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vendredi 17 octobre 2014

LA SALLE DU TRÉSOR DU PALAIS COSTABILI DE FERRARE


Le musée d'Archéologie de Ferrare, installé dans le palais Costabili, est exceptionnellement bien agencé, riche et présenté de manière à la fois didactique et esthétique. Il est immense et je ne vais pas vous infliger toute sa visite : on en voit assez bien les principales richesses sur le site officiel. Je m'arrêterai juste à la salle dite du Trésor, une pièce à l'écart du palais, donnant sur les jardins, sans doute destinée à l'origine à être un salon de musique ou une bibliothèque. Le plafond de la salle, lumineuse et fort aérée, fut décoré entre 1503 et 1506 par Benvenuto Tisi, dit Il Garofalo, un des peintres les plus éminents de l'école ferraraise à la Renaissance. Restauré récemment, il présente dans toute sa splendeur chromatique un décor peint à fresque inspiré de la célèbre Chambre des Époux de Mantegna à Mantoue, toute proche. 


La pièce est rectangulaire et ce plafond, comme un ciel au-dessus de l'espace central, s'ouvre vers les nues par un large balcon aux balustres de pierre, sur lequel reposent des tapis orientaux aux teintes soutenues. L'ensemble constitue comme un jardin clos, un espace luxueux destiné à recevoir à la fraîcheur et loin des bruits de la ville, les hôtes de luxe du propriétaire du palais, Antonio Costabili, personnalité de premier plan à la cour du duc Ercole 1er d'Este, secrétaire de Ludovic le Maure et ambassadeur des Este à Milan.


Une assemblée de personnages élégants et raffinés, tenant souvent des instruments de musique, s'appuient sur la rambarde, s'éparpillant avec naturel autour de ce puits de jour. Chapeaux à plumes, coiffures à résille pour les dames, tissus somptueux, c'est comme une vitrine de l'aristocratie du siècle, proclamant avec désinvolture et élégance son amour pour l'art, la musique, la littérature et la poésie. 


Ils lisent, déchiffrent des partitions, devisent et débattent avec un grand sérieux de sujets forcément élevés. Des personnages enturbannés évoquent des maures et autres princes musulmans, dont la présence est attestée à la cour de Ferrare au XVIème siècle. 


Le ciel est d'un bleu éclatant, parsemé de quelques nuages pommelés, et de lourdes guirlandes de fleurs et de fruits relient les bords du balcon aux côtés d'une sorte de coupole à 12 côtés, qui semble surmonter la scène de son dais de bois sculpté et doré. 


D'incontournables puttis assistent avec bienveillance à ces joutes brillantes, le ventre à l'air et l'air réjoui !!


En 1517, la peinture du plafond a été raccordée aux parois internes de cette vaste salle par des décorations en forme de médaillon ornant des pendentifs triangulaires. Dans les lunettes ainsi ménagées, furent peintes en grisaille, comme des hauts reliefs, des scènes mythologiques et d'histoire de la Rome antique, parmi lesquelles le mythe d'Eros et Anteros, inspiré de l'oeuvre de l'humaniste Celio Calcagini. Ce dernier, proche du Garofalo, était un ami intime de Costabili, prouvant s'il en était besoin, la culture du commanditaire.

jeudi 7 juillet 2011

RENCONTRES EMILIENNES

Un voyage ce sont aussi, et peut-être surtout, des impressions (les photos de ce billet) et des rencontres...


DONATA :
A Reggio, nous sortions d'une série de concert, la tête enturbannée de sons et de notes, quand une cycliste souriante nous accoste "Vous êtes français ?? Je viens de vous entendre parler et j'aime trop cette langue, j'ai envie de parler avec vous"... Qu'à cela ne tienne ! On chemine puis, enthousiaste, elle nous raconte qu'elle vient juste de terminer d'aménager des appartements locatifs. "Venez les visiter", et après avoir admiré ses superbes logements, un vrai rêve pour de prochains séjours à Reggio, elle nous a invités à boire l'apéro. Son époux, appelé à grands cris, a fini par apparaitre, un peu bourru "Oh j'ai l'habitude, elle adore ramener des français à la maison !!"


FEDERICA :
L'hôtesse de notre première chambre d'hôte, Via Punta, située juste à proximité de l'aéroport de Bologne (hyper pratique pour une arrivée tardive), qui nous a gentiment installés dans son jardin pour un pique-nique aux chandelles. Le lendemain, copieux petit déjeuner avec les confitures de la mamma, une étape sympathique pour qui prend Bologne comme base de départ.


ELENA :
L'hôtesse de notre chambre aux environs de Parme. Villino du Porporano est une sompteuse demeuse située dans la campagne parmesane et, outre le confort du lieu, vastes chambres bien décorées, parc à disposition, le lieu mérite le détour pour l'amabilité de l'accueil et la somptuosité du buffet matinal. Sucré, salé, gâteaux en tous genres, excellents de surcroit, confitures maison, salade de fruits, jus d'orange tout frais pressé, c'est un des plus beaux petits déjeuners jamais dégustés en pareille circonstance. Elena est charmante, de bons conseils et il règne chez elle une ambiance familiale et décontractée de bon aloi.


LE PATRON DE LA TRATTORIA DEL CARBONE :
La trattoria nous avait été indiquée par ALBERTO, le propriétaire de notre B&B Cantarelli de Reggio. Parfaitement central, bien équipé, l'endroit est aussi à recommander. Alberto, fort aimable lui aussi, nous avait chaleureusement recommander Al Carbone, cuisine copieuse et plutôt originale, accueil d'une grande gentillesse. Le chef, venu nous saluer "Tiens, encore ici ce soir ??", éclata de rire quand je le félicitais pour son français : "je suis français, mais ça fait 25 ans que je suis installé à Reggio, j'ai épousé une émilienne !"


MICHELE, RICHARD et les autres...
Un festival de musique, déjà cela crée parfois des liens entre les spectateurs : on se croise, on se retrouve, on partage la même passion. Mais un concours c'est encore plus fort, car on échange, on se teste du bout des lèvres d'abord, puis plus franchement. On échange des potins et des impressions, on s'enflamme, on s'indigne, bref les pauses sont l'occasion de multiples rencontres : de la spectatrice qui était à Bordeaux l'an dernier au rédacteur en chef de Classique Info, on se sent tout tristes quand on part car finalement, on était tous un peu du même avis. C'était le quatuor Voce notre préféré !!


UNE INCONNUE :
La toute jeune "pèlerine" croisée à l'aéroport qui partait, sac à dos, faire le chemin de Saint Jacques au départ de Saint Jean Pied de Port. Elle s'inquiétait de son arrivée tardive sur Bayonne et de la façon de rallier la frontière : un basque à l'accent rocailleux la rassura et lui proposa même de l'emmener jusqu'à Bayonne : elle ne parlait pas un mot de français et lui, pas un mot d'italien !
"Votre maman ne se fait pas trop de souci de vous savoir seule sur le Chemin"
"Oh non, c'est marrant tout le monde me pose cette question. Le plus dur c'était cette arrivée en France, pour le reste il paraît qu'on est nombreux, et je n'ai pas du tout peur !"

dimanche 3 juillet 2011

DECUMANUS


Lulu nous imaginait, Alter et moi, au volant de notre petite décapotable en train de nous ébattre gaiement dans les chemins creux de la plaine du Pô. Elle évoquait gaillardement quelques petits sentiers secrets, "des couvertures de pique-nique froissées, de bords de rivières chantants"... C'était sans compter avec la typographie particulière de la plaine du Pô qui ne prête guère au batifolage, tant sa configuration est sérieuse. Une plaine, comme son nom l'indique, c'est plat et, allez savoir pourquoi, on imagine pouvoir s'y déplacer sur des routes parfaitement droites. Que nenni ! Dans la plaine du Pô, la route est rectiligne et soudain, ex abrupto, sans que rien dans le paysage ne semble le justifier, elle tourne à 90°... 


C'est un souvenir de la centuration romaine. Cette technique d'arpentage permettait aux romains d'affecter des terres à des colons. Elle était réalisée par des arpenteurs qui parcouraient la campagne armés d'un instrument appelé "groma", déjà utilisé par les étrusques : une perche verticale supportant à son extrémité supérieure un croisillon monté sur un tourillon pour lui permettre de tourner dans le plan horizontal. 


Chaque bras du croisillon supportait à son extrémité un fil à plomb. Les terrains, forcément réguliers et coupés à angles droits, et ce d'autant plus que le terrain de plaine le permettait sans problème, étaient ensuite bordés de fossés, de conduites d'eau, puis de chemins. Avouez qu'il est fascinant de faire de l'archéologie active : en parcourant les routes de la plaine du Pô, on se promène dans un paysage romain, ou au moins dans ce qui reste de son découpage !! Ce paysage est ponctué de grosses fermes, dont la maison d'habitation, l'étable et la grange sont disposées autour d'une cour rectangulaire, entourée d'un mur ou d'une haie, à laquelle on accède par une grande porte. De loin en loin, une petite entreprise s'est spécialisée dans la fabrication de Parmesan.

Mais une autre caractéristique marquante de ce site est l'odeur : souvent, et la décapotable favorisait sa perception, on est saisi par une émanation nauséabonde et une méchante odeur de lisier vous fait suffoquer. Ces effluves peu engageantes proviennent des élevages de porc, nombreux dans la région pour produire le jambon de Parme, bien sûr mais aussi, parfois le fameux culatello. Cette charcuterie que les Pallavicino, seigneurs de la région, envoyaient chaque année aux Sforza "comme une chose rare et très exquise" est l'objet de soins particuliers et figurent sur toutes les bonnes tables parmesanes (on laisse le jambon aux ignorants !!). Le culatello provient de la meilleure partie de la cuisse (le haut seulement) de cochons adultes, sélectionnés et élevés selon des méthodes traditionnelles. L'os est détaché à la main, la chair est dégraissée puis arrondie, couverte de sel et massée énergiquement afin que le sel s'incorpore. Après un court repos, on l'intoduit dans une vessie de cochon et on la ficelle en lui donnant traditionnellement une forme de poire. Ce culatello sera affiné au moins 10 mois dans des caves humides, et l'on dit que sa saveur particulière est imputable au climat particulier à la région de Parme, étés lourds et automnes assombris de brouillards intenses. A la fin de l'affinage, le culatello qui pèse entre 3 et 5 kilos est débarassé de son enveloppe, rincé, brossé sous l'eau courante, puis on l'enveloppe pendant quelques jours dans un torchon imbibé de vin blanc. Il ne reste qu'à manier le couteau avec la maestria qu'on connait aux italiens, pour le débiter en fines tranches que les gourmets dégustent avec délectation. Accompagné d'un excellent Malvasia, cela va sans dire ! Un petit blanc pétillant, assez léger mais au parfum bien équilibré et plein d'esprit qui provient du cépage de même nom, et dont la robe jaune d'or est une excellente préparation à la gourmandise.


Des routes à mémoire romaine, des fermes séculaires et opulentes, la région de Parme est une vraie leçon d'histoire et de gastronomie ! D'autant qu'on parcourt un territoire semé de châteaux, souvent transformés en "caves", vestiges d'anciennes querelles, d'âpres batailles pour des bourgs fortifiés, de dissensions ancestrales qui poussèrent les uns et les autres à construire des forteresses que le temps, heureusement, réaménagea en logis de plaisance. Mais ce sera l'objet d'un prochain billet !!

jeudi 30 juin 2011

DEDICACES EMILIENNES


Décidemment, tenir un blog, ça vous change le regard : vous êtes paisiblement en train de faire du tourisme et vous apercevez une licorne, peinte à fresque sur les murs d'un palais, et clic, vous prenez une mauvaise photo en pensant à La Licorne !! Les photos sont interdites, pas question d'utiliser un flash, mais vous n'avez pu vous en empêcher, histoire de dire "je pense à toi !"...


Plus loin, dans le même palais, le pauvre Icare chute depuis plus de 4 siècles et, le nez au plafond, vous pensez à la série d'articles écrits par Koka sur cette légende et ses traductions littéraires, picturales, voire poétiques. Et re-clic... pour Anamorphoses, mon blog préféré !

Tiens, y a du monde dans cette galerie !! Hoooooorreur, des mannequins de cire qui campent, fagotés comme des acteurs et mal grimés, les principaux personnages de l'histoire italienne et mondiale. Napoléon en tête !! On croise Kennedy, poupon, De Gaulle, sans prestance, Staline, Lénine, quelques papes, et tant d'autres... Et pas Cecilia Bartoli ??? Allez, on immortalise cette suite pour la dédier à GF !!! Avec une mention spéciale pour lui qui fait des exploits, du fin fondnde la Lozère, pour lire et commenter ce blog !


Plus loin, qu'il n'y voit que l'expression d'une sincère amitié et la reconnaissance respectueuse d'une revendication qu'il porte haut et fort, un petit cliché de la magnifique Arche d'Alliance de la synagogue de Sabbioneta, pour Roger Dautais.


Pour Lulu, cette petite procession de lutins et de sorcières, saisie au travers d'un vitrage qui reflétait la cour d'un des innombrables châteaux parmesans visités... Et la silhouette d'Alter !!


C'est pas possible de faire un voyage en Italie, et ne pas croiser un puits ! Voyons, il me faut un puits pour Françoise... Que diable, soit je n'ai pas les yeux en face des trous, soit il y a quelque chose qui m'échappe. Tiens, en voici un... zut, le portail se referme, vite, vite, un cliché avant qu'il ne se dérobe !


Malheureusement, je n'ai pas trouvé un cliché pour chacun de vous, trop prise par de multiples sollicitations, j'ai été distraite, ou suis tout simplement restée en admiration devant tant de belles choses que je n'ai plus pensé à mes dédicaces. Pourtant, en rentrant, je tombe sur une petite fille vue par Danielle dans une exposition Paris Delhi Bombay, qui me rappelle cette jolie fontaine, que je lui dédie !! Ainsi qu'à Enitram qui, elle aussi, avait photographié une jolie fillette... en compagnie d'Oxygène ! La ronde des enfants de bronze tourne joyeusement !!

mercredi 29 juin 2011

ITINERAIRE VERDIEN


Verdi est français… On ne le dit pas suffisamment, nous qui avons pourtant tendance à nous approprier toutes les célébrités flateuses au motif seulement qu’elles sont francophones, de Hergé à Simenon, nous ne revendiquons pas assez cette vérité évidente. Quand il naquit en 1813 à Roncole en Bassa Parmense, la région était sous la domination napoléonienne, et sa mère, dit-on, ne déclara sa naissance que quelques mois plus tard pour qu’il n’eut pas la honte de n’être point italien. Son acte de naissance est pourtant rédigé en français :« L’an mil huit cent treize, le jour douze d’octobre, à neuf heures du matin, par devant nous, adjoint au maire de Busseto, officier de l’état civil de la Commune de Busseto susdite, département du Taro, est comparu Verdi Charles, âgé de vingt huit ans, aubergiste, domicilié à Roncole, lequel nous a présenté un enfant du sexe masculin, né le jour dix courant, à huit heures du soir, de lui déclarant et de la Louise Uttini, fileuse, domiciliée aux Roncole, son épouse, et auquel il a déclaré vouloir donner les prénoms de Joseph-Fortunin-François»


Un pèlerinage sur les pas de Verdi commence donc forcément par la maison natale du maître. L’humble demeure construite au XVIIIème par le marquis Pallavicino est située dans le petit village de Roncole (Verdi). Elle fut louée à la famille Verdi pour y installer une auberge de poste et une boutique d’alimentation.

Le travailleur a cheminé de l'humble maison à la conquête du monde
Avec lui le grand souffle de l'âme latine a fait le tour de la terre
Géant, il revint parmi les humbles
Aux humbles qui travaillent il offrit la glorieuse abondance
Pour l'anniversaire de sa mort, les pauvres de cette cité, avec gratitude *

L’enfant qui naquit là fut initié à la lecture et à la musique par le brave curé local, l’église en juste en face ! La famille Verdi n’était pas insensible à la musique, plusieurs proches de sa mère étant chanteurs. C’est ainsi que son père lui fit les cours du maître de musique de la ville voisine, Busseto, et il tenta, vers 18 ans, d’entrer au conservatoire de Milan. Où on le refusa au motif que sa technique pianistique était jugée insuffisante. 


La position de ses mains est considérée comme irrémédiablement mauvaise. La position des mains, son âge, de quatre ans supérieur à l’âge habituel d’admission, le peu de places de l’établissement, le statut d’étranger (et oui, rappelez-vous Verdi est français !), toutes ces raisons sont sans appel. De cette décision pénible Verdi, habitué à être adulé dans le petit cercle des mélomanes de Busseto, conservera durablement une profonde amertume.

Il travaillera dur pour finalement, trois ans plus tard, réaliser son rêve : devenir maître de chapelle à Busseto. Rêve qui, cependant, après les années milanaises où il baigna dans le monde du lyrisme qui lui ouvrait d'autres horizons, lui sembla bien étroit quand en 1835 il put l'accomplir. Il revient à Busseto, dirige, est maitre de musique mais aussi compose. La ville est trop petite pour lui et c'est à la suite de la mort de sa petite fille qu'éprouvé par le chagrin il décide d'aller se reposer à Milan. Il en reviendra pas à Busseto, ou si peu...


«  Monsieur le Maire,
Je m’aperçois, hélas, que je ne puis rendre à ma malheureuse patrie les services dont j’aurais voulu m’acquitter envers elle. Je regrette que les circonstances ne me permettent pas de donner une preuve effective de mon attachement à la cité qui, la première, m’a donné le moyen de progresser dans l’art que je professe.
La nécessité où je suis de me procurer les moyens suffisants pour nourrir ma famille me pousse à chercher ailleurs ce que je ne peux obtenir dans ma patrie. C’est pour cela que, me conformant aux dispositions de l’article 8 du contrat passé entre la mairie et moi-même le 20 avril 1836, j’annonce à Votre Excellence, avant que n’expirent les six mois de préavis, que je ne continuerai plus à servir en qualité de maître de musique après le 10 mai 1839.
Je conserverai dans mon cœur la plus vive affection pour ma patrie et une reconnaissante estime pour ceux qui m’y ont aimé, encouragé et assisté"

 Il reviendra à Busseto pour s'y reposer, pour composer, des étés de détente et de retour aux sources. En 1845, il achète l'imposante demeure bourgeoise de l'ancien maire, le Palazzo Cavalli. Une revanche sans doute ! Il s'y installle même, quittant Passy, en juillet 1849, non sans appréhension car  il a maintenant une jeune maitresse et il leur faut faire face aux préjugés conformistes de la petite ville. De fait, Peppina et Guiseppe passent les mois d’été à travailler sans contact avec la population bussétane pour en éviter la malveillance qui ne manque pas de se faire jour. Au printemps de 1851, la vie à Busseto devenant par trop étouffante, le compositeur s’installe à Sant’Agata avec Giuseppina (qu’il n’épousera qu’en 1859)


C'est donc la Villa Verdi de Sant'Agata qui, désormais accueille le maitre quand il a besoin de se retirer. Il y coulera des jours plus paisibles qu'à Busseto .

Ce qui n'empêche pas cette dernière d'être officiellement le sanctuaire verdien : théâtre Verdi construit en son honneur, statue, musée, tout y parle du célèbre compositeur ! Même s'il n'a eu, en définitive qu'une ambition, de la fuir ! 

 
* les talents de Siu sont requis pour affiner ma traduction, très imparfaite de la plaque de marbre !!

lundi 27 juin 2011

IL PARMIGIANINO A FONTANELLATO

Fontanellato est une petite ville paisible et pleine d’un charme envoûtant. Sa Rocca s’élève sur une place bien dégagée et le lieu invite à la flânerie et à la halte prolongée.


La Rocca Sanvitale, qui s'élève majestueusement au centre de la place, est une belle bâtisse fortifiée entourée de larges fossés où croisent d’énormes carpes argentées. On y visite l’ancienne demeure des Sanvitale puisque le lieu fut occupé par cette famille du XIV ème siècle à 1948.

L’ameublement y est évocateur (portraits de famille, collection de larges assiettes blanches constituées d’une calotte et d’un large pourtour dans lesquelles, nous dit-on, on mangeait ensemble primo piatto et secondo piatto, l’un au centre, l’autre sur les bords) mais sans grande valeur artistique. Par contre, outre son aspect général qui a fière allure, la Rocca vaut la visite pour deux choses. La première est plus anecdotique que belle : il s’agit d’une chambre noire dans laquelle, par un effet de prismes, de lentilles et d’écrans, on se trouve comme à l’intérieur d’une chambre photographique. On distingue parfaitement la place qui entoure le château alors qu’on est enfermé dans une tour.
L’autre est une pièce peinte à fresque en 1524 par Francesco Mazzola, dit le Parmigianino, qui illustre avec brio et le mythe de Diane et Actéon.
Autrefois nous l’appelions, avec notre manie nationale de franciser Firenze en Florence et Beijing en Pékin, le Parmesan. Ce qui donnait en italien il Parmegiano. Autant dire qu’avec un pareil nom et le développement de la renommée du fromage homonyme, l’appellation n'était guère flatteuse. D’où sans doute le nom qu’on lit sur les cartels de musées et dans les guides en Italie : il Parmigianino, qui n’a rien de réducteur . Girolamo Francesco Maria Mazzola ou Mazzuoli est né à Parme en 1503, ce qui lui vaut son surnom, et son éblouissant talent en fait un des peintres essentiels du XVIème siècle italien.

En 1524, la Camera di San Paolo du Corrège devint inaccessible car après la mort de l'abbesse Giovanna Piacenza qui s'était battue pour garder son monastère hors des règles rigides de la papauté, la clôture est appliquée sans concession et le monastère n'accueille plus aucun visiteur pendant presque 3 siècles. C'est cette année-là que Parmigianino décore à fresques une petite pièce du château de Fontanellato, et depuis qu'on connait ces dernières, restées elles aussi cachées longtemps, le lien stylistique entre les deux ensembles est évident.

Cela s'explique aisément. Galeazzo Sanvitale, comte et seigneur de Fontanellato, vit et apprécia à Parme la salle de l'abbesse Giovanna, et, désirant décorer une pièce de son château, il chargea un très jeune artiste, qui avait cependant déjà fait ses preuves, de réaliser une décoration sur un thème très proche. Francesco Mazzola, qui est né en 1503, orphelin de père et élevé par ses oncles Michele et Pier Ilario, peintres modestes mais qualifiés, désire voler de ses propres ailes. Il accepte donc ce chantier et peint la représentation du mythe de Diane et Actéon: le chasseur Actéon, ayant surpris Diane en train de se baigner nue, est puni par la déesse de son audace (involontaire). Transformé en cerf, il périt, déchiré par ses propres chiens. Mais on le sait, derrière chaque commande, comme à Parme avec les fresques du Corrège, il y avait une programme iconographique et ici tout se complique car les intentions du commanditaires ne sont pas aisées à comprendre. On a beaucoup glosé sur cette salle et sur la signification, réelle ou supposée, de ces fresques. Toutes ces discussions sont basées sur l'observation des particularités de cet ensemble pictural, dont certaines sont surprenantes.


La salle du Parmigianino est située au rez de chaussée de la demeure, ce qui est a priori inhabituel, puisque c'est le niveau des pièces de service, alors que les salle nobles sont au premier étage. La pièce est de petites dimensions et elle fut longtemps très sombre : la fenêtre qui l'éclaire aujourd'hui ne fut crée que porterieurement aux fresques. Pourquoi orner une pièce presque noire de si sompteuse manière ?? La destination de l'endroit reste mystérieuse : boudoir, salle de bains, dressing ? Vasari qui ne parle pas plus de ces fresques que de celles de San Paolo, ne nous est ici d'aucun secours alors qu'il est d'ordinaire une source précieuse pour Il Parmigianino. Tout cela, ajouté au programme iconographique, renforce le mystère autour de cette oeuvre de grande qualité.

Le choix du mythe, la représentation de Diana près d'une source, la présence d'un miroir au centre de la voûte, la petite taille de la salle, et la présence parmi les fresques d'un portrait qui serait celui de Paola Gonzaga, ont fait penser aux critiques que la destination la plus probable était une salle de bains. Cependant, d'autres éléments découverts ces dernières années ont fait naître d'autres hypothèses. Le miroir placé au centre de la voûte est entouré d'un cadre en bois doré avec l'inscription "respice finem» (observe la fin). Tout autour, le ciel bleu, et une pergola avec des enchevêtrements de bambou et des guirlandes soutenues par des putti, certains ailés et d'autres non. Dans les lunettes est peinte l'histoire de Diane et Actéon. Plus bas, une inscription tourne autour de la salle: « Dis, ô déesse, pourquoi, si c'est le destin qui a conduit ici le malheureux Actéon, il a été donné comme nourriture à ses chiens. S'il est licite que les mortels soient punis lorsqu'ils commettent une faute, une telle colère ne convient pas aux dieux » Rapproché du finem respice autour du miroir, c'est une mise en garde qui déclare qu'on peut être puni sans avoir commis de crime. Nous trouvons donc ici une protestation contre la cruauté de la déesse, alors qu'à Parme Le Corrège exaltait les vertus de Diane, pour louer celles de l'abbesse commanditaire.

On remarque encore bien d'autres singularités.

Sur un mur, une nymphe est poursuivie par deux chasseurs: la couleur et la forme de ses vêtements sont identiques à ceux d'Actéon qui se transforme en cerf, mais les bras et les mains ont une apparence féminine.

La scène d'Actéon déchiré par ses chiens est privée de violence et de mouvement : c'est une tragédie immobile, presqu'empreinte de douceur, et cela ne vient pas d'une incapacité du peintre qui a démontré ailleurs son talent dans ce genre de scènes. C'est, à n'en pas douter, un choix délibéré de représenter Actéon et ses chiens de cette façon.


Au-dessus de la scène d'Actéon dévoré par ses chiens, ce ne sont pas des putti qui sont représentés, mais deux vrais enfants, dont l'un est un nourrisson, soutenu par l'autre, plus grand. Le bébé a un collier de grenat et tient une branche de cerises. 
Enfin, en face de la représentation de Diane nue dans la source, de l'autre côté de la pièce, on admire le portrait d'une femme très décolletée, des épis dans une main et une vase aux larges anses en volutes reposant sur un plateau dans l'autre. Ce ne sont certainement ni la curiosité ni un désir d'originalité qui ont poussé Parmigianino à faire ces choix étranges: il voulait dire quelque chose, mais d'une façon énigmatique.

On a voulu voir dans cette suite une expression de la passion du temps pour l'alchimie, passion que partageait le peintre : la pièce, sombre, petite et reculée aurait été dédiée à cette science, le maitre des lieux menant ses expériences dans une pièce de service proche. Le mythe d'Actéon a en effet été interprété comme une métaphore du procédé alchimique : principes masculin et féminin, où le chasseur Actéon, pourvu qu'il puisse s'approprier le principe divin - la déesse Diane - est disposé à se transformer de prédateur en proie, fut-ce jusqu'à en mourir.
La douceur de la punition d'Actéon évoquerait une possible rédemption par la suppression de la faculté de pêcher : Actéon, mangé par ses chiens, ne peut plus voir Diane et sa faute s'efface.


Mais surtout, on a découvert récemment un document daté du 4 septembre 1523 qui signale le baptême d'un fils de Galeazzo et Paola, fils dont il n'est plus jamais question ensuite. L'hypothèse la plus vraisemblable est que cet enfant serait donc décédé peu après sa naissance. De fait, le collier de grenats et les cerises sont des symboles de mort précoce. Voilà qui éclaire d'un jour nouveau la protestation écrite à la déesse cruelle, Actéon livré à ses chiens, et respice finem deviennent le signe d'une douleur récente et vécue comme injuste. La métamorphose de la nymphe en Actéon peut elle aussi être comprise dans le même sens : la nymphe de Diane devient Actéon dans la souffrance. Quant à la femme portant un vase en forme de cantare et entourée d'épis, elle pourrait être Demeter dont la fille Perséphone est enlevée par Hadès et passe la moitié de l'année aux enfers. Ce serait donc un symbole de maternité blessée.
Cette pièce sombre serait finalement dédiée à la mémoire d'un enfant mort en bas âge, injustice suprême, punition incompréhensible, que le bon chrétien accepte en pensant à la Rédemption et au rachat de ses fautes.
 

dimanche 26 juin 2011

L'ABBESSE DE SAN PAOLO A PARMA


Visiter Parma, c'est, inévitablement découvrir l'immense piazza della Pace et celle proche, bordée par le palazzo della Pilotta. C'est s'immerger dans la superbe galerie nationale, admirablement réaménagée, qui abrite selon un parcours muséographique passionnant, des chefs d'œuvres notables, parmi lesquels la Scapagliata de Léonard de Vinci.


A la place de la Schiava Turca de Parmiginiano, un petit carrtel indiquait son prêt à l'exposition de Torino la Bella Italia, dont les organisateurs ont sélectionné les oeuvres, à leurs yeux, les plus représentatives du génie pictural italien, pour célébrer les 150ème anniversaire de l'Unité. Selon un phénomène qui nous réjouit, au sens non péjoratif du terme, toujours fort en Italie,  les yeux a gardienne du musée qui nous expliqua cela brillaient de fierté en nous expliquant que l'oeuvre voisinait avec Giotto, Beato Angelico, Donatello, Botticelli, Leonardo, Raffaello, Michelangelo, Correggio, Bronzino, Tiziano, Veronese, Tiepolo, Bernini et tant d'autres !!

C'est flâner dans le théâtre Farnèse, d'autant plus passionnant qu'il s'inspire du teatro olimpico de Palladio et qu'il est le grand frère de celui de Sabbioneta.

Puis, quittant les quartiers dévastés par les bombardements qui ont perdu dans l'aventure une partie de leur âme, on se dirige vers le quartier du Duomo, en se laissant surprendre par cet ensemble sinon harmonieux du moins majestueux. On muse le nez en l'air et les cervicales en compote dans le baptistère aux fresques médiévales presqu'intactes, on musarde dans la cathédrale où chaque pas réserve une surprise, des fresques innombrables aux sculptures d'Antelami. Après avoir visité tout à loisir le musée diocésain, plus riche qu'on ne l'imagine, il faut laisser vos pas vous mener derrière le Duomo et là, sans plus de façon, entrer dans l'église renaissance San Giovani Evangelista. On s'y dévissera le cou un grand moment, en abreuvant les machines à sous de pièces de 1€ pour contempler tout à loisir la coupole peinte par Corrège.


Voilà, le grand maître local est découvert. Il est temps de se rendre dans un petit endroit assez reculé, situé au fond d'une impasse, et où l'on pénètre par une porte modeste et discrète. L'ancien logis abbatial du couvent des bénédictines de San Poalo, situé au bout d'une agréable allée ombragée, ne paie forcément de mine. En entrant, on se trouve confronté à une immense toile assez terne, mais tout de même impressionnante, reproduction un peu pataude de la cène de Léonard. Elle fut peinte en 1514 par Alessandro Araldi (1460-1528) et témoigne du goût de l'époque pour la peinture romaine. Son intérêt réside dans son rôle de mise en évidence de l'originalité et de l'inventivité de l'autre peintre présent dans cet ensemble : il Corregio. Car c'est pour admirer les fresques de ce dernier qu'on est venu ici.

Dans les années 1510 le couvent, récemment reconstruit, était dirigé par une abbesse raffinée et cultivée, Giovanna da Piacenza. Cette dernière était en butte avec la papauté qui prétendait imposer la clôture à son ordre et interdire à quiconque d'entrer au couvent. Or cette femme de caractère ne l'entendait pas de cette oreille et son monastère tenait plus du salon que du cloître. On y parlait poésie, littérature et religion, et quand il s'agit de décorer le petit réfectoire du couvent, elle fit tout naturellement appel à ses amis humanistes pour définir avec eux le programme iconographique de la commande qu'elle allait confier à un jeune peintre déjà fort en vogue, il Correggio.

On doit à Scipione della Rosa, administrateur de l'abbesse Giovanna Piacenza, la venue à Parme du Corregio. Antonio Allegri, originaire de la ville de Corregio située aux environs de Parma, venait de passer lui aussi quelques années à Rome et avait été impressionné par l'exemple de Léonard et de Raphaël. Mais l'influence dominante de sa jeunesse fut celle de Mantegna, lorsque ce dernier travaillait à l'église S. Andrea de Mantova. Le Corrège revint de Rome à la fin des années 1510, en ayant trouvé un style personnel, et abandonnant, selon la phrase de Mengs, " la manière sèche de ses maîtres (Mantegna) pour le style grandiose et noble qu'il suivit désormais ". Son classicisme, acquis au contact de Raphaël et de Michel-Ange, devint vivant, naturaliste, et la décoration du petit réfectoire du couvent des religieuses bénédictines de S. Paolo, peinte en 1519, en est une des premières expressions.


Le réfectoire est une pièce carrée, de taille moyenne, dont les murs étaient tendus de tapisseries, on le voit au fait qu'ils sont dépourvus de décor mais pourvus de chapiteaux peints dans la partie haute qui donnent l'illusion d'un support pour les tentures. La salle est dominée par la peinture de la hotte de la cheminée représentant Le triomphe de Diane sur son char. Au-dessus d'une frise en trompe-l'œil, à la base de la voûte, s'ouvrent 16 lunettes en grisaille, ornées de fausses sculptures et formant un véritable antiquarium humaniste : Bellone opposée aux Trois Grâces, la Fortune et la Vertu, les Parques et le temple de Jupiter, Vesta et le Génie, symbole des quatre éléments de la vie. Éclairées par une lumière artificielle qui semble venir du foyer de la cheminée, ces figures, d'une tonalité rose doré, allongent leurs ombres violacées sur le fond courbe de la niche. De ces lunettes partent les 16 tranches concaves de la voûte, sorte de tonnelle formée de 16 roseaux qui se rejoignent au centre, liés par un nœud de rubans terminés par des grappes de fruits ; la lumière du jour surgit des oculi percés dans le treillage, où apparaissent des putti joyeux. 


C'est l'abbesse Giovanna da Piacenza, conseillée par le poète humaniste Giorgio Anselmi, qui définit le programme savant et d'une grande complexité de ces fresques. Si certains n'y ont vu qu'une élégante allégorie de la chasse, d'autres ont voulu y lire une allusion plus complexe à l'évolution de la vie sociale et individuelle en ce début de XVIème siècle.  Le climat humaniste dans lequel est née la décoration de cette pièce et l’extraordinaire originalité de son programme se vérifient quand on examine les devises latines, toutes d’origine classique, qui s’inscrivent sur les fresques. 


La décoration se base sur la représentation des vertus de l'abbesse (miroir moral), des quatre éléments (miroir naturaliste) et de la divinité (miroir doctrinal). Mais surtout on lit dans le triomphe de la déesse, une allégorie de la lutte et de la victoire de l'abbesse, s'identifiant à Diane, pour rester indépendante à l'égard de la clôture que voulait lui imposer par le pape. On remarquera au passage que Diana est la déesse de la chasteté et que son nom est une sorte de transposition phonique de celui de la supérieure, Giovanna. 
Et de fait, Giovanna da Piacenza réussit à protéger son couvent : de son vivant, le pape n'osa lui imposer la clôture. Par contre, à sa mort en 1524, les portes furent refermées sans ménagement sur les soeurs bénédictines et personne n'y pénétra durant 250 ans. Ce qui fait que la fresque du Corrège, vue par certains avant cette date mais jamais depuis, resta longtemps oubliée. Elle ne fut redécouverte qu'en 1774 grâce à la curiosité et à la culture d’un grand érudit parmesan, Ireneo Affo et au peintre allemand Anton Raphaël Mengs qui visitèrent le couvent et en parlèrent avec enthousiasme.Cette semi-légende rendit l'oeuvre encore plus prestigieuse. On découvrit alors que la Camera di S. Paolo avait été une source d'inspiration pour il Parmigianino, peu de temps après, lorsque ce dernier réalisa la "Stufetta" de Fontanellato... que nous visiterons demain !


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