Affichage des articles dont le libellé est rouen. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rouen. Afficher tous les articles

vendredi 28 mars 2014

MUSEE DE ROUEN : IMPRESSIONISME

suite de

Parler du musée de Rouen sans évoquer l'Impressionnisme serait, à l'aune actuelle, une hérésie ! Et bien que ce blog se veuille consacré aux sujets les moins médiatisés, je ne peux faire l'impasse sur la section impressionniste, même si mes remarques doivent constituer des redites, le sujet étant déjà largement couvert sur la toile. Ce billet sera donc ma façon de dire adieu à ce musée de province dont les quelques billets que je lui ai consacré révèlent une richesse vraiment exceptionnelle.


Jeune femme lisant ou La Dame au balcon est le portrait de l'épouse de l'artiste : Henry Ottman (1877-1927). Quoique né en France, Ottman s'installe au début du XXe siècle à Bruxelles où il fonde, avec d'autres peintres, l'Effort, un "atelier libre" pour artistes établis en Belgique. C'est à Bruxelles qu'il expose pour la première fois, en 1903, 3 vues de la gare du Luwembourg, exécutées sous le vent, le gel et le brouillard.


Une de ces toiles, étonnantes, est aujourd'hui au musée d'Orsay : il s'agit manifestement d'une toile réalisée ou au moins commencée, en plein air. Le peintre s'est placé sur un pont qui enjambe les voies et cette vue plongeante, où l'artiste joue avec la répétition du motif des rails, fait penser à Monet. Il participa d'ailleurs au Salon des Indépendants à Paris de 1905, au Salon d’Automne, au Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts et exposa aussi au Salon des Tuileries à Paris.


C'est à Ixelles qu'il s'unit, le 22 octobre 1902 avec Marie Céline André Capron, dont il nous offre ici le grand portrait en pied, presque grandeur nature. Appuyée au balcon de fer forgé d'un élégant mais discret appartement bourgeois, la jeune femme est plongée dans son livre et ne regarde ni le peintre ni le spectateur. Le thème de la femme absorbée par la lecture est très prisé depuis le XVIIIe siècle et Ottman s’inscrit, par le choix de ce sujet dans une tradition classique qu'il revisite selon les critères de la jeune génération.


La porte-fenêtre est très largement ouverte sur un bouquet d'arbres aux teintes douces et printanières de jeunes pousses à peine écloses. La silhouette sobrement vêtue de blanc se découpe à contre-jour sur ce fond ensoleillé et le reflet de la jeune femme, visible dans la vitre de gauche, offre un "double portrait" de la jeune femme : celui du sujet est de face, alors que l'autre nous présente son joli profil.


Mais ce qui est intéressant dans cette toile, qui tient à la fois de la scène de genre, du portrait, du paysage tant l'extérieur entre dans la pièce, et de la nature morte, c'est justement la place très important réservée à cette dernière. Occupant une partie majeure de la composition, en fait toute la moitié basse du tableau, elle s'organise sur une table d'amoureux, où la serviette négligemment posée sur le rebord de la nappe, évoque le repas qui se termine. Deux tasses à café, une assiette de fruits confirment ce moment du repas : le peintre, saisi par la beauté de son épouse dans cette lumière vibrante, a jeté sa serviette, poussé sa chaise, abandonné son café et, installant Marie Céline sur le balcon, il s'est emparé de ses pinceaux pour brosser à grands traits ce délicieux instant d'intimité.


Et pourtant, cette nature morte à la coupe de fruits, n'a rien d'improvisé : elle se présente selon un schéma très étudié, travaillé et peut se lire comme un hommage à un confrère admiré, Cézanne. Tout y est : les couleurs, plus franches que le reste du tableau, font des taches vives qui isolent le sujet comme pour une mise en abyme ! La perspective relevée, tout à fait dans l'esprit du maître d'Aix, met en valeur ces objets qui accrochent la lumière. Au fond, la composition est fermée par un bouquet de lilas, dont le feuillage se confond avec la ramure extérieure. Au centre, le compotier est empli de fruits mûrs, aux formes indécises : pommes ou pêches selon la saison. Sur l'assiette, quelques fruits éclatés, qu'on peut imaginer être des figues.


A droite, une bouteille de vin à moitié vide, se cache à moitié derrière une petit bouquet de roses pompon, aux teintes douces. Le traditionnel couteau propre à tout nature morte XVIIe qui se respecte, est posé bien en évidence près de la miche de pain aux reflets dorés. Le soleil joue sur les objets, en en faisant jouer la transparence et leur donnant un relief décidé.


Un vrai tableau dans le tableau que cette nature-morte très vivante, tant on y sent encor la présence des convives. A l'instar des objets abandonnés qui évoque encore la main des dîneurs qui les maniaient il y a un instant, à peine.


Mais le plus "impressionniste" de tout est la gamme chromatique subtile élaborée par le peintre : alors que tous les éléments représentés ici sont, par nature, blancs, la robe, la nappe, la vaisselle, et même le bouquet de lilas, l'artiste joue pour les rendre sur toute une palette de nuances tendres, du vert au bleu, avec des traces mauves ou roses par endroit, transformant cet univers immaculé en une joyeuse et tendre symphonie pastel.



Il y a aussi,  bien sûr, plusieurs toiles importantes de Monet, qui fut un hôte des lieux et un fidèle de la région. Judicieusement disposées autour de la toile emblématique du musée, une des multiples cathédrales du maître, on admire une jolie collection de Renoir, Sisley, Pissaro, Caillebotte et  autres représentants éminents du mouvement impressionniste français.







FIN DU MUSÉE DE ROUEN


samedi 22 mars 2014

MUSEE DE ROUEN : XVIIIème et XIXème siècles

Deux siècles dont il n'est pas de bon ton d'aimer les réalisations. Pourtant, ayant appris depuis peu à mieux les apprécier, j'avoue qu'on trouve là, comme en d'autres temps plus "tendance", de vrais chefs d'oeuvre qui méritent la halte.


Le XVIIIe finissant, ou triomphant c'est selon, est idéalement représenté par cette délicate petite toile de Jean-Honoré Fragonard (1732-1806), dont le titre à lui seul est à la hauteur des idéaux de l'époque : Caprice architectural, villa italienne avec terrasse et jardin. Le capriccio, représentation d'un paysage imaginaire ou partiellement imaginaire, s'oppose au registre des vedute et trahit des utopies sociales et esthétiques dont le peintre de Grasse s'était fait l'aimable interprète. D'autres paysages rêvés, en particulier une assez jolie collection d'Hubert Robert, se déclinent, pour notre plus grand plaisir, dans les salles XVIIIe du musée de Rouen.


La manière lisse d'Ingres (1780-1867), son étiquette par trop réductrice de néoclassique, son art "bourgeois" ne doivent en aucun cas faire oublier qu'il est un virtuose de dessin et un maître hors pair du portrait. Ce buste lumineux, surnommé avec une légère pointe d'insolence "La Belle Zélie", est là pour le prouver. L'art de la ligne, l'épure au service de l'harmonie trahissent, il est vrai, un certain idéal au service de la beauté, pour la plus grande joie du spectateur.


Le personnage longtemps identifié à tort comme Madame Aymon, a reçu le surnom irrévérencieux de "Belle Zélie", en référence à une chanson à la mode dans les ateliers de peintres à l’époque de David. La femme est jeune, les traits un peu mous, toute en rondeurs encore très fraîches, et d’une heureuse sensualité,
Le format du tableau, en mandorle, est déjà en soi au service de cette représentation, toute en courbes et en arrondis voluptueux. L'ovale de la toile, repris dans les épaules un peu affaissées à la mode à l'époque, souligne l'ovale du visage, qui introduit aux arasbesques sombres des accroche-coeur , qui évoquent le sein rond de la belle ! L'ensemble fait penser aux miniatures portées en médaillon pour garder avec soi le visage de l'être aimé. La position de trois-quart, le visage presque de face, accentue le port de tête majestueux du modèle.


Comme souvent chez Ingres (qu'on pense aux vertèbres supplémentaires de la Grande Odalisque(1), la précision anatomique est sacrifiée à la recherche d'harmonie des lignes : le cou est en effet déformé de façon assez nette, tordu vers l’avant, presque goitreux, car le peintre a plié la réalité à ses exigences de mise en page ! On a voulu, à cause de cette propension à déformer ses modèles, l'annonce d'une modernité impulsée par le peintre : c'est aussi et surtout la recherche d'un idéal esthétique qui semble guider son pinceau, plus qu'un rejet des conventions !


La gamme chromatique de cette représentation idéale, enfin, est superbe ! Aucun décor de fond, la silhouette se découpe sur un ciel pastel et cette teinte très douce met en valeur le jeu subtil sur les rouges, qui magnifie le sujet. Le rosé subtil des pommettes est repris dans un ton légèrement plus soutenu et brillant sur les lèvres entrouvertes. Tandis que le manteau qui couvre les épaules voluptueuses de la femme consacre cette teinte en majeur ! On reconnaît ici la musicalité propre au peintre, qui joue de sa palette comme il devait manier son archet, avec maestria !


Plus avant dans le XIXe, on tombe en arrêt devant une toute petite toile intimiste d'un peintre plus connu pour son académisme : Jean-Léon Gérôme (1824-1904) : une étonnante composition d'une sobriété parfaite chez ce maître de l'emphase ! La  peinture est partagée en trois zones presque indépendantes : en haut à gauche, le petit pan de mur jaune qui n'a rien à envier à celui de Vermeer, entièrement nu et seulement animé de quelques branches de lierre, présente l'aïeul, assis sur un sobre banc de bois et appuyé sur sa canne. A droit, la béance obscure d'une porte largement ouverte, laisse deviner, à moitié cachée par le partie fixe du montant de bois, une petite silhouette d'enfant, vêtu de bleu. Il est là, curieux, coquin, mais n'ose pas s'avancer vers nous. Ce sont "le père et le fils de l'artiste", autrement une scène strictement familiale. Au premier plan, occupant tout le tiers inférieur du tableau, un large perron de pierre grimpe vers une demeure qu'on devine cossue mais qu'on ne voit pas. Un lévrier nez au vent, élégant et racé, équilibre la composition vers la gauche et anime par sa truffe frémissante cette scène statique.


Tout près de cette petite toile domestique, un peinture extraordinaire de Vallotton (1865-1625) : au Français, 3ème balcon, la Loge. Auteur de théâtre, il écrivit lui-même une pièce, Un rien, qui fut montée au théâtre de l'Oeuvre en 1907, et fut un échec. On ne peut s'empêcher de regarder cette peinture, réalisée en 1909, avec l'oeil aigu de celui que le monde du spectacle a déçu. La composition, terriblement audacieuse, conjugue le vide et l'ombre, donnant un côté presque vertigineux à ce 3ème balcon sur lequel se penchent quelques têtes curieuses. Une harmonie de noir, de rouge et de blanc résume en quelques tons essentiels les couleurs du théâtre : velours écarlate et habits de soirée.


La brochette de spectateurs, uniquement des hommes, déclinent tous les âges et tous les styles : le moustachu curieux, le jeune hirsute, le barbus qui n'écoute pas, le gros chauve qui rêvasse, le curieux du fond, timide, qui essaie de voir en se levant de son siège, tous sont individualisés et pourtant ils forment une ligne compacte et presque menaçante au-dessus de la scène.


On ne peut s'empêcher d'évoquer une autre toile de Vallotton, autrement célèbre, vue à l'exposition du Grand Palais : ici, une femme, cachée sous un immense chapeau, avance sur la rambarde une main nerveuse, gantée de blanc, tandis que dans le fond de la loge un homme en retrait n'a d'yeux que pour elle. Cette loge là est certainement au premier balcon, l'ambiance est plus calme mais l'effet tout aussi  menaçant : car le point de vue est le même, depuis la scène et les spectateurs, ces censeurs que l'on craint, sont rejetés dans l'ombre.


Dans la même salle, écrasante par son thème et sa dimension, une grande toile d'Alfred Agache (1843-1915) est admirablement mise en scène, et offre au promeneur étonné son Énigme (1888). Une hiératique femme voilée de noir, se dresse en haut de quelques marches d'un blanc immaculé, sur un fond de mur rouge, uni.


Les yeux mi-clos, elle tourne son profil altier vers un ailleurs dont on ne peut rien deviner. Elle est pâle et hautaine, et quelques taches d'une chemise blanche viennent animer son sévère vêtement de Parque ou de vestale. Elle tient dans sa main droite un masque qu'elle vient d'ôter. Et dans sa main gauche, une énorme fleur d'un rouge écarlate, très vif, sorte d'énorme pavot repris en échos posés au bas de sa robe et, abandonnés comme des gouttes de sang sur la plus basse marche de son podium improvisé.




Au salon de 1888 où elle est présentée, Alfred Agache accompagne sa toile d’un cartel reproduisant un poème d’Edmond Haraucourt (1856-1941) qui éclaire sur l'intention de l'artiste :
Prêtresse de l’énigme et fille du mystère 
Je garde sous le ciel les secrets qu’il veut faire 
Et je sais l’avenir comme un fait accompli. 
Mais j’ai fermé mon âme austère 
Dans l’orgueil du silence et la paix de l’oubli.


Autant dire que le cartel conserve à l'oeuvre son hermétisme ! En haut à gauche, un motif égyptien semble devoir nous donner une indication : ce serait un hiéroglyphe signifiant Isis. Malgré son côté "symbolisme fin de siècle", l'oeuvre est puissante : la force de cette scène lui ôte tout maniérisme démodé.


Les plans sont brossés à large traits, et leur articulation anguleuse donne à cette toile un allant étonnant. Le traitement contrasté des couleurs, la lumière irréelle qui baigne la scène, la sévérité élégante de la composition en font une oeuvre d'une étonnante modernité.

A SUIVRE
Musée de Rouen : l'Impressionnisme



---------------------------------------------

(1) Selon de très sérieux chercheurs, "Les proportions de la Grande Odalisque font causer depuis fort longtemps. L’hypothèse de trois vertèbres de trop avait déjà été émise. Pour en avoir le cœur net, Jean-Yves Maigne, de l’Hôtel-Dieu, aidé de Gilles Chatelier de l'hôpital Georges Pompidou, et de l’historienne de l’art Hélène Norlöff, ont pris des mesures sur neuf modèles vivants. La taille de leur tête et la longueur de leur dos ont été mesurées dans la même position que celle de l’odalisque d’Ingres, en tenant compte de la perspective adoptée par le peintre. 
 Résultat : la Grande Odalisque a subi une élongation du dos de plus de 8 cm et du bassin de presque 7 cm. Ces 15 cm correspondent à trois lombaires et deux vertèbres sacrées (constituant le sacrum), expliquent les auteurs de l’étude. Leur article doit bientôt être publié outre-Manche dans le Journal of the Royal Society of Medecine, selon l’Agence France-Presse."

dimanche 16 mars 2014

ANAMORPHOSE PILOA-RUBENS


Une toile illisible et pourtant fascinante que cette anamorphose peinte par Domenico Piloa, un gênois du XVIIème siècle (1627-1703) qui dirigeait un atelier prospère d'impression, peinture, gravure et décors en tous genres pour l’aristocratie de sa ville. Il s'est plu, avec cette composition inusitée, et sans doute à la demande d'un commanditaire érudit, à rendre hommage à Rubens puisque le sujet qui apparaît sur le cylindre de métal qu'on doit poser sur la toile pour la comprendre est "L'érection de la Croix" du maître flamand.


L'Érection de la croix est un triptyque peint par Pierre Paul Rubens en 1610-1611. Réalisé à son retour d'Italie, il révèle clairement l'influence sur le peintre des artistes de la Renaissance italienne et du baroque tels que Le Caravage, Le Titien et Michel-Ange. Ce tableau se trouve aujourd'hui dans la Cathédrale Notre-Dame à Anvers en Belgique, au côté d'autres œuvres de Rubens.


Le côté "réservé à des initiés" de ce type de toile, qui ne restitue l'image que si l'on se trouve dans des conditions bien précises, a quelque chose de fascinant ! On imagine volontiers la jubilation du propriétaire du tableau devant l'étonnement de ses hôtes, et son sourire réjoui quand il découvrait son secret en posant sur la toile le cylindre révélateur !
Si le sujet vous amuse, allez faire un tour sur le blog Effet Papillon... vous pouvez même fabriquer des anamorphose grâce à un logiciel que, je vous l'avoue, je n'ai pas testé !!

Érection de la Croix, le triptyque ouvert
Érection de la Croix, le triptyque fermé
Descente de la Croix, le triptyque ouvert
Descente de la Croix, le triptyque fermé


Les photos des polyptyques de Rubens proviennent d'ici.

mardi 11 mars 2014

MUSÉE DE ROUEN : LE XVIIème SIÈCLE

Le musée de Rouen présente une très riche collection de toiles du XVIIème, parmi lesquelles j'ai choisi quelques peintures particulièrement frappantes. Un choix difficile car il m'a fallu renoncer à beaucoup !


Il était sacrément inspiré le conservateur qui, en 1955, a acheté cette Flagellation du Christ de Caravage : c'est aujourd'hui l'un des plus grands chefs d'oeuvre du musée !!


Comme souvent chez Caravage, le cadrage est serré, concentré, dramatisant fortement la scène. Le nombre de personnages est réduit : les bourreaux, hommes du peuple aux traits abrupts, sont sculptés par une lumière de soupirail qui tombe du haut, à gauche. Cela accentue leur violence, la brutalité de leurs mimiques, mais leur donne aussi une allure pitoyable, presque plus victimes que tortionnaires.


La figure éreintée du Christ, à gauche, semble prête à faire basculer la toile hors du cadre. En bas, son manteau rouge symbolise bien sûr sa royauté déchue, tout en posant l'unique touche de couleur sur cette scène sombre, a peine illuminée par le périzonium blanc, référence criante au linceul qui l'attend.


Le corps du supplicié est encore intact, alors que les blessures qui vont lui être infligées sont suggérées par les marques qui zèbrent la colonne derrière lui. Ces zébrures sur le marbre sont d'autant plus frappantes qu'elles sont symboliques.


L’œuvre, peinte en 1606-1607, à la fin du séjour romain, ou juste après la fuite à Naples de l'artiste est si originale du point de vue iconographique qu'elle deviendra un modèle et une référence pour des artistes de toutes nations (France, Flandres, Espagne) venus séjourner en Italie. Mais tout le génie de Cavage reste unique dans cette mise en scène puissante, dans cette gamme chromatique sinistre sans être monotone, dans cette composition savamment décalée, prête à sombrer, inquiétante.


Un homme, au visage rieur, est de profil, la tête légèrement tournée vers nous. Vêtu d'un riche pourpoint, la main droit posée sur la hanche, bras enroulé dans un superbe manteau de drap brun, il montre au spectateur un globe terrestre.


Le modèle se détache sur un fond sombre et la lumière, venue de gauche, éclaire son profil hilare, surmonté d'une courte frange brune, alors que deux mèches épaisses et bouclées tombent de part et d'autre de son visage. Cette lumière fait ressortir le col de dentelle blanche, peint d'une touche nerveuse et rapide. Costume et coiffure sont typiques de la mode espagnole de la première moitié du XVIIème siècle, et on a cru reconnaitre ici les traits de Pablo de Valladolid, bouffon à la cour du roi Philippe II d'Espagne. On suggère aussi, à cause de la présence du globe, une représentation symbolique de Démocrite, dans lequel les hommes du XVIIème sicèle voyaient l'apôtre de la dérision et du rire devant la folie des conduites humaines.


À droite, sous l'index replié du personnage, un superbe globe aux reflets bleutés et quelques livres. Le tableau, peint vers 1627-29 fut repris par Vélasquez quelques années plus tard. Des copies anciennes montrent qu'en fait, au départ, le personnage tenait un verre de vin qu'il présentait joyeusement au spectateur, comme pour une invitation à trinquer. Ceci explique la position un peu étrange de la main, modifiée bien sûr lors de cette reprise.


Impossible de passer à côté d'un Guerchin sans m'y arrêter quelques instants ! D'autant que ce Roi David, jouant d'un air inspiré de la viole, est particulièrement somptueux.


La lumière qui illumine son front et atteste de l'inspiration divine qui guide sa main, rebondit sur sa barbe en créant une impression de douceur, comme si une légère brise venait l'effleurer.


Les détails, fastueux, sont autant de prétextes à faire jouer la lumière et à donner à la toile une harmonie idéalement associée à ce thème musical. 


Allez, une dernière halte dans ce siècle, pour Matthieu Le Nain : cette ravissante nativité, faite pour être vue par en-dessous, est judicieusement placée en hauteur, pour le plaisir du visiteur (moins pour celui du photographe !!) : on a l'impression que l'épisode se déroule sur une corniche, placée au-dessus de nous, ce qui donne un caractère aérien à la scène.


Au centre la scène d'adoration par les bergers, totalement éclairée de l'intérieur, comme si la lumière trouvait sa source dans l'enfant couché à terre, sur une ligne piquetée de quelques brins de paille. 


Enfant qui se redresse légèrement pour regarder vers l'agneau posé à ses pieds, petite dépouille émouvante et misérable qui symbolise bien sûr le sacrifice à venir.


A droite, jouxtant le bœuf au regard placide, Joseph reçoit cette lumière qui vient du centre de la toile et marque du mouvement de sa main droite largement ouverte l'étonnement qui le saisit.


De l'autre côté, alors qu'un jeune berger à l'air un peu ahuri arrive son bâton sur l'épaule, une servante, étrangère à la scène, tourne vers l'horizon un regard un peu vide. Le peintre picard aimait ancrer ses tableaux dans un quotidien anecdotique, et cette touche ouvre la scène tout en la situant dans le siècle.


Difficile pourtant de terminer une visite des salles sur XVIIème sans admirer une ou deux natures mortes !! Celle de Jacob Foppens Van Es est d'une sobriété admirable. L'austérité méditative de cette modeste mise en scène renvoie à un repas de Carême, même si les deux verres et l'assiette d'étain évoquent une ambiance aisée. 


Admirez la façon dont le peintre fait jouer la lumière sur la surface des choses, créant un des effets de brillance, de transparence ou de matité. La teinte de la chair de hareng, doucement argenté et aux reflets à peine rosés, rend ce modeste poisson presque palpable, protagoniste d'une mise en scène aux accents intimistes et recueillis. Posé sur une assiette de métal, il crée avec elle une harmonie subtile de gris, bleutés et froids à laquelle répondent les gammes chaudes du tableau. Le pain, parfaitement doré, les deux oignons, l'un vert et l'autre jaune, complètent avec élégance ce frugal repas.

A SUIVRE
Musée de Rouen : XVIIIe et XIXè siècles
Musée de Rouen : l'Impressionnisme


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...