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jeudi 28 août 2014

EDGAR MOREAU : JEUNE ET SI PROMETTEUR


Il a grandi depuis cet époque où Autour du Puits nous parlait déjà de lui, mais il reste un jeune prodige, comme aiment à l'annoncer les journaleux de service, dépêchés aux concerts, pour y pondre quelqu’article de bon aloi. Cela ne se laisse pas passer, ne serait-ce que pour vous dire fièrement dans quelques années "vous en souvient- il ? j'y étais ! " . Mais non, je plaisante ... il s'agit seulement de vous parler d'un jeune violoncelliste plus que prometteur, et qui, si sa carrière est bien conduite, devrait compter parmi les plus grands dans les décennies à venir. Vous le connaissez peut-être, car la bienheureuse manifestation des Victoires de la Musique Classique l'a déjà mis sur le devant de la scène. Bienheureuse, dis-je, malgré mon aversion dûment répertoriée pour la chose télévisuelle, car il faut bien avouer que sans passage à l'étrange lucarne, les plus talentueux restent de pauvres inconnus. Et s'il faut en passer par là pour promouvoir les talents, passons allègrement.


Donc Edgar Moreau, que nous avons entendu, excusez du peu, dans 4 concerts, me semble idéalement devoir devenir un grand violoncelliste. A peine 20 ans, mais déjà un jeu "habité". Une technique irréprochable, de celles qui permettent d'offrir au public béat ces petits tours de force ''paganiniens"qui, enfin de concert entraînent des acclamations nourries, mais aussi un son rond, chaud, profond ... des attaques impeccables et, surtout, un sens très aigu de la partition... tous les ingrédients sont là pour assurer à ce tout jeune homme un avenir brillant. Invité par le quatuor Modigliani dans le cadre d'une"carte blanche" des Jeudis Musicaux royannais, il nous a d'abord offert un concert en soliste, Bach, Crumb et Ligeti. Plus tard, dûment "couvé" du regard par les quartettistes attentifs, il a interprété avec maestria le quintette avec violoncelle de Schubert. Puis, c'est dans le cadre du Festival du Périgord Noir, que nous l'avons retrouvé pour une carte blanche, deux jours plus tard, à Saint Léon sur Vézère. D'abord en duo, avec le très talentueux Pierre-Yves Hodique au piano, pour des oeuvres de Brahms, Chopin, Beethoven et Paganini. Et le soir, en quatuor avec sa petite soeur, Raphaelle, un peu tendue - mais elle a encore un an de moins que lui - et avec Adrien La Marca  à l'alto et l'excellent David Kadouch au piano. Au programme des œuvres de Mozart, Schumann et Tanguy.


Pour en revenir à notre "héros" du jour, je vous assure qu'il a un potentiel étonnant ce minot ! Car non content de manier l'archet avec une virtuosité rarement prise en défaut, il a une "vraie" sensibilité. Edgar Moreau est aussi pianiste, il a même décroché des prix d'interprétation à cet instrument, et ceci explique peut-être son approche particulièrement fine des œuvres. Immergé dans la partition, il fait preuve d'une maturité et d'une autorité qui "habillent" ses interprétations d'une présence idéale.
L'ampleur et l'élégance de son jeu doivent aussi, il ne faut pas le nier, au merveilleux instrument qu'il a la chance de posséder : un David Tecchler de 1711 qui, chose rare, lui appartient ou du moins appartient à sa famille. Le père d'Edgar étant antiquaire, il a eu l'occasion d'acheter et de faire restaurer cette pièce rare du luthier autrichien, qui après avoir vécu à Salzbourg, travailla aussi à Venise et à Rome où il se rendit célèbre pour ses violoncelles remarquables. Peu d'instrumentistes ont la chance, surtout à 20 ans (en fait il le joue depuis le concours Rostropovitch gagné en 2009), d'avoir une pareille merveille.


Un drôle de phénomène que de voir cet enfant tenir sous le charme une assemblée de mélomanes chenus, un peu "revenus" de tout et ayant, souvent, entendu tous les disques, comme d'autres ont, en leur temps, lu tous les livres. Il vous prend, à écouter ainsi ces tout jeunes artistes, des états d'âme sur la vie que mènent ces enfants surdoués. Pas forcément privés de jeunesse mais pour le moins soumis à une discipline de fer, des heures de gammes et de travail ingrat et répétitif, la pression permanente des concours, le stress impitoyable de la compétition; les attentes exigeantes de l'entourage... tout cela pour exercer un métier ingrat, courir de pays en sous préfecture, logeant de-ci, de-là, supportant des publics divers, pas toujours très attentifs, plus ou moins mélomanes et n'appréciant pas forcément à sa juste valeur l'étendue de votre talent. Quel mérite alors de donner, comme le fit Edgar Moreau tant à Royan qu'à Saint Léon, le meilleur de soi-même... Jugez-en en écoutant l'émission de France Musique le concert de midi : écoutez cet archet, puissant, précis et tellement convaincant ! Un vrai plaisir... Pourvu que sa carrière soit bien menée, pourvu qu'il soit porté par un entourage aimant et attentif pour affronter cette vie difficile de soliste ou de chambriste (un sacerdoce parfois !!), pourvu qu'il soit encore longtemps jeune, généreux et heureux de jouer pour nous.





Et pour en terminer avec Saint Léon, notre autre coup de cœur a été pour le tout nouveau trio "Les Esprits", créé en 2012 par Adam Laloum avec la violoniste Mi-sa Yang et le violoncelliste Victor Julien-Laferrière. Ayant une prédilection marquée pour le pianiste (que nous allons écouter vendredi prochain à Fontaine d'Ozillac), je vous avoue que j'attendais avec impatience ce concert. Non seulement mes attentes n'ont pas été déçues, mais j'ai été proprement enthousiasmée, prête à courir aux quatre coins du pays pour les entendre : une complicité sans égale, trois talents de haute volée qui jouent avec beaucoup d'humilité, chacun ayant à cœur de mettre les autres en valeur, et surtout un engagement rare et une sensibilité proprement idéale. Tout cela malgré un accord proprement calamiteux du piano (qu'Adam Laloum a subi avec une incroyable gentillesse : il a juste désiré reprendre en bis le mouvement complètement gâché du Mozart afin de ne pas nous laisser avec une mauvais impression !!), je suis certaine que si Gérard avait commis une pareille ineptie, il se serait fait hara-kiri dans l'heure ! Vatel s'est suicidé pour moins que cela. A suivre de très près ce trio !! Sublime...

jeudi 25 juillet 2013

SARLAT 62ÈME

En ce temps-là (dans les années 70), la Place de la Liberté s'appelait Place Royale et la plupart des pièces s'y déroulaient, paralysant le tourisme dans la ville pendant près d'un mois.Cette année,  seules deux pièces ont lieu au centre de Sarlat : les autres sont aux Enfeus ou à Sainte Claire.

Vous pensiez en avoir terminé avec le théâtre !? C'était compter sans le Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat, 62ème du nom, et qui, pour nous, a des relents de jeunesse !! Pensez donc, Alter, il y a fort longtemps, y fut le deuxième garde de La Reine Morte et le hallebardier d'Henri IV de Pirandello... à moins que ce ne soit le contraire ! C'est aussi là qu'enfant, je découvris (je ne connaissais pourtant pas encore Alter) les plaisirs du théâtre lors de brèves mais mémorables vacances sarladaises. Autant dire que, nostalgie aidant,  nous y allons toujours avec un réel plaisir. La programmation, assurée par Jean-Paul Tribout, y est de qualité, et on y assiste à un "vrai" théâtre, moderne certes, mais sachant respecter les textes et les auteurs. Tribout a des audaces et des courages qui méritent d'être salués : comme celui de faire une "journée des auteurs", qui permet chaque année de découvrir et d'apprécier des textes forts et qui font réfléchir. On a ainsi passé une soirée délicieuse dans la cour de l'Abbaye Sainte Claire : pour commencer ...



MONTAIGNE ET LA BOETIE : L'ENQUÊTE 
de Jean-Claude Idée
Texte lu par Katia Miran, Emmanuel Dechartre et Dominique Rongvaux.
Sarlat se targue, et c'est un des hauts lieux touristiques de la ville, de posséder la maison d'Etienne de la Boétie. Logique alors de consacrer un spectacle à la lecture du récent texte que Jean-Claude Idée, metteur en scène belge, a écrit à propos de l'amitié de ces deux écrivains incontournables. J.C. Idée part de ce paradoxe selon lequel Montaigne, qui a écrit les Essais essentiellement pour promouvoir, tel un "modeste écrin", le Discours de la servitude volontaire, n'a jamais publié ce texte dans ses Essais. Pourquoi cette abstention, Idée parle de "trahison", fort intrigante alors qu'il avait promis à son ami de le faire et proclame à qui veut l'entendre sa passion pour le jeune disparu ? Présentée par l'auteur lors de l'Université Populaire du Théâtre au Centre Culturel d'Uccle, le texte mène l'enquête par l'intermédiaire de Marie de Gournay, sa "fille d'alliance", sa "secrétaire", son dernier amour. Lecture enlevée et pleine de charme qui donne envie d'en savoir plus !

Après un petit vin de noix, une assiette périgourdine et une tarte tatin, partagés autour de grandes tables dressées dans la cour de l'abbaye, une deuxième lecture, mais plus "jouée" puisque l'acteur n'avait pas le manuscrit et, accompagné d'un violoncelle, il déclamait le texte avec toute la fougue et les nuances nécessaires pour le rendre vivant. Il s'agissait de ...



LE CONTRAIRE DE L'AMOUR : journal de Mouloud Feraoun
Mise en scène : Dominique Lurcel.   Avec Samuel Churin et Marc Lauras au violoncelle. Compagnie Passeurs de Mémoires
Le premier roman de ce fils de paysans kabyles, né en 1913, devenu élève de l'école normale d’instituteurs d'Alger, à une époque où seuls 5% des enfants algériens étaient scolarisés, est paru en 1954 sous le titre "Fils du pauvre". L'année suivante, il commence un journal, qui reste intime. Mouloud Feraoun devient rapidement directeur d'école, puis inspecteur des centres sociaux à Château Royal. C'est là qu'il est assassiné par l'OAS en 1962, quelques jours seulement avant le cesse-le-feu. Son journal, qu'il a tenu presque jusqu'à la fin, raconte l'évolution du mouvement d'indépendance et, à l'intérieur de ce mouvement, sa propre évolution, son cheminement intérieur, sa conscience déchirée.



C'est ce parcours difficile, intelligent et amer, que l'acteur Samuel Churin joue pour nous, accompagné par un violoncelle qui décrit ses états d'âme changeants, son incompréhension, sa colère, et sa révolte. La violence, la mort et la déchirure sont présents à chacune de ces pages qui vont de 58 à 62 : le journal, écrit en français, dans une langue élégante et précise, s'interroge sur les raisons de l'insurrection, dit, sans emphase, la guerre au jour le jour, la peur, les exactions, dans les deux camps, les petites lâchetés et les tortures... et la mort, qui approche inexorablement.



Cet homme, dont l’administration française avait changé le nom (dans son village natal, Tizi Hibel, il appartenait à la famille Aït Chabaâne), était ami de d'Albert Camus et d'Emmanuel Roblès. Déchiré entre ses racines kabyles et sa culture française, entre la haine de toute violence et son adhésion progressive aux idées nationalistes, il nous offre, à travers ces lignes pures et honnêtes, d'une stupéfiante lucidité, une merveilleuse leçon de courage intellectuel, une superbe réflexion sur l'engagement intellectuel et l'attachement à sa terre. Un superbe spectacle, tout en nuances et en réflexions fondamentales, qui donne envie, là encore, de lire "le fils du pauvre", "La terre et le sang" et, bien sûr, son journal, publié après sa mort.  


UN SONGE D'UNE NUIT D’ÉTÉ d'après Shakespeare, mêlé à The Fairy Queen de Purcell
Mise en scène : Antoine Herbez
Avec Ariane Brousse, Ronan Debois, Jules Dousset, Ivan Herbez, Orianne Moretti, Benjamin Narvey, Alice Picaud, Gaëlle Pinheiro, Marie Salvat et Maxime de Toledo. Compagnie Ah !
"Un" songe au lieu de "Le" songe, nous étions un peu réticents ! Ces "d'après" sont souvent l'occasion pour des metteurs en scène un peu trop égocentriques, plus soucieux de se faire plaisir en réinventant tout que de servir un auteur, et nous avons appris à nous en méfier. Mais avec Antoine Herbez et la Compagnie Ah, pas de souci de cette espèce ! 


Le texte de Shakespeare, certes, est épuré, le Songe en une heure trente, avec des extraits de The Fairy Queen en sus, forcément, tout n'y est pas. Mais l'ensemble est parfaitement lisible, l'esprit de la pièce n'est nullement dénaturé et, en contrepartie, on a un spectacle totalement réjouissant ! 


Les acteurs sont parfaits, certains parlent et font des acrobaties pleines de vie, d'autres chantent (fort bien), font de la magie, jouent de la musique avec beaucoup de précision ... tous "jouent" à merveille, les costumes sont absolument magnifiques, le rythme est enlevé, l'ensemble est gai, drôle, de très bon goût et sans une minute de répit. 


Le public ne s'y est pas trompé qui a fait à la Compagnie Ah un vrai triomphe : alors n’hésitez surtout pas, si cela passe près de chez vous*, allez voir ce Songe, spectacle complet et excellent divertissement. 


Bravo à Jean-Paul Tribout pour cette programmation qui a l'audace d'être simple, le courage d'être intelligente, et l'habileté d'être classique sans être ennuyeuse ni difficile : c'est un talent aussi d'être directeur artistique, et les sarladais peuvent être fiers du leur ! On y donnait aussi "La Guerre de Troie n'aura pas lieu", et je suis persuadée que la version de Sarlat sera plus au point que celle d'Angers, et que la troupe de Francis Huster sera nettement plus à l'aise en Périgord ! Si vous êtes en vacances dans le coin, allez au Jeux du Théâtre 62ème édition, longue vie à ce Festival de qualité. 

* spectacles programmés (en espérant que d'autres scènes le programmeront sous peu):
Jeudi 8 août - 21H45
STE SUZANNE (53) Festival des Nuits de la Mayenne
Dimanche 17 (17H) et lundi 18 (14H) novembre 
BONNEUIL (94) Théâtre Gérard Philippe
Vendredi 22 novembre (20H30)
LE PERREUX (94) Centre des Bords de Marne
Vendredi 13 décembre (20H30)
ARRADON (56) Théâtre La Lucarne

mardi 23 octobre 2012

20 000 ANS D'ÉCART



C'est aujourd'hui qu'a eu lieu l'installation symbolique de la pièce maîtresse du tablier central du nouveau pont de Bordeaux : amené par barge depuis Venise* l'objet est, vraiment, superbe ! Chargé sur une barge il y a plus de trois semaines, il a quitté l'Adriatique, fait le tour de la « botte » italienne, traversé la Méditerranée, franchi le détroit de Gibraltar et remonté l'Atlantique. Au total, plus de 5 000km ! Puis il est remonté le long de l'estuaire, a fait une halte au Verdon le 6 octobre et est stocké à Bassens depuis le 7. Vendredi dernier, il avait été transporté jusque devant le chantier déjà bien avancé du pont, où il a été exposé à l'admiration de tous durant tout le week-end avant d'être posé aujourd'hui. (voir vidéo en accéléré en fin d'article)



Symbolique car c'est le point d'orgue de cet ouvrage fabuleux qui va désenclaver le quartier de Bacalan, pour le relier à Bassens, le futur pont Bacalan Bastide**. Cette pièce constitue la partie mobile du tablier du pont qui, comme les croquis du cabinet d'ouvrage d'art*** qui l'a réalisé aiment à le montrer, se lèvera une soixantaine de fois par an pour laisser passer voiliers prestigieux et paquebots de luxe. Car, nous pouvons en témoigner, nous qui habitons en face du Verdon où s’amarrent ces navires quand ils n'ont pas le temps de remonter jusqu'à Bordeaux (il faut une journée pour faire l'aller, et autant pour le retour), l'estuaire a fortement développé sa vocation touristique et d'accueil des bateaux de croisière : ici, ces monstres marins ne sont pas déplacés, comme ils le sont à Venise, et ils sont tout de même préférables aux horribles méthaniers qui menaçaient notre zone Natura 2000 et le fragile équilibre du dernier estuaire naturel d'Europe.


Le pont devra être livré à la CUB avant le 31 décembre 2012, et le premier paquebot de la saison 2013**** "ms Astor" est attendu le 1er avril prochain, date à laquelle le pont devra donc fonctionner et pouvoir lever son tablier. Un ouvrage d'art d'une fort belle allure, qui a bien failli priver Bordeaux  de son inscription au Patrimoine mondial de l'Unesco, et qui marque la ville d'une empreinte moderniste du meilleur aloi. Or voilà que ce pont se dresse à proximité immédiate d'un lieu d'exposition aux manifestations variées et parfois passionnantes, Cap Sciences.


Depuis le 13 octobre et jusqu'au 6 janvier prochain, Cap Sciences accueille une présentation en tous points passionnante :  Lascaux, exposition internationale. Certes le titre n'a rien de décoiffant, et s'il a plu aux organisateurs de mettre en avant le fait, prometteur et gage de qualité, que cette exposition sera présentée à Chicago en mars 2013 et à Montréal en 2014, l'argument est finalement de peu de poids eu égard à l'intérêt intrinsèque de son contenu.


Il s'agit tout simplement de la présentation de ce qu'il est convenu d'appeler "Lascaux 3", en attendant que Lascaux 4 soit enfin terminé *****! Vous avez tous entendu parlé de la  grotte de Lascaux, de sa découverte en 1940 par de joyeux chenapans de Montignac, des relevés effectués grâce à l'initiative de l'Abbé Breuil, grande figure de l'archéologie préhistorique de l'immédiat après-guerre, des catalogues savants réalisés par André Leroi-Gourhan pour tenter de déchiffrer le mystère de ces représentations pariétales. Puis de l'affluence massive de visiteurs, peu respectueux du site, et surtout trop nombreux... Alter, qui en fit partie dans sa tendre enfance, se souvient essentiellement d'une cohue indescriptible, rendant la vision des peintures quasi impossible au petit garçon qu'il était, et des algues qui pendouillaient le long des chiches ampoules éclairant le parcours. Vous savez enfin qu'en 1963 André Malraux décida de fermer la grotte aux visites touristiques, et on ne revint jamais sur cette décision.
 
Tant et si bien qu'on réalisa dès le début des années70 un fac-similé de la grotte, qui ouvrit ses portes en 1983. Malheureusement, seule une partie du site fut reproduite, et cette grotte bis, faute d'entretien depuis 1996, subit à son tour les méfaits de la foule ! C'est ainsi que depuis août 2008 le site de Lascaux 2 est fermé entre trois à quatre mois par an,  pour procéder aux travaux de restauration progressive des fresques et des parois encrassées par la poussière liée au passage des visiteurs (270 000 par an). Autant dire que tout cela est fragile et difficile à voir.


Or voici que, grâce aux procédés de relevé au laser en trois dimensions des parois, au millimètre près, et à la technique du voile de pierre******, on a réalisé une maquette légère et extrêmement précise de la nef centrale de la grotte de Lascaux, maquette qui grâce à sa parfaite mobilité peut être facilement transportée et montrée au monde entier. C'est cette réalisation que présente Cap Sciences, avant sa traversée de l'Atlantique. Sont ainsi reproduits, grandeur nature et avec une exactitude impressionnante, le panneau dit « de l’Empreinte » et la frise des bouquetins, le panneau de la Vache Noire, le panneau des Bisons adossés et la Frise des Cerfs nageant situés dans la Nef, ainsi que la Scène du Puits.

 
Un éclairage intelligent, qui reproduit la luminosité des lampes à graisse trouvées sur le site, de jeunes guides attentifs et passionnés, des films explicatifs, des reproductions fidèles des objets trouvés sur place, et une maquette à 1/10ème de la totalité de la grotte permettent une (re)découverte impressionnante de ce site que plus personne ne peut aller troubler... Pas même les chercheurs, sauf de façon extrêmement réglementée et limitée : c'est ainsi que le photographe qui a réalisé la plus complète série de photos des peintures pariétales, n'a eu un droit d'accès à la grotte qu'une heure par semaine. Ce qui lui a valu de passer environ 10 ans de sa vie sur le site !! Il est ainsi devenu sans doute le meilleur connaisseur de ces réalisations artistiques dont la nervosité, la fraicheur, le sens du mouvement, voire d'une sorte de perspective rendue par des artifices picturaux très efficaces, nous fascinent encore et toujours ! 


Un rapprochement hallucinant que la reconstitution fidèle et très émouvante de cette grotte vieille de 18 000 ans et, à travers les grandes baies vitrées du musée, le pont futuriste qui enjambe la Gironde, lançant vers le ciel plombé d'automne ses hautes piles de pierre.


NOTES
* Chantiers de la Cimolaï à San Giorgio de Nogaro, près de Venise
** Sur les ponts de Bordeaux : voir sur le site de bordeaux.com
*** Le cabinet choisi est le caniet Cheron Lavigne, selon un projet qui ressemble beaucoup au pont Gustave Flaubert de Rouen, réalisé par Aymeric Zublema (hôpital Georges Pompidou, Stade de France ...). Le projet de ce dernier, proprement futuriste et d'un look à couper le souffle, n'a malheureusement pas été retenu par la CUB.
**** Le calendrier 2013 complet est disponible ici.
***** Un centre national d'art pariétal présentant, entre autres, un fac-similé intégral de toutes les parties ornées de la grotte de Lascaux (salle des taureaux, diverticule axial, passage, puits, abside et nef) doit voir le jour à proximité du site original. Un concours d'architectes a été lancé pour ce projet aussi appelé Lascaux 4. Parmi 163 offres parvenues, le comité de pilotage retiendra l'équipe définitive fin 2012. Les travaux, sous maîtrise d'ouvrage du conseil général de la Dordogne, devraient s'étaler de fin 2013 à 2015, l'ouverture au public étant prévue pour l'été 2015
****** C'est un sandwich de fibre de verre, de résines, de colles spéciales et d'un mélange minéral tenu secret. Il est très fin, très léger, très solide et surtout très fidèle à la paroi de la grotte. 


dimanche 21 octobre 2012

DES CÈPES !!!

Première étape : les cèpes, soigneusement nettoyés par Alter (il "gaspille" moins que moi, un vrai chef de l'épluchage économique) sont découpés en fines lamelles, et mis à revenir dans l'huile d'olive à feu très vif : on reste sagement à côté de la poêle, et on remue sans cesse, en faisant attention de ne pas écrabouiller les morceaux, afin que l'eau rendue s'évapore. A côté de la poêle, les jolis petits "babies" ont été mis de côté pour le carpaccio !

Que celui qui n'a jamais péché me jette la première pierre... J'étais en train de fureter dans mes "statistiques" ... toujours cette fascination de voir le compteur augmenter (mais il y a VRAIMENT des gens qui me lisent ???), de croiser des visites en provenance de Lebanon, d'Australie ou de Corée, et puis aussi l'amusement de regarder les arguments tapés sur Google par ceux qui ont "abouti" sur votre blog ! Ayant constaté avec une certaine satisfaction que la "Mertensia Maritima" a fini par doubler "Vos premières fois (suite)", avec une fréquentation très régulière, surtout durant l'été, et m'être dit que cet hiver "la mique sarladaise" va se refaire une santé, je consulte les items de recherche de la semaine qui vient de s'écouler. Et là, surprise, ce n'est plus la feuille d'huître qui tient le haut du pavé, mais la demande "carpaccio de cèpes".
Miammm, c'est trop bon ça... mais j'ai mis une recette de carpaccio de cèpes moi ?? Et voilà que cela me donne une furieuse envie d'en tâter à mon tour. Question de saison, je vous le disais bien. Or, en partant vers le Bassin d'Arcachon, nous remarquons le long des bois charentais, puis dans les chemins creux landais, l'indice incontestable tant attendu : des dizaines de voitures, des silhouettes furtives, chaussées de bottes et armées de paniers profonds... Ils ne vont pas à des rendez-vous galants, ces gens-là !! Plus aucun doute n'est permis, les cèpes sont enfin arrivés dans la région. Il y en avait déjà quand nous avons fait notre virée en Languedoc Roussillon, puisque nous avons pu en déguster une platée mémorable dans une petite auberge du côté de Castres. Puis on a entendu parler de pousses généreuses en Dordogne... mais ici, toujours rien. Et voilà que cette semaine, nous en avons à notre tour. Normal avec cette pluie et la douceur d'arrière-saison, d'ailleurs on les attendait avec impatience.
Alors, à défaut de parcourir les bois, au risque de se perdre et surtout de prendre une bonne douche, nous avons profité des vendeurs sur le bord de la route pour rapporter de quoi préparer un beau carpaccio, d'autant que les champignons sont encore tout jeunes et leur fermeté s'accommodera fort bien de ce mode de présentation très savoureux. J'ai trouvé la recette sur Bon Sens et Déraison !!! Si, si !

 Plus tard : l'eau s'est totalement évaporée, les cèpes sont dorés à point, dans une poêle à part, les pommes de terre mijotent doucement, un peu à l'étouffée après avoir été saisies en bonne et due forme ! La dégustation approche !

Et comme dame nature est plutôt généreuse, et que les cèpes ne sont jamais aussi bons qu'au début, nous avons acheté de quoi nous offrir plusieurs festins : la poêlée traditionnelle qu'on nomme chez Alter "à la sarladaise", mais revue et corrigée par mes soins : en évitant surtout de faire "bouillir" les cèpes, donc en les faisant cuire longtemps à feu vif, en remuant sans cesse, de façon à faire évaporer toute l'eau qu'ils rendent. En les faisant revenir plutôt à l'huile d'olive qu'à la graisse d'oie de façon à ce qu'ils soient plus dorés, plus fermes, moins écrasés et confits. L'huile d'olive d'ailleurs, respecte mieux le goût du champignon. Et pour finir, en servant les pommes de terre d'accompagnement à part, et non en galette mélangée avec les champignons, la patate n'étant là que pour "rincer" les papilles entre deux bouchées de cèpes, dont on redécouvre chaque fois la saveur, en offrant une nouvelle virginité au palais . Autant dire que cela n'a plus rien à voir avec la recette familiale, (je vous épargne la référence à Pampille !!) où, trop recuit, le cèpe finit par perdre son bouquet au profit d'un mélange un peu trop gras et lourd. Il faut parfois revisiter les classiques, n'est-ce pas ?

A table !! Cèpes et patates font chambre à part, mais se mettent en valeur l'un l'autre ! Ils accompagnent délicatement et avec beaucoup d'esprit un filet mignon de veau, doublé d'une jolie tranche de poitrine bien grillée, qui a le double mérite d'abaisser le prix de revient de votre préparation (le filet mignon est tout petit) et d'apporter un peu de moelleux à la dégustation de la viande ! Tout en fournissant un jus de cuisson riche en sucs et savoureux.

Et pour finir, il reste quelques champignons qui, demain, feront un régal avec quelques œufs brouillés et là, par contre, côté saveur, pas de doute, ce qui exhale le mieux le goût du bolet comestible, c'est bien l’œuf et la patate !! Vive l'automne !


Et le carpaccio de cèpes, prétexte de cet article, me direz-vous ?? Le voici, selon la recette de Michelaise !! Toujours préparé avec l'huile de Fontvieille... mais sans soleil !

lundi 31 octobre 2011

MARQUEYSSAC A 4 Z'YEUX


Les jardins suspendus de Marqueyssac, une "folie" toute moutonnante de buis taillés aux formes arrondies et douces, s'étendent sur un éperon rocheux qui domine la Dordogne. Un site extraordinaire qui embrasse Domme, la Roque-Gageac, Saint Julien de Cénac, le château de Catelnaud, ceux de Feyrac et de Beynac. Aménagé sous Napoléon III par Julien de Cerval, qui avait visité l'Italie et voulait reproduire en Périgord les impressions méditerranéennes, il se développe sur un éperon calcaire très sec, ce qui a permis de cultiver sur le versant sud des espèces méditerranéennes qui donnent le ton.
Ce magistrat sarladais était passionné d’arbres fruitiers et de jardins. Engagé dans la Légion romaine des zouaves pontificaux, il combat aux côtés du pape. Au retour d'Italie, il fait planter les dizaines de milliers de buis du domaine. Il édifie le petit bâtiment d'architecture italienne à l'ouest du bastion, de nombreuses allées sinueuses reliées par quelques escaliers, des rocailles et trois cabanes en pierre sèche qui jalonnent le parc. Il introduit à Marqueyssac différentes plantes ornementales : cyprès, pins parasols et cyclamens de Naples qui forment aujourd’hui de beaux tapis colorés. Terminé par une esplanade conçue comme un rendez-vous voué aux divertissements, cet immense jardin cache des haltes diverses, un calvaire, une gariotte, l'abri du poète, une allée cavalière, des cascades, autant de lieux qui animent la promenade aux accents très romantiques.
Visions croisées... en haut Michelaise, en bas Alter... à moins que ce ne soit l'inverse ??
En tout cas, sur tous les montages, la disposition est la même.
Le fond est soit de l'un soit de l'autre !
La dernière photo vous donnera la solution !!




vendredi 30 septembre 2011

LES JARDINS D'EAU DE CARSAC AILLAC



Dans un site superbe mais improbable, sur des coteaux arides on a, il y a fort longtemps déjà (le site parle du XVIème siècle, pour les premiers bassins sans doute), capté les eaux de la Dordogne et grâce à des pompes de relevage, alimenté des bassins et autres lacs artificiels qui se déversent l'un dans l'autre, rafraichissant au passage une flore variée et fort belle en ce début d'automne. Des nénuphars, des lotus d'eau et des quantités d'autres plantes immergées. L'ensemble est tellement bien intégré dans le paysage que ce jardin "construit" semble naturel et sa luxuriance scintille aux rayons du soleil couchant. Une promenade merveilleuse que la traque des grenouilles rend encore plus vivante.









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