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dimanche 30 octobre 2011

PARRAINAGE HAYDIEN


Allons bon, Michelaise nous remet ça avec son papa Haydn ! Pardon, pardon, je sais que les articles sur la musique ne sont pas les plus porteurs, car on y parle souvent de concerts passés que les lecteurs n'ont pas partagés. Difficile de communiquer sur ces sujets ... sauf à se sentir investie du devoir de rendre compte, pour parler des jeunes musiciens qui ne sont pas encore passés à la postérité. 

Or voilà que notre festival fétiche des Vacances de Monsieur Haydn a eu une idée géniale qui nous a faits adhérer dans l'instant. Les organisateurs nous ont proposé, en même temps que le programme du festival, de devenir parrain et marraine d'un jeune musicien du Off. Quand on sait, il suffit d'assister à des concerts pour constater le phénomène, et forcément le déplorer, que les salles de concert sont remplies de "plus que quinquas" et que sur scène n'évoluent bien souvent que des très jeunes, on se dit qu'il y a un hiatus qu'il serait bon de combler. 
D'autant que ces jeunes, souvent, trop souvent, tirent le diable par la queue : c'est difficile de se faire connaître, difficile de se faire un nom et plus difficile encore de décrocher des contrats. La "culture" est en souffrance, ses budgets ont été les premiers tailladés par "la crise", et le sort de ceux qui vivent de leur talent musical n'est pas toujours enviable. Ceux qui réussissent à décrocher un poste dans un orchestre, ou mieux encore un poste dans un conservatoire, sont à l'abri des incertitudes et des aléas de l'intermittence. Mais les places sont rares et convoitées, et il faut beaucoup de mérite, d'ambition, de rêves et de courage pour se lancer dans une carrière musicale. Or nous, les spectateurs, nous avons besoin que des jeunes s'accrochent, se battent et puissent vivre de leur art pour nous charmer. Alors pourquoi ne pas les aider, l'idée d'un parrainage m'a immédiatement fait prendre mon carnet de chèques. On nous promettait d'avoir "un protégé", dont nous suivrions les répétitions, et avec lequel, "le chouchoutant", nous pourrions nouer un lien privilégié. Avec pour projet de "le voir grandir dans la vie musicale" en participant aux débuts de sa carrière... Las !!


Les organisateurs du Festival avaient sans doute trop à faire durant les deux petits jours qu'a duré la manifestation : il faut dire que gérer 50 concerts sur 48 heures, ça demande de l'énergie. Alors nous, les parrains, nous nous sommes sentis frustrés. On aurait aimé rencontrer un jeune instrumentiste, parler un peu avec lui, qui sait, l'inviter à venir jouer du piano à Meschers,  aller le voir quand il passera pas trop loin, échanger avec lui quelques mails, suivre  ses examens, ses concours, ses débuts, faire sa pub sur internet !! Et surtout apprendre aux "artistes" qu'il existe un public, qui les écoute, les fait vivre, et enfin créer un lien entre deux groupes trop éloignés l'un de l'autre par les us et coutumes. On apprend beaucoup de choses dans les conservatoires et l'enseignement a manifestement gagné en qualité technique, en rigueur et en élargissement du spectre culturel des artistes. Mais on n'y apprend pas le public. Donnée pourtant essentielle de la survie des artistes et pourtant souvent négligée, méconnue, voire méprisée. Il n'est pas rare que les musiciens considèrent le public comme une masse indistincte de gens incultes, venus seulement pour paraître ou pour "faire bien".


Or, je pense que l'avenir des concerts est dans un rapprochement entre les parties. Pour rendre la musique plus vivante, mieux partagée. Pour améliorer l'écoute et la curiosité. Pour apprendre à ces jeunes habitués aux jurys, aux concours, au stress des auditions sélectives et des compétitions difficiles que les spectateurs viennent déguster auprès d'eux le plaisir de la musique partagée. En toute amitié, en toute complicité. Car on est là, l'un pour le plaisir de jouer et de donner la musique, l'autre pour écouter, communier dans l'amour de la musique avec ceux qui la font. On aime rencontrer les artistes, à condition qu'ils ne nous perçoivent pas comme des fâcheux.
Notre don est resté anonyme et même si les organisateurs, sans doute saisis d'un scrupule post-festivalier, nous ont envoyé hier une petite carte "parrain du Off" et un reçu fiscal, l'idée, au demeurant géniale et très bien pensée, a un peu fait flop ! A notre grande déception... espérons qu'ils sauront la relancer l'an prochain avec un peu plus de doigté ! CAr vraiment, l'idée était GENIALE !

Au pays de Haydn, ses fervents supporters : Jérôme Ducros et Jérôme Pernoo

vendredi 14 octobre 2011

CONTES ET LEGENDES A LA ROCHE POSAY


Allons, une fois passée ma mauvaise humeur pour cause de photos ratées, j'ai très envie de vous parler, illustrées de quelques clichés potables (mais oui, j'en ai trouvé quelques uns !!), des Vacances de Monsieur Haydn version 2001. Simplement parce que c'est un Festival de très grande qualité, où règne une ambiance amicale, sympathique et tellement talentueuse qu'il serait dommage de rester sur un mouvement d'humeur ! Cette année on croisait à La Roche Posay des gens que nous aimons pour les avoir entendus récemment : Ayako Tanaka, la formidable super soliste à l'Orchestre Philarmonique de Radio France que nous avions applaudie à Ouessant et le quatuor Voce dont certains se souviennent peut-être qu'ils étaient nos favoris au concours de quatuor à cordes de Reggio Emilia. Mais nous avons découvert d'autres artistes dont le talent nous a séduits : le très jeune Yan Levionnois, un violoncelliste prometteur d'à peine 21 ans mais qui fera forcément parler de lui dans les prochaines années. A peine plus âgé, 24 ans aux pommes,  Adam Laloum a déjà une jolie carrière derrière lui, le prestigieux prix Maurice Ravel et un toucher au clavier plein de délicatesse et de légèreté. D'autres encore, Sergey Malov auquel j'ai déjà consacré un article, Lise Berthaud à l'alto, armée d'un vrai caractère, Adrien La Marca, altiste lui aussi, Florent Héau à la clarinette, et la toute jeune harpiste Pauline Haas, tellement jeune que le programme indique son année de naissance (1992), fait rarissime pour les interprètes féminines ! Et puis, entourant ces jeunes avec toujours autant de charisme et de générosité, le directeur artistique du Festival Jerôme Pernoo, pédagogue hors pair (n'hésitez pas à visiter son site Web Label, à écouter ses chroniques, à visiter son atelier et son jardin, un rendez-vous merveilleux avec le violoncelle, la musique et l'art sous toutes ses formes) et violoncelliste lumineux, et son "alter ego" inséparable, l'inoubliable Jerôme Ducros. De toutes les "fêtes", Ducros est un accompagnateur plein de mérite et de respect de ses partenaires, ce qui fait de lui un pianiste incontournable. S'y ajoute un réel talent de compositeur, et nous avons entendu plusieurs pièces de lui.


Car Les Vacances de Monsieur Haydn, bien que dédié à un vieux musicien de 279 ans, fait la part belle aux oeuvres contemporaines. Cette année l'invité en résidence était Guillaume Connesson qui nous a présenté et expliqué avec beaucoup d'à propos et de simplicité les oeuvres jouées : Disco Toccata (1994), Adams Variations (1994), Quatuor à cordes (2010), Trilogie pour vilon, alto, violoncelle et piano (2005 à 2009, jouée pour le première fois en entier), Toccata (2003), Musique pour Oscar, un Opéra pour voix d'enfants de 2007 et le génial conte musical Timouk que tout le monde voulait acheter à la sortie mais qui, créé en 2010 sur un texte de Yun Sun Limet n'est pas encore disponible.


Contes et légendes était le thème directeur de l'édition 2011 des Vacances de Monsieur Haydn et cela nous a valu quantité d'oeuvres passionnantes ou peu connues. Comme le Masque de la Mort Rouge d'André Caplet. D'autres plus célèbres et délicieuses comme l'Histoire de Babar le petit éléphant de Poulenc, les Images de contes de fées de Schumann, Images d'Orient du même... Et des morceaux que nous avons très sagement écoutés avant pour mieux les apprécier : la Nuit Transfigurée de Schönberg et le Quatuor pour la fin du temps de Messiaen qu'Alter avait achetés avant de partir et que nous nous sommes passés en boucle durant le voyage ! L'idée était bonne car nous avons mieux apprécié ces musiques réputées difficiles, même si l'interprétation du Messiaen nous a un peu déçus par sa lenteur, par rapport à celle que nous avions écoutée : de la difficulté de se forger des références !
Si l'on ajoute à toutes ces émotions et découvertes musicales l'ambiance très particulière au Festival des Vacances, où l'on déjeune avec les artistes, à la bonne franquette sous un tivoli, où l'on court d'un endroit à l'autre pour passer du "On" au "Off", et le temps magique qui régnait ce week-end là, vous comprendrez que je ne saurais trop vous recommander de venir prendre les eaux l'an prochain à La Roche Posay avec ce bon papa Haydn !

dimanche 2 octobre 2011

HAYDN DANS LE FLOU...


Si vous pratiquez la photo, en dilettante qui aime les couleurs et les formes et a envie parfois de garder un souvenir de l'instant qui l'émeut, vous avez déjà été confronté moultes fois au fatidique "c'est interdit de photographier".
On en use dans les musées, au motif que les oeuvres sont fragiles et que nos flashs vont les abîmer. On ajoute que les lumières cassent l'ambiance et troublent la contemplation des autres visiteurs. Tout cela est normal et sans contestation possible. Bien qu'aucune autre mesure ne soit prise pour protéger l'ambiance troublée par mille autres tourments, des enfants qui hurlent aux commentaires débiles assénés à voix haute par certains visiteurs trop sûrs d'eux. Et l'argument du flash n'explique guère pourquoi l'interdit s'applique aussi aux photos sans éclair. Protection de l'image d'oeuvres appartenant au domaine public ? Exposées pour que tous en profitent, on prétend que les fixer en pixels serait une gêne et une usurpation ... Cela entraverait la vente de catalogues, de produits dérivés ou de cartes postales... j'avoue n'avoir jamais acheté autant de catalogues, d'abord pour les photos de qualité qu'ils contiennent mais avant tout pour la qualité des textes et des recherches menées à l'occasion des expositions et autres événements artistiques, dont on ne perçoit l'importance qu'en lisant le cheminement de ceux qui les ont construites. Ce ne sont pas mes modestes "souvenirs" d'amateur qui concurrenceront jamais les oeuvres d'un photographe professionnel, débarrassé du rempart vitré qui fait des reflets, armé d'un pied et d'éclairages adaptés et qui peut dénicher les détails tapis dans un coin d'ombre que j'ai même du mal à saisir à l'oeil nu. On prétend aussi que les "photographes" entravent les parcours : certes, si l'on se réfère aux encombrements qui s'aglutinent devant Mona Lisa, on mesure la rançon du succès et les limites de la démocratisation de l'art, quand elle s'arrête aux stéréotypes. Mais, en ce qui me concerne encore, je passe moins de temps à photographier un cartouche d'exposition qu'à le recopier dans un carnet, et un petit cliché est plus rapide qu'un long descriptif, grifonné en équilibre devant la toile, le calepin calé contre la poitrine alors que les visiteurs vous bousculent, exaspérés par votre station importune !


On en use dans les magasins et galeries commerciales, au motif que vous pourriez être un espion asiatique (ceux de l'Est ne sont plus à la mode) et que vos clichés ont peut-être des intentions malveillantes, de copie, de plagiat ou de vol d'idées. Tout cela est normal mais ne tient pas debout : si vous étiez l'espion supposé, vous prendriez soin de vous armer de matériel discret pour opérer sans encombre et nul ne saurait alors vous en empêcher ! Le plus souvent vous aimez une mise en scène, une palette de teintes, une ambiance, et votre photo n'est qu'à visée esthétique.
On en use maintenant à tort et à travers dans les salles de concert, au motif que cela gêne la concentration des artistes ou/ et celle des spectateurs. Même sans flash (ce qui me semble la moindre des corrections, malheureusement rarement respectée par certains spectateurs indélicats, et ce, malgré les interdits), même avec des appareils parfaitement silencieux, ainsi qu'il est facile de rendre nos appareils numériques. La presse, elle, a toujours le droit de venir s'installer à côté de vous, armée d'un reflex qui fait un bruit de casserole à chaque prise de vue, au grand dam des solistes du premier rang et d'une centaine de malheureux qu'on s'inquiète alors fort peu de gêner. Quant aux enfants trainés sans discernement par des parents soucieux d'économiser la nounou, vous subirez sans que personne n'y trouve à redire leurs coups de pieds, leurs plaintes (c'est bientôt fini ?), leurs baillements et autres manifestations naturelles d'impatience devant un spectacle qui, non préparé, les rase au plus haut point.


On en use et pourtant, l'interdit n'a jamais été autant contourné, la miniaturisation et la technologie rendant vaines ces diatribes inutiles et ces censures de pure forme. A la Roche Posay, je me suis faite reprendre alors qu'au dernier rang, sans flash et sans le moindre bruit, je prenais une photo de la scène. Tout autour de moi des dizaines, voire des centaines de clichés étaient pris, mais je fus la seule à être priée de ne point le faire. Ce n'est que lors du dernier concert (il y en avait 7 en excluant les concerts du Off qui ne semblaient pas visés par cette mesure) qu'on annonça que les photos étaient interdites durant le spectacle à la demande des artistes, et qu'il nous était seulement loisible de prendre les saluts au moment des applaudissements. Voilà donc la raison de ma série de montages complètement flous qui vous racontera mieux que tout autre reportage notre Festival : lorsque vous photgraphiez les saluts, vous avez la calvitie d'une moitié de salle qui s'étale devant votre objectif, pas mal de mains levées et vous visez vaille que vaille la scène ! Juste au moment où vous appuyez, les artistes s'inclinent, c'est raté. Vite vous rappuyez, oups ! ils sont en train de quitter la scène. Vous restez à l'affût d'un éventuel retour, et là encore, le temps d'ajuster dans une salle sombre, ils ont plongé dans un impreccable salut qui vous laisse quelques traces impérissables et fort avenantes !


Après avoir parlé de culture de masse et de civilisation des loisirs avec un rien de snobisme, quelques intentions bienveillantes de bon aloi et un rien de condescendance, on s'est aperçu que cette masse enflait de jour en jour et la foule a engendré la peur : peur de ne pouvoir contrôler, peur d'être débordés, peur de voir le vulgum pecus s'approprier quelque chose, peu importe quoi, qui pourrait être vendu. D'où ces réactions, suscitées sans doute aussi par le manque de respect et le sans-gêne de beaucoup mais qui, comme tout interdit, sont excessives et pas forcément porteuses de progrès. Au prétexte de respect du droit à l'image (à voir : ce site qui parle du droit de photographier), on interprète de travers les textes qui prévoient que, si l'on est une personne publique ou qui se produit en public, on ne peut prétendre à la même protection que le péquin lambda... Lequel se retrouve forcément, vu le nombre de fois où l'on est visé sur les lieux touristiques par des objectifs indiscrets, sur des milliers voire des millions de photos sans pour autant s'en offusquer. Ma moisson de clichés ratés vous tiendra donc lieu de commentaire pour illustrer le Festival "les Vacances de Monsieur Haydn" 2011 à la Roche Posay ! C'est dommage car j'ai beaucoup aimé cette édition et nous avons eu la chance d'y entendre des ensembles de très grande qualité ... D'autant qu'il m'est déjà arrivé de supprimer des photos à la demande des intéressé(e)s qui se trouvaient "moches" (comme la photo n'y est plus vous ne saurez pas qui m'a demandé cela !!), voire de modifier des textes qui leur semblaient trop abrupts !

mercredi 28 septembre 2011

VIOLA DA SPALLA

Sergey Malov est un violoniste consacré, lauréat de nombreux prix prestigieux et se produisant avec les orchestres les plus illustres. Fidèle des Vacances de Monsieur Haydn, il est jeune, sympathique et fort enthousiaste. Sa virtuosité très "slave" lui donne des sonorités qui enthousiasment volontiers le public !

Sa curiosité naturelle l'a déjà, par le passé, amené à jouer, et au même niveau d'excellence que le violon, de l'alto. D'ailleurs, ses trois instruments sont  un violon signé Auguste Bernardel, un alto de Pierre Gaggini et un violon baroque d'Alexander Rabinovitch. Et à l'alto, il a aussi été lauréat de plusieurs concours. Autant dire que l'instrument à cordes est son domaine de prédilection.


C'est pourtant en tant qu'amateur, au sens noble du mot, qui aime et se plait à pratiquer, qu'il s'est présenté à nous dans le cadre du Off, armé d'un violoncelle d'un genre un peu particulier, un violoncelle d'épaule. Mis au point par le luthier Badiarov de La Hague, l'instrument se présente comme un gros violon, assez épais et il se joue tenu en travers de la poitrine, accroché autour du cou par une sangle de cuir. Le son est chaud, situé entre alto et violoncelle et Sergey avait choisi de nous interpréter la 6ème suite de Bach au motif que ce dernier utilise "basse" comme mot pour désigner l'instrument pour lequel il a écrit ces pièces. Pourquoi donc, ne pas jouer ces suites, si souvent interprétées au violoncelle, sur cette "viola da spalla", instrument différent de la viole de gambe, et qui figure en tant que tel sur de nombreuses peintures. En gros, le mot de violoncelle, au début du XVIIIème peut très bien avoir signifié pour Bach "viola da spalla". C'est du moins la thèse que développe Sigiswald Kuijken dans un article de 2005, date à laquelle Badiarov lui a construit un instrument d'épaule identique à celui qu'arborait Malov, et sur lequel il joue souvent depuis les suites de Bach.


Sergey, qui nous a demandé fort modestement notre indulgence, avait reçu son violon une semaine auparavant et en jouait avec une gourmandise évidente ! Hommage lui soit rendu pour cette passion, sa curiosité et son ouverture d'esprit qui le poussent à découvrir et jouer d'autres instruments, et surtout pour l'exploit qu'il a accompli durant ce festival, jouant en tant que chambriste dans presque tous les concerts et y ajoutant ses trois concerts du Off qui ont fait qu'il passait son temps à galoper d'un endroit à l'autre de la ville, son violon sous le bras !

samedi 24 septembre 2011

LE OFF DE LA ROCHE POSAY


Le seul VRAI Off que je connaisse... comme devait l'être celui d'Avignon aux temps héroïques d'André Benedetto... un Off en marge du Festival principal mais qui l'accompagne généreusement. Un Off qui n'a rien de commercial et reste, malgré une sacrée organisation (tous les concerts commencent à l'heure) très spontané.
Le Festival de soutien, ce sont les Vacances de Monsieur Haydn qui se tiennent chaque année depuis maintenant 7 ans dans la charmante ville thermale de La Roche Posay. Oui, vous avez bien lu : cette ville tranquille surplombant les vallées de la Creuse et de la Gartempe, connue pour son eau réputée en dermatologie, accueille chaque début d'automne papa Haydn, venu s'y ressourcer. On y assiste à un festival on ne peut plus classique, dont je vous reparlerai plus tard. Mais la véritable richesse des Vacances, c'est son Off.


L'objectif est de permettre à des musiciens amateurs de haut niveau, à des étudiants ou de nouveaux groupes de musique de se produire devant un public chaleureux et ravi. En pratique, ce sont surtout des jeunes du conservatoire national de Paris qui viennent y faire, sous la houlette de Jérôme Pernoo, une sorte de pré-rentrée, fort stimulante. Mais on peut aussi y croiser des musiciens aguerris, qui accompagnent ou soutiennent de jeunes formations (comme Karine Sélo avec le quintette Elixir) ou des musiciens consacrés qui tâtent ici d'un nouvel instrument, comme Sergey Malov, auquel je consacrerai un autre billet.


Des dizaines de concerts, dans 5 salles éparpillées dans La Roche, des programmes courts et ambitieux, un allant et une virtuosité toujours au rendez-vous même si, parfois, le trac en étreint certains... Pendant deux jours on court d'un lieu à l'autre, on échange des impressions, et tout cela entièrement, totalement et absolument gratuit. Comme démocratisation de la musique, on ne fait pas mieux, n'est-ce pas ?


Avec, en prime, l'impression qu'on croise ici, encore "au berceau", certaines futures vedettes, tant le talent de ces jeunes est parfois ébouriffant ! J'ai envie d'en citer quelques uns, pour "prendre date" !! Le clarinettiste Bertrand Laude qui nous a émerveillés par sa mâturité, et la mezzo Amélie Saadia, dont la présence sur scène est très prometteuse, sont ceux que j'ai envie d'élire pour ce Off 2011.



Menacé de disparition l'an dernier, alors que c'est vraiment l'action la plus intelligente qui soit en matière de promotion de la musique vivante, le Off, qui donne au Festival sa couleur, sa vitalité et son ambiance absolument inimittables, est revenu en force en 2011, pour le plus grand bonheur des spectateurs.

jeudi 23 septembre 2010

TOURISME INDUSTRIEL

Ouah !!! Je vous vois d'ici faire la grimace... Non, non, ne niez pas, je suis certaine que l'appariement de ces deux mots vous hérisse par avance le poil. Et pourtant... c'est un des mérites de la Journée du Patrimoine que de nous faire découvrir des sites inattendus, voire improbables. Plus que l'accès gratuit aux monuments qui est sans doute une bonne idée pour ceux que le prix d'entrée dans un musée ou dans un château rebute, ou qui ne peuvent se l'offrir en temps normal, mais qui engendre une foule parfois excessive dans ces endroits d'ordinaire fort calmes qu'il vaut mieux visiter hors manifestation, quitte à y laisser son obole ! 
Nous étions cette année encore, en train de courir de concert en concert à la Roche Posay durant le week-end du patrimoine et n'avons pas eu beaucoup le loisir d'en profiter. Mais le stakanovisme est toujours de mauvais aloi et une petite escapade nous a fait envie, ne serait-ce que pour s'offrir un bon déjeuner à Saint Savin. Sur le chemin, nous sommes passés près d'une distillerie de betterave, et, est-ce le réflexe des "charentais" que le mot distillerie émoustille, ou la simple curiosité pour une visite somme tout inhabituelle, nous avons décidé d'y faire halte. Le lieu était sympathique, accueillant mais, a priori, pas particulièrement affriolant. Et pourtant cette visite fut extrêment passionnante.

Les propriétaires du lieu, des parisiens un peu fous comme ils savent l'être parfois, ont racheté en 2000 cette usine promise à la démolition. Un coup de foudre pour un bâtiment industriel, voilà qui n'est pas banal. Quand ils se sont lancés dans l'aventure, la distillerie de Saint Pierre de Maillé était fermée depuis près de 30 ans. Devenue propriété d'un ferrailleur, elle avait perdu petit à petit toutes ses machines vendues au prix du bel en bon acier au poids. La dernière machine venait d'être emportée en éventrant le toit des bâtiments... tout simplement parce qu'elle ne passait pas par la porte, les murs ayant été construits autour ! Mais qu'importaient ces dégradations puisque de toutes façons le tout devait être rasé et transformé en lotissement.
C'était compter sans nos vaillants chevaliers des temps modernes qui décidèrent de racheter les ruines et d'y élire domicile. Ils restaurèrent les bâtiments, en faisant un lieu d'accueil pourvu de chambres d'hôtes, salles à louer pour mariages et autres fêtes, dortoirs, gite etc... La visite des lieux en 360° vaut vraiment le clic !! Vous y verrez en particulier comment la salle au toit défoncé est devenu un charmant patio, comment l'atelier a été transformé en séjour confortable, comment les hangars se prêtent aux grandes tablées, comment la maison du contremaitre, pourtant si laide, accueille maintenant de gentilles chambres d'hôtes... Ils organisent en outre des concerts (comme ces concerts mongols) et autres expositions, souvent autour du thème de la feraille, tordue ou rectifiée, pliée, enroulée, enfin bref sous toutes ses formes ! Il s'agit, c'est logique, de s'inscrire dans la mémoire du lieu et si les oeuvres d'art en question peuvent paraître un peu trop "contemporaines", elles ont au moins le mérite d'être à leur aise au milieu des vestiges de cette usine.

Et le week-end dernier, ils ouvraient leur demeure aux visiteurs pour leur présenter, le temps d'une balade contée, l'histoire de l'usine et son fonctionnement. Comment les betteraves et les topinambours arrivaient par tombereaux duement pesés et dont le taux en sucre était mesuré soigneusement. Comment les racines étaient ensuite stockées, puis nettoyées, et enfin poussées par un puissant jet d'eau vers les chaudières. Comment ensuite, de vis sans fin en filtrations diverses, on aboutissait au produit final, l'alcool presque pur. Mais ce qui faisait l'intérêt de la visite est que les nouveaux propriétaires ont pris la peine, en arrivant, de rendre visite à de nombreuses personnes ayant travaillé dans les années de guerre et d'après guerre dans et pour cette usine, et de recueillir leurs témoignages. Agriculteurs producteurs de raves, ouvriers, contremaitre et même l'ancienne comptable de l'entreprise, tous ont raconté leurs souvernirs, leur fierté d'avoir appartenu à cet ensemble industriel et leur regret qu'il ait dû fermer.
L'aventure a commencé en 1940 quand le hobereau local, dont j'ai oublié le nom, ayant quelques fonds à placer et un juteux marché en vue, a décidé d'édifier la distillerie. Il a confié le travail aux entrepreneurs locaux, ce qui nous vaut aujourd'hui un bâtiment mastoc mais solide, tout de pierres contruit, et qui ne ressemble guère aux bâtiments de briques de la période. Le marché justifiant cette intiative était celui de la fourniture d'alcool à la RATP, qui n'avait d'autres ressources pour faire fonctionner ses autobus que l'alcool agricole. Immédiatement fut créée une coopérative des producteurs locaux (et lointains) de raves, et la noria des tombereaux de racines pouvait commencer. Au meilleur de sa production, l'usine faisait travailler sur place environ 25 ouvriers, mais induisait alentours la survie d'environ 1200 personnes, entre les emplois agricoles et toute l'activité économique qu'elle engendrait. Sitôt la guerre terminée, la RATP revint à des carburants plus classiques et le marché se transforma en alcool pour la pharmacie, le simple et sans doute moins rentable alcool à 90. Rapidement l'activité déclina et l'usine finit par fermer ses portes en 1972, au grand dam des agriculteurs locaux qui perdaient ainsi un débouché pour leurs cultures de betteraves.
La visite s'est révélée d'autant plus passionnante qu'un ancien ouvrier agricole ayant participé à la récolte des betteraves dans sa jeunesse, est arrivé durant notre parcours et a ponctué les commentaires de souvenirs personnels très précis. Pour finir, la propriétaire des lieux, pour couper son discours didactique passionnant, était accompagnée d'un conteur haut en couleur qui nous a régalés d'histoires extraordinaires et supposées locales. Du paysan qui découvre un trésor et s'arrange pour que sa femme ne soit pas crue quand elle le raconte aux voisins, aux deux vieux qui manquent de périr brûlés pour manger leur dernier broyé du Poitou, les thèmes étaient universels mais admirablement adaptés et racontés avec une verve et une facilité qui rendaient les récits délicieux.
Une idée géniale que cette visite d'un lieu que nous aurions à peine regardé en passant devant, tant une cheminée d'usine n'attire guère d'ordinaire l'admiration ! Mais nous en sommes repartis enrichis d'une tranche de vie locale, vraie et forte, car cette distillerie qui fit vivre la région pendant une trentaine d'années participe à la mémoire locale et mérite d'être (re)découverte.

mardi 21 septembre 2010

MONSIEUR HAYDN : LA MUSIQUE CONTEMPORAINE (III)


Je ne sais quel effet vous fait la musique contemporaine mais j'avoue que, faute de formation, d'information ou plus simplement de bases me permettant d'apprécier les dissonnances et autres constructions musicales savantes qui parfois s'offrent à nous lors des concerts, je ne suis pas une fervente de ce genre de moment. Je prends mon mal en patience, je tente vainement de connecter mes oreillettes sur ces sons déroutants et, inévitablement, je m'ennuie et attends impatiemment la fin en guettant la partition pour vous si on atteint la dernière page. 
Pourtant à la Roche Posay, il faut adopter une attitude positive à l'égard de la composition moderne. Car, ainsi que je le disais dans un précédent billet, au programme de chaque concert, est inscrite une oeuvre contemporaine. Cela fait tout bizarre de noter que le compositeur est né en 1960, 1974, voire d'apprendre comme lors d'une des surprises, qu'il a 16 ans ! Le public, acquis aux interprètes, fait toujours bon accueil à ces pièces dont certaines, il faut bien l'avouer sont ingrates. Dans le sens où, pour le profane, elles sont difficiles : pas de mélodie, ryhtme haché, construction musicale sans doute très savante mais peu accessible au commun des mortels. Pourtant les applaudissements fusent avec entrain, crainte de paraître idiot si l'on avoue s'être ennuyé ? Ou simplement libération après la tension qui accompagne nécessairement ce genre d'écoute ?
Une anecdote montre que la bonne volonté du public est plus de surface que l'expression d'un réel plaisir : samedi soir, au Casino, un trio allait interpréter une oeuvre de Félix Ibarrondo. Jérôme Pernoo, désireux de la présenter, prononce quelques mots, s'emmêle un peu dans ses explications et conclut "cette oeuvre montre ce qu'on écrivait à une certaine époque, la fin des années 60". Qu'ont entendu les gens ? En ce qui me concerne, pas grand chose de plus ce que disait la phrase, neutre et sans doute sans arrière pensée. Alter prétend que cela pouvait être perçu comme un peu réservé, voire critique à l'égard d'une certaine mode des dissonances tous azimuts, et que le public s'est laché. En effet, durant toute l'interprétation, ces gens d'ordinaire si sages, si policés, ont ri, discuté, critiqué, grincé des dents et marqué, car ils s'y croyaient autorisés par la réserve supposée de la présentation, leur ennui. Il régnait dans la salle de concert un brouhaha inhabituel et assez étrange !

Malgré ces réserves, La Roche Posay ne malmène pas trop ses spectateurs et j'ai choisi de vous présenter deux découvertes qui m'ont réconciliée avec la musique contemporaine. D'abord Stéphane Delplace qui nous a interprété ses "Chronogénèses", pièces pour piano inspirées par les variations Goldberg. Monsieur Delplace a pris la peine de nous expliquer la génèse de sa partition : lisant une partition de Bach antérieure à la version définitive d'une des variations, il y découvrit un rythme étonnant, supprimé ensuite par le compositeur, sans doute parce qu'il fut alors perçu comme trop audacieux. Serge Stéphane Delplace est parti de ce rythme pour écrire à son tour des variations, savantes, et, quoique modernes, fort compréhensibles pour des oreilles non prévenues. Alter s'amusait beaucoup qu'on puisse ainsi écrire du Bach quand on a la tête de Debussy (moi je le trouve mieux que Debussy, Monsieur Delplace !!), mais il a bien dû avouer que le récital était passionnant ! La présentation par l'auteur n'était pas étrangère à l'intérêt suscité par sa partition. Et en bis, son "irrévérence" qui brodait sur l'air de la Panthère Rose a entraîné l'adhésion de tous ! Au point que les pianistes amateurs du festival cherchaient partout ses partitions "irrévérencieuses" après le concert !

L'autre découverte, saluée par l'enthousiasme sincère du public qui a exigé (et obtenu) un bis : les Heures Claires de Jérôme Ducros, un quatuor pour mezzo soprano, piano, clarinette et violoncelle. Il faut dire qu'avec des tels "instruments" et du talent, on a tous les atouts pour plaire ! La mélodie de Ducros, très "mélodie française" de la fin du XIXème ou du début du XXème (en plus nerveux), a un caractère mélodieux, charmeur, délicieusement grave et reprend avec brio la tradition très particulière du chant poétique qui marrie harmonieusement un texte sensible et une musique expressive. Il y est question de lumière, de soir qui tombe et de clairs matins, la ligne mélodique est évocatrice et les sonorités propres à émouvoir le plus blasé des auditeurs ! Jérôme Ducros a 36 ans, c'est un pianiste accompagnateur de premier plan, dont la souplesse, le caractère et le talent sont bien affirmés, mais ses compositions valent qu'on s'y arrête... qui sait, si au détour d'un programme vous lisez son nom, ne faites pas la grimace, vous verrez, vous serez très agréablement surpris !

Sur la proposition d'Oxygène, j'ai cherché un enregistrement (improbable) des Heures Claires, mais sans succès, je pense que c'était plus ou moins une création... Par contre j'ai trouvé cela dont je vous propose l'audition : Philipe Jaroussky, accompagné par ... Jérôme Ducros qui chante Flamenco Sombrero de... Cécile Chaminade (et oui !!!) et L'heure exquise de Reynaldo Hahn !

lundi 20 septembre 2010

MONSIEUR HAYDN : ESPRIT VACANCES (II)


Un festival de musique classique, il faut dire pour ceux qui n'y vont pas, n'osent pas ou croient que c'est sérieux, savant et donc, inévitablement barbant, que c'est une alchimie, différente à chaque fois. Comme Musiciennes à Ouessant était marqué au sceau de la personnalité de Lydia Jardon, "Les Vacances de Monsieur Haydn" est façonné par son créateur, animateur et surtout directeur artistique, Jérôme Pernoo. Une énergie sans faille, une générosité tous azimuts, une simplicité fabuleuse, Jérôme est partout, et les Vacances, c'est lui. Lui, et tous les autres ! Car il règne dans ce rassemblement de musiciens venus passer une semaine "ensemble" dans la petite ville d'eaux de la Roche Posay, une complicité, une connivence, une allégresse qui font chaud au coeur. Et durant les trois derniers jours de la semaine ils nous "accueillent", nous les spectateurs, nous les "amateurs"* pour nous faire partager leur passion.
L'esprit Vacances, c'est un mélange inusité du bonheur de jouer ensemble, et pour les auditeurs, d'écouter. Quelques règles de base qui ont été posées par Pernoo et qui font un peu la marque de fabrique du lieu. Des concerts bâtis tous un peu sur le schéma suivant : des oeuvres classiques ou inconnues, à chaque concert une pièce contemporaine, à chaque concert un Haydn. Jérôme Pernoo qui veut sortir le classique de son ghetto d'initiés, propose, histoire de faire hurler les puristes, un mouvement par ci, un mouvement par là. Une seule oeuvre est exécutée en entier, en général la dernière du concert. Enfin, et c'est le petit côté frondeur de notre artiste, il note partout qu'on a le droit d'applaudir entre les mouvements, ce qui fait un peu frémir certains interpètes mais le public pratique avec gourmandise et laisse jaillir son enthousiasme sans contrainte, histoire ainsi de dire "halte aux terrorismes des loges de spécialistes !".
L'esprit Vacances c'est une proximité naturelle, absolument pas factice ni affectée, avec les artistes. On les croise, on leur parle, on mange pas loin d'eux, ils ne se prennent pas au sérieux, ils vivent simplement leur musique au quotidien.

Le programme s'égrenne sur un week-end, trois jours d'une intensité et d'une richesse inouïes. Entre les concerts principaux, 2 par jour, les "comvoulvoul"... d'autres concerts en fait, mais dont le système de vente de billets repose sur la participation librement choisie et consentie. On glisse un ou vingt euros dans une boîte en forme de tirelire, et on entre, simplement. Enfin, d'habitude, en même temps que le Festival se déroule un Off qui permet aux étudiants de conservatoire de s'essayer au dur métier des armes : le direct, le public, le trac... vachement formateur pour eux, et l'occasion pour le public de découvrir de nouveaux "futurs talents". Cette année, à cause des restrictions dont je reparlerai, pas de Off, au grand dam de Jérôme Pernoo qui considère cette gratuité, ce foisement de pièces éparpillées dans la ville, comme fondamental : c'est l'esprit de SON festival. Je développerai ces problèmes de financement dans un autre billet, mais cette année, pour "consoler" le public de n'avoir point ces découvertes aux trois coins de la Roche, Jérôme Pernoo nous a offert des "surprises", toutes plus délicieuses les unes que les autres, mais qui ont soumis ses artistes à une plus forte pression encore, car c'était les interprètes principaux qui galopaient d'une salle à l'autre. On a eu, en particulier, un concert des 2 Jérôme, Pernoo au violoncelle, Ducros au piano, qui fut une véritable merveille. Le programme, qui voulait réserver la surprise annonçait ceci " De prime abord, B et P semblent faire un curieux mariage. Comment le premier, figure emblématique du romantisme allemand (vous reconnaitrez Brahms) et le deuxième, moderne et sud-américain (nous découvrirons qu'il s'agit de Piazzola) pourraient-ils faire bon ménage ? Cela peut paraître impossible, mais en y regardant de plus près on découvre en P un compositeur savant, on redécouvre en B un compositeur populaire". L'argument, énoncé par J.Pernoo en début de concert, pouvait paraître spécieux, voire un peu tiré par les cheveux, mais je vous assure que, joué par nos deux compères, cela paraissait évident et lumineux. Ils ont commencé par un mouvement de Brahms, d'un romantisme à décoiffer, enchainé sur une danse hongroise et terminé par le Grand Tango de Piazzola,  Exaltant, d'une sensualité étonnnante, une jouissance des sons absolue comme on en croise rarement dans les salles obscures. Un triomphe pour nos deux compères.

Un autre moment fort drôle, dans ces surprises, s'intitulait Castragnette ou Farinelli à La Roche Pasay. Marc Frisch, habitué du Festival, y jouait avec un humour distancié le rôle du célèbre castrat qui vécu, à la Cour d'Espagne dans l'intimité de Ferdinand VI, de son épouse disgraciée, Maria Barbara du Portugal et de Domenico Scarlatti. La reine, grand amateur de musique, employa durant plus de 20 ans le célèbre compositeur italien et Marc Frisch nous a présenté, joué, commenté, de nombreux extraits de sonates en les mettant en scène. Un grand moment !
L'esprit Vacances enfin, c'est la chance inhabituelle d'entendre des sextuors, septuors et autres octuors, toutes formations qu'on croise rarement dans les salles de concert car c'est difficile à monter et ruineux à réunir. Ici, on ajoute les talents des uns et des autres, on bosse (forcément beaucoup ! et sans doute dans la bonne humeur, il n'est qu'à voir les regards et clins d'oeils complices que les exécutants échangent pendant l'interprétation) et on a des formations somptueuses et rares. Pour notre plus grand plaisir. Car c'est aussi cela Les Vacances, le plaisir de jouer ensemble de tous ces artistes de renom, et, induit, notre plaisir d'auditeur, conquis, enthousiaste et heureux.
Pour finir, le clin d'oeil Vacances, ce sont les abominables contrepèteries qui émaillent les programmes de chaque concert : nos joyeux interprètes y mettent tout leur coeur et nous pondent, pour chaque récital, quelques perles atroces, dans le plus pur genre de la contrepèterie trouffionne ! Et je ne suis pas peu fière de vous annoncer que Michelaise et Alter, totalement nuls il y a peu encore, sont passés maîtres dans l'art de comprendre ces jeux de mots louffoques : lors du dernier concert, pas moins de 9 phrases inversées que nous avons toutes remises dans l'ordre, en pouffant comme des gosses. Mais je vous épargne la transcription de ces perles sulfureuses : c'est génial dans l'ambiance, comme les fruits dévorés sur l'arbre ! Cela n'a plus aucune saveur sorti de son contexte !
à suivre...


* L'amateur est le livre somme écrit par Pernoo et dont je vous livre l'argument selon Amazon " Violoncelliste, Arsène vit de ses concerts, mais ne peut s'empêcher de consacrer une partie de son temps à l'enseignement : tous les mois, à Châtellerault, dans une étonnante propriété en bord de Vienne, il réunit une dizaine d'élèves d'âges et de niveaux extrêmement variés, certains même pratiquant un autre instrument que le violoncelle. Davantage qu'à l'étude particulière propre à chaque instrument, c'est au sens même de la musique qu'Arsène tâche d'intéresser ceux qu'il appelle ses apprentis, usant d'expériences très diverses, parfois déroutantes, pour y parvenir. Prenant souvent appui sur les techniques théâtrales, puisant chez Stanislavski mais aussi chez Diderot, il dévoile l'importance du monde intérieur chez le musicien, et refuse de dissocier technique et musique, considérant l'art d'interpréter comme un tout. Dans ce cadre idyllique et propice à l'épanouissement personnel, l'apprentissage n'est pas circonscrit aux leçons proprement dites, mais se prolonge et se développe bien au-delà, à la faveur des nombreuses discussions qui animent les repas, les promenades, ou les rencontres impromptues dans le grand jardin. Si l'inlassable exigence d'Arsène trouve toujours un écho, y compris chez les plus jeunes, c'est qu'elle est servie par un perpétuel enthousiasme, parfois débridé, toujours communicatif. En se disant professeur amateur, il réhabilite le sens premier de ce mot à ce point dévoyé qu'on en a oublié la racine, amare : aimer. Très largement inspiré d'expériences personnelles de Jérôme Pernoo, cet ouvrage les rassemble et les organise de telle sorte qu'il puisse être aussi bien lu comme un roman que consulté comme un guide." En fait L'Amateur se lit en suivant les oeuvres traitées sur le site de Jérôme Pernoo "Web Label", un site étonnant dont je vous recommande chaudement la visite, avec ou sans le bouquin ! Prenez votre mal en patience, ça bouchonne pas mal ces jours-ci ! Normal, tous les festivaliers s'y sont donné rendez-vous...

vendredi 17 septembre 2010

LES VACANCES DE MONSIEUR HAYDN PREMIERE


C'est l'an dernier que nous avons découvert, avec délectation, ce petit festival sympa qui se déroule à la Roche Posay, sous la houlette de Jérôme Pernoo, et qui, comme tout bon petit festival qui se respecte par ces temps de disette culturelle et de restrictions drastiques de la manne subventionnelle, est menacé chaque année de disparition. Des bonnes âmes, dont les amis que nous y avons retrouvés, se battent pour que puissent encore s'exprimer la verve et le talent d'artistes qui y croient très fort et nous font vivre de merveilleux moments. Que tous ceux-là, cherchant à droite à gauche des subsides de plus en plus rares, des aides de plus en plus introuvables, des financements de plus en plus problématiques, soient remerciés de leur pugnacité qui permettent à ces délicieux "petits festivals" dont nos blogs se font l'écho avec gourmandise, de survivre contre la marée d'une logique économique dont je suis, malheureux prof de management que je suis, l'un des tristes propagandistes.
Je raconterai nos impressions dès mon retour mais je laisse dores et déjà, pour présenter le Festival, la parole à Jérôme Pernoo, dans l'édito de son site :

¡ Hola !
C’est décidé, cette année Monsieur Haydn passe ses vacances en Espagne. C’est l’occasion, sous le soleil rutilant de Madrid, de voir enfin son ami Boccherini. Ils auront forcément beaucoup de sujets de conversation : la musique de chambre, le service à la cour, la paëlla et… le quatuor à cordes dont ils peuvent tous les deux revendiquer la paternité !  
Quant aux quintettes à deux violoncelles, ils auraient certainement intéressé notre Joseph : imaginez ce fameux quatuor dont Haydn et Mozart tenaient les parties de second violon et d’alto, accueillant en son sein le Maître du violoncelle Luigi Boccherini… Une vraie auberge espagnole ! Curieux agencement que ces deux violons flanqués de trois instruments graves, dont Boccherini est le seul à s’être autant servi. Schubert, bien sûr, et Glazounov s’y sont frottés, mais aussi, et nous allons le découvrir lors de ce week-end, Stéphane Delplace.
Si, en son temps, Monsieur Haydn put connaître la musique de Scarlatti, Brunetti ou encore quelques cantiques d’Alphonse X de Castille, il va enfin découvrir certains trésors de Granados, Albeniz et De Falla. Mais vous non plus, heureux aficionados de la musique de chambre ne serez pas en manque de découvertes car nous vous proposons un bouquet de musique écrite tout récemment : Jose Luis Turina, Lazkano, Ibarrondo et Palomo, tous espagnols, rejoignent les compositeurs « habitués » du festival comme Ducros ou Connesson."

mercredi 23 septembre 2009

LOGISTIQUE

J'aime à raconter nos adresses, surtout quand elles sont bonnes, non pas tant pour mes lecteurs fidèles qui, éparpillés aux quatre coins de la France n'ont guère d'occasion d'aller à La Roche Posay ou à Saint Savin (encore que... qui sait peut-être Aloïs ??), mais par souci de "faire de la pub" aux établissements intéressants que j'ai eu l'occasion de découvrir. Quand un consommateur quelconque cherche des informations sur ces établissements, je souhaiterais qu'il "tombe" sur mes pages afin de lire l'avis d'un consommateur lambda, sans a priori et sans intérêt commercial dans l'affaire.

Un week-end à la Roche Posay, ce fut d'abord une chambre d'hôte, le Château de Valcreuse. Demeure début XXème, un peu décalée mais admirablement aménagée, le lieu est tenu par une hollandaise très sympathique, qui nous a accueillis avec beaucoup de professionnalisme, et a gentiment accepté de nous préparer un en-cas délicieux à notre retour de concert le vendredi soir vers minuit. Un bon feu de bois nous attendait dans la cheminée et le repas, simple mais délicieux, nous fut servi dans la fastueuse salle à manger.
La maison, vastes salons, salle de billard, bar avec vue sur la Creuse, était à notre disposition. Notre chambre donnait sur la vallée: vaste, confortable, avec un souci du détail partout.

Le parc enfin, agrémenté d'une piscine surplombant la Creuse, est plein de coins délicieux, pour lire, jouer aux boules ou simplement faire de la balançoire. Bref tout est parfait, sauf le prix, un peu élevé pour une chambre d'hôte. En fait, on est proche d'une station thermale et la propriétaire, belge comme je l'ai dit, travaille surtout avec une clientèle étrangère qui n'a pas les mêmes jauges financières que nous. L'idéal est donc ne pas y dîner car c'est surtout à ce niveau que le prix n'est pas justifié. Malgré le luxe de la présentation, nous avons des exigences en matière de gastronomie qui ne correspondent pas au prix fixé. Quant au prix de la chambre, il est justifié pour qui vient s'y reposer, profitant de tous les équipements de la piscine aux tables de bridge, mis à disposition des hôtes. Mais pour un simple hébergement de nuit, on peut se contenter de plus simple. Petite attention charmante, le pot de confiture de pommes offert par Caroline, la maîtresse de maison, au moment du départ.

A Saint Savin, une adresse "macaronnée" au Michelin mérite quant à elle largement le détour, avec un rapport qualité prix vraiment superbe. Il s'agit du restaurant Cadieu. Dieu sait que nous avons été enthousiasmés par Coutenceau il y a une quinzaine de jours, mais là, pour un prix environ de moitié, nous avons mangé aussi somptueusement, avec en prime des attentions, des détails d'accueil fort agréables. Témoin, cette petite banquette prévue près de la table et qui permet de déposer son sac à main, sans le fourrer d'un coup de pied rageur sous sa chaise pour éviter de gêner le service. Ou à la fin du repas, la serviette chaude à la japonaise pour s'essuyer les mains. Deux assiettes de dégustations, genre mise en bouche, ponctuent le repas : une en entrée et l'autre avant le dessert, joliment intitulé "souvenir d'enfance sucré du chef". Elles sont copieuses, goûteuses et admirablement présentées.
Quant au menu, il est délicieux, présenté avec brio et les saveurs s'offrent à nous avec beaucoup d'intelligence. Le chef use avec sobriété de la cuisine moléculaire, pour des mousses savoureuses qui ornent et agrémentent, mais il n'en fait pas une religion. Juste ce qu'il faut pour alléger le propos. Le sommelier nous fait découvrir et apprécier un vin blanc de Bourgogne, abordable, jeune mais intéressant, au goût proche d'un Chassagne mais à portée de notre bourse. Le plateau de fromage est sobre, mais équilibré, parfaitement affiné et servi avec générosité. Et, au moment où nous réglons l'addition, on nous offre deux délicieuses brioches mousseline, qui seront les bienvenues le soir même pour absorber les vapeurs du Layon à l'entracte ! Cadieu à Saint Savin est vraiment une adresse à découvrir, sans risque excessif pour la bourse et avec la certitude d'une symphonie de souvenirs pleins de saveur.

Un clin d'oeil amusé pour Chic (moi aussi je pense à toi !) : la vallée de la Creuse embrumée, dimanche matin, depuis notre fenêtre !

mardi 22 septembre 2009

ECOLE BUISSONNIERE

C'était aussi le week-end du Patrimoine... et La Roche-Posay se trouvant à une trentaine de kilomètres de Saint Savin, la superbe abbaye romane couverte de fresques célébressimes, nous avons "séché" quelques concerts pour aller visiter ce haut lieu de l'Art Roman.

La balade passait par Angles sur l'Anglin, petite bourgade aux ruelles en pente, surmontée des ruines d'un château épiscopal impressionnant. La ville est, nous dit-on, la capitale du "jour", vous savez ces broderies qui vous font des échelles sur les draps et les nappes. Nous n'aurons pas l'occasion de nous assurer de la véracité des assertions de mon guide bleu, vieux comme le monde, car tout est fermé et les seuls "jours" que nous avons admirés sont ceux des robes de mariées nombreuses en ce samedi à venir se faire photographier sur le site !

A Saint Savin, nous passerons finalement presque toute la journée, tant le lieu est beau. Une visite guidée nous permet d'admirer les fresques romanes dans les moindres détails, sur le thème de la gestuelle. Geste marqué, geste parlant, les épisodes de la Bible deviennent autant de signes pour le chrétien qui y trouve un enseignement, un soutien pour son chemin spirituel. C'est émouvant de lire ces images qui, plus de 8 siècles plus tard, et même si le temps les a bien détériorées, gardent toute leur force et leur lisibilité.

C'est émouvant aussi de suivre le pinceau des artistes, encore vif, à travers les circonvolutions d'un visage ou d'un décor. Le trait des fresques, par son immédiateté, par sa spontanéité, rend presque présent celui qui les traçât, il y plus de 800 ans.
Et puis, les artistes se suivent en ces lieux de foi et nous avons eu la chance de visiter une exposition consacrée à Danielle Grimaldi, une artiste actuelle dont les œuvres devraient réconcilier les plus allergiques d'entre vous avec l'art contemporain. Son propos s'organisait autour de deux thèmes : la Trinité et les anges.

Pour la Trinité, trois œuvres somptueuses, d'une force et d'une qualité étonnantes : la Trinité contemplée qui dans les tons de bleus traduisait les dons que chacun reçoit de la puissance créatrice : vertus organisées autour des axes du carré : la force dans l'axe vertical, l'espérance jaillissant sous forme de rameaux de la diagonale droite, et l'amour et la charité portées par la poussée de la diagonale gauche. Le rythme circulaire animé d'accolades manifeste la réalité de l'amour divin et le carré central, doré, recentre de lui-même la contemplation.

Sur une dominante rouge (le peintre a une formation musicale qui illumine ses œuvres d'évidences) c'était la Trinité manifestée. Cette dominante exprime la dynamique de la manifestation trinitaire dans notre monde terrestre. Contrepointé de bleus et de blancs, et complété par des orangés et des verts, le rouge forme l'accord principal de cette manifestation. Le mouvement autour du cercle central est répété comme une onde jusqu'à l'infini. C'est une onde d'amour qui jaillit et se propage.
Ces deux peintures mesurent environ 2 mètres par 2.

La troisième œuvre, encore plus grande, retable des temps modernes en musique et en mouvement, permettait sur 8 minutes de suivre les trois parties d'une ode à la Trinité. Dans ce ratable la structure est l'expression du Père, l'incarnation des formes est manifestation du Fils et la relation entre les éléments est action de l'Esprit.

Le premier panneau est traité en bas relief et fait vibrer la matière sous les ors qui se conjuguent avec le bleu, le rouge et le jaune. La césure verticale invite à aller au-delà de ce premier aspect et la musique, cymables et percussions, annonce sur un thème interrogateur un événement à venir.

Le premier panneau s'ouvre sur un coup de tonnerre : de la contemplation de l'extérieur on passe à celle de l'intéreur. Le cercle central reste à demi fermé, comme un bouclier qui protège encore les mystères de l'incréé. Puis les ors font place à un espace intérieur dans les tonalités de bruns, c'est une descente en soi, à l'écoute de la réalité invisible. La musique devient douce, ponctué de cloches et de gongs, et le silence intérieur se fait.

Puis par déplacements successifs, le fruit s'ouvre et la lumière peut à peu révèle le troisième retable. Les trompettes accompagnent cette ouverture jusqu'à la révélation, tout en douceur du mystère trinitaire, éclaboussant de lumière et d'espérance. Des fuseaux de rouges et de jaunes surchauffés jaillissent en éventail comme des proclamations glorieuses.

Cette œuvre vivante, vibrante, très spirituelle, produit sur le spectateur un effet de bien-être et d'émerveillement très propres à inviter à la contemplation. Danielle Grimaldi a mis 8 ans pour la réaliser, 4 ans de gestation et 4 ans de mise en oeuvre, durée dont témoignent les multiples notes qu'elle a établies. Comme dans une partition, couleurs, sons, vibrations, variations sur le chiffre trois.. tout est noté, étudié, calculé, justifié dans les multiples documents qu'elle a rédigés pour arriver à ses fins. Un parcours qui est loin de l'improvisation parfois désappointante de certaines oeuvres contemporaines qui prétendent laisser au hasard faire le mûrissement de la démarche artistique.

L'abbaye présentait par ailleurs une suite d'oeuvres consacrées aux anges : de superbes collages de tissus et de gazes très fines, rehaussés de traits de peinture et d'or égrenaient une suite d'anges aux noms aussi doux que leurs ailes : ange matutinal, ange de gloire, ange de lumière, ange de nuit, bref tout une galerie bruissante, abstraite mais pourtant très évocatrice.

lundi 21 septembre 2009

VACANCES

"Les vacances de Monsieur Haydn"... Découvert un peu par hasard sur le web, ce festival de musique de chambre en est à sa 5ème édition.

Son créateur et animateur est un violoncelliste, Jérôme Pernoo, qui parvient à maintenir dans cette manifestation un savant cocktail de professionnalisme et de talents, de joyeux happening et d'humour décalé. Il règne durant ces trois journées musicales une ambiance à la fois studieuse et décontractée. Cela se déroule dans la petite ville thermale de La Roche Posay, dans la Vienne. Les lieux de concert sont éparpillés un peu partout, école, gymnase, église, cinéma, donjon, casino... Certains sont inconfortables, on ne peut décidément rien contre les bancs d'église, mais tous sont équipés avec soin pour permettre la meilleure acoustique possible. Cela n'a l'air de rien, mais c'est une marque incontestable de respect du public. Lequel public, bon enfant et de bonne éducation, marque son enthousiasme avec une chaleur jamais prise en défaut. En fait, le festival est aussi l'occasion d'une sorte de "camp de rentrée" des jeunes musiciens des conservatoires...

Partout dans la ville, en parfaite harmonie avec les concerts "officiels", ceux pour lesquels on achète des places et ceux pour lesquels on met avant d'entrer son obole dans une petite caisse marquée "comme vous voulez !", se déroulent de petites prestations d'une demie heure environ, qui permettent à ces jeunes de faire leurs premières armes en public. Certains sont carrément doués et on y fait de belles découvertes. Comme disait un festivalier avec lequel nous avons un peu lié amitié, "même si certaines prestations sont plus faibles, cela a au moins le mérite de rappeler que, jouer un instrument, en concert qui plus est, demande travail, effort, et talent... et combien finalement c'est difficile et rare". Par ailleurs, la présence de tous ces jeunes a l'immense mérite de rajeunir nettement la moyenne d'âge du public et leurs ovations sont à la mesure de leur enthousiasme : joyeuses et tout sauf convenues !
Plutôt qu'un long et fastidieux énoncé des concerts entendus, et Dieu sait s'il y en avait, je vais me contenter de quelques anecdotes décrivant au plus près les émotions ressenties.
  • Année des anniversaires : Mendelssohn partageait avec Haydn le gâteau : pour l'un c'était le bicentenaire de sa naissance, l'autre, celui de sa mort. La programmation se répartissait donc équitablement entre eux, et on jonglait entre instruments baroques et instruments modernes. Pianoforte et Steinway se partageaient aussi la scène.
  • Deux "grands", visiblement joyeux de côtoyer cette belle jeunesse, attentifs et vigilants, accompagnaient les jeunes : sans autre prétention que d'être à leur diapason, Alain Planès assurait beaucoup d'accompagnements au piano et Gérard Caussé participait avec entrain à de nombreuses formations du trio à l'octuor. Quelle modestie de la part de ces talents consacrés que de jouer ainsi le jeu de l'enthousiasme, de la fougue et de suivre sans jamais se mettre en avant !
  • Salles multiples dont, ville thermale oblige, le casino : pendant le concert on entend parfois, en accompagnement incongru et aléatoire, les pièces qui tombent en avalanche dans les jack pots de la grande salle d'à côté !
  • Toujours au Casino, la culture classique n'a pas encore posé ses marques : une brave dame, armée de deux seaux à champagne fait soudain irruption dans une salle où 200 personnes silencieux, dans le noir, écoutent religieusement un duo piano-violon. Elle claque bruyamment la porte, n'a pas un instant d'hésitation, toute à sa préoccupation. Elle traverse toute la salle, seulement ralentie par le noir et se dirige vers un bar, où elle commence à farfouiller bruyamment dans ses ustensiles. Stupeur, têtes tournées, un organisateur va lui demander en chuchotant de remettre son travail à plus tard. Dépitée, elle lui répond à autre voix qu'elle n'en a cure, et devant l'insistance d'un autre venu à la rescousse, finit par jeter ses sceaux dans l'évier et repart en tapant du talon. La porte vole une deuxième fois, et cogne sans égard pour le public ahuri !
  • Nous avons retrouvé, en "vedette" l'excellent quatuor Modigliani que nous avions entendu à Mornac, et avons pu apprécier encore une fois la rareté de leur sonorité, portée par le fameux ensemble d'instruments taillés dans le même arbre par Vuillaume, les Evangélistes
  • Le plus jeune des musiciens (enfin je pense) était Raphaël Sévère, 15 ans à peine, clarinettiste talentueux qui s'est offert le luxe de jouer en trio avec Gérard Caussé et Jérôme Ducros, un peu tendu peut-être mais sans faillir ! Quel exploit !!! C'est celui qui est plus frang que les autres, avec sa chemise blanche et son immense sourire !
  • La bonne humeur était de mise et les spectateurs disposaient à chaque concert, pour tester leur neurones, d'un exercice dont je n'ai pu vérifier la justification "historique" : chaque programme nous offrait en marge deux ou trois contrepèteries des plus classiques. Que je mettais quant à moi, au moins un quart d'heure à comprendre ! Même Michel a réussi à en trouver une, c'est vous dire !
  • Toujours dans le domaine du contrepet, une spectatrice expliquait à son voisin que, quand elle était gamine, existait près de chez elle une librairie fort BCBG dont l'enseigne "Au Verger des Muses" excitait les imaginations des collégiens venus y faire l'achat d'un manuel de grammaire ou d'un Gaffiot. Devant l'incrédulité de son interlocuteur sur l'innocence de ce nom, elle affirmait que la tête de la libraire qui vendait, en outre des missels, ne laissait aucun doute sur sa parfaite naïveté. Son successeur décida, on le comprend, de rebaptiser la librairie "le Verger des rêves".
  • La Roche Posay n'est pas très loin des vignobles de Loire, et nos entractes étaient égayés par un bar offrant un excellent vin des coteaux du Layon ou un pétillant méthode traditionnelle tout à fait honorable.
  • Et soudain, Alain Planès, toujours très digne, a dégrafé le premier bouton de sa chemise noire : c'était pour interpréter l'allegro moderato du trio numéro 42 de Haydn... dès le morceau suivant le maître est redevenu digne et sa chemise est close !
  • Nous sommes à la salle des fêtes, juste après le concert du soir, des effluves de curry flottent au dessus des réchauds, on tire le vain des cubis et on fait la queue pour partager le repas de jeunes. Les musiciens sont nombreux et affamés. Soudain Planès et Caussé arrivent, et la seule prérogative qu'ils s'accordent en riant est de doubler tout le monde car ils ont grand faim après leur prestation. Même pas choqués de n'avoir point été invités au "resort" luxueux du coin ! Cela dit bien le côté bon enfant du festival.
  • Un moment de grâce : "les 7 dernières paroles du Christ" de Haydn, jouées par le quatuor Modigliani et lues par Robin Renucci... Cela dure une heure trente, il est près que 15 heures et le public sous le charme, assis sur des bancs d'un inconfort œcuménique, ne bouge ni pied ni patte... Un des moments les plus marquants du Festival
  • Toujours Haydn, le duo composé par Jérôme Pernoo et Sarah Nemtanu s'amuse : et nous, public, nous sommes portés par cette joie de jouer, tout est facile quand les musiciens sont heureux !
  • Dimanche 18 heures : c'est le concert des adieux. La dernière œuvre réunit 8 interprètes pour une sompteuse interprétation de l'octuor à cordes en mi majeur, opus 20 de Mendelssohn. Un univers sonore radieux et jubilatoire.
  • Et comme ce sont "les vacances", on termine par une pochade : méli mélo des tangos, valses musettes, les roses blanches, mêlée d'extraits classique, interprétée par nos 8 artistes qui ont chaussé pour l'occasion les lunettes de Papa Haydn, orange et énormes... Gérad Caussé n'y voit goutte et tord le nez pour tenter d'apercevoir ses notes !
  • Ma question du week-end est restée sans réponse : le directeur du conservatoire de Bordeaux était, dans ma jeunesse, un certain Jacques Pernoo... Le jeune Jérôme a-t-il un lien de parenté avec lui ? Sans doute, mais je n'ai pas plus résolu cette énigme que celle de la réalité historique du talent de Haydn pour les contrepèteries... Google a des limites !!
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