Solution incertaine de la nature morte au pain : je n'ai, bien entendu, pas vu la radiographie mais juste une mauvaise photo dans catalogue de l'expo. C'est cette photo que je vous ai soumise. D'après l'auteur du catalogue "la radiographie faite à l'occasion de son acquisition révèle que Chardin y avait fait figurer quelques concombres sur la droite. Allons pour les concombres, pas quelques, un ou deux. Mais distingant une masse feuillue à l'endroit où est planté le couteau, ce serait un chou. Ce qui expliquerait le mystère du couteau... Ensuite j'ai trouvé ici ceci :"Une étude radiographique du tableau révèle les repentirs de l’artiste (les repentirs sont les « erreurs », les changements opérés par l’artiste et qu’il cache sous une couche picturale) : ainsi, au départ, un énorme chou vert se trouvait derrière la bouteille tandis qu’un citron remplaçait la petite cuillère". Pourtant la petite cuillère est bien présente sur la radiographie, et ces gros fruits sont plutôt des concombres. A moins que celui qui est posé dans le plat ne soit un citron. Enfin, il me semble distinguer très nettement sur la gauche, et je n'en ai trouvé trace dans aucun commentaire, une cruche avec une anse, alors que je ne vois pas trace de la carafe qui figure sur la peinture définitive. La "cruche" est décalée sur la gauche de l'assiette alors que la bouteille figure au milieu de celle-ci. Bref, une peinture bien remaniée !
Le mot VERRE D’EAU serait en quelque façon adéquat à l’objet qu’il désigne… Commençant par un V, finissant par un U, les deux seules lettres en forme de vase ou de verre. Par ailleurs, j’aime assez que dans VERRE, après la forme (donnée par le V), soit donnée la matière par les deux syllabes ER RE, parfaitement symétriques comme si, placées de part et d’autre de la paroi du verre, l’une à l’intérieur, l’autre à l’extérieur, elles se reflétaient l’une en l’autre. Le fait que la voyelle utilisée soit la plus muette, la plus grise, le E, fait également très adéquat. Enfin, quant à la consonne utilisée, le R, le roulement produit par son redoublement est excellent aussi, car il semble qu’il suffirait de prononcer très fort ou très intensément le mot V E R R E en présence de l’objet qu’il désigne pour que, la matière de l’objet violemment secouée par les vibrations de la voix prononçant son nom, l’objet lui-même vole en éclats. (Ce qui rendrait bien compte d’une des principales propriétés du verre : sa fragilité.)
Ce n’est pas tout. Dans VERRE D’EAU, après VERRE (et ce que je viens d’en dire) il y a EAU. Eh bien, EAU à cette place est très bien aussi : à cause d’abord des voyelles qui le forment. Dont la première, le E, venant après celui répété qui est dans VERRE, rend bien compte de la parenté de matière entre le contenant et le contenu, – et la seconde, le A (le fait aussi que comme dans OEIL il y ait là diphtongue suivie d’une troisième voyelle) – rend compte de l’œil que la présence de l’eau donne au verre qu’elle emplit (l’œil, ici, au sens de lustre mouvant, de poli mouvant). Enfin, après le côté suspendu du mot VERRE (convenant bien au verre vide), le côté lourd, pesant sur le sol, du mot EAU fait s’asseoir le verre et rend compte de l’accroissement de poids (et d’intérêt) du verre empli d’eau. J’ai donné mes louanges à la forme du U.
F. Ponge, Le Grand Recueil
La réputation de Michelaise n'est plus à faire. Soiffarde, arsouille, bois-sans-soif, il est d'usage d'en faire, au motif qu'elle défend la culture viticole et l'oenologie propres à sa région d'origine, une consommatrice invétérée d'alcool divers. Un fond de verre la rend hilare, et l'entraine à prétendre qu'on ne peut jamais s'amuser dans cette maison, où "tout le monde" (entendez Alter) est sérieux comme la pluie. Il est vrai que les parfums d'un petit Pessac Léognan ou les effluves d'un Sauternes la rendent lyrique. Elle préfère les vins expressifs et ceux qui, aériens, tapissent les papilles d'arômes élégants en développant leurs rondeurs sans aspérité.
Mais de là à ne jamais consommer d'eau, ce serait la méconnaitre. Elle n'est pas de ceux qui raillent ce breuvage en prétendant qu'il rouille les imprudents qui l'absorbent. Que non, Michelaise boit souvent beaucoup d'eau et, comme vous sans doute, la trouve bien meilleure dans un verre en cristal plutôt qu'à la bouteille. Pourtant, sa descente au goulot est impressionnante, voire, prétendent ses proches, dégoûtante ! Impressionnés par la quantité de liquide qu'elle peut ingérer en un temps record, ils prennent une mine désolée, et détournent pudiquement les yeux quand elle boit à la régalade !
L'eau d'ici est toujours en provenance du robinet, car chez les Alter Michelais on ne fait pas de fixation sur l'insalubrité des eaux municipales. Ayant tous deux la flemme de trainer des packs d'eau, payés une fortune, on peut même, histoire de se donner bonne conscience, vous affirmer haut et fort qu'ainsi on protège la planète en évitant d'aligner des bouteilles en plastique dans la poubelle jaune. Nous avons la chance d'avoir une eau buvable, sans relent excessif de chlore ou autre goût suspect, et c'est vrai que ça nous simplifie vraiment la vie ! Et puis, nous faisons partie de cette génération qui a connu, au moins dans la maison de campagne, la corvée de l'eau du puits, et pour laquelle "l'eau courante à tous les étages" garde une couleur de progrès.
Et vous alors, eau, du puits, filtrée, du robinet ??? En bouteille et gazeuse ??? Ou jamais d'eau ?!
Allons, je vous épargne aujourd'hui le descriptif "laborieux" d'une toile, mais c'est encore Chardin qui illustre mon propos, et de façon récurrente ! Que de sobriété chez ce peintre du silence... On y trouve presque plus d'eau que des verres de vin. Mais justement, c'est à vous de travailler un peu aujourd'hui, parmi toutes ces natures mortes au verre d'eau, une et une seulement n'est pas de Chardin... laquelle ?? On peut les désigner comme étant, en partant du haut à gauche : à la cafetière, aux pêches, aux figues, aux fraises, en haut à droite aux harengs, aux prunes et enfin aux concombres. A vous !
PS Je n'ai pas trouvé de commentaire composé précisément sur "Le verre d'eau" mais vous propose un article général sur Ponge qui envisage tous les aspects de son écriture des objets, les "objeux" comme il aimait à les nommer.
Mais de là à ne jamais consommer d'eau, ce serait la méconnaitre. Elle n'est pas de ceux qui raillent ce breuvage en prétendant qu'il rouille les imprudents qui l'absorbent. Que non, Michelaise boit souvent beaucoup d'eau et, comme vous sans doute, la trouve bien meilleure dans un verre en cristal plutôt qu'à la bouteille. Pourtant, sa descente au goulot est impressionnante, voire, prétendent ses proches, dégoûtante ! Impressionnés par la quantité de liquide qu'elle peut ingérer en un temps record, ils prennent une mine désolée, et détournent pudiquement les yeux quand elle boit à la régalade !
L'eau d'ici est toujours en provenance du robinet, car chez les Alter Michelais on ne fait pas de fixation sur l'insalubrité des eaux municipales. Ayant tous deux la flemme de trainer des packs d'eau, payés une fortune, on peut même, histoire de se donner bonne conscience, vous affirmer haut et fort qu'ainsi on protège la planète en évitant d'aligner des bouteilles en plastique dans la poubelle jaune. Nous avons la chance d'avoir une eau buvable, sans relent excessif de chlore ou autre goût suspect, et c'est vrai que ça nous simplifie vraiment la vie ! Et puis, nous faisons partie de cette génération qui a connu, au moins dans la maison de campagne, la corvée de l'eau du puits, et pour laquelle "l'eau courante à tous les étages" garde une couleur de progrès.
Et vous alors, eau, du puits, filtrée, du robinet ??? En bouteille et gazeuse ??? Ou jamais d'eau ?!
Allons, je vous épargne aujourd'hui le descriptif "laborieux" d'une toile, mais c'est encore Chardin qui illustre mon propos, et de façon récurrente ! Que de sobriété chez ce peintre du silence... On y trouve presque plus d'eau que des verres de vin. Mais justement, c'est à vous de travailler un peu aujourd'hui, parmi toutes ces natures mortes au verre d'eau, une et une seulement n'est pas de Chardin... laquelle ?? On peut les désigner comme étant, en partant du haut à gauche : à la cafetière, aux pêches, aux figues, aux fraises, en haut à droite aux harengs, aux prunes et enfin aux concombres. A vous !
PS Je n'ai pas trouvé de commentaire composé précisément sur "Le verre d'eau" mais vous propose un article général sur Ponge qui envisage tous les aspects de son écriture des objets, les "objeux" comme il aimait à les nommer.









