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jeudi 22 novembre 2012

COULEURS SICILIENNES

 POUR EN FINIR AVEC LA SICILE
car d'autres horizons sont venus enrichir notre album souvenirs depuis !!!


Les couleurs siciliennes ce sont, indéniablement, du moins dans le Val di Noto, le blond de la pierre et le bleu profond, azuréen du ciel. Mais en cherchant bien, parfois, d'autres teintes s'affirment, rehaussant nos souvenirs d'autres nuances.



lundi 19 novembre 2012

SYRACUSE, DERNIER ÉPISODE (4)

Suite de :


Que dire encore de Syracuse après en avoir éclusé le musée, les ruelles d'Ortigia et épluché le moindre tableau de renom ??  Après avoir aussi rendu visite aux restes romains, avoir trainé sur les marchés et y avoir dégusté en bonne et due forme les oursins tout frais péchés ? Il nous restait une curiosité à satisfaire.
Le monument se voit dès qu'on aborde les faubourgs de la ville : immense, surprenant, il décontenance le visiteur qui ne sait, a priori, ce qu'est cet édifice d'un genre peu identifiable : stade, musée futuriste, marché couvert gigantesque ? Rien n'indique vraiment qu'il s'agisse d'une église, et l'on n'a pas l'habitude de voir des clocher en forme de pyramide. Et où qu'on soit dans la ville, on le voit, surgissant au-dessus des gradins du théâtre, ornant de sa silhouette massive la vue de la baie, se dressant fièrement devant l'Etna, il est toujours là, en ligne de mire. Il fallait donc aller le voir de plus près, et c'est ainsi que nous avons visité la Madonna delle Lacrime, sanctuaire triomphant du milieu des années 60, quand l'église catholique était encore susceptible d'attirer sur les lieux de culte des milliers de pèlerins sur les traces d'un miracle. Celui de Syracuse eut lieu en l'espèce en 1953 : du 29 aout au 1er septembre, devant une foule sans cesse grandissante de fidèles émus, une statue de plâtre représentant le "cœur immaculé de Marie" pleura. On recueillit le liquide qui coulait sur le plâtre? et une analyse scientifique confirma qu'il s'agissait bien d'un liquide lacrymal. Dès lors, la dévotion à cette statue exceptionnelle prit des proportions telles qu'on décida de construire un édifice gigantesque pour accueillir les fidèles qui se pressaient chaque jour plus nombreux.


Un concours fut lancé et, vous comprendrez mieux alors notre intérêt redoublé pour Notre Dame des Larmes quand vous saurez que "notre" architecte royannais, Guillaume Gillet participa à la sélection.


Son ébauche, que nous avons découverte en visitant l'exposition que lui consacrait le musée de Royan il y a peu, s'élevait en étoile autour d'un plan carré et aurait surplombé Syracuse de façon totalement différente, mais il ne fut pas retenu. En 1957 le projet fut confié à Michel Andraut et Pierre Parat. Pourtant la construction en fut longtemps contestée, retardée, car son modernisme et sa forme audacieuse fit naître, on s'en doute, moult polémiques... qui durèrent durant tout le temps du chantier, de 1966 à 1994 ! Il fallut 28 ans pour que l'église soit enfin inaugurée par le pape Jean-Paul II.


Outre les indignations et contestations en tous genres, la découverte, lors du creusement des fondations, de ruines d'habitations datant du VIème siècle avant Jésus-Christ et d'un morceau de route antique, retarda d'autant la réalisation définitive du sanctuaire. Un crypte aménagée sous le corps principal de l'église, permit finalement de sauvegarder et de montrer les restes d'un temple païen et d'un assez grand bâtiment, dont les murs étaient à l'origine recouverts de mosaïques.


Le bâtiment qui s'élève au-dessus a donc la forme d'un gigantesque cône de 100 mètres de hauteur, pour une circonférence d'environ 90 mètres. Ce n'est pas une flèche, mais plutôt un corps conique formé de côtes marquées en béton armé, qui s'évasent autour d'une base assez puissante, jusqu'à se terminer par un couronnement en acier sur la pointe duquel repose une statue de la Vierge.



L'ensemble ne manque pas de prestance, même si l'on se prend à regretter l'impression de lourdeur que l'édifice provoque quand on le voit à distance. Par contre, dès qu'on se rapproche et plus encore quand on y entre, la réussite est totale.


Tout y est conçu pour le cheminement : cheminement vers l'intérieur grâce à d'immenses rampes d'accès qui permettent de passer de la crypte au sanctuaire élevé, passages permanents du haut vers le bas grâce à la déclivité des pans inclinés qui permettent de passer largement de l'un à l'autre, cheminement du regard vers le haut quand on pénètre dans le sanctuaire où tout est fait pour vous inciter à lever les yeux vers le ciel ! En un mot cheminement de l'âme vers les prémisses de son Salut.


Dans cette ambiance, le mobilier liturgique est réduit à sa plus simple expression. On croise, de-ci de-là des autels, sobres (l'un d'eux est même un autel de rite byzantin, ce qui en fait une preuve de l’œcuménisme actif de la fin des années 2000), on serpente entre piliers, on se glisse dans des chapelles dépouillées. Tout est très serein, disposé pour la foule mais propice au recueillement. Un chemin de croix d'une exceptionnelle intensité dramatique et d'immenses toiles au graphisme nerveux et incisif montrent que le lieu, toute basilique de pèlerinage qu'il soit, est décoré avec sobriété, dans l'esprit qui a présidé à sa conception : moderne, voire futuriste mais classique, dépouillé et puissant.


FIN

mardi 13 novembre 2012

SYRACUSE TOUJOURS (3)

Suite de :

En vrac, une petite galerie de photos, pour voir Syracuse autrement ... Syracuse et ses pierres gravées :


Syracuse et ses ruines pas toujours antiques :


 Syracuse et sa végétation folle :


 Syracuse et son marché :


 Et enfin, la gourmandise suprême : les oursins de Syracuse :


A SUIVRE

dimanche 11 novembre 2012

SYRACUSE ENCORE (2)


Nous en étions là (au palazzo Bellomo) de nos investigations syracusaines, tout étourdis par l'Antonello, et bien décidés à admirer le Caravage, pas trouvé à Sainte Lucie. Vous nous auriez vus, avançant prudemment dans le musée, prêts à chaque détour de salle à tomber en extase, et enfilant avec ardeur et sérieux des toiles pas toutes forcément affriolantes, des Minniti inégaux (le modèle puis ami sicilien du Caravage), des XVIIème, puis XVIIIème, et toujours rien. Il fallait bien se rendre à l'évidence, le Caravage n'avait pas regagné ses pénates.
 

De fait, il est conservé dans une autre chapelle Sainte Lucie, située piazza Duomo, et bien sûr, fermée. Cela nous valut une visite de Syracuse très détaillée car l'office de tourisme, consulté, nous déclara que cette fermeture était anormale et que cela allait ouvrir vraisemblablement sous peu. Il n'en était rien et le soir, nous connaissions chaque revoin d'Ortigia par cœur, mais pour le Caravage, il fallait revenir le lendemain.
Là encore, allez savoir pourquoi, alors que nous n'avions pas croisé âme qui vive devant l'Antonello, les ragazzi en furie, manifestement mieux informés que nous, étaient au rendez-vous. La chapelle ne désemplissait pas, envahie de groupes scolaires dont les enseignants épuisés s'affalaient avec leurs troupes quelques instants sur les chaises accueillantes du lieu, avant de repartir courageusement à l'assaut de quelqu'autre site. Les gamins, alignés sur les bancs, en profitaient pour taper quelques sms, sortir leur game boy ou s'embrasser furtivement, et tous repartaient sans avoir regardé ce vieux tableau sombre qui, pourtant, reste l'étape obligée de tout voyage à vocation pédagogique.
Mais nous avons tout de même pu contempler à loisir cette grande toile de Caravage peinte en très peu de temps par Merisi alors qu'il venait de débarquer à Syracuse après sa fuite de Malte en octobre 1608. La toile, commandée pour la fête de la sainte, le 13 décembre, était prête pour les célébrations de la même année, et Michelangelo déjà reparti vers Messina. Une exécution rapide avec d'amples espaces monochromes, une scène simplifié à l'extrême, une dramatisation puissante marquent cette peinture dont l'épouvantable état de conservation ne simplifie pas la lecture.


Malheureusement moins bien traitée que l'Annonciation d'Antonello, elle fut carrément repeinte en 1821 par un certain Politi, qui croyait sans doute bien faire. En 1896, il fallut rentoiler l’œuvre, moisie et abîmée par l'humidité des murs sur lesquels elle était exposée. En 1921, Venuti commença à éliminer certains repeints XIXème, mais dut s'arrêter bien vite en se heurtant à l'extrême fragilité du support. C'est dans cet état assez délabré qu'elle parvint au fameux Cesare Brandi, le directeur de l'Institut central de restauration de Rome auquel on doit la prudence de n'avoir point touché à l'Antonello. Là encore, il préféra s'abstenir et ce n'est qu'en 1972-79, après une tentative de vol qui fit réaliser aux responsables qu'ils avaient là un chef d’œuvre, qu'on prit les choses en main.
On supprima les interventions de Politi chaque fois que cela ne mettait pas en péril l’œuvre originale. Certaines parties, trop fragiles, ont dû être conservées, comme la tête de profil à côté du personnage central ou le bas du visage de l'évêque. L’œuvre fut de nouveau entièrement rentoilée, on réalisa des radiographies pour mieux la comprendre et, à cette occasion, on découvrit deux repentirs sur le pastoral de l'évêque et sur le cou de la Sainte. La restauration, en remettant au jour l'unité stylistique de certaines parties, permit de supposer que Caravage se fit aider par un collaborateur pour la réalisation de la toile. Peut-être par Minniti qui, revenu en Sicile après sa "folle" jeunesse romaine, y avait établi un atelier réputé produisant des commandes religieuses avec une douzaine de collaborateurs et était devenu un homme d'affaires local respecté. Il accueillit Caravage à son arrivée à Syracuse et c'est lui qui lui procura la commande de cet enterrement de Sainte Lucie.


VISITE D'ORTIGIA



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