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mardi 4 mai 2010

EXPRESS COTIER - 10 et DERNIER

Ce dernier jour a des allures de jour de sortie des classes. Peu d’escales prévues, on n’a plus trop envie de parcourir les rues au pas de charge pour découvrir une éniène maison de bois perdue entre deux immeubles neufs. On traine autour du port pour profiter des cordages et des ballots dont le contenu surprend et fait sourire. Pas d’excursion prévue aujourd’hui, nous profiterons à plein de ces derniers instants sur le Nordnorge.

Vers 9h nous retraversons le cercle polaire dans l’autre sens. Attirés sur le pont par les annonces tonitruantes de notre Monsieur Loyal attitré, nous cherchons à bâbord la sphère armillaire qui se trouve en fait à tribord, nous effectuons consciencieusement notre boulot de touriste en immortalisant l’instant et commence une journée de navigation un peu paresseuse, lecture, musique, spa, bagages nostalgiques et peu convaincus. L’aventure était tellement belle qu’on a du mal à la quitter.

Nous descendons consciencieusement à chaque escale pour, selon la durée de la halte, un petit tour de port pour inspecter les palettes que l’on charge et décharge, ou une petite virée dans le village qui nous accueille : on se fixe l’église comme destination incontestable, on parcourt les rues l’œil aux aguets, la neige a presque disparu, quelques herbes commencent à reverdir entre les touffes jaunes.

On tire les valises du placard, pour y caser vaille que vaille un contenu qui, allez savoir pourquoi mais c’est une règle incontournable, a pris plus de volume qu’à l’aller. Ce n’est pourtant pas à cause des cadeaux ramenés, les souvenirs et autres babioles à touristes étaient tellement rares que nous n’avons que de quelques modestes paquets pour dire à nos proches que nous avons pensé à eux durant le voyage. Le challenge du jour est de trouver un pull norvégien pour belle-maman, et cela se révèle mission impossible tant le choix est restreint.
Nesna, Sansnessjøen, Brønnøysund, Rørvik… certaines escales sont écourtées car le bateau a quelque retard et l’heure du départ est toujours inchangée, d’autres sont impossibles car c’est l’heure du dîner et le soir, c’est un service à table qui demande de la ponctualité. La journée s’écoule dans une sorte de brume mentale, propre aux retours, même si finalement nous ne débarquons que demain. On nous réunit pour nous donner des instructions pratiques sur les modalités de débarquement, on se secoue un peu pour reprendre contact avec les réalités palpables et on atterrit tout doucement, après une belle aventure dont on a déjà envie de la recommencer… On se dit qu’on reviendra, qu’on choisira une autre saison ou un autre bateau, tous ces serments qu’on se fait à la fin d’un beau voyage car on voudrait qu’il ne termine pas.

Demain, ce seront les aéroports, les enregistrements, les fouilles méticuleuses, les attentes sans fin… Inutile de se plaindre, à 3 jours près, nous aurions été bloqués en Norvège à cause des cendres du volcan irlandais, et là, j’aurais eu matière à pleurer sur l’inconfort des aéroports ! D’autant que nous attendait à Charles de Gaulle la surprise la plus douce du voyage : nos deux minettes qui surgissent, en riant devant nos têtes éberluées, alors que nous tentions de déchiffrer un quelconque panneau d’affichage. Elles sont là devant nous, belles, joyeuses et toutes ravies de nous avoir étonnés. Nous trouverons grâce à elles, et c’est bien la première fois que cela nous arrive, que l’escale à Paris est trop brève, et repartirons repus de bonheur après une conclusion de première classe à notre voyage norvégien.

mercredi 28 avril 2010

EXPRESS COTIER - 9

Levés tôt, nous profitons de l’escale à Harstad pour saluer le Nordsjernen, un des plus anciens navires de la flotte Hurtigruten, qui traîne à quai en attendant un passager retardataire. Il est rustique et recherché, parait-il, par les aficionados de l’Express Côtier qui ont déjà fait 7 ou 8 fois le trajet et finissent par rechercher plus d’authenticité en navigant sur des bâtiments plus anciens. Malgré notre prétexte de départ, le Polarlys, nous avions choisi un bâtiment récent, plus confortable, plus ouvert aussi n’ayant pas encore ces ambitions de puristes !

Au large d’Harstad, alors que nous croisons vers les îles Vesterålen, nous repérons, grâce au car de touristes du bateau qui l’aborde bruyamment, l’église médiévale de Trondenes, sans doute une des plus anciennes églises du coin.

Les escales du matin étaient toutes brèves, et notre capitaine, toujours en retard, les raccourcit encore ! Cela n’empêche pas Alter de m’offrir à la Galerie de Dick Monshouwer, dans le petit port de Risøyhamn, une broche en cristal de roche, aux inclusions végétales diverses, d’un joli design contemporain, sertie d’acier brut et parsemée de branches d’or. Elle sera pour moi, toujours sur un revers de tailleur, un souvenir tangible de notre voyage. L’embarquement de quantités de cas de tourbes en prévision de l’engraissage des jardins du sud à l’entrée du printemps, nous a donné un petit répit pour cet achat impromptu.


Il fait un soleil éblouissant depuis le lever du jour, et avant la halte à Sortland, nous avons le temps d’un spa, délice vraiment appréciable dans cette ambiance cristalline. Long trempage entrecoupé de sorties pour se rafraichir jusqu’à ce que notre spa, où nous étions déjà 4, soit pris d’assaut par 4 anglaises de « constitution traditionnelle ». Armées de verres et d’un cubitainer de vin rouge, elles piaillent avec entrain et font déborder la piscine. Il est temps de sortir ! Séchage au soleil, nous avons fait l’objet d’une prise de vue par des allemands hilares qui faisaient un panoramique entre des gens emmitouflés de bonnets de fourrure, gants et autres écharpes et nous, qui nous exposions en maillot de bain en plus parfaite quiétude.

Depuis Risøyhamn, nous navigons entre les îles Vestérålen, parfois très proches des rives, parfois dans des chenaux creusés tout exprès pour supporter les tirants d’eau des navires Hurtigrute, si bien qu’on voit le fond de part et d’autre du pont. Un pont aux lignes audacieuses relie la cité moderne de Sortland à l’île de Langøya, et nous admirons encore une fois les talents des norvégiens en matière d'ouvrages d'art.

Après le déjeuner, halte à Stokmarknes. Une bonne moitié du bateau se précipite clopin clopant vers le musée Hurtigruten, où est reconstituée l’histoire de l’Express Côtier. Un navire de la compagnie datant de 1912, le Finnmarken réformé en 1993, est en cale sèche et ouvert à la visite. Il donne une idée du « confort » qui règne sur les plus vieux bateaux de la ligne !

L’entrée dans le Raftsundet, étroit défilé d’environ 26 kms de longueur, nous réserve de nouveaux émerveillements. La lumière est cristalline, la surface de l’eau est brillante comme un miroir et les teintes bleutées et rosées du ciel et des eaux jouent pour nous une symphonie de reflets éblouissante. Nous quittons les îles Vesterålen pour les îles Lofoten, et le paysage se fait plus doux, encadré de montagnes que dévalent de nombreuses cascades. Il est temps pour nous d’embarquer sur le petit bateau de pêche pour une excursion dangereusement dénommée « Safari aux aigles de mer ». Avec un nom pareil, nous nous attendons à un promène-couillon de la plus belle eau, aventure dans laquelle nous serions, bien évidemment les couillons.
C’est une virée proprement merveilleuse que nous allons vivre là. Le petit bateau nous amène d’abord à l’entrée du Trollfjord, aperçu à l’aller de nuit, et encore interdit aujourd’hui à la navigation pour cause de fonte des neiges et de risques d’avalanches sur les navires. Nous nous balançons quelques instants sous les parois étincelantes de l’entrée du fjord, sombres et dégoulinantes de petites cascades carillonnantes. Le soleil joue sur les roches humides, les parant des miroitements précieux. Nous saluons nos compagnons restés sur le Nordnorge et fonçons vers nos oiseaux.


Attirée par des gâteaux et des morceaux de pain, une escouade de mouettes nous escorte en paillant énergiquement, et nous admirons leurs ventres blancs et duveteux à quelques centimètres. Je me dis qu’il faudra penser à emporter du pain dur lors de notre prochaine sortie entre amis au phare de Cordouan, le vol des mouettes vu du dessous étant ma foi fort joli.

Mais le plus étonnant nous attend : le bateau ralentit, s’arrête, et les deux personnes qui nous accompagnent sifflent. Le nez en l’air, l’œil à l’affût, nous attendons… soudain, un bras se tend, et au loin une silhouette isolée, s’approche : c’est le pygargue à queue blanche, majestueux, qui vient vers nous. Il vole énergiquement, puis amorce son approche, plane, ralentit, tournoie et plonge sur le poisson qu’on vient de lui jeter. Il nous frôle, passe à quelques centimètres de nous, tellement émerveillés qu’on en oublie de photographier son plongeon. Nous en verrons ainsi une vingtaine, certains ratant pour notre plus grand bonheur leur prise, et revenant se faire admirer : le pygargue est un aigle très corpulent et de grande taille. Sa silhouette massive est caractérisée par une large envergure et sa queue, courte, est parsemée de plumes blanches. L'ensemble du plumage est brun foncé sauf la tête et la base du cou légèrement plus clairs. La moitié de la longueur des pattes est emplumée. La tête est large et le bec très massif. Les pattes et le bec sont jaunes, quand il plonge pour attraper le poisson entre ses serres, il les propulse en avant pour faciliter le freinage et repart, alourdi, serrant sa proie avec force, rasant l’eau pour rejoindre son repaire.


Chaque approche nous maintient haletants et émus, chaque plongeon nous tire des cris de joie. C’est certainement un des plus beaux promène-couillon que nous ayons jamais vécu, tant la proximité avec ces animaux élégants et majestueux est impressionnante.
Plus tard, la balade dure plus de deux heures, nous abordons les îles Lofoten, longeons les habitations sur pilotis de Svolvaer où les « rorbuer » posés au-dessus des flots nous accueillent comme une Venise miniature et rustique. Le temps de reprendre contact avec la réalité, nous allons vider la carte mémoire de l’appareil photo, alourdie de centaines de photos de pygargues, et retournons visiter Svolvaer : un curieux mélange de modernisme échevelé et pas toujours respectueux de l’environnement, et de petites maisons traditionnels, ces « rorbuer » transformés en maisons de vacances. Car les îles Lofoten vivent essentiellement du tourisme, et les galeries d’art sont ici plus nombreuses que les marchands de poisson. Certes on croise des séchoirs à morue, en activité d’ailleurs ce qui nous vaut des remugles assez forts, mais partout ce ne sont qu’hôtels et gites coquets. Un norvégien en week-end engage la conversation. D’où venons-nous, aimons-nous le pays… Rassuré sur notre appréciation, il nous confie que le moment le plus propice selon lui, qui a vu de nombreux pays et admiré de nombreuses merveilles, c’est du 15 février au 15 mars. L’hiver commence à céder le pas, la neige bloque moins les routes, les jours rallongent et la lumière des îles Lofoten est particulièrement magique, bleutée, sauvage, éblouissante et unique. Il faut revenir début mars, lui ne s’en lasse pas et c’est, malgré tous ses voyages, l’endroit qu’il trouve le plus beau au monde !
Nous dînons dans une ambiance paisible et douce, les yeux encore plein des merveilles de la journée : un groupe important de visiteurs est parti en début d’après-midi faire le tour des Lofoten en bus et nous ne les récupérons que plus tard ce qui nous vaut cette salle à manger très calme, propice aux évocations emplumées pleines de nostalgie.

L'aigle est, vous l'avez compris, dédié à Chic !

dimanche 25 avril 2010

EXPRESS COTIER - 8

Allez savoir pourquoi, il n’y avait pas de jour 8 dans mes archives informatiques du voyage ! Paresse, farniente, journée sans événement notable, je n’ai pas pris de notes et le récit sera bref. Tant il est vrai qu’il est difficile de reconstituer des impressions a posteriori, quand on a repris le quotidien et que le voyage est réduit à l’état, déjà, de souvenir évanescent. C’est pour cela qu’il est important de tenir un « journal de voyage » car les micros événements n’ont de relief qu’au moment où on les vit. C’est du moins ainsi que je ressens les choses, pratiquant une écriture spontanée et non construite, qui se nourrit des petites réactions du moment, dites sur le vif.

Ce seront donc quelques photos qui résumeront Havøysund, Hammerfest, Øksfjord, Skervøy et Tromsø… Pas de visite de Tromsø by night, nous préférons rester sur le bateau, et pour le reste ce sont nos habituelles tournées aux alentours immédiats des quais, le nez dans les nuages et en direction de l’église. Cela procure un but facile à identifier et toujours agréable à visiter.

Celle d’Hammerfest, inaugurée en 1961, présente toujours cette lumière particulière qui remplit les églises norvégiennes de gaieté et d’espoir. Au dessus de l’abside, un grand vitrail triangulaire représente les thèmes fondamentaux de la foi chrétienne : entre le Père et le Saint Esprit, le Christ délivré de la Croix manifeste sa victoire sur la mort sur une croix en Y. Le chemin de croix est, lui aussi, composé de petits vitraux éblouissants, et dans la sacristie quelques pièces anciennes proviennent des églises antérieures. Celle que nous visitons est la 5ème construite à cet emplacement, le tablier de l’orgue en témoigne !

C’est aussi à Hammerfest que nous visitons le musée de l’ours polaire, agréable présentation de la faune locale, qui me permet de manier avec délices les jeux destinés aux enfants, questions posées en norvégien et réponses aléatoires, mais quand c’est juste un petit ours sort de sa banquise pour venir me saluer ! Nos compagnons de navire me regardent d’un drôle d’air, mais je sens bien qu’ils aimeraient jouer aussi, trop sérieux pour oser !! J’ai envie de vous montrer le légendaire lièvre de Vatannen, dans sa livrée neigeuse… J’ai lu Arto Paasilina et de le voir pour de vrai, me fait sourire… et du coup je mitraille pour vous les animaux empaillés pour en faire un montage digne de ce nom, car ce lièvre tout seul ferait un effet étrange dans mon blog !

vendredi 23 avril 2010

EXPRESS COTIER - 7

Le ciel est plus dégagé qu’hier pour notre entrée à Kirkenes, terminus de l’express côtier. C’est la dernière ville aux confins du pays, limitrophe de la Russie et de la Finlande. Un sacré mélange de noms de rues en russe, de vieux rafiots rouillés aux noms en caractères cyrilliques, de langue finnoise, de culture sami, tout cela au fond d’un fjord qui débouche dans la mer de Barents. Ici le Gulf Stream est moins actif et quelques glaçons de belle dimension nous accueillent pour notre arrivée au port. Pourtant le temps est plutôt doux et il ne sera pas utile de se transformer en bibendums pour la randonnée à traineau à chiens. Celle-ci se déroule à quelques kilomètres de Kirkenes et nous nous y rendons en bus, longeant les terrils extraits des mines fer qui firent la richesse industrielle de la région. Les mines sont aujourd’hui fermées et la ville vit de la réparation des chalutiers russes, son port est envahi de carcasses rouillées qui lui donnent l’allure d’un cimetière de navires. On nous signale plaisamment d’ailleurs, en passant près de 3 d’entre elles qui ont définitivement perdu tout espoir de remise en état qu’on peut se les offrir pour une centaine de couronnes, autant dire à peine plus de 10 euros !

Encore une ville martyre durant la dernière guerre mondiale : le monument aux morts et celui, assez joli, dressé en hommage à la douleur des mères durant les guerres sont là pour en témoigner. Située près de la frontière russe et abritant 70000 soldats allemands prêts à foncer au moment de l’invasion de la Russie, elle fut systématiquement bombardée par les russes et présente, comme toutes ces villes, une allure moderne indéniable. L’économie de la ville repose maintenant sur le tourisme et les activités commerciales intenses avec les russes qui viennent là passer leurs vacances, entreposer leurs bateaux, échapper aux lourdeurs administratives et aux taxes prohibitives de leur pays, voire simplement faire leurs courses car le choix est plus grand et les prix plus doux que chez eux.

Situé dans l’enceinte du spectaculaire hôtel de glace, le chenil abrite une troupe moins impressionnante de huskies de Tromsø, mais la ballade sur le lac gelé dans une neige douce et encore épaisse, sera plus confortable. Notre musher s’appelle Vinka, elle est rousse et charmante. Elle nous raconte qu’elle est venue en France, qu’elle a visité Paris, mais aussi Marseille et Bordeaux, en particulier les vignes du Médoc dont elle apprécie fort les vins. Avant de partir elle nous présente l’équipage : 8 chiens seulement au lieu de 12 à Tromsø. Devant, un couple : la femelle, menue et peu gourmande d’après Vinka, s’appelle Tutsø. Le mâle quant à lui, né avec un Z sur l’encolure, a été nommé Zorro ! Au retour quelques activités touristiques, mais ici encore le mercantilisme reste modeste. Quelques rares babioles dans une boutique, quelques rennes gavés du lichen que l’on distribue largement aux uns et aux autres pour les attirer, une tente sami avec son feu bienvenu malgré la relative douceur…

Mais l’attraction la plus spectaculaire reste l’hôtel de glace. Quand on pénètre dans son hall sombre où brillent le bar translucide éclairé par quelques bougies et des sculptures de glace aux allures contemporaines, on est surpris par le froid qui règne : une soufflerie puissante maintient la température en dessous de zéro.

Totalement vide quand j’y suis allée, il régnait une ambiance surréaliste, irréelle. Le long de deux couloirs en voute de glace ornés en leur extrémité de bougies illuminant de bas-reliefs taillés dans la neige, chaque couloir est bordé de part de d’autre d’une série de chambres en dôme, comme de petits igloos. Chaque chambre, de 4 mètres de diamètre environ, comporte en son centre un immense lit. Quelques éclairages enfouis dans le mur, toujours orné de bas reliefs d’inspirations diverses. Au sol, une peau de renne ou deux. Et rien d’autre. Le seul décor est constitué par les têtes de lit, en glace transparente et sculptée. On vient juste y dormir, ou plus si affinités, encore que Alter ait prétendu que la chose risquait d’y être entravée par la température négative qui, nécessairement, règne en permanence pour maintenir l’hôtel debout ! En plein hiver, quand il fait moins 25 dehors, il parait qu’on a vraiment chaud en rentrant. L’hôtel, isolé au bout de nulle part, est pourtant très fréquenté, en particulier par les russes qui, finalement, n’ont pas beaucoup à parcourir pour y venir. C’est un peu fou, comme notre époque aime, éphémère puisque chaque année le bâtiment disparait au printemps. Certaines chambres avaient de toute évidence encore peu de jours devant elles, on y distinguait une lueur de jour inquiétante, diffusée par la voute amincie prête à se percer. Ailleurs, tout est sombre, mais quand l’œil est habitué, et grâce à quelques très modestes éclairages placés de ci de là, cela prend un relief étonnant.

L’ensemble, blanc, agrémenté seulement de sculptures dans la glace, est sobre et de bon goût, pas du tout Disneyland ou Palais des Glaces comme je le craignais. Je me suis juste offert des petites glissades sur de drôles de traineaux, genre patinette, et personne ne m’a suivie !!

Le retour au bateau ayant lieu vers midi, heure traditionnelle de bousculade au buffet, et le temps étant presque ensoleillé, j’ai profité de l’heure calme pour un spa brûlant, qui est vraiment un exercice extrêmement agréable.

Une autre halte juste avant l’heure du thé, nous a permis de parcourir Vardø, qui vit de la pêche et de l’Otan. Durant la Guerre Froide la ville fut pourvue d’un radar destiné à surveiller les mouvements de l’aviation soviétique, et son dôme surplombe toujours la ville. Mais déjà en 1734, les norvégiens déjà désireux de se protéger des incursions russes, construisirent un fort qui fut terminé en 1737. Ici, comme ailleurs, la seconde guerre mondiale apporta son lot de destructions : mais les allemands ne pilonnèrent pas Vardø, et les russes n’en détruisirent « que » les 2/3. Résultat, et pour notre plus grand plaisir, le fort fut épargné et il se présente à peu près tel qu’il était au XVIIIème siècle. Une petite enceinte en étoile, qui abrite un vrai village à l’intérieur : la maison du commandant, et il y a en a un qui y habite, une église de poupée et quelques bâtiments utilitaires qui sont aujourd’hui transformés en musée. On croirait le désert des Tartares sous la neige ! 4 soldats servent dans cette enceinte, accueillant les visiteurs, balayant la neige, issant les couleurs et tirant au canon ( ?) à chaque fête importante, dont le 17 mai, fête nationale norvégienne, mais aussi le jour où le soleil revient après 2 mois de nuit. C’est, pour les habitants de Vardø, le signe du retour du printemps, et pour les écoliers l’annonce d’une journée fériée !

Nous étions sur la coursive du pont 5 pour suivre l’appareillage quand nous avons eu la chance de voir un phoque qui faisait la planche dans les eaux du port, et qui, après quelques prises d’oxygène longues et puissantes, a replongé dans les eaux glaciales en quête de nourriture.

La journée se termine pour nous, mais l’Express côtier continue son boulot : deux ports avant la nuit, et à chaque fois un accostage tellement doux et minutieux qu’on ne ressent ni une secousse ni le moindre heurt. Mais nous sommes à table à l’arrivée pour Bătsfjord, et je ne laisserais pas ma place à quiconque : j’ai rêvé toute la journée sur le poisson du dîner dont le nom, vous connaissez ma délectation pour la littérature gastronomique, est à lui seul un vaste programme : de l’omble chevalier. Ne souriez pas, dites-le, vous verrez c’est déjà tout rond en bouche ! Il s’agit d’un poisson sans doute banal, mais j’ai voulu le trouver délicieux et raffiné ! Il ressemble tout simplement à du saumon mais j’ai emmagasiné ce nouveau vocable dans mon dictionnaire de mots qui me font rêver : le blanc-manger, les bonbons à la violette et le chaud-froid de volaille !!!

mercredi 21 avril 2010

EXPRESS COTIER - 6

Au réveil le ciel est nuageux mais cela reste d’une luminosité et d’une beauté égales. Journée paisible, les paysages sont moins spectaculaires et, paradoxalement, la neige est plus éparse.

Notre plus longue escale fut pour Honningsvåg, comptoir de pêche bien vivant, généralement accepté comme l’extrémité septentrionale de l’Europe. Une partie du bateau est partie Canon en bandoulière, faire l’excursion vers le Cap Nord, qui, malgré son côté mythique, ne vous a pas tentés. Toujours une certaine réserve quant aux troupes obligées et aux discours convenus.

La visite du musée du Cap Nord nous a permis de faire connaissance avec Bamse, le Saint Bernard fétiche de la ville. Son propriétaire, Erling Hafto, fut maître de port à Honningsvåg de 1932 à 1968. Le chien servait de cheval aux enfants de la ville qui adoraient monter sur son dos. Quand la guerre éclate, Hafto devient capitaine du Thorrod. En juin 1939, Haakon VII, roi de Norvège et toute sa famille embarquent à bord du Devonshire pour fuir le pays devant la menace allemande. Navigant vers l’Ecosse, il est escorté par le Thorrod, au bord duquel Bamse, le chien, mène grande vie. Adulé par les marins, il est l’objet de tous leurs soins et, véritable mascotte, est traité avec amitié par tous. Quand le capitaine se voit confier le commandement d’un dragueur de mines en 1940, l’équipage qui ne veut pas abandonner le chien, suit Hafto ! Quand le chien mourut, en 1944, il eut droit pour ses funérailles aux pleins honneurs militaires, et plus de 800 personnes suivirent son cercueil. Il reçut à titre posthume, en 1984, la médaille d’or PSDA qui est l’équivalent pour les animaux de la « George Cross ». Autant dire que la ville ne pouvait pas faire moins que de lui élever une statue, ce qui fut fait en 2006, monument inauguré par le Prince Andrew.

On y suit aussi, à travers quelques photos, quelques livres-phare comme « Voyage d’une femme au Spitzberg » de Léonie d’Aunet ou « Viaggio Settentrionale » de Francesco Negri, le moine de Ravenne qu’on tient pour le premier touriste au Spitzberg, l’histoire du tourisme vers le cap Nord de et la vie dans l’île de Mageroya, sur laquelle se dresse la ville. Mageroya signifie « l’île maigre » en sami (on ne dit pas lapon, cela a une connotation péjorative), ce qui se justifie par le fait qu’on est à 150kms au nord la ligne de végétation.

Nous avons ensuite parcouru la ville, entièrement détruite par des bombardements allemands en 1944 au moment de la retraite germanique. Seule l’église de bois a été épargnée, et si elle ne constitue pas à proprement parler un chef d’œuvre architectural, elle date de 1884, et s’élève, modeste, parée de bois blanchi, elle mérite une halte émue, pour saluer l’aviateur qui l’a épargnée, par sens religieux ou simple respect humain. Elle a ainsi pu servir d’habitation à la population pendant la reconstruction de la ville. Autant dire que cette dernière est moderne, sans cachet particulier, à part celui de ces maisons de couleurs vives qui caractérisent la Norvège, et l’ambiance industrieuse commune à tous les ports de pêche.

Honningsvåg abrite quelques commerces et nous avons, pour la première fois, pu sacrifier au rituel « cadeaux de voyage », raflant tout ce qui nous semblait correct pour ramener quelques souvenirs aux proches et amis, persuadés que nous sommes que pareille occasion ne se reproduira pas. En effet, il y a pas ou peu de boutiques à touristes dans les ports que dessert Hurtigruten et il valait mieux se contenter de ce qui s’offrait à nous. Le plus impressionnant, c’est que nous avons trouvé dans la modeste librairie du lieu, à peine plus grande que la maison de la presse à Meschers, le Petit Prince en norvégien, pour une amie qui collectionne l’ouvrage dans toutes les langues du monde.

Un peu de mer ensuite, histoire de somnoler tout engourdis dans le salon panoramique, nous a menés à Kjøllefjord, minuscule village de quelques âmes blotti au fond de son fjord pour un arrêt de 3 minutes ! Pourtant ce comptoir de pêche était déjà, avant le 16ème siècle un lieu de rencontre et de marché pour les pêcheurs, les Samis et la population locale. Plus loin, Mehamn se pose elle aussi comme la commune la plus septentrionale d’Europe, et de fait, elle est un peu plus haut que Honningsvåg, mais tellement petite qu’elle ne mérite guère le nom de ville ! On a l’impression, toute réelle, d’atteindre le bout du bout du monde, et cela donne à ce port modeste un charme singulier.

Il est temps de rejoindre le restaurant pour bénéficier des restes du buffet nordique, homards, langoustines, crevettes et écrevisses, restes copieux que nous ont laissés les hôtes du navire : la queue était dense pour prendre d’assaut cet amoncellement de crustacés, et à l’ouverture des portes à 18 heures ce fut une ruée mémorable qui nous laissa pantois, alors que nous passions par là pour prendre le programme du lendemain.

lundi 19 avril 2010

EXPRESS COTIER - 5

Après le Raftsundet dont nous verrons au retour les hautes montagnes qui bordent un chenal de 20km nous avons longé pendant la nuit les îles Vesteralen. Stokmarknes Sortland, Risoyhamn Harstad sont les ports où nous avons fait escale, escales discrètes et tellement bien menées que notre sommeil n’en fut en rien perturbé.

A Finnsnes nous descendons enfin, mais seul le quartier du port est à notre portée, ces brefs débarquement restent cependant toujours agréables.

Vers midi, alors que les troupes de retraités allemands et norvégiens prennent d’assaut le buffet, ses poissons fumés et marinés et surtout ses pâtisseries gélifiées couvertes d’épaisses couches de crème fouettée, nous tentons le spa sur le pont arrière. L’eau est à 38 degrés, il fait un soleil magnifique et le temps est tellement calme qu’on a plaisir de temps à autre à sortir de cette eau fumante pour se rafraichir et replonger avec délice dans les bouillonnements. Moi qui pensais que s’extraire du spa relevait de l’exploit, je découvre avec bonheur qu’il n’en est rien et qu’on n’a même pas un frisson en rentrant se changer !

Après le déjeuner qui, pris à une heure tardive, le service dure jusqu’à 14h30, permet de profiter des meilleures tables tout en étant parfaitement au calme, juste de temps d’aller s’emmitoufler comme des ours pour aller faire la randonnée à traineau prévue à Tromso. Nous commençons bien entendu par nous tromper de bus, mais alertés par l’air cacochyme des occupants du car, nous comprenons vite notre erreur et regagnons le bon véhicule sous les aboiements rigolards du « tour leader », toujours prêt à rire et à chanter ! Le trajet nous permet de découvrir les particularités routières de la Norvège : ponts vertigineux et d’une élégance rare, tunnel sans fin avec, on n’a jamais vu cela, des croisements, routes étroites et pour finir notre bus s’engage dans un chemin de chèvre complètement enneigé qui ne semble guère émouvoir notre conducteur. L’équipée nous conduit dans une ferme à huskies. On pourrait craindre, dans ce genre d’excursion, de tomber sur le « truc à touristes » affecté et tape à l’œil. L’endroit certes existe par le tourisme, mais les gens qui vivent là ont choisi une vraie proximité avec la nature et n’ont pas eu envie d’en gâcher la saveur par des équipements clinquants. 300 chiens, une trentaine de personnes, quelques tentes samis plutôt sobres, cela fait plus ferme qu’attraction reconstituée. Pas de boutique de souvenirs, pas d’allées enjolivées : nous pataugeons dignement dans la neige et les crottes de chiens. Nos hôtes tiennent à nous les présenter, à nous montrer les 5 « puppies », les adorables petits derniers âgés d’à peine quelques semaines. Lorsque plus tard je m’inquièterai de la maîtrise des ébats reproductifs entre huskies, on m’expliquera qu’on se contente de raccourcir les chaines ! Pourtant les chiens sont accouplés en prenant beaucoup de soin, afin de garder un élevage de belle qualité, de faire naître de belles bêtes, douces pour ne pas avoir d’ennuis avec les visiteurs, solides et courageuses, voire talentueuses de façon à satisfaire la passion des courses qui anime les propriétaires. Mais raccourcir les chaines peut se révéler parfois insuffisant, à preuve m’explique-t-on en riant, les petits derniers dont on connait la mère, mais pour le père il semble qu’il y ait au moins 2 candidats !!

Notre « guide » nous explique comment fonctionne un traineau, nous parle de l’élevage, nous raconte les courses et la vie du chenil. C’est une jeune allemande dont la mère, infirmière sans travail est venue s’installer ici il y a 6 ans. Elle nous dit que la Norvège est grande et manque singulièrement de main d’œuvre, particulièrement dans le secteur de la santé. Parfaitement quadrilingue, elle a fait ses études ici et, à la fin de la saison d’hiver, ira travailler dans les Lofoten où les emplois d’accompagnateur ne manquent pas. Après avoir bien caressé les chiens et bu un thé accompagné d’un cake au chocolat confectionné par « le cuisinier français », nous nous dirigeons vers notre traineau… on nous a attribué le musher français du groupe et nous saluons Sébastien, hilare derrière ses lunettes jaunes, et fort sympathique.

Machinalement je lui demande d’où il vient, et il nous dit, un peu réservé craignant que nous ne voyons pas trop où c’est « De Cognac »… Nous apprendrons ainsi qu’après un BTSA protection de la faune et flore, passionné de chasse il a travaillé pendant 6 ans pour la fédération de chasse de Charente. Puis, lassé du milieu assez conservateur, pour ne pas dire pire, des chasseurs traditionnels, il a monté une entreprise d’entretien de parcs et jardins. Qui marchait fort bien ma foi puisqu’ayant commencé en mars, en juin il était déjà surbooké. Oui mais voilà, pour ses 30 ses proches connaissant son rêve, lui offrirent un voyage en Norvège. Coup de foudre, amitiés… Il revint de son voyage, deux ans après il revint en Norvège pour s’assurer que sa passion n’était pas un feu de paille. Et il décida alors de vendre son entreprise, affronta ses parents qu’une telle décision laissaient pantois et tristes, et, décidé à faire la plonge s’il le fallait, vint s’installer en Norvège. Quinze jours après il avait trouvé ce boulot qui lui permet d’attendre les beaux jours pour exercer ses talents horticoles. Quant aux parents, afin de les convaincre que son choix est justifié, il les avait invités à venir passer une semaine. Arrivés la veille au soir, accueillis à la descente d’avion par une aurore boréale, il leur avait concocté une semaine d’enfer !!

Installés dans notre traineau nous effectuons une fort jolie ballade sur le plateau enneigé, trous et bosses d’herbe annonçant que dans quelques jours ces excursions seront terminées. Il fait tellement doux qu’on a presque trop chaud, sans gant et sans bonnet pourtant !!


Pendant le dîner, nous guettons la tombée de la nuit, l’horizon reste clair et nous espérons voir encore une aurore boréale ce soir. On en voit une ou deux, modestes et comme la nuit commence à fraichir, nous rentrons à la cabine. Au moment de me coucher, je jette un coup d’œil par le hublot, et aperçois une lueur prometteuse. Michel fonce, je me rhabille vaille que vaille, ma tenue est étrange mais chaude… Et là, nous assistons à un festival grandiose de lueurs d’Aladin, tourbillonnantes, enchantées, éblouissantes de couleurs et d’éclat. C’est tellement beau qu’on en reste le nez piqué au ciel, tournoyant dans tous les sens pour ne pas en rater un instant. Ça glisse, ça tourbillonne, ça apparait, disparait, c’est féérique et difficile à décrire. Un festival virevoltant de nuances et de lumière. Nous n’avions pas l’espoir d’en voir, et sommes comblés par ce présent de la nature, qui a séduit des générations d’admirateurs avant nous.

dimanche 18 avril 2010

EXPRESS COTIER - 4

Réveillés en fanfare par une des annonces retentissantes qui ponctuent le voyage, en norvégien d’abord puis dans un sabir qui mélange, la première fois, l’anglais et l’allemand, la deuxième fois l’allemand et l’anglais, nous avons admis très volontiers, le bateau cornant avec entrain, que nous passions le Cercle polaire. Hier on nous avait proposé moyennant une récompense incertaine, un concours consistant à trouver à la seconde près l’heure du passage de cette ligne imaginaire et mythique. Mais réfractaire comme nous le sommes à toute activité style « la croisière s’amuse », nous avons regardé les bulletins de participation avec commisération !!

Nous étions fin prêts pour l’escale d’Ornes, qui a duré, tout compris moins de 10 minutes : le bateau avait quelque retard à rattraper et nous avons fait le tour des hangars au pas de charge !

Reprise de notre navigation, avec une somptuosité de paysages en continu qui fait croire parfois que le Créateur a inventé les côtes de Norvège pour en faire une destination touristique à l’état pur !!

L’escale de Bodo ne nous a pas réservé de surprise particulière, encore une ville pilonnée en 1943 et abondamment reconstruite depuis. Base de l’Otan, terminus de la ligne de chemin de fer du nord, la ville bénéficie, c’est une façon de parler car cela a l’air proprement inhumain à supporter, du soleil de minuit du 2 juin au 10 juillet à cause de sa proximité immédiate du Cercle Polaire.

Seul « monument » marquant , si l’on excepte sa délicieuse galerie marchande, l’église reconstruite dans les années 50. L’édifice, peu inspiré d’un point de vue architectural, frappe dès l’entrée par sa luminosité et par l’étincelant vitrail qui jaillit derrière l’autel comme un hymne optimiste à l’Ascension. Autant la crucifixion qui orne le jubé de béton est d’inspiration classique, voire surannée, autant cet amas de lumière s’impose par sa modernité joyeuse. Equipé d’un orgue impressionnant, l’église est un haut lieu musical : les voutes sont parsemées de trous acoustiques qui font certainement de l’endroit une caisse de résonance sublime. J’ai fredonné quelques notes à voix très basse, et nous avons pu constater à l’air ahuri des autres visiteurs que le son portait en effet sans aucun effort.

Après Bodo, notre navire a pris la mer, la « vraie », pour une assez longue navigation jusqu’à Svolvaer. L’arrivée sur les îles Lofoten, aussi belles qu’on l’imagine, a quelque chose de rare, surtout à l’heure sublime du coucher de soleil. On ne peut rien en dire qui n’ait été écrit, il suffit de contempler.


A Svolvaer, l’escale est longue mais nous sommes en train de dîner et nous assisterons juste à la manœuvre de départ qui ravit toujours autant Michel. Il faut dire que certains ports sont d’une exiguïté telle que le bateau a juste la place de faire un tour sur lui-même pour repartir. Nous montons faire un tour sur le pont 7 pour profiter de la dextérité de notre capitaine, et là, émotion, surprise, bonheur : notre première aurore boréale. Brève, lumineuse et tourbillonnante, elle nous laisse sans voix. Pas équipés pour la photo, il n’en restera qu’une impression floue mais un souvenir inoubliable.


Peu après, le navire fait une halte devant l’entrée du Trollfjord qu’il ne traversera pas malgré une météo parfaite, la nuit est trop profonde pour le parcourir sans risque. Les projecteurs illuminent les parois de cette entrée presque cachée, et pour consoler les passagers de cette reculade, on leur offre une soupe chaude accompagnée de schnaps : nous les verrons repartir munis de leur mug aux armes de notre bâtiment, ravis mais ayant sans le savoir tous raté les aurores boréales, nous n’étions que 4 quand elles ont brièvement illuminé le ciel.

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