesse sur ce blog ton lieu de travail (entre nous, dans le genre, il est plutôt agréable !!!)... A la tienne petite Hélène , toi qui ne lis jamais mon blog (sniff...) et qui as presque trinqué en direct avec moi ce soir, car j'étais en train de prendre mon apéro pendant que tu mangeais tes tristes pâtes de célibataire !!!
Campari orange sur fond de coucher de soleil sur l'estuaire... puis dîner aux chandelles dehors, mais oui, la crise est là, la morosité sévit gravement et on retrouve la joie des choses simples !!! Une des belles journées de l'année, nous sommes allées nous promener en forêt avec Madeleine cet après-midi et le temps était presque trop chaud ! Ce soir, nous avons pu dîner sur la terrasse et à défaut de me lancer dans d'oiseuses considérations bloguesques, je vous offre quelques images de la soirée ! A la vôtre !!

mercredi 8 octobre 2008

LE CHAT DORT SUR LE LIT, EN ROND

Mnémotechnique... Phrase que je me suis racontée pour retenir l'appellation locale des champignons cueillis au cours de notre petit promenade matinale et avec lesquels je suis passée à la pharmacie. On m'a assuré que cette espèce de rosé des prés, appelé "boule de neige" était comestible, voire délicieuse. Un agent de la police municipale michelaise, qui m'a donné son nom local, le chaliron, m'a quant à lui assuré en avoir goûté et l'avoir trouvé fort à son goût, à ceci près qu'il noircirait en cuisant... Je ne puis vous confirmer ni l'une ni l'autre de ces assertions, car ma cueillette est toujours dans l'évier, en attente de nettoyage et de cuisson ! J'avoue avoir un enthousiasme modéré pour les déguster.

Comme on ne peut décemment pas passer son temps à se promener ou à chercher des champignons (les chalirons, on ne les a pas cherchés, ils nous ont sauté au nez !), cet après-midi je suis allée en compagnie de quelques élèves à Niort pour le lancement du Tournoi de Gestion auquel ils vont participer et qui permettra aux heureux gagnants de participer à un challenge de voile ! Nous avons été fort bien reçus et nous nous sommes vus remettre le dossier d'une entreprise de construction navale à laquelle il va arriver tout un tas de mésaventures, grève, incendie, problème de concurrence, et dont nous sommes censés tenir fermement la barre pour lui permettre de réaliser le meilleur résultat possible. Cela se déroulera aux Sables d'Olonne en novembre, en attendant nous devons nous imprégner des caractéristiques de cette entreprise, réaliser la première page de son site web et préparer un dossier de financement pour obtenir un prêt bancaire. Mes étudiants étaient hyper optimistes (moi moins !) "On va gagner" m'ont-ils assurée, j'en accepte l'augure...

Au retour, Michel qui m'a récupérée au lycée assez tard, voulait m'inviter à manger une pizza à Pons... J'ai tordu le nez et préféré tester le Cottage, un petit restau irlandais à Arces... Un délice... Je m'y suis régalée d'un plat de joues de boeuf braisées à la Guiness et d'un bread butter pudding absolument savoureux... Trois irlandais en vacances étaient venus en amis déguster la cuisine du chef, et,ravis de nous faire la conversation, éclusaient à la table à côté une quantité hallucinante de bières. Quant à nous, nous sommes rentrés bien sagement avec notre bouteille de Sancerre entamée et rebouchonnée, n'ayant pas réussi à arroser notre repas du même breuvage ! Une petite adresse sympa, qui a le mérite d'être carrément exotique dans nos campagnes reculées.

dimanche 5 octobre 2008

PARIS-TOULOUSE

J’avais projeté hier matin de faire le Congrès buissonnier, et d’aller voir l’exposition Mantegna au Louvre. Mais le désir de ne pas m’offrir en suisse une manifestation que Michel aura autant de plaisir que moi à visiter, alliée à l’incontournable nécessité de donner le bon exemple (Hélène m’ayant grondée quand je lui ai fait part de mon projet d’escapade) m’ont incitée à aller à la dernière plénière, et je m’en suis félicitée.
La table ronde était présentée comme un show télé, et c'est vraiment hallucinant combien la culture médiatique a envahi toutes les activités de communication : éclairages multicolores, écrans multiples, effets lumineux, musique et rythme star-ac, journaliste invitant un public très obéissant à applaudir la montée sur scène des intervenants, on a l'impression qu'on ne peut plus rien faire qui ne soit à l'aune de la norme télévisuelle. Ici pourtant, les sujets n'avaient rien de fun et traiter de la crise financière sur fond d'ampoules scintillantes, est sans doute nécessaire pour être visuellement correct, mais un peu anachronique.

Le Congrès avait pour thème la nécessaire ouverture de la profession comptable sur le monde de l’entreprise, et les orateurs de la matinée étaient, dans le contexte actuel, perturbé et sombre, clairs, simples et fort intéressants. Certes il faut se rendre à l’évidence, le sujet qui a fait l’unanimité, comme dans nombre d’assemblées libérales, a été la critique appuyée et répétée de l’Education Nationale. Après avoir ri à la proclamation de la nécessité d’envoyer le corps enseignant en stage dans les entreprises (di
re que ce fut le seul rire de la matinée !), le public, pourtant réservé et placide, a applaudi bruyamment à l’affirmation que les fonds de la formation continue ne pouvaient en aucun cas servir à combler les insuffisances de l’Éducation Nationale, et à apporter une formation professionnelle aux individus que le système éducatif a laissés pour compte en ne parvenant pas à leur inculquer un niveau minimum. C’est fou ce que le consensus se fait aisément quand il s’agit de critiquer sévèrement la formation initiale de notre pays.
Mais j’ai surtout apprécié l’intervention de Christine Lagarde, une leçon de calme, d’élégance verbale et de parfaite maîtrise des dossiers, dont Ségolène aurait bien fait de s’inspirer avant de payer fort cher le conseiller en communication
qui lui a orchestré son show du Zénith, à peine digne d’une séance de patronage mal répétée. Le discours de la Ministre était réaliste, parfaitement structuré et, tout en insistant sur la gravité de la situation, donnait une impression rassurante de compétence et de vigilance. Le public lui a d’ailleurs fait une ovation qui n’avait rien à envier à notre poitevine, dont la claque manquait singulièrement de naturel.

Au total, je n'ai pas retiré grand chose de la participation à ce Congrès, et j'avoue que j'ai pris avec bonheur le chemin du retour, après le mini câlin des Invalides qui m'a permis de revoir Marie avant le départ !!!! La halte à Saintes, pour y déguster le traditionnel cassoulet de Marc, chaque année meilleur, m'a fait oublier bien vite l'air vicié de la capitale ! Il faut dire que ce cassoulet est une authentique et savante déclinaison gourmande : sous une croûte de chapelure dorée à souhait , des cocos de Pimpol (ben oui, les Pont l'Abbé ne sont pas assez tendres et les gros Tarbais trop farineux), la saucisse de Toulouse ramenée tout exprès de la ville rose, un petit confit de derrière les fagots, de l'échine bien tendre, une palette fondante, du saucisson à l'ail, et pour couronner le tout de bonnes grosses couennes moelleuses, voilà une façon bien agréable de retrouver la province, et de rentrer dans l'automne. Il ne restait plus qu'à lancer la saison des feux de bois, c'est chose faite depuis ce soir !

samedi 4 octobre 2008

PÔV PROFS !


Les Experts Comptables ont participé très activement aux travaux de refonte du cursus de formation et d’homologation de leur diplôme au schéma européen, et dans leur souci de maintenir avec le corps enseignant qui prépare leurs futurs collaborateurs et leurs futurs associés, un rapport ouvert et courtois, ils nous avaient organisé une réunion avec notre inspection générale pour nous briffer sur la mise en place des nouveaux référentiels. Mais le discours introductif n’était pas terminé qu’on nous annonçait que la salle que nous occupions était, suite à une erreur de logistique, réservée à un autre conférence pour la profession, et, plutôt que de déplacer les nouveaux venus qui arrivaient en ordre dispersé, on préférait nous déménager tous. Après avoir essayé plusieurs salles indisponibles, et longuement attendu au milieu d’interminables palabres entre divers responsables atterrés, on a fini par nous distribuer des chaises, et nous installer dans un coin de couloir à proximité des cuisines ! Autant dire qu’un tel traitement aurait été inconcevable pour les experts eux-mêmes et qu’il fallait bien une assemblée de profs décontractés et rigolards pour subir sans se vexer un tel traitement. L’inspecteur général a, quant à lui, modérément apprécié la tâche de déménageur et ce nomadisme peu flatteur, et c’est sans trop sourire qu’il nous a asséné les dernières nouvelles du front, coincé entre des piliers du couloir qui le reflétaient à l’infini alors qu’il ne voyait pas son auditoire, sans table, sans micro et sans le moindre support audio-visuel. Du coup le message qui devait à l’origine être soigneusement préparé pour être rassurant et faire face aux inquiétudes naturelles que provoque toute réforme, a été abrupt et sans état d’âme, dans le genre « c’est comme ça et c’est très bien ainsi… à vous d’appliquer ! ». A bon entendeur, salut.
Après quelques kiosques et autres « 30 minutes pour convaincre », qui ne m’ont pas appris grand-chose, j’ai rejoint Hélène pour une virée à "la FNAC" et un moment autrement rafraîchissant que l’ambiance surchauffée du Palais des Congrès.

jeudi 2 octobre 2008

PETITS PAS

Quand j’ai réussi, après de multiples péripéties dignes d’une provinciale à Paris, allant de l’erreur d’aiguillage à un double détournement de bus, en passant par l’attribution d’une chambre déjà occupée, à atteindre le Palais des Congrès, le dernier avatar de mon périple m’attendait : le passage souterrain menant au bâtiment était obstrué par des travaux et j’ai fait avec philosophie le tour de la Place Maillot qui, croyez-moi, ne présente pas le moindre intérêt touristique. Les petits pas qui m’ont accueillie à l’entrée du grand hall étaient pleins d’ironie pour moi qui avais mis 2h30 à faire ce qu’on fait en principe en une petite heure.



Comment peut-on devenir expert comptable ? C'est marrant mais c'est un métier mal connu et peu prisé, qui laisse toujours perplexe... Selon le schéma le plus communément admis, en étant un homme (et de fait les visiteurs du Salon étaient presqu’exclusivement masculins), un peu ou très quinqua, et en ayant l’air fort sérieux. Comment voulez-vous dans ces conditions, quand la réalité ressemble si fort à la caricature, qu’on arrive à attirer des jeunes talents dynamiques dans nos filières ? Même si l’Ordre des Experts Comptables s’est fendu pour l’occasion d’une campagne d’affichage mettant en scène un play-boy et une femme plutôt sexy, dans le genre BCBG, les clichés ont la vie dure, et ceux qui pèsent sur les comptables sont particulièrement tenaces. Certes, certains traits liés à cet profession sont justifiés et les qualités du métier restent sans aucun doute la rigueur, une bonne organisation mentale et l’esprit de synthèse. Mais pour autant leur profil n’est pas forcément psycho-rigide, et leur approche de la vie pas nécessairement une mise en coupe étroite d’équations conventionnelles. D’autant que le métier change, et que le comptable borné, gris et introverti n’a plus grand avenir. Par contre, l’atmosphère Congrès est vaguement réductrice et la foule cravatée et affairée qui s’y presse a quelque chose d’uniformément artificiel et dérisoire que la foule complémentaire des commerciaux affables et des hôtesses jeunes et jolies reflète en miroir déformant et prévisible. Autant dire que je me suis vite sentie mal à l’aise dans cette ambiance. J’ai cependant fait de mon mieux pour naviguer entre les stands et y puiser quelques informations me rapprochant des réalités concrètes de la profession.
Cela m’a fait beaucoup de bien le soir de retrouver le sourire et le naturel d’Hélène autour d’un repas coréen aux saveurs inattendues et parfumées. Quel bonheur tout de même de revoir ses enfants de loin en loin...

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