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samedi 1 août 2015

Jeudis musicaux en pays royannais 2015, à mi-parcours


Pendant que des dizaines de milliers de personnes se pressent au mythique "Violon sur le sable", vaste entreprise de "vulgarisation" de la musique classique dont l'effet pédagogique me semble limité, notre Festival des Jeudis Musicaux continue à dérouler vaillamment sa 27e édition. Sans vouloir faire polémique, il me semble, paradoxalement, que côté diffusion de la musique classique auprès d'un plus vaste public, le second est nettement plus efficace que le premier. Les Jeudis, comme le faisait fort maladroitement remarquer PPDA, apportent la musique dans les "endroits les plus perdus". Je vous ai déjà chanté sur tous les tons cette manifestation aux 34 concerts, émaillés dans les plus petits villages de la communauté de commune royannaise : et notre parisien de service (il faut bien, là aussi des "têtes de gondole" pour attirer le chaland, habitué à la petite lucarne), même s'il le disait sur un ton un peu condescendant, avait parfaitement raison de souligner ce rôle éducatif du Festival. Depuis 27 ans, nos communes de parfois moins de 300 habitants, bénéficient, chaque année, d'un concert de très grande qualité (la programmation 2015 est proprement ébouriffante) et, forcément, cela finit par former le goût. Le Comité des fêtes qui "reçoit" prépare un petit pot pour l'après-concert et la tradition est bien instaurée : les "gens du village" sont impliqués, viennent au concert, émettent des voeux sur ce qu'ils pourraient entendre l'an prochain (violon-accordéon, quelle bonne idée !!) et se sont, année après année, approprié LE concert qui leur échoit. Je le disais, la musique est de qualité, et même si Yann Le Calvet doit, parfois, faire des concessions du type Lodéon ou PPDA pour attirer le bon peuple, l'ensemble est toujours excellent pour l'oreille et apprend ce qu'est un "vrai concert". Car Violon sur le Sable, avec ses moyens pharaoniques, ses déploiements techniques et pyrotechniques, ses extraits pour ne pas lasser et sa démagogie pour faire nombre, ne me semble pas transformer le moindre de ses spectateurs (et ils sont 120 000, voire 150 000 chaque été) en mélomane. Au contraire, ceux qui, après cette expérience, tentent un concert, sont forcément surpris par le côté austère de l'affaire. Surpris et ennuyés. Ils ne reviennent pas, ayant dormi ou, au mieux, baillé. Alors que les "gens des bourgades" (le mot est encore de l'inénarrable PPDA) assistent avec nettement plus d'intérêt au concert annuel de "leur" église.


Témoin ce concert absolument extraordinaire où Jérôme Pernoo se produisait en soliste, pour des sonates et partitas de Bach, une sonate de Connesson et une autre de Kodaly. Les mélomanes comprendront mon propos : un violoncelle seul, égrenant ces partitions dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont pas d'accès facile, pour éviter pudiquement de dire que c'est de la musique savante, a priori, ce n'est pas de la tarte. Et, dans la petite (et merveilleuse) église de Corme-Écluse, nous étions un peu inquiet de l'état du public au bout d'une heure de concert : on avait un peu peur que d'aucuns se laissent aller à des ronflements incontrôlés. Et bien, que croyez-vous qu'il arriva ?? Jérôme Pernoo, avec l'engagement, la passion, la fougue qu'on lui connait, a tenu sous le charme un public absolument subjugué. Il était tellement enthousiaste, fervent, vibrant, que pas un spectateur ne pouvait échapper à son jeu. C'était émouvant, captivant, fascinant, envoûtant... que nous étions tous pris dans les rais de ses notes. Un silence impressionnant régnait dans l'église et les applaudissements étaient des ovations non commanditées !! Rien que pour un concert de cette qualité, Yann Le Calvet mériterait une décoration : c'est de la vraie démocratisation de la musique, ça !!


Il y a eu, en ce début d'été, bien d'autres grands moments : parmi eux l'improbable concert autour de Pauline Viardot. Là encore, Pauline Viardot, une cantatrice du XIXe, accessoirement compositrice presque jamais jouée, qui cela peut-il intéresser à l'aire du numérique ? Une salle entière sous le charme et l'émotion... si, si, je vous le garantis. Les protagonistes étaient l'excellent accompagnateur (et très bon soliste) Jonas Vitaud, au piano, une violoniste de haut vol, Marion Passou et la soprano au timbre chaud et prenant Geneviève Laurenceau. Et ils jouaient des oeuvres de Pauline, dont l'adorable Hai Luli (dont je vous recommande chaudement l'audition ci-dessous dans le merveilleux théâtre de Palladio à Vicence) ... de Saint-Saëns, Tchaïkovski, Lizt, Wagner et Gounod.

Voir les paroles en note 2

Pas vraiment de la musique de foire, encore des partitions difficiles et exigeantes. Mais les trois artistes étaient secondés par l'impressionnante Brigitte Fossey, qui grâce à des textes judicieusement choisis, liait la sauce !! Des lettres surtout, de Georges Sand quand elle gardait la petite fille de Pauline alors que cette dernière était en tournée, des réponses de la maman émue, des échanges épistolaires entre Pauline et son grand amoureux, Tourgueniev, qui l'aima durant 40 ans, des poèmes dont la sublime Nuit de Mai de Musset, récité avec une émotion sans afféterie par la grande actrice. On a ri, on a pleuré, on a écouté des airs nouveaux, bref, encore une soirée pour mieux aimer la musique.


Transmusibérien, dans un genre comparable, était plus difficile d'accès : le répertoire russe est moins aisé d'écoute et le choix des œuvres était pointu : Honegger - Ravel - Debussy - Schonberg - Berg - Borodine - Stravinsky - Beffa - Rachmaninov... Le quatuor Salieri le servait avec beaucoup de talent, mais cela restait austère. PPDA, puisque c'est à ce concert qu'il participait, était là pour, lui aussi, faire prendre la mayonnaise. Avec de très beaux textes de Cendrar à Gogol. Bien choisis mais très nostalgiques. Et surtout dits sans grande passion, d'une voix une peu monocorde, l'homme n'est pas un acteur, mais, en l'espèce, seulement un lecteur. Pourtant, le spectacle était de très belle qualité, mais son aspect de vulgarisation moins évident ! Cependant le public était ravi, mis en condition par la popularité du présentateur ex-vedette.



Un autre concert remarquable, fut celui de Bertrand Cuiller, dans l'adorable village de Floirac, au bout du bout de la communauté de communes, cadre enchanteur, 315 habitants, et un des meilleurs pots du Festival (un Cognac-orange que je vous recommande ... faut venir à Floirac !). Bertrand Cuiller est un claveciniste de premier plan (qui joue aussi du cor !! pour l'anecdote) qui nous a interprété un programme, là aussi, pour connaisseurs : première partie des pièces de virginalistes anglais, entendez une musique savante du XVIe, du vrai baroque pur et dur, deuxième partie, plus facile d'accès, du Rameau. Claveciniste dans de grands ensembles baroques français, Bertrand Cuiller mène une carrière de chambriste de soliste international. Son jeu, d'une rare intensité et d'un toucher plein de finesse et d'élégance, a tenu le public sous le charme. Public qui avait du mérite car le fameux "Violon" (sur la ville cette fois), ne jouant pas le jeu de la complicité, offrait ce soir-là une affiche déloyale : Zygel et un autre pianiste en match d'improvisation sur le court de tennis de Royan. A 5 euros (1). Un jeudi, alors que c'est la CARA qui soutient les deux manifestations... cherchez l'erreur !!


Bref - et je n'ai pas tout cité, le quatuor Hermès à Arces-sur-Gironde (690 habitants !), Claire Désert à Breuillet, la semaine prochaine le Quatuor Danel à Mornac et à Semussac, Jordi Savall à Saint Romain de Benet en clôture du festival - une programmation superbe pour un festival plein de découvertes, de moments intenses et de qualité, une réussite toujours aussi louable. D'autant plus louable que les conditions pratiques sont difficiles pour les mélomanes et autres amateurs qui doivent faire plus d'une heure de queue puis d'attente pour acheter leurs billets, au motif qu'il serait trop compliqué de prévoir des réservations... à l'heure d'internet !! Quand le moindre festival a un système de réservation en ligne, nous en sommes à l'ère des cagouilles : et le public des Jeudis, courageux, toujours de bonne humeur (ou presque !!) joue le jeu. Mais, et c'est désolant comme effet secondaire, quand il pleut, l'église est à moitié vide car beaucoup reculent devant la perspective d'une attente d'une heure sous l'eau ! Il faudrait absolument que la CARA prenne en compte le succès, la qualité et la réussite de ce Festival et donne aux organisateurs les moyens de le rendre encore plus attractif pour le public.

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(1) Et pourtant les concerts des jeudis sont à des prix ultra-doux : 12€, ramenés à 10 par le jeu de la fidélité puisqu'on a droit à une place gratuite dès lors qu'on en a acheté 5... soit 3 concerts pour un couple !!

(2) Je suis triste, je m’inquiète,
Je ne sais plus que devenir,
Mon bon ami devait venir,
Et je l’attends ici seulette.
Haï luli, haï luli
Où donc peut être mon ami ? (bis)

Je m’assieds pour filer ma laine,
Le fil se casse dans ma main…
Allons, je filerai demain ;
Aujourd’hui je suis trop en peine !
Haï luli ! Haï luli !
Qu’il fait triste sans son ami ! (bis)

Si jamais il devient volage,
S’il doit un jour m’abandonner,
Le village n’a qu’à brûler,
Et moi-même avec le village !
Haï luli ! Haï luli !
A quoi bon vivre sans son ami ?


Strophe non chantée : Hélas! je languis dans l'attente,
Et l'ingrat se plaît loin de moi!
Peut-être il me manque de foi
Auprès d'un nouvelle amante!
Haï luli! Haï luli! Haï luli!
Aurais-je perdu, perdu mon ami? (bis)


mardi 14 juillet 2015

Avignon Off 2015 : le bilan


Avignon Off 2015 : 1336 spectacles joués par 1071 compagnies ! Comme le disait pensivement Alter "C'est une super-nova qui a explosé et qui est en train de se transformer en trou noir du théâtre". Même si la comparaison n'est pas très sûre du point de vue astro-physique, c'est un peu l'impression que l'on a : cette inflation hallucinante laisse pantois. Et le théâtre n'y trouve pas son compte. L'affaire est devenue trop juteuse pour les loueurs et autres profiteurs sur le dos des troupes et compagnies qui rêvent d'une vitrine. On le sait, une salle est louée pour le temps d'un spectacle, temps durant lequel la troupe doit arriver, s'installer, jouer, se laisser applaudir (pas trop) et enfin démonter, et ranger pour faire la place aux suivants. Le temps était traditionnellement de 2h... mais les loueurs ont fait un calcul simple : en gagnant une demie heure par troupe on s'assure une ou deux plages horaires de plus dans la journée ... kling ! Nous avons vu ainsi des troupes de plus en plus prises par le temps, des spectacles qui avaient du mal à boucler... Une troupe nous disait avoir commis l'erreur d'annoncer un spectacle d'une heure et de s'être vu attribuer 1h 20... autant dire que c'était la panique pour s'installer et commencer, tous les soirs en retard.


Sans compter qu'il faut se loger et vivre durant tout le festival. Une maison, avec 8 chambres certes, mais située à quelques kilomètres de la ville et sans luxe aucun, se loue 8 000 euros pour les trois semaines... re-kling ! Résultat, les troupes et les acteurs doivent rentabiliser leur séjour, et joue dans deux, voire trois ou quatre spectacles. Fatigue, galère, approximation... on se demande comment certains font encore pour être aussi bons !
La ville d'Avignon n'étant pas florissante, le moindre commerce de fringues ou petit bistrot est nettement plus rentable transformé en salle de théâtre. Les salles se multiplient (127 lieux !!) et les mouchoirs de poche ... kling encore !... deviennent légion : comment s'en sortir au niveau des recettes possibles avec 50 ou 60 places ?? D'autant que les premier jours les troupes sont loin de faire le plein (nous étions souvent 5 à 10 par séance). Il est nettement plus rentable de jouer dans la rue, sans frais. La moindre chanteuse isolée avec guitare se fait une centaine d'euros par soirée, les spectacles un peu plus élaborés gagnent facilement 200€ par jour.


L'exiguïté des salles, l'étroitesse des créneaux horaires obligent les troupes à monter des spectacles raccourcis, et interdisent presque drastiquement la mise en scène de "vraies" pièces. Les troupes qui le font ont un courage énorme, car la concurrence est telle qu'elles sont noyées dans la masse, doivent supporter des charges énormes et sont sans doute terriblement déficitaires. Et tout cela fait boule de neige : car les responsables de programmation des salles qui passeront ces spectacles pendant l'année suivante viennent faire "leur marché" ici, et, de plus en plus, les centres culturels ne diffusent plus que des manifestions "dans le goût d'Avignon", courts et faciles.
De plus en plus de spectacles donc, mais pas forcément un choix énorme quand on vient faire ici sa cure de "théâtre". Nous en avons tout de même vu, avec bonheur, 25, dont voici, comme chaque année, nos impressions sous forme d'étoiles. Et comme toujours, nos goûts sont très proches.


Pour les détails :


vendredi 10 juillet 2015

Avignon Off 2015 (7) (Partisans, Du luxe et de l'impuissance, Le Révizor)

3 au 26 juillet 14h45 durée : 1h15
Théâtre des Barriques


Résumé du spectacle
Paris, 27 mai 1943. Trois jeunes de 20 ans. Partout l’occupation. Pour eux, la Résistance. Tout les oppose, sauf cette envie de résister, cette fougue qui les pousse à risquer leurs vies pour des convictions. C’est la première réunion du Conseil National de la Résistance et l’avenir de la France se joue aujourd’hui. La Gestapo est partout, alors ils ont du mal à aimer, du mal à se parler, à faire confiance. Ils nous font rire de leur maladresse, ils nous font pleurer par leur histoire. Jean Moulin vit sa dernière réunion politique dans la pièce d’à côté. Ils ont 20 ans et l’Histoire se vit dans l’épiderme de leur engagement. C’est un drame théâtrale terrible parce que vrai. La Marseillaise "D'éclat de rire en éclat de rage" "Hors du temps"

Mon avis
Une troupe jeune et convaincante, un texte assez didactique mais qui ménage des moments de francs éclats de rire, histoire de faire baisser la tension, et surtout un sujet très intéressant : ce spectacle mérite qu'on s'y arrête et narre un moment de la résistance qui reste obscur : le jour de 1943 où toutes les organisations de Résistance, les partis politiques et les syndicats furent réunis dans l’ombre par Jean Moulin... sous l’ordre de De Gaulle. Mais le texte, au-delà de la "leçon" (bien utile) d'Histoire parle aussi de la Résistance, du courage, des compromissions, des désillusions, de la lâcheté, de la bravoure, de la peur de la torture, de l'engagement, de l'enthousiasme, de l'innocence ... de tout ce qui fait de ces jeunes gens "ordinaires" des "héros". Texte servi pour trois excellents acteurs.


4 au 26 juillet jours pairs 17h05 durée : 1h05
Petit Louvre Van Gogh

Résumé du spectacle 
Le personnage est chez lui (ou dans sa loge) ; il va sortir (ou entrer en scène) ; pour toujours (il va à l’hôpital où il sait qu’il va mourir) ; il doit se préparer à sa mort, choisir ce qu’il va emporter. La Vie est là, à chaque mot, entre chaque mot. Évidente, simple, bouleversante, elle est là, à en pleurer, à en rire aussi.

Mon avis
Un texte très difficile mais étrangement beau et superbement émouvant de Lagarce. Ce n'est ni une pièce ni un roman, mais une suite d'articles et d'éditoriaux commandés à Jean-Luc Lagarce par les théâtres et des revues entre 1991 et 1995. C'est l'errance solitaire et débordante de mots, de questions et d'images de ce talentueux auteur, mort trop jeune et qui parle de ses combats, de ses joies, de ses peurs, de ses désirs, et bien sûr aussi de sa maladie et de sa mort... Un texte à la fois sensible et très personnel, traduit de façon magistrale par Jean-Charles Mouveaux qui lui donne vibration et relief. Un spectacle dont on ne sort pas intact.





4 au 26 juillet relâche les 9, 15, 21 juillet 18h50 durée : 1h20
Petit Louvre Templier

Résumé du spectacle 
Dans une province éloignée de Russie, un jeune aristocrate oisif est pris pour un Inspecteur Général de Saint-Pétersbourg. Le Gouverneur et les notables locaux tentent de dissimuler la gestion catastrophique de leur ville et de corrompre cet inconnu. 

Mon avis
Est-ce parce que nous l'avons vu après Lagarce, tellement fort et si grave ?? En tout cas, nous nous sommes prodigieusement ennuyés à cette farce d'un autre temps qui ne nous a nullement convaincus. Malgré une mise en scène assez valeureuse et quelques acteurs agréables, l'ensemble nous a fait copieusement bailler. 

jeudi 9 juillet 2015

Festival Off Avignon 2015 (6) (Les Misérables, Le procès Poutine, La petite Molière)


5 au 26 juillet relâche les 15, 22 juillet 13h durée : 1h10
Théâtre des Doms

Résumé du spectacle
Les Karyatides se sont emparées de ce monumental roman. Comédiennes et manipulatrices d'objets, elles jouent tous les personnages. Elles résument en zoomant sur les personnages essentiels et les moments-clés. Mais elles rendent la ligne mélodramatique qui fait vibrer le cœur des spectateurs et exister la pensée politique, sociale et philosophique de Victor Hugo.

Mon avis
Un très joli spectacle qui réussit le tour de force de résumer efficacement en 1h les 5 tomes des Misérables. Les manipulations sont impeccablement réglées et les comédiennes jouent avec brio d'une multitude de santons auxquels elles donnent sens et parole, laissant à chacun le soin d'imaginer le reste !


4 au 26 juillet 15h15 durée : 1h20
ARTÉPHILE

Résumé du spectacle 
Au sommet de son pouvoir, Poutine sait qu'il pourrait tomber à tout moment : crise, conflit désastreux, qu'importe, les Russes ont le sang chaud. Pour parer à toute éventualité, il contraint une opposante, procureure générale, à dévoiler ce que serait un dossier à charge. Une procureure qu'il a connue par le passé. Mais les choses vont prendre un tour imprévu... Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Poutine sans oser le demander. La mise en abîme théâtrale et très documentée d'un personnage insaisissable. Instructif et passionnant !

Mon avis
Une création qui mérite vraiment le détour : admirablement joué, ce texte passionnant dévoile les dessous de l'accession de Poutine au pouvoir, ses manipulations pour s'y maintenir, les corruptions qui lui permettent de s'assurer le soutien de la classe financière, les polémiques, violations de droits, pressions... L'auteur de la pièce, Hugues Leforestier, est très crédible en Poutine cynique, volontiers sarcastique et parfaitement assuré de son pouvoir... quant à Nathalie Mann, elle incarne avec brio le personnage de cette procureure courageuse et téméraire qui ose braver celui dont elle abhorre les méthodes et le manque absolu de conscience démocratique. Une vraie réussite.



4 au 26 juillet 19h15 durée : 1h15
Théâtre le Grand Pavois

Résumé du spectacle
Anouilh nous dépeint un portrait de Molière bouleversant. Il est question de son théâtre bien sûr, mais aussi de sa vie intime, de ses désillusions et de ses bonheurs jusqu’à sa mort. On rit beaucoup et on est aussi ému par cette sensibilité d'écorché, cette candeur devant la vie. Molière est le chef de cette famille vulnérable, passionnée, déchirée par d'atroces découvertes comme tous les héros de Jean Anouilh. 

Mon avis
C'est à la fois une leçon d'histoire du théâtre et une démonstration de ce que jouer veut dire. Rameau, Lully, Bach (je crois) ponctuent ce tout petit texte de Anouilh de façon très rythmée et donnent tout son relief à cette "comédie des comédiens". Les comédiens, pleins d’énergie, sont très bons et la mise en scène, classique, "à la française", avec quelques clins d’œil à la commedia dell'arte (avec les masques) met en valeur cette modeste biographie, prévue au départ par l'auteur pour faire un film. Qui devait s'appeler Mademoiselle Molière et dans lequel François Périer devait jouer Jean Baptiste Poquelin. Il pensait offrir le rôle de Madeleine Béjart à Simone Signoret, mais finalement le projet n'eut pas de suite, et Anouilh en fit une courte pièce, non éditée dans ses Pièces Costumées et carrément oubliée par l'édition de la Pléiade. La seule publication fut celle de L’avant-scène théâtre, en décembre 1959, où la pièce était précédée d’une préface : Ce que vous allez voir n’est pas une pièce. C’est un scénario qui devait être tourné et ne l’a pas été [...]. Avant de le glisser dans un tiroir philosophique où dorment pas mal de vieux coucous et quelques bonnes idées avortées, j’ai eu l’idée de l’envoyer à Jean-Louis Barrault en lui demandant si — sans rien changer à la forme — on ne pourrait pas monter ça à la scène. […] Jean-Louis Barrault m’a écrit le lendemain que ça l’amuserait ; trois jours après nous nous rencontrions quelque part en France à un point soigneusement équidistant ; il me racontait sa mise en scène et nous tombions dans les bras l’un de l’autre en clamant qu’on allait voir ce qu’on allait voir et que nous allions faire du cinéma sans producteur, sans technicien, sans caméra.
La troupe de la compagnie Lizart en fait un pur moment de théâtre. Costumes sobres et d'époque, musique parfaitement adaptée, décors épurés et jeu sans exagération, tout cela est finalement très moderne et parfaitement adapté au propos de l'auteur : une vraie troupe pour saluer Molière et dire Anouilh, quel plus bel hommage au théâtre ??
Ne disposant pas du texte, je me pose juste une petite question : un peintre du XVIIe qui fait le portrait de Molière intervient dans la pièce, et, si l'on en croit la version que nous avons vue, il s'agirait de Nicolas Mignard. Quel heureux hasard !! Dans sa ville natale !! Mais Anouilh a-t-il réellement prévu Mignard ou s'agit-il d'une adaptation "avignonaise" ???
Vérification faite, il existe deux portraits de Molière par Mignard, l'un par Pierre et l'autre par Nicolas, qu'on peut encore admirer dans les foyers de l'Académie française, en tenue de César !!

mercredi 8 juillet 2015

Festival Off Avignon 2015 (5) (ZigZag, Fuck America, Pédagogies de l'échec, Bérénice)

3 au 26 juillet 11h01 durée : 1h20
Théâtre de La Luna


Résumé du spectacle 
Et si vous aviez, durant le même spectacle, la 1ère scène du Médecin malgré lui de Molière mis en scène de 3 façons différentes ? ZIGZAG, vous propose cela ! Un joli regard sur la mise en scène, une façon de voir le Théâtre avec amour, une occasion de soulever le rideau de la création et de comprendre les enjeux du choix d’un metteur en scène, dans un spectacle ludique, enjoué et surprenant! Après la fabuleuse aventure des coquelicots des tranchées de l’an dernier, qui leur a valu le prix du public OFF 2014 et le Molière 2015 du meilleur spectacle Public, c’est à cette aventure que Les larrons vous convient avec délectation.

Mon avis
Avec Xavier Lemaire et sa troupe des Larrons, on assure ! Donc nous sommes allés voir Zigzag conquis d'avance ! Et nous ne nous sommes pas trompés.
L'idée est bonne : nous parler du travail du metteur en scène, de l'enjeu que représente, pour celui qui monte un texte, son interprétation, la façon dont il fait vivre, pour nous spectateurs, les mots de l'écrivain, la façon dont il joue sur les sons, sur l'espace pour nous faire entendre ces phrases, son art de les actualiser ou de dire leur intemporalité... bref, nous parler de ce métier tellement important du "passeur de texte". Xavier Lemaire le fait avec humour, une pointe de pédagogie et quelques petits coups de griffe qui nous ont rappelé combien cet art est difficile. Quelques citations bien choisies (Louis Jouvet, Ariane Mouchkine ...), quelques rappels historiques, sans pédanterie, un petit hommage aux techniciens, une fausse audition qui trace les portraits-types d'aspirants acteurs tels que tout metteur en scène doit en croiser parfois... voilà pour le liant ! Quant à l'argument, c'est, modestement mais efficacement, la première scène du Médecin malgré lui (Ô la grande fatigue que d’avoir une femme : et qu’Aristote a bien raison, quand il dit qu’une femme est pire qu’un démon !) jouée à trois sauces différentes, classique, symboliste et ... spécial bobo du in (??!!). Et là, franchement, on rit beaucoup !
Isabelle Andréani et Frank Jouglas sont partout, jouent tous les rôles et tiennent la scène avec la fougue et l'enthousiasme qui les caractérisent. En particulier Isabelle qui brûle les planches, a le jeu chevillé au corps et une belle énergie, matinée de son inépuisable joie à dire, jamais prise en défaut. "Le" metteur en scène joue, on s'en doute, son propre rôle : et s'il nous faut, pour être crédible dans notre enthousiasme, un petit bémol, il n'est pas encore tout à fait "calé" mais quoi de plus normal, c'est une création et on en est encore aux premiers jours.
Alors, comme chaque année, n'hésitez pas un instant : allez applaudir Les Larrons et vous en sortirez requinqués pour la journée, prêts à affronter les mises en scène les plus étranges !
Koka, qui a eu le courage, contrairement à nous qui avons lâchement revendu nos places à vil prix, d'aller voir le Roi Lear, version officielle et estampillée "In", me prie d'insérer, après avoir vu ZigZag que monsieur Py devrait absolument voir cette pièce pour, dit-elle, prendre des cours de direction d'acteurs. Cruelle Koka ? Que nenni, simplement pragmatique !


5 au 25 juillet relâche le 15 juillet 13h25 durée : 1h35
La Manufacture

Résumé du spectacle
Au commencement il y a un roman explosif. Une verve féroce, drôle et bouleversante. Jakob Bronsky, rescapé de la Shoah, hante une Amérique des laissés-pour-compte, bien loin du rêve de terre promise. Écrivain la nuit, crève-la-faim le jour, il trimballe de petits boulots en rencontres loufoques, son appétit de vivre, les affres de la création et des fantasmes torrides. Le comédien Haïm Menahem et le musicien David Rueff se mettent au service de cette langue virtuose. Edgar Hilsenrath est un auteur contemporain capital pour son exploration de la mémoire de l’Holocauste.

Mon avis
... prêts, disais-je, à affronter les mises en scène les plus étranges, mais pas prêts à subir un texte pauvre sur un sujet grave. Quel ennui que ce texte qui traîne et que l'acteur a l'immense mérite de nous débiter sans faiblir et même, avec une certaine force de conviction. Le thème, pourtant, est intéressant, et aurait dû retenir notre attention si la pièce n'était totalement déséquilibrée, s'attardant avec une complaisance qui ne connait aucun répit, sur les délires sexuels et onaniques du personnage principal. Parler de la difficulté d'avoir survécu à l'holocauste, du sentiment de la patrie perdue, de l'immense solitude des vivants quand leur famille entière a été décimée, de la cruelle déception du rêve américain, de l'angoissante terreur de "mourir ici après avoir survécu à l'horreur des camps"... tout cela est nécessaire et devrait emporter l'adhésion. Mais le texte d'Hilsenrath noie inutilement le poisson en se voulant drôle ou léger, n'émeut jamais et, au final, assomme. Je pense, sans l'avoir lu, que le livre est certainement bien plus intense et que l'exercice de l'avoir "allégé" pour le théâtre était périlleux et lui a sans doute enlevé sa force. Je lis qu'on compare Hilsenrath à Roth, et j'ai justement invoqué Roth alors que je déplorais le manque d'émotion éprouvé devant ce spectacle.
Chapeau au comédien Haïm Benahem, qui arrive tout de même à se faire écouter durant 1h35 et une mention spéciale pour l'excellent accompagnement au saxophone qui ponctue le texte avec plus d'esprit que ce dernier n'en transmet dans cette version théâtrale. Une étoile pour chacun !!


4 au 26 juillet relâche le 14 juillet 17h durée : 1h30
Théâtre des HALLES

Résumé du spectacle 
L’imminence de la catastrophe. Cela pourrait se passer n’importe où à Monaco comme à Beyrouth dans une ville où tout est tombé. Les gens se sont retrouvés dans des ruines. Certains ont continué à travailler quand même, comme s’ils ne s’étaient rendus compte de rien. Ils continuent à faire leur travail... ou plutôt " faire du travail..."

Mon avis
C'est une comédie, mais elle est féroce puisqu'elle parle de la vanité du pouvoir auquel on s'accroche, quand on le détient, quoiqu'il arrive, fut-ce une catastrophe où l'on a tout perdu. Même ce qui justifie l'exercice même de ce pouvoir. Les deux personnages sont ici isolés sur un improbable îlot de survie alors que, autour d'eux, tout a disparu. Pourtant dans leurs têtes, tout perdure : les lois immuables et impitoyables de la hiérarchie, l'immunité que le pouvoir confère, les humiliations qu'il permet d'imposer, la servilité avec laquelle on doit les subir...
La pièce, un peu longuette et sans grand ressort autre que ceux du thème principal sur lequel l'auteur brode à loisir, vaut surtout pour sa mise en scène et pour  la performance d’Olivia Côte et de Salim Kechiouche qui, sur un plateau qui s'incline de plus en plus, trahissant l'angoisse et la tension palpables de cette apocalypse imaginaire, les force à s'agripper et les fait souvent glisser au bord de l’abîme. Malgré l'inconfort de la situation et les acrobaties auxquelles ils doivent se livrer pour rester en piste, leur diction est parfaite et leur jeu convaincant. C'est drôle, même si l'on rit jaune, et pathétique... même si l'on peut regretter que cela s'éternise un peu et que la conclusion soit un peu "courte".


6 au 22 juillet relâche les 10, 17 juillet 20h15 durée : 1h40
Caserne des pompiers

Résumé du spectacle 
"Pièce puissante et poétique, Bérénice déploie un courant d’émotions que peu d’œuvres (n’)égalent. La langue y tient une place de choix au service de personnages d’une grande intensité. Tragédie de la responsabilité et non de l’arbitraire, elle ne se résout pas dans le sang mais dans les larmes de décisions implacables qui font appel à la volonté. Bérénice et Titus sont dans cet intraitable dilemme : l’un d’eux devra trancher. Et, comme il m’est souvent arrivé de le constater dans ma propre existence, en matière de sentiments la raison est féminine, comme aussi le courage…" O. Chapelet

Mon avis
L'histoire, on le sait, est tragique, et le combat de Titus pour faire triompher la raison d'Etat de son amour passionné pour la femme qu'il aime depuis longtemps reste, sinon d'actualité, au moins intemporel. Car il fait partie de ces conflits de l'âme qui émeuvent toujours ! Pas de sang mais un drame, qui fait trois victimes, excusez du peu, et on ressort de là quelque peu perturbé.
Et surtout enthousiaste, car la mise en scène d'Olivier Chatelet est très sensible, poignante et, de fait, très prenante. Au lieu du tragique qui sied à ce texte mais risque de trop l'éloigner de nous, le metteur en scène a impulsé à Racine une douceur extrême, douloureuse et inexorable, qui rend chaque personnage terriblement humain. La mise en espace, sobre et modeste, met le texte en valeur et la diction parfaite des acteurs en rend chaque mot lumineux. C'est vraiment un grand et beau moment de théâtre, pas si difficile que le sévère mot d'alexandrins pourrait le faire croire : le vers de douze pieds, quand il est bien dit et justement interprété par le comédien, est d'une clarté irréprochable. Seules s'expriment la déchirure et la blessure de ces trois âmes nobles, contraintes à renoncer à leur bien-être pour une raison plus forte. Je vous assure, ce sont des sentiments qui touchent encore, et toujours !!

mardi 7 juillet 2015

Festival Off Avignon 2015 (4) (Noces de Sang, Un cadeau hors du temps, Teatro Comico, Ensemble)

4 au 26 juillet - relâche les 11, 18, 25 juillet - 12h30 - durée : 1h15
Théâtre du Chêne noir

Résumé du spectacle 
Noces de sang trouve sa source dans un fait divers datant du 25 juillet 1928, ça s’est passé dans une ferme aux alentours d’Almeria. Un drame comme on n’en inventerait pas, paraît-il…
Lorca attend trois ans avant d’écrire sa pièce, « ce mélodrame au titre accrocheur », écrite pour toucher les foules. Il y traite, entre autres, de deux thèmes qui préoccupent l’époque : le sexuel et le social, j’y ajouterai l’honneur, car bien qu’omniprésent dans l’Andalousie de début du XXème siècle, il enveloppe littéralement toute la pièce. 
Dans la culture gitane, le père est avant tout un fils et si les chants ne louent que la mère, Noces de sang n’échappe pas à la règle. Le fiancé reste un fils, et la vraie tragédie est peut-être celle de la mère qui va perdre un fils, encore, telle une malédiction. 
Tragédie en trois actes et sept tableaux, la pièce est l’histoire d’une histoire d’un mariage contraint, on ne saurait guère dire mieux, puisque les deux hommes s’entretuent et la femme demeure, béante devant sa faute, cette faute qu’elle ne pouvait s’empêcher de commettre, car la Terre la guidait. 

Mon avis 
Dans une mise en scène sombre et très lisible William Mesguich dit le drame et l'inexorable, le sort sublime des femmes, sans arme, qui pleurent leurs hommes qui s'entre-tuent. Tous les acteurs sont au diapason de ce chant tragique, dans un monde nocturne et qui engendre la terreur, le bruit, en un mot, la mort. Une des plus belles pièces vues jusque là. 


4 au 26 juillet relâche les 9, 16, 23 juillet 14h45 -  durée : 1h20
Théâtre du Chêne Noir

Résumé du spectacle 
Un thriller psychologique à huis clos. Une jeune neurologue se fait séquestrer par un homme qui lui offre un bien étrange cadeau : un revolver… pour le tuer. Qui est-il ? Pourquoi veut-il mourir ? Et surtout, pourquoi ne se donne-t-il pas la mort lui-même ? Dans l’échange forcé qui est le leur, elle va découvrir pourquoi il sait sa fin inéluctable… 

Mon avis 
Un drame intime plus qu'un thriller. Le récit d'une blessure incurable, comme la maladie qui menace l'homme de ce récit.
Luciano Nattino est un auteur et metteur en scène italien qui a contracté, il y a peu, cette terrible maladie dont il est question dans ce texte : la SLA (sclérose latérale amyotrophique, ou maladie de Charcot). Ce n'est donc pas un exercice de style mais une page de vie et un défi courageux que cette pièce, écrite à la demande du neurologue qui le suit. Ce médecin lui a demandé ce "cadeau" afin de mieux connaitre les sentiments de ses malades. Nattino, déjà très lourdement handicapé par la maladie, a donc "écrit", à l'aide d'un ordinateur avec pointeur oculaire, ce texte qui raconte ses angoisses, ses révoltes, ému par cette demande : un cadeau ? Le mot avait fait mouche et l'auteur a saisi cet ultime challenge : faire encore un texte théâtral et aussi, rendre hommage à son neurologue. Cela lui a, aussi, permis de distancier sa maladie et de mettre sa souffrance en abyme. Présentée l'an dernier dans la cour de l'hôpital d'Asti où il est soigné, la pièce est prenante, émouvante et grave. Fort bellement mise en scène (dans le cabinet ultramoderne d'une neurologue, orné de trois magnifiques tondi abstraction lyrique... ou alors des agrandissements de fonds d'oeil ? pourquoi pas !!), le texte est admirablement servi par Jacques Frantz.
Mazette !! encore une pièce à voir ...


3 au 26 juillet 17h50 durée : 1h20
Théâtre La Luna

Résumé du spectacle 
Après les succès de Roméo et Juliette et Être ou ne pas être, Luca Franceschi nous présente sa nouvelle création. Un maître de la commedia dell'arte vient dévoiler les secrets de ce style de théâtre. Fans et critiques se disputent la scène alors qu'ils font déjà partis de la création que le maître improvise avec eux. Sous nos yeux ébahis, cette conférence spectacle devient une véritable joute théâtrale donnant matière à une profonde réflexion sur la place du théâtre populaire aujourd'hui. 

Mon avis
Après s'être cassé le nez pour aller voir Phèdre, au Collège de La Salle, annulé sans autre forme de procès alors que nous avions réservé le matin même, nous avons choisi un peu à l'arrache ce spectacle joyeux sur le nom de la troupe (All'Improviso) déjà entendue et appréciée l'an dernier dans Dom Juan 2.0 et vue aussi, à Saint Jean d'Angély pour un très sympathique Roméo et Juliette, et sur le nom du lieu. l'excellent théâtre de La Luna dont la programmation ne nous réserve que de bonnes surprises. Celle de cette petite fantaisie qui parle du théâtre comique, des pédanteries du théâtre moderne et des goûts finalement fort simples du public, fut excellente. C'était enlevé, savoureux, virevoltant, léger et drôle : nous avons vraiment ri, aux éclats, d'un bon rire qui fait du bien, car c'est sans prétention, et les acteurs de la troupe de Luca Franceschi, pleins de fougue et de vitalité, vous feront passer, si vous allez les voir, un très bon moment.


3 au 26 juillet 19h35 durée : 1h18
Théâtre La Luna

Résumé du spectacle 
Croyant au rire comme antidote au drame Fabio Marra écrit une nouvelle création. L'histoire se déroule autour d’un thème aussi inconnu qu’universel : la normalité. Qu’est-ce qu’être normal ? Sommes-nous prêts à accepter la différence ? Isabella interprétée par CATHERINE ARDITI est une femme déterminée. Elle vit avec son fils Mikele (sans doute Michele ??), un jeune homme simple d’esprit, impulsif et généreux. Cette relation fusionnelle nous parle d’attachement, de sacrifice, avec un mélange de tendresse et d’ironie

Mon avis
Encore un italien, c'était décidément la journée ... encore La Luna... et de nouveau, une belle réussite. L'italien c'est Fabio Marra, l'auteur plein de justesse et de talent de cette pièce d'une humanité sans mièvrerie, dont le thème est grave et délicat à traiter : la vie d'une mère avec son fils simple d'esprit, le problème du handicap, et de la normalité à moins qu'on n'ait la volonté de parler ici d'anormalité. Les difficultés matérielles sont surmontées avec courage et ce qui domine, c'est le lien très fort, fusionnel qui les unit. A ce thème principal s'ajoute une intrigue, qui maintient le spectateur en éveil. La mère (Catherine Arditi) est parfaite, plus mamma italienne que nature, entêtée, autoritaire et tellement présente. L'arrivée de la fille, qui vient semer le trouble dans la vie modeste et bien rangée de ces deux pauvres êtres, ajoute au sujet la dimension des conflits familiaux indurés, et parle de la part d'ombre et de lumière qui existe en chacun, rarement exprimée et pourtant dévastatrice.
Fabio Marra, non content d'avoir écrit un texte dont chaque mot est juste, sans pathos excessif et pourtant très émouvant, joue admirablement ce rôle d'adulte handicapé : il le joue si bien qu'Alter, qui a eu plusieurs patients dans cette situation, qui venaient accompagnés de leur mère, me disait avoir revécu intensément les moments passés les soigner. Il a été impressionné par la véracité des mots, des gestes et des situations. Et, de fait, Fabio Marra se coule avec un talent rare dans cette composition a priori délicate et qu'il interprète avec brio et naturel, sans un geste de trop.
Si vous ajoutez à cela une mise en scène au cordeau et, pour Avignon, de superbes "vrais" décors (avec de l'eau courante sur l'évier... et un soin extrême porté aux détails ... je pense en particulier à la moulure du couloir qui amorce une pente suggérant l'amorce d'un escalier, on est au 7ème étage !!), vous aurez compris que cette création, applaudie debout par un public enthousiaste, sera l'un des incontournables du Off 2015 et qu'il faut vite réserver !

Festival Off Avignon 2015 (3) (Horowtiz X3, Le mariage de Figaro, Nous n'irons pas ce soir au Paradis, Cyrano de Bergerac)

4 au 26 juillet 10h45 durée : 1h20
Théâtre littéraire du VERBE FOU

Résumé du spectacle
4 pièces inédites pour ce spectacle original en création mondiale d'après L'Amour à temps, Audition, Cat Lady et Le cadeau promotionnel émaillées de poèmes et chansons franço-anglaises inédits.
Un spectacle qui allie humour et étrange autant qu'intensité dramatique et émotion Deux rôles multi facettes pour comédiennes de talent dans un kaléidoscope d’œuvres courtes qui font découvrir toutes les facettes d'un auteur prolifique et intensément attachant. A découvrir absolument pour les fans d'écriture contemporaine, Horovitz étant le dramaturge américain vivant le plus joué en France.
Horovitz sera présent du 13 au 19 juillet.

Mon avis 
Chaque année, Horowitz vient dans son fief, le Verbe Fou, pour prendre un bain de théâtre et on a, ainsi, de nouvelles pièces à découvrir. Petites nouvelles, légères ou graves, les pièces courtes de cette année ont toujours ce ton très humain, flirtant discrètement avec l'absurde, sans complaisance et pourtant chaleureux, qui caractérise l'auteur américain qui aime tant la France.
La première de ces trois petits opus faisait dans sa version originale, si j'ai bien compris, allusion à un régionalisme américain : pour le traduire, le metteur en scène et les interprètes ont demandé à Horovitz comment il leur conseillait de s'y prendre. Il préconisa de transposer dans une région française, Picardie ? Normandie ?? La compagnie, pas très proche de ces régions, a opté pour un joyeux mélange belgo-marseillais ! C'est drôle, enlevé et plein de verve.
La seconde pièce développe à loisir les 7, 8 ou 9 vies supposées de chats, gage plus ou moins avéré d'immortalité pour leurs maîtres. 
Mais c'est surtout la troisième de ces trois pièces qui emporte la palme : l'intrigue est belle, très réaliste et pourtant pleine de sentiment, les deux actrices jouent très juste et la conclusion est vraiment émouvante. N'hésitez pas !! Même le théâtre s'accommode fort bien du fort "nouvelles", quand la plume est incisive, et l'écriture efficace.


4 au 26 juillet relâche le 14 juillet 14h durée : 2h05
Théâtre des Halles

Résumé du spectacle 
Face à une société inégalitaire, tyrannique et arbitraire, Beaumarchais invente les prémices d'une grammaire de la liberté fondée sur le jeu, le mouvement et le plaisir. Sa gaité s'oppose à l'ennui, au fanatisme, aux idées fixes. Opportun. Encore parfaitement d'actualité. 

Mon avis :
Dans une mise en scène tout à fait respectueuse du texte mais émaillée de quelques audaces, on ré-entend, avec un plaisir jamais pris en défaut cette réalisation qui insiste sur la drôlerie du propos, tout en mettant parfaitement en relier, la force pré-révolutionnaire de la pièce. Malgré sa lecture endiablée et fraiche de l'intrigue vaudevillesque, la metteure en scène appuie là sur le texte quand il est grave et important, sans pour autant alourdir le propos. Le rythme est soutenu, pas un faux pas, pas une égratignure à l'esprit du texte, les acteurs sont pleins d'une vitalité qui, parfois, frise la rage, pas de joliesse dans tout cela, malgré une bonne humeur jamais prise en défaut. Tout le monde joue bien, les costumes sont classiques et le décor évolue avec élégance, évoquant à merveille la liberté qui pourra jaillir de ces propos, pour le moins insolents quand l'auteur les écrivit.


4 au 26 juillet relâche le 14 juillet 17h durée : 1h05
Théâtre des Halles

Résumé du spectacle 
Serge Maggiani nous fait partager sa passion pour les mots et la vie de Dante et nous ouvre les portes de La Divine Comédie. Une heure de merveilleux voyage dans la musique des mots. Il va et vient, nous parle de Dante, de ses parcours, de ses mystères, de celui qui a franchi les frontières de l’impossible, les portes de l’enfer, celles du paradis dont il nous laisse entendre, deviner les secrets. 

Mon avis
Un monologue, rendu très vivant par un acteur à la diction, tant française qu'italienne, impeccable, sur Dante, la Commedia, la Divine Comédie, son texte superbe et envoûtant, et, aussi, sur les mystères de l'âme humaine. Allégeant son discours par des digressions de bon aloi sur le contexte historique et religieux du "poème", Serge Maggiani déploie avec aisance et élégance une présentation qui pourrait sembler difficile mais, intelligemment présentée, permet de mieux apprécier ce texte. Un texte qui fait partie de la "culture de base" des italiens, de tous les italiens (autant dire qu'il est loin d'être inaccessible) et que Maggiani  met à notre portée sans maladresse et sans affectation.


4 au 26 juillet 22h durée : 1h50
Le Petit Louvre Templiers

Résumé du spectacle 
Chants, musique, combats, dix comédiens et un violoniste virtuose au service de cette version éminemment sonore, rythmée et fidèle du chef d’œuvre de Rostand! 

Mon avis
Encore un très bon moment de théâtre : le texte de Rostand, romantique en diable, plein de verve et de mots qui chantent, servi par une troupe pleine de fougue et de panache, bien rythmé, bien enlevé, : le public en redemande et applaudit sans réserve. Quelques bémols parfois, un violon trop présent, surtout à la fin, où il ponctue de façon trop lancinante le monologue (émouvant et poétique) du héros qui agonise, et le couvre presque ... une diction parfois un peu confuse du rôle-titre - un peu enroué le soir où nous l'avons entendu - ce qui empêche d'apprécier toutes les subtilités du texte... mais ce ne sont là que broutilles et quelques menus aménagements rendraient ce spectacle vraiment parfait.

dimanche 5 juillet 2015

Festival Off Avignon 2015 (2) (L'Amant, Cavales, Le Prince travesti, l'Aigle à deux têtes)

du 4 au 26 juillet 12h15 -  durée : 1h05
La Petite Caserne

Résumé du spectacle
Cette pièce à l’humour abrasif met en scène Richard et Sarah, couple sous apparence (??) heureux en mariage. Seulement, certains après-midis, Sarah reçoit Max, son amant. Richard le sait et s’en accommode. Qui est cet amant si peu dérangeant ? A quels jeux pervertis jouent donc Richard et Sarah ? Cette pièce d’Harold Pinter met en scène les faux-semblants et les évitements d’un couple bourgeois apparemment libéré des tourments de la jalousie.

Mon avis
Difficile d'en parler : nous étions 5 dans la salle, et il semble que nous ayons eu droit à une version considérablement raccourcie (à peine 50 minutes, au lieu des 1h 05 prévues par la troupe...  et de l'heure et demie que dure normalement la pièce). On ne peut pas leur en vouloir, jouer devant 5 péquins n'a rien de très exaltant, et une troupe a besoin d'un "vrai" public en face d'elle. 
Ceci étant, l'ensemble de ce que nous a offert la compagnie "Comme c'est bizarre" était convenable quoiqu'un peu frustrant. Les deux acteurs jouaient de façon plutôt acceptable mais la mise en scène était minimaliste. Bon, vous me direz, Pinter et son jeu au chat et à la souris pour traduire les futilités d'un couple encore jeune qui a besoin de pimenter son quotidien, c'est frivole. Oui, certes, mais pas tant que cela : une petite dose d'acidité, quelques grammes de mystère et une mise en valeur du texte auraient ajouté un plus à ce grand classique du théâtre, beaucoup plus intense que ne le laisse penser une lecture trop linéaire de la pièce. C'est une pièce difficile et souvent incomprise, qui bouscule les conventions et fouille les êtres jusqu’à révéler leurs failles. Il faut jouer sur cette écriture ambiguë où rien n’est dit, mais tout est exposé. Une interprétation au premier degré laisse le public sur sa faim, ou avec l'impression d'avoir vu du boulevard. L'affiche est plus subtile que la mise en scène : on peut en conclure que l'ensemble est meilleur que ce que nous avons eu.


4 au 26 juillet 14h15 durée : 1h15
ESSAÏON-AVIGNON


Résumé du spectacle
Une forêt,
Une nuit de pleine lune, l’été,
 deux personnages en fuite,
une femme en robe de mariée,
un homme qu’elle ne connait pas.

Mon avis
Il y a une idée, voire une bonne idée qui forme la trame de cette pièce. Le jour de ses noces, une jeune femme, Elsa, tente d'échapper à un époux caractériel doublé d'une belle-mère omniprésente et d'autant plus insupportable que son fils l'adore et l'adule. Elle s'évade en compagnie d'un invité au mariage qui, lui aussi, semble avoir  pas mal de choses à fuir.
La performance des deux acteurs, qui interprètent chacun plusieurs personnages, est excellente. L'intrigue se laisse découvrir avec plaisir mais le texte est plutôt pauvre et, malheureusement, décevant. Mais surtout, la logistique, changements permanents de décor à vue, menés par les deux acteurs en direct, est trop pesante : cela finit par procurer une impression d'ennui, cela casse le rythme de la pièce et finalement le propos est plus cinématographique que théâtral.


4 au 26 juillet relâche les 6, 13, 20 juillet 18h45 durée : 1h30
Théâtre du CHÊNE NOIR

Résumé du spectacle 
Dans Le Prince Travesti - manière de conte de fées qui cache sous la langue la plus délicieuse la voix la plus délictueuse, manière de rêve (ou plutôt de cauchemar) toute tissée de secrets, de désirs, de menaces et de terreurs, où évoluent, dans un pays de carton-pâte, dans un palais-prison labyrinthique en lequel, lorsqu'ils ne sont pas en train de s'y perdre, sans cesse s'espionnent, princes, princesse et méchant ministre - nul n'est qui il est. Mais le devient. Par le théâtre. Le Prince Travesti, spectre incandescent d’un étrange soleil noir en pleine idéologie des Lumières, met en scène le théâtre même.

Mon avis
Peut-être un peu trop d'effet dramatisants ?? Peut-être quelques imperfections, une voix trop haut perchée, quelques gestes approximatifs ... mais, enfin, une pièce ! Du théâtre, avec acteurs, costumes et mise en scène, et, même si l'intrigue est ténue et le propos léger, un texte : sapristi que cela fait du bien ! Des secrets, des menaces, du travestissement, de la drôlerie, que tout cela remonte le moral du spectateur de base. Traitée façon roman-noir plutôt qu'en marivaudage, la mise en scène insiste sur les intrigues de pouvoir, les caprices des puissants et les chausse-trappes de l'amour. Le parti-pris de Mesguich donne du corps à la pièce et c'est vraiment un spectacle à recommander,

4 au 26 juillet 21h30 durée : 1h20
Théâtre littéraire du VERBE FOU

Résumé du spectacle
Une intrigue policière et politique sur fond d'amour passionnel ! Une jeune reine vit dans le souvenir de son époux, victime d'un attentat le matin de leurs noces. Depuis, elle s'est retirée du monde et attend la mort. Celle-ci lui apparaît sous les traits de Stanislas, jeune poète anarchiste qui fait irruption dans sa chambre pour la tuer. Mais un amour fulgurant va submerger les deux héros, prisonniers d'un univers étouffant où l'un et l'autre finiront par trahir leur cause.

Mon avis
Pour ce dernier spectacle de la journée, encore une agréable surprise : un texte, que je ne connaissais pas, dont la teneur poétique et l'intensité font du bien à entendre. J'avais, allez savoir pourquoi, un peu peur que cela soit démodé : que nenni, et l'étrange dialogue de ces deux destins opposés, cet amour fulgurant qui rapproche deux êtres que tout sépare, est intemporel et fort. La mise en scène, classique, se fait discrète et fidèle, au service du verbe. Les acteurs servent parfaitement cette intrigue romantique et ample. Bref, un grand et beau moment de théâtre.

Festival Off Avignon 2015 (1) (Andromaque, La Peur, Transfabbrica)


du 4 au 26 juillet - 16h45 durée : 1h35 
Théâtre de l'OULLE 

Résumé du spectacle 
"Anthony Magnier prend à contre-pied sa mise en scène charnelle par une scénographie dont la froideur et le somptueux dépouillement font surgir une suite de tableaux saisissants." Plusdeoff.com Nous sommes des monstres de pulsion, d'égoïsme, de pouvoir, prêts à tout pour assouvir nos envies, calmer nos frustrations. Nous sommes des monstres, nous personnages de Racine, nous, êtres humains. Les mêmes démons nous agitent, les mêmes peurs nous assaillent.

Mon avis
Le coup de coeur du Festival Off 2015 !! Mais non, je plaisante, c'était notre premier spectacle alors comment déjà le classer coup de coeur ... pourtant, nous avons eu le sentiment ambivalent d'avoir fait fort pour cette (re)prise de contact avec le Off, heureux de ce superbe moment mais inquiet de tout trouver fade ensuite !!
Car la mise en scène d'Anthony Magnier est forte, tragique au sens noble du terme, jamais à contre-sens et parfaitement efficace. Avec un parti pris d'esthétique qui ne sombre à aucun moment dans le pompeux ou l'emphase. Mise en scène incarnée, mise en chair, palpable, rendant la souffrance des protagonistes à la fois proche et immense.
Rien n'est gratuit, tout est fait ou pensé dans le respect du texte qui, du coup, prend un relief et une densité qu'il a déjà de nature mais qui, présenté ainsi, le rend encore plus grave. Et simple, mais si vous saviez comme cela s'écoute facilement !! Et même les coupures sont réalisées de façon judicieuse.
D'autant que Racine est servi ici par de superbes acteurs : la palme à Pyrrhus, Anthony Magnier lui-même, voix parfaite, geste juste, attitude noble sans affectation. Autres belles performances, celles de Moana Ferré et Pauline Bolcatto, Andromaque et Hermione d’exception, admirables de précision et de véracité dans les infinies variations de l'âme et des sentiments. Julien Saada, un peu moins à l'aise, réussit pourtant particulièrement la scène finale où Oreste sombre dans la folie. 



 du 3 au 26 juillet 18h50 - durée : 1h15
Théâtre de l'OULLE

Résumé du spectacle 
Années 50, un décor cinématographique, un thriller à la Hitchcock qui nous interroge sur la vie amoureuse, le mensonge, la honte. Stefan Zweig imagine un scénario digne des romans à suspens. Irène, jeune femme adultère, se retrouve traquée et piégée par l’étrange compagne de son amant. Manipulation? Hallucination? Comment échapper à cette tourmente sans fin? Son couple vacille jusqu'au dénouement, véritable coup de théâtre!

Mon avis :
Nous l'avons vu, dans le même théatre, juste après Andromaque : très bon choix qui permet de revenir sur terre en douceur mais de façon très judicieuse.
Le texte de Zweig commence comme une comédie Hollywoodienne des années 60, un peu légère, un peu futile. Puis, peu à peu, le propos, servi par deux excellents acteurs, d'alourdit, se dramatise : le sujet n'est pas l'histoire d'une épouse frivole mais belle et bien la peur, l'angoisse et le remords. Avec en arrière-fond, une réflexion que la vérité, bien si précieux dont l'époux, avocat, rêve au point de faire des folies pour l'obtenir de sa femme. Le décor, sur roulettes, tourne, virevolte et cerne l'évolution des sentiments de l'épouse magnifiquement interprétée par Hélène Dedy dont la panique monte doucement, mais très efficacement, rendant la pièce haletante.

sur des musiques et textes de  Pasolini - Nono - Berio
du 4 au 25 juillet relâche le 16 juillet
20h40 durée : 1h
PETIT LOUVRE (TEMPLIERS)

Résumé du spectacle
En articulant Ecrits Corsaires de Pasolini, Fabbrica Illuminata de Luigi Nono, Poème Symphonique pour 100 métronomes de Ligeti, A Ronne, pièce radiophonique de Berio, "TransFabbrica" cherche à questionner les liens entre monde du travail, langage et création artistique en une réjouissante performance pour un ouvrier danseur au travail et une cantatrice vorace et comique. "Dans un séisme vocal et langagier qui fait que les mots sortent de leurs gonds et bifurquent, le rire est la nervure de ces métamorphoses entre parole et gestes vocaux." Ch. De Simone Alternatives Théâtrales 113-114

Mon avis :
Alter me conseillait de simplement passer ce spectacle sous silence. J'avais rédigé un avis jugé trop "dur" par la "commission de censure", inquiète non de m'interdire d'exprimer mon sentiment mais soucieuse de ménager les gens qui se sont donné du mal pour faire ce spectacle... et, suite à diverses manipulations, je l'ai perdu : je me contenterai donc, en deux mots, de dire que j'ai trouvé ce discours pseudo soixante-huitard totalement ringard et d'un élitisme forcené. Autant dire que si vous avez mes goûts pervers et bourgeois, je vous déconseille d'aller le voir.
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