Affichage des articles dont le libellé est Lisbonne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Lisbonne. Afficher tous les articles

dimanche 21 février 2010

PESSOA, DERNIERE

S'il fallait que quelqu'un eut le dernier mot sur l'histoire Pessoa, c'est bien elle qui pouvait le mieux le faire !! Après m'avoir signalé l'éditeur José Corti dont le nouveau directeur Bertand Fillaudeau a élargi le catalogue avec, en particulier sa collection "Ibériques" qui fait la part belle à notre portugais, elle n'a fait ni une ni deux, elle est allée voir son ami et m'a expédié, séance tenante, le petit cadeau que voici ...
Grâce soit rendu à l'internet qui permet la naissance de tels liens amicaux, tout en complicité d'autant plus sincère qu'elle ne peut être feinte (quoi de plus révélateur l'avons-nous souvent dit, qu'un blog... de nos photos de bébé au sourire de nos enfants, en passant par nos coups de gueule et nos coups de coeur, on s'y découvre lentement mais sûrement, avec la naïveté qui sied à un anonymat qui n'est que de surface), d'autant plus précieuse qu'elle est gratuite et sans obligation en retour ! Marque-page Delacroix, carte amicale, livre rare... comment marquer de façon plus efficace une connivence parfaite ?

J'ai aimé le choix du livre, édition bilingue qui permet de retrouver à côté de la traduction française, l'original portugais dont les mots chantent et riment. J'ai aimé la qualité du papier (je ne suis pas assez savante pour l'identifier, un chiffon peut-être ?) et d'avoir à couper les pages avec un stylet, au fur et à mesure que la lecture progresse. J'ai aimé le titre qui, à lui seul, est un programme d'avenir : "Message"... Pessoa avait initialement appelé son recueil Portugal mais a finalement opté pour Mensagem, à la portée plus universelle. Et, d’après un manuscrit retrouvé du poète, le mot Mensagem cache "Mens agitat molem." (c’est l’esprit qui fait mouvoir la matière). Message exalte la gloire et les hauts faits du peuple portugais.


Ce poème d'inspiration ésotérique et prophétique frémit d'un souffle épique, qui non seulement glorifie le destin d'un peuple particulier, mais aussi celui d'une Patrie universelle, où tous les hommes pourraient se reconnaître pour peu qu'ils acceptent d'ouvrir leur être au souffle de l'Esprit. "Ecoutez" dans son livre premier cette belle approche de son pays :
L'Europe ici s'étend, sur ses coudes posée :
D'Orient en Occident, elle s'étend, regarde,
Et une chevelure romantique
Recouvre ses yeux grecs, emplis de souvenirs.

Son coude gauche est reculé ;
Le droit en angle disposé.
L'un marque l'Italie sur laquelle il se pose ;
L'autre dit l'Angleterres qur qui, plus éloignée,
Il supporte la main, où s'appuie le visage.

Elle regarde, regard de sphynx, fatal,
L'Occident, futur de son passé.

Ce visage au regard, voilà le Portugal.
Avouez que l'image est parfaite, le propos évident (l'Occident, futur de son passé) et que vous avez souri, comme moi, à l'idée de ces deux coudes, l'Italie et l'Angleterre... Et de ce visage ouvert vers le large, posé sur la main de l'Europe !

samedi 13 février 2010

PERSONNE...


Les bulles de savon que cet enfant
s'amuse à tirer d'un chalumeau
sont dans leur translucidité toute une philosophie.
Claires, inutiles et transitoires comme la Nature,
amies de yeux comme les choses,
elles sont ce qu'elles sont,
avec une précision rondelette et aérienne,
et nul, pas même l'enfant qui les abandonne,
ne prétend qu'elles sont plus qu'elles ne paraissent.

Certaines se voient à peine dans l'air lumineux.
Elles sont comme la brise qui passe et qui touche à peine les fleurs
et dont savons qu'elle passe, simplement
parce que quelque chose en nous s'allège
et accepte tout plus nettement.

Poème XXV du Gardeur de troupeaux d'Alberto Caeiro

Certaines d'entre vous, nombreuses, ont plusieurs blogs, et j'en ai moi-même entamé trois... "Fan de Loup", l'histoire de la folle aventure d'éducation à la maison de nos 2 filles... "l'instruction est obligatoire, pas l'école" !! blog perdu dans les mailles de la toile que je suis moi-même incapable de retrouver, et finalement resté à l'état d'ébauche... "Le Petit ReNaudon, l'authentique", qui ambitionnait de publier notre journal à 8 mains du temps où nous faisions un vrai tirage papier, envoyé fidèlement à une vingtaine de lecteurs, et dont je voulais vous offrir les filles, un remake internet ! Le lien, végète sur le côté droit de "Bon sens et déraison", le seul que je parvienne à tenir de façon satisfaisante et régulière. Un jour sans doute, je relancerai tout cela !! Surtout Fan de Loup, histoire vécue, écrite aussi, et qui mérite d'être contée.
Et voilà qu'une autre idée m'est venue l'autre jour, alors qu'Alter rentrait tout fier de Royan avec un petit cadeau pour moi, un Lévi-Strauss réclamé il y a peu sur ce blog, et un autre cadeau pour nous car à partager tant c'est beau : "Le Gardeur de troupeaux" d'Alberto Caeiro... J'ai tout de suite eu envie de publier un poème par jour, accompagné d'une photo judicieusement choisie et d'une réaction personnelle, brève. L'idée est belle, mais cela se ferait au détriment de mon boulot (et déjà que les fonctionnaires sont mal aimés, mal évalués et réputés tire au flan, vous imaginez le travail !!), au détriment aussi de "Bon sens et déraison" que je tiens à entretenir vivant pour vous, les filles ! Cela pourrait être aussi pour plus tard, sauf qu'entre temps j'aurai d'autres idées !! Et c'est tant mieux...
Fernando Pessoa, son nom en portugais signifie personne, une personne, nous l'avons découvert en 2008, au Festival d'Avignon : le coup de foudre ! La pièce était savante, difficile à suivre, mais admirable et captivante, et à peine sortis, nous nous sommes précipités sur les infos existantes pour mieux comprendre ce phénomène littéraire absolu et incroyable qu'est Pessoa. Difficile de faire bref sur cet écrivain portugais dont je vous offre simplement une description rapide, puisée sur Wikipédia :
Prolifique et protéiforme, Pessoa est un auteur majeur de la littérature de langue portugaise et de la littérature mondiale (il est traduit dans un grand nombre de langues, des langues européennes au chinois). Il crée une œuvre poétique multiple et complexe sous différents hétéronymes en sus de son propre nom : Alberto Caeiro, qui incarne la nature et la sagesse païenne ; Ricardo Reis, l'épicurisme à la manière d'Horace ; Alvaro de Campos, le « modernisme » et la désillusion ; et Bernardo Soares, auteur du Livre de l'intranquillité, considéré par lui comme son semi-hétéronyme, plus proche de l'auteur orthonyme. Il signe aussi quelques textes en prose sous son propre nom, comme Le Banquier anarchiste. L'hétéronymie deviendra sa façon d'être. De multiples autres hétéronymes auront des fonctions diverses, de l'astrologie à l'auteur de rébus. Il reste que les grands hétéronymes littéraires auront une telle force, seront à l'origine d'une si unique création littéraire que l'auteur leur trouvera même à chacun une biographie justifiant leurs différences. Fernando Pessoa deviendra "le cas Pessoa" pour grand nombre d'intellectuels, de critiques, de littérateurs, de simples lecteurs.
Concernant Le Gardeur de troupeaux, Pessoa raconte qu'un jour de mars 1814 il s'approcha d'une commode haute et, prenant un papier " je me mis à écrire, débout, comme je le fais toutes les fois que je le puis. Et j'écrivis trente et quelques poésies, en une espèce d'extase dont je ne saurais définir la nature. Ce fut le jour triomphal de ma vie, et jamais je ne pourrai en connaître de semblable... Et ce qui suivit fut l'apparition en moi de quelqu'un à qui je ne tardai pas à donner le nom d'Alberto Caeiro... mon maître". Le plus étonnant pour l'auteur est que, libéré de sa propre inexistence en tant que Caeiro, il prit ensuite un autre papier où il écrivit d'affilée également, une suite de poèmes La Pluie Oblique, sous le nom de Pessoa.
Le Gardeur de troupeaux est un homme qui vit aux champs, un sage sensuel, détaché de la vanité du monde, et dont le regard oscille sans cesse entre stupeur et émerveillement. Un délice à déguster seul ou à deux, car cela se prête merveilleusement à la lecture à haute voix, et dont je vous offre un poème choisi... C'est parce que ce choix a été très difficile que je rêvais un blog Caeiro !! Le choix s'est fait en hommage à Koka, sur une photo prise par Mandarine... C'est frustrant de ne vous en offrir qu'un, mais je suis certaine que vous aurez envie de le découvrir en entier !!


Quelques liens pour mieux apprécier cet auteur :
L'article de Bibliomonde sur Pessoa avec tous les ouvrages de lui référencés sur Bibliomonde, liste à droite
Pessoa, sa vie, son œuvre par Inês Oseki, dans la République des lettres

mercredi 2 janvier 2008

LISBOA JOUR 5

Dernier matin, consacré en partie aux bagages et achats de retour. Puis direction le musée d'art ancien pour une visite qu'il aurait mieux valu faire avant la fondation Gulbenkian. Certes ce musée renferme quelques merveilles, mais cela reste un musée, c'est à dire par moments un ramassis peu alléchant d'œuvres mineures mais supposées importante pour retracer l'évolution chronologique et artistique du pays. C'est ainsi qu'il a fallu nous tartiner de longues files de saints 17ème, d'ennuyeuses séries de peintures religieuses maladroites et autres objets de culte sans grand intérêt.
Les pièces les plus marquantes sont une magistrale tentation de Saint Antoine par Jérôme Bosch, le polyptique de l’Adoration de Saint Vincent, peint par Nuno Gonçalves entre 1460 et 1470 et des paravents japonais qui venaient à point pour illustrer l' expositions vue à Bruxelles, à la gloire des portugais explorateurs.

Le musée étant à côté de l'ambassade de France, nous avons déjeuné avec Fred avant de partir, et avons sacrifié au rituel baccala... Bonne certes, mais quelque peu roborative. Comme toute la cuisine portugaise au demeurant, agréable, naturelle et simple mais toujours un peu lourde.
Il ne nous restait plus qu'à regagner Bordeaux, en un temps record cette fois-ci, et à défaire nos valises.

mardi 1 janvier 2008

LISBOA JOUR 4

En ce petit matin nouveau, il régnait parmi nous trois une douce impression de recommencement et d'attente. C'est étrange ce que l'on peut être impressionnable, il suffit d'un numéro théorique de jour, et voilà qu'on a l'âme en vadrouille.
Vadrouille ? Où aller ? Le ciel vers l'ouest était sombre, agité même, et notre projet de journée à Sintra semblait bien compromis. J'avais très envie de parcourir le nouveau pont du 25 avril, mais la perspective de 18km aller et autant retour juste pour rouler sur l'eau, c'était bien déraisonnable.
Nous avons donc décidé une virée vers Setubal, le ciel paraissant plus clément dans cette direction.



Le port, ses barques de pêches enchevêtrées, les mouettes affolées par les reliefs de fêtes aux coins de rues. Puis plus loin, dans la montagne, de magnifiques échappées sur la pointe, malheureusement bien mutilée de Sétubal (on pouvait de faire une idée de ce que l'industrialisation peut pourrir un paysage, à bas les méthaniers !).

En fin d'après-midi, mes hommes criaient famine, nous sommes redescendus sur une plage tranquille, promenade en ramassant des cailloux et des coquillages, et enfin déjeuner très tardif sur une terrasse surplombant un morceau d'estuaire. Ah la magie des estuaires, on ne s'en lasse pas décidément. Même si mes deux mecs étaient finalement plus attirés par le somptueux riz aux fruits de mers qu'ils ont englouti comme s'ils n'avaient pas mangé depuis trois jours, le vinho verde aidant, l'ambiance s'est faite à la confidence et à la somnolence.


Il ne nous restait plus qu'à faire retour vers notre point d'attache, par le fameux pont du 25 avril, long, long mais assez peu spectaculaire à la nuit noire. Nous avions commencé l'année tout en douceur, courant tous les 3 comme des enfants à la recherche d'images contrastées et typiques, chacun armé de son appareil photo et de son œil, curieux et attentif à la moindre variation de reflet. C'est bien la photo quand tout le monde participe !!

lundi 31 décembre 2007

LISBOA JOUR 3

Fred travaillait à l'ambassade le matin, et j'en ai profité pour aller faire quelques courses vaguement éclectiques et peu organisées, pour le repas du soir. Pas évident de prévoir un repas quand on n'est pas dans son cadre culinaire, j'avais perdu tout repère et j'ai acheté au petit bonheur des tas de trucs inutiles !
Nous l'avons rejoint à pieds après une superbe balade en descente, fort heureusement, qui passait par la mer des eaux, un endroit étonnant qui abrite les anciens réservoirs de Lisbonne dans un immense bassin aux reflets transparents. De là, part l'aqueduc qui alimentait la ville.


Plus loin, nous avons traversé les jardins d'Estrella, aux essences tropicales luxuriantes, et le soleil jouant sur les ginkobilobas donnait aux frondaisons une allure de trésor oublié.


Je voulais à tout prix déjeuner sur une terrasse et nos pas nous ont conduits à proximité de l'ambassade, dans un petit restaurant sur les quais. La serveuse ne voulait pas nous servir le plat de crevette commandé, au motif qu'il y avait du pain. Nous avons insisté, sans doute trouvait-elle ce plat rustique, un épais brouet composé de pain, ail et persil, largement agrémenté de gambas grillées, et sur lequel elle battit un œuf cru au moment de nous le servir, trop typique et trop simple pour des touristes. De fait, c'était délicieux mais très plombant. Pas moyen d'avaler quoi que ce soit d'autre durant de longues heures après sa dégustation !



Ensuite nous avons pris un taxi pour monter vers les hauteurs, enfin d'autres hauteurs car Lisbonne caracolle d'éminences en collines, dans le quartier fort joli de la cathédrale et du château saint Georges. C'était manifestement la promenade post prandiale de ce jour de congé, mais le calme et la sérénité de cette foule paisible avait quelque chose de reposant. A la tombée du jour, nous avons dégusté le coucher de soleil sur l'estuaire, vu enfin au loin le Pont Vasco de Gama, et suivi longuement des vols d'étourneaux qui chorégraphiaient d'improbables et gracieuses figures.


Notre soirée s'est étagée selon les préceptes traditionnels de l'attente des 12 coups de minuit. Apéritif copieux, ouverture appliquée des pousses en claire ramenées de Mornac, la photo d'Hélène en témoigne, puis improvisation d'une dînette modeste mais sympathique.


dimanche 30 décembre 2007

LISBOA JOUR 2

La journée s'annonçait superbe, et aller s'enterrer dans un musée n'était pas, a priori, la meilleure idée. Nous avons pourtant passé l'une des plus enthousiasmante journée qui soit. La fondation Calouste Gulbenkian est un lieu absolument exceptionnel, LE musée à l'état idéal. Chaque œuvre est choisie, pesée, calibrée à l'aune du goût, parfait, de son acquéreur. Calouste Gulbenkian a fait fortune dans les pétroles irakiens. Grand amateur d'art, il consacra une grande partie de sa fortune à constituer une collection, immense, éclectique mais pour autant passionnante.

Quelques toiles rares, telles les Centaures de Rubens, le portrait d'un vieillard de Rembrandt et d'autres oeuvres des grands noms de la peinture européenne comme Van Dyck, Turner, une série hallucinante de Guardi, Quentin de la Tour, et j'en oublie des dizaines. Mais les objets d'art ne sont pas en reste avec des pièces de toutes les époques allant de l'Egypte en passant par l'art grec jusqu'à l'art déco : une collection ébouriffante de Lalique éclipse, a posteriori, l'exposition consacrée à ce joailler au Luxembourg.

Des céramiques islamiques, chinoises, des meubles XVIIIème d'une qualité irréprochable, des merveilles d'argenterie de la même époque, quelques manuscrits enluminés, des ivoires français admirables, des médailles italiennes rares, chaque salle réserve une nouvelle quantité d'émerveillement, et le plus étonnant est que la visite du musée n'est jamais fatigante. Preuve s'il en est que la qualité est le critère absolu de l'intérêt.

La présentation, la muséographie comme on dit aujourd'hui, est parfaite. Dans les salles, on trouve peu d'objets mais chacun d'eux est digne d'intérêt, admirablement mis en valeur et souvent situé en contexte. En plein parc naturel, le musée fut construit selon les préceptes de Frank Lloyd Wright et s'intègre parfaitement dans le paysage.


Nous avons pris un déjeuner mémorable sur la terrasse ensoleillée de la cafétéria, servis par une douceur printanière. Avant de quitter ces lieux magiques, un petit thé à la tombée de la nuit au même endroit, nous permis de nous reposer un peu avant le retour vers l'appartement, en admirant les illuminations sobres mais élégantes de la ville.


Fred est arrivé vers 21 heures, sans doute un peu triste de finir ses vacances si tôt, et nous avons passé une soirée de retrouvailles très paisible. Cela faisait au moins trois ans que nous ne nous étions vus, et cette étape amicale était un moment d'exception.

samedi 29 décembre 2007

LISBOA JOUR 1

Mais non ! Ce ne sont pas des portugais pour faire couleur locale, juste une photo Mac Do !!

Arrivés hier au soir après un vol d'une longueur un peu exaspérante, les retards accumulés dûs au brouillard nus ont finalement occasionné un voyage de 12 heures, nous avons pris d'assaut le premier petit resto typiquement portugais, plein à craquer de nés natifs en goguette, et fait un super repas de poissons, joyeusement arrosé.

La vue de l'appart de Fred, en reflet Michel, en face une superbe brune !
Au réveil, le brouillard était encore au rendez-vous, et si le lever de soleil vu de l'appartement de Fred avait quelque chose de magique, on ne pouvait pas prévoir qu'il était vers Belem d'une densité à couper au couteau. Le chauffeur de taxi, trop aimable pour être honnête, qui nous y a conduits, en a profité pour nous faire faire 2 fois le tour de la ville, passant même devant le monastère sans qu'on le voit, au motif qu'il s'était perdu ! Nous avons ri aux éclats de la mésaventure qui lui a rapporté une course triple, lui aussi devait être content de notre candeur. A part cette drôle d'histoire, les chauffeurs de taxi de Lisbonne sont très honnêtes et les courses très bon marché, et nous en avons usé et abusé car les montées de cette ville sont terrifiantes.

Le podium du départ, noyé dans la brume
Dans le quartier de Belem, partout podiums, barrières, tentes blanches et panneaux multicolores, le départ du Lisboa Dakar, alias Paris Dakar, se préparait activement, ignorant du sort malheureux qui l'attendait.


Au monastère des Jeronimos, impossible d'avoir une vue complète de l'église, tant la visibilité était réduite. La surcharge décorative extrême du style manuélin n'empêche pas l'ensemble d'être harmonieux, et le cloître est de loin la plus belle réussite du lieu.


Dans les bâtiments qui prolongent la perspective, nous avons admiré une succession d'expositions somptueuses, dont une présentation étonnante sur des bijoux énoooooormes, tout d'or tressé et des volutes gracieuses, utilisés lors de fêtes traditionnelles dans un village portugais, et un trésor impressionnant, pièces, torques et barettes de manteau. J'ai même réussi, par le jeu des vitrines, à essayer un torque somptueux !



Après un en-cas rapide mais lourd, que ces préparations huileuses sont bonnes, nous avons découvert, au bord du quai, le célèbre monument dédié aux explorateurs. A peine si l'on en voyait la poupe, tant le brouillard était dense. Le pont Vasco de Gama qui passe au dessus était invisible, pas plus qu'on ne voyait la tour de Belem, au loin.



A Belem, la foule se pressait dans le petit escalier en colimaçon, et la montée a pris des allures d'exploration, pour arrivant au sommet, contempler une mer de nuages épais et vaguement suggestive. L'endroit, chargé d'histoire et évocateur, prenait dans le brouillard des allures mystérieuses.

En descendant, le soleil a fait une apparition un peu coquette, juste le temps de nous offrir les nuances étudiées de son coucher sur le centre culturel de Belem. Grande bâtisse moderne, belle mais froide, aux pierres orangées et aux volumes savamment imbriqués.


Le centre accueille depuis juillet 2007, une fondation d'art moderne importante, et nous avons décidé de tenter l'expérience, avançant les arguments traditionnels, il ne faut pas être borné, cela peut être intéressant, on ne va quand même pas mourir idiots. Que dire sinon que nous y avons mis beaucoup de bonne volonté mais que l'histoire s'est soldée par une grande déception, et un état fortement dépressif à la sortie du musée, ayant subi sans arriver à réagir, une suite invraisemblable de provocations inintéressantes, allant de la collection avouée d'échantillons de verres industriels au couple pornographique grandeur nature, étalé sur le sol d'une salle, dont les visiteurs évitaient avec soin de s'approcher, créant autour d'elle un vide révélateur de la gêne provoquée par cette étreinte hyper réaliste. Le plus drôle fut l'égouttoir à bouteilles de Marcel Duchamp : l'œuvre exposée portait le numéro 4/8, et la date de 1964. Un panneau expliquait que l'original datait de 1914, Duchamp avait 27 ans et il s'agissait d'une provocation plutôt sympatique. Ce qui l'est nettement moins c'est que 50 ans après, il décida d'en refaire un tirage, de 8 exemplaires numérotés, dont on imagine sans peine qu'il en tira une fortune ! La vue du monastère de Belem, au soleil couchant, était superbe du musée d'art moderne.



La journée s'est terminée en queue de poisson. Il nous est venu à l'idée, parce que nous aimons vraiment le fado, de nous offrir une soirée spectacle dans un des multiples restaurants du quartier de Baira Aixa. Un peu méfiante, je suis allée demander l'avis du gardien de l'immeuble, afin qu'il nous indique un endrit pas trop frelaté. A croire que les gens de Lisbonne ne portent pas un grand intérêt au fado, il nous a dirigé vers les boîtes à touristes les plus détestables qui soient. A l'arrivée, les taxis déchargeaient à la pelle des dizaines de japonais devant des enseignes connues. Nous avons parcouru le quartier en tous sens à la recherche de la perle rare, et introuvable. De guerre lasse nous avons choisi un resto que le guide qualifiait d'authentique et familial. Las, une catatrophe. Parqués au rang des français, coincés entre le mur et la porte d'où venait un air humide, nous avons été pris en main avec brio, repas complet expédié en 60 minutes, entrée et dessert compris. Le brouet était insipide, à moitié froid et mal cuisiné. Quelques interprétations moyennes de fado par le patron et les serveuses, et illico, l'addition, exorbitante (3 fois le prix du repas le plus cher de notre séjour), dehors une nouvelle fournée attendait son tour en piétinant. Mais le pire, était une tablée d'italiens qui occupait le fond de la salle et qui, à chaque nouvelle interprétation, haussait le ton d'une conversation déjà bruyante, pour couvrir le "bruit" de la musique. Impossible de leur faire baisser le son, ils étaient déchainés et odieux. Nous sommes rentrées tristement en commentant, en peu en boucle, les méfaits du tourisme de masse à la recherche d'une impossible authenticité. Las...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...