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samedi 24 août 2013

PHOTOS ??? BÂTIMENTS ET ŒUVRES D'ART


Bon, ça c'est MA maison, MON balcon, MON citronnier et  ... les arbres du voisin ! ... Comment ?? Oh Michelaise, tu ne fais attention à RIEN ... et le droit à l'image de cette bonne Oxy ... aïe, aïe, aïe, je sens qu'Oxy va me demander d'enlever ce cliché ....

En fait, en matière de photos (ou d'images en tous genres) publiées sur l'internet, il faut distinguer selon que l'image représente une personne (on applique alors le droit à l'image tel que nous l'avons détaillé dans les articles précédents, ou selon qu'elle représente des biens ou des œuvres. Certaines étant protégées par le droit d’auteur, d'autres non. Pour les dernières, c'est relativement simple, mais pas si évident que cela. Personne ne peut vous interdire c'est clair de publier la photo de votre maison, de votre vieux pigeonnier mais si le bien ne vous appartient pas ??

Voilà Oxy, la photo est parfaite, plus rien à dire ... quoi quoi ? tu as l'air un peu brouillée, "brassée" comme on dit en Charente ? ben que veux-tu c'est la rançon de la gloire ! Si je ne fais pas cela, les paparazzi vont te voler ton image et la négocier au prix fort auprès d'un magazine people !!

La question est alors "faut-il l'autorisation du propriétaire lorsque l'on réalise des photos dans la rue" ? Car, en effet, les maisons que vous "accrochez" au passage dans votre objectif, ou que vous visez bien précisément, appartiennent à quelqu'un, et on ne plaisante pas avec le droit de propriété. Certes, dans l'affaire Gondrée en 1999, la Cour de Cassation a décidé que le propriétaire du café Gondrée, premier bâtiment libéré par les Alliés en 1944, disposait d'un droit sur son bien et, en conséquence, pouvait s'opposer à ce qu'il figure sur une photographie. Seulement l'affaire n'était pas si désintéressée que cela puisque ce monsieur, en fait, voulait une rémunération pour permettre à une société d'édition de publier son café en carte postale. Et la Cour en a décidé ainsi, bloquant tout l'art photographique à destination commerciale puisque les professionnels ne pouvaient plus prendre de photos de rue sans prendre des risques considérables. C'est pourquoi en 2004, une revirement de jurisprudence a mis un frein aux dérives de l'affaire Gondrée. Dans l'arrêt du 7 mai 2004 la Cour de Cassation a rejeté la demande du propriétaire de l'Hôtel Girancourt, une demeure historique, qui prétendait obtenir rémunération pour la publication d'une photo de sa bâtisse par les promoteurs d'un projet immobilier, proche de l'Hotel Girancourt, et qui mettait en avant cette bâtisse pour monter l'environnement agréable et distingué du futur immeuble.

Pardon Madame ... pardon Monsieur, elles sont chouettes vos maisons à colombages, m'autorisez-vous à les photographier et à les utiliser dans un article de mon blog 1) pour raconter mon voyage à Limoges, 2) pour illustrer un billet sur le droit d'image ? Oui !! Vous êtes trop gentil... pouvez-vous me signer ce papier qui détaille notre accord ? Comment je vous emm... ? ... mais vous êtes le 7ème à qui je demande cela (ben oui, y a 7 maisons sur ma photo !!) et les autres m'ont mieux reçue que vous !!

Il a été décidé que le propriétaire d'un bien ne dispose pas d'un droit exclusif sur l'image de celui-ci et que, dès lors qu'il ne subit, du fait de la publication d'une photo de son bien, aucun trouble de jouissance, il doit tolérer que ce bien soit admiré, photographié et publié. Ouf, on ne pouvait même plus faire de tourisme sinon !! Car vous pouvez m'objecter que ces règles ne valaient que pour des utilisations commerciales des clichés, mais ceux d'entre nous qui ont des blogs "commerciaux", car acceptant, contre rémunération, des encarts publicitaires sur leur blog, étaient dans le collimateur. Vous vous voyez sonner à toutes les portes pour avoir l'autorisation de photographier puis de publier toutes les jolies maisons admirées durant vos vacances ?



Par contre, mais c'est logique, cette autorisation est nécessaire dès lors que vous voulez faire des prises à l'intérieur d'un domicile ou d'une propriété. Et comme, sous peine d'être accusé d'atteinte à la vie privée, c'est à vous qu'il appartiendra de prouver que vous avez eu toutes les autorisations en cas de conflit, il vaut mieux être raisonnable et si, lors de la visite d'une demeure privée, il y a en beaucoup, on vous dit que toute photo est interdite, rangez votre appareil, ce serait dommage de devoir partir dans une procédure longue et coûteuse, perdue d'avance. C'est pourquoi j'étais ravie, lors de notre voyage en Italie, de payer un billet spécial pour avoir l'autorisation de prendre des photos à l'intérieur de la Villa dei Vescovi qui appartient au FAI : on peut trouver cela révoltant, mais au moins, une fois payé cet écot, on est tranquille et l'autorisation est facile à prouver**. La chose se pratique de plus en plus, on donne aux photographes ayant acquitté le "péage" un bracelet, qui permet aux gardiens de ne pas les poursuivre de leur vindicte. Vous râlez, vous pestez, vous trouvez que c'est immoral de faire feu de tout bois et de faire raquer le touriste ? Moi qui toujours très anxieuse de me faire reprendre, je trouve cela très commode. C'est trop pénible de faire des photos en douce, dont on ne peut rien faire ensuite !

Bon, c'était une mairie, cela se voit non ?? Donc ... ah oui mais, la date était le 21 juillet 2012... un samedi (et oui c'était le mariage de Koka !!) et la mairie d'Issy les Moulineaux est fermée le samedi. Allez c'est pas grave, je change la date de la photo ... 30 juillet 2013. Mais vous avez vu l'heure ?? Mazette, je ne vais pas m'en sortir ! Et en plus, la date de prise de vue est encore visible, je ne suis pas assez douée en informatique !

Si par contre vous vous trouvez dans un lieu public, église, magasin, mairie etc ... vous avez le droit de faire des photos pendant les heures d'ouverture de l'endroit. Mais me direz-vous, que ferais-je en un tel lieu hors des heures d'ouverture ? Tu pinailles Michelaise ! Mais non : vous pouvez par exemple y être invité pour une soirée privée : dès lors qu'il y a un contrôle à l'entrée, et une limitation des visiteurs aux seuls invités, vous êtes dans un lieu "privé" et une autorisation de photographier est obligatoire. C'est qu'on ne plaisante pas avec la vie privée !! Quoique ?? Si vous avez un avion et que vous profitez de votre survol pour photographier l'intérieur d'un parc ou d'un jardin, fut-il fermé à la visite, vous n'avez besoin d'aucune autorisation pour le faire ! Bon, si vous publiez la photo de la maîtresse de maison en tenue d'Eve au bord de sa piscine, vous contrevenez, c'est clair, au droit à l'image, mais vous pouvez garder ces jolis clichés pour votre musée personnel, rien à redire ! Bizarre non ? Bon, je sais que vous n'avez pas d'avion, mais on ne sait jamais, si vous gagnez au loto d'ici peu !!!

Il nous reste à envisager les droits que nous avons pour publier des photos d’œuvres d'art, donc d'objets our de monuments relevant du droit d'auteur. Tant que l'oeuvre n'est pas tombée dans le domaine public (ce qui arrive 70 ans après le décès de l'auteur) il faut l'autorisation de ce dernier ou de ses descendants. En effet, quand l'oeuvre photographiée a été créée par un auteur vivant ou mort depuis moins de 70 ans, et quelle représente le sujet de l'image il faut pour la publier l'autorisation écrite de l'auteur.  Vous avez l'impression de faire oeuvre utile en publiant les photos de la sculpture d'un artiste local, pensant qu'il sera content que vous lui fassiez de la pub ? Il vous faut normalement obtenir son autorisation écrite ...etc etc. Vous flashez sur une fresque dans un bistrot et vous vous dites que vous allez parler du bistrot, de l'artiste et tutti quanti, photo à l'appui ? Quelle imprudence !! Quant à votre article sur la tombe Brion par Scarpa, c'est une vraie catastrophe ! Vous qui pensiez faire oeuvre utile en parlant d'une oeuvre d'art qui mérite d'être mieux connue.... les descendants du de cujus ainsi que ceux de l’architecte vont vous faire subir les derniers outrages ... sauf que c'était dans un cimetière et que cela doit être un lieu public.

Ceci n'est pas la Tour Montparnasse ... non, non, je vous assure, c'est une photo des toits de Paris, et ce n'est tout de même pas de ma faute si ce gros truc barre l'horizon !! Mais je dois mentionner les noms de architectes, sauf que je suis inculte et que je ne sais pas que cette Tour mérite le détour et l'admiration, na !

Vous trouvez la pyramide du Louvre très belle, ou très laide ? Peu importe votre avis, pour en publier une photo sur le net, si l'on s'en tenait au strict droit d'auteur tel que l'ont longtemps pratiqué les tribunaux, surtout en matière commerciale*, il vous faudrait l'autorisation écrite de monsieur Pei, avec le nom de l'oeuvre, les utilisations et exploitations que vous envisagez de faire de la photo, l'objectif poursuivi, le territoire de diffusion et la durée de cette dernière. Impraticable me direz-vous... et absurde ! A cela s'ajoute, nettement plus praticable, le fait que l'artiste possède un droit moral, "perpétuel, inaliénable et imprescriptible", qui oblige à citer son nom dans toute exploitation que l'on veut faire de son oeuvre, fut-elle tombée dans le domaine public. Cela procède du droit à la paternité de l'oeuvre, qui est un droit moral. Donc, pour toute photo d'oeuvre d'art, vous êtes censé en noter l'auteur, le plus précisément possible. Et puis, comme la règle précédente est carrément inapplicable, les tribunaux ont mis au point la notion de "liberté de panorama". C'est une exception au droit d'auteur permettant de reproduire une oeuvre d'art ou d'architecture protégée par le droit d'auteur mais se trouvant dans le domaine public.

Selon la théorie complémentaire dire de "l'arrière-plan", développée par la jurisprudence, la cour d'Appel de Paris a rejeté la demande par les 4 architectes concepteurs d'une indemnisation pour publier la Tour Montparnasse en carte postale, décrétant que la carte représentait en fait ... la rue de Rennes. Devant les excès de certains architectes, il a fallu légiférer : la loi du 1er août 2006 a donc décidé que l’architecte ne peut interdire « la reproduction ou la représentation, intégrale ou partielle… [de son] oeuvre architecturale, par voie de presse écrite, audiovisuelle ou en ligne, dans un but exclusif d’information immédiate et en relation directe avec cette dernière, sous réserve d’indiquer clairement le nom de l’auteur ». Voilà qui est tout de même plus réaliste et cohérent dans notre civilisation de l'image. Sus à la pyramide du Louvre !!

ENFIN ! un sujet qui n'ouvre droit ni à droit à l'image, ni à protection des droits d'auteur... les bons moines d'Aubazine qui ont conçu et réalisé ce superbe ouvrage d'art pour porter l'eau de la source au monastère sont morts depuis longtemps, plus de 8 siècles, ils n'ont pas laissé d'ayants-droits, ça j'en suis certaine ou alors illégitimes, pas de droit d'un paysagiste à l'horizon, ce sont des herbes folles qui bordent le canal des moines... donc je vais pouvoir mettre ce cliché sur mon blog ! NON ??? mais pourquoi ?? Ah l'architecte des monuments historiques qui a restauré le canal ?! ben oui, je n'y avais pas pensé... je plaisante bien sûr mais avouez que cela devient vite "prise de tête" !

Quant aux œuvres rentrées dans le domaine public, il ne faut pas croire pour autant qu'elles soient faciles à reproduire ! Supposons qu'il vous prenne l'envie de photographier et d'exploiter une image des jardins de Le Nôtre. Vous n'avez pas besoin d'être grand spécialiste en Histoire pour savoir que le célèbre jardinier est mort depuis plus de 70 ans, vous pensez être tranquille. Que nenni ! Achille Duchêne, le paysagiste qui les a restaurés, a exigé et obtenu que les tribunaux considèrent ces restaurations comme une oeuvre originale ! Alors vous pensez, mon article sur Villandry, danger danger ...


Fort heureusement, sauf à être financé par de la publicité, la mise en ligne de votre blog n'est pas encore considérée comme une exploitation de l'image !!! Sinon, vous devriez faire attention aux photos de nuit de la Tour Eiffel*** ou du château de Chambord, les illuminations étant, elles aussi, protégées par le droit d'auteur. Et oui, on ne pense pas à tout : ainsi les meubles, bijoux, créations de couture, chaussures, coiffures sont aussi protégées, et toutes les décorations apposées sur un monument ancien, comme par exemple les pots de fleurs installés sur le Pont Neuf par Christo en 1994, aussi ! Ruggieri pourrait bien m'attaquer pour les photos de ses feux d'artifice. Mais que pensez-vous de l'interdiction qui est faite de photographier le rayon des épices aux Galeries Lafayette Gourmet, qui est tout de même un lieu public ?? Où va se nicher l'art tout de même...

Bon d'accord, celle-là, elle est couverte par un droit d'auteur, mais Chic m'a donné l'autorisation de la publier, si si, je vous l'assure, suffit que je retrouve le mail !

Conclusion : vous pouvez continuer à tenir un blog sans trop de souci puisque vous n'en tirez aucun profit, à moins que vous ne soyez, bien sûr, un blogueur avec bandeaux publicitaires, ou "sponsorisé", voire "professionnel"****. De toute façon, quel que soit votre statut, même simple particulier avec quelques centaines de lecteurs par jour, une déontologie est nécessaire en matière d'image, et celle que vous pratiquez, comme la mienne, fait foin de toutes ces prises de tête et repose, naturellement, sur le bon sens, le bon goût et la bonne éducation ! Alors qu'on cesse de nous traiter comme des incapables de l'éthique, comme des irresponsables du déclencheur, nous savons ce qu'est le respect d'autrui. Car il faut bien l'admettre, toutes ces histoires de respect du droit d'auteur, de la propriété artistique ou de droit à l'image se résume, trop souvent, à des plumes de paon destinées à masquer une oie qu'on engraisse, ou qu'on souhaite engraisser.

Car tout n'est, malheureusement, qu'histoire de gros sous à verser aux uns et aux autres, et ce, durant des périodes qui, si l'on y réfléchit bien, sont étonnamment longues. Un sculpteur, qui a eu le chance d'avoir une commande d'une municipalité, et qui a été payé pour sa réalisation installée en bonne place sur un giratoire, devrait percevoir, lui et ses héritiers après lui, des droits durant plus de 100 ans, chaque fois qu'un péquin s'aviserait de photographier sa sculpture ? Comme les héritiers de Picasso continuent à toucher, pour chaque reproduction utilisée à des fins commerciales, des royalties qui se chiffrent en sommes tellement importantes qu'il a fallu créer une société, Picasso administration, pour gérer tout cela. De la simple carte postale à la reproduction d'un tableau dans un livre d'art ou en couverture d'un roman, en passant par le magnet ou l'éventail vendus à la sortie des musées, tout est bon pour enrichir les héritiers qui, ont vraiment touché le gros lot. Moi, je parlerais d'enrichissement sans cause, car l'oeuvre a été payée, par un musée, par un collectionneur, au départ par un acheteur, et cela continue à produire des droits.

Pas simple d'illustrer mon propos sans contrevenir au droit d'auteur ! Je me suis donc, encore une fois, livrée au détourage sauvage, à partir de photos de ventes publiques trouvées sur le JDD et sur le Nouvel Obs... quant à l'automobile, j'avais la même il y a peu, autant dire que j'ai déjà versé mon écot !! Une source anonyme très informée parlait de 3 millions d'euros par an en 2007...j'ai participé ... deux fois même !!

Que les héritiers aient un droit moral sur l'oeuvre pour éviter qu'elle soit galvaudée par les marchands du temple qui voudraient, par exemple, en orner une voiture, on le comprend aisément ! Sauf que les héritiers, ici, s’accommodent fort bien des marchands en question et s'ils prétendent, un peu faux cul quand ils interdisent aux carnavaliers d'Aix de réaliser des chars d'inspiration cubiste ou aux écoles de la ville, qui recevait une exposition du peintre, d'orner les sets de table des écoliers de reproduction d'oeuvre de leur génial ancêtre.

Alors, qu'on cesse donc de nous interdire, partout, de faire des photos : cette manie du "sécuritaire" finit par porter atteinte à nos libertés les plus élémentaires. On peut faire des photos sur une plage, fut-ce Paris Plage, et on sait assumer l'usage qu'on en fait : nous ne sommes pas des inconscients ou des balourds, nous avons une morale civique et, en tant que blogueurs, nous faisons de notre mieux pour l'appliquer. Sinon, nous allons en être réduits à faire comme Ahae : chaque jour une photo prise de notre fenêtre !

Quand même, on a de la morale dans les blogs ! Par exemple jamais, au grand jamais on n'oserait utiliser une photo pareille dans nos billets... Je parle de celle de la vignette en haut à droite (allons messieurs, cessez de grossir le cliché pour tenter de mieux voir, circulez, y a RIEN à voir !) , car l'autre, le fond, elle est très "1900" ! Ne sont-ils pas touchants tous ces citadins sur le sable ? Je vous assure que chez moi c'est pas aussi joli en ce moment !!

* Selon les Cahiers de l'Ordre des Architectes, numéro 32 du deuxième trimestre 2008, pages 16 à 18 : "En matière de photographies, constitue une atteinte aux droits moraux et patrimoniaux de l’architecte sanctionnée par le paiement de dommages et intérêts, la reproduction :
-  dans une brochure diffusée au niveau national et sur des présentoirs publicitaires, de la photo de l'immeuble qu'il a réalisé, sans que son autorisation n’ait été sollicitée et sans que son nom ne soit mentionné (CA Besançon, 1ère ch. civ., 8 janv. 1998, n° 18/98, SA La Rochère c/ Di Nisi.)
- dans le cadre d’une publicité, pour illustrer l’application d’un procédé d’imperméabilisation, de photographies du ministère des finances de Bercy sans citer le nom des architectes (CA Paris 4e ch. 20 octobre 1995, SPPM c/ Chemetov et autres, RDI n° 18, janvier-mars 1996).
- de la photographie de l’ensemble d’une cité lacustre, grâce à une vue aérienne, pour assurer la publicité d’un camping la jouxtant (« Port Grimaud », V Prés. TGI Draguignan, 16 mai 1972 et pour une autre cité, même solution, Paris, 16 juin 1979.)"

** Et en plus les 3 euros sont versés pour une bonne cause puisque le FAI oeuvre pour la protection de sites historiques et naturels ! Je vous renvoie au billet sur la villa dei Vescovi "Per il paesaggio, l'arte e la natura. Per sempre. Per tutti"

*** allez on dira que les photos sont celles d'Alter et de Michelaise ! et que la Tour n'est là que par hasard... Quant aux Champs Elysées, pas de doute, c'est bien la foule qu'on a immortalisée

****Une experte en la matière explique (anonymement) que les blogueuses mode les plus puissantes peuvent gagner 5 000 euros par opération pour mettre en scène des marques dans leurs "posts". Mais pour gagner une telle somme, il semble qu'il faut que le blog génère au moins 600 000 pages vues en un mois. Une autre forme de monétisation s'est mise en place : le lien d'affiliation. "Il s'agit de commissionner les blogueuses sur les ventes de produits générées grâce à leurs articles"(source)


dimanche 18 août 2013

PHOTOS ??? DROIT A L'IMAGE (3)


Le principe du droit à l'image* ayant été posé (j'ai choisi, vous l'avez remarqué, de faire court à chaque fois, car au total, c'est assez compliqué et un seul article aurait pu être indigeste !), vous savez comme moi qu'il admet de nombreuses exceptions. Que, blogueurs impénitents et photographes curieux, nous invoquons chaque fois qu'on nous martyrise pour cause de clic jugé intempestif.


En matière de photographie des personnes (oui, oui, je sais il y a aussi les photos d’œuvres et de monuments... vous ne perdez rien pour attendre, ce sera l'objet d'autres billets), la principale exception concerne les personnes qui ont une vie publique, quand l'image qui est prise est liée à leur activité publique ou professionnelle. C'est ainsi que les vedettes ou artistes ne peuvent s'opposer lors d'un concert ou d'une manifestation à ce que vous les photographiez. Ils le font pourtant souvent me direz-vous ! Et bien, ils ont tort ! Du moment que votre image a pour objet central l'événement en question. Je vous donne un exemple : supposez que vous alliez voir Bertrand Chamayou donner un concert : votre photo de lui devant son piano ou en train de saluer est parfaitement licite. Si par contre vous photographiez monsieur Chamayou alors qu'il assiste, en privé, à un concert du quatuor Zaïde, vous ne pouvez publier cette photo sans son autorisation ! Si enfin, vous utilisez cette image pour illustrer un article raillant la musique classique, dévalorisant les pianistes et critiquant les artistes en concert, vous êtes répréhensible car, même s'il vous avait donné une autorisation, il n'aurait pas signé pour une telle diatribe ! Et si vous utilisez sa photo dans un article sur le droit à l'image, eh bien, vous floutez son visage !



Euh pardon... j'avais oublié de flouter aussi le reflet dans le piano, et d'indiquer bien sûr d'où vient cette photo, protégée par un copyright, que j'ai soigneusement laissé ! Oui je sais tout cela est idiot, puisque j'ai, bêtement, nommé mes fichiers Chamayou 1 et Chamayou 2. Mais que voulez-vous, on ne peut pas penser à tout !!
Par contre, et pour en finir avec les "personnes publiques", le droit à l'image est un droit personnel, donc il s'éteint avec le décès de la personne, sauf bien sûr à porter atteinte à sa mémoire, car alors ce sont les héritiers qui la défendront, à bon droit. Et si c'est une personne célèbre, n'oubliez pas que sa mémoire passe par des espèces sonnantes et trébuchantes.

L'autre exception notable est la photographie de personnes privées prise dans un lieu public. La jurisprudence a bien dû s'assouplir un peu, et on admet qu'il est possible de fixer l'image d'un groupe de personnes sur un lieu public sans demander l'autorisation de chacun (vous vous voyez un stylo à la main, faire le tour des popotes chaque fois que vous prenez une photo dans la rue ?? Bon, je sais, quand vous photographiez les ruelles de Sarlat, vous attendez patiemment que la rue soit vide pour que votre cliché ne soit pas trop moche, et vous pestez quand monsieur Trucmuche s'insère dans votre prise de vue, accompagné de madame Trucmuche et de toute sa ribambelle d'enfants, ben oui, les familles recomposées en vacances, ça explose les statistiques familiales, c'est pas deux enfants par couple mais quatre qu'on fixe devant la maison de La Boétie !!). Mais alors attention, tout est une question d'échelle : si vous avez la famille Trucmuche toute petite devant la maison en question, pas de problème. Si, par contre, atterré(e) par l'attifement de madame, le gros bide de monsieur, et l'allure de zombis de la marmaille, vous avez zoomé sur le groupe, et qu'on le reconnaisse, vous êtes bon pour l'article 226-1

Et la dame sur la gauche, là, bien reconnaissable ?? Il faudrait la flouter Michelaise, si elle se reconnait, attention à toi ! Mais bon, elle a sans doute changé de coiffure depuis 2008 et mon utilisation n'est ni malveillante ni malséante ! On va dire que ce n'est pas trop grave !

A bon entendeur, salut !! Gare aux zoom... ne riez pas, l'affaire est d'importance : supposé qu'au lieu de la famille Trucmuche, ce soit un couple d'amoureux en train de s'embrasser que vous "piégiez" ainsi. C'est ce qui est arrivé à Alter quand voulant photographier, non pas un monument, le malheureux, mais le reflet de sa Michelaise dans une vitrine, il a croqué un baiser que cette dernière, inconsciente, a aussitôt publié sur le Net. Fort heureusement, les protagonistes ne sont pas reconnaissables ... enfin théoriquement ! Car imaginez qu'il s'agisse d'un couple illégitime, les conjoints trompés identifieraient facilement les sujets. Mais comment voulez-vous qu'ils aient la plus petite chance d'atterrir sur Bon Sens et Déraison ?



Il existe enfin ce qu'il est convenu d'appeler "la prérogative" du journaliste. Vous êtes en train prendre un pot aux Jeudis Musicaux, ou vous faites la queue pour un concert. Si le contexte de la publication de l'image répond à un intérêt légitime du public et s'il y a un lien direct entre l'image publiée et l'information qu'elle illustre, pas de problème. C'est normalement le cas de ces deux photos lors de leur publication dans Bon Sens et Déraison, sauf que, cela ne vous a pas échappé, je ne suis pas journaliste ! J'aurais dû, en outre, demandé l'autorisation de Yann le Calvé car il est vraiment visible, isolé au premier plan, mais en principe je pouvais me passer de celle des autres !! Par contre, utilisées ici, à titre d'illustration d'un propos qui n'a aucun rapport avec le contexte évoqué par ces images, il me fallait aller demander un papier en bonne et due forme à chacun des présents. Bon je vous l'accorde, heureusement que les photos sont de piètre qualité, voire floues et que la plupart des spectateurs ne sont pas identifiables. Mais bon, normalement, dans cet article qui ne parle pas de concert mais d'image, je devrais faire à peu près cela ...


 .... avouez que ça a de l'allure ! et que si l'on a envie de reconnaître Yann et les autres, on le peut aisément ! Comme je nous ai parfaitement reconnus, Alter et moi, sur cette photo des Jeudis Musicaux 2012, parfaitement irréprochable par ailleurs, personnages de dos, pas encore ivres, cliché employé dans son contexte !! Donc RAS !


A SUIVRE
PHOTOS ??? BÂTIMENTS ET ŒUVRES D'ART 

* avec l'aide du cours de droit à l'image de l'Ecole des Mines de Nantes, très bien fait et à consulter pour avoir une vision synthétique de ces notions (car malgré leur ambition didactique, ces billets restent de simples bavardages), les conseils du ministère de l'Education Nationale pour le respect de la vie privée et du droit à l'image, les  textes règlementaires sur le sujet et les fiches établies par Légifrance (j'ai mis le lien pour l'article 9 mais il y a une fiche par texte). On pourra aussi lire avec profit l'article de Mathieu Croizet sur la difficile conciliation du droit à l'image avec la liberté d'expression.

vendredi 9 août 2013

PHOTOS ??? DROIT A L'IMAGE(2)

Désolé, je n'avais que des vaches, pas de moutons à l'horizon !! Pourvu qu'il n'y ait pas un copyright sur le symbole du copyright en bas à droite, que j'ai détouré, et, pire, coloré en jaune !! Il était noir et ça ne ressortait pas sur l'herbe !!

Mais revenons à nos moutons... Le droit à l'image*, en tant que tel, n'est pas consacré par la loi civile, il découle du droit au respect de la vie privée qui est énoncé par l'article 9 du Code Civil (1803 tout de même, pas une paille !!!) qui est très sobre "Chacun a droit au respect de sa vie privée." Et comme toute loi n'a de sens que si elle assortie de sanctions, le législateur a prudemment ajouté : " Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée : ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé." Autant dire que non seulement les juges doivent, comme le dit l'article, s'assurer de la stricte application du principe, et la loi leur en donne les moyens, mais aussi expliciter du mieux qu'ils peuvent les conséquences de ce fameux "respect de la vie privée". C'est donc une construction jurisprudentielle que ce fameux droit à l'image, avec les avantages et les inconvénients d'une telle caractéristique : plus souple, elle s'adapte aux circonstances, et Dieu sait qu'en matière de blog, de communication et d'évolution des techniques, ça va à toute allure. Par contre, susceptible d'évoluer sans cesse, elle n'est pas posée de façon définitive, rassurante donc, il faut se tenir au courant sans cesse.

Avignon : ce que vous cherchez à faire (affiches à foison)...


... et qui vous arrive parfois... Clic ! mais d'où sort-il celui-là ?? Vous le trouvez trop mignon ? vous avez envie de l'utiliser pour un article sur la galère des intermittents en Avignon ? INTERDIT !

Voyons donc ce qu'a décidé la jurisprudence pour "notre" droit à l'image. Elle dit, en gros, que "toute personne a, sur son image et sur l'utilisation qui en est faite, un droit exclusif", et, en principe, en tant que droit inaliénable attaché à la personne, ce droit ne peut faire l’objet d'une cession. Non, je vous rassure, je ne vais pas partir sur ce sujet, d'autres l'ont fait pour moi et on n'en sortirait pas, mais je me demande au passage comment se résout le problème des "people" qui monnayent parfois fort cher les précieuses icônes !**
Donc chacun d'entre nous peut autoriser ou s'opposer à la fixation et à la diffusion de son image ! Bon, vous me direz, armés de ce super droit, vous allez agresser tous les touristes qui vous braquent devant la Tour Eiffel, vous mitraillent sans vergogne devant le Château de Chambord ou vous immortalisent sous la tour de Pise (ben oui, ça rime !!). Que nenni, vous vous contentez au 10ème cliché, de faire une grimace épouvantable, même pas conscient que cette horrible mimique ornera bientôt un article de relation de voyage d'un chinois sur la toile ! Tant pis pour vous... sauf à traquer vos portraits, ce que semble-t-il certains logiciels permettent maintenant de faire, et à devenir procédurier. Car, il faut bien l'avouer, le risque qu'un membre de votre entourage tombe sur cette photo et se gausse de vous est infinitésimal. Ici l'abondance est en l'espèce une forme de protection !!

Suite à l'histoire de la balance (voir commentaires de l'article précédent) je précise qu'il s'agit d'un montage avec une photo prise ici, et je ne puis en aucun vous assurer que Cagou, qui publie un billet à partir d'un article de La Tribune, lui-même ayant pour source l'AFP, ouf... ait obtenu tous les droits pour photographier ce chinois, qui n'est peut-être pas chinois d'ailleurs ! Bref, pour savoir d'où vient la photo et à qui demander l'autorisation de la détourer, cela pourrait être compliqué car je crains qu'il soit nécessaire de demander au chinois son autorisation écrite !! Bref, tout cela est bien hasardeux ! Et s'il prend l'idée à quelque blogueur d'utiliser Michelaise et Alter de dos pour illustrer un article sur le tourisme à Paris, ou sur les z'amoureux vieillissants, à Dieu vat !! d'autant que cette photo ne m'appartient pas vous vous en doutez .... c'est elle qui l'a prise ;-)

Alors cette autorisation que le touriste chinois aurait dû vous demander avant de publier votre bobine hilare ou votre moue contorsionnée sur la toile ? Elle aurait dû être établie par écrit, expresse, précise car il devait vous avoir indiqué clairement quelle utilisation il entendait faire de votre portrait afin qu'il ne puisse en faire un usage différent. Je m'explique, le chinois vous annonce qu'il va, avec cette photo, faire un billet sur son voyage à Paris, et, vous lui faites un papier sans crainte. Or voilà qu'il utilise votre rictus d’exaspération pour faire un article sur les débiles légers qui pullulent en France. Et bien ça ne va pas du tout !! Bon, vous me direz que, vu que vous ne lisez guère le chinois, vous n'avez aucune chance de découvrir l'arnaque, et qu'il y a peu de risque que vos étudiants tombent dessus, ravis d’avoir enfin matière à faire des chahuts mémorables.

Si, fort de l'autorisation de photographier dans une propriété privée (ici la villa dei Vescovi à Liviglinao, voir article suivant), vous piégez par hasard ces deux péquins dans votre objectif, vous n'avez pas le droit de les publier sans leur autorisation en bonne et due forme ....

Mais bon, on n'est jamais assez prudent pas vrai ? Toujours est-il que si, éventant la supercherie, vous attaquez le chinois, il pourra se voir interdire la diffusion du cliché et même avoir à vous verser des dommages et intérêts pour le préjudice subi (en l'espère les chahuts de vos étudiants). Ben voyons, si vous avez le cran de vous lancer dans une procédure internationale qui vous coûtera un bras, pourquoi pas !! Je plaisante, mais faites attention aux photos que vous choisissez pour illustrer vos articles sur la débilité ambiante ! Ne mettez pas votre voisin, il n'aurait aucun mal à obtenir l'application de l'article 9. Par contre, si votre caricature de cet insolent personnage qui vous pourri la vie quotidiennement, "respecte les lois du genre" (celui de la caricature)*** vous serez couvert !! Mais je vous rappelle qu'il s'agit de jurisprudence et qu'à ce stade, vous êtes déjà engagé dans de lourds frais de procès qu'il vaut mieux éviter !


... par contre, si vous décidez d'écrire un billet sur l'air idiot des touristes en train de poser devant un monument et que vous déformez un peu la photo, accentuant cet air béat que nous prenons devant un objectif, pas de souci, c'est une caricature ! Bon, je ne suis pas très douée pour la caricature, mais la démonstration fera l'affaire. Faudra pas que je me plaigne si je me retrouve sur la page face de bouc de mes étudiants, je cherche les bâtons pour me faire battre ! Ah la liberté de la "presse" ;-) dur dur ...

A SUIVRE
PHOTOS ??? BÂTIMENTS ET ŒUVRES D'ART 

* avec l'aide du cours de droit à l'image de l'Ecole des Mines de Nantes, très bien fait et à consulter pour avoir une vision synthétique de ces notions (car malgré leur ambition didactique, ces billets restent de simples bavardages), les conseils du ministère de l'Education Nationale pour le respect de la vie privée et du droit à l'image, les  textes règlementaires sur le sujet et les fiches établies par Légifrance (j'ai mis le lien pour l'article 9 mais il y a une fiche par texte). On pourra aussi lire avec profit l'article de Mathieu Croizet sur la difficile conciliation du droit à l'image avec la liberté d'expression.

** Comme le faisait remarquer Aloïs dans son commentaire, un des problèmes des blogs vient justement de là : "Le problème c'est que beaucoup trop de gens se régalent de pouvoir ébahir en montrant la photo de..." et ces ..., c'est à dire les gens connus, monnayant parfois fort cher leur image auprès des médias, prennent très mal qu'on la leur "subtilise" pour rien dans la rue !

*** La caricature étant une exception au droit à l'image ainsi, d'ailleurs, qu'au droit à la propriété intellectuelle. Voir ici sur Jurispedia ainsi, bien sûr, que sur Educsol qui donne tous les textes officiels. 

lundi 29 juillet 2013

PHOTOS ??? DROIT A L'IMAGE(1)

Montage réalisé à partir d'une photo personnelle et de photos "empruntées" à Autour du Puits

Finalement l'abondance d'une "chose" finit par tuer "la chose" ... mais non, je ne parle ni des haricots ni des courgettes d'Aloïs mais de sa remarque selon laquelle cette année, à Paris Plage, "il est affiché presque partout "photos interdites"". Je fais bien sûr allusion au fameux aphorisme, très "en cour" actuellement, et à l'attribution incertaine, (ou du moins contestée) "trop de communication tue l'information" ... et ce, en l'appliquant aux photos : cette manie d'interdire de photographier tout et n'importe quoi, de Paris Plage aux étals du marché, en passant par les monuments ou les musées, les concerts et les conférences, provient de la " grande peur" engendrée par le net ! Peur d'y retrouver sa photo dans une attitude peu flatteuse, peur d'être reconnu ou raillé sur la place publique. Peur surtout de ne pas maîtriser, car on ne maîtrise pas. D'où ces interdictions qui fleurent la panique et qui sont absurdes : car si les légalistes et autres "obéissants" respectent ces interdictions, ceux-là même qui, ayant quelques qualités civiques, n'auraient pas fait d'usage inconsidéré sur la toile des clichés pris, les autres, ceux dont on a à craindre l'incivisme, ne s'embarrassent pas de respecter l'interdiction. Donc, le serpent se mord la queue et l'interdiction ne sert à rien. Sauf à donner le sentiment d'une société répressive, une impression de dérive autoritaire, de prohibition aveugle... Le seul moyen de ne pas s'insurger serait de renoncer aux photos, en se disant qu'on trouvera sa vie sur le net, en citant ses sources évidemment, ou qu'on accommodera d’anciens clichés accommodés à la sauce requise. J'ai, en la matière, beau jeu de prôner l'abstinence ayant un blog de mots, et non un blog d'images, et vous l'aurez compris, cette proposition est pure provocation !

Bon d'accord je triche, ce n'est pas mon appareil mais celui d'Alter mais que voulez-vous, il fallait bien trouver une illustration pour couper ce texte indigeste et comme on m'a demandé d'enlever mon précédent coucher de soleil (voir dans les commentaires) je réutilise ce dernier à la sauce "image" !! Je voudrais vous y voir à illustrer cet article théorique !

Alors pour mieux cerner ces notions complexes, je vous propose une petite série d'articles sur le droit à l'image pour nous remettre en mémoire les notions essentielles* (Michelaise était juriste dans une autre vie !! elle n'a jamais beaucoup pratiqué, mais il lui en reste une certaine "sensibilité" !!) . Car il est fini le temps de la joyeuse insouciance des balbutiements des blogs, nous sommes cernés, traqués, surveillés... En tant que "directeur de publication" du blog dont nous sommes aussi les "éditeur"s, nous sommes tenus à un bon nombre d'obligations ! Éditeur, nous devons décliner nos nom, dénomination sociale, adresse et numéro de téléphone, faut bien qu'on nous retrouve en cas de pépin !! Pour cela, pas de souci, notre fournisseur de blog y a pourvu ! Directeur de publication, nous sommes tenus de respecter la loi sur la presse, pas de contenu diffamatoire ni injurieux, nous devons nous soumettre au droit de réponse (vivent les commentaires... à modérer sérieusement pour ne pas risquer les dérives susdites !), nous devons aussi appliquer les règles concernant les droits d'auteur (pas de citation intempestive, ou après avoir obtenu l'autorisation, c'est la propriété intellectuelle) et surtout, comme tout bon citoyen, nous devons respecter le droit des personnes, le respect de la vie privée et le droit à l'image. Je vous épargne les sanctions possibles, vous les trouverez sur la fiche de Légifrance et partout puisque c'est la loi commune que nul n'est censé ignorer, car je ne veux pas que mon article soit suivi d'une fermeture massive de blogs !! Il suffit, je le crois encore (peut-être pas pour longtemps) de faire preuve de civisme, de bon sens et de bonne éducation, pour éviter les foudres de la loi !! On n'est jamais à l'abri d'erreurs, certes, mais je veux aussi croire qu'à notre niveau de "blogueurs de bonne foi", ces erreurs sont faciles à réparer. Nous ne pouvons invoquer notre ignorance des usages mais par contre, il nous sera, je l'espère, toujours loisible d'alléguer notre intention "pure", d'arguer de notre bonne foi et de notre absence d'intention de nuire.

Il est lourd l'héritage de 68 !

Ceci étant, et avant de se pencher plus avant sur ce fameux droit à l'image, je m'interroge sur la régularité de toutes ces interdictions : qu'on vous interdise de photographier durant un concert, au motif que les clics et les lueurs de mise au point gênent les interprètes, c'est plus que normal... mais qu'on vous saute sur le râble, comme à Bordeaux, comme le font les ouvreuses quand on veut immortaliser les saluts, c'est excessif. D'autant qu'une salle de concert, selon la jurisprudence, est un lieu public ... comme une église, un magasin ou même une plage privée !! Et oui, même donnant lieu à perception d'un droit d'accès, c'est ainsi qu'en ont décidé les tribunaux. Alors Paris Plage, vous pensez ! L'interdiction d'y prendre des photos est carrément abusive et procède plus de la paranoïa ambiante - en partie justifiée par les excès de tous ordres, il faut bien l'admettre - que par un réel souci de protection de la vie privée. La construction de ce droit étant, encore, et fort heureusement, essentiellement jurisprudentielle**, il faut en la matière faire confiance au bon sens des magistrats, et ne pas céder à la tentation de vouloir tout réglementer, normaliser, enfermer dans des cadres que l'évolution des mœurs et des techniques rendent vite trop étroits et rigides. 

A SUIVRE
PHOTOS ??? BÂTIMENTS ET ŒUVRES D'ART 

* avec l'aide du cours de droit à l'image de l'Ecole des Mines de Nantes, très bien fait et à consulter pour avoir une vision synthétique de ces notions (car malgré leur ambition didactique, ces billets restent de simples bavardages), les conseils du ministère de l'Education Nationale pour le respect de la vie privée et du droit à l'image, les  textes règlementaires sur le sujet et les fiches établies par Légifrance (j'ai mis le lien pour l'article 9 mais il y a une fiche par texte). On pourra aussi lire avec profit l'article de Mathieu Croizet sur la difficile conciliation du droit à l'image avec la liberté d'expression.


** la notion de droit à l'image est apparu en 1858, soit plus de 50 ans après la rédaction du Code Civil, à l'occasion de la publication d'une photographie de l'actrice Rachel, prise sur son lit de mort et publiée dans la presse : voir ici. Rachel était une comédienne célèbre, née en 1821. Elle était donc tout jeune au moment de sa mort, 37 ans, et les journaux s'en donnèrent à coeur joie dans le sentimental, jusqu'à publier ce cliché assez morbide. C'est le tribunal civil de la Seine qui condamna cette publication en arguant que "Quelque grande que soit une artiste, quelque historique que soit un grand homme, ils ont leur vie privée distincte de leur vie publique, leur foyer domestique séparé de la scène et du forum. Ils peuvent vouloir mourir dans l'obscurité quand ils ont vécu, ou parce qu'il ont vécu, dans le triomphe". Le tribunal ordonna donc la saisie du cliché incriminé "attendu que nul ne peut, sans le consentement formel de la famille, reproduire et livrer à la publicité les traits d'une personne sur son lit de mort, quelle qu'ait été la célébrité de cette personne, et le plus ou moins de publicité qui se soit attaché aux actes de sa vie". (attendus cités par Liverté, Libertés Chéries et par Kay Harpa, site d'où vient aussi la photo).
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