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samedi 1 août 2015

Jeudis musicaux en pays royannais 2015, à mi-parcours


Pendant que des dizaines de milliers de personnes se pressent au mythique "Violon sur le sable", vaste entreprise de "vulgarisation" de la musique classique dont l'effet pédagogique me semble limité, notre Festival des Jeudis Musicaux continue à dérouler vaillamment sa 27e édition. Sans vouloir faire polémique, il me semble, paradoxalement, que côté diffusion de la musique classique auprès d'un plus vaste public, le second est nettement plus efficace que le premier. Les Jeudis, comme le faisait fort maladroitement remarquer PPDA, apportent la musique dans les "endroits les plus perdus". Je vous ai déjà chanté sur tous les tons cette manifestation aux 34 concerts, émaillés dans les plus petits villages de la communauté de commune royannaise : et notre parisien de service (il faut bien, là aussi des "têtes de gondole" pour attirer le chaland, habitué à la petite lucarne), même s'il le disait sur un ton un peu condescendant, avait parfaitement raison de souligner ce rôle éducatif du Festival. Depuis 27 ans, nos communes de parfois moins de 300 habitants, bénéficient, chaque année, d'un concert de très grande qualité (la programmation 2015 est proprement ébouriffante) et, forcément, cela finit par former le goût. Le Comité des fêtes qui "reçoit" prépare un petit pot pour l'après-concert et la tradition est bien instaurée : les "gens du village" sont impliqués, viennent au concert, émettent des voeux sur ce qu'ils pourraient entendre l'an prochain (violon-accordéon, quelle bonne idée !!) et se sont, année après année, approprié LE concert qui leur échoit. Je le disais, la musique est de qualité, et même si Yann Le Calvet doit, parfois, faire des concessions du type Lodéon ou PPDA pour attirer le bon peuple, l'ensemble est toujours excellent pour l'oreille et apprend ce qu'est un "vrai concert". Car Violon sur le Sable, avec ses moyens pharaoniques, ses déploiements techniques et pyrotechniques, ses extraits pour ne pas lasser et sa démagogie pour faire nombre, ne me semble pas transformer le moindre de ses spectateurs (et ils sont 120 000, voire 150 000 chaque été) en mélomane. Au contraire, ceux qui, après cette expérience, tentent un concert, sont forcément surpris par le côté austère de l'affaire. Surpris et ennuyés. Ils ne reviennent pas, ayant dormi ou, au mieux, baillé. Alors que les "gens des bourgades" (le mot est encore de l'inénarrable PPDA) assistent avec nettement plus d'intérêt au concert annuel de "leur" église.


Témoin ce concert absolument extraordinaire où Jérôme Pernoo se produisait en soliste, pour des sonates et partitas de Bach, une sonate de Connesson et une autre de Kodaly. Les mélomanes comprendront mon propos : un violoncelle seul, égrenant ces partitions dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont pas d'accès facile, pour éviter pudiquement de dire que c'est de la musique savante, a priori, ce n'est pas de la tarte. Et, dans la petite (et merveilleuse) église de Corme-Écluse, nous étions un peu inquiet de l'état du public au bout d'une heure de concert : on avait un peu peur que d'aucuns se laissent aller à des ronflements incontrôlés. Et bien, que croyez-vous qu'il arriva ?? Jérôme Pernoo, avec l'engagement, la passion, la fougue qu'on lui connait, a tenu sous le charme un public absolument subjugué. Il était tellement enthousiaste, fervent, vibrant, que pas un spectateur ne pouvait échapper à son jeu. C'était émouvant, captivant, fascinant, envoûtant... que nous étions tous pris dans les rais de ses notes. Un silence impressionnant régnait dans l'église et les applaudissements étaient des ovations non commanditées !! Rien que pour un concert de cette qualité, Yann Le Calvet mériterait une décoration : c'est de la vraie démocratisation de la musique, ça !!


Il y a eu, en ce début d'été, bien d'autres grands moments : parmi eux l'improbable concert autour de Pauline Viardot. Là encore, Pauline Viardot, une cantatrice du XIXe, accessoirement compositrice presque jamais jouée, qui cela peut-il intéresser à l'aire du numérique ? Une salle entière sous le charme et l'émotion... si, si, je vous le garantis. Les protagonistes étaient l'excellent accompagnateur (et très bon soliste) Jonas Vitaud, au piano, une violoniste de haut vol, Marion Passou et la soprano au timbre chaud et prenant Geneviève Laurenceau. Et ils jouaient des oeuvres de Pauline, dont l'adorable Hai Luli (dont je vous recommande chaudement l'audition ci-dessous dans le merveilleux théâtre de Palladio à Vicence) ... de Saint-Saëns, Tchaïkovski, Lizt, Wagner et Gounod.

Voir les paroles en note 2

Pas vraiment de la musique de foire, encore des partitions difficiles et exigeantes. Mais les trois artistes étaient secondés par l'impressionnante Brigitte Fossey, qui grâce à des textes judicieusement choisis, liait la sauce !! Des lettres surtout, de Georges Sand quand elle gardait la petite fille de Pauline alors que cette dernière était en tournée, des réponses de la maman émue, des échanges épistolaires entre Pauline et son grand amoureux, Tourgueniev, qui l'aima durant 40 ans, des poèmes dont la sublime Nuit de Mai de Musset, récité avec une émotion sans afféterie par la grande actrice. On a ri, on a pleuré, on a écouté des airs nouveaux, bref, encore une soirée pour mieux aimer la musique.


Transmusibérien, dans un genre comparable, était plus difficile d'accès : le répertoire russe est moins aisé d'écoute et le choix des œuvres était pointu : Honegger - Ravel - Debussy - Schonberg - Berg - Borodine - Stravinsky - Beffa - Rachmaninov... Le quatuor Salieri le servait avec beaucoup de talent, mais cela restait austère. PPDA, puisque c'est à ce concert qu'il participait, était là pour, lui aussi, faire prendre la mayonnaise. Avec de très beaux textes de Cendrar à Gogol. Bien choisis mais très nostalgiques. Et surtout dits sans grande passion, d'une voix une peu monocorde, l'homme n'est pas un acteur, mais, en l'espèce, seulement un lecteur. Pourtant, le spectacle était de très belle qualité, mais son aspect de vulgarisation moins évident ! Cependant le public était ravi, mis en condition par la popularité du présentateur ex-vedette.



Un autre concert remarquable, fut celui de Bertrand Cuiller, dans l'adorable village de Floirac, au bout du bout de la communauté de communes, cadre enchanteur, 315 habitants, et un des meilleurs pots du Festival (un Cognac-orange que je vous recommande ... faut venir à Floirac !). Bertrand Cuiller est un claveciniste de premier plan (qui joue aussi du cor !! pour l'anecdote) qui nous a interprété un programme, là aussi, pour connaisseurs : première partie des pièces de virginalistes anglais, entendez une musique savante du XVIe, du vrai baroque pur et dur, deuxième partie, plus facile d'accès, du Rameau. Claveciniste dans de grands ensembles baroques français, Bertrand Cuiller mène une carrière de chambriste de soliste international. Son jeu, d'une rare intensité et d'un toucher plein de finesse et d'élégance, a tenu le public sous le charme. Public qui avait du mérite car le fameux "Violon" (sur la ville cette fois), ne jouant pas le jeu de la complicité, offrait ce soir-là une affiche déloyale : Zygel et un autre pianiste en match d'improvisation sur le court de tennis de Royan. A 5 euros (1). Un jeudi, alors que c'est la CARA qui soutient les deux manifestations... cherchez l'erreur !!


Bref - et je n'ai pas tout cité, le quatuor Hermès à Arces-sur-Gironde (690 habitants !), Claire Désert à Breuillet, la semaine prochaine le Quatuor Danel à Mornac et à Semussac, Jordi Savall à Saint Romain de Benet en clôture du festival - une programmation superbe pour un festival plein de découvertes, de moments intenses et de qualité, une réussite toujours aussi louable. D'autant plus louable que les conditions pratiques sont difficiles pour les mélomanes et autres amateurs qui doivent faire plus d'une heure de queue puis d'attente pour acheter leurs billets, au motif qu'il serait trop compliqué de prévoir des réservations... à l'heure d'internet !! Quand le moindre festival a un système de réservation en ligne, nous en sommes à l'ère des cagouilles : et le public des Jeudis, courageux, toujours de bonne humeur (ou presque !!) joue le jeu. Mais, et c'est désolant comme effet secondaire, quand il pleut, l'église est à moitié vide car beaucoup reculent devant la perspective d'une attente d'une heure sous l'eau ! Il faudrait absolument que la CARA prenne en compte le succès, la qualité et la réussite de ce Festival et donne aux organisateurs les moyens de le rendre encore plus attractif pour le public.

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(1) Et pourtant les concerts des jeudis sont à des prix ultra-doux : 12€, ramenés à 10 par le jeu de la fidélité puisqu'on a droit à une place gratuite dès lors qu'on en a acheté 5... soit 3 concerts pour un couple !!

(2) Je suis triste, je m’inquiète,
Je ne sais plus que devenir,
Mon bon ami devait venir,
Et je l’attends ici seulette.
Haï luli, haï luli
Où donc peut être mon ami ? (bis)

Je m’assieds pour filer ma laine,
Le fil se casse dans ma main…
Allons, je filerai demain ;
Aujourd’hui je suis trop en peine !
Haï luli ! Haï luli !
Qu’il fait triste sans son ami ! (bis)

Si jamais il devient volage,
S’il doit un jour m’abandonner,
Le village n’a qu’à brûler,
Et moi-même avec le village !
Haï luli ! Haï luli !
A quoi bon vivre sans son ami ?


Strophe non chantée : Hélas! je languis dans l'attente,
Et l'ingrat se plaît loin de moi!
Peut-être il me manque de foi
Auprès d'un nouvelle amante!
Haï luli! Haï luli! Haï luli!
Aurais-je perdu, perdu mon ami? (bis)


samedi 6 juin 2015

Jeudis Musicaux en Pays Royannais, 27e édition

Eglise de La tremblade

J'y vais, comme chaque année, de ma petite promotion du merveilleux festival qui égaye et enrichit notre été : Jeudis Musicaux en pays Royannais. Il a été lancé jeudi 4 juin à Saint Georges de Didonne, avec un nom qui attire et draine les foules, au point d'en avoir prévu une réplique le lendemain à La Tremblade : Nemanja Radulovic et l'ensemble Les trilles du diable. Et cette année, nous pouvons profiter non seulement du concert mais aussi du charmant pot organisé par le comité des fêtes de chaque commune (34 communes de la communauté d'agglomération de Royan participent ... et nous pourrions attribuer des étoiles à ces pots !) car Alter ne travaille plus le lendemain.
Mais revenons à ce premier concert.


Au programme - forcément dans ce type de manifestations qui se veut pour le concert d'ouverture, très "large public" - un pot-pourri un peu "mimi bazar", mais qui a le mérite de ne pas lasser les amateurs non habitués de la "grande musique" :  Kreisler - Mozart - Bach - Bizet - Paganini - Bériot - Williams - Kusturica - Monti. Et quelques bis de même acabit.
Au violon, le jeune serbe de 30 ans qui "déchire" les écrans depuis qu'il été consacré “Révélation internationale de l’année” lors des Victoires de la Musique de 2005, et nommé “Rising Star” en 2006-2007. Il faut dire qu'il peaufine soigneusement son look rockeur et que ça plait : jeans moulants, bottes de moto et cheveux en pétard, Nemanja Radulovic introduit dans l'ambiance supposée compassée de la musique classique, une petite dose de provocation qui enchante les papis et les mamies. Mais au-delà de l'anecdote, ce garçon, furieusement doué et très généreux, propose un jeu plein d'émotion. Son archet et ses mains sont à la fois pleins d'énergie et de virtuosité, mais aussi, quand il le faut, de finesse et de retenue.
Son ensemble, Les Trilles du Diable, tire son nom de la Sonate pour violon en sol mineur, composée par Giuseppe Tartini (1692–1770) et toujours réputée comme étant un des plus difficiles morceaux pour l'instrument. Nemanja Radulovic, le Quatuor Illico et Boban Stošić se sont rencontrés autour de l'idée d’offrir au public le plus large, le plaisir qu’ils ont à vivre et à partager la musique. Cela forme une sorte de mini orchestre avec soliste (pas un sextuor) qui est très efficace. Et, pas de doute, ils jouent avec une joie qui fait plaisir à voir : on pourrait leur décerner sans hésitation le prix de l'ensemble le plus souriant et le public, pas forcément mélomane, en redemande. Cela rassure, cette attitude décontractée face à la partition.


Mais au-delà de ces bonnes intentions et de la gentillesse évidente de Nemanja et de ses acolytes, il y a un peu de fausse-monnaie dans tout cela. Qu'ils jouent Paganini ou des musiques de film, OK, pas de problème (sans pour autant prétendre qu'il y faut une telle virtuosité : Paganini c'est difficile quand le violon joue en soliste, pas quand il partage la partition avec d'autres cordes !!)... mais qu'ils s'attaquent à Mozart ou à Bach, sans le moindre respect pour la partition, venant de musiciens "blanchis sous le harnais", c'est une imposture qui n'est pas digne d'eux, ni du public qui, malgré ces "facilités", s'ennuie. On va me dire que c'est pour la bonne cause, qu'il s'agit d'essayer d'amener les auditeurs à "supporter" Mozart ou Bach... Allons donc !! ces compositeurs ont écrit de suffisamment belles pages pour n'avoir pas besoin d'adaptations mal harmonisées pour plaire. Et une telle approximation venant d'un musicien du talent de Radulovic, c'est une mystification et un gâchis. On comprend très bien ce qui lui arrive : célèbre trop tôt, trop vite, il a envie de s'amuser, de profiter de ce succès que son joli minois lui assure à coup sûr ; et il apporte un petit vent de folie qui fait frémir les braves gens !!


Ceci étant, je ne vais pas nous gâcher la fête : et si c'est le prix à payer pour avoir la chance - inouïe dans nos contrées reculées - d'entendre le Quatuor Hermès (le 25 juin à Arces-sur-Gironde), Jacques Pernoo (le 2 juillet à Corme-Ecluse : en voilà un justement qui fait de la "vulgarisation" de qualité avec son école des mélomanes), le Quatuor Arod (le 9 juillet au Chay), Jean-Frédéric Neuburger (le 16 juillet à Arvert), le Quatuor Danel (le 6 août à Mornac-sur-Seudre), Éric Le Sage et le Fine Arts Quartet (le 13 août à Chaillevette et à Saint-Palais-sur-mer), David Bismuth (le 10 septembre à L'Éguille-sur-Seudre) ... Jordi Savall (le 24 septembre en concert de clôture)... et bien  d'autres... pas de problème, ce prix on le paie allègrement, et sans se plaindre.


Le public était tellement heureux que cela faisait plaisir à voir, et on ne va pas être bégueules. On savait ce qui nous attendait et on a quand même eu envie d'en être ! Ne serait-ce que pour fêter l'ouverture de ce festival hors normes (4 mois de musique de très haute qualité dans des villages dont certains n'ont que 315 habitants (Floirac), 235 (Brie-sous-Mortagne) ou même seulement 103 (Talmont-sur-Gironde) : admirez la constance, l'engagement et la générosité du directeur artistique du festival, Yann Le Calvet, à qui on ne dira jamais assez merci pour ce merveilleux été en musique !

Programme du mois de juin :

Jeudi 11 juin 21h : Vaux-sur-Mer Eglise Saint-Etienne
Quatuor A'Dam Olivier RAULT, ténor Louis-Pierre PATRON et Pierre BOUDEVILLE, barytons Julien GUILLOTON, basse Desprez - Passereau - Saint-Saëns - Poulenc - Schumann - Schubert ... - Negro spirituals et anglais

Jeudi 11 juin 21h : Barzan Eglise Saint-Pierre
Duo violoncelle / piano Marc COPPEY / Aurélien PONTIER
Boccherini - Weber - Popper - Dvorak - Chopin - Saint-Saëns - Fauré - Debussy - Ravel - Martinu

Jeudi 18 juin 21h : Breuillet Eglise Saint-Vivien
Récital piano Claire DESERT 
Beethoven - Chopin - Schumann - Schumann/Liszt - Verdi/Liszt

Jeudi 18 juin 21h : Talmont-sur-Gironde Eglise Sainte-Radegonde
Caravan Quartet Sébastien GINIAUX et Robert ENSINA, guitares Mathias LEVY, violon Olivier LORANG, contrebasse
Jazz manouche et créations

Jeudi 25 juin 21h : Saint-Sulpice-de-Royan Eglise Saint-Sulpice
A deux violes esgales Sylvia ABRAMOVICZ et Jonathan DUNFORD, violes de gambe
Marais - Charpentier - Lully - Monsieur de Sainte Colombe

Jeudi 25 juin 21h : Arces-sur-Gironde Eglise Saint-Martin
Quatuor Hermès Omer BOUCHEZ et Elise LIU, violons Yung-Hsin CHANG, alto Anthony KONDO, violoncelle
Mozart - Schubert - Janacek

Pour la suite du programme voir le site

lundi 13 octobre 2014

L'HERMIONE : ALLER - RETOUR

 

A la fin des années 1770, une série de quatre frégates est mise en chantier dans l'arsenal de Rochefort sur une cale de construction proche de la Corderie Royale : la Courageuse, la Concorde, la Fée et, en 1778, l'Hermione. C'est une frégate dite légère, rapide et maniable : 65 mètres de longueur hors tout,  et une voilure de 1500 m2 répartie sur trois mâts, l'Hermione est équipée de 26 canons tirant des boulets de 12 livres, d'où son nom de "frégate de 12". Il fallut à l'époque 11 mois de travail pour des centaines de charpentiers, forgerons, perceurs, cloueurs, calfats... bagnards... pour terminer le navire (35 000 journées de travail). Entre mai et décembre 1779, le navire est testé avec succès dans le golfe de Gascogne sous le commandement du jeune lieutenant de vaisseau Louis-René-Madeleine de Latouche-Tréville (futur vice-amiral et commandant en chef de la marine de Napoléon). L’Hermione réalise alors une brillante campagne au large des côtes françaises, capturant avec audace plusieurs corsaires anglais et de nombreux navires marchands.


Après la guerre de Sept Ans (1756-1763), la Grande-Bretagne imposa des taxes à ses treize colonies d’Amérique du Nord sans les consulter. Les colons américains se révoltèrent et protestèrent auprès du roi George III et du Parlement de Londres. La métropole envoya des troupes pour mater la révolte. Les représentants des colonies réunis à Philadelphie adoptèrent la Déclaration d’indépendance le 4 juillet 1776. Après une série de revers de l’armée continentale commandée par George Washington, la guerre contre la Grande-Bretagne tourna à l’avantage des Américains. Les insurgés reçurent l’aide de volontaires français puis de la France de Louis XVI, de l’Espagne et des Provinces-Unies. La France s'engagea d'abord dans la guerre d'indépendance américaine par la fourniture de matériel et d'aides en faveur des insurgés. Elle s'engagea ensuite officiellement en 1778. En janvier 1779, le tout jeune  Gilbert Motier, marquis de La Fayette, qui était s'était déjà porté volontaire au service de la cause américaine, revient en France où il s'efforce d'obtenir pour elle le soutien officiel de son pays. Il réussit à convaincre le roi Louis XVI et son état-major d'apporter une aide militaire et financière aux troupes du Général Washington. Le 21 mars 1780, le jeune major général de La Fayette embarque à bord de l'Hermione dans le port de Pauillac et, 38 jours plus tard, il rejoint le général Washington pour lui annoncer l'arrivée imminente des renforts français. Dix-huit mois plus tard, les insurgents américains, auxquels s'est joint La Fayette remportent dans la baie de la Chesapeake sur mer, puis à Yorktown sur terre des victoires décisives avec l'appui des troupes françaises conduites par Rochambeau et de Grasse.


En février 1782, alors que la guerre a basculé en faveur des insurgés américains que Louis XVI soutient, la frégate regagne la France. Elle fait un petit détour par la golfe du Bengale pour renforcer l'escadre de Pierre André de Suffren dans le conflit avec les Britanniques et, la paix signée, retourne à Rochefort en avril 1784. Durant la période révolutionnaire la frégate, amarrée à Nantes, reprend du service contre l'Angleterre, ennemie jurée de la France révolutionnaire après l'exécution du roi. Malheureusement, le 20 septembre 1793, commandée par un équipage peu expérimenté, elle sombre à la sortie de l'estuaire de la Loire, fracassée contre des rochers au large du Croisic, sur le plateau du Four. 


Et voilà qu'en 1992, une association de doux rêveurs se crée à l'initiative de quelques membres du Centre International de la Mer installé à la Corderie Royale et de plusieurs élus de la Ville de Rochefort. L'Association Hermione-La Fayette projette de reconstruire la frégate à l'indentique. L'affaire est d'autant plus compliquée que les plans du navire ont disparu et il faudra racheter aux anglais, excusez du peu, les plans d'une autre frégate identique qu'ils avaient capturée et dont ils avaient, en bons espions "industriels" relevés toutes les caractéristiques techniques afin de s'en inspirer. Il faut aussi trouver des financements, et à l'époque le projet n'est guère crédible, et lancer un appel d'offres pour identifier et retenir un constructeur. A partir de 1997, le chantier commence grandeur réelle, et durant 17 années, des millions de visiteurs (4 au total) défileront devant la coque de plus en plus haute de ce rêve prenant, de mois en mois, forme et réalité. Jusqu’à la mise au printemps dernier, et le recrutement d'un vrai équipage pour, enfin, joindre de nouveau les côtes américaines durant l'été 2015. Depuis la mise à l'eau, la frégate est, comme en 1779, "testée dans le Golfe de Gascogne" et une escale bordelaise a été programmée, et même rallongée vu le succès des réservations pour la visite, du 7 au 13 octobre de cette année. Il eut été plus logique d'ancrer l'Hermione à Pauillac, mais il est sûr qu'il y aurait eu moins de visiteurs que dans le Port de la Lune !


Nous devions suivre la frégate lors de son passage à hauteur de nos côtes lors de son voyage vers Bordeaux : mais le "promène-couillons" auprès duquel nous avions réservé notre passage s'est ému du temps pourri qui régnait ce jour-là sur l'estuaire et, un peu frileusement, a annulé la sortie : nous avons donc regardé passer le navire de loin (plus de 4km), car après la traversée de la passe de la Mauvaise et avoir longé la côte royannaise le bateau a piqué, quoi de plus normal, vers Pauillac. Suivi, comme il se doit par une escouade des petits navires, collés à son bord et qui eux, n'avaient pas eu peur de la houle.



A Bordeaux, il faisait à son arrivée aussi gris qu'ici et, malheureusement, elle est entrée dans le Port de la Lune sans voile. Nous n'y étions pas, mais le nombre d'admirateurs le long des quais et de visiteurs qui ont visité durant tout le séjour bordelais était impressionnant. Et, forcément, très lucratif : ainsi, chacun participe un peu par son billet d'entrée, au futur voyage américain, un budget de 3 000 000€ dont il manque encore 500 000€. On dit que notre Madame Royale se serait entremise auprès de américains pour obtenir quelques subsides ... pas très royal ça !



Quant aux membres de l'équipage, ils ont tiré leur canons, ils ont chanté, ils se sont vêtus de beaux atours et, surtout, ils ont accueilli les foules compactes venues visiter leur jolie frégate.


Au retour, notre promène-couillons s'est encore "dégonflé", arguant cette fois-ci d'horaires de marées peu commodes pour organiser une virée. Il faut savoir qu'en nos ports d'estuaire, les sorties doivent suivre le flux et le reflux et qu'on ne peut risquer de se trouver face au chenal d'entrée à marée basse au risque de rester coincé en mer durant 6h. Admettons, mais je crois que les raisons de ces réticences sont à chercher dans le peu d'attrait des maîtres du navire pour suivre un bateau de parade.


Il ne nous restait plus qu'à suivre le chemin de la frégate sur marine traffic et de nous armer, comme à l'aller, de zoom et longue vue pour en profiter au mieux. Avec, cette fois-ci, du soleil en prime ! Mais une voilure nettement plus réduite, à contre-jour et toujours d'aussi loin !!


Bon vent belle Hermione, et bientôt l'Amérique .... Juste là-bas, après la ligne d'horizon...


Beaucoup de photos et d'infos sur le site de Sud-Ouest

jeudi 2 octobre 2014

C'ÉTAIT LE DERNIER JEUDI ...

La superbe photo du concert de Saujon n'est pas de moi (pas le droit de monter à la tribune !! et surtout pas envie de troubler le concert ...) mais du journal Sud-Ouest

Après une belle période de béatitude musicale - 4 longs mois de concerts hebdomadaires (voire bi-hebdomadaires) - la fête est finie et les Jeudis Musicaux ont plié boutique jusqu'en juin 2015. Cela fait tout drôle d'être jeudi et de ne pas être en train de faire la queue devant une de nos églises saintongeaise, coussin à la main pour affronter les bancs inconfortables et patience inaltérée pour obtenir un billet à 12 euros (1), sésame indispensable pour profiter des talents offerts à notre écoute. Le dernier concert, il y a 8 jours, nous a permis d'entendre, dans un récital Schubert-Liszt, Bertrand Chamayou dont nous sommes, Pétignac oblige, des fans (presque) inconditionnels. Ce programme, nous l'avions déjà entendu il y a à peine plus d'un an, dans le cadre du Festival de Saintes, et, pudiquement, j'avais préféré ne pas m'en faire l'écho, n'aimant pas trop exprimer ici des réticences qui, la toile est faite ainsi, laissent des traces souvent trop durables. Ce qui est admirable c'est que Bertrand, à qui nous disions après le concert l'avoir entendu à Saintes, sans oser aller plus loin qu'un pudique " le concert de ce soir était parfait", nous avoua avec la modestie qui le caractérise qu'il n'avait pas alors assez les morceaux "dans la peau", et qu'il n'était sûrement pas au mieux de sa forme pianistique. Quelle belle leçon d'humilité de la part d'un très grand artiste qui a travaillé un an, et qui sait qu'il s'est ainsi approprié ces œuvres qu'il joue maintenant avec une finesse d'interprétation, une audace et une sensibilité qui leur rendent toute leur lisibilité. Quelle belle persévérance aussi de jouer et rejouer jusqu'à atteindre une perfection, un côté "achevé" qui s'entend et se partage comme une véritable offrande musicale.

Toujurs grâce au  journal Sud-Ouest, la photo de congratulation de fin de Festival où l'on nous a promis que la communauté d'agglomérations Royan Atlantique continuera à financer le superbe travail de Yann le Calvet (à droite) : merci aux élus !!

Les Jeudis Musicaux ont donc pris leurs quartiers d'hiver et il nous faut attendre 8 mois pour retrouver ces concerts pleins de charme et d'une qualité sans cesse plus aboutie... et vivre à plein (nous faisons très attention aux dates de nos escapades durant l'été afin d'en rater le moins possible) ce qui est sans doute un des, si ce n'est LE plus long Festival de France !! Une très belle démocratisation de la musique dite "classique", offerte pour un prix très doux à tous, créant dans les "campagnes" un vrai attachement à ces manifestations qui sont, souvent, le seul concert de l'année dans de petits villages perdus. Qu'on imagine : 34 communes, de Royan, la "ville" aux plus petits endroits, comme Floirac, 321 habitants... et, chaque fois, une église pleine ! Des mélomanes, bien sûr, mais en juin et en septembre, nettement moins de touristes, des fidèles et, "pour de vrai", les habitants du village. Cela dure depuis 26 ans et les gens ont pris l'habitude de venir, plus du tout rebutés par l'aspect "classique" de la musique qui s'offre à eux. Accueillis comme de vieux amis par l'incomparable directeur artistique (bénévole) du Festival, Yann Le Calvet, qui fait là oeuvre de vulgarisation au sens noble du terme, chacun se sent chez soi dans ces concerts. Les oeuvres sont toujours présentées avec générosité par les artistes. Et le pot qui suit permet de parler en toute décontraction avec eux, offrant à tous une vraie familiarisation avec la pratique musicale. Un beau boulot qui mérite, une fois de plus, d'être salué !


Il me venait, ce matin, une interrogation, voire un agacement, en entendant parler un quelconque journaliste sans doute bien intentionné mais têtu, de "spectacle vivant". Il décrivait une initiative "culturelle" d'un genre un peu mineur, théâtre de rue et saynètes improvisées, et il en avait plein la bouche de son "spectacle vivant". Et moi de me demander si les spectacles auxquels nous assistions toute l'année, du Festival des Jeudis Musicaux au théâtre avignonnais en passant par d'autres concerts ou pièces, était du "spectacle mort". Il m'est donc advenu une curiosité légitime : mais qu'est-ce donc que ce "spectacle vivant" pour qu'on lui tresse de telles louanges et qu'on l'appelle ainsi, n'hésitant pas à jeter une suspicion de sclérose et d’encroûtement sur les autres formes d'expression. Wikipédia, à l'aide !!
"Le spectacle vivant se caractérise par la coprésence d'actants (ceux qui donnent à voir et à entendre) et d'un public (ceux qui ont accepté de voir et d'entendre)."
Misère, on commence bien avec un tel verbiage !! Continuons ...
"Il éveille un sentiment chez le spectateur : tragédie, mélancolie, joie, anxiété,... En cela, le spectacle vivant désigne de nombreux modes d'expression artistique : le théâtre, la danse, les arts du cirque, les arts de la rue, les arts de la marionnette, l'opéra et la musique live. On parle aussi d'arts du spectacle mais cette expression peut également englober le cinéma dans certaines acceptions, notamment dans les cursus universitaires adoptant cet intitulé."
Malheur, les cursus universitaires maintenant, et les vieilles badernes de mandarins qui parfois y sévissent !! Passons... Forte de ce viatique, qui ne m'a pas appris grand chose au passage, j'ai continué ma quête : pour apprendre plus loin que les derniers budgets de la Culture étaient, vous le saviez, en baisse (d'environ 4 ou 5%) "malgré une sanctuarisation du spectacle vivant". Mazette !! Quel tour de force, sauf à déclarer que la Culture, avec un grand C et le susdit spectacle, ce n'est pas la même chose. Ah bon, mais alors ce n'est guère flatteur pour lui ! Déclaration du candidat Hollande en 2012 « La Culture fait partie du patrimoine et de notre projet » martelait le futur président de la République, en insistant sur les efforts particuliers qui seraient consentis en 2012 pour le spectacle vivant même en cette période de crise. Bon, c'est donc particulier le spectacle vivant, et cela doit être protégé, sanctuarisé (oh le vilain mot en l'espèce), défendu ... contre ... contre qui justement ?? Contre le spectacle mort ? Celui qui n'est "que" culture ? Voyons, ce n'est pas sérieux tout cela, et les baisses drastiques de toutes les subventions aux divers festivals estivaux prouvent qu'on mélange un peu les notions et les genres.

Est-il assez "spectaculaire" l'éclairage du choeur de l'église pour avoir droit au qualificatif "vivant" ???

Bon, je l'avoue, je fais la bête pour avoir du foin, mais Larousse me précise que "l’appellation «spectacle vivant» désigne un spectacle qui se déroule en direct devant un public, par opposition aux créations artistiques de l’audiovisuel issues notamment du cinéma, de la télévision ou d’Internet. Elle s’applique majoritairement au théâtre (en salle ou dans l’espace urbain), à l’opéra, à la danse, au cirque et au cabaret. Elle peut être aussi employée pour désigner les diverses formes de musique (classique, contemporaine, variétés, jazz, rock, etc.). Cependant, il s’agit là d’un élargissement de la notion, car le concert de musique, mis à part quand il se déroule avec des effets spectaculaires, ne relève pas exactement de la représentation." Où l'on apprend que la musique est proprement bannie du concept car pas assez "spectaculaire". Ben voyons, allez dire cela au jeune Edgar Moreau quand il se donne à entendre après une jeunesse passée à décliner ses trilles, à Bertrand Chamayou qui a peaufiné amoureusement son Schubert pendant plus d'un an pour nous le servir à point, au quatuor Modigliani qui s'évertue à distiller la musique comme un récit parfait ... et à tous ceux Yann avait invités cet été. Pas vivants les mecs, bons pour le cimetière ! Il y a des moments où les manies langagières de notre époque bégueule et bourrée d'a priori, me porte sur le système !! Et j'aimerais bien que les élus de tous poils entendent que ce n'est pas en subventionnant tout ce qui bouge (2) au détriment de formes artistiques jugées trop "conventionnelles" qu'ils aideront à une vraie démocratisation de la culture. Tous les Festivals de Musique Classique ont vu leurs aides dramatiquement ratiboisées, alors que la grande majorité enregistrent une magnifique fidélité, voire un sérieux accroissement de leurs publics. Alors, cherchez l'erreur !!

Allez, une dernière pour la route, bleue celle-ci !!

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(1) avec une entrée offerte toutes les 6 entrées, cela ramène le prix de la place à ... 10€ (5 x 12€ = 60 € les 6 places)
(2) Je cite : "Le corps est au centre des arts du spectacle vivant ; Il est un moyen d’expression pour les artistes et un moyen de réception pour les spectateurs." 
Je cite encore "Les artistes se jouent de leur image pour entrer dans la peau d’un personnage, pour interpréter une oeuvre artistique. Un danseur qui danse nu par exemple ne fait pas qu’exposer son corps aux regards, il incarne un personnage et interprète une oeuvre en public. Dans le spectacle vivant, les artistes constituent pour eux-mêmes leur premier outil de travail ... Ainsi l’expression corporelle leur permet d’exposer artistiquement leurs mondes intérieurs."

mercredi 6 août 2014

MAESTRO pour MANDARINE (encore !)


Encore pour Mandarine : il me semble qu'au retour de si loin, je serais avide de voir quelques "vraies" toiles ! Dans de "vraies" salles obscures ... Et puis Danielle en avait parlé alors que je me posais la question "fait-il y aller ? que peut valoir ce film noyé au milieu des abêtissants de l'été ? À croire que les touristes sont tous idiots, atteints d'abrutissement ou assommés par le soleil, on est en pleine phase "sans VOSF". Car le VOSF est souvent un signe de qualité. Mais forcément, Maestro, film français, n'en a pas !! Alors je me posais des questions et le billet de Danielle m'a convaincue de faire l'effort d'y aller. Cela peut sembler simple d'aller au cinéma, mais sur la côte, l'été, cela tient du parcours du combattant : d'abord, pour les films "corrects", il n'y a qu'une séance, au mieux deux (quand, voir le commentaire de Nounedeb sous le précédent article, elles ne sont pas annulées). Ensuite il faut affronter, si cette séance a lieu l'après-midi, comme c'était le cas pour Maestro, la cohue des plagistes, ventre à l'air et pieds dans leurs tongs, trimbalant mômes et bouées-canard, les embouteillages, les ennuis de stationnement, l'odeur de frites chaudes, les vélos rosalie et autres fantaisies estivales... avec le risque, non négligeable, de ne pas trouver de place pour se garer. Et bien, j'ai affronté tout cela, et je n'ai pas regretté : j'ai passé un très bon moment. Dans la Creuse, pour ne rien gâter ! Je ne vous dis pas le coup de barre en sortant et en me retrouvant dans l'ambiance ci-dessus décrite : complètement déphasée !!! J'avais l'impression de sortir d'un film de science-fiction et de retrouver la réalité trépidante et tonitruante de nos joyeuses stations balnéaires.


Henri, un jeune acteur qui rêve de jouer dans FAST & FURIOUS, se retrouve engagé dans le film de Cédric Rovère, monstre sacré du cinéma d’auteur. Les conditions du tournage ne sont pas tout à fait celles auxquelles il s’attendait… Mais le charme de sa partenaire et la bienveillance du maître vont faire naître en lui des sentiments jusqu’alors inconnus. Et Rovère, conquis par la jeunesse et la fantaisie d’Henri, vivra ce tournage comme un cadeau inattendu.


Mon avis 
On passe vraiment un délicieux moment, drôle, hors du temps, dans ce film complètement décalé qui rend hommage au grand cinéaste que fut Rohmer. Certes l'argument est léger et certains pourront déplorer le côté un peu inconsistant de l'intrigue, l'intellectualisme d'un certain cinéma d'art et essai, qui est ici à la fois raillé et porté au pinacle. Mais globalement c'est un agréable divertissement qui vaut tant pour la beauté des paysages que pour le côté initiatique qui, à mon sens, est l'intérêt principal du film. Et même si le rythme est un peu "empesé" et la réalisation parfois naïve, Maestro est une jolie comédie, pleine de poésie et de fraîcheur. Et quand on en connait la genèse, il n'en est que plus émouvant.

Quivrin dans le film de Rohmer 

Car ce film est un aussi "vrai" hommage au jeune acteur Jocelyn Quivrin, qui rencontra Rohmer en 2007. Prêt à tout à l'époque pour jouer sous la direction du cinéaste de la Nouvelle Vague, il l'avait contacté pour jouer dans un de ses longs-métrages et s'était vu offrir en 2007 le rôle de Lycidas dans Les Amours d'Astrée et de Céladon. Troublé par l'ambiance étrange de ce tournage, il en parla avec Lea Fazer et eut envie de faire un film racontant cette expérience. Or Jocelyn se tua sur l'autoroute en 2009, le jour même où Léa Fazer lui laissait un message sur son répondeur pour lui annoncer qu'il ne va pas tarder à recevoir la version dialoguée de son projet de film, dont ils avaient écrit ensemble un synopsis. Quivrin n'entendit jamais ce message et la réalisatrice décida de continuer le film, en hommage aux deux disparus.


Les paysages de l'Indre, vers Argenton sur Creuse, au sud de Chateauroux, sont superbes : c'est une région vallonnée, assez sauvage quoique douce, surtout aux lumières d'automne.


Enfin, les paysages de la Creuse et le village de Gargilesse sont, presque, des "personnages" du film : la place et le château de Gargilesse, les bords de Creuse, la plage de « Montcocu », des champs à « Châtillon » ou encore le belvédère de « Gaboulet », à Saint-Plantaire, et même la crypte de l'église (pas prévue au départ, mais tellement suggestive que l'équipe décide d'y tourner une scène) font partie intégrante du scénario.


vendredi 25 juillet 2014

UN JEUNE HOMME POUR L'ÉTÉ


Ceux qui tiennent un blog en ont sans doute fait l'expérience : lorsque, au cours d'une conversation amicale, vos proches, parfois fidèles et indulgents lecteurs de vos élucubrations, pensent à quelque chose d'intéressant, ils vous disent volontiers "Tiens, tu devrais faire un billet là-dessus". Tout comme ils vous suggèrent volontiers photo ou actualité qui leur semble pouvoir donner lieu à quelque nouvel article. Ainsi, l'autre jour, un ami, amusé d'une formule que j'employais à je ne sais plus trop quel sujet, déclara tout de go "Cela ferait un bon titre pour ton blog", et me mit au défi de broder là-dessus. Sortie de son contexte, la phrase, "un jeune homme pour l'été", a un petit côté coquin qui l'amusait fort et la tablée s'est divertie à la perspective du pensum dont il m'avait chargée. Pour autant, je ne me défile pas, et me voici, armée d'une formule improbable et ambiguë, prête à vous servir un brouet estival. 


Un jeune homme pour l'été, dans la bouche (ou plutôt sous la plume) d'une quasi sexagénaire, cela a son petit côté égrillard qui prête à sourire. L'ami en question me voyait sans doute vous régalant de quelques libertinages canailles, développant avec mon sérieux habituel le phénomène cougar, et dissertant sans barguigner sur les Toys Boys, autant dire les lionceaux dont les dames de plus de quarante ans, dit-on, raffolent. Alors forcément je suis allée à la pêche aux renseignements, mais j'avoue que le sujet ne m'affriole guère, n'étant portée ni sur la chair fraîche, ni sur le muscle en tablettes.
Me voici donc contrainte de botter en touche. Et ne pouvant vous distraire en badinant sur les pumas femelles et leurs appétits fripons, je suis dans une impasse et maudis secrètement, en vrac, l'éducation par trop judéo-chrétienne qui me fait tout ignorer des délices polissons d'une libido libérée, ma pruderie atavique qui me tient éloignée des débauches "tendance" et des concupiscences licencieuses et mes valeurs démodées qui me font inutilement croire que la sagesse et la tempérance sont synonymes de vertu. Sauf que ... j'ai un sens très aigu du "ridicule" et quelques complexes bien assumés me tiennent définitivement à l'abri de toute illusion quant aux attraits d'une femme mûre, voire blette, aux yeux d'un éphèbe, fut-il en quête de tendresse, d'expérience, ou simplement nostalgique de giron maternel. 

Quant à l'ami qui m'a lancée sur cette piste délicate sur laquelle je suis joyeusement en train de m'étaler, il doit bien rire en lisant ces lignes : elle n'a rien qui vaille à nous dire, Michelaise, sur "son" jeune homme pour l'été. Sans compter que la susdite déteste la plage, et n'y met jamais les pieds : elle n'a donc rien à dire sur les Apollons balnéaires et autres jolis garçons dont elle pourrait, au moins, apprécier la plastique à défaut de vouloir les séduire.


Où voit-elle de jeunes hommes notre mamie grisonnante, ne fréquentant qu'expositions saturées de têtes argentées, musées où s'égaillent parfois quelques spéciMENS chenus de sa génération, pièces de théâtre envahies d'enseignants en retraite, et concerts dont la moyenne d'âge est telle qu'elle s'y sent, malgré ses soixante balais, toute jeunette ??? Mais au concert justement ! Selon l'étrange phénomène qui veut que la musique classique soit jouée, quasi toujours, par des jeunes pour des vieux - pardon, je ne suis pas adepte de la langue de bois et préfère parler clair - on se délecte souvent, dans les concerts d'une délicieuse alchimie, qui allie le talent à la beauté ! Mais oui... Et voilà Michelaise retombée sur ses pieds : elle va pouvoir, au motif de vous parler du génie musical de quelques nouveaux interprètes prometteurs, vous égrener une charmante galerie de jolies frimousses. Sauvée !! Et pour faire bon poids, je ne parlerai ici que de concerts vus avec cet ami facétieux qui pourra ainsi juger de mon choix - éclectique mais juste, si, si ! - de "jeunes hommes pour l'été".


Pour commencer, le coup de coeur du Festival de Fontdouce : un tout jeune pianiste de 18 ans à peine, Nikolay Khozyainov : il a été repéré au Concours de Dublin par Philippe Cassard, qui l'a immédiatement invité en Charente. Un jeune prodige, certes, mais pas du tout un phénomène de foire : un jeu enthousiasmant, d'une légèreté, d'une jeunesse, d'une délicatesse aériennes. Il nous a joué Chopin comme on ne peut le faire qu'à cet âge-là, avec cette petite note de romantisme et d'inventivité qui donnent à la partition un éclairage juvénile. Il a totalement conquis le public et, pas avare de bis, a terminé son concert par ce que je pense avoir été une improvisation sur l'air de Chérubin, pleine de fouge, parfaitement assortie à son physique d'angelot gracile. Mais il ne faut pas s'en laisser conter par cette jolie tignasse bouclée : ce gamin est doué d'une énergie et d'une efficacité qui lui promettent une longue et belle carrière.


Toujours à Fontdouce, Finghin Collins, un irlandais inspiré, qui vivait sa musique à fond : on a rarement vu derrière un clavier un telle expressivité physique, un tel engagement corporel. Certains chantent en jouant, lui ... il dansait. Il était tour à tour rieur, interrogatif, songeur, extatique et sans cesse prêt à décoller.


Pourtant, avec son look de clergyman, sanglé dans une veste noire ornée d'un col romain immaculé et sévèrement boutonnée jusqu'en haut, il était, rendu à la vie civile, tout ce qu'il y a de plus coincé : aimable mais cérémonieux, pas franchement à l'aise avec le vieux monsieur venu le féliciter. Mais devant son clavier, il était comme immergé dans un monde musical qui le passionnait à tel point qu'il nous communiquait son ardeur, et nous fit oublier les quelques imprécisions dues, on veut bien l'admettre, à un trop grand engagement. 


Et pour finir, dans le cadre des Jeudis Musicaux qui, comme chaque année nous régalent de 34 concerts où le charme des artistes s'allie fort agréablement à la qualité des interprétations, un concert tout à fait original nous a permis de découvrir deux jeunes talents, d'un professionnalisme sans reproche. Claire Luquiens et Samuel Strouk sont repectivement flûtiste et guitariste. Alliance a priori improbable, les partitions pour ces deux instruments étant, sauf celles de Piazzolla, très rares, et pourtant ô combien réussie. Et ce, pour plusieurs raisons : d'abord ces deux instrumentistes sont de très haut niveau et leur jeu est impeccable. Ensuite, musiciens dans l'âme, ils ont su faire des transcriptions de fort bon aloi qui ne trahissent ni la partition, ni le musicien. Même quand il s'agit de La Grande Valse brillante de Chopin jouée façon manouche, on est pris. De plus, l'utilisation, en particulier pour les œuvres pour piano, de la flûte comme main droite et de la guitare comme main gauche, permet de faire ressortir le chant tout en assurant un parfaite indépendance des deux parties, ce qui donne des résultats vraiment convaincants. Enfin, et pour ne rien gâcher, ces deux jeunes gens sont beaux, et leur duo élégant et souriant est plus que plaisant à voir et à entendre. D'autant que Samuel Strouk est doué d'un vrai charisme : il sait présenter chaque pièce avec un habile mélange d'enthousiasme, de précision technique et de mots aisés à comprendre, qui tient le public sous le charme ! Un couple à aller écouter sans hésitation s'il passe près de chez vous.

Voilà, je me suis acquittée du challenge dans lequel je m'étais imprudemment lancée en réussissant à vous parler un peu musique, un sujet pas toujours facile à traiter pour des lecteurs qui n'ont aucun chance de voir les concerts concernés. Et je dois vous avouer que cela aurait pu être pire car l'ami en question avait relevé parmi mes phrases insouciantes "une femme à la demande", suivi parait-il de "au moindre prix", et menaçait de me soumettre au même défi avec cette formule encore plus périlleuse. Je crois que, dorénavant, je tournerai avec lui sept fois ma langue avant de parler, au risque de devoir vous abreuver de billets sans queue ni tête durant tout l'été !!

samedi 8 février 2014

PETIT GRAIN

... de folie ?? de sel ?? de mil ??? mais non, tout simplement, un temps de saison sur l'estuaire !


Plus tard : ici les bateaux tournent !! Deux tours complets chaque jour...


Plus tard encore : et tous les soirs, le ciel se charge en provenance de l'Ouest. Cela donne des couleurs en technicolor qu'on ose à peine montrer !!



Et le bateau, me direz-vous ?? 


Nous avions déjà, croisant régulièrement dans nos eaux le Ville de Bordeaux, City of Hamburg et Ciudad de Cadiz. Ils sont marrants tous les trois, on a l'impression qu'ils ont une rage de dents ! Exploités pour le compte d'Airbus, ils acheminent les éléments de l'A380 produits dans les différentes usines d'Airbus - d'où leur coque bien gonflée !!- et font donc la navette entre  Hambourg, Mostyn, Saint-Nazaire, Pauillac et Cadix. 


Et voilà qu'un nouveau navire a rejoint la flotte exploitée pour le compte de l'avionneur européen. C'est le Bore Sea, un bateau de type ro-flex appartenant à un armateur finlandais, et qui est tout beau, tout neuf ! Il mesure 195 mètres de long et campe devant chez nous depuis quelques jours, sans doute en attente de chargement !












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