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mardi 10 février 2015

TALBOT, JEANNE, HENRI ET LES AUTRES : Henri VI de Shakespeare dans une mise en scène de Thomas Jolly


Nous étions, cet été, un peu déçu de n'avoir pas participé à "l'événement" (enfin un des événements !!) du In 2014 : la saga en 18 (ou 16 selon les jauges !!) heures, concoctée par Thomas Jolly et sa troupe, la Piccola Familia autour de la trilogie complexe de Shakespeare, rarement jouée dans son entier et montée, ici, sans interruption. Trois pièces et quinze actes, cent cinquante personnages, historiques ou sortis de l'imagination de l'auteur, deux guerres et  de multiples conflits de famille volà le matériau. Dans le chaos d'une époque en plein bouleversement, entre un Moyen Âge finissant et une époque moderne qui se dessine à peine, William Shakespeare compose une oeuvre complexe, foisonnante et riche. Thomas Jolly a relevé le défi en prétendant scotcher les spectateurs durant 18h sur une fête du théâtre, et nous avions raté cela. Mais la réalisation a été appréciée, célébrée par la critique et "achetée" par un nombre non négligeable de centres culturels. La tournée passait par Poitiers, et, bien que coupée en deux parties de 9h, nous avons décidé de tenter l'aventure. Nous avons, dimanche dernier, accompli la moitié du chemin en campant au TAP de 14h30 à 23h, pauses comprises.


Pas de doute, d'un point de vue maîtrise de la mise en scène, ingéniosité des dispositifs, respect du timing, logistique du spectacle, c'est parfait : admirablement conçu et, après quelques mois de tournée, parfaitement au point. Thomas Jolly a su multiplier les idées, les trouvailles, afin de maintenir le rythme, sans faire brouillon. Le tempo est idéal, parfois haletant, jamais pris en défaut. L'équipe technique, que l'on ne voit guère, assure une fluidité au-dessus de tout soupçon à ce déferlement de mots, de scènes, d'épisodes, d'intrigues et de rebondissements. Malgré un imbroglio historique proprement dément, on comprend et on suit parfaitement l'action, grâce à une excellente approche "pédagogique" (il en faut pour permettre à un public français, nullement au fait de l'histoire compliquée du double règne d'Henri VI, sur fond de chaos et de guerres, externes et intestines). L'excellente idée de faire intervenir régulièrement une hilarante maîtresse de cérémonie pince-sans-rire établit avec la salle un contact si efficace que chacune de ses apparitions est accueillie par des hurlements de joie.


Pourtant, pourtant ... j'ai été un peu frustrée car le texte de Shakespeare, quoique servi avec fidélité, ne l'est pas toujours avec le ton juste. La volonté de "faire facile" pousse un peu trop le metteur en scène à abuser de la gaudriole et la saveur de la langue shakespearienne y perd beaucoup de force. Il faut dire que j'avais pour une voisine une anglaise, déçue par le rendu de certaines scènes qui auraient mérité plus d'intensité, plus de profondeur, des pauses de sérieux dans cet océan de rire. Il y a du drame dans Henri VI et la version ne s'y arrête jamais. Ou quand elle le fait, elle noie aussitôt l'émotion dans un éclat de rire. Il aurait fallu, à certains moments, renoncer au ton décalé pour rendre mieux perceptible la beauté du texte. Comme disait ma voisine : nous ne sommes pas plus idiots que les spectateurs du temps de Shakespeare, et n'avons pas besoin, pour suivre, qu'on nous fasse "rigoler" sans cesse. Nous sommes capables de mieux ! Certains acteurs avaient du mal dans les passages graves, plus doués pour la pirouette que pour la déclamation.


Par un étrange hasard, j'étais en train de lire l'autobiographie de Lang Lang et, pendant un des entractes, je suis tombée sur ces mots : "J’adorais la complexité de [Shakespeare], la manière dont ses intrigues se recoupaient et dont les thèmes sous-jacents émergeaient, comme autant de mélodies et de contrepoints différents. Bien avant de comprendre pleinement les mots, je pus percevoir les changements d’humeur et les variations de ton – tantôt léger, tantôt sombre, tantôt philosophique et tantôt fantasque... Les dialogues de Shakespeare me rappelaient les phrasés de Mozart, cette façon qu’a sa musique de changer constamment de personnalité ; c’est à travers les personnages de Shakespeare et leurs interactions que j’ai finalement commencé à comprendre Mozart." C'est cette dimension de la complexité de la langue de l'auteur, qui fait tout sa richesse, qui manque au spectacle de la troupe La Piccola familia. Et il est normal qu'une anglaise l'ait déploré, certaines scènes tournaient court et on se sentait frustré.
Mais bon, pas question de cracher dans la soupe : la forme, inspirée des émissions les plus débridées du petit écran, séduit le public et la salle reste comble jusqu'à la fin. Sans effort particulier (j'ai simplement piqué quelques roupillons au début car le texte est vraiment indigent (ce n'est pas du Shakespeare et cela se sent !). J'ai, par ailleurs, été déçue par la fraîcheur poitevine (que je connais pourtant bien), je pense que l'ambiance devait être plus conviviale dans d'autres villes. À Poitiers, on restait sur un mode passif. Pas de complicité entre les spectateurs, très "assis" dans leur rôle, rien de chaleureux, rien d'amical dans la salle, comme on aimerait le partager quand on assiste à 9h d'affilée de théâtre ensemble. Nous irons voir la deuxième partie dimanche prochain mais je sais déjà que ce sera en nous poussant un peu... c'est loin Poitiers, et il a nous manqué l'étincelle qui provoque l'enthousiasme sans réticence.

Source images : le superbe reportage photos de Brigitte Enguerand (Divergence)
La tournée a déjà visité Toulouse, Perpignan, Rennes, Béthune, Sceaux, Cherbourg, Dunkerque,

Il reste :
TAP – THÉÂTRE AUDITORIUM DE POITIERS (86)  12 février 19H30 – Épisode 3 ; 13 février 19H30 – Épisode 4 ; 15 février 14H30 – Cycle 2
EQUINOXE – SCÈNE NATIONALE DE CHÂTEAUROUX (36) 8 mars 14H00 – Cycle 1
ODÉON – THÉÂTRE DE L’EUROPE (75) 2 mai 14H00 – Cycle 1 ; 3 mai 14H00 – Cycle 2 ; 8 mai 14H00 – Cycle 1 ; 9 mai 14H00 – Cycle 1 ; 10 mai 14H00 – Cycle 2 ; 14 mai 14H00 – Cycle 2 ; 16 mai 14H00 – Cycle 1 ; 17 mai 14H00 – Cycle 2
OPÉRA DE ROUEN HAUTE-NORMANDIE – THÉÂTRE DES ARTS (76) 20 juin 10H00 – Intégrale

samedi 25 janvier 2014

LA LICORNE ET LE BÉZOARD


Une exposition que j'ai déjà évoquée ici, et encore ici, mais dont je n'ai pas encore révélé ce qu'elle réservait comme surprises étonnantes aux visiteurs. Elle dure jusqu'au 16 mars 2014.

Exposant des squelettes, des animaux empaillés, des reproductions de bêtes étranges ou imaginaires, les premiers cabinets de curiosité s'appelaient Mirabilia au XIIIème siècle (cabinets des merveilles). Ils servaient à montrer les créations divines, les merveilles de la nature mais aussi les monstres, symboliques du mal que l'on devait craindre et éviter. On retrouve donc au départ certaines de ces bizarreries dans les abbayes, où œufs d'autruches, crocodiles, cornes de licorne, sont jugés représentatifs du Royaume de Dieu et de ses menaces.


A la Renaissance ces Mirabilia deviennent des cabinets de curiosité et ont un peu plus de rigueur. Les expéditions vers le Nouveau Monde permettent de les garnir d'une multitude d'objets inédits, pas toujours bien identifiés : la dent de narval continuant sa carrière poétique de corne de Licorne. Ils comportent des artificialia, objets faits par des hommes, des naturalia, des scientifica, instruments divers et pour finir, des exotica, témoignages d'autres pays et d'autres cultures. Certains cabinets, appartenant à des princes curieux ou à des universités célèbres cherchant à épater les visiteurs, deviennent des galeries courues et fort décrites par les visiteurs émerveillés. Qu'on se rappelle à Padova, celui de Pietro Bembo !

L’exposition se déroule en sept « espaces » qui permettent de découvrir le cabinet de curiosités dans ses évolutions historiques, du XIVe au XVIIe siècle, avec en point final une proposition de cabinet pour le XXIe siècle.


La galerie initiale :
Il s'agit ici, dès l'entrée, de plonger le visiteur dans le bizarre et dans l'étrange. Un bric à brac, destiné à provoquer curiosité, questionnement, voire émerveillement, restitue l'ambiance que créaient les possesseurs de cabinets qu'ils ouvraient souvent à la visite. Il s'agissait d'intriguer, et les objets présentés ici remplissent leur office : on y trouve un dragon (la Grand’ Goule qui est presque devenue l’emblème de Poitiers), un reliquaire, un crocodile, et des reproductions de nombreuses estampes de Besler, Cospi, Worm…


Le studiolo :
Premier exemple de lieu clos, réservé à un cénacle choisi, et représentant les différentes formes du savoir zoologique, botanique et géologique, une excellente reproduction du studiolo d’Urbino nous mène vers une salle où s'entassent des centaines d'objets étranges.


Un cabinet du XVIe siècle :

L'espace, très rempli de meubles à tiroirs, étagères et autres vitrines, est un octogone couvert d'un dôme. Il évoque le microcosme, le rapport entre le cabinet et la Création. Il y fait sombre et les objets rangés avec des effets de symétrie et soigneusement étiquetés, sont présentés comme un « abrégé du monde ». Fossiles, monnaies, bec de toucan, coiffe de plume, caméléon, corail rouge, herbiers… mais surtout, pendue au plafond, un corne de Licorne, et dans une vitrine quelques bézoards. Enfin !!
Car, il faut bien l'avouer, la Licorne, on connaissait, mais le bézoard, non ! Alors qu'est-ce ? Selon le littré "Nom donné aux concrétions calculeuses qui se forment dans l’estomac, les intestins et les voies urinaires des quadrupèdes". Un calcul qui parfois peut-être énorme, et qui se forme souvent autour d'un amas de poils. Autant dire, à une époque où l'on en meurt, sans pouvoir opérer puisqu'on ne sait pas "ouvrir", que la chose est rare et follement impressionnante. Au point que certains la montent en objet précieux, serti d'or et de pierres précieuses !


Un engouement européen :

Les amateurs de curiosités n'hésitaient pas à parcourir l'Europe pour rendre visite aux collectionneurs les plus en vue : les Italiens bien sûr, (Manfredo Settala, Ludovico Moscardo, Ferdinando Cospi, Ulisse Aldrovandi), mais aussi Peiresc, John Evelyn, Thomas Platter, Charles Patin, Ole Worm. La salle présente des cartes géographiques, portraits, des citations de récits de voyages et de catalogues, et des objets liés à ces collectionneurs…  


Le cabinet princier, type Ambras :

Une pièce étroite et en longueur, somptueusement meublée de riches cabinets marquetés du XVIIème, reconstitue de façon très convaincante le cabinet d'un prince, inspiré de celui du château d’Ambras (Autriche). Ce dernier était célèbre pour le caractère luxueux des collections mais aussi par le mélange avec des objets considérés aujourd’hui comme triviaux et à l'époque fort appréciés, comme des pièces d'armement.


Cette pièce est sans doute celle qui présente les pièces les plus précieuses de l'exposition et son aménagement est très évocateur de l'admiration qui devait saisir les visiteurs, venant souvent de loin et découvrant ces merveilles.



Un cabinet d’apothicaire entre XVIe et XVIIe siècle, tourné vers l’Atlantique

Un exemple local, le cabinet de Contant à Poitiers, permet d'évoquer les cabinets de savants, caractérisés par l’activité professionnelle de leur propriétaire. C'est dans un joli décor de jardin qu'il rassemble des objets qui passionnaient le propriétaire, pharmacien à Poi­tiers qui commença sa collection par la réunion de végétaux rares ou spectaculaires, puis l'enrichit de souvenirs amérindiens, de coquillages et autres fantaisies qui lui semblaient si belles qu'il leur dédiait des poèmes en alexandrins. Il y en avait tant qu'il fallut, nous dit-on, quatre déménageurs travaillant pendant 7 jours pour vider sa collection lors de son décès !


Le cabinet de Nicolas Chevalier 

Autour de la maquette du premier cabinet de Chevalier à Amsterdam (il en eut trois !), dont la visite était ... payante, sont rassemblés des médailles, des œuvres d'art et nombre d'objets du commerce international de l'époque. Ses livres sont présentés dans une vitrine, et au plafond sont suspendus requin, vertèbre de baleine, trompe d’éléphant…


Vers la spécialisation du cabinet, type Ruysch

Evocation d'une collection constituée autour de deux axes : l’histoire naturelle (botanique et zoologie), et les pièces anatomiques (corps humain), dont les « objets » ont pu être conservés par la mise au point d’une technique révolutionnaire, celle de l’injection de cire pigmentée dans les tissus. Présentation de vanités tridimensionnelles en regard de bocaux contenant coraux et gorgones…


Une idée de cabinet au XXIe siècle 

"Dans un dernier espace, ouverture sur le XXe et le XXIe siècle et la vivacité de l'idée de curiosité dans le monde d'aujourd'hui. Autour de quelques oeuvres emblématiques - "boîte verte" de Marcel Duchamp, oeuvre de Jean-Michel Othoniel, bustes de Jan Fabre, évocation du château d'Oiron -, des objets insolites revisitent la question des "reliques", des images issues de la recherche scientifique illustrent le questionnement permanent sur la connaissance du monde, et nous renvoient à notre fascination pour l'inconnu, l'étrange, le rare, le merveilleux..."


JEU
Il ne vous reste plus qu'à jouer au Cabinet des Merveilles mis au point par le FRAME (French Regional American Museum Exchange) qui organise tant de passionnantes expositions !! Je l'ai testé pour vous car il manque un peu d'explications. 

Vous pouvez d'abord visiter la Chambre des Merveilles du Marquis de Robien. En cliquant sur n'importe quel objet, vous aurez des détails sur sa provenance et son utilité. Vous avez accès à un livre qui vous permet en outre de voir l'encyclopédie du Marquis et aussi à l'ensemble des objets merveilleux. Bien pratique pour tricher si vous n'arrivez pas trop à faire la suite : les objets absents y sont déjà décrits, donc cela aide à les localiser.
Car il manque au Marquis 6 objets que vous allez devoir trouver pour lui. 
Pour jouer : il faut cliquer sur le globe. Puis vous choisissez un continent. Là vous disposez d'une lunette qui vous permet d'observer l'horizon !! Quand vous êtes dans les environs de l'objet à ramener dans votre cabinet des merveilles, vous entendez un bruit qui est d'autant plus intense que vous vous rapprochez de l'objet. Quand vous verrez apparaître un point orange, bingo, vous aurez trouvé l'objet. Attention, pour que le point rouge apparaisse il faut se déplacer très lentement dans la zone sonore. Il vous suffira alors debien cibler ce point et de cliquer dessus pour voir apparaître une épingle ! 
Mais votre épreuve n'est pas terminée : vous avez trouvé l'objet, mais il faut maintenant le ramener dans votre cabinet de curiosité... en répondant juste à une ou plusieurs questions. Si par hasard vous échouez, plus qu'à recommencer !! Il vous faudra placer des perles sur le porte-bébé kiowa, écouter des instruments de musique africains, trouver ce que mange un singe en Amérique du Sud, examiner à la loupe une châtelaine britannique, trouver d'où vient un faîte de case océanien, et placer un rat d'or sur un sabre japonais !!
Une dernière épreuve vous attendra après toutes ces réussites : mais aidé par l'encyclopédie, vous devriez réussir sans problème !!!
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Les illustrations de l'article, les photographies étant interdites, proviennent du reportage de la 3 à l'occasion de l'inauguration de l'exposition. D'autres documents proviennent du remarquable site Curiositas consacré aux cabinets de curiosités européens : ici pour Nicolas Chevalier, et ici pour Contant. Et, bien sûr, la dernière photo est un cabinet du XXIème siècle, celui de Koka !

jeudi 26 septembre 2013

LE CABINET DE CURIOSITÉS D'ALCIDE DE FARCY À POITIERS


Inutile de vous précipiter sur Google pour identifier cet Alcide-là : vous ne le trouverez pas... et pourtant il existe bien ! Il est sorti de l'imagination fertile et ô combien éclairée des conservatrices des musées de Poitiers qui, pour éveiller les enfants aux mystères des cabinets de curiosités, lui ont donné vie et ont inventé son histoire. Une merveilleuse façon de faire découvrir l'art aux enfants, et de les éduquer à la "chose historique" !

J'étais en train de me promener dans le superbe musée Sainte Croix, dont l'architecture est particulièrement bien conçue et l'aménagement fort intéressant, quand je franchis une porte dont la signalétique attira mon attention.


Une partie du musée entièrement dévolue aux enfants, quelle bonne idée ! La première partie de cet espace réservé mais ouvert à tous, était intéressante, quoique fort classique. C'était la galerie de peintures.


On y croise des œuvres "faciles", dont l'iconographie est censée mieux intéresser les enfants que les thèmes religieux ou les scènes militaires. Des portraits d'enfants, d'amoureux, de mère attentive, des scènes de ferme avec basse-cour colorée et poussins attendrissants, des scènes vivantes et amusantes, bref tout l'attirail pour convaincre les jeunes que le musée, ce n'est pas forcément barbant(1)


Et pour leur apprendre à regarder aussi car, en observant bien, les peintures vous réservent des surprises : comme le portrait de cette brune piquante. Nonchalamment installée dans son fauteuil, elle est vêtue d'un joli chemisier rouge et arbore une abondante collection de bracelets multicolores et de bijoux chatoyants. De quoi déjà se livrer à un passionnant inventaire et inciter les enfants à compter tous ces colifichets. Mais ce portrait cache en abyme un second portrait, celui du peintre que l'on devine devant sa toile, dans le miroir au-dessus de la tête de la femme.
Jusque là, rien que de très méritoire certes, mais pas une révolution dans l'approche de l'art. Mais soudain, une portière... avec ce message :


Et là, je me suis trouvée plongée dans le logis reconstitué d'un amateur de curiosités du XIXème siècle, un certain Alcide de Farcy dont, au fur et à mesure de la visite, j'ai, grâce à des cartouches joliment calligraphiés, découvert la vie, les expéditions, les collections, la famille et l'environnement. 


En entrant, son bureau, qui montre qu'on a affaire à un explorateur curieux et qui a beaucoup voyagé. Cartes, maquettes de bateaux, souvenirs de voyage animent dans cette première pièce. 


A gauche, sa table de travail, chargée d'un abondant courrier et sur lequel livres et plumes s'entassent dans un joyeux désordre.


Aux murs, ses portraits, toujours en compagnie de son inséparable Jacotte, et même du chat Tibert. 


En face de ce bureau, le cabinet des curiosités. Là, on trouve pêle-mêle des souvenirs de voyages, comme cette improbable adoration des mages trouvée dans une hutte d'indiens ...


ou bien ces scènes de sorcières aux mœurs forcément étranges et au comportement sulfureux, voire inquiétant. Dans cette salle, on trouve quelques toiles du bestiaire étonnant de l'explorateur ...



... son chien dressé, on s'en serait douté, pour la chasse au dodo ...


... les parents chatoyants de son perroquet Jacotte ...


... et ce tigre féroce (??), ramené d'une lointaine expédition. 


Mais surtout, on s’abîme dans la contemplation émerveillée de l'incontournable cabinet de curiosités, jolie collections d’objets inattendus qui révèlent l'imaginaire de ceux qui ont inventé cette histoire !


La sélection des objets et l'installation du cabinet a  été faite par l'équipe du service culturel du musée (Cécile Le Bourdonnec, responsable du service culturel, et Stéphanie Coussay, responsable du service éducatif) afin de composer un espace où il était prévu ensuite se déployer  un projet pédagogique mené avec 9 classes du primaireC'est donc pour les enfants qu'ont été reconstituées la vie et les aventures d'Alcide, et l'équipe a tracé ses expéditions, et, bien sûr, s'en est donné à cœur joie pour inventer les trouvailles de ce cabinet, toutes plus farfelues et exotiques les unes que les autres.


Comme elle a, aussi, meublé son salon, lieu forcément chargé de souvenirs, où l'on trouve en bonne place le portrait des parents de l'explorateur, mais aussi maints objets ramenés de ses lointains voyages. L'homme était éclectique et collectionneur dans l'âme, si l'on en juge par la diversité de cette décoration !


Enfin, face à ces pièces réinventées et révélatrices de la personnalité du bonhomme, une galerie de portraits avec amis, connaissances, oncles, et même sa bonne amie, exploratrice comme lui !!


Ce qui est remarquable est que tout cela a été conçu pour les enfants, afin de les initier aux mystères des cabinets de curiosités. Cette approche de l'Histoire et de l'Art, relayée par les enseignants et par une intervenante de l'École des Beaux-Arts, offre aux enfants une vision de la chronologie et la muséographie totalement novatrice et qui, on ne peut en douter, a fortement impressionné les 9 classes de primaires embarqués en 2013 dans cette aventure des temps modernes. On imagine aussi que cette installation amuse aussi les autres classes quand elles viennent la visiter !! Ils n'aborderont plus les musées comme des lieux stériles ou ennuyeux et auront toujours, devant les collections proposées, un regard curieux, voire inventif, pour mieux s'intéresser aux traces du passé. Bravo aux conservateurs de Poitiers et longue vie à Alcide de Farcy !! Et merci au gardien qui m'a gentiment expliqué tout cela, et à Anne Benéteau, directrice des musées de Poitiers, qui m'a communiqué les informations nécessaires pour mieux présenter ce projet novateur.

Dédié à Koka


Note : à partir du 18 octobre 2013, le musée Sainte Croix de Poitiers accueillera une exposition temporaire qui promet d'être passionnante : La Licorne et le Bézoard. Se donnant pour objectif de voir et de comprendre ce que furent les cabinets de curiosités dans l'Europe du XVIème au XVIIIème siècles, elle reconstituera diverses collections montrant la passion de nos ancêtres pour tout ce qui excitait leur curiosité. Une exposition que j'espère bien avoir l'occasion d'aller découvrir pour vous...



1 -L'accrochage des oeuvres dans la "galerie des enfants" a été conçu en fonction des animations proposées au jeune public, selon des thématiques précises (le paysage, le portrait, etc.). Ce sont des œuvres dont la lecture est aisée pour le jeune public, et leur accrochage à une hauteur rabaissée facilite l'appréhension des œuvres par des enfants, de plus, leur regroupement est conditionné par les thématiques proposées dans des ateliers précis.

2 - Le projet proposé aux classes consiste à débuter par une visite guidée dans le musée (depuis janvier 2013), pour découvrir ce fameux cabinet factice et comprendre, notamment autour de la "boîte-cabinet" avec les objets au sens réinventé, ce que furent les cabinets de curiosités historiquement. Puis une enseignante de l'Ecole des beaux-arts de Poitiers est intervenue sur plusieurs séances dans les classes, afin d'accompagner les élèves dans l'élaboration d'objets inspirés de cette "curiosité". La dernière étape du projet sera bientôt visible : les productions plastiques des élèves seront présentées dans un espace dédié du musée, pendant toute la durée de l'exposition "La licorne et le bézoard".
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